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dimanche 16 juillet 2023

Fusion ASN -IRSN : l’OPECST démine et permet d’aller de l’avant

 Et permet de sortir heureusement de ce que la Pdte de la Commission des Affaires Economiques Sophie Primas a qualifié  « la méthode d’une réforme mal évaluée, mal concertée et mal anticipée ». Pas une originalité, mais c’était assez fâcheux dans le domaine critique de la sécurité nucléaire

https://www.senat.fr/fileadmin/Office_et_delegations/OPECST/Rapports/Rapport_controle_surete_110723_VF4.pdf

I) La sécurité nucléaire à la française : une conception qui a conditionné le succès du programme nucléaire


L’une des explications majeures de cette réussite qu’est le programme nucléaire français porte sur la souplesse du système de contrôle de la sûreté nucléaire et le caractère pragmatique de la démarche française dans ce domaine.

Ia) Son origine : la réforme Le Déault de 1998

 Une première structure fut créé en 1973,  le Service central de sûreté des installations nucléaires (SCSIN).  Si Aux États-Unis, l’accident de Three Mile Island a entériné l’arrêt, déjà effectif, de la construction de nouveaux réacteurs nucléaire, en France il a plutôt conforté le système de régulation national, basé sur le dialogue technique plutôt que sur une réglementation trop rigide ou pléthorique

La mise en place du système de contrôle actuel date de 1998. Jean-Yves Le Déaut, à l’époque président de l’OPECST, rédige à la demande du Premier ministre Michel Rocard, un rapport sur le système français de radioprotection, de contrôle et de sécurité nucléaire. Ce rapport préconise la création d’une autorité administrative indépendante chargée du contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, ainsi que d’une agence indépendante du CEA, regroupant l’IPSN et l’Office de protection contre les rayonnements ionisants (OPRI). Le rapport souligne que la « condition de réussite de cette réforme est l’alignement du statut des personnels sur les statuts du CEA et la constitution de passerelles larges et solides entre cette Agence et les organismes de recherche. »

Quelques mois plus tard, la loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité transforme la DSIN en une Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ayant le statut d’autorité administrative indépendante.

Ib) La « fabrication quotidienne » de la sûreté nucléaire

Chacun est parti du constat, parfois perdu de vue dans les discussions, que la sûreté nucléaire repose sur l’exploitant et sur nul autre, dans le strict respect des décisions de l’autorité de sûreté. C’est à lui que revient en effet l’initiative technique. C’est lui qui fait des propositions à l’ASN, laquelle les fait expertiser par l’IRSN.

Tous horizons confondus, les personnes entendues ont été nombreuses à mettre en garde contre une logique d’audit, parfois identifiée à la démarche de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis (United States Nuclear Regulatory Commission ou NRC). De manière schématique, le modèle américain de contrôle reposerait sur la mise en conformité avec une liste fermée de critères réglementaires prédéfinis, dont l’effectivité serait garantie par la conduite d’audits réguliers.

Par-delà les questions d’organisation institutionnelle, c’est donc bien le type du contrôle qui semble primordial. Sur ce chapitre, notre pays aurait tort de céder à la tentation de l’autodénigrement de ses propres méthodes de travail. Si, malgré le nombre relativement important de ses installations, aucune faille ou brèche majeure n’y a jamais été repérée, cela est incontestablement dû non seulement à une indéniable robustesse dans la construction, mais aussi à une certaine singularité française dans la démonstration de sûreté. Or celle-ci repose sur un effort continu pour produire des connaissances et faire évoluer les référentiels, en retenant comme notion essentielle l’échange de doutes entre l’exploitant et la sphère de contrôle.

Ic) Un fort enjeu d’éducation et un effort de pédagogie à fournir en direction du grand public

Benoît Journé n’a donc pas hésité à souligner que le mode opératoire actuel constitue un enjeu d’éducation populaire. Le grand public serait en effet loin de détenir toujours le bagage culturel scientifique nécessaire pour juger de la gravité d’un risque allégué. Dans cette perspective, l’inertie propre au débat public favorise l’image d’un contrôle analogue à un audit, celui qui confronte, de manière simple, une règle et un gendarme chargé de vérifier son application effective.

Les traits distinctifs du système de contrôle français actuel sont au contraire plus difficiles à figurer qu’un système « à l’américaine ». C’est pourtant le système français qui a prévalu et s’est largement diffusé en Europe continentale, après la chute du Mur, lorsqu’il a fallu partager avec les pays d’Europe centrale et orientale, parfois fortement nucléarisés, les acquis du contrôle tel qu’il était conduit depuis des décennies en Europe occidentale

Le contrôle de la sûreté nucléaire repose ainsi sur quelques vérités de prime abord contre-intuitives : le nombre d’incidents signalés consolide le rôle de la sûreté.

Id) Une présentation fallacieuse et exagérée des relations entre ASN et IRSN

Une présentation parfois fallacieuse de l’architecture institutionnelle favorise d’ailleurs les attaques idéologiques contre le nucléaire français : «  c’est une évidence, mais il ne faut pas craindre de la rappeler : contrairement à l’image parfois véhiculée, les relations qu’entretiennent l’ASN et l’IRSN ne sont pas celles d’un « pouvoir » et d’un « contre-pouvoir ». Les deux organisations ont d’ailleurs trop pâti de cette présentation polémique qui ne doit rien à la réalité. Sur le plan juridique, l’ASN est la seule autorité indépendante. Au contraire, l’IRSN est un établissement public, soumis, du fait de son champ de compétences diversifié, à la tutelle de non moins de cinq ministères. Son insertion dans une chaîne de dépendance vis-à-vis du pouvoir ministériel est donc non seulement bien établie, mais multiple.

 Lors de la discussion parlementaire, Mme Pannier Runacher a rappelé à plusieurs les termes d’un rapport de la Cour des comptes de juin 2014 portant sur les exercices 2007 à 2012 de l’IRSN.

« Les relations entre ASN et IRSN sont difficiles et nourrissent une tension permanente. Tous les rapports de la Cour de ces dernières années ont mis en exergue cette tension jusqu’à considérer qu’il serait utile de rechercher des voies pour améliorer la collaboration entre les deux organismes. Les relations entre l’ASN et l’IRSN sont fondées sur une complémentarité qui n’exclut pas tensions et dysfonctionnements. »

Mathias Roger a attiré l’attention des rapporteurs sur le fait que ces tensions, désormais vieilles de plus de dix ans, étaient à son sens, désormais totalement résorbées…Loin de ce que peut parfois laisser imaginer l’évocation d’un système dual, la concertation entre l’ASN et l’IRSN est permanente

II Pourquoi une réorganisation :  faire face à de nouveaux défis

La décennie écoulée a été marquée par les suites de l’accident de Fukushima, l’absence de nouveaux projets et la perspective de mise à l’arrêt progressive d’une partie des réacteurs d’EDF.

L’annonce par le Président de la République, en février 2022, d’un plan de relance du nucléaire, la prolongation des réacteurs au-delà de 50 ou 60 ans, les évolutions technologiques, les impacts du changement climatique, etc. sont autant de défis auxquels peuvent s’ajouter des difficultés inattendues, comme les problèmes de corrosion sous contrainte récemment rencontrés sur le parc. Ces évolutions conduiront à un accroissement des travaux auxquels l’ASN et l’IRSN devront faire face dans les prochaines années.

IIa) EPR2 : La loi du 22 juin 2023 relative à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants et au fonctionnement des installations existantes devrait permettre le dépôt d’une demande d’autorisation de création pour une deuxième paire de réacteurs EPR2, voire une troisième, dans les deux à trois ans.

IIb) NUWARD : Comme l’ASN l’indique sur son site : « Le 10 juin 2022, les autorités de sûreté française (ASN), finlandaise (STUK) et tchèque (SUJB) ont engagé, avec leurs appuis techniques respectifs [NDLR : respectivement, IRSN, VTT et SÚRO], l’examen préliminaire des principales options de sûreté de ce projet de petit réacteur (…) L’expérience et les conclusions de cet examen multilatéral d’un projet de petit réacteur modulaire de conception avancée permettront des avancées concrètes dans l’harmonisation et la convergence des processus d’autorisation applicables à de tels réacteurs. » Cette initiative conjointe est de la plus haute importance pour la réussite du projet NUWARD, directement liée à la possibilité de trouver un marché suffisamment large pour assurer sa fabrication en un nombre suffisant d’exemplaires et générer des économies d’échelle. Le projet NUWARD n’étant pas aussi avancé que les principaux projets étrangers concurrents, les équipes de l’ASN et de l’IRSN seront probablement soumises à une très forte pression pour assurer l’instruction des dossiers dans des délais aussi courts que possibles.

IIc) Les petits réacteurs innovants : Le lancement en 2021 du plan « France 2030 » qui comporte un volet « réacteurs innovants » a suscité l’émergence de nombreuses startups proposant de petits réacteurs basés sur des technologies de fission sauf exception de quatrième génération : réacteurs rapides à caloporteur sodium ou plomb, à sels fondus, etc., voire de fusion.

« L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et son appui technique l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) joueront un rôle important dans les applications industrielles de la recherche et développement sur les technologies nucléaires avancées. « Ces organismes doivent disposer de moyens suffisants pour préparer l’intégration de ces futures évolutions technologiques du point de vue réglementaire, en France mais aussi en lien avec les autres pays, notamment en Europe.

IId) L’adaptation au changement climatique : De fait, comme l’a rappelé le président de l’ASN lors de son audition devant l’Office le 25 mai 2023, les évolutions des conditions climatiques sont systématiquement intégrées dans les réexamens de sûreté décennaux des installations nucléaires françaises, en prenant en compte les impacts à trente ans des scénarios pessimistes les plus récents du GIEC

IIe) La montée des menaces cybernétiques  : les nouvelles générations de réacteurs nucléaires disposent de systèmes de contrôle-commande basés sur des automates industriels. Il s’agit de systèmes informatisés complexes, distribués et dotés d’un logiciel temps réel. Toutefois, la possibilité d’une cyber-attaque ne peut pas être totalement écartée. Ainsi, en 2010, le virus Stuxnet, probablement développé par des services gouvernementaux, est parvenu à s’infiltrer dans les automates Siemens de plusieurs installations nucléaires iraniennes, dont il pourrait avoir dégradé le fonctionnement. Ce domaine n’est pas nouveau pour l’ASN et l’IRSN. En 2009, l’autorité de sûreté française a publié avec ses équivalents britannique et finlandais une déclaration soulignant le risque lié à l’absence de séparation claire entre le contrôle commande opérationnel et les automates de sûreté des réacteurs EPR1

IIf)  La poursuite de l’exploitation du parc au-delà de 40, 50 ou 60 ans En France, la durée de fonctionnement des installations nucléaires n’est pas définie a priori, mais son exploitant doit réaliser tous les dix ans un réexamen . De ce fait, la charge associée aux réexamens périodiques dans les prochaines années sera particulièrement élevée pour l’ASN et l’IRSN. En effet, il leur faudra instruire les quatrièmes visites décennales des réacteurs du palier de 900 MWe et entamer celles des réacteurs de 1 300 MWe. De plus, comme le Gouvernement veut prolonger le plus possible les centrales qui peuvent l’être, le 16 juin 2006 l’ASN a demandé à EDF de justifier de manière anticipée, d’ici fin 2024, l’hypothèse d’une poursuite du fonctionnement des réacteurs actuels jusqu’à 60 ans et au-delà afin de pouvoir prendre position fin 2026.

IIg) Le stockage géologique profond Le 16 janvier 2023, l’ANDRA a déposé la demande d’autorisation de création (DAC) de Cigéo, qui devra donc être examinée par l’ASN et l’IRSN.

IIh) Le projet de piscine d’entreposage centralisé d’EDF Le projet de piscine d’entreposage centralisé d’EDF s’inscrit dans la stratégie de gestion des combustibles usés. Conformément à ses obligations, EDF a transmis à l’ASN le dossier d’options de sûreté (DOS) en 2017 et prévoit de transmettre le dossier de demande d’autorisation de création fin 2023.

IIi) La multiplication des opérations de démantèlement De nombreuses installations nucléaires civiles françaises ont été construites dans les années 1960. Nombre d’entre elles arrivent ou vont arriver à la fin de leur durée de vie utile. Elles devront donc être démantelées et les sites assainis dans les prochaines années, ce qui conduira à une augmentation conséquente du nombre d’installations en démantèlement en France.

Par conséquent, les opérations de démantèlement à venir représentent un enjeu majeur pour les exploitants et les industriels ainsi que pour l’ASN et l’IRSN.

IIj) L’éventuelle augmentation de la puissance des réacteurs actuels En attendant que soient construits les futurs réacteurs, le Gouvernement a demandé à EDF d’étudier la possibilité d’augmenter la production des centrales actuelles, comme cela a déjà été réalisé aux États-Unis ou en Belgique

Si cette orientation est confirmée par EDF, l’ASN devra évaluer, le cas échéant avec l’appui de l’IRSN, l’adéquation de ces modifications et les conditions de leur réalisation.

III) Atouts et risques potentiels d’une réorganisation

IIIa) La question centrale des ressources humaines : Il s’agit d’un point majeur : alors que pour 56 réacteurs électrogènes, l’autorité de sûreté française compte environ 550 personnes, pour 19 réacteurs, l’autorité de sûreté canadienne (Commission canadienne de sûreté nucléaire ou Canadian Nuclear Safety Commission) en compte environ 950, dont 280 affectées à l’appui technique et scientifique.

Une éventuelle réforme du dispositif de contrôle de la sûreté sera donc jugée sur sa capacité à renforcer la mobilisation humaine dans le secteur, tant en termes quantitatifs (effectifs statutaires, ETPT, recrutements sous contrat de droit privé, etc.) qu’en termes qualitatifs (conditions offertes, gestion prévisionnelle des carrières, motivation des personnels).

Les rapporteurs jugent qu’un éventuel rapprochement entre l’ASN et l’IRSN ne saurait avoir lieu à effectifs constants. Soumises à de fortes tensions du fait des nombreux chantiers en cours et à venir, les ressources actuelles des deux organisations laissent toutefois espérer des gains, notamment dans les fonctions supports (informatique, gestion des ressources humaines, direction internationale) qui peuvent sembler aujourd’hui faire doublon. À cette aune, la question du poids respectif des moyens mis à disposition de l’ASN et de l’IRSN, beaucoup débattue depuis quelques mois, paraît passer au second plan. Un éventuel rapprochement permettrait au contraire d’ouvrir davantage de perspectives de carrière, et d’abord la possibilité d’une mobilité géographique accrue, tant pour le personnel de l’ASN que pour celui de l’IRSN, aujourd’hui implanté sur sept sites différents.

IIIb) Les limites d’une structuration plus respectueuse du continuum entre expertise et décision : les détracteurs d’une évolution des structures actuelles de contrôle de sûreté nucléaire laissent entendre que celle-ci ne permettrait plus d’assurer une séparation claire entre l’expertise et la décision. C’est d’abord méconnaître le continuum qui existe entre ces deux activités, tel qu’il a été décrit plus haut. L’ASN dispose d’ailleurs déjà aujourd’hui d’une expertise propre pour les équipements sous pression nucléaires,

En tout état de cause, un rapprochement de l’IRSN et de l’ASN aurait pour conséquence nécessaire de renforcer le cloisonnement existant aujourd’hui au sein de l’ASN entre l’instance décisionnelle et les services d’instruction

IIIc) Le dialogue technique, garant de la fluidité et de la qualité des contrôles :  sur le plan opérationnel, le succès d’un possible rapprochement aurait sans conteste pour pierre de touche le maintien, et même l’amélioration, d’un dialogue technique approfondi entre ingénieurs de l’exploitant et experts. Dans ce cadre, les efforts déjà engagés pourraient être approfondis et accélérés. Le principal écueil consisterait à dériver vers une expertise purement juridique, de papier, en perdant le lien avec le terrain. Comme l’a souligné Benoît Journé, il s’agit « d’une question d’équilibre à trouver entre le technique et le juridique ». Conserver un dialogue technique intense évitera de basculer dans un système à l’américaine, au demeurant très différent.

IIId) Le maintien d’un niveau élevé de transparence : Il importe de souligner que le niveau de transparence atteint aujourd’hui apparaît à tous les interlocuteurs entendus comme un acquis intangible de sorte qu’en cas de réorganisation, les expertises devront continuer d’être publiées à destination du grand public : au lieu d’être des expertises de l’IRSN, ces études seront simplement celles des services instructeurs d’une nouvelle autorité. Au surplus, la décision réglementaire et les analyses préparatoires ne devraient pas plus être identiques que les expertises de l’IRSN et les décisions de l’ASN ne coïncident parfaitement aujourd’hui.

Actuellement, les expertises de l’IRSN doivent être publiées en concertation avec l’ASN. Plutôt que de s’interroger sur la manière dont les écarts éventuels peuvent être interprétés, il convient de rappeler que des divergences sont par essence vouées à demeurer entre expertise et décision, comme cela a été rappelé. Il semble en effet évident que la démonstration de sûreté ne serait pas une « confrontation de doutes » si la voie de la décision finalement prise se trouvait toujours indiquée sans équivoque dès les premiers constats préliminaires. À l’avenir, même si les rapporteurs ne sauraient se prononcer sur un calendrier idéal de publication, il leur semble, dans un souci d’apaisement, que les expertises et recommandations doivent être diffusées de manière concomitante, au moment où l’autorité indépendante rend sa décision.

IIIe) Les points restant à éclairer :  Le traitement de la question de la sûreté nucléaire dans le secteur de la défense doit faire l’objet d’une attention particulière. À l’issue de l’audition de l’amiral Guillaume dans les locaux mêmes de l’IRSN, le 28 juin, il apparaît que le pôle « Défense, sécurité et non-prolifération » de l’IRSN ne saurait faire partie d’une autorité administrative indépendante.

Les perspectives dessinées en vue d’un rapprochement doivent prendre en compte l’évolution forcément exogène des activités commerciales de l’IRSN, qui varient selon les besoins du marché. Pour certaines activités, telles que la fourniture de dosimètres et diverses prestations de mesure pour le suivi des travailleurs exposés, déjà regroupées dans une structure propre d’environ 60 personnes, le transfert au sein d’une autorité administrative indépendante apparaît en effet délicat. Néanmoins, ces activités doivent être pérennisées, en raison de leur caractère stratégique. Une réforme devrait en tout état de cause prendre en compte le fait que l’évolution technologique imprime son propre rythme au développement des activités industrielles et commerciales assurées à l’heure actuelle.

IV Propositions

IVa) Clarifier l’organisation - vers l’AISNR: Un regroupement des moyens humains et financiers actuellement alloués à la sûreté nucléaire et à la radioprotection doit permettre de mettre fin à une certaine ambivalence en la matière et de faire face aux nombreux défis qui s’annoncent. Sous réserve de définir exactement son périmètre d’activité – en première approche, le contrôle, l’expertise et la recherche en sûreté nucléaire et en radioprotection –, l’entité nouvelle pourrait être constituée sous la dénomination d’Autorité indépendante en sûreté nucléaire et radioprotection, ou AISNR.

IVb) Accroître les moyens  qualitativement et quantitativement :  L’état des lieux effectué par les rapporteurs a mis en évidence le besoin d’augmenter les effectifs alloués aux activités de la sûreté nucléaire civile, tant en matière de sûreté et de radioprotection que de recherche. L’augmentation des effectifs doit aller de pair avec un renforcement de l’attractivité des métiers concernés, y compris sur le plan des rémunérations. Leur fixation doit tenir compte non seulement des conditions offertes dans d’autres établissements publics, tel le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), mais aussi de celles qui sont proposées dans les entreprises du secteur privé recrutant dans le même secteur

IVc) Préserver l’indépendance de l’expertise L’indépendance de l’expertise en matière de sûreté nucléaire doit être préservée quelle que soit l’organisation envisagée. À cet égard, il convient de maintenir une publication des rapports d’expertise, en particulier ceux sur lesquels s’appuient actuellement les décisions de l’ASN. De surcroît, il apparait nécessaire de rendre cette publication concomitante avec celle des décisions de l’Autorité indépendante de sûreté nucléaire.

IVd) Maintenir la sûreté nucléaire à son haut niveau actuel

IVe) Unifier la gestion de crise

IVf) Renforcer la recherche. Plusieurs des interlocuteurs entendus par les rapporteurs ont souligné la qualité des travaux de recherche menés par l’IRSN, qui bénéficie d’une réelle reconnaissance au niveau européen et international dans son domaine (ce que reconnait le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur -Hcéres)

La nouvelle entité devra inclure un département dédié à la recherche, capable de renforcer cette position de pôle d’excellence internationale dans le domaine de la recherche en sûreté nucléaire et radioprotection.

IVg) Améliorer la transparence : Une information « à froid » sur les grands dossiers de sûreté nucléaire et de radioprotection doit notamment être proposée, comme c’est le cas aujourd’hui au travers des concertations numériques systématiquement mises en place par l’ASN en amont d’une décision du collège de l’ASN ayant une incidence sur l’environnement.

IVh) Renforcer le rôle du Parlement : Le rapprochement de l’ASN et de l’IRSN au sein d’une nouvelle autorité administrative indépendante représenterait une nouvelle étape essentielle pour assurer la sûreté nucléaire du XXIe siècle, dix-sept ans après le vote de la loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, ainsi que de la loi du 28 juin 2006 de programme relative à la gestion durable des matières et des déchets radioactifs, deux lois qui avaient fait à l’époque l’objet d’un large consensus politique.

Depuis sa création en 1983, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a joué un rôle central dans le développement de l’énergie nucléaire en France. Les rapports de l’Office ont souvent influé sur la politique nationale, dans des domaines tels que la sûreté nucléaire, la gestion des déchets, la recherche ou encore l’acceptation sociale de l’énergie nucléaire. En effet, la diversité de ses membres et de ses compétences dans les domaines scientifiques et technologiques lui permettent de traiter de façon transverse les questions relatives à la filière nucléaire. De plus, il assure un suivi continu des questions nucléaires au travers des auditions annuelles de l’ASN, de l’IRSN et de la CNE2. De ce fait, l’Office apparaît aujourd’hui comme l’instance la mieux à même de traiter les nouveaux enjeux du nucléaire dans leur globalité et d’assurer un suivi de ces questions pour le Parlement. Aussi, les rapporteurs recommandent-ils que l’Office reçoive explicitement la mission de suivre de manière rapprochée les questions nucléaires, en particulier celles de la sûreté, de la radioprotection et de la réorganisation envisagée dans ce domaine.



samedi 23 janvier 2021

Contribution à la consultation publique de l'ASN sur la prolongation des centrales nucléaires de 900 MW.

 

Cette  prolongation des centrales nucléaires est absolument indispensable pour que la France puisse remplir ses objectifs climatiques.

1) La fermeture de Fessenheim entraînera un surcroît d’émission de gaz à effet de serre compris entre 6 et 12 millions de tonnes équivalent CO2 par an, par rapport à la situation dans laquelle la centrale aurait été prolongée, du fait du recours aux centrales à gaz et charbon que sa prolongation aurait permis d’éviter. Cela correspond à une fourchette comprise entre 30 et 60 % des émissions de CO2 de la totalité de la production électrique nationale (20,4 millions de tonnes de CO2 en 2018 selon le Bilan électrique 2018 du Réseau de transport d'électricité (RTE). Evitons de multiplier Fessenheim par 10 ou 20 !

2) Selon l’AIE (rapport 2019, l’énergie nucléaire dans un système énergétique propre ») le recours à l’énergie nucléaire a permis d'éviter l’émission supplémentaire de 63 milliards de tonnes de CO2 entre 1971 et 2018. Pour se rapprocher des objectifs internationaux de lutte contre le dérèglement climatique. la part des sources de production bas carbone devra être portée à 85% de la production électrique mondiale à l’horizon 2040. Dans cette optique, la production électrique devrait être décarbonée à un rythme « trois fois plus rapide qu’à présent. L’AIE juge en particulier qu’il serait nécessaire d’augmenter de 80% la production nucléaire mondiale d’ici à 2040

Une des recommandations centrales de l’AIE est d’autoriser les extensions de durée de vie des centrales existantes « aussi longtemps que possible » au regard de la sûreté des installations. Si la tendance au déclin du nucléaire se confirme, le parc électronucléaire mondial verra sa puissance diminuer de plus de 60% au cours des 20 prochaines années… ce qui augmentera considérablement les émissions de dioxyde de carbone !

Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence, appelle donc les gouvernements à modifier leurs politiques énergétiques et à reconsidérer le rôle du nucléaire dans le secteur de la fourniture d’électricité. Et attire l’attention des gouvernements sur l’importance de maintenir les compétences et l’expertise des professionnels du secteur nucléaire.

3) Dans leur rapport conjoint  2020 s( the Projected Costs of Generating Electricity) l’AIE et la NEA en tenant comte de la LCOE Value adjusted (VALCOE tenant compte de la valeur de l’électricité au moment où elle est délivrée) constate que la prolongation de l’exploitation des centrales nucléaires existantes, connue sous le nom d’exploitation à long terme (LTO), est de loin  la source la plus rentable d’électricité à faible teneur en carbone. L''exploitation à long terme est un choix plébiscité par les États-Unis, dont l’exploitation de 88 réacteurs jusqu’à 60 ans et de 4 réacteurs jusqu’à 80 ans a été actée, pour une technologie similaire à celle des réacteurs français

4) L’ASN et l’exploitant du parc nucléaire français (EDF) ont maintenu depuis plus de 50 ans un parc nucléaire conséquent en activité sans aucun incident grave. C’est tout de même un gage de confiance ! On peut d’ailleurs se demander si toutes les modifications demandées par l’ASN sont bien justifiées. Est-il vraiment  indispensable  d’aligner la sécurité des centrales prolongées sur un niveau Génération III (type EPR) plutôt que le meilleur standard des Generation II  ? Beaucoup de pays sont engagés dans un processus de prolongation, aucun n’a fait ce choix !

5) Enfin rappelons que les centrales sont entretenues, régulièrement inspectées et modernisées. Tant et si bien que la « vieille » centrale de Fessenheim, en réalité une centrale considérablement rénovée,  était considérée comme l’une des plus sûres. Quel gâchis

Sur la forme, je ne peux que manifester une certaine réserve devant ce type de consultation sur des sujets à forte technicité, où des minorités militantes et bien organisées, mais dont l’agenda est purement idéologique et contraire à la rationalité scientifique et technique et aux connaissances acquises semblent acquérir un poids et une visibilité hors de proportion avec ce qu’elle représentent. Le parti pris idéologique, le fanatisme et l’irrationalité, souvent l’ignorance se trouvent en quelque sorte considérées de la même façon que l’expertise. C’est fâcheux et dangereux !  



dimanche 22 mars 2020

Le nucléaire et ses déchets (2) : Cigéo et le Grand Débat


Dans un premier blog, je me suis efforcé de relater les conditions, les méthodes et les résultats du débat organisé par la Commission Nationale du débat public (CNDP) sur le Plan National de Gestion des déchets radioactifs (PNGMDR). Ont été présentés également des techniques relativement innovantes pour permettre malgré la présence d’anti-nucléaires très militants de tirer de cette consultation des enseignements utiles, au moins quant à la compréhension par l’opinion des enjeux : clarification des controverses, groupe miroir,  l’atelier de la relève.

Ceux qui le souhaitaient ont pu se référer à des documents assez complets sur l’historique de Cigéo :

Cigéo, un projet de long terme qui  qui vient de loin…

2006 : loi relative à la gestion durable des matières et des déchets radioactifs . La loi du 28 juin 2006 de programme relative à la gestion durable des matières et des déchets radioactifs complète la loi du 30 décembre 1991. Sur la base des résultats des 15 années de recherche, de leur examen par les différents évaluateurs et du débat public de 2005-2006, la loi de 2006 a précisé que les trois voies de recherche prévues par la loi « Bataille » étaient complémentaires mais a considéré que le stockage réversible en formation géologique profonde était la solution de référence pour la gestion à long terme des déchets HA et MA-VL. Il est également précisé que le coût de la solution de stockage réversible en couche géologique profonde est arrêté par le ministre chargé de l’énergie, sur la base d’une proposition réalisée par l’Andra, des observations des producteurs de déchets radioactifs et de l’avis de l’ASN. Le coût du projet a été fixé, par arrêté du 15 janvier 2016, à 25 milliards d'euros aux conditions économiques du 31 décembre 2011. Il est également prévu que ce coût soit actualisé régulièrement. : « Le coût fixé (…) est mis à jour régulièrement et a minima aux étapes clés du développement du projet (autorisation de création, mise en service, fin de la "phase industrielle pilote", réexamens de sûreté), conformément à l'avis de l'Autorité de sûreté nucléaire. »

Enfin, cette loi prévoit que la demande d’autorisation de création du centre de stockage soit précédée par l’organisation d’un débat public. 2013 : débat public sur le projet Cigéo, centre de stockage géologique profond. Le débat s’est tenu du 15 mai 2013 au 15 décembre 2013 dans un contexte tendu. Le débat a notamment été prolongé de deux mois suite au blocage des réunions publiques, qui n’ont pu se tenir, par des opposants au projet. Le blocage des réunions publiques a également conduit la CNDP à définir de nouvelles modalités de participation du public : débats contradictoires sur Internet, partenariats avec la presse locale, permanences, ainsi que l’organisation d’une conférence de citoyens entre décembre 2013 et février 2014. L’organisation de cette conférence de citoyens correspondait à la volonté de la CNDP de recueillir un avis informé du public, et ce, malgré l’annulation des réunions publiques initialement programmées.

Arrêté du 15 janvier 2016. Pour tenir compte des avis et attentes exprimés pendant le débat public et pour conserver l’approche par étapes initiée par la loi de 1991, le maître d’ouvrage du débat public (l’Andra) a proposé les éléments suivants : intégrer quatre évolutions du projet suite au débat public: une phase industrielle pilote au démarrage de l’installation; la mise en place d’un plan directeur pour l’exploitation du stockage régulièrement révisé ; l’aménagement du calendrier; l’implication de la société civile dans le projet;. L'exploitation du centre débute par une phase industrielle pilote permettant de conforter le caractère réversible et la démonstration de sûreté de l'installation, notamment par un programme d'essais in situ. Tous les colis de déchets doivent rester aisément récupérables durant cette phase. La phase industrielle pilote comprend des essais de récupération de colis de déchets ». La demande d’autorisation de création ne pourra être délivrée que par un décret en Conseil d’État qui devra fixer le délai de réversibilité, ce délai ne pouvant être inférieur à 100 ans.

2016 à 2018: instruction du dossier d’options de sûreté.  Le décret du 23 février 2017 est venu préciser la notion des inventaires (de référence et de réserve) des déchets destinés à Cigéo.

11 janvier 2018 : L’ASN a rendu son avis, elle estime que le projet Cigéo a atteint dans son ensemble une maturité technique satisfaisante au stade du dossier d’options de sûreté. Elle estime aussi que le dossier d’options de sûreté est documenté et étayé et constitue une avancée significative par rapport aux précédents dossiers ayant fait l’objet d’avis de l’ASN. Des compléments ont toutefois été demandés et devront être apportés pour la demande d’autorisation de création.

Les principales échéances à venir: 2020 : dépôt par l’Andra de la demande d’autorisation de création de l’installation de stockage réversible en couche géologique profonde. L’autorisation du projet n’interviendra pas avant 2023, et au moins 3 ans d’instruction, et sera délivrée par décret en Conseil d’État dans les conditions mentionnées supra. Le décret d’autorisation de création couvrira l'ensemble du projet, et permettra le commencement des travaux de construction. 2025 : démarrage de l’installation de stockage réversible profond par une phase industrielle pilote.  La phase industrielle pilote sera mise en œuvre avec, dans un premier temps, la réalisation d’essais en « inactif », c’est-à-dire avec des colis représentatifs des futurs colis mais non radioactifs. Ensuite, et préalablement à la première mise en œuvre de substances radioactives, l’Andra devra obtenir l’autorisation de mise en service partielle de l’installation auprès de l’ASN. Après délivrance par l’ASN d’une autorisation de mise en service partielle, des essais en « actif » (avec mise en œuvre de substances radioactives dans l’installation) seront réalisés toujours couverts par la phase industrielle pilote.

Un travail impressionnant  effectué, avec cette étape très positive de l’avis de l’ASN de 2018, et encore beaucoup à faire, un projet mené avec sérieux, sans précipitation sans brûler les étapes. Avec ce résultat : « Le projet de stockage géologique profond Cigéo est depuis 2006 la solution officiellement de référence pour la gestion des déchets ultimes de moyenne et haute activité à vie longue ».
Oui, sauf que cette solution de référence peine à convaincre…Et que le mérite de ce Grand Débat de la CNDP aura été de permettre la mise en évidence des réticences, des arguments, des doutes et des peurs, parfois irrationnelles et parfois manipulées auxquels il faudra répondre…

Les problèmes évoqués.

La sécurité : « La sûreté du stockage, et avec lui le risque potentiel pour les habitants et leur territoire, a été évoquée explicitement, notamment à Bordeaux, Rennes et Tours, avec un focus sur le risque d’incendie en milieu souterrain (doutes sur la capacité à maîtriser son développement), les risques d’explosion liés au stockage et la possibilité effective de récupérer les colis stockés (le cas du projet Wipp aux États-Unis ou de Stocamine en France apparaissent comme de sérieux contre-exemples). »

WIPP : Un mot sur WIPP, stockage des déchets militaires américains, cité et recité par les antinucléaires. Après 15 ans d’utilisation sans problèmes, ce centre a connu  en  février 2014 deux incidents ; un incendie déclenché par un camion qui a pris feu en souterrain, dans une partie non radioactive ; puis, sans lien, la fusion d’un fut de matériau radioactif avec dégagement de radioactivité pendant une quinzaine d’heures, sans atteinte des valeurs limites. La cause de cette fusion a été identifiée et est assez incroyable : dans le conditionnement de ces déchets est utilisée une argile qui sert aussi de litière minérale pour les chats, et elle a été remplacée par une litière organique…qui a pris feu.

Aucun de ces incidents n’a eu d’effet sanitaire, même une bourde aussi insensée que le second. Le fonctionnement du centre a été arrêté pendant près de trois ans (14 février 2014 -8 décembre 2016) avant autorisation de sa réouverture par l’administration Obama.
Le débat a amené Cigéo à répondre précisément à cette interpellation (réponse très complète https://participons.debatpublic.fr/processes/pngmdr/f/41/questions/104?component_id=41&locale=fr&participatory_process_slug=pngmdr). Brièvement, pour le premier cas, pas de moteurs thermiques dans Cigéo, véhicules électriques sur rail et non sur pneus, dispositifs de détection et de combat anti incendie ; pour le second, le conditionnement des déchets n’est pas le même : la vitrification et un container acier pour les déchets de haute activité constitue une sécurité vraiment importante qui rend impossible tout combustion ; les déchets de moyenne activité à vie longue (MAVL) sont conditionnés dans un colis en béton ou en acier avec une matrice en béton ou bitumineuse. Pour ce dernier cas seulement, assez minoritaire, l’ASN a demandé des études supplémentaires.
Enfin, dernière leçon du Wipp : le contrôle qualité des colis de déchets avant stockage constitue un facteur clé de sécurité. L’ensemble de ces données montre que les risques mis en évidence par le WIPP (encore une fois très différent par la nature des déchets et le site) ont été bien anticipés.

La mine d’Asse

Il est difficile de faire le silence sur les pratiques des Allemands à Asse-2, ancienne mine de sel en Basse-Saxe qui a été utilisée comme site de stockage des déchets de basse et moyenne activité (ne dégageant pas de chaleur notable) de  1967 à  1978 en expérimentation  puis  de 1978 à 1993, date à laquelle le projet a été arrêté assez brutalement – et justement. Dans les mines de sel, pas d’étais ;  on travaille de façon que les espaces exploités soient disposés en sorte que le sel restant devient l'architecture de la mine et supporte le terrain situé en surplomb. En raison du haut degré d'exploitation, la déformation à Asse –II avait atteint une telle extension que le sel sous tension perd peu à peu sa cohésion et des infiltrations importantes et récurrentes d’eau se sont produites. Les mines de sel, et la saumure plus encore sont fortement corrosives ; au début, les fûts métalliques dans lesquels les déchets étaient livrés étaient considérés comme des fûts de transport, jamais comme  des barrières de longue durée – en fait, leur durée de vie était estimée à trois ans ! En 1995, un point d'écoulement de saumure contaminée  (principalement au Césium 137) est détectée, mais il faudra attendre 2008 pour que les autorités soit averties…le scandale est alors tel qu’il entraine rapidement la fermeture du centre.

Mines de sels instables et corrosives, dont même à l’époque, et encore plus aujourd’hui aucun expert ne recommanderait de l’utiliser pour le stockage de déchets radioactifs,  déchets mal conditionnés, négligences multiples et dissimulation des problèmes, présence de colis non déclarés, centre de stockage considérée comme une véritable poubelle, tout y est. Signalons tout de même que, pourtant, à aucun moment des concentrations radioactives supérieures aux limites autorisées n’ont été enregistrées.

Là, j’avoue, je perds un peu mon calme; en des secteurs très différents, depuis plus de trente ans, j’ai vu les Allemands travailler comme des porcs, sans conscience  professionnelle et stupidement,  et pour moi la Deutsche Qualitât est devenu un slogan vraiment mensonger. Dans plusieurs domaines.  

Coût du projet : «  La rencontre de Paris dédiée à l’économie a aussi abordé le coût du stockage et des alternatives, et incidemment la dépendance économique du projet aux différents scénarios d’évolution des politiques énergétiques. Introduit par une recommandation de la Cour des comptes sur ce sujet, le débat a conduit rapidement à un quasi-consensus sur la méthode d’évaluation du coût du projet hors norme qu’est Cigéo, sinon sur les résultats futurs de cette méthode. Personne ne s’est élevé contre l’idée que l’évaluation d’un tel projet ne pouvait que résulter d’un processus de révision périodique, en fonction de scénarios ou d’options de traitement voués à évoluer »

Entreposage ou stockage ? « Il y a également une question qui est revenue et qui a donné un débat assez virulent: le choix entre entreposage et stockage? L’idée qui est revenue est que l’entreposage donne la main aux générations futures sur les déchets radioactifs. Les déchets sont toujours là. Elles doivent s’en occuper. Nous laissons une possibilité, si nous trouvons une nouvelle solution scientifique, pour nous en occuper. Pour le stockage, nous installons les déchets radioactifs quelque part. Nous nous débarrassons d’une charge pour les générations futures. Nous fermons cependant la porte à toute solution future ».

C’est ici Greenpeace qui est à la manœuvre : «  Ce projet présente de graves risques en termes de sûreté, et quoi qu’en dise l’industrie du nucléaire, rien n’est prévu pour assurer sa réversibilité. Les générations futures doivent être en mesure de choisir comment disposer de ce fardeau que nous leur léguons. C’est pourquoi Greenpeace préfère l’entreposage à sec en surface, une alternative pérenne et passive, qui permettra de retirer les colis à tout moment et d’en disposer autrement si on le souhaite. Dans tous les cas, cacher nos déchets n’est pas une solution. »
(NB. Nous parlons ici des déchets à vie longue ou moyenne et forte activité. Les déchets à vie très courte   (<100 jours) ou courte (<31 ans) sont entreposées en piscines ou en surface sans que cela pose problème sur ses échelles de temps assez courtes. Mais le cas est totalement différent pour les déchets de Haute et Moyenne activité à vie  longue.

Et Greenpeace joue ici sur du velours, la peur de prendre une décision « définitive ». On peut (il faut) déconstruire leur pseudo-argumentation, mais il sera difficile de lutter contre son arrière-plan procrastinateur.

Graves risque en termes de sécurité ? Lesquels ? Ce n‘est pas l’avis de l’ASN en France. Ce n’est pas l’avis des experts nucléaires aux USA, en Chine, en Russie, en Finlande, en Suisse, au Japon, au Canada  qui se sont tous décidés en faveur de l’enfouissement en formation géologique profonde des déchets HA et MA-VL. Et en Australie (mais après la tenue d'une commission royale d'enquête, favorable au projet en mai 2016, des citoyens australiens choisis au hasard se sont prononcés massivement contre le projet en novembre 2016)

La réversibilité : si, une période d’au moins cent ans est prévue pour la réversibilité

L’entreposage à sec en surface est-il sûr ? Bien sûr que non. L’entreposage à sec en surface est sensible à tout ce qui peut affecter la surface de la Terre ; inondations, tremblements de terres, risques humains (manipulations maladroites, vols, terrorisme, intrusions diverses). Les déchets restent accessibles pendant combien de temps ? Rappelons que nous parlons ici de déchets à vie longue (10.000-15.000 ans). Pour le coup, personne ne peut prévoir ce qu’il se passera sur terre.  Au contraire, dans Cigeo, après la période de validation, ces déchets seront confinés et  inaccessibles jusqu’à ce que leur radioactivité revienne au seuil naturel. La géologie règlera un problème géologique, indépendamment de toute intervention humaine. C’est donc au contraire l‘entreposage à sec soutenu par Greenpeace qui est la solution de danger maximal.

Pourquoi cette incohérence alors ? Cette question des déchets ultimes  est la seule qui reste à traiter, celle qui revient tout le temps, et qui préoccupe tous ceux qui de bonne foi ou non s’inquiètent des inconvénients du nucléaire; qu’en ferons nous, que lèguerons-nous aux générations futures. Alors l’explication la plus probable est que Greenpeace, fanatiquement et idéologiquement et irrationnellement opposé au nucléaire, ne veut surtout pas qu’il y ait une solution pour les déchets nucléaires à vie longue ; ils y perdraient leur principal fonds de commerce.

Retenons cette réponse de Jean-Yves Le Deaut (Docteur es sciences, président très actif durant trois ans de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques), qui a tenu courageusement à déposer sa contribution au débat public sur les déchets sous forme d’un cahier d’acteur (n°29) : « Aujourd’hui défendue par les opposants au projet Cigéo, cette solution d’entreposage à long terme comporte cependant des risques bien plus importants que le stockage en couches profondes. … Passer par l’entreposage de durée indéterminée aurait surtout pour conséquence de retarder la solution de stockage qui s’imposera à terme. Cela reviendrait à se défausser de la gestion des déchets sur les générations à venir. »

C’est exactement cela. C’est Greenpeace, en toute hypocrisie, qui lègue le problème des déchets nucléaires aux générations suivantes, et pas les partisans de Cigeo, qui, au contraire, apportent une solution sûre et pérenne.

Les positions du groupe miroir          

Plus intéressants que les petites manœuvres, manipulations et intimidations de Greenpeace sont les réactions du groupe miroir, moyen pour la CNDP de capter l’opinion de citoyens non militants sur le sujet. Extraits :

« Non à l’oubli organisé des déchets stockés en couche géologique profonde.
Oui à la réversibilité des solutions envisagées aujourd’hui pour ne pas décider à la place des générations futures et laisser la porte ouverte à d’éventuels progrès technologiques.
Il faut garder la possibilité de faire d’autres choix, selon les connaissances et compétences technologiques futures. La mémoire collective doit être un moyen de ne pas tendre vers l’oubli et de garder espoir: des alternatives à l’enfouissement définitif pourraient être trouvées.
Oui à une coopération internationale renforcée sur ce sujet qui engage l’humanité au-delà des frontières nationales.

Il n’y a pas de meilleure solution, seulement une moins pire que les autres, le principe de réversibilité a été largement approuvé comme constituant un point d’équilibre relatif entre sûreté et flexibilité. Il permet d’orienter la décision sans la confisquer aux générations à venir.

L’approche dirigée (i.e. stockage géologique dédié avec période de réversibilité, puis fermeture définitive du site) a été considérée comme moins vulnérable aux perturbations liées aux activités humaines. Elle offre la possibilité d’imaginer une stratégie cohérente, avec un terme. L’approche ouverte (i.e. solution temporaire d’entreposage robuste en surface le temps de développer un autre scénario de prise en charge satisfaisant), quant à elle, présente plus d’incertitudes, mais pourrait résulter in fine sur une meilleure prise en charge des déchets ultimes ; elle a été considérée comme plus à même de recueillir la confiance du public.

L’entreposage de longue durée (de 100 à 300 ans) dans l’attente d’une solution de transmutation efficace ne pose pas de difficulté technique majeure nouvelle; sa sûreté et sa sécurité, comme celles de Cigéo pendant la phase d’ouverture de l’ordre de 100 à 120 ans, nécessiteraient toutefois des mesures particulières, inhabituelles sur de telles durées »

Deux conclusions me paraissent particulièrement ressortir :

1) l’argument avancé par certains partisans de Cigéo selon lequel « on enterre les déchets, puis on les oublie », ou « il faut organiser l’oubli progressif des installations souterraines », ça ne passe pas, mais alors pas du tout !

2) le principe de réversibilité (par des propositions d’allongement indéfini) a été perverti en procrastination, en peur de prendre et d’assumer  une décision pourtant rationnelle.

Il faut dire que le débat a été perturbé par une intervention assez intempestive du récent Prix Nobel de Physique et spécialistes des lasers  Gérard Mourou sur la possibilité d’utiliser le laser pour transmuter les déchets à vie longue en déchets à vie plus courte. Lui-même a admis que rien ne permettait pour l’instant de prévoir la moindre application industrielle à cette possibilité théorique (le bilan énergétique est très très défavorable..s’il faut créer plus de déchet qu’on peut en transmuter, ça le fait pas) et reste un partisan du projet Cigéo : « La transmutation de déchets radioactifs et le stockage Cigéo sont des solutions clairement complémentaires. C’est ce que j’aime beaucoup, il n’y a pas d’affrontement » (https://www.andra.fr/la-transmutation-de-dechets-radioactifs-par-laser-de-haute-puissance-le-defi-de-gerard-mourou)

Sur cette peur des responsabilités, une remarquable intervention de J. L.  Salanave (ex Directeur des Technologies d'AREVA , professeur à Centrale, membres d’associations écologistes favorables au nucléaire ) :
 : «Finalement, la réversibilité pour quoi faire? Par peur de se tromper? Ou pour satisfaire un principe de précaution inscrit dans la Constitution?… Et pourtant, n’est-il pas plus important que Cigéo, dont la forme la plus sûre est “non réversible”, soit pour nous et les générations futures notre meilleure solution d’aujourd’hui et réponde parfaitement à l’objectif: isoler définitivement de la biosphère des déchets hautement radioactifs le temps que leur radio-toxicité décroisse et disparaisse naturellement? Perfectible ou pas, Cigéo restera toujours un progrès, un risque moindre et un fardeau injuste évité aux générations futures, par rapport à l’entreposage alternatif actuel en surface à la Hague. » Cahier d’acteur n° 6,)



Et pour plus détail, allez sur le très bon site de l'Andra dédié à Cigéo ! : https://www.andra.fr/cigeo