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vendredi 16 octobre 2020

La Pologne, le nucléaire, la taxonomie verte européenne

 La Pologne veut du nucléaire pour sortir du charbon

La Pologne a annoncé sortir progressivement du charbon pour s’engager massivement vers l’éolien offshore et, surtout, le nucléaire. Un investissement de 33 milliards d’euros, destiné à construire les premières centrales nucléaires polonaises, a d’ores et déjà été acté par les pouvoirs publics. . En parallèle, 29 milliards d’euros iront vers l’éolien offshore, à l’horizon 2040.

Le chantier du premier réacteur, d’une puissance de 1 000 à 1 500 mégawatts, devrait débuter en 2026 pour un démarrage prévu en 2033. D’ici à 2040, cinq autres réacteurs devraient suivre. Deux seront construites sur la côte de la mer Baltique, à Żarnowiec ou Kopalino, à 150 kilomètres seulement de la frontière allemande

L’Allemagne a commencé à protester et à réclamer une étude d’impact environnemental, obligatoire en vertu du droit international. Peter Altmaier a appelé la présidente de la commission sureté nucléaire du Bundestag (parlement allemand) à faire usage du droit international et à réclamer une consultation avec le gouvernement polonais. Une demande qui est pour l’instant restée lettre morte

La Pologne souhaite se donner les moyens de sortir de sa dépendance au charbon, qui, avec le lignite, représente encore 80 % de l’électricité consommée et ce moye passe largement par le nucléaire !

Donc elle a besoin de financement, et Michał Kurtyka, Ministre du climat de Pologne a adressé à la Commission Européenne une lettre pour protester contre l’exclusion du nucléaire de la taxonomie verte.

La Lettre de la Pologne à propos de la taxonomie verte européenne

Lettre de Michał Kurtyka, Ministre du climat de Pologne, au Commissaire à l’énergie à la Commission Européenne (juin 2020)

A M. Frans Timmermans Vice-président exécutif, M. Valdis Dombrovskis Vice-président exécutif, Mme Kadri Simons Commissaire à l’énergie Commission européenne

En tant que ministre polonais du climat et ancien président de la COP24, permettez-moi de vous exprimer ma profonde gratitude pour les efforts continus que la Commission déploie dans la lutte contre le changement climatique, en particulier dans sa dimension énergétique en favorisant la transition vers des systèmes énergétiques climatiquement neutres. Je tiens à réaffirmer que la Pologne reste déterminée à aligner progressivement mais régulièrement son secteur de l’électricité sur ce paradigme, qu’elle soutient pleinement.

En même temps, il est important de souligner à quel point les conditions locales peuvent varier et exiger des priorités et des actions différentes. La production de base de la Pologne dépend actuellement fortement de la combustion de combustibles fossiles. Notre géographie exclut le développement de la capacité renouvelable non intermittente comme l’hydroélectricité, tandis que la fenêtre d’opportunité de mettre en œuvre l’énergie nucléaire a été manquée à la fin des années quatre-vingt à la suite d’une décision arbitraire. Ceci, combiné à une population et une industrie importantes impliquant une demande d’énergie croissante, nous place à un point de départ différent de celui du reste de nos partenaires de l’UE. C’est pourquoi la Pologne, suivant le bon exemple et l’expérience d’autres États membres, a l’intention de développer l’énergie nucléaire pour remplacer la capacité de charge de base fournie par le charbon par une production stable à zéro émission à un coût abordable pour les citoyens et l’économie polonais.  Nous avons la forte conviction que toutes les technologies à faibles émissions disponibles qui peuvent contribuer à parvenir à une UE climatiquement neutre d’ici 2050 devraient être soutenues par l’Union européenne.

Par conséquent, nous avons été surpris que l’énergie nucléaire ne soit pas reflétée dans les politiques récentes de l’UE, y compris le paquet du Green Deal européen, alors que sa place dans la taxonomie de l’UE est toujours en question.

Alors que la moitié des pays de l’UE utilisent ou ont l’intention de développer l’énergie nucléaire dans le cadre de leur transformation énergétique, cette technologie, qui fournit près de la moitié de la production de l’UE à faibles émissions, est exclue des larges opportunités financières offertes par la transition verte, ce qui élimine l’équité dans ce domaine dans le secteur de l’énergie. Bien que nous soyons conscients que l’apport d’un soutien au secteur nucléaire est contesté par un certain nombre d’États membres, nous sommes également profondément convaincus que cela ne devrait en aucun cas entraver la liberté de choix des pays qui le considèrent comme un élément nécessaire de leur bouquet énergétique. Exclure le secteur nucléaire des opportunités de transition verte contourne le principe de souveraineté énergétique des États membres et viole les obligations découlant du traité Euratom de promouvoir le développement du secteur nucléaire de l’UE consacré dans les articles 1 et 2c.

Sans remettre en cause la transformation verte en tant que telle, mais posant une question fondamentale sur son orientation générale et ses principes en termes de technologie, je voudrais à nouveau souligner le rôle nécessaire que l’énergie nucléaire doit jouer dans les systèmes d’énergie propre, ce qui est fortement soutenu par les rapports récents publiés par le GIEC et l’Organisation internationale de l’énergie, pour n’en nommer que quelques-uns.

De plus, tout en gardant à l’esprit que toutes les technologies énergétiques existantes ont un impact négatif sur l’environnement, de plus en plus d’études internationales concluent que l’empreinte environnementale de la production nucléaire, même en considérant son cycle de vie complet, n’est pas supérieure par unité de capacité de production à celle qui de la production renouvelable.

Compte tenu des déséquilibres croissants des réseaux, partiellement attribuables au déploiement croissant d’énergies renouvelables intermittentes, le nucléaire restera indispensable dans le système électrique de l’UE pour les décennies à venir. En tant que base stable et à faibles émissions, il garantira la poursuite du déploiement des énergies renouvelables à condition que les synergies entre ces deux technologies complémentaires soient pleinement explorées. Enfin, rappelons la vision stratégique à long terme européenne pour une économie prospère, moderne, compétitive et climatiquement neutre – Une planète propre pour tous, qui reconnaît que l’énergie nucléaire, avec les énergies renouvelables, formera l’épine dorsale d’un système électrique européen , ce qui fut ensuite confirmé dans la résolution du Parlement européen de novembre 2019 à la COP 25.

La reprise du COVID-19 a mis en évidence un autre avantage du développement de l’énergie nucléaire, capable de produire une large valeur ajoutée dans de nombreux secteurs industriels et de générer un grand nombre d’emplois de haute qualité, directement et indirectement. C’est pourquoi le leadership européen durement acquis depuis des décennies dans le domaine des technologies nucléaires ne doit pas être gaspillé. Au contraire, il est de notre responsabilité de le maintenir et de le développer pour le bénéfice des générations futures.

Pour conclure, la Pologne reste déterminée à progresser vers la neutralité climatique, qu’elle entend poursuivre par le déploiement de technologies à la fois renouvelables et nucléaires, tout en exploitant des synergies inestimables entre les deux.

Par conséquent, nous appelons la Commission européenne, en tant que gardienne des traités, y compris du traité Euratom, à veiller à ce que la politique énergétique et climatique de l’UE soit élaborée d’une manière technologiquement neutre et fondée sur des preuves, y compris les travaux entrepris au sein du Paquet vert et du financement durable. Une telle approche factuelle ne sera possible qu’avec la participation d’experts indépendants ayant une solide connaissance du cycle de vie nucléaire. Il est également important que l’UE se penche sur les analyses entreprises par les grandes organisations internationales, comme le rapport sur le développement des dépôts géologiques profonds actuellement élaboré par l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire et de nombreux autres documents publiés par l’Agence internationale de l’énergie atomique dans ce domaine.

De nouveaux préjugés contre l’énergie nucléaire ne feront que pénaliser les nouveaux projets de construction mis en œuvre par plusieurs États membres, entravant ainsi le processus d’électrification auquel le nucléaire – qui représente plus de 45% de la production européenne à faibles émissions – est un contributeur majeur.

Mais surtout, retirer le nucléaire du tableau empêchera la réalisation des objectifs climatiques de 2050, ce qui est bien démontré par l’augmentation des niveaux d’émission de CO2 dans les pays qui abandonnent progressivement l’énergie nucléaire. Réitérant mon plein soutien aux efforts de transition verte que la Commission s’engage résolument, je reste ouvert à de nouveaux échanges avec vous sur ce sujet important.

Michał Kurtyka Ministère du climat /

vendredi 10 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien -4 : grandeurs physiques et difficultés intrinsèques- à l’attention d’Elisabeth Borne


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait.… »

Quelques bases de physiques à l’attention d’Elisabeth Borne et de son scenario 100%ENR

L’éolien, c’est moins bon que le nucléaire pour le taux de CO2 

La construction d’une éolienne nécessite des travaux de génie civil important ainsi que des quantités de matériaux non-négligeables. En terme de cycle de vie, le Ministère de la Transition Energétique donne les chiffres suivants par kWh: 6g nucléaire, 10g éolien, 32 g solaire, 443g gaz,  solaire (32g), gaz (443g), fioul (778g) et charbon (1050g). Les éoliennes ne sont en aucun cas nettement moins émettrices de gaz à effet de serre que les barrages et les centrales nucléaires le long de leur cycle de vie (les panneaux solaires aussi d’ailleurs). Pire, en utilisant des facteurs de charge réels, mesurés sur le terrain, et non les statistiques douteuses fournies par les fabricants d’éoliennes eux-mêmes, on obtient des niveaux d’émissions de gaz à effet de serre supérieurs aux centrales nucléaires.

Et il y a la face cachée, tellement évident, mais non-dite. Compte-tenu de l’intermittence (facteur de charge) de l’éolien, on vous vend quelque chose dont il manque les 3/4 pour que ça marche correctement…Donc de l’éolien, c’est en fait ¼ d’éolien et ¾ de gaz , et là c‘est beaucoup moins favorable : 6g/kW.h contre 330g/kw.h

Malgré leur rentabilité pathétique, on pourrait cependant s’accrocher à l’idée de développer l’éolien en France pour des raisons écologiques si seulement l’énergie éolienne pouvait nous débarrasser de nos centrales au charbon et au gaz. Seulement voilà, c’est tout le contraire ! Parce que l’existence même de centrales au gaz et au charbon en France ne s’explique que pour des raisons de lissage de la production électrique et qu’au contraire l’éolien est tellement intermittent… qu’il faut davantage de centrales pilotables (gaz ou charbon..) pour compenser son intermittence…Ce que font les Allemands, et ce qui explique qu’après 700 millions d’euros…ils émettent toujours autant de CO2.

L’éolien n’est pas du tout écologique

A cause de sa densité d’ énergie ridicule : Pour remplacer une centrale telle celle de Fessenheim (puissance nominale 1800 MW et coefficient de production de 90%), il faut donc 4000 éoliennes. Pour des éoliennes qui mesurent maintenant près de 180-200mètre en bout de pales, supposons-les espacées de 300mètres, ce qui est un minimum.
Donc, pour remplacer une seule centrale nucléaire, et pas la plus moderne, et pas la plus puissante, avec des éoliennes de 2 MW, il faudra les aligner de Nice à Perpignan (2 x 475 km) sur deux rangées tout le long de la côte méditérannéenne + le tour de Corse (325 km), soit 1350 km, ou encore de Gênes en Italie jusqu'à la pointe sud de l'Espagne…
A cause de sa consommation en matériaux : Une étude du Department of Energy  donne 800 t/TWh de béton et 160 t/TWh d’acier pour le nucléaire, et 8000 t/TWh de béton et 1800 t/TWh d’acier pour l’éolien, soit un facteur 10 pour le béton et 11 pour l’acier, à l’avantage, très marqué, du nucléaire. Un ordre de grandeur calculé par Tristan Kamin pour l’EPR, centrale nucléaire optimisée du point de vue de la production et de la sécurité donne 8 fois moins de béton et 20 fois moins d’acier pour l’EPR que l’éolien.
*

Tiens, parlons aussi des socles de béton. Dans le cas d’une grande éolienne, ils peuvent faire jusqu’à 20 mètres de profondeur et représenter 3 000 tonnes de béton armé. Leur présence est un enjeu environnemental, parce qu’ils  permettent à plusieurs niveaux de la nappe phréatique, normalement séparés, de se mélanger. Le code allemand du bâtiment prévoit leur démolition complète. Mais cela n’est pratiquement jamais le cas ( les exploitants margoulins préfèrent faire faillite avant !) en raison des coûts de centaines de milliers d’euros reliés à cette mesure. Une pratique plus courante, et officiellement tolérée, serait…le grattage sur 1 mètre, puis de les recouvrir de terre. Mais cela n’aide pas les aquifères….Et l’agriculteur à qui on a fait miroiter les richesses ruisselant des éoliennes, quand il se trouvera à devoir financer l’enlèvement du monstre, ou vivre à perpétuité avec ses tonnes de béton dans un sol devenu inutilisable…Il va faire quoi ?

Contrairement à ce que certains prétendent, on sait parfaitement démanteler des centrales nucléaires ( 6 réacteurs démantelés aux USA, plus d’une centaine en cours de démantèlement dans le monde) De éoliennes, ben pas trop ! .En Californie, ce sont déjà plus de quatorze mille éoliennes rouillées,abandonnées dans des paysages de désolation et d’abandon.

Nul ne sait quoi faire des pales, habituellement composées d’un mélange de fibre de verre et de fibre de carbone, liées à l’aide de résine de polyester ;  impossible de séparer et recycler ces matières (qui pourraient s’accumuler au rythme de 16 000 tonnes par année à partir de 2021 en Allemagne), impossible de les brûler, les résidus obstruent les filtres des incinérateurs…

A cause de sa consommation en métaux rares : « Le monde s’est organisé entre  ceux qui sont sales et ceux qui font semblant d’être propres »….il faut purifier huit tonnes et demie de roche pour produire un kilo de vanadium, seize tonnes pour un kilo de cérium, cinquante tonnes pour un kilo de gallium …«Une mine, c’est un véritable choc visuel, un derrick à côté ce n’est rien. Nous avons pu approcher des mines en Chine et des lacs de rejets d'effluents toxiques d'usines de raffinage en Mongolie. C’est l’enfer de Dante. Tout est pollué là-bas, les sols, les airs, les nappes phréatiques. Les eaux chargées en métaux lourds sont déversées dans des lacs artificiels qui débordent régulièrement et polluent les fleuves, tels que le Fleuve jaune. » (Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares)

L’éolien n’est pas compatible avec la stabilité du réseau électrique.  40% d’éolien, c’est la certitude d’effondrements massifs du réseau, ce qui s’est produit en Australie du Sud qui a dû en catastrophe relancer ses centrales à charbon. Un black out à Londres s’est aussi produit…mais l’Angleterre, qui a beaucoup investi sur l’éolien et est quasiment sorti du charbon en ce qui concerne la production électrique relance le nucléaire. L’éolien allemand menace la stabilité du réseau européen, donc français (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/01/petits-problemes-avec-leolien-1-leurope.htlm). Non seulement on ne vas pas vers une intégration croissante des réseau européeens, mais vers un fractionnement, les voisins de l’Allemagne devant se protéger des débordements de l’éolien allemand.

La course au gigantisme des éoliennes ne masque pas pour autant les problèmes d’intermittence de l’éolien. Le 14 mars 2019 à 14 heures 30, il a couvert 18 % de la consommation française d’électricité avec 12 323 MW, un record. Mais le 5 décembre à 12 heures, la production n’était que de 691 MW, soit moins de 1 % des besoins, obligeant la France à recourir aux importations.
Et on fait quoi avec ça ?
L’éolien coûte cher !

Nucléaire historique :33-40€/MWh ,Photovoltaïque : 62-99€/MWh,Eolien : 60-65€/MWh ,Eolien marin : 200-220/MWh, EPR:+110€/MWh
Mais auxquels il faut ajouter les subventions publiques : Nucléaire : 25€/MWh , Eolien: 476 €/MWh, Photovoltaïque :+500 €/MWh.
Petit rappel : coûts actuels de l’électricité  (cf. rapport de la Cour des Comptes, https://www.contrepoints.org/2019/10/24/356359-parc-nucleaire-francais-le-veritable-cout-de-production;

Eh oui, l’éolien coûte cher, et comme c’est une énergie très peu concentrée et les frais de construction de réseau et de raccordement sont astronomiques. Je reviendrais plus spécifiquement sur le cas de l’éolien off shore où cette question est encore plus cruciale ( et qui est encore bien plus une aberration économique). Mentionnons tout de suite que les margoulins de l’éolien ont réussi à refiler es coûts de raccordement au réseau sur le gestionnaire de réseau, donc sur le contribuable, au contraire de ce qui se fait pour toutes les autres énergies.


Sans compter l’imposture qu’il y a à comparer une énegie pilotable à une énergie intermittente (cf. Les coûts lisses de l'électricité, Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics.
« Les défenseurs du recours aux énergies renouvelables pour produire de l'électricité avancent comme argument leur coût de production du MWh. Mais c'est oublier que l'unité vraiment pertinente n'est pas le MWh produit, mais le MWh livré en un lieu donné à une date donnée…

Pour bien expliquer, un petit diagramme de JMJ (Jancovici, carbone 4)



Bonne lecture Elisabeth Borne, puisse-t-elle vous déborner !
Bon, on les construit quand ces EPR ?



dimanche 15 décembre 2019

Le chauffage nucléaire, un atout pour la transition énergétique 2) les SMR


Un nouveau type de réacteurs nucléaires pour un chauffage propre climatiquement acceptable

En France, le chauffage des bâtiments représente 22% des dégagements de gaz à effets de serre, derrière l’industrie (22%) et les Transports (26%) ; encore sans doute une partie de la consommation industrielle est-elle aussi en fait liée à une consommation de chaleur. Le chauffage représente donc une partie très important des émissions de gaz à effet de serre (surtout CO2).

Comment diminuer ces émissions ? On peut passer davantage au chauffage électrique, qui peut constituer une bonne solution pour l’habitat individuel. (cf. notamment l’action de Brice Lalonde, https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/09/transition-energetique-et-grandes.html)

Si l’on veut une chaleur propre, on peut aussi utiliser la cogénération nucléaire, mais bien que des exemples récentes, notamment chinois et russes en soulignent l’intérêt, il semble existant mais limité en France (cf blog précédent https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/12/le-chauffage-nucleaire-un-atout-pour-la.html).
En revanche, un chauffage nucléaire urbain à l’aide de réacteurs spécialisés plus petit, les small modular reactor  (SMR) aurait un intérêt certain pour l’obtention de chaleur propre décarbonée.

La longue marche des SMR .

L'idée d’utiliser l'énergie nucléaire pour le chauffage est apparue en même temps que son utilisation électrogène. Ainsi, la première centrale nucléaire suédoise, celle d'Ågesta produisait essentiellement de la chaleur à destination du quartier de Farsta, dans la banlieue sud de Stockholm. Elle avait à l'origine une puissance de 65 MW, qui fut portée à 80 MW au début de l'année 1970 et fonctionna de 1963 à 1974.  Une fraction de l'énergie produite était aussi convertie en électricité. Elle comportait un unique réacteur utilisant comme combustible l’uranium naturel et comme modérateur l’eau lourde. Arrêtée en 1974 parce qu’elle ne correspondait plus aux normes et, sa partie nucléaire démantelée, elle est utilisée comme terrain d'exercice par les sapeurs-pompiers de Stockholm.

La France a failli être pionnière dans le domaine des SMR avec Thermos, un petit réacteur souterrain relié à un réseau de chauffage urbain de la ville qui devait entrer en service à Grenoble. Ce réacteur de 90 MW thermiques utilisant entièrement la chaleur produite et ne nécessitant qu'une trentaine d'employés avait alors défrayé la chronique en 1980 (grande époque de la contestation contre Superphenix dans la même région, coïncidence malheureuse de lieu et de calendrier). Avec la montée en puissance de Greenpeace, de la contestation locale contre Superphenix et la baisse des prix du pétrole (contre-choc pétrolier), le projet a été abandonné, comme d’habitude pour des raisons politico-économiques conjoncturelles, et non pour des raisons techniques ; le mal que les écolos bigots dogmatiques antinucléaires ont fait, il faudra un jour en faire le bilan.
Les aspects climatiques et la hausse du prix des fossiles rendent maintenant beaucoup plus intéressants ce type de réacteurs dédiés au chauffage ou à d’autres utilisations que le production d’électricité et modernisés sous la forme de SMR. Un petit réacteur de de seulement 150-200 MWe de puissance permet d'éviter le rejet dans l'atmosphère d'environ 1 million de tonnes de CO2 chaque année. En installant ce type de réacteur ayant une très faible empreinte au sol, des réductions majeures des émissions de CO2 pourraient être réalisées (l'empreinte au sol du réacteur Thermos était seulement de 40 x 40 m pour fournir la quasi-totalité des besoins en chauffage urbain de l'agglomération Grenobloise sans émissions de CO2). (cf. Bruno Comby, AEPN, http://ecolo.org/documents/documents_in_french/cogeneration_nucleaire-07.htm)

Définition, objectifs, fonctionnement d’un SMR

Principes :  Un « SMR » (Small Modular Reactor en anglais) désigne une famille de réacteurs nucléaires réalisés en usine sous forme de modules industrialisés directement installables sur site ; d’une puissance généralement inférieure à 300 MWe, (la moyenne pour les SMR existants s’établissant autour de 100 MWe) ; associables pour fournir une gamme de puissance électrique adaptable à une demande évolutive ;utilisant la fission de l’uranium (235, 238) ou du thorium (232).

Objectifs : Les SMR visent à  abaisser significativement le poids du financement de l’électronucléaire en volume et en délai, à substituer à l’effet d’échelle recherché pour les grandes centrales l’effet de série industriel,  attaché à la réalisation répétitive des SMR en usine, abaissant les coûts ; ouvrir de nouveaux marchés de fourniture d’électricité décarbonée aux sites isolés (îles, Grand Nord, etc.) et aux petits réseaux de distribution électrique ; remplacer des centrales de moyenne puissance utilisant des combustibles fossiles (par exemple les centrales à charbon aux États-Unis) ; développer un plus grand suivi de charge en soutien de sources intermittentes (éolien, solaire) ; fournir de la chaleur, éventuellement en cogénération, adaptée en température au dessalement, au chauffage urbain, au raffinage des hydrocarbures, à la production d’hydrogène, à la propulsion navale…

Fonctionnement : des filières très variées. BWR (100-200°C, eau bouillante, chauffage urbain) ; PWR, HWR ( 200-400°C, eau lourde sous pression, désalinisation, électricité) ; SFR, LFR (400-550°C, métali liquide, eau supercritique, usages industriels) ; GCR, GFR (700-1000°C, gaz, production d’hydrogène, métallurgie) ; VHTR (1000°C, Helium, production d’hydrogène)

Bonjour au chauffage nucléaire !

Bienvenue au HTTR (High Temperature engineering Test Reactor), Oarai, Ibaraki, Japon. Oxyde d’Uranium à 6%, sortie à ~900-1000°C, refroidi à l’hélium. A fonctionné pendant 30 jours en avril 2019 selon les spécifications et démontré la faisabilité et l’intérêt de la production d’hydrogène


View of the reactor HTTR [6]. 


Bienvenue à l’Akademik Lomonosov : le plus beau fantatisque !  La centrale nucléaire flottante russe construite à Saint-Pétersbourg en 2006, puis chargé en combustible en 2019 à Mourmansk et mise en exploitation.
Le bâtiment mesure 144 mètres de long et 30 mètres de large et embarque un équipage de 300 personnes. Il peut délivrer 35 MW (ou 70 MW, selon les sources), ce qui est suffisant pour alimenter une ville de 100 000 habitants. C'est la première centrale commerciale flottante qui peut être raccordée au réseau électrique. Le 23 août 2019, la barge a parcouru 5 000 kilomètres pour rejoindre par la mer la ville de Pevek, en Sibérie, où elle pourrait servir à alimenter en électricité habitations et  plateformes pétrolières. Bravo Rosatom :

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Bienvenue au Yanlong : toute longue marche nucléaire aboutit maintenant à la Chine. Le projet de CNNC a été validé par l’Autorité de Sureté Chinoise. Le Yanlong est un réacteur à basse température de 400 MW qui produira suffisamment de chauffage pour environ 200 000 foyers. Un petit réacteur de démonstration a permis de chauffer avec succès près de 50 foyers pendant 168 heures à Beijing.
L’installation à grande échelle sera constituée d’une piscine d’entreposage en béton et en acier qui mesure 10 mètres de diamètre et 20 mètres de profondeur. Un noyau nucléaire sera par la suite enfoui dans l’eau afin de produire jusqu’à 400 MW d’énergie pour chauffer l’eau à 90 °C. Cette eau chaude sera ensuite distribuée via un réseau de chaleur déjà existant.
Le coût de ce projet est évalué à environ 200 millions de dollars et sa mise en œuvre ne prendra que trois ans. Livraison prévue 2021 ! C’est demain que les Chinois se chauffent au nucléaire, un chauffage propre !




Bienvenue au NuScale Power Module ! Les Américains entrent dans la course. Le département de l’énergie américain a lancé le programme GAIN pour soutenir le développement des SMR et prévoit une maturité industrielle et commerciale des SMR fin des années 2020. Un premier prototype SMR  du groupe NuScale vient d’être certifié par les autorités américaines. Le projet de SMR de la société américaine NuScale – l’un des plus avancés à l’heure actuelle  – prévoit d’installer une première centrale nucléaire constituée de 12 modules de 60 MW pour Utah Associated Municipal Power Systems (UAMPS). Selon le calendrier actuel, les travaux devraient commencer en 2023 et le premier module pourrait entrer en service en 2026 (2027 pour l'ensemble de la centrale). Les modules SMR » de NuScale Power pèseront près de 700 tonnes et pourront être transportés par camion ou par barge.
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SMR, un des avenirs possibles pour le nucléaire et  la planète.

Sur une cinquantaine de projets de SMR identifiés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), 3 sont  déjà opérationnels :  en Sibérie (Akademik Lomonosov), en Inde et en Chine et 5 autres sont en construction.
Plus de 80% de ces réacteurs sont encore en développement ou au stade des laboratoires de recherche et sous l’étroit contrôle des États, tant pour leur financement que pour la mise à disposition du combustible, elle-même strictement régulée par des réglementations anti-prolifération.
Par pays, les États-Unis et la Russie sont les principaux acteurs des SMR avec chacun 18 projets, loin devant le Japon (4), la Chine (4) et l’Europe (3 dont 1 en France développé par le CEA, EDF, TechnicAtome et Naval Group et 1 en Grande-Bretzagne)

La quasi-totalité des projets sont à « sécurité passive » et intègrent dans un module unique la production de vapeur (ou de gaz). Un certain nombre sont anti-proliférants grâce à des cycles de combustible extrêmement longs. La plupart des SMR peuvent être enterrés ou sont immergeables, donc sécurisables.

Et en France ? Ben, il faudrait qu’on s’y mette sérieusement, quelques bonnes années après Thermos ! Bienvenue à Nuward

CEA, EDF, TechnicAtome et NAVAL Group se sont réunis pour le développement d’un SMR français. France. Ils ont estimé que le principe le plus prometteur pour un déploiement dans la décennie à venir est celui de la filière des réacteurs à eau pressurisée, filière éprouvée à la fois pour la production d’électricité et la propulsion navale.
La France, qui maîtrise parfaitement ces deux applications, est bien placée pour proposer un concept performant de SMR satisfaisant les meilleurs standards de sûreté et apte à vitaliser encore davantage son industrie nucléaire.

En quoi le SMR français sera-t-il innovant ? Comme le rappelle TechnicAtome, l'objectif du futur SMR est qu’il soit facile à fabriquer, grâce à un design simplifié, tant dans son architecture générale que dans la conception de ses composants ; et facile à assembler, du fait de sa conception modulaire, sa compacité et son architecture intégrée. Il doit permettre aussi une nouvelle approche de la sûreté.  En effet, grâce aux innovations qu’il comporte, le SMR dispose de mécanismes de sûreté passifs, en respectant toutes les exigences de sûreté de la Génération III et offrant des marges complémentaires. Enfin, le SMR doit être facile à exploiter, grâce à un assemblage de plusieurs modules permettant flexibilité en opération et en maintenance.
Ce SMR pourra fournir de l’électricité au réseau en semi-base, accompagnant en particulier le déploiement d’énergies renouvelables sur les réseaux d’électricité, à travers son fonctionnement en grappe de plusieurs réacteurs (2, 4, 6 voire 8 réacteurs). Il sera à même de pouvoir alimenter des sites isolés pour répondre à leurs besoins spécifiques.

Alors, bienvenue aussi à Nuward, qui devrait être l’un des plus compacts des SMR:

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SMR et EPRs

Alors SMR ou EPR ? Ben, les deux, car ils ne remplissent pas du tout les mêmes fonctions. La majorité des composants utilisés dans les SMR sont plus petits et plus compacts, et peuvent donc être fabriqués en usine pour ensuite être transportés vers le site d’installation pour y être assemblés. En étant fabriqués à partir de modules et de petits composants, les SMR nécessitent un capital de départ moindre que pour une centrale de plus grande puissance. Le design hyper simplifié permet que chaque unité possède son propre combustible, son échangeur de chaleur, son condenseur et sa turbine. Les besoins de systèmes de sécurité sont minimisés (cf les réacteurs de sous-marins)

Par contre l’extension des SMR entraine une dispersion plus grande et une circulation accrue de matériaux nucléaires qu’un système centralisé comme les EPR, qui représente quand même trente à quarante SMR, et cette dissémination  pose  des problèmes accrus de surveillance C’est aussi davantage de besoin en réseau, une électricité moins dense, davantage d’empreinte au sol, des équipes et des compétences plus dispersées.  Les SMR ont un grand potentiel pour le chauffage urbain, la désalinisation, d’autres utilisations. Mais pour produire l’électricité nécessaire à une grande puissance industrielle, l’’EPR offre les meilleurs standards en termes de sûreté ainsi que des performances économiques et environnementales améliorées.


jeudi 12 décembre 2019

L’avenir de l’ARENH et par conséquent du nucléaire. Des scénarios inquiétants

A qui appartient le nucléaire ?

 Echange musclé entre les PDG de Total et d’EDF, Patrick Pouyanné (Total) et Jean-Bernard Levy (EDF) lors du congrès de l’Union Française de l’électricité, le 3 décembre à Paris :

 «  Patrick, plutôt que de demander des TWh nucléaires, construis des centrales au gaz ! » (Levy) (allusion à l’ARENH)
« Ah bon, qui c'est qui a construit les centrales ? », (Levy)
« Mais ils ne t'appartiennent pas les TWh nucléaires, Jean-Bernard ! » (Patrick Pouyanné).

Et surtout qui construira les centrales nucléaires du futur, dont nous aurons besoin quand les actuelles devront s’arrêter, dont nous grand besoin pour disposer d’une énergie décarbonée et pilotable, disponible qu’il pleuve et ne vente pas, économique, abondante, car les utilisations de l’électricité s’étendront.

L’ARENH , une rente injustifiée aux frais d’EDF et des contribuables

L’Arenh ( Accès régulé au nucléaire historique), ou plutôt le scandale, l’absurdité  de l’ARENH qui oblige EDF à subventionner ses concurrents ( les fournisseurs verts !) en leur cédant à bas prix du courant nucléaire quand ça les arrange, j’en ai déjà pas mal parlé, cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/06/pourquoi-les-tarifs-edf-augmentent_26.html

C’est ce système dont se pliant avec une ironie amère Jean-Bernard Levy : « « Des concurrents, j’en ai, mais des concurrents qui produisent, j’en cherche »


Et de l’ARENH, qui leur assure de si jolis bénéfices, les concurrents d’EDF en demandent de plus en plus :

« Les concurrents d'EDF ont demandé encore plus d'électricité d'origine nucléaire que l'année dernière et largement dépassé le plafond prévu par la loi, a annoncé la Commission de régulation de l'énergie (CRE).
Comme prévu , les concurrents d'EDF ont explosé le plafond. Ils ont demandé à avoir accès à 147 térawattheures d'électricité au tarif de l'Arenh (l'accès régulé à l'énergie nucléaire historique), bien au-delà des 100 térawattheures prévus par la loi, a annoncé la Commission de régulation de l'énergie (CRE) ce vendredi soir. Les prix de l'électricité devraient encore augmenter l'année prochaine, même si l'impact exact de ce dépassement sur les tarifs réglementés n'est pas encore connu.
L'année dernière, les fournisseurs alternatifs d'électricité avaient dépassé ce plafond pour la première fois . Ce qui avait conduit à une hausse des tarifs réglementés de l'électricité de 6 % , annoncée en janvier 2019 par la CRE. Cette année, les concurrents d'EDF ont encore grignoté des parts de marché à l'opérateur historique. Le dépassement du plafond n'est donc pas une surprise, ces fournisseurs ayant tout intérêt à acheter le plus d'énergie possible au tarif de l'Arenh (42 euros du mégawattheure). Les prix de marché tournent actuellement autour de 49 euros pour l'année 2020. »

D’où réattaque Jean-Bernard Levy : « Les concurrents d'EDF profitent d'une rente injustifiée »

Retour sur la loi NOME et l’ARENH : un échec prévisible et annoncé (Lionel Taccoen)

Extrait de Lettre géopolitique de l’électricité, Lettre n°94 – 28 juin 2019, Tarifs Réglementés de Vente d’Electricité.De bien curieuses augmentations (Lionel Taccoen)
« La Loi Nome, par le dispositif nommé Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique (ARENH), permet aux concurrents d’EDF de se procurer du courant nucléaire à un prix censé ne pas léser EDF tout en leur donnant, à efficacité égale, la possibilité de concurrencer l’opérateur historique (42 euros/MWh depuis plusieurs années). On retrouve la notion de « contestabilité » des Tarifs Réglementés. La part de la production nucléaire EDF susceptible d’être mise à disposition des fournisseurs alternatifs est (était !) plafonnée à un peu moins du quart de la production totale du parc nucléaire (100TWh). Le recours à l’ARENH est bien sûr optionnel. Les fournisseurs alternatifs n’ont intérêt à l’utiliser que lorsque les prix de marché sont plus élevés que 42 € MWh. La Loi NOME stipule que le dispositif ARENH doit s’arrêter en 2025.

L’Autorité de Concurrence, consultée, a accepté le dispositif ARENH en constatant: « Le dispositif … conduit à s’écarter des conditions normales d’un marché concurrentiel … pendant une période très longue ».
En conséquence, l’Autorité de Concurrence, en donnant son accord à l’ARENH, l’a assortit des considérations suivantes :
- L’émergence d’une concurrence réelle rend nécessaire de favoriser une incitation à l’investissement des fournisseurs alternatifs dans les moyens de production . Ces investissements sont « la contrepartie » des fournitures de courant nucléaire par l’ARENH.
- il est important de prévoir une sortie progressive du mécanisme…L’objectif est d’obliger les fournisseurs à se préparer à l’échéance du 31 décembre 2025 »(donc à prévoir à ne plus pouvoir se procurer du courant nucléaire permettant leur compétitivité à cette date).

Ca, c’est la théorie dans le monde des néo-libéraux béats ; dans la réalité l’ARENH est un échec

« Force est de constater que de telles incitations, dont la sortie progressive du dispositif, ne furent pas prévues. Les investissements dans la production des concurrents d’EDF ne sont pas apparus. La concurrence à la production d’électricité n’existe pas en France. Ce qui entraîne, dans les faits, l’absence de concurrence tout court, donc l’absence d’effet sur le prix.
Le Président de la Commission de Régulation de l’Energie le confirme : « la concurrence par les prix reste marginale ». Comme l’avait prévu l’Autorité de Concurrence : « A défaut [de la concurrence à la production…à la sortie du dispositif [ARENH] la configuration du marché ne sera guère différente de celle actuelle
L’ARENH est un échec. Le Président de la Commission de Régulation de l’Energie et l’Autorité de Concurrence constatent : aucun gain pour le consommateur, aucune avancée dans la mise en place d’un véritable marché de l’électricité.

La véritable raison de l’échec de l’ARENH est le marché de l’électricité européen, qui par son fonctionnement aberrant, ne permet pas d’investissement rentable dans la production et le stockage de l’électricité. Cette situation existant depuis des années, le résultat de l’ARENH aurait pu être prévu.
Sont apparus en France des fournisseurs alternatifs tout à fait capables de concurrencer EDF. Citons-en trois : Engie, le Finlandais Fortum (par Uniper – un géant qui se construit n EPR, c’est pas donné à tout le monde) et Total.
De petits producteurs alternatifs qu’EDF et ses abonnés subventionnent grassement grâce à l’ARENH

Sortie de l’ARENH : les scénarios de Jacques Percebois
1) « On peut mettre fin purement et simplement à ce mécanisme de l’ARENH, considérant qu’il a rempli son rôle et a permis l’entrée de nombreux fournisseurs sur le marché de masse de l’électricité. L’opérateur historique a perdu beaucoup de clients et il continue à en perdre, même si sa part de marché sur le segment domestique reste élevée. Mais il faut pour cela une loi qui le décide et il faudrait du même coup mettre fin au tarif réglementé de vente (TRV) « bleu », ce qui ne manquerait pas de soulever certaines oppositions politiques (même si certains contrats dits en « offre de marché » sont souvent proposés à des prix plus attractifs que le tarif « bleu »). Beaucoup de ménages pensent qu’ils sont davantage protégés avec des tarifs réglementés qu’avec des prix de marché ».
Commentaire : A) Pourquoi lier la fin de l’ARENH à celle des tarifs réglementés de l’électricité (TRV) ? Quelle est la logique ? Ah oui, j’oubliais, ce serais pas un Diktat, un Ukase (comment on dit ?) de l’Europe et de sa religion de la concurrence qui a  si bien réussi avec la libéralisation de l’électricité ? B) Ben comment dire, les ménages ont fichtrement raison de préférer les TRV aux tarifs dynamiques chers à la Commission de la Concurrence qui vous céde à bas prix de l’énerie quand vous en avez pas besoin et vous arrachent les yex la langue et le reste quand vous en avez vraiment besoin
2) Les fournisseurs dits alternatifs revendiquent une augmentation du volume de l’ARENH au-delà de 100 TWh par an, au motif que le nombre de leurs clients s’est accru et que cela leur permettrait d’atténuer la hausse des prix pour le consommateur final. Mais dans un contexte où EDF perd des parts de marché et où la production d’électricité nucléaire tend à baisser et devrait encore diminuer compte tenu des objectifs de la PPE (50% de nucléaire à l’horizon 2035), est-il justifié que l’opérateur historique continue à subventionner ses concurrents, surtout lorsque ces concurrents sont aujourd’hui des compagnies pétrolières et peut-être demain des sociétés du numérique comme les GAFA ?

Avec une telle logique, plus le nombre d’ « entrants » augmente, plus la part de marché d’EDF baisse, et plus le pourcentage d’ARENH devrait augmenter, bien au-delà du chiffre de 25% (de la production nucléaire d’EDF) initialement prévu. C’est un paradoxe qui ressemble fort à une logique de « spirale de la mort » pour l’opérateur historique.

Commentaire : Continuer et même amplifier l’ARENH comme le réclament les concurrents d’EDF grassement subventionnés par …EDF, c’est effectivement une logique mortifère pour EDF. Et quand les concurrents sont de petits producteurs indépendants comme Engie, Total et Uniper…oui, EDF subventionne Total…(une énergie décarbonée comme le nucléaire subventionne une énergie carbonée comme le gaz), eh bien l’ARENH est quand même une sacrée bêtise ( et l’on comprend mieux l’algarade entre Pouyanné (Total) et Jean-Bernard Levy (EDF)

3) On peut envisager de revoir à la hausse le montant de l’ARENH, au-delà de 42 euros le MWh pour tenir compte de coûts supplémentaires liés au « grand carénage » et aux exigences de sûreté de plus en plus fortes. C’est possible mais le décret qui devait préciser les modalités du calcul de l’ARENH n’est toujours pas publié
Commentaire : Ben non, c’est le supprimer qu’il faut ! En passant, c’est qui le plus fort, le lobby du gaz ou le pseudo lobby du nucléaire (qui a le nucléaire honteux)
4) On pourrait concevoir de faire de l’ARENH une véritable option et non une « option gratuite » comme c’est le cas aujourd’hui : les fournisseurs d’électricité alternatifs peuvent actuellement bénéficier de l’ARENH s’ils le souhaitent mais sans supporter les engagements à long terme associés au parc nucléaire. « Ne recourir à l’ARENH que lorsque les conditions du marché y sont favorables sans financer le reste du temps les actifs du parc nucléaire pèse sur l’équilibre comptable de l’exploitant nucléaire », notait déjà la Cour des Comptes dans une note publiée le 22 décembre 2017(1).

Ce caractère asymétrique des engagements n’est pas justifié ; introduire une compensation sous forme d’une prime payée par les bénéficiaires de l’ARENH rétablirait une symétrie des engagements et serait conforme à la logique même d’un mécanisme d’options. Il reste évidemment à définir le niveau de cette prime, qui pourrait peut-être prendre la forme d’une rétrocession d’une partie des gains des alternatifs lorsque le prix de gros est plus faible que l’ARENH ou d’un engagement à acquérir un volume plancher d’ARENH quel que soit le prix du marché.
Commentaire : Cette solution reste tellement favorable aux profiteurs de l’ARENH qu’elle est acceptée par la PDG de Total. Et comment fixer les compensations ? De belles infinies discussions de marchands de pétrole et de fermes  empoignades à prévoir !

5) On peut enfin considérer que le nucléaire historique est devenu pour les Français une « essential facility » (infrastructure essentielle), au même titre que les réseaux de transport et de distribution de l’électricité, une sorte de « bien commun » permettant de garantir à tous les consommateurs un socle minimal d’électricité à un prix stable non corrélé aux aléas du marché de gros de l’électricité. Pourquoi ne pas sanctuariser le nucléaire dans une structure totalement publique dont le prix serait régulé et fixé par la CRE par exemple ? Le volume d’ARENH serait ainsi porté à 100% et tous les fournisseurs d’électricité, EDF comme les « entrants », pourraient en acquérir au prorata de leur portefeuille de clients. Il faudrait prévoir des clefs de répartition équitables en cas de demande supérieure à l’offre. Le prix de l’ARENH devrait bien évidemment être fixé à un niveau permettant de couvrir tous les coûts présents et futurs du nucléaire.

Cela reviendrait à scinder EDF en deux sociétés, l’une totalement publique et régulée, l’autre partiellement publique et davantage intégrée aux mécanismes du marché. On pourrait également intégrer à cette société publique le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE) dont le capital, détenu à 50,1% par EDF, sert d’actif dédié au niveau des provisions pour le démantèlement des centrales nucléaires et la gestion des déchets. L’intégration du réseau de transport dans cette société publique nécessiterait toutefois l’accord de la Commission européenne, qui pourrait estimer que cette « réintégration verticale » serait contraire aux directives européennes sur l'« unbundling».

D’autres critiques se font jour face à un tel scénario. Pour certains, cette scission d’EDF pourrait constituer une première étape vers une sortie du nucléaire, la société publique étant chargée de gérer des actifs considérés comme « échoués », à l’image de ce qui se passe en Allemagne pour le nucléaire et demain le charbon. Pour d’autres, il y aurait un risque de privatisation croissante des activités non nucléaires et en particulier un risque de voir une OPA inamicale de la part de certains « entrants » dont la capitalisation boursière est bien supérieure à celle d’EDF.

In fine, le vrai choix semble aujourd’hui être entre la solution 1 (suppression de l’ARENH) et la solution 5 (100% d’ARENH) et c’est un choix autant industriel que politique. » (Jacques Percebois)

Commentaire :
le scenario 5, c’est le scénario de tous les dangers, qui ressemble beaucoup à Hercule. Il entérine le démantèlement d’EDF. Il représente la soumission totale à l’idéologie ultra libérale, et ne tient aucun compte des échec de la libéralisation du « marché » de l’électricité, à l’étranger ( Californie, GB, cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/la-crise-de-lelectricite-en-californie.html). Il démantèle pour démanteler sans tenir compte des désoptimisations que cela provoque.
Comme l’évoque M. Percebois, les activités non nucléaires d’EDF risquent de devenir la proie de géants du gaz ou du pétrole : l’idéologie ultra libérale de la Commission Européenne aura réussi la brillante transformation d’un monopole public légal  dédié au service public en un monopole privé de fait.

Contrairement à certaines illusions, la vie de la partie nucléaire sanctuarisée risque de ne pas être du tout un fleuve tranquille.
Imaginons un ministère écolo/démago, un ministre de l’énergie type la patate Ségolène Royal, et elle se transforme en mouroir.
Imaginons que les EPR ou les Hualong, spécialement à Hinkley Point soient un très grand succès et que la collaboration entre EDF nucléaire et son partenaire Chinois CGN s’amplifie ( cf. À Hinkley Point, le rapprochement entre EDF et CGN, le dragon chinois (La Tribune, 11/12/2019, https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/a-hinkley-point-le-rapprochement-entre-edf-et-cgn-le-dragon-chinois-835080.html)- les Chinois remettent 8 milliards d’euros de plus au pot, alors qu’ils ne s’étaient egagés que pour deux milliards)…eh bien la privatisation d’EDF nucléaire via un partenariat avec CGN deviendrait  une option très réaliste. Et au fond, pour le nucléaire et le climat, ce ne serait peut-être pas si mal, mais quel gâchis pour la France !


Donc un seul scénario, le 1, la fin de l’ARENH !

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