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mercredi 15 janvier 2020

Petits problèmes avec l’éolien - 7 : Syndrome éolien et santé publique, ce que dit l’Académie de médecine.


Marjolaine Meynier Millefert, (LREM), rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique présidée par le député Julien Aubert (2019):

« Quand on a 80 % des gens qui vous disent que le développement des ENR électriques en France soutient la décarbonation et finalement la transition écologique en France, je pense que ce n’est pas bon non plus parce que le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique vous aurez une réaction de rejet de ces politiques en disant vous nous avez menti en fait. »

Le rapport de 2006 ; les recommandations de l’Académie de médecine ignorées

 L’Académie de médecine s’est saisie par deux fois du problème de santé publique que posent les éoliennes, en 2006 et en 2017. On regroupe sous le nom de syndrome éolien ou syndrome des éoliennes un ensemble de symptômes très divers rapportés à la nuisance des éoliennes. On peut schématiquement les distinguer en : généraux : troubles du sommeil, fatigue, nausées, etc. ; neurologiques : céphalées, acouphènes, troubles de l’équilibre, vertiges, etc. ; psychologiques (stress, dépression, irritabilité, anxiété, difficultés de concentration, troubles de la mémoire, etc.) ; endocriniens (perturbation de la sécrétion d’hormones stéroïdes, etc.) ; cardio-vasculaires (hypertension artérielle, maladies cardiaques ischémiques, tachycardie, etc.) ; socio-comportementaux (perte d’intérêt pour autrui, agressivité, baisse des performances professionnelles, accidents et arrêts de travail, déménagement, dépréciation immobilière, etc.).

Dans ses conclusions, le rapport de 2006  recommandait : 1) la réalisation d’une enquête épidémiologique approfondie sur les dommages sanitaires, notamment auditifs, causés par les éoliennes ; 2) de suspendre à titre conservatoire la construction d’éoliennes d’une puissance supérieure à 2,5 MW à moins de 1500 mètres des habitations ; 3) de considérer les éoliennes comme des installations industrielles et qu’à ce titre elles soient soumises aux mêmes contraintes et règlementations, notamment en matière de nuisances sonores.

Comme le note l’Académie elle-même, les pouvoirs publics se sont assis sur ses recommandations de manière assez vexante :

La distance entre habitations et éoliennes est maintenue à 500 mètres, malgré les diverses démarches visant à la porter à 1 000 ou 1 500 mètres n’ayant finalement pas été retenues. C’est la plus faible distance parmi les pays qui ont réglementé (recommandations variables en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, etc. de 500 à 2 000 mètres. L’Allemagne, pays où pourtant les margoulins de l’éolien règnent en maitres, vient de décider de porter cette distance à 1000 mètres. Répétons-le cette distance de 500 mètres fixées il y a plus de 15 ans n’ a pas suivi l’augmentation de taille des éoliennes.

Aucune enquête épidémiologique n’a été diligentée, « privant les présents rapporteurs de données sanitaires solides » note méchamment l’Académie. Ben oui, quand on veut pas savoir, c’est mieux. Les éoliennes, ou le prochain scandale sanitaire.

Loin de suspendre à titre conservatoire la construction d’éolienne, la législation a été simplifiée  par la généralisation d’une procédure d’autorisation unique regroupant l’ensemble des autorisations nécessaires à la construction et à l’exploitation d’un parc éolien. Cette procédure unique est pérennisée dès le premier mars 2017 à travers une « autorisation environnementale » ( !!!) dispensant du permis de construire pour l’éolien terrestre.

Et cerise sur le gâteau, il a été prévu de passer de 15 GW de puissance actuellement installée (soit environ 8 000 machines) à 35 GW environ en 2028, soit un total de 13 000 à 15 000 machines, qui seront beaucoup plus grandes, pour la plupart - certaines dépassent déjà les 200 mètres de haut.

Les margoulins de l’éolien ont gagné contre l’Académie de Médecine.  Par KO !

Le rapport de 2017 : ses conclusions :

« Si l’éolien terrestre ne semble pas induire directement des pathologies organiques, il affecte au travers de ses nuisances sonores et surtout visuelles la qualité de vie d’une partie des riverains et donc leur « état de complet bien-être physique, mental et social » lequel définit aujourd’hui le concept de santé. »

Commentaire : «  ne semble pas ». On verra dans la suite que l’incertitude reste assez prononcée, puisque, comme constaté plus haut, aucune étude épidémiologique n’a été diligentée « privant les présents rapporteurs de données sanitaires solides ». C’est curieux là, les écolos bigots si prompt à dégainer le principe de précaution ne se manifestent pas.

- « S’assurer que lors de la procédure d’autorisation l’enquête publique soit conduite avec le souci d’informer pleinement les populations riveraines, de faciliter la concertation entre elles et les exploitants, et de faciliter la saisine du préfet par les plaignants ». Sur ce sujet, l’Académie ajoute : « Manifestement les doléances manifestées par de nombreuses associations suggèrent que cette phase d’enquête publique n’est pas conduite avec la rigueur suffisante. De même, les requêtes pour non-conformité aux critères d’émergence sonore doivent-elles être davantage entendues et satisfaites. De nombreux riverains se plaignent de s’être heurtés à un « mur préfectoral »

Commentaire : pas mieux : sauf que les simplifications administratives en cours, en particulier l’autorisation unique, la limitation des recours et  les pressions sur les préfets mis en œuvre par l’actuel gouvernement vont exactement en sens inverse.

- « N’autoriser l’implantation de nouvelles éoliennes que dans des zones ayant fait l’objet d’un consensus de la population concernée quant à leur impact visuel, sachant que l’augmentation de leur taille et leur extension programmée risquent d’altérer durablement le paysage du pays et de susciter de la part de la population riveraine – et générale – opposition et ressentiment avec leurs conséquences psychiques et somatiques. »

Commentaire : pas mieux ça ressemble au moratoire réclamé par plusieurs dirigeants politiques régionaux (cf https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/01/petits-problemes-avec-leolien-6-les.html)

- de systématiser les contrôles de conformité acoustique dont la périodicité doit être précisée dans tous les arrêtés d’autorisation et non au cas par cas, d’encourager les innovations technologiques susceptibles de restreindre et de « brider » en temps réel le bruit émis par les éoliennes et d’en équiper les éoliennes les plus anciennes, de ramener le seuil de déclenchement des mesures d’émergence à 30 dB  à l’extérieur des habitations et à 25 à l’intérieur.

Commentaire : Ah bon, c’était pas le cas ? Ben non ; témoignage : « « Au départ, nous devions avoir des machines de 80 mètres de haut. Ensuite, sans que personne ne dise quoique ce soit, elles sont passées à 100 mètres. Sans qu’il y ait une nouvelle étude acoustique… On atteint facilement 100 décibels avec des pics pouvant aller jusqu’à 130 ! Sur le périphérique parisien, on est à 70-80 décibels. Je les ai transmis, tous ces chiffres, mais tout le monde s’en fout ! » (Pleufignet, Bretagne)

- d’entreprendre, comme recommandé dans le précédent rapport, une étude épidémiologique prospective sur les nuisances sanitaires

Commentaire : ben oui, 13 ans après le premier rapport, il serait peut-être temps de commencer à envisager de s’y mettre. Et ceux qui sont si prompt habituellement à dégainer le principe de précaution, ça fait 13 ans qu’ ils sont muets et ils le restent !

Nuisances supposées, nuisances prouvées.

Nuisances visuelles : l’Académie de Médecine juge qu’il n’a ni fondement, ni exemple venant à l’appui d’un effet stroboscopique de nature à provoquer des épilepsies. En revanche, il est reconnu que celui-ci provoque à certaines heures de la journée et dans certaines conditions une gêne assimilée par les plaignants à « une alternance d’éclairage et de pénombre » dans leurs lieux d’habitation.
Le clignotement des feux de signalisation, par son caractère répétitif et obsédant la nuit, est régulièrement dénoncé par des associations de plaignants.

Commentaire : Il serait étonnant que l’effet stroboscopique soit sans effet négatifs sur la santé mentale vous avez qu’à essayer. En ce qui concerne le clignotement des feux, la gêne (pour une fois) a été reconnue par le ministère qui a statué que les balises en haut des mâts ne clignoteront plus en permanence, mais uniquement à l’approche des avions. Mais ça n’a l’air validé que pour les nouvelles éoliennes, les autres resteront avec leur problème ! La vraie solution, c’est

« En revanche la défiguration du paysage par des structures considérées comme inesthétiques voire franchement laides par les riverains plaignants doit être considéré comme relevant non d’un problème d’esthétique environnementale mais d’une réelle nuisance sanitaire. En effet, la « pollution visuelle» de l’environnement qu’occasionnent les fermes éoliennes avec pour corollaire la dépréciation immobilière des habitations proches génère des sentiments de contrariété, d’irritation, de stress, de révolte avec toutes les conséquences psycho-somatiques qui en résultent. Et les impressionnantes perspectives de développement de l’éolien terrestre (l’installation d‘environ 500 nouvelles éoliennes dont la hauteur devrait atteindre 200 mètres ou plus est prévue pour les 5 ans à venir !) ne pourront qu’amplifier des sentiments en voie d’être partagés par une proportion croissante de la population française.
Curieusement, cette nuisance visuelle ne semble pas ou très peu être prise en considération par les décisionnaires politiques ou les promoteurs et industriels concernés (étant posé qu’aucun d’entre eux n’installerait ou n’acquerrait une propriété à proximité d’un parc éolien !). »

Commentaire : c’est pas le moi, qui le dit, c’est l’Académie de Médecine. Et c‘est pas drôle du tout pour les victimes des margoulins de l’éolien, mais les dignes Académiciens  se permettent même un brin d’humour approprié.

Nuisances auditives : L’Académie considère qu’il est très improbable qu’aux intensités émises, les infrasons puissent être audibles par l’oreille humaine, ce qui ne signifie toutefois pas qu’ils ne puissent être ressentis. Il est toutefois possible qu’ils « influencent la physiologie de l’oreille interne – mais par forcément sa fonction, hormis pathologie préexistante (type maladie de Menière ou déhiscence canalaire). »
Plus probables sont des effets type mal des transports. L’ Académie rappelle qu’ une étude menée sur trois familles ayant « déménagé » pour cause de nuisances met en cause une stimulation des otolithes, structures calcaires surplombant l’épithélium sensoriel de l’utricule et du saccule, ce que confirme une autre étude expérimentale. Les symptômes rapportés par certains membres de ces familles étaient similaires à ceux du mal des transports, lequel est provoqué par des très basses fréquences inférieures à 1 Hz.  Ainsi, les infrasons produits par les éoliennes pourraient déclencher chez les riverains. prédisposés des symptômes identiques à ceux du mal des transports.

L’Académie rappelle aussi que face à l’audition, tout le monde n’est pas égal : « Le fait que seule une partie de la population riveraine manifeste une gêne peut s’expliquer par les écarts inter-individuels de sensibilité auditive qui peuvent atteindre jusqu’à 15 dB »

S’il l’effet des infrasons semble « limité !! » à des effets type mal des transports, en revanche l’Académie ne conteste pas « l’effet très négatif du bruit sur le sommeil. De fait, les troubles du sommeil représentent sans doute la doléance la plus constante des riverains. Ils sont d’ailleurs objectivés par les enregistrements somnographiques effectués par des cliniques du sommeil. Ces études concluent qu’à l’intérieur d’un périmètre de 1,5 km le bruit émis par les éoliennes perturberait la qualité du sommeil »
Ce qui parait le plus gênant, c’est  le caractère intermittent, aléatoire, imprévisible, envahissant du bruit généré par la rotation des pales, survenant lorsque le vent se lève, variant avec son intensité, interdisant toute habituation, peut indubitablement perturber l’état psychologique de ceux qui y sont exposés. Ce sont notamment les modulations d’amplitudes causées par le passage des pales devant le mât qui sont dénoncées comme particulièrement dérangeantes »

L’Académie rappelle les règles actuelles en matière de bruit et les critiquent assez sévèrement (en langage académique) :

Règle en vigueur : Si  le bruit ambiant ne dépasse pas 35 dB A, aucune règle ne s’applique au bruit de l’éolienne ; si le bruit ambiant dépasse 35 dB A, on introduit alors le principe d’émergence qui stipule que le bruit de l’éolienne doit être limité de telle façon que le bruit ambiant ne dépasse pas le bruit résiduel de 5 dB A le jour (de 7 à 22h) et de 3 dB A la nuit (de 22 à 7 h).  Pour simple exemple, si le bruit résiduel est mesuré en un point à 45 dB, le bruit émis par l’éolienne sera limité de telle façon qu’en ce point le niveau sonore ambiant ne dépasse pas 50 dB A dans la journée et 48 dB A la nuit. (NB : Les dBA sont des tentatives de mesurer, non pas l'intensité sonore réelle, mais l'intensité sonore telle qu'elle sera perçue par une oreille humaine moyenne. Ils sont obtenus en utilisant un filtre "proche" dans son comportement de l'oreille humaine)

Critiques de l’Académie :

1. Le bruit résiduel varie au cours de la journée en fonction de multiples facteurs : conditions climatiques (vent, humidité, température, etc.), activités environnementales (trafic, nature, etc.), topographie des lieux, etc. Le respect du critère d’émergence nécessite donc un monitoring en temps réel qui, d’après certains témoignages, n’est pas assuré dans tous les parcs éoliens.

2. Le bruit ambiant se situerait en moyenne de 30 à 50 dB A. Mais il n’est pas plafonné. Ceci signifie que même si le bruit résiduel est important, ce principe autorise un « rajout » de 5 dB le jour et de 3 dB la nuit.

3. Par ailleurs, ce seuil de 35 dB est supérieur à celui défini pour les bruits perçus dans les autres types d’habitations (c’est-à-dire non concernées par les fermes éoliennes). Pour ces dernières, le seuil est fixé à 30 dB à l’extérieur des habitations et à 25 dB à l’intérieur (article R1334-32 et R1334-33 du code de Santé Publique - décret du 31 août 2006). En d’autres termes, le seuil à partir duquel intervient une limitation de 5 dB à un ajout sonore (bruits de voisinage, etc.) dépend du type d’émetteur du bruit, les éoliennes étant « favorisées » par rapport aux autres bruits ordinaires

Commentaire : Les normes de bruits pour les éoliennes sont définies de manière assez lâches, les margoulins de l’éolien ont bien travaillé. Mais, les margoulins étant des margoulins, on ne peut pas non plus s’attendre à ce qu’ ils respectent les normes pourtant favorables qu’ils se sont eux-mêmes données. De nombreux témoignages font état de bruits bien supérieurs, d’où cette recommandation de l’Académie : « systématiser les contrôles de conformité acoustique ».

Cela ne suffira évidemment pas. Il faut que les parcs éoliens qui ne sont pas aux normes du point de vue du bruit voient leur fonctionnement arrêté jusqu’à mise à conformité, et si ce n’est pas possible, qu’ils soient détruits aux frais de l’exploitant. C‘est la seule mesure de nature à empêcher les margoulins de l’éolien et leurs immenses profits d’empoisonner la vie des gens.
On entend parfois dire que les bruits éoliens ne sont pas supérieurs à ceux des grandes villes. C’est se moquer du monde ; vous n’allez pas vivre à la campagne pour être à coté du périphérique. De plus, comme le souligne l’Académie de médecine, il y a une grande différence entre un bruit sourd continu et un bruit à caractère  intermittent, aléatoire, imprévisible, envahissant »

L’autre mesure d’urgence, c’est d’accroître la distance entre éoliennes et habitations. L »Académie note benoitement « Afin d’atténuer l’impact sonore, réel ou supposé, des éoliennes, il serait tentant de reprendre la recommandation de 1000 mètres. Mais cette recommandation se heurterait à plusieurs objections d’ordre politique et industriel : i) une telle mesure impliquerait l’arrêt d’environ la moitié des chantiers de construction actuellement en cours »

Bel aveu, assez scandaleux quand on pense aux milliers de gens qui seront exposés aux nuisances éoliennes. Eh ben oui, et alors. Avec ses 500 mètres que ne sont plus adaptés aux éoliennes géantes, la France est l’un des pays les moins restrictifs, même l(Allemagne, paradis de l’éolien, est passé à 1000 mètres !


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mardi 2 avril 2019

Le glyphosate et les procès de sorcières (2)


Glyphosate- études divergentes à qui faire confiance ?

En décembre 2017, la Commission Européenne a mis fin à deux ans de tergiversations chez les législateurs européens en autorisant l’utilisation du glyphosate pour 5 ans. L’autorité Européenne de sécurité des aliments (EFSA)  a estimé qu’elle ne disposait d’aucune preuve d’un éventuel caractère cancérogène. Pour davantage de sureté, la Commission Européenne a également demandé l’avis de l’Agence Européenne des produits chimiques (ECHA) , qui a également conclu à l’absence de preuve de danger du glyphosate. En mai 2016, un panel d'experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et de l'Organisation mondiale de la santé a tranché de la même façon. L'Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires et l'Office fédéral de l'agriculture ont observé le 30 juillet 2015 que « le CIRC ne disposait pas de nouvelles études reconnues au plan international pour sa décision de reclassifier le glyphosate comme carcinogène », et réitèré qu'ils « considèrent que les résidus de glyphosate provenant de l'utilisation de ce produit comme produit phytosanitaire sont inoffensifs pour la population ». Même position pour les agences canadiennes, australiennes, Etats-Uniennes…

Bref, la quasi totalité des agences de régulation dans le monde considèrent qu’il n’y a aucune preuve de toxicité ou de caractère cancérogène du glyphosate.

Une seule agence notable liée à l’ONU fait exception, le CIRC. En 2015, le CIRC a considéré le glyphosate comme « cancérigène probable, catégorie 2A)

La classification CIRC  - curieuse ?

Le CIRC a tout de même une curieuse méthode de classification. Le glyphosate se retrouve ainsi dans le même groupe  que le bromure de vinyle et les N methyl et ethyl nitrosourées, que tout chimiste classerait sans hésiter dans les cancérogènes certains. C’est que le CIRC estime ( et je trouve cela en l’espèce vraiment contestable) un risque global tenant compte de la cancérogénicité « intrinséque » et de l’exposition au produit de la population : ainsi s’explique que des produits fortement cancérigènes mais très peu utilisés se retrouvent dans la même catégorie qu’un produit extrêmement utilisé mais dont la cancérogénicité intrinsèque est non démontrée- comme le glyphosate.

Dans cette classification du CIRC, le glyphosate se retrouve finalement assez logiquement dans la même catégorie que la consommation de viande rouge  et le travail de nuit. Va-t-on pour autant interdire le travail de nuit ? Bien sûr que non ; simplement, on serait bien inspiré de mettre en place un meilleur suivi sanitaire des travailleurs de nuit.

Eh ben, pareil pour le glyphosate !

Une autre différence importante est que les agences de régulation telles l’EFSA se fonde sur les études réglementaires effectuées par les industriels que les agences exigent avant la mise sur le marché d’un phytosanitaire. Au contraire, le CIRC n’utilise que les publications universitaires.

Quelles études, pour faire quoi ?

Maintenant, à quoi faites-vous davantage confiance ? Aux tests réalisés par les industriels conformément aux exigences réglementaires ou aux tests décrit dans les publications universitaires et effectués par des chercheurs libres de tout conflit d’intérêt ?
Eh bien, choc des chocs, scandales des scandales,  abomination et pic et pic et colegram. Evidemment aux tests réglementaires pratiqués par les industriels ! Ils sont standardisés, calibrés, parfaitement reproductibles, leur interprétation est immédiate, leur pertinence quant aux effets biologiques certaine et universellement reconnue.
Les chercheurs eux testent des protocoles, nouveaux, originaux, que seuls de petites équipes maitrisent. Leur pertinence quant aux effets toxiques chez l’homme est incertaine, pas encore reconnue…. Ce n‘est pas un vain mot : les instances universitaires se trouvent confrontées à une très sérieuse crise de la reproductibilité.

Ainsi, précisément dans le domaine de la biologie du cancer, des chercheurs de Bayer et d’Amgen ont passé un an à tenter de reproduire des expériences critiques : pour les premiers, 21% seulement  de ces expériences ont pu être entièrement reproduites et 11% partiellement ; pour les seconds, seulement 11 expériences sur 53. Dans cette crise de la reproductibilité, il y a là une part intrinsèque à l’activité de recherche (surtout lorsqu‘elle utilise des matériaux biologiques de plus en plus complexes et artificiels), il y a aussi malheureusement une part due au publish or perish - la pression pour publier très vite très souvent-. Et enfin une part liée aux biais de publication, à la politique éditoriale : un article mettant en cause Monsanto trouvera plus facilement preneur qu’un article confirmant les résultats de ses chercheurs…

Il est donc quand même assez étrange que le CIRC ne prenne pas en compte les tests les plus validés  et les plus pertinents…

Est-ce à dire que les tests réglementaires auxquels sont soumis les industriels sont suffisants et que la recherche est inutile ? Bien sûr que non ! Ils fixent l’état des connaissances certaines à un instant donné. Les résultats de la recherche, lorsqu’ils seront certains, suffisamment reproductibles pour donner lieu à des protocoles précis et que leur pertinence biologique sera reconnue par consensus de la communauté des experts ont vocation à améliorer, compléter ou remplacer les tests existants.

Dans le cas des études de toxicité, en tout état de cause, l’affaire du glyphosate appelle certainement à des améliorations des process actuels, notamment en ce qui concerne la publication de toutes les études de toxicité et d’écotoxicité menées par les industriels, soit dans des publications scientifique, soit par dépôt  obligatoire auprès des agences réglementaires des données et d’un résumé.

Il faudrait aussi imposer des études sur les formes effectivement commercialisées et utilisées et non simplement sur les principes actifs purs, et tenir compte aussi des conditions réelles d’utilisation : le produit et le mode d’utilisation par un professionnel ne sont pas les mêmes que pour un jardinier amateur. Il vaut mieux éviter de confier une grue à un automobiliste lambda…

Reste aussi que pour le glyphosate, utilisé maintenant depuis plus de 40 ans,, nous pouvons disposer d’études épidémiologiques, avec, compte-tenu de sa popularité, des populations conséquentes d’utilisateurs et des durés suffisantes pour voir apparaitre d’éventuels cancers, même tardifs.

Les études épidémiologiques 

Débutée dans les années 90, l'Agricultural Health Study a suivi plus de 50.000 agriculteurs et épandeurs américains en Iowa et en Caroline du Nord et dont 80% utilisaient du glyphosate. Près de 6.000 cas de cancer ont été observés au cours de ce suivi. Verdict de l'analyse : le glyphosate n'est pas significativement associé à une augmentation du risque de cancer, quelle que soit sa localisation. Toutefois, parmi les épandeurs qui ont été le plus exposés au glyphosate, les chercheurs constatent un risque accru de leucémie aiguë myéloïde par rapport aux autres utilisateurs, qui augmente avec la durée d'exposition et devient statistiquement significatif au-delà de 20 ans.
En 2005 déjà, les premiers résultats issus de l'étude prospective Agricultural Health Study, incluant des hommes et des femmes suivis sur plusieurs années, ne montraient déjà pas d'association statistiquement significative entre l'utilisation du glyphosate et le risque de cancer à l'exception d'un risqué augmenté mais non significatif de myélome multiple.

En 2019, une meta analyse reprenant l’étude de l’AHS (Zhang et al. 2019, Mutation Research) a  sélectionné le groupe de participants avec une exposition la plus haute (niveaux et durées d’exposition importants, temps de latence important). Dans ces conditions, apparait une association statistique entre une exposition cumulée élevée aux formulations à base de glyphosate et un risque accru de +41% de lymphomes non-hodgkiniens (LNH). Il ne s’agit pas de faits nouveaux mais d’une réanalyse soutenue par le seul Dr Zhang, et non les autres  auteurs de l’article original qui ont travaillé sur les mêmes données. Sur la signification exacte et l’incertitude des chiffres obtenues après une telle sélection drastique dans l’étude originale (856 études exclues sur 866 !), alors là, c’est vraiment une discussion de spécialistes. (cf par exemple https://quoidansmonassiette.fr/analyse-critique-meta-analyse-zhang-2019-glyphosate-risque-lymphomes-non-hodgkiniens/

Le 18 mars 2019 paraissait dans l’International Journal of Epidemiology une étude menée sur des cohortes d’agriculteurs de France (cohorte AGRICAN), de Norvège et des États-Unis  montrant un risque accru de 36 % du lymphome non hodgkinien le plus fréquent, à savoir le lymphome diffus à grandes cellules B –il n’était pas significatif dans AGRICAN. Les chercheurs ont procédé à un effort de synthèse inédit, en exploitant les informations de trois grandes cohortes constituées en France, en Norvège et aux Etats-Unis, rassemblant ainsi les données de plus de 315 000 agriculteurs suivis en moyenne pendant plus de dix ans. Ils ont évalué l’exposition des fermiers à 33 pesticides différents selon une classification binaire. Trois substances sont pointées: deux insecticides, le terbuphos et la deltamethrine, et un herbicide, le glyphosate.

Les antiglyphosates ont relayé triomphalement ces études. En ce qui concerne la méta-étude du Dr Zhang, elle ne convainc pas grand monde parmi les spécialistes, et notamment n’a pas convaincu le CIRC de changer la classification du glyphosate en cancérigène certain. Les promoteurs de la seconde étude se sont eux-mêmes montré très prudents : comme ils n'ont pas évalué le degré d'exposition des agriculteurs, classant ces derniers en seulement deux catégories : «utilisateurs» et «non utilisateurs» ; ils indiquent en conséquence qu'il « est nécessaire de disposer de «données plus précises» sur cette question, avant de formuler des conclusions ».

En effet, plusieurs études ont montré avec certitude une augmentation des lymphomes non hodgkinien chez les agriculteurs (19% dans l’Agricultural Health Study (57000 agriculteurs, Iowa et Caroline du Nord entre 1993 et 1997). Elles ont abouti à un résultat : le lymphome non hodgkinien a été ajouté en juin 2015 à la liste des maladies professionnelles. L’implication de plusieurs pesticides a été clairement démontrée : lindane, insecticides carbamates, insecticides organo-phosphorés – ces derniers maintenant interdits en France et aux USA notamment. Prouver un effet propre du glyphosate suppose d’éliminer avec certitude l’exposition à ces molécules connues depuis longtemps comme toxiques…Pas facile dans des études rétrospectives…

Une certitude : il est temps enfin de suivre correctement l’état de santé des agriculteurs, et plus généralement, des salariés – et cela ne va pas dans le sens du démantèlement progressif de la médecine du travail sous les coups de boutoir continus des idéologues ultra-libéraux et des dernières décisions gouvernementales

Enfin le glyphosate serait impliqué dans l’explosion de maladies rénales chroniques observées dans les rizières, particulièrement au Sri Lanka vers 2015. Le nom donné à cette maladie (maladie rénale chronique d'étiologie incertaine, chronic kidney disease of uncertain etiology) montre le degré d’incertitude et jusqu’à présent rien ne permet d’y impliquer le glyphosate. La présence en forte concentration dans l’eau des rizières de métaux tels que le plomb, l'arsenic et surtout au cadmium fournissent des coupables potentiels bien plus convaincants, surtout que jusqu’à présent aucune étude n’a laissé entrevoir un lien entre glyphosate et pathologie rénale. Peut-être aurait-il pu jouer un rôle adjuvant en complexant ces métaux ?

En tout état de cause, cette maladie rénale chronique d'étiologie incertaine a été signalée à de multiples endroits au cours du siècle dernier, beaucoup de cas étant antérieurs à la découverte et à l'utilisation du glyphosate (1974).

Après l‘avoir interdit, le gouvernement Sri Lankais a réautorisé le glyphosate en 2019.

Les « pisseurs involontaires ». Du glyphosate dans les urines ?

Depuis la très contestable émission d’Elise Lucet sur le glyphosate, où un certain nombre de personnalités s’étaient fait tester pour la présence de glyphosate dans leurs urines et montraient leur affolement devant un résultat qui ne donnait ni valeurs, ni incertitudes,  (pauvre Julie Gayet, c’est honteux de la paniquer comme ça !), le mode des pisseurs involontaires de glyphosates s’est étendue et du glyphosate, on en trouve partout et chez tout le monde à des taux ahurissants !

Bah c’est quand même très très très très  étrange. Le glyphosate est un produit phosphaté très simple qui se dégrade rapidement en AMPA, un phosphate omniprésent dans la nature… et qui provient aussi des phosphates utilisés dans les lessives. Certains esprits critiques en ont conclu un peu rapidement que « les pisseurs de glyphosates étaient en fait des pisseurs de lessive ».

Oui, mais non. C’était peut-être le cas avec les tests plus anciens mesurant indifféremment  la présence de glyphosate et d’AMPA dans l’eau, et montrant une forte corrélation avec l’introduction de certaines lessives, mais les tests urinaires utilisent des anticorps anti glyphosate et ne sont pas sensibles à l’AMPA. Les sites de Counterchecking se sont fait une joie de le faire remarquer, traitant les douteurs de suppôts de Monsanto. Mais ce qu’ils n’ont pas dit, c’est que ces tests ont été validés pour mesurer le glyphosate dans l’eau, et pas dans l’urine, où des molécules phosphatées naturelles variées  sont présentes en quantité importantes et peuvent peut-être interférer avec le test.

C’est aussi étrange compte-tenu de la faible rémanence du glyphosate, qui ne fait vraiment un produit miraculeux : le glyphosate fut un des premiers herbicides permettant de semer directement après usage et sans effet sur la culture suivante ; l'effet désherbant apparaît uniquement en cas de pulvérisation sur les feuilles de la plante. La possibilité de planter vite juste après un désherbage efficace était une vraie rupture à l'époque de sa mise sur le marché.

Devant des résultats aussi étonnants, il convient certainement de mettre d’abord en cause le test. Lorsque dans un appareil d’optique vous voyez un ciel gris alors qu’en le regardant vous le voyez d’un bleu superbe, il faut peut-être revoir les réglages…

Les décisions judicaires : inadmissibles procès de sorcières

Le groupe de produits phytosanitaires Bayer-Monsanto a perdu mercredi son deuxième procès lié au Roundup aux Etats-Unis. La justice américaine a donné raison au retraité Edwin Hardeman, estimant que Monsanto avait mis sur le marché un produit présentant « un défaut de conception ». Le point sur les nombreuses procédures en cours ou à venir. En août dernier, un premier procès a conclu que les herbicides de Monsanto avaient causé le lymphome non hodgkinien du jardinier Dewayne Johnson et n’avait pas suffisamment averti des risques. Le groupe de produits phyto a été d’abord condamné à verser 289 millions de dollars, une peine réduite ensuite à 78 millions.
Au terme du procès Hardeman, la condamnation s’élève à près de 81 millions de dollars. « Le verdict rendu dans ce procès n’a aucune conséquence sur les futurs procès et affaires, étant donné que chaque procès repose sur des faits et des circonstances légales qui lui sont propres », a réagi jeudi le groupe dans un communiqué. Dans les deux cas, Bayer a fait appel de la décision.
Dans son dernier rapport annuel, Bayer disait faire face, au 28 janvier dernier, à des procédures lancées par « approximativement 11 200 plaignants » exposés à des produits Monsanto à base de glyphosate aux Etats-Unis. Le groupe s’attend à faire face à d’autres procédures.

Compte-tenu de ce qui précède, je crois que la conclusion s’impose. Qu’est-ce qui permet aux juges d’aller au-delà des préconisations des agences de régulation ? Qu’est-ce qui leur permet d’affirmer la responsabilité du glyphosate dans les cancers des malheureux plaignants ? D’où tiennent-ils la compétence scientifique de trancher des débats à le place des experts ?
Oui ou non Monsanto s’est-il soumis aux législations en vigueur ? A-t-il (comme certains constructeurs automobiles…) triché sur ces tests ?
Non !
Disposait-il de données reconnues irréfutables pouvant impliquer le glyphosate dans des cancers ? Les a-t-il dissimilées ? Non !

La vérité est que Monsanto est victime d’un véritable procès de sorcières obscurantistes et rétrogrades qui lui reprochent moins le glyphosate (de nombreux pesticides dont la toxicité est bien prouvée ne suscitent pas autant de réactions…) que les cultures OGM (génétiquement modifiées)  résistantes au glyphosate, et d’avoir été un véritable précurseur dans un nouveau mode d’agriculture  qui risque fort d’être le seul à permettre de nourrir une population en augmentation. Et que certains juges, par ignorance, compassion ou lâcheté s’en sont fait les complices.

Aucune bonne justice ne peut être rendue contre les connaissances scientifiques, en l’état où elles sont. Que l’on y prenne garde ! Demain, le procès de sorcière contre Monsanto pourra s’étendre aux vaccins, aux médicaments, aux ondes électromagnétiques des linky par exemple….


jeudi 16 août 2018

Glyphosate et procès de sorcières


Utilisation des documents internes : une judiciarisation dangereuse

Que la justice américaine fasse n’importe quoi, on y est habitué. La société Monsanto a été condamnée par la justice californienne, vendredi 10 août, à verser 289,2 millions de dollars (248 millions d’euros) à un jardinier américain, Dewayne « Lee » Johnson. Agé de 46 ans et père de deux enfants, il est en phase terminale d’un cancer du système lymphatique qu’il attribue à son exposition à des herbicides contenant du glyphosate.

Comme souvent aux USA, le jugement ne s‘est pas basé sur la réalité de la mise en cause, sur la démonstration de la responsabilité du glyphosate dans l’apparition de cancers en général, ni , en particulier, de celui dont est atteint M. Dewayne. Les diverses dépositions des experts, honnêtement menées, contradictoires n’ont absolument pas permis d’aboutir à cette conclusion. Ce qui a emporté la conviction du jury, ce  sont des documents internes de Monsanto tendant à montrer que celle-ci a cherché à dissimuler des éléments pouvant mettre en cause le glyphosate et à recruter et à influencer des experts allant dans le sens de ses intérêts. En particulier, était  en cause un mail dans lequel une responsable de la recherche de Monsanto critiquait une responsable  de la communication affirmant que le glyphosate était un produit sûr en lui rétorquant qu’elle ne pouvait l’affirmer, puisque Monsanto n’avait pas fait les études permettant de le prouver.

Scandaleux ? ça dépend du contexte, et, à vrai dire, ce que je trouve plutôt scandaleux, c’est l’utilisation que l’on fait de ce mail- et peut-être le moyen dont on se l’est procuré. S ’il s’agit de rappeler à des responsables de la communication un peu trop enthousiastes qu’aucune étude jamais ne démontrera qu’un produit est sûr, mais ne pourra qu’éliminer des facteurs connus de risque, où est le scandale ? S’il s’agit de divergences de vue en interne sur la significativité et la pertinence de telle ou telle étude, où est le scandale ?

Les contempteurs du progrès et de l’industrie triomphent, ils ont bien tort. Car la conséquence certaine de cette affaire sera dans des milliers d’industrie d’ôter toute liberté d’expression aux chercheurs et d’interdire tout débat interne, l’expression de tout doute sur tel ou tel méthode ou résultat. Aller à l’encontre de ce que souhaite entendre la direction deviendra un motif légitime de licenciement, tant les conséquences risquent d’en être importante pour la compagnie. Personne n’y gagnera, et surtout pas la santé et la sécurité publique

Selon les connaissances scientifiques actuelles, le glyphosate est peu dangereux

 Non, la dangerosité du glyphosate pour les agriculteurs, n’est pas établie, et encore moins pour le reste de la population. Car il faut distinguer les tests de toxicologie conduits, in vitro ou sur des rongeurs soumis à de fortes doses, des système modèles dans lesquels on cherche à voir un effet pour éventuellement définir une dose sûre d’utilisation des études épidémiologiques menées sur des population pour évaluer le risque en cas d’exposition, à des doses réalistes, dans les conditions d’utilisation.

La santé des agriculteurs (et heureusement, et encore insuffisamment) est surveillée dans de nombreux pays (par exemple, étude AHS aux USA sur 54000 agriculteurs pendant 20 ans et prenant en compte 22 types de cancers,  étude Agrican en France – 180.000 personnes depuis 2005). Aucune de ces études n’ a mis en évidence une responsabilité du glyphosate dans le déclenchement de cancers. Pourtant, des résultats significatifs et inquiétants ont été incontestablement établis. Ainsi, il existe bien une augmentation chez les agriculteurs de la maladie de Parkinson par rapport à une population générale analogue (13% en moyenne, 18% chez les 60-84 ans) et les molécules impliquées sont les fongicides thiocarbamates et dithiocarbamates. Il y a contrairement à ce qu’on croit, moins de cancer chez les agriculteurs que dans le reste de la population- mais certains cancers sont plus représentés et clairement liés à certains expositions, par exemple le cancer de la prostate, lié à des pesticides  à des chlorés et phosphorés (Aldrine, Lindane, Heptaclore, Fonofos), du poumon (Atrazine, DDT, Parathion, diazinon, arsenic), de la vessie (Arsenic, Alachlor, imazaquin). Et, bonne nouvelle, les agriculteurs semblent relativement moins atteints que la population générale par l’asthme.

A aucun moment, le glyphosate n’est mis en cause. Rien, aucun signal.Ajoutons qu‘un pays comme la Suède, pionnier de ce type d’étude et qui prend généralement au sérieux l’épidémiologie et la prévention a voté en faveur de l’extension de cinq ans du glyphosate.

Essayons d’être rationnel, mais c’est probablement peine perdue

- Selon toutes les connaissances actuelles, le glyphosate est peu toxique, moins que la plupart des autres produits phytosanitaires. C’est un désherbant extraordinairement efficace et qui permet de bonnes pratiques de protections des sols, telle l’agriculture de conservation (agriculture-de-conservation.com/A-tous-ceux-qui-veulent-bannir-le-glyphosate.html)
- Se passer du glyphsate entraineune perte de rendement de 5 à 15% selon les cultures, sans compter un travail beaucoup plus important. Nous avons tout de même 7,55 milliards d’hommes à nourrir
- 92 % des agriculteurs français affirment qu’ils appliqueront des traitements herbicides supplémentaires si le glyphosate venait à être interdit.
Simple question aux croisés de la lutte anti-glyphosate, du moins à ceux de bonne foi, par exemple Stéphane Foucart, du Monde, dont j’ai souvent dit du bien dans ce blog,:Sur la base des connaissances actuelles, ne pensez vous pas que l’interdiction  du glyphosate aura un effet néfaste sur la santé des agriculteurs, sur la production et l’économie agricole et se soldera par des centaines, voire des milliers de mort, si le glyphosate est remplacé, comme probable, par des produits plus toxiques ou moins évalués ?

- Je crois que l’on pourrait se mettre d’accord sur au moins une constatation :  oui, les pouvoirs publics doivent mieux évaluer les effets des produits chimiques d’usage courant  sur la popualtion, et en particulier pour leur usage professionnel. Et la dévalorisation de la médecine du travail, son démantèlement sournois et continu ne vont pas dans le bon sens !
Les agences publiques compétentes devraient être informées des études et  résultats des industriels, même non publiées.

Mais je crains fort que ce soit peine perdue, tant le débat sur la glyphosate a pris un tour irrationnel qui ne peut que rappeler les procès de sorcières. Personne n’a été brûlé vif, mais si des décisions irrationnelles sont prises, il y aura des morts. Monsanto est devenu, c’est la rançon du succès, et peut-être aussi d’une certain arrogance, une nouvelle forme du diable, de Méphistophélès, de Belzébuth, des succubes, des incubes- je ne suis pas expert en démonologie, et tout ce que ses scientifiques font ou disent est inaudible ou exploité uniquement à charge, comme dans les procès de sorcière. Ce n’est pas tolérable pour la qualité du débat public.

Le Monde du 13/08/2018 donne benoitement un autre élément de compréhension – et  merci de cet aveu: « Le glyphosate n’est pas le pire des poisons, comme on l’affirme souvent, et de nombreux autres pesticides sont bien plus problématiques. Mais il est le plus utilisé au monde, il est omniprésent et est devenu, en deux décennies, la pierre angulaire d’une agriculture productiviste qui demeure  malgré tout.. » En fait, et justement parce que c’est un bon produit très efficace et très peu toxique, le glyphosate est devenu la cible privilégiée de tous ceux qui veulent s’en prendre à « l’agriculture productiviste » !
Reste à savoir si l’on veut une agriculture non productive ! Nous avons tout de même 7,55 milliards d’hommes à nourrir, dont beaucoup souhaitent manger de la viande une fois par jour !

Autre conclusion : que ce soit pour le glyphosate ou pour la politique énergétique, M. Hulot fait preuve d’incompétence, d'ignorance,  de sectarisme, de paresse dans l’étude de de ses dossiers à un niveau insupportable et dangereux pour la France. Il est temps qu’il prenne des vacances, et très longues.

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