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dimanche 17 avril 2022

Vers une transition énergétique juste : c’est l’énergie nucléaire qui fournit les emplois les mieux rémunérés dans le secteur de l’énergie décarbonée.

 Colloque AIEA : Towards a Just Energy Transition: Nuclear Power Boasts Best Paid Jobs in Clean Energy Sector

https://www.iaea.org/newscenter/news/towards-a-just-energy-transition-nuclear-power-boasts-best-paid-jobs-in-clean-energy-sector

 - Le passage à l’énergie décarbonée créera plus d’emplois que ce qui est perdu avec l’abandon des combustibles fossiles et les mieux payés continueront d’être dans l’énergie nucléaire, qui fournit des emplois importants et durables bénéficiant aux économies locales et régionales.

- Les investissements dans les sources d’énergie propres telles que l’énergie solaire, éolienne et nucléaire ont un impact positif sur le produit intérieur brut (PIB) qui est deux à sept fois plus élevé que les dépenses en sources fossiles telles que le gaz, le charbon et le pétrole

 - « le secteur des énergies renouvelables pourrait passer de 12 millions à 38 millions d’emplois d’ici 2030. D’autres emplois liés à la transition énergétique – tels que l’efficacité énergétique, les réseaux électriques, la flexibilité des systèmes énergétiques – pourraient passer de 16 millions à 74 millions au cours de la même période » (Michael Renner, IRENA). En revanche, les emplois dans le secteur de l’énergie conventionnelle passeraient de 39 millions à 27 millions

 - Selon le document du FMI, les investissements dans l’énergie nucléaire produisent le plus grand effet multiplicateur économique de toutes les sources d’énergie propres. L’énergie nucléaire crée environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité que l’énergie éolienne, tandis que les travailleurs de l’industrie nucléaire gagnent un tiers de plus que ceux du secteur des énergies renouvelables.

- Des résultats similaires ont été présentés par Philippe Costes, conseiller principal à l’Association nucléaire mondiale (WNA). « Le nucléaire offre des emplois avec des salaires plus élevés que toute autre technologie énergétique, environ 25 à 30 % plus élevés. Mais surtout, alors que le nucléaire fournit des emplois localement autour de la centrale et dans les économies régionales pendant la construction similaire à l’éolien, pendant l’exploitation, seul le nucléaire fournit des emplois importants et durables aux économies locales et régionales »,

- Une étude de la WNA a révélé que l’énergie nucléaire fournit environ 25% plus d’emplois par unité d’électricité en France et aux États-Unis que l’énergie éolienne, et que ces emplois sont bien rémunérés, à long terme et principalement locaux.

Les avantages économiques à long terme du nucléaire se reflètent également dans le niveau croissant de localisation pour les pays nouveaux arrivants, soulignant l’exemple de la Corée du Sud, dont la montée en puissance de l’énergie nucléaire a coïncidé avec le fait de devenir la 11ème plus grande économie du monde au milieu des années 1990. Le nucléaire produit près d’un tiers de l’électricité de la Corée du Sud

« Quand vous regardez le développement de la Corée du Sud, vous avez une belle corrélation entre la croissance de l’industrie nucléaire et la croissance du pays, alors que l’énorme parc de réacteurs est devenu de plus en plus indigène – ils ont développé leur propre infrastructure, industrie et approvisionnement » (Philippe Costes, WNA)

Donc, il est possible d’avoir une transition énergétique juste, économiquement soutenable et socialement acceptable, et ceci d’autant plus facilement que le développement du nucléaire sera important

Ce que montre aussi l’analyse de RTE des scenario 2050 : le scenario le plus nucléarisé est de loin le moins couteux ( 20 milliards par an de différence avec un scenario 100%ENR, à supposer que celui-ci soit techniquement possible .


NB : l’analyse de l’effet comparé sur l’emploi du nucléaire et des ENR a déjà fait l’objet d’un billet sur ce blog

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/12/emplois-nucleaire-et-energie.html

 Il en ressortait les principaux résultats suivants :

- Sur l’ensemble du cycle de vie du projet de l’infrastructure en moyenne par an, par capacité installée, la filière nucléaire génère non pas 2 mais 3 fois plus d’emplois directs que les filières éoliennes terrestres ou solaires.

- L'intensité en emploi du scénario RTE  N03 ( le plus nucléarisé)  est le plus élevé : de l’ordre de 1,18 ETP/MW ; à consommation fixée, cela traduit d’une plus grande efficacité de ce mix.

Maintenant, si l’on fait une analyse complète par scénario sur le long terme, le nombre d’emplois toutes filières électrogène confondues ne varie pas significativement entre les différents scénarios de mix électrique.

Sauf que ces résultats restent largement tributaires des hypothèses faites sur la filière de l’éolien en mer. L’ importance prise par l’éolien offshore invite à d’autant plus de précautions que la filière industrielle n’est pas mature à date ;

 Les multiplicateurs verts : Building Back Better: How Big Are Green Spending Multipliers?

Etude FMI : https://www.imf.org/en/Publications/WP/Issues/2021/03/19/Building-Back-Better-How-Big-Are-Green-Spending-Multipliers-50264

Principe de l’étude : « il s’agit de la première étude estimant directement l’effet sur le PIB de l’argent dépensé pour favoriser la transition vers un monde zéro carbone et respectueux de la nature pour une variété de typologies de dépenses vertes. Bien que les dépenses « vertes » aient toujours eu tendance à être définies comme des dépenses qui aident à réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous élargissons la définition pour inclure des exemples de technologies d’émissions négatives basées sur la nature (« solutions basées sur la nature » ou NBS) sous la forme de dépenses pour la conservation et le réensauvagement de la biodiversité. »

Commentaire : « La production d’électricité exclusivement avec des sources renouvelables dans le cadre des technologies actuelles présente plusieurs défis technologiques importants, car ces sources sont intermittentes, variables et imprévisibles, en fonction des conditions météorologiques et ayant par conséquent des facteurs de capacité limités (AIE, 2021). À l’échelle nécessaire, le stockage de l’énergie renouvelable n’est pas non plus une option viable à l’heure actuelle, car la technologie nécessaire est coûteuse et continue de se développer, bien que les prix baissent rapidement (voir Goldstein et Qvist, 2019; et, pour les estimations récentes des coûts de stockage, Lazard Asset Management, 2020). De même, produire et adapter l’énergie à partir de l’hydrogène en utilisant des énergies renouvelables n’est pas une option immédiate. Bien que l’idée d’un avenir plein d’hydrogène propre connaisse un élan politique et commercial sans précédent, l’hydrogène continue d’être utilisé dans la production d’énergie en brûlant des combustibles fossiles avec des émissions équivalentes aux émissions de CO2 du Royaume-Uni et de l’Indonésie réunis. »

Résultats : le multiplicateur est ~3.5 fois plus important pour le nucléaire que pour les ENR



Utilisation écologique des terres. Conformément aux conclusions rapportées ici, l’évaluation mondiale la plus complète jamais réalisée des impacts financiers et économiques de la conservation examine les impacts de six scénarios terrestres et marins combinés différents avec des compromis variables entre la protection de la biodiversité et les utilisations extractives. Il a été constaté que la protection de 30% des terres et des océans du monde offre de plus grands avantages que le statu quo, à la fois en termes de résultats financiers et de mesures non monétaires telles que les services écosystémiques.

Conclusions :

1) Investir dans l’énergie propre, comme l’énergie solaire, éolienne ou nucléaire, finit par produire plus de PIB que consommé ( multiplicateur keynesien). Ce multiplicateurs est notablement puls élevé ( 3.78 contre 1.11) pour le nucléaire que pour les ENR  En revanche, les dépenses consacrées à la production d’énergie non respectueuse de l’environnement consomment du PIB (multiplicateur inférieur à 1)

2) Protéger l’environnement et la biodiversité est extrèmement rentable ( Fort multiplicateur 6.67) NB : c’est en fait beaucoup plus que les ENR , d’où une conclusion possible et personnelle : on n’a pas trop intérêt à sacrifier la protection de l’environnement et de la  biodiversité à l’extension indéfinie des ENR.

3) L’orientation des stimuli économiques vers des investissements qui favorisent la décarbonation et la capture du carbone grâce à des solutions basées sur la nature n’est pas seulement bonne pour la planète: elle promet également d’être le chemin le moins cher et le plus court vers une économie mondiale prospère.

samedi 23 novembre 2019

Nucléaire : parlons finances ! (2) la grande malédiction des ENR.


Donc suite du blog précédent : Nucléaire : parlons finances ! (1) Non le nucléaire ne vas pas tuer EDF (les ENR, c’est moins sûr !).

Le nucléaire bashing commence à lasser et de valeureux et compétents tweeters s’efforcent maintenant de ne plus laisser passer aucun mensonge (ou erreur de bonne foi) sur le nucléaire et mettent en avant ses atouts sociaux, économiques et écologiques en particulier en ce qui concerne le réchauffement climatique. Alors le débat se concentre sur les coûts, et là fleurissent ignorance, Fake Science, mais surtout aussi mille mensonges et  manipulations très intéressées de certains lobbies (celui des margoulins de l’éolien notamment), s’appuyant parfois souvent sur des données économiques manipulées et sur un langage économique technique pseudo-scientifique, mais surtout peu compréhensible cherchant à impressionner ceux qui ne maîtrisent pas ce jargon.

Alors Mmes et Mrs, voilà que nous allons résoudre le grand mystère, la grande malédiction des ENR. Certains ne cessent de claironner que leur coût ne cesse de baisser et concurrence désormais le nucléaire. 
Pourtant, comme c’est bizarre, plus il y a d’ENR dans le mix électrique, partout et toujours, plus le prix de l’électricité augmente ;
Pourtant, comme c’est étrange, quand on commence à supprimer les très larges subventions et autres avantages indus (priorité d’accès au réseau) au motif que ces industries devraient maintenant être matures, elles font faillites en série  ( dans les deux cas, cf. la magnifique démonstration de la mirifique energiewende allemande) ;
Pourtant, comme c’est surprenant, les producteurs alternatifs d’EDF, qui produisent que dal, se gardent bien d’investir massivement dans le solaire ou l’éolien et se contentent de réclamer un corps et à cri toujours plus d’accès au nucléaire historique d’EDFvia l’ARENH, cette superbe invention européenne qui contrant EDF à soutenir ses concurrent en leur vendant son électrivité à prix bradé.

A vrai dire, les explications de  fond, je les avais déjà abordé dans un blog précédent : production intermittente qui doit être de toute façon compensée par une autre source, faible taux de charge, considérables frais de réseaux, valeur de l’électricité produite quasi-nulle voir négative, car produite quand le vent souffle, mais pas quand on en a besoin…etc. cf. blog

Pour compléter, pour parler le langage des économistes et ne plus se laisser duper par ceux qui se mettent au service des margoulins de l’éolien, eh bien, Mmes et Mrs, deux économistes de la prestigieuse et nobélisée Toulouse School of Economics, comme quoi il existe es économistes intelligents honnêtes et qui parlent de manière compréhensible, ou tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur le LCOE (levelized cost of energy). Donc :

Les coûts lisses de l'électricité, Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics.

« Les défenseurs du recours aux énergies renouvelables pour produire de l'électricité avancent comme argument leur coût de production du MWh. Mais c'est oublier que l'unité vraiment pertinente n'est pas le MWh produit, mais le MWh livré en un lieu donné à une date donnée

Quand le consommateur d'électricité regarde l'évolution des coûts de production du MWh au cours de la décennie écoulée, il a du mal à comprendre pourquoi les énergies éolienne et solaire n'ont pas encore évincé les énergies fossiles du parc de production électrique, ce qui, au vu des chiffres, permettrait de réduire sa facture. De leur côté, les responsables politiques voient dans cette évolution des coûts une confirmation du bien-fondé des politiques vertes et annoncent que l'éviction des énergies fossiles est pour bientôt.

Pourtant à l'échelle de la planète, les technologies de production de l'électricité dominantes utilisent le charbon (39%) et le gaz naturel (23%), loin devant l'hydraulique (16%), le nucléaire (10%) et les énergies renouvelables (7%).

Comment expliquer que les électriciens n'aient pas massivement adopté les techniques de production éolienne et solaire puisqu'elles coûtent maintenant beaucoup moins cher que les énergies fossiles? Et pourquoi faut-il continuer à subventionner les énergies vertes? La réponse à ces deux questions tient dans le concept de "levelized cost of energy", ou LCOE. Avec cette estimation par "lissage" ou "nivellement", le coût est calculé comme un rapport: au numérateur, on trouve la valeur actualisée d'un investissement et de toutes les dépenses qu'il va déclencher jusqu'à son déclassement (combustible, quotas d'émission, maintenance, réparations, traitement des déchets, démantèlement, etc.); au dénominateur, on place la production totale actualisée prévue sur la durée de vie de l'équipement.

Cette mesure du coût du MWh ne devrait pas être employée pour les énergies dont la production n'est pas contrôlable, comme l'éolien et le solaire, car elle ne tient pas suffisamment compte des calendriers de production.
Dans le calcul, le temps n'intervient que par le facteur d'actualisation des flux… En revanche, la date exacte à laquelle est répertorié chacun des flux ne joue aucun rôle. Ainsi, pour le photovoltaïque, le fait que les MWh produits soient tous regroupés en milieu de journée n'influence pas leur coût. Pour une installation donnée située en un lieu donné, si les MWh étaient répartis uniformément au long de la journée au lieu d'être concentrés autour du midi solaire, leur LCOE aurait exactement la même valeur…

Or, la date à laquelle est fournie l'énergie est un élément essentiel de quantification de son coût. Les conditions de production (donc le coût) d'un MWh dans une centrale au charbon sont peu différents à midi et à minuit, au mois d'août et au mois de décembre, du moment que l'opérateur de la centrale a pris soin de stocker du charbon. Ce n'est vrai ni des MWh éoliens, ni des MWh photovoltaïques …le coût variable de production du MWh renouvelable est nul (mais pour un volume non garanti) quand le soleil brille et que le vent souffle mais il est infini la nuit et par temps de pétole

Quelle que soit la solution adoptée pour pallier l'intermittence, elle a un coût. Or celui-ci n'est pas inclus dans le calcul du LCOE. Par exemple, à l'échelle d'un micro réseau photovoltaïque, le coût de production d'un kWh solaire livrable à minuit est celui du panneau qui produit en milieu de journée, augmenté du coût de la batterie installée pour transporter ce kWh de midi jusqu'à minuit.
A l'échelle d'un réseau national ou continental, c'est plutôt l'énergie importée et celle produite dans des centrales dispatchables qui viendront suppléer les sources renouvelables lorsqu'elles ne sont pas disponibles. Cet ensemble, centrales + réseau, sert donc de garantie d'approvisionnement, et son coût doit se refléter dans le coût des énergies renouvelables…

Si le LCOE reflétait le vrai coût des énergies intermittentes, il ne serait plus nécessaire de leur verser des primes ou des tarifs d'achat administrés. Grâce à leur faible coût, elles supplanteraient les autres énergies sur les marchés de gros et dans les contrats de fourniture, et dégageraient des bénéfices. Pourtant, en 2018, la Contribution au Service Public de l'Electricité payée par les consommateurs français (22,5€/MWh) va permettre de verser 2,9 milliards d'euros aux producteurs d'énergie photovoltaïque et 1,5 milliard aux propriétaires d'éoliennes. Il en est ainsi parce que le vent et le soleil ne font pas un calcul économique qui permettrait aux exploitants d'empocher les prix élevés de l'énergie aux périodes de pointe. Parfois, leur production tombe au bon moment. Ainsi, les Etats du sud des Etats-Unis voient leur demande d'électricité atteindre son maximum en été pour l'air climatisé, quand le soleil produit le plus, ce qui génère des revenus élevés pour les exploitants de fermes solaires. Mais dans l'Union européenne la demande maximum d'électricité est plutôt en hiver, quand le soleil est couché. Et les panneaux PV donnent leur production maximum en été, alors que la demande des vacanciers est faible. Ces ventes à contretemps ne génèrent pas suffisamment de revenus pour que les énergies renouvelables se passent de subventions ou de primes pour compléter les prix du marché.

Le LCOE est un concept de coût utile quand on veut comparer des technologies aux profils temporels identiques, par exemple plusieurs types de panneaux photovoltaïques. Mais l'unité vraiment pertinente s'agissant de l'électricité n'est pas le MWh produit, c'est le MWh livré en un lieu donné à une date donnée. La crédibilité des engagements à réaliser de telles livraisons s'accommode mal de l'intermittence des énergies renouvelables prises isolément. Il faut donc ajouter au LCOE des éléments dynamiques et stochastiques tirés des coûts des technologies complémentaires nécessaires pour garantir l'offre d'électricité à partir de sources intermittentes. »

Voilà. Alors, vous comprenez pourquoi maintenant quand vous lisez ceci par exemple : Jean-Yves Grandidier : « L'éolien et le solaire sont imbattables » : Le patron de Valorem, acteur des énergies renouvelables, n'y va pas par 4 chemins : il entend accroître la part de ces énergies à 80 % du mix énergétique... » (Le Point , Michel Revol /03/11/2019, vous comprenez qu’on veut vous entuber.

Les économistes, malgré toute leur sophistique, ne peuvent rien contre les réalités physiques, et tout calcul prouvant la supériorité économique d’une énergie intermittente sur une énergie pilotable, et, plus particulièrement de l’éolien sur le nucléaire,  est soit une imbécillité, soit un mensonge et une tromperie.

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jeudi 19 octobre 2017

Patrick Artus aux rendez-vous de l’Histoire de Blois : Euro ; par ici la sortie ?


Noir, c’est noir ?

Disons  tout de suite que le livre de Patrick Artus, économiste chez Natixis,  qui a fait l’objet d’une table ronde aux rendez-vous de l’Histoire de Blois coprésentée par Jean-Marc Vittori, se présente, malgré son titre, comme un plaidoyer et un espoir pour l’Euro.  

Sauf que, au fur et à mesure de la  conférence, le sentiment qui s’instaurait est qu’au contraire, l’euro est une voie sans espoir et qu’il faut en sortir le plus rapidement possible …

Compte rendu et commentaires :

L’impossible coordination

« Des pays qui n’ont pas la même monnaie n’ont pas besoin d’une forte coordination. Les politiques des salaires et politiques fiscales différentes sont corrigées par des dévaluations proportionnelles des monnaies. Des pays qui ont la même monnaie ont au contraire besoin de se coordonner puisque en cas de déficit d’un pays, tous les autres en subissent les effets.

Entre les pays de la zone euro, tout ce qui crée de l’hétérogénéité est mauvais. Sans avoir les mêmes règles fiscales et sociales, il y a un réel problème de dumping. Mais comment harmoniser les marchés du travail ? On a pris des pays qui ont des salaires 4 fois plus bas que nous… on n’aurait pas du. Et le tir va être difficile à corriger c’est certain…

 C’est pourquoi les progrès institutionnels doivent concerner la zone euro si on veut que ça marche. Une union économique et monétaire a beaucoup d’inconvénients : même taux d’intérêts, impossibilité de dévaluer… ce qui aboutit à une perte considérable des libertés des politiques économiques. Elle a en revanche un avantage économique : grand marché intérieur avec des grandes entreprises plus concurrentielles (car économies d’échelles) dans le reste du monde. »

Commentaire :  Ben oui, Il  y a qu’à. Sauf que quand l’Allemagne l’a proposé (de manière tellement utopique avec un espèce de gouvernement franco allemand que l’on peut douter de son sérieux), la France n’en a pas voulu .. Et maintenant, la France revient sur le sujet, mais l’Allemagne n’est plus d’humeur à… Ni aucun autre pays d’ailleurs, surtout ceux qui craignent un condominium franco-allemand

L’impossible convergence, la spécialisation contrainte

Mais dans quelle mesure le marché unique a-t-il vraiment stimulé les échanges intérieurs ? Les études d’économistes montrent qu’en fait c’est surtout l’Allemagne et l’Angleterre qui ont profité du marché unique (la France assez peu). Dans le domaine des énergies renouvelables nous avons été incapables de créer une grande entreprise européenne, et ce sont les chinois qui l’ont fait.

 La disparition du risque de change permet une spécialisation des pays de la zone (chacun fabrique ce dans quoi il est le mieux placé). Cette disparition facilite aussi la circulation des capitaux et permet d’investir avec de l’épargne accumulée dans un autre pays. Mais ça c’est en théorie. Dans les faits les choses se sont un peu moins bien passées…

au début la spécialisation a l’air de fonctionner. Electronique : région Rhône Alpe/Autriche, agriculture : Espagne, France... Il serait inefficace aujourd’hui de se remettre à fabriquer de tout partout (quoi qu’en disent les catalans). De même l’épargne a beaucoup circulé : les excédents de l’Allemagne et des Pays Bas servaient à prêter de l’argent à la Grèce, l’Espagne… entre 99 et 2008 : l’Allemagne a prêté 3000 Milliards d’euros aux pays du Sud.

 Mais à la fin des années 2000 émergent les conséquences du 1er déficit de réflexion : si des pays se spécialisent à l’excès, leurs structures économiques deviennent très différentes. Cela entraîne une divergence des niveaux de revenus entre les différents pays… prévisible et inévitable ! Il était assez naïf de croire que du moment qu’on a la même monnaie on a la même économie… c’est une terrible erreur d’analyse de ne pas avoir réfléchit à l’hétérogénéité engendrée par la spécialisation des nations membres.

 Commentaire : Donc, le principal bénéfice attendu de l’euro, le marché unique, a très mal fonctionné, et seulement au profit de l’Allemagne. L’Euro, c’est comme l’Allemagne et le foot autrefois, tout le monde joue, à la fin c’est l’Allemagne qui gagne.

Patrick Artus, de mémoire, a même été plus sévère ; l’idée vendue par les promoteurs de l’euro que celui-ci entrainerait une convergence des économies n’était qu’une escroquerie, démentie par les théories économiques les plus solides. Une même monnaie pour des économies hétérogènes entraine au contraire une divergence et une spécialisation des économies. Donc ce qui était prévisible, avec l’Euro, l’Allemagne renforce son industrialisation, l’Espagne et l’Italie se désindustrialisent et se spécialisent… dans quoi : le tourisme et les primeurs et fruits à bas coût… Et la France dans quoi ? le tourisme, la viticulture, la gastronomie, quelques services publics, un peu d’agriculture.-(cf Houellebecq)

Ce n’est pas ce qui a été annoncé aux peuples européens, et ce n’est pas ce qu’ils veulent. Donc, dès qu’on leur donne la parole, ils ont dit, disent, et diront logiquement non. (Auguste Comte : si les peuples ne savent pas ce qu’il leur faut, ils savent parfaitement ce qu’ils veulent, et nul ne doit le vouloir pour eux- avis aux technocrates européens !)

 La solidarité nécessaire et de moins en moins acceptée

Pour remédier à l’hétérogénéité engendrée par la spécialisation des économies, il faut à l’intérieur d’une union monétaire une dose de fédéralisme, qui permet de transférer des fonds depuis les zones les plus riches vers les zones les plus pauvres, de façon automatique. Sous-entendu sans que les plus riches aient à donner leur accord à chaque fois puisque visiblement, la solidarité entre états n’est pas durable…

C’est exactement ce qu’on observe aux Etats-Unis où les transferts entre Etats sont énormes. Là-bas,  si un état perd un euro, le système fédéral lui rapporte 60 cents (en Europe, pour un euro perdu c’est un cent seulement…) ils sont en fait bien plus solidaires que nous. Il faut que la contribution des pays riches soit structurelle et que les zones riches transfèrent automatiquement des fonds vers les régions pauvres. Sinon, les pauvres le seront de plus en plus et les riches idem. Aux Etats Unis, malgré l’énorme budget fédéral, les disparités demeurent énormes. C’est la limite de la spécialisation.

Les politiques misaient tous sur le Bell out : si un des pays a un problème de dette, les autres pays de la zone viendront le renflouer… ce qui ne fut pas le cas, ou un temps seulement. De plus, si l’inflation a été uniforme dans toute la zone, du fait de l’hétérogénéité des économies, le niveau de vie se met à varier d’un pays à l’autre. Ce qui apparaît donc ici clairement comme frein à la prospérité de la zone euro, c’est l’égoïsme des nations les plus riches qui veulent pouvoir bénéficier des avantages du marché unique sans en subir les inconvénients. Ce manque de solidarité s’observe d’ailleurs au sein même des pays, l’actualité en Espagne en témoigne.

La grande crise pour l’Europe fut celle de 2011 à 2014, quand l’Allemagne a cessé de prêter au pays du Sud. De façon brutale, le déficit extérieur de ces pays n’a plus été financé, ce qui les a obligé à le réduire en contractant les dépenses intérieures. L’austérité est en fait une conséquence de l’arrêt brutal du financement Allemand.

 L’Europe a bien tenté quelques réactions défensives : création du Mécanisme Européen de Stabilité = fond qui peut prêter aux pays en difficultés pour éviter ce genre de crise + Politique économique ultra-expansionniste, avec des taux d’intérêts à zéro. Mais si on a développé ces mécanismes défensifs, on n’a pas réglé l’origine des crises en Europe.

Commentaires : pas vraiment  besoin. L’Espagne et la Catalogne, qui provoque des sueurs froides chez nos eurocrates,  ont bon dos, mais que je sache, l’Allemagne n’est pas non plus très partante. Pour que l’Euro fonctionne, il faudrait que l’Allemagne, continument, accepte de transférer aux autres pays européens plusieurs fois (2,3 ?) l’équivalent de l’effort consenti pour l’intégration de l’Allemagne de l’Est. Y-a-qu’à croire ! Et à prier pour que la Catalogne ne donne pas des idées à l’Ecosse, à la Padanie, à la Flandre, à la Bavière….

 Noir c’est noir, est l’euro c’est fichu ?

Et pourtant, M. Artus s’est montré assez méprisant vis-à-vis des partisans de la sortie de l’euro, sauf qu’il ne se donne pas la peine de leur opposer des arguments sérieux, répétant par exemple que la dette est en euro et non en monnaie, nationale, ce qui a été contesté ; que  « l’euro n’éclatera pas car les pays européens se sont imbriqués réciproquement par leurs dettes » ( tout en reconnaissant que la plus grande partie des dettes se compense- l’Espagne prête à l’Allemagne !, et que les dettes nettes ne représentent qu’une infime partie de la dette totale) et que la solution une monnaie commune et une monnaie nationale est baroque et extrêmement compliquée ( toute en reconnaissant que la Chine fonctionne , et pas trop mal , sur un mécanisme analogue..)

Au terme de cette conférence qui se voulait optimiste sur l’euro !!, la conclusion semble  s’imposer : noir, c’est noir, et l’euro c’est fichu. C’est parfaitement prévisible, il éclatera tout comme a éclaté le franc de l’Union latine,  et tout économiste sensé devrait se préoccuper de penser l’après euro, pour au moins garder une organisation européenne…

 
 

samedi 29 octobre 2016

Crédit Impôt Recherche : le rapport de l’ANRT

Il y a un mois, le Conseil Economique et Social publiait un rapport inquiétant sur l’état de la recherche en France Avec un taux de 2,26 % du PIB en 2014 consacré à la Recherche développement, la France se situe en deçà de l’objectif de 3 % de la Stratégie de Lisbonne de 2002 ; ce taux  situe la France loin du groupe des pays européens « leaders » dont l’effort de recherche avoisine ou dépasse l’objectif des 3 % du PIB. Il est de plus connu depuis longtemps que la faiblesse française réside principalement dans le financement privé de la recherche, nettement insuffisant. Or l’ANRT (Association Nationale Recherche Technologie), qui compte 300 membres, dont près de la moitié proviennent du secteur public,  publie un rapport cette fois encourageant sur le Crédit d’Impôt Recherche

Enfin une niche fiscale efficace

Il apparait que le CIR (crédit impôt recherche) est l'une des plus grosses niches fiscales dont peuvent bénéficier les entreprises françaises (5 milliards), mais elle est efficace. Selon l'Association nationale recherche et technologie (ANRT), « la France devient grâce au crédit d'impôt recherche [CIR] l'un des premiers pôles mondiaux de recherche industrielle ».
Ainsi la France est le pays du monde où la part de l'emploi de recherche en entreprise a le plus augmenté dans la population active entre 2008 et 2013. L'Hexagone comptait 3,1 chercheurs en entreprise pour 1.000 actifs en 2000, autant qu'en Grande-Bretagne. En 2014, on recensait 5,7 chercheurs en entreprise pour 1.000 actifs en France, contre 3,1 outre-Manche et 4,7 en Allemagne, selon les calculs de l'ANRT, basés sur les chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Grâce au dispositif « jeunes docteurs » du CIR, 1 300 docteurs sont embauchés chaque année dans les entreprises.
L’ANRT s'est aussi intéressée au coût d'un chercheur dans différents pays en utilisant les données de 16 entreprises - dont Nokia, Renault, EDF, Airbus, Thales... - présentes en France et dans le monde entier, employant en tout 81.000 personnes dans la R&D sur la planète. Ces 16 entreprises font partie des principaux bénéficiaires du CIR dans l'Hexagone. Et, si l'on fixe le coût d'un ingénieur en R&D à 100 en France en 2016 sans tenir compte du CIR et des autres avantages fiscaux, alors le coût baisse d'un quart, à 75, une fois pris en compte les dispositifs d'aide à la R&D, dont le CIR. Selon ce calcul, le coût d'un chercheur aux Etats-Unis est de 133, de 98 en Grande-Bretagne et de 91 en Allemagne. Outre-Atlantique, « le coût d'un chercheur s'envole, mais cela s'explique par le fait que, face à la pénurie d'ingénieurs en R&D, les Etats-Unis sont contraints d'augmenter la rémunération des chercheurs.
Cependant, le coût du chercheur n'est que le troisième facteur de localisation de la recherche, selon l'ANRT, après l'accès aux marchés et l'accès aux compétences visées. Là encore, la France n’est pas si mal placée, grâce à la qualité et à la complémentarité de ses formations scientifiques, (grandes écoles, organismes de recherche, universités).

La France s’est dotée d’un puissant outil fiscal de renforcement de la recherche sur son territoire

En résumé, le CIR atteint ses objectifs : il incite les entreprises à dérisquer leurs développements technologiques en France. La France s’est dotée d’un puissant outil fiscal de renforcement de la recherche sur son territoire.
Cette étude de l’ANRT devrait déminer les critiques récurrentes récurrents sur le Crédit d’Impôt Recherche. Il avait été déjà montré que l’effet levier, c’est-à-dire la quantité d’euros investis par les entreprises lorsqu’elles reçoivent 1 euro de l’Etat, ne fait pas consensus mais est proche de 1. L’effet levier, c’est-à-dire la quantité d’euros investis par les entreprises lorsqu’elles reçoivent 1 euro de l’Etat, ne fait pas consensus mais il est proche de 1. « Certes, l’effet levier n’est pas gigantesque, entre 0,8 et 1,1, mais même inférieur à 1, l’effet est intéressant car l’entreprise a quand même consenti un investissement en R&D dont on connaît l’effet global positif pour la société », rappelle Stéphane Lhuillery, professeur à ICN Business School, auteur d’une des études d’évaluation. De plus, ce que l’étude de l’ARNT ne montre pas, et qu’elle ne peut pas montrer, c’est l’effet « anti-crise » de cet instrument : en son absence, le désinvestissement en R&D aurait été important note le ministère de la recherche. De fait, pour les chercheurs en entreprise, il est clair qu’en l’absence du CIR, la crise de ces dernières années se serait traduite par un effondrement dramatique de la recherche en France et l’éradication complète d’un grand nombre de centres de recherches.

Science en Marche  et d’autres mènent un mauvais combat lorsqu’ils opposent la recherche publique à la recherche privée. En revanche, ils auraient bien raison de mener un combat plus virulent pour l’attractivité des carrières de recherche, dans le privé comme dans le public, un facteurs très négatif pointé dans le apport du Conseil Social. Et si l‘on parle incitations fiscales, il parait assez évident que le CICR est l’un des rares dispositifs qui ait fait la preuve de son utilité, bien supérieure au CICE de cette présidence ou la détaxation des heures supplémentaires de la précédente.





mercredi 27 avril 2016

Quels emplois pour demain ?

L’Association des Journalistes Economiques Français a consacré un cycle de conférences aux transformations de l’emploi. Parmi les sujets traités, « Le choc des nouvelles technologies et de la robotisation : quels emplois seront créés demain et lesquels vont disparaître? », avec Augustin Landier, Toulouse School of Economics,  et Olivier Passet, directeur des synthèses chez Xerfi et « La fin du travail salarié est-elle pour bientôt ? Autoentrepreneurs, coworking, etc. : les nouvelles formes de travail », avec Monique Dagnaud, sociologue, et Philippe Askenazy, directeur de recherche CNRS-Ecole d’Economie de Paris.

Le travail pseudo-indépendant : une vision ultra-libérale

Augustin Landier est un digne représentant de l’Ecole de Toulouse qui finirait par nous faire croire qu’il n’y a pas d’autres alternatives que l’ultra libéralisme, et que ça tombe bien parce que les plus pauvres en profiteront en priorité. Conséquent, M. Landier soutient la loi El Khomri et a travaillé pour la société Uber, passée maître en stratégie d’influence, qui lui a commandé un rapport d’où il ressort qu’Uber serait une chance pour les jeunes des banlieues minées par le chômage, et que ces chauffeurs sont bien payés (3600 euros par mois ??, chiffre contesté valable uniquement  pour ceux qui sont à leur compte),  jeunes et plus diplômés que les chauffeurs de taxis, et que, contrairement aux US, pour la majorité d’entre eux il s’agit de leur seul emploi et non d’un emploi de complément, et que par conséquent, toute règlementation augmenterait le chômage. CQFD… pour plaire au commanditaire de l’enquête. M. Landier prévoit une extension considérable de l’uberisation qui va toucher progressivement une grande partie des fonctions des entreprises, telles la comptabilité, des fonctions RH, diverses expertises pointues. Ce seront beaucoup d’emploi qualifiés, voir très qualifiés qui seront bientôt menacés par l’uberisation et M. landier prévient : cette destruction créatrice, processus shumpeterien auquel il est attaché aboutira bien à remplacer des emplois salariés bien payés par d’autres plus précaires et moins bien payés. Il a cité avec me semble-t-il quelque délectation les polytechniciens de cinquante qui peuplent les état-majors des grandes entreprises et dont celles-ci pourraient se passer grâce  l’uberisation.

Eloge du salariat

A cette description idyllique de l’uberisation, Olivier Passet objecte que les employés d’Uber renoncent non seulement à leurs droits de salariés pour une liberté bien aléatoire (Uber sélectionne ceux qui travaillent le plus, impose unilatéralement des baisses de tarifs) mais prêtent à Uber du capital (leur voiture, son entretien…). Surtout, les sociétés comme Uber profitent en « passagers clandestins », en parasites d’un certain nombre d’externalités (protection sociale, formation, infrastructures etc.) qu’elles ne financent pas ; ce système n’est pas viable, il ne s’entretient pas, il aboutit à la destruction des entreprises. Une entreprise est autre chose qu’un amoncellement de relations internes clients fournisseurs, mais un système complet de collaboration. L’uberisation aboutit à la mort des entreprises. Reprenant l’exemple des polytechniciens  de cinquante ans, M. Passet souligne à quel point l’expérience, les réseaux, les compétences, les connaissances, les habitudes acquises dans les grandes entreprises ont pu profiter à des « jeunes pousses » qui auraient bien été en peine de les acquérir dans un monde uberisé.
M. Passet s’est d’ailleurs lancé dans un éloge du salariat dans un texte très intéressante http://www.uberisation.org/fr/portfolio/les-4-formes-de-la-fuite-salariale-lub%C3%A9risation-en-t%C3%AAte dont voici un extrait : « La généralisation du salariat a fait notamment reculer tout le travail à façon ou à la tâche, permettant d’adosser des droits à des formes archaïques de relation de travail, sous rémunérées, sous organisées et sous assurées. Il a permis aussi de faire reculer le poids des emplois non rémunérés, dans les exploitations agricoles ou dans le commerce notamment, beaucoup de femmes assurant alors des tâches essentielles sans statut particulier et sans droit à la retraite. Il a enfin permis de monétiser une partie des tâches domestiques, en les externalisant. Un des principaux ressorts de la croissance d’après-guerre est précisément d’avoir fait sortir tout un pan du travail de la zone noire ou grise du gré à gré informel, de l’avoir inséré dans le circuit économique, élargissant considérablement la base des débouchés. ».

L’horizon ultra-libéral – l’ égalité dans la précarité

En écoutant M. Landier, on se dit que ces économistes qui n’ont jamais travaillé dans une entreprise  ignorent comment elle fonctionne, et que le seul avenir qu’ils proposent c’est plus d’égalité, oui, mais une égalité dans la précarité et  la déqualification, bref l’inverse de ce qu’il faut faire, une société de la connaissance et une industrie de haut de gamme. II a cependant rappelé une donnée intéressante : le chômage parmi les jeunes est réparti très inégalitairement et frappe peu les diplômés et très massivement les non-diplômés ; et ceux-là ne sont pas non plus employés, ni employables par des sociétés comme Uber. L’Uberisation n’est pas une solution au chômage ; celui-ci provient bien davantage de l’échec du système éducatif  français et de l’apprentissage. En passant, les chiffres du chômage des jeunes font l’objet de manipulations récurrentes pour culpabiliser les salariés et les amener à consentir aux sacrifices qu’on veut leur imposer, « pour les jeunes » ; en effet, il ne tient compte que des jeunes qui ne poursuivent pas d’études, donc des non-diplômés.
Autre remarque : nouvelles technologies, informatique, robotisation… Il y a vingt ans, la première réaction aurait été : « super, on va pouvoir réduire le temps de travail ». Aujourd’hui, c’est « au secours, mon emploi est menacé ». Comme dirait Houellebecq, quelque chose a mal tourné ! On aimerait savoir quoi, et cela n’a pas été discuté : explosion des inégalités, confiscation des gains de productivité par une petite minorité, financiarisation de l’économie au détriment des entreprises ?

Réalités et mythes des emplois pseudo-indépendants

Philippe Askenazy a contesté l’augmentation des emplois non salariés type Uber, en notant qu’on n’observait pas une telle montée aux USA, où l’économie est repartie et le chômage quasiment réduit à un niveau minimum. Pour lui, le développement de ce type d’emploi prétendument indépendants est lié à la crise et au chômage important dans certains pays européens, dont la France, et non à une véritable mutation ou appétence. Il souligne également que les contrats de travail et la manière dont ils sont qualifiés dépendent de la législation de chaque pays et particulièrement de la notion de subordination, liée au contrat de travail ; dans certains pays, la subordination réelle (un seul donneur d’ordre, pas de possibilité réelle de s’organiser et de refuser des contrats…) des contrats type Uber fait qu’il sont considérés comme des emplois salariés, dans d’autres non. Le nombre de contrats type Uber dépend donc d’un biais législatif important. Il rappelle également que ces emplois pseudo indépendants répondent aussi à une demande d’un certain patronat, à une certaine idéologie qui verrait bien l’abolition du patronat ; en l’absence de patrons, pas de responsabilités patronales (seulement des redevances) et en l’absence de salariés, pas de revendications salariales. L’évaporation du patronat, un vrai rêve ultra –libéral ? ?
Par ailleurs, l’attrition de la base salariale réduit la capacité correctrice de la fiscalité et de la protection sociale, les plaçant dans une impasse financière. Les emplois uber ne contribuent pas à la sécurité sociale, ils la tuent ; ils ne contribuent pas justement à la fiscalité et profitent pourtant des infrastructures et de l’organisation même de la société.  Ces formes de travail pseudo-indépendantes ou collaboratives créent d’importantes fuites dans le circuit économique, et une grande opacité dans le repérage de la création de valeur (Olivier Passet). La pérennité de notre système d’assurances sociales, maladies, chômage etc. se trouvent fortement menacée, et souligne, Philippe Askenazy, il ne faut pas s’étonner que le lobby des assurances privées pousse très fortement au développement de ces emplois faussement indépendants et défend un cadre législatif et fiscal qui leur est mutuellement favorables.
Monique Dagnaud, sociologue et Membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel de 1991 à 1999, spécialiste de la teuf, a  mené une enquête d’où ressortait l’immense bonheur de ces jeunes souvent très diplômés de créer leur propre emploi non salariés, patron de leur propres start-ups (éventuellement plusieurs) et multi-consultants dans diverses structures. C’est à se demander si elle n’a pas abusé de certaines substances trop répandues dans les teufs et si elle n’a pas confondu discours d’autojustification ou de réassurance avec la réalité  ;  car enfin il me semble que pour beaucoup il s’agit d’un pis aller et qu’ils auraient préféré un recrutement dans les services de recherche d’une grande entreprise, qui leur aurait permis de s’épanouir dans leur activité au lieu de rechercher éperdument des financements, et qui aurait également mieux profité au développement d’une société de la connaissance, dont on parle beaucoup, et qui s’éloigne de plus en plus.

Qu’est-ce qu’une entreprise ?


Il est aussi assez étrange qu’une sociologue ne se pose pas davantage la question de la caractérisation d’une entreprise. Remontant au fondateur de la discipline, Auguste Comte, on pourrait s’étonner de ces sociologues qui « exagèrent beaucoup l’importance de l’individu et traitent avec moquerie les êtres collectifs comme représentant rien de réel ». D’un point de vue positiviste, on pourrait caractériser une entreprise comme un être collectif dont le but est de réaliser la meilleure, la plus efficace conciliation possible entre deux tendances toujours croissantes et complémentaires du travail, la spécialisation des fonctions et la coordination des efforts ; de favoriser une coopération étendue des individus. Alors se pose la question : le travail pseudo-indépendant à la uber peut-il accomplir ces fonctions mieux que l’entreprise et le salariat ? Je ne crois pas.