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dimanche 17 avril 2022

Vers une transition énergétique juste : c’est l’énergie nucléaire qui fournit les emplois les mieux rémunérés dans le secteur de l’énergie décarbonée.

 Colloque AIEA : Towards a Just Energy Transition: Nuclear Power Boasts Best Paid Jobs in Clean Energy Sector

https://www.iaea.org/newscenter/news/towards-a-just-energy-transition-nuclear-power-boasts-best-paid-jobs-in-clean-energy-sector

 - Le passage à l’énergie décarbonée créera plus d’emplois que ce qui est perdu avec l’abandon des combustibles fossiles et les mieux payés continueront d’être dans l’énergie nucléaire, qui fournit des emplois importants et durables bénéficiant aux économies locales et régionales.

- Les investissements dans les sources d’énergie propres telles que l’énergie solaire, éolienne et nucléaire ont un impact positif sur le produit intérieur brut (PIB) qui est deux à sept fois plus élevé que les dépenses en sources fossiles telles que le gaz, le charbon et le pétrole

 - « le secteur des énergies renouvelables pourrait passer de 12 millions à 38 millions d’emplois d’ici 2030. D’autres emplois liés à la transition énergétique – tels que l’efficacité énergétique, les réseaux électriques, la flexibilité des systèmes énergétiques – pourraient passer de 16 millions à 74 millions au cours de la même période » (Michael Renner, IRENA). En revanche, les emplois dans le secteur de l’énergie conventionnelle passeraient de 39 millions à 27 millions

 - Selon le document du FMI, les investissements dans l’énergie nucléaire produisent le plus grand effet multiplicateur économique de toutes les sources d’énergie propres. L’énergie nucléaire crée environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité que l’énergie éolienne, tandis que les travailleurs de l’industrie nucléaire gagnent un tiers de plus que ceux du secteur des énergies renouvelables.

- Des résultats similaires ont été présentés par Philippe Costes, conseiller principal à l’Association nucléaire mondiale (WNA). « Le nucléaire offre des emplois avec des salaires plus élevés que toute autre technologie énergétique, environ 25 à 30 % plus élevés. Mais surtout, alors que le nucléaire fournit des emplois localement autour de la centrale et dans les économies régionales pendant la construction similaire à l’éolien, pendant l’exploitation, seul le nucléaire fournit des emplois importants et durables aux économies locales et régionales »,

- Une étude de la WNA a révélé que l’énergie nucléaire fournit environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité en France et aux États-Unis que l’énergie éolienne, et que ces emplois sont bien rémunérés, à long terme et principalement locaux.

Les avantages économiques à long terme du nucléaire se reflètent également dans le niveau croissant de localisation pour les pays nouveaux arrivants, soulignant l’exemple de la Corée du Sud, dont la montée en puissance de l’énergie nucléaire a coïncidé avec le fait de devenir la 11ème plus grande économie du monde au milieu des années 1990. Le nucléaire produit près d’un tiers de l’électricité de la Corée du Sud

« Quand vous regardez le développement de la Corée du Sud, vous avez une belle corrélation entre la croissance de l’industrie nucléaire et la croissance du pays, alors que l’énorme parc de réacteurs est devenu de plus en plus indigène – ils ont développé leur propre infrastructure, industrie et approvisionnement » (Philippe Costes, WNA)

Donc, il est possible d’avoir une transition énergétique juste, économiquement soutenable et socialement acceptable, et ceci d’autant plus facilement que le développement du nucléaire sera important

Ce que montre aussi l’analyse de RTE des scenario 2050 : le scenario le plus nucléarisé est de loin le moins couteux ( 20 milliards par an de différence avec un scenario 100%ENR, à supposer que celui-ci soit techniquement possible .


NB : l’analyse de l’effet comparé sur l’emploi du nucléaire et des ENR a déjà fait l’objet d’un billet sur ce blog

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/12/emplois-nucleaire-et-energie.html

 Il en ressortait les principaux résultats suivants :

- Sur l’ensemble du cycle de vie du projet de l’infrastructure en moyenne par an, par capacité installée, la filière nucléaire génère non pas 2 mais 3 fois plus d’emplois directs que les filières éoliennes terrestres ou solaires.

- L'intensité en emploi du scénario RTE  N03 ( le plus nucléarisé)  est le plus élevé : de l’ordre de 1,18 ETP/MW ; à consommation fixée, cela traduit d’une plus grande efficacité de ce mix.

Maintenant, si l’on fait une analyse complète par scénario sur le long terme, le nombre d’emplois toutes filières électrogène confondues ne varie pas significativement entre les différents scénarios de mix électrique.

Sauf que ces résultats restent largement tributaires des hypothèses faites sur la filière de l’éolien en mer. L’ importance prise par l’éolien offshore invite à d’autant plus de précautions que la filière industrielle n’est pas mature à date ;

 Les multiplicateurs verts : Building Back Better: How Big Are Green Spending Multipliers?

Etude FMI : https://www.imf.org/en/Publications/WP/Issues/2021/03/19/Building-Back-Better-How-Big-Are-Green-Spending-Multipliers-50264

Principe de l’étude : « il s’agit de la première étude estimant directement l’effet sur le PIB de l’argent dépensé pour favoriser la transition vers un monde zéro carbone et respectueux de la nature pour une variété de typologies de dépenses vertes. Bien que les dépenses « vertes » aient toujours eu tendance à être définies comme des dépenses qui aident à réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous élargissons la définition pour inclure des exemples de technologies d’émissions négatives basées sur la nature (« solutions basées sur la nature » ou NBS) sous la forme de dépenses pour la conservation et le réensauvagement de la biodiversité. »

Commentaire : « La production d’électricité exclusivement avec des sources renouvelables dans le cadre des technologies actuelles présente plusieurs défis technologiques importants, car ces sources sont intermittentes, variables et imprévisibles, en fonction des conditions météorologiques et ayant par conséquent des facteurs de capacité limités (AIE, 2021). À l’échelle nécessaire, le stockage de l’énergie renouvelable n’est pas non plus une option viable à l’heure actuelle, car la technologie nécessaire est coûteuse et continue de se développer, bien que les prix baissent rapidement (voir Goldstein et Qvist, 2019; et, pour les estimations récentes des coûts de stockage, Lazard Asset Management, 2020). De même, produire et adapter l’énergie à partir de l’hydrogène en utilisant des énergies renouvelables n’est pas une option immédiate. Bien que l’idée d’un avenir plein d’hydrogène propre connaisse un élan politique et commercial sans précédent, l’hydrogène continue d’être utilisé dans la production d’énergie en brûlant des combustibles fossiles avec des émissions équivalentes aux émissions de CO2 du Royaume-Uni et de l’Indonésie réunis. »

Résultats : le multiplicateur est ~3.5 fois plus important pour le nucléaire que pour les ENR



Utilisation écologique des terres. Conformément aux conclusions rapportées ici, l’évaluation mondiale la plus complète jamais réalisée des impacts financiers et économiques de la conservation examine les impacts de six scénarios terrestres et marins combinés différents avec des compromis variables entre la protection de la biodiversité et les utilisations extractives. Il a été constaté que la protection de 30% des terres et des océans du monde offre de plus grands avantages que le statu quo, à la fois en termes de résultats financiers et de mesures non monétaires telles que les services écosystémiques.

Conclusions :

1) Investir dans l’énergie propre, comme l’énergie solaire, éolienne ou nucléaire, finit par produire plus de PIB que consommé ( multiplicateur keynesien). Ce multiplicateurs est notablement puls élevé ( 3.78 contre 1.11) pour le nucléaire que pour les ENR  En revanche, les dépenses consacrées à la production d’énergie non respectueuse de l’environnement consomment du PIB (multiplicateur inférieur à 1)

2) Protéger l’environnement et la biodiversité est extrèmement rentable ( Fort multiplicateur 6.67) NB : c’est en fait beaucoup plus que les ENR , d’où une conclusion possible et personnelle : on n’a pas trop intérêt à sacrifier la protection de l’environnement et de la  biodiversité à l’extension indéfinie des ENR.

3) L’orientation des stimuli économiques vers des investissements qui favorisent la décarbonation et la capture du carbone grâce à des solutions basées sur la nature n’est pas seulement bonne pour la planète: elle promet également d’être le chemin le moins cher et le plus court vers une économie mondiale prospère.

mercredi 9 janvier 2019

Raisons de détester l’Eurokom-19 : Une certaine arrogance !


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Florilège de l’arrogance :

S’il y a un mot qui vient spontanément à ceux qui ont fréquentés de près ou de loin petits ou très grands fonctionnaires européens, c’est celui d’arrogance. Florilège public :

Un récidiviste : Günther Oettinger, actuel commissaire européen au budget, à propos du vote en Italie ayant conduit au pouvoir une coalition « populiste » Ligue du Nord, Cinque stella rejetant le corset d’austérité : « Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter. »
Le même, parlant du refus de la Wallonie d'avaliser la signature du CETA (accord de libre échange avec le Canada) sans clarification,  « il est inacceptable qu' une micro-Région gérée par des communistes bloque toute l'Europe ».

Janusz Lewandowski, Commissaire au budget : « Les Etats membres sont par conséquent de plus en plus otages des réflexes xénophobes de l'extrême droite. Les partis d'extrême droite sont actuellement « les plus véhéments au Parlement européen  où ils commençent à  imposer leurs lubies à l'ensemble de l’Europe ». (Quel élégant moyen de disqualifier toute opposition à la politique européenne !)
Pierre Moscovici, Commissaire aux Affaires économiques et financières, fiscalité et douanes, également à propos du Ceta : « si un État ne ratifie pas le Ceta, le traité s'appliquera quand même puisqu’il est déjà en vigueur de façon provisoire »

Le même Pierre Moscovici a été qualifié par le journal danois Handelsblatt de « Champion européen de la paresse». C’est ne fait peut-être même pire, comme l’illustre ce fait rapporté par Handelsblatt :
« Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem aurait d'abord «lutté» pour se faire entendre. «Pierre, pouvez-vous dire quelque chose à ce sujet ?», a-t-il demandé au commissaire aux Affaires économiques de l'Union européenne, dans des propos relayés par Handelsblatt. Le sujet en question était l'approbation ou non de la prochaine tranche de crédit pour la Grèce. A trois reprises, Jeroen Dijsselbloem s'adressera en vain à Pierre Moscovici, d'après le quotidien. Enfin, Declan Costello, représentant de la Commission européenne dans les négociations entre les créanciers et la Grèce, a envoyé une «antisèche» au Français. Pierre Moscovici «apparemment sans méfiance», lisait tout ce qui était écrit dessus : la question de Jeroen Dijsselbloem et la réponse à apporter. Le malaise s'installant, le reste de l'Eurogroupe serait resté silencieux. »

Michel Barnier, Vice-Président de la Commission, à propos du Brexit : « il serait nécessaire d’expliquer aux citoyens britanniques les conséquences extrêmement sérieuses d’une sortie du marché unique. Nous devons leur enseigner cela ».

Viviane Reding, Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, également à propos du Brexit : « Les britanniques sont  trop ignorants  au sujet de l’Europe pour que l’on organise un référendum sur le sujet »
La même, à propos des expulsions de Roms décidés par le président Sarkozy : « nous avons de sinistre mémoire les déportations pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors recommencer cela. Ce serait la fin de l’Europe. Je dis non et en tant que gardienne des traités, je m’y oppose! ». Réponse de Pierre Lellouche, alors secrétaire d'Etat français aux affaires européennes, Pierre Lellouche ! « Ce n'est pas comme cela que l'on s'adresse à un grand Etat ». Ben si !

Tiens, un autre récidiviste, assez gratiné, Karel De Gucht, Commissaire européen au Commerce, à propos du probable rejet massif du traité d'Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) par le Parlement européen : « Si vous décidez d’un vote négatif avant que La Cour européenne ne statue, laissez-moi vous dire que la Commission continuera cependant à poursuivre la procédure actuelle devant la Cour de Justice, comme nous y sommes engagés. Un vote négatif ne stoppera pas la procédure devant la Cour de Justice. »

Le même fut à l'origine d'un incident diplomatique avec les Pays-Bas, lorsqu'il décrivit le Premier ministre Jan Peter Balkenende comme « un mélange entre Harry Potter et un bourgeois rigide sans charisme »
Et encore ceci : « le lobby juif au Capitole ne doit pas être sous-estimé… Ne sous-estimez pas non plus l’avis du juif moyen en dehors d’Israël », chez qui il existe « la croyance d’avoir raison », « Il n’est pas facile, même avec un juif modéré, d’avoir une conversation rationnelle ». Face au tollé, le Président de la Commission Européenne (Barroso)…refusa toute sanction.

Tiens, justement Barroso, ancien Président de la Commission, à propos de son passage chez Goldmann Sachs : « Barroso  estime « sans fondement et complètement imméritées » les critiques qui ont suivi son recrutement par Goldman Sachs. Pour lui, les décisions de la Commission de le traiter comme un simple lobbyiste, et non comme un ancien président, ainsi que de saisir le comité d’éthique « sont discriminatoires à mon égard et contre Goldman Sachs »
Ou quand l’arrogance le dispute au cynisme…

Pratique de l’arrogance : le Selmayr-gate
En février 2018, Juncker décide de promouvoir Martin Selmayr, son chef de cabinet, au poste de secrétaire général (SG), le poste administratif le plus important de l’Europe. Simple conseiller principal, sa fonction dans l’administration, il s’est d’abord porté candidat à un poste de secrétaire général adjoint (SGA), qu’il a fait opportunément libérer fin janvier en promouvant sa titulaire. Une procédure taillée sur mesure pour lui. Puis Juncker annonce que le secrétaire général sortant, le Néerlandais Italianer prend sa retraite (à 61 ans), après trois ans seulement à son poste. Dans le même mouvement, il nomme Selmayr à sa place, sans qu’aucun des 27 commissaires ne proteste. Deux promotions en une minute, une procédure de recrutement bidonnée, le passage par l’étape SGA étant nécessaire pour être nommé SG, aucun appel à candidatures pour le poste de SG afin d’éviter la concurrence….
Pour la première fois dans l’histoire communautaire, la nomination d’un fonctionnaire est mise en cause par le Parlement – la seule instance élue, qui vote une résolution affirmant  que cette nomination a réussi l’exploit de «susciter l’irritation et la désapprobation de vastes pans de l’opinion publique» jusqu’à entacher «la réputation» de l’Union et demandant que la Commission reconnaisse publiquement que le «Selmayrgate» a «été préjudiciable à sa réputation».
Réponse du Commissaire chargé de la fonction publique Oettinger : la « nomination du nouveau secrétaire général de la Commission ne peut être révoquée et elle ne le sera pas puisque la Commission a respecté tant l’esprit que la lettre de toutes les règles» : les eurodéputés n’ont pas examiné «les choses de manière sereine, objective et lucide». Et Juncker menace de démissionner si Selmayr n’est pas confirmé.
On savait que Juncker a parfois besoin d’un  tuteur pour ne pas se ramasser dans le ruisseau et d’un ventriloque lorsqu’il a l’élocution par trop vaseuse. Mais tout de même !
Pratique de l’arrogance : les rémunérations des fonctionnaires européens.
Invité sur France Info mercredi 28 janvier, Pierre Moscovici, récemment nommé commissaire européen aux affaires économiques et financières, a montré une certaine gêne au moment où sa rémunération a été abordée. Quand le chroniqueur Guy Birenbaum évoque sa «  très confortable indemnité de commissaire européen, pas loin de 24 000 euros mensuels », M. Moscovici botte en touche : « Je paye des impôts et beaucoup d'impôts. Je ne m'en plains pas. J'ai un travail, un bon salaire, mais pas celui que vous dites. (...) Vous êtes franchement dans une exagération, je pourrai vous donner ma feuille de paye, elle est déjà très confortable. »

Toute enquête faite, M. Moscovici perçoit une rémunération mensuelle brute de 24 565,15 euros. Le chroniqueur de France Info avait donc visé juste, quoi qu'en dise l'ancien ministre socialiste. A ce total, on peut ajouter les remboursements des frais de déplacement vers Bruxelles et quelques indemnités exceptionnelles dont peut bénéficier chaque commissaire. Au moment de l'installation dans la capitale belge, qui fait suite à la nomination en tant que commissaire, une indemnité de deux mois de salaire de base est versée, soit 41 665 euros. . C'était alors largement plus que François Hollande, qui gagne environ 15 000 euros mensuels (il a diminué cette rémunération de 30 %, son prédécesseur émargeait à 21 300 euros).

Le toujours excellent ( mais parfois partial…dans le sens pro-européen) Jean Quatremer, a publié sur son blog un article détaillant les salaires des fonctionnaires européens. Il y dénonce "des secrétaires mieux payées que des profs de fac". "Les salaires vont de 2 600 à 4 400 euros brut pour le personnel d’exécution (secrétaires, assistants) et de 4 400 à 18 400 euros brut pour les agents de «conception», les rémunérations les plus élevées étant réservées à une poignée de hauts fonctionnaires (la moyenne salariale tourne autour de 7 000 euros). Si l’on y ajoute une prime d’expatriation de 16% et des allocations familiales de 365 euros par enfant, on comprend que beaucoup de citoyens européens s’étranglent à l’heure des coupes sombres dans les pays membres. Et pourtant, "les 56 000 «eurocrates» se sentent mal aimés" en général et à Bruxelles en particulier.

Les reproches adressés à l’eurocratie - arrogance, irresponsabilité - ne sont pas infondés. « Depuis la crise de la zone euro, nous avons des pouvoirs importants dans le domaine des politiques économiques et budgétaires nationales, raconte un haut fonctionnaire belge de la Commission. J’ai assisté à une rencontre entre nos agents et la direction du Trésor français. C’était hallucinant : ils se comportaient comme un maître d’école expliquant à un mauvais élève ce qu’il devait faire. 

J’ai été très admiratif du directeur du Trésor qui a gardé son calme. On ne parle pas ainsi à un gouvernement démocratiquement élu : à force d’être irresponsables, nos fonctionnaires ont perdu tout sens politique.» Il faut aussi voir comment se comportent les représentants de l’institution bruxelloise dans les troïkas (Commission, Banque centrale européenne et FMI) chargées de concocter des programmes de rigueur dans les pays de la zone euro en difficulté : «Le FMI semble gauchiste à côté de nous tellement nous sommes coupés des réalités», se désespère un fonctionnaire roumain.
Et savez-vous quoi : chez ces fonctionnaires européens, les cas d’alcoolisme et de dépression, sans compter le harcélement moral (environ 150 agents portent plainte chaque année !)

Un début de culpabilité ?

Cette phrase de l’ancien dissident soviétique  Vladimir Boukovski, à propos de la Communauté Européenne : « L’Union européenne, comme l’URSS, ne peut pas se démocratiser. J’ai vécu dans votre futur et ça n’a pas marché »

Il faut sortir de cet Eurokom !




samedi 23 décembre 2017

Ordonnances Macron amères : la Convention Collective de la Chimie menacée

Depuis six semaines et 2 réunions paritaires plénières, une intersyndicale CGT,  CFE-CGC et FO a engagé contre l’UIC (Union des Industries Chimiques) un bras de fer afin de maintenir des dispositions non dérogeables en entreprises, en matière de salaires minima, ainsi que des primes et des repos liés aux conditions et rythmes de travail, d’ancienneté, etc. et des garanties de salaire en maladie.

Les trois organisations syndicales  (la CFDT ne s’y associe pas, comme c’est original !) ne revendiquent pas de droits nouveaux, juste le maintien du socle de droits conventionnels existant. Pour L’UIC, c’est encore trop, et la chambre patronale affiche ainsi clairement la volonté de ses adhérents de réduire les garanties pour les salariés.

Il est vital de défendre aujourd’hui la Convention Collective Nationale des Industries Chimiques

Les nombreuses garanties obtenues au fil du temps et inscrites dans la Convention Collective pour tous les salariés, quelle que soit leur catégorie professionnelle, pourront demain être remises en cause par l’UIC, conséquence des ordonnances Macron.
Certaines de ces garanties peuvent être méconnues par les salariés, mais elles sont généralement la base d’accords qui les améliorent dans les entreprises. Pour les salariés des plus petites entreprises, ces garanties constituent bien souvent une partie importante de la rémunération. Dans tous les cas, elles agissent comme un filet de sécurité en cas de difficultés.

Primes d’anciennetés : limitées à 15 ans pour les salariés des deux premiers collèges, elle représente par exemple 267 euros mensuels pour un technicien classé à 275 ayant 12 ans d’ancienneté. Dans une entreprise payant les salariés au minimum conventionnel, c’est plus de 10% de la rémunération.

Travailleurs postés : la Convention garantit une prime minimale de 20% du taux minimum conventionnel pour chaque heure effectuée de nuit. Elle prévoit également une prime de 100% de ce taux horaire pour le travail du dimanche, doublée d’un jour de récupération (qui peut être payé) pour les jours fériés. Pour un opérateur classé à 190, c’est la garantie d’une majoration minimale de 70 euros par dimanche par exemple.

Maintien du salaire en cas de maladie : à partir d’un an d’ancienneté, le salaire est maintenu à 100 % pendant quatre mois. Ce délai est porté à six mois pour sept ans d’ancienneté. C’est cette disposition qui impose aux entreprises le paiement des jours de carence aujourd’hui au nombre de trois.

Rémunération des cadres : c’est la convention collective qui oblige aujourd’hui les entreprises à prévoir des augmentations minimales équivalentes pour les salariés du troisième collège lorsqu’elles sont négociées pour les salariés des deux premiers collèges ? Et demain ?

Suppression DP-CE-CHSCT et réduction du nombre d’élus : que ce soit dans les ateliers ou dans les sièges sociaux, le CHSCT est un véritable garde-fou essentiel aux conditions de travail des postés comme à la préservation de la santé des cadres. Faire croire, comme le font les ordonnances, que les prérogatives sont transférées tout en supprimant la souveraineté de cette commission et ses représentants est tout simplement criminel.
Prétendre que les salariés seront protégés car les dérogations à ces élément ne seront possibles qu’en cas d’accord majoritaire est mensonger. Cela ne fera qu’encourager les chantages à l’emploi comme cela a été le cas dans d’autres secteurs (Smart, Bosh, etc.) avec les résultats que l’on connait : les salariés se déchirent, les remises en cause passent par referendum, puis, de toute façon, les licenciements tombent.  

Devant la gravité de la situation, les fédérations de la Chimie CFE-CGC, FNIC-CGT et Fédéchimie FO ont décidé de passer outre leurs divergences et de se rejoindre autour d’une revendication commune : demander ensemble à l’UIC de négocier un accord qui permettrait à tous les salariés de la profession, quelle que soit la taille de leur entreprise, le maintien de ces garanties conventionnelles.

L’UIC a répondu qu’elle ne souhaitait pas s’engager dans cette voie.

Face au risque sans précédent de dumping social, d’appauvrissement de toutes les catégories de salariés de la branche (de l’opérateur à l’ingénieur) et d’atteintes inéluctables à la santé et à la sécurité, les trois fédérations ont décidé de maintenir la demande de négociation de ce projet d’accord, préalablement à toute autre discussion avec l’UIC.
Etape dans la mobilisation pour infléchir la position de l’UIC, les trois fédérations invitent les salariés à signer massivement la pétition porteuse de cette exigence. (chère intersyndicale, essayez de rendre possible une signature en ligne sur internet, merci  !

Pétition commune CFE/CGC, CGT , Chimie : (voir image)

Branche Chimie : pour une Convention Nationale Collective des Industries Chimiques qui soit un véritable socle de droits pour tous les salariés
Répondant au revendications du MEDEF, Macron et son gouvernement ont fait le choix de la régression sociale en permettant aux employeurs de déroger de façon moins favorable, c’est-à-dire baisser, voire supprimer, différentes éléments de notre convention nationale de la Chimie. Pour exemple, peuvent être concernés :
Primes d’ancienneté,
Primes de nuit, de dimanche ou de férié
Jours de carence et maintien du salaire en cas de maladie
CHSCT
Repos compensateurs
Augmentation générale pour les cadres comme pour les autres salariés

Les organisations CFE-CGC chimie, FNIC-CGT et Fédéchimie FO demandent à l’UIC et aux fédérations associées de maintenir le socle de garanties collectives  existants


mercredi 4 octobre 2017

Macron Antisocial ! Les ordonnances scélérates

Les camionneurs en révolte – les mauvaises surprises des ordonnances Macrons

Ouf après une première grève en mi-teinte ? Sauf que la rencontre jeudi soir entre les syndicats de routiers et la ministre des Transports Elisabeth Borne a été “très tendue” et surtout pleine de mauvaises surprises au point que  les syndicats de routiers sont sortis hier soir “effarés” de leur réunion.

C’est ainsi que les syndicats présents (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC) ont appris que  les ordonnances permettront aux entreprises de remettre en cause toutes les primes : frais de route,  primes d’ancienneté ou encore le treizième mois, jusqu’alors garantis par les conventions collectives.  Les frais de route en particulier représentent pour les conducteurs zone longues, qui ont le plus de frais (entre 600 et 1200 euros par mois, selon le syndicat FO).
La ministre des Transports a “pris acte” du fait que “de nouveaux sujets sont apparus lors de la discussion”. “Ces sujets vont être expertisés, et le dialogue doit se poursuivre dans un esprit constructif et responsable.

Autrement dit, les routiers, dont les entreprises sont soumises à rude concurrence, se révoltent avec raison contre la très forte probabilité d’un dumping social qui conduiraient leurs patrons, sous prétexte de concurrence et de compétitivité, à remettre en cause une partie importante de leur salaire.

Comment cela se terminera-t-il ? Parions qu’un accord pourra être trouvé dans ce cas particulier, tant les camionneurs possèdent, s’ils le veulent vraiment, les moyens de se faire entendre. 
Reste qu’avec la diminution du rôle des branches, les autres professions qui ne disposent pas des mêmes moyens de pression pourraient voir diminuer significativement leurs salaires par le mécanisme infernal de dumping social qui a été mis en place avec les ordonnances scélérates.

Tromperies sur les ordonnances_ un article de Phlippe Askenazy

Philippe Askenazy, économiste à l’Ecole d’économie de Paris, qui ne peut guère passer pour un mélenchoniste, critique les ordonnances scélérates dans un article du Monde (28 septembre) clairement intitulé : beaucoup de points ne correspondent pas à ce qui était annoncé.

Extraits : « Le programme annonçait une « simplification » du droit. Or les ordonnances font 160 pages et sont très difficiles à comprendre, non seulement pour un chef d’entreprise – qui, par conséquent, ne réagit que par rapport à « ce qu’on en dit » dans les médias, et non par rapport au texte lui-même –, mais aussi pour les juristes. Tous n’ont pas la même interprétation de certains points, ce qui risque d’aboutir à de nombreux contentieux, qui ne seront tranchés que par la jurisprudence et la Cour de cassation. Ensuite, beaucoup d’éléments majeurs sont renvoyés aux décrets. »

« La promesse de la « flexisécurité » était de réduire le risque pour les salariés, en fixant un plancher d’indemnités prud’homales, et pour les employeurs, en fixant un plafond. A l’arrivée, il n’y a pratiquement que des plafonds, d’ailleurs extrêmement bas : un mois de salaire si le salarié a moins d’un an d’ancienneté (et il n’y a pas de plancher), deux mois pour un à deux ans (le plancher est d’un demi-mois)… La faiblesse des plafonds dissuadera de nombreux salariés de faire valoir leurs droits. Et plus d’employeurs risquent de céder aux avantages des  licenciements abusifs… »
« On trouve même au détour d’une ligne une incroyable mesquinerie : alors que les femmes licenciées au retour d’un congé de maternité « bénéficiaient » auparavant d’un surplafond d’indemnités de douze mois, celui-ci est ramené à six mois »

Le programme portait la perspective d’un nouveau syndicalisme particulièrement dans les PME… Or dans les ordonnances, on a tout à fait autre chose : un contournement des syndicats, voire leur disparition pure et simple dans les entreprises de moins de 20 salariés

Ce qui prévaudra alors, c’est la défiance entre salariés et le dumping social entre employeurs. Si les accords de branche ont été imposés entre 1945 et 1955, ce n’était pas pour « protéger » les salariés mais aussi pour lutter contre la concurrence déloyal entre entreprises du même secteur.

Et voilà pourquoi ces ordonnances sont des ordonnances scélérates entrainant une régression sociale
 sans précédent.



lundi 14 juillet 2014

Les sept plaies de la recherche scientifique


C’est le titre d’un article du Monde –supplément Science du 2 juillet 2014, rédigé  par Yehezkel Ben-Ari, neurobiologiste et grand prix de l’Inserm 2012. Résumé et commentaire des sept plaies


Mode court-terme : M. Ben-Ari dénonce la mode des big projets, du « big is beautiful »,  comme le Human Brain Project « dont rien ne permet d’étayer les promesses » ; et, « en l’absence de chercheurs parmi les décideurs politiques, l’action de la pléthore d’énarques, d’HEC et d’avocats souhaitant rentabiliser la recherche » qui pissent au court terme. ( C’est « poussent » bien entendu, mais la faute de frappe était trop belle !)

Commentaire : oui, bien sûr. Souvent cité par Edouard Brézin, cette phrase : ce n’est pas en perfectionnant la bougie que l’on invente la lampe à incandescence. Mais les grands projets sont importants pour fixer des caps, mobiliser des énergies, établir des collaborations transdisciplinaires, expliquer au public – qui nous finance-  les buts et les enjeux des recherches. Le tout est de pas trop prendre ses désirs pour des promesses. Le déchiffrage du génome humain a été un immense projet et succès – il fallait le faire, et les connaissances qu’il permet sont cruciales pour les progrès en médecine des années à venir ; pour le Human Brain Project, cela a plutôt l’air de tourner à la pétaudière…mais c’est un programme européen !

Planification et recherche sur projet : « nous sommes financés sur projet et passons donc l’essentiel de notre temps  à écrire des programmes. La réflexion est devenue un luxe interdit. Du coup, notre temps de recherche est plus restreint que celui de nos collègues anglo-saxons

Commentaire : encore plus oui, bien sûr. En 2012, des Assises de la recherche fort intéressantes ont aussi dénoncé cette situation et formulé 120 propositions : « La situation serait sans doute tenable si l'ANR constituait un guichet unique pour les appels à projet, mais c'est loin d'être le cas. Tous les « ex » créés dans le sillage du grand emprunt (Initiatives d'Excellence, Laboratoires d'Excellence, Equipements d'Excellence...) sont autant de micro-agences de financement, sans parler de l'argent apporté - au compte-gouttes - par les collectivités locales, la Commission européenne, etc »

Administrativite chronique : « avoir un financement, c’est dur, mais le gérer, c’est une tâche herculéenne. Une commande passe par une vingtaine de mains avant d’être honorée »

Commentaire : ça n’a cessé d’empirer. Pour l’anecdote, je connais un labo Inserm où un fournisseur de pipettes n’étant pas référencé, les chercheurs se livrent à un troc avec le labo CNRS voisin

Evaluationite maladive : « Quand les finances ne sont pas au rendez-vous, on évalue. le chercheur passe sa vie à évaluer ou à être évalué. Lister les sigles des structures d’évaluation dépasse  l’espace dévolu à cette tribune »

Commentaire : toujours selon les assises de la Recherche, « en 2011, l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Aeres) a mobilisé 4.700 experts pour évaluer notamment 855 unités de recherche et 73 établissements »

Multiplication des guichets : « chaque organisme ou fondation veut avoir ses commission, ses sources de financement et la paternité des résultats. De plus chaque organisme a ses propres structures de valorisation »

Commentaire : toujours les Assises de la recherche de 2012 : « Atip, Cifre, CIR, PRES, RTRA, RTRS, SATT, IdEx, LabEx et autres EquipEx... Plus personne - les chercheurs pas plus que les autres - n'est capable de s'y retrouver dans la jungle de sigles et d'acronymes qu'est devenue au fil des ans et des lois le paysage français de la recherche »

Précarité et salaires répulsifs, Horizon bloqué et fuite des cerveaux :

 : « Chercheurs comme techniciens sont fréquemment recrutés pour des CCD de quelques mois. Leur nombre explose : plusieurs dizaines de milliers. Les chercheurs sont des intermittents comme les travailleurs du spectacle, sans en avoir le statut »

Commentaire : le traitement des doctorants, des Phd, des chercheurs est en effet indécent. Enchainer les contrats précaires à la merci de mandarins jusqu’à trente ou trente-cinq ans pour obtenir (ou pas, c’est sans garantie !) un poste permanent à 2,200 euros… Pas de recherches sans chercheurs, et où les trouvera-t-on ? Personne de sensé ne peut recommander à un jeune une orientation vers la recherche publique. L’idée d’une manifestation pour réclamer le statut d’intermittent du spectacle ne me  parait pas mauvaise…

En conclusion, M. Ben-Ari propose que toute demande de financement inférieure à 400.000 euros soit limitée à dix pages. C’est un bon début, et cela évitera l’inflation chronophage et malsaine  des dossiers, et même le recours à des organismes pour rédiger ces dossiers. Mais on peut peut-être faire  mieux. Des assises de la recherche ont eu lieu en 2012, des chercheurs se sont réunis, discuté, émis des propositions (121), l’idée principale étant que le financement sur projet redevienne un plus incitatif, mais pas l’essentiel du financement.

Le Ministère de la recherche n’en a rien fait ; peut-être serait-il temps qu’il fasse un pêu confiance aux chercheurs eux-mêmes ; après tout, ce sont des bacs plus douze, treize, quatorze, quinze…