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vendredi 3 janvier 2020

Dérèglement climatique, pollution : la voiture électrique n’est pas la panacée !


Analyse coûts bénéfices des véhicules électriques-Ministère de la transition écologique et solidaire

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Analyse%20co%C3%BBts%20b%C3%A9n%C3%A9fices%20des%20v%C3%A9hicules%20%C3%A9lectriques.pdf

Sous ce titre le ministère a publié une étude qui parait extrêmement sérieuse, et qui vient singulièrement contredire la propagande les efforts pour promouvoir le véhicule électrique…de quoi donner raison à Carlos Tavarès, qui en met en doute l’utilité économique et écologique du véhicule électrique depuis longtemps. . En gros, à l’horizon 2030, le véhicule électrique ne serait intéressant qu’en milieu urbain dense et usage intensif, point.

Il y a vraiment là de quoi faire réfléchir à tous les coûts et investissements démesurés. Et on n’aimerait pas trop être dans la peau d’un dirigeant d’industrie automobile…

Effets néfastes de la circulation routière-quelques données

Dérèglement climatique : Le secteur des transports est responsable en France de plus du quart des émissions de GES et le mode routier représente à lui seul 92 % de ces émissions (43 % pour les seuls véhicules particuliers).

L’Europe s’est fixé un objectif de réduction des émissions de CO2 de 40 % en 2030 (par rapport à 1990) repris au niveau national par la France.

Pollution atmosphérique et santé :  La pollution atmosphérique a des impacts importants en matière de santé publique (maladies respiratoires, cardiovasculaires et cancers) ; Une étude de Santé publique France estime que 17 700 décès prématurés seraient évitables chaque année dans un scénario respectant des valeurs guides, et que 48 300 le seraient « sans pollution induite par l’activité humaine ». Les pathologies respiratoires et cardiovasculaires occasionnent chaque année des coûts estimés a minima entre 20 et 30 milliards d’euros pour la France métropolitaine.

Nuisances sonores : Pour 54 % des Français, le bruit des transports est la principale source de nuisance, loin devant les bruits de comportements qui gêneraient 21 % de la population. À haute dose, le bruit n’a pas qu’un impact sur le système auditif mais perturbe aussi les échanges et la communication, contrarie le sommeil, provoque un stress chez les individus. Il peut entraver le bon fonctionnement plus général de l’organisme (vue, système cardio-vasculaire, système gastrointestinal), causer vertiges et nausées et être à l'origine de troubles psychologiques

Méthodologie de l’étude : Les quatre technologies étudiées sont : les véhicules thermiques (VT), essence et diesel ; les véhicules hybrides (VH) ; les véhicules hybrides rechargeables (VEHR) ; les véhicules tout électrique (VE)

Les technologies sont étudiées dans trois différents milieux de circulation en fonction de la densité de population : urbain très dense, urbain dense, et « mixte » à travers une moyenne pondérée de tous les milieux.

Concernant les milieux urbains, deux cas d’usage sont considérés : standard et intensif (type taxi ou Autolib’).

Résultats : Les véhicules thermiques entraînent à l’usage un coût environnemental de l’ordre de 1,5 c€/km pour un véhicule diesel en usage « mixte », 2 c€/km pour un véhicule essence en usage urbain dense et 4 c€/km pour un usage urbain très dense. La motorisation tout électrique permet de réduire sensiblement ces coûts : suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit (nul en milieu urbain très dense), et très faibles émissions de CO2 (liées uniquement à la phase production d’électricité qui sont faibles compte tenu du mix électrique français). Le coût environnemental est ainsi ramené pour le VE à 0,2 c€/km en usage « mixte », 0,4 c€/km en usage urbain dense et à 0,1 c€/km en usage urbain très dense

Conclusion 1 : L’usage en zone urbaine constitue le domaine de pertinence économique des véhicules électriques…Et encore !

Extrait : « En zones urbaines, les consommations des véhicules thermiques sont élevées (mauvais rendement moteur) et les nuisances environnementales associées sont maximales. Le véhicule électrique, dont le rendement du moteur ne dépend que très peu des conditions d’utilisation et dont les externalités sont quasi nulles, y trouve son domaine de pertinence.

Si le VE est pénalisé par le coût d’achat du véhicule, de la batterie et de l’infrastructure de recharge associée, ses faibles coûts d’usage (consommation et entretien) font qu’il est déjà rentable financièrement pour l’usager en zone urbaine dès 2020. Sur le plan socio-économique, sa pertinence est restreinte à cet horizon aux zones urbaines très denses, dans lesquelles la,valeur des nuisances évitées est maximale. Comme les prix d’achat des véhicules thermiques et électriques (hors batterie) convergent à l’horizon 2030, les bilans socio-économiques et TCO s’améliorent au fil du temps pour devenir positifs à la fois en zone dense et très dense en 2030.

Ainsi, en ce qui concerne le bilan socio-économique en zone dense, le VE passe, entre 2020 et 2030, d’un surcoût supérieur à 4 000 € à une situation d’équilibre (gain d’environ 300 €) sur la durée de vie du véhicule. En zone très dense, le gain en 2020 est d’environ 700 € et croît pour dépasser 5 000 € en 2030.es vlles

Les autres technologies (VEHR, VH) présentent à la fois des gains (sur le plan de la consommation d’énergie et des externalités environnementales) et des surcoûts d’achats moindre que le VE. Elles présentent en revanche des surcoûts d’entretien dus à la complexité de la bi-motorisation. Il apparaît qu’elles ne sont rentables socio-économiquement et pour l’usager qu’en zone très dense en 2030 et uniquement en usage intensif

Les résultats sont très sensibles au kilométrage annuel du véhicule, supposé de 13 000 km en usage urbain et 16 000 km en usage mixte. Une hypothèse alternative de 8 500 km conduit à un surcoût pour le VE de plusieurs milliers d’euros. L’intensification de l’usage des véhicules permet d’améliorer les bilans. Ces cas correspondent pleinement aux modèles de type Autolib’ avec une activité d’autopartage en trace directe utilisant des véhicules 100 % électriques. »

Commentaire : Le véhicule électrique n’est même pas compétitif en ville, sauf usage intensif. Si, comme prévu, les villes parviennent à limiter l’usage des voitures individuelles en ville, l’électrique ne se justifiera écologiquement et économiquement que pour les transports en communs et les véhicules partagés, type autolib. Si par exemple, vous n’utilisez votre véhicule que très peu en ville, mais quasi-uniquement pour des déplacements hors de la ville le week-end et périodes de loisir…eh bien, il n’y aucun intérêt ni environnemental, ni économique pour vous à utiliser un véhicule électrique.

Il y a là en fait une curieuse contradiction entre deux politiques environnementales. Si l’on réussit à limiter l’utilisation des véhicules individuels en milieu urbain dense ( et cela se passe assez efficacement dans les grandes villes), eh bien, en fait, il n’ y a pas besoin de véhicules électrique en ville hors transport collectif et auto-partage…Ce n’ est que si la diminution de l’usage du véhicule individuel en milieu urbain dense est un échec que le véhicule électrique se justifie !

Conclusion 2 : Pour un usage mixte (urbain, non urbain), le véhicule thermique demeure plus avantageux. Le véhicule électrique est même moins bon que le diesel !

Extrait : « Dans le cas d’un usage mixte, moyenne pondérée des trafics observés dans tous les milieux traversés, aucune technologie alternative n’est plus rentable que les véhicules thermiques notamment ceux consommant du diesel.

Ainsi par exemple le surcoût socio-économique pour un VE en 2030 est de 7 000 € (et supérieur pour les autres technologies et/ou pour 2020). Ce résultat s’explique par le fait que la technologie électrique voit ses avantages compétitifs s’éroder du fait de vitesses plus élevées (hausse des consommations par rapport au milieu urbain) alors qu’au contraire le rendement du moteur des véhicules thermiques est optimal autour de 80 km/h29, et du moindre coût environnemental dans les zones moins peuplées. Ce phénomène est renforcé par une hypothèse de baisse annuelle de plus de 2 % des consommations des véhicules thermiques. Par ailleurs, pour rendre un service équivalent, le véhicule électrique considéré doit posséder une grosse batterie d’une capacité de 50 kWh correspondant à une autonomie plus importante (200 km). Cela implique davantage d’émissions de polluants et de GES lors de la phase de fabrication. Pour les émissions de CO2, l’avantage du VE reste important, mais il est minoré en raison d’une meilleure consommation des véhicules thermiques et de la phase amont de production de la batterie. Concernant la pollution atmosphérique, les impacts sont valorisés en fonction de la densité de la population exposée et la grande part de trajets interurbains limite aussi l’avantage du VE. Le bilan relatif à la pollution atmosphérique du VE en milieu mixte est même négatif face à un véhicule thermique diesel en raison de la phase amont de production des deux batteries utilisées pendant la durée d’utilisation du VE. »

Commentaire : les conducteurs qui sont passés du diesel à l’essence sur la foi de campagnes culpabilisantes s’en sont bien rendu compte… et sont parfois retournées au diesel qui est plus intéressant économiquement ( même compte-tenu de l’alignement du prix du  diesel sur l‘essence ». Et plus intéressant économiquement et écologiquement que le véhicule électrique !

Conclusion 3 : L’intérêt du véhicule électrique dépend étroitement du contenu en CO2 de l’électricité- évidemment !




Extraits : « Seuil d’indifférence du contenu CO2 de l’électricité en termes de choix entre le véhicule électrique et le véhicule thermique : Dans le cas de la zone dense en 2020, il s’agit de comparer une citadine électrique équipée d’une batterie consommant 18 kWh/100 km à un véhicule essence dont la consommation en milieu urbain dense est en moyenne de 6,84 L/100 km (cf. hypothèses de consommation). On fait l’hypothèse qu’en usage standard le véhicule parcourt 13 000 km/an, soit 208 000 km pendant sa durée de vie qui est de 16 ans. Au total, le véhicule thermique émet pendant sa durée d’utilisation 38,5 t de CO2 (émissions amont et à la combustion). La production de la batterie émet 6 t CO2. Pour qu’un véhicule électrique obtienne un bilan équivalent, le contenu CO2 de l’électricité doit être de 864 gCO2/kWh. Toute valeur en dessous de ce seuil permet donc au VE d’obtenir un bilan meilleur que le véhicule thermique. Ce seuil évolue à la baisse du fait de l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules thermiques…

À titre d’exemple, d’après l’Agence internationale pour l’énergie (AIE), le contenu CO2 moyen en France de l’électricité en 2013 est de 64 g de CO2 /kWh alors qu’il est de 486 g en Allemagne.

En 2020, le seuil avec batterie serait de 249 gCO2/kWh en zone mixte là où le véhicule diesel est le plus performant. En usage mixte, le VE serait moins performant que le véhicule thermique en matière de CO2, en Allemagne (330 g), au Royaume-Uni (270 g), en Italie (290 g) ou en Pologne (560 g). L’émission moyenne de 250 g en 2020 de l’UE28 correspond au seuil d’indifférence pour le milieu mixte… En 2030, en usage mixte, le VE ne serait toujours pas performant dans des pays comme l’Allemagne (240 g), l’Italie (230 g) ou la Pologne (400 g)….

Commentaire : ben , l’industrie allemande va avoir du mal à prendre le virage de la voiture électrique sur son marché domestique ! 







jeudi 19 septembre 2019

Urgence nucléaire et climatique, alerte ! : l’énergie nucléaire exclue de la taxonomie verte


La taxonomie verte européenne, qu’es acco ?

La Commission européenne travaille sur une taxonomie verte, c’est-à-dire une sorte de labellisation destinée à guider les investissements financiers vers les secteurs et les activités les plus appropriés pour atteindre les objectifs climatiques de l’Europe, la transition vers un économie bas-carbone et un modèle de développement durable. Les objectifs sont les suivants : lutte contre le changement climatique, adaptation au changement climatique, utilisation durable et la protection de l’eau et des ressources marines, transition vers une économie circulaire, prévention des déchets et le recyclage, lutte contre la pollution (prévention et contrôle), protection d’écosystèmes sains.

Elle doit de plus ne pas créer d’impact négatifs significatifs sur les autres objectifs (en anglais, critère DNSH, Do No Significant Harm), se conformer à des standards Sociaux minimum ( ??? compte-tenu des réalisations de l’Europe Sociale, c’est assez inquétant !)  et se conformer à des critères de sélection technique (Encore heureux !)

A quoi servira-t-elle ? Cette taxonomie n’a, selon ses promoteurs, qu’un caractère indicatif et non contraignant, « elle n’est pas un standard, ni une liste obligatoire d’activités dans laquelle investir ». Ben alors à quoi sert-elle ? En fait on peut s’attendre à ce qu’elle ait un impact sur la définition de la finance durable et les subventions européennes.

Première remarque : la lutte contre le changement climatique n’est qu’un des critères. Or, comme l’a fait remarquer Brice Lalonde à propos de la PPE (programmation pluriannuelle française de l’énergie), trop de priorités signifie pas de priorités !

Deuxième remarque : Je cite « la taxonomie inclura des activités de secteurs ayant un impact négatif sur l’environnement dans la mesure où celles-ci réduisent substantiellement leurs impacts négatifs. Le but de la taxonomie étant de favoriser la transition vers des modes de fonctionnement plus verts, et non pas uniquement des activités déjà reconnues comme vertes, cela fait sens d’y inclure des secteurs qui doivent améliorer leurs pratiques. »

Traduction (et ce sera la quatrième fois cette semaine sur le thème nos cersamis allemands commencent à nous casser les bonbons) : la taxonomie verte pourra être utilisée pour gaver de subventions les charbonniers allemands qui fermeront leurs centrales, mais par pour les investissements dans le nucléaire français (grand carénage et nouveau nucléaire) !

Alerte l’énergie nucléaire exclue de la taxonomie verte !

Mea maxima culpa, je suis un peu en retard sur ce blog ! Après le vote des députés européens en mars dernier 2019 excluant le nucléaire de la taxonomie verte. Il existe une consultation européenne ouverte ( en anglais) sur la taxonomie verte où chacun peut donner son avis ; enfin pouvait jusqu’au Lundi 16 septembre, mais peut-être le délai a-t-il encore été étendu : site


N.B.  l’ association les Voix du Nucléaire, qui fait un travail magnifique, a fourni un argumentaire en anglais permettant de répondre à cette consultation : les contacter sur :

On peut trouver les références utiles sur les thread de Tristan Kamin ( parfait, comme d’hab) : https://twitter.com/TristanKamin/status/1173521368937312256

La suite est constituée d’extraits  retraduits en français de l’argumentaire  des Voix du Nucléaire !

Le contexte : 

« Nous avons débuté notre action publique il y a quelques semaines par une lettre ouverte aux députés européens après leur vote en mars dernier excluant le nucléaire de la taxonomie verte. Nous devons maintenant les convaincre de reconsidérer cette décision. Elle est très fortement contre‐productive alors que la lutte contre le dérèglement climatique devrait être la priorité. Si la décision européenne entrait en vigueur, la France serait pénalisée de surcroît au vu de ce que représente le nucléaire pour son économie, sa balance commerciale, son développement territorial, ses emplois et son indépendance énergétique. »

« Le groupe d'experts techniques de la Commission européenne (TEG) a envisagé l'inclusion de l'énergie nucléaire dans la taxonomie du financement durable de l'UE en tant qu'activité et investissement durables. Le rapport technique du TEG publié en juin 2019 proposait de ne pas utiliser l'énergie nucléaire dans la première version de la taxonomie, en attendant une évaluation plus approfondie. Le TEG recommande que des travaux techniques plus approfondis soient entrepris sur les aspects de l'énergie nucléaire ( Nb en particulier  DNSH – Do No Significant Harm -Ne pas causer de dommages importants]

Argumentaire :

Pourquoi le nucléaire ne devrait pas être exclu sur la base du DNSM :

 Toutes les activités nucléaires commerciales dans l'UE (y compris la gestion du combustible usé) sont déjà régies par la législation, les réglementations et les procédures de l'UE et des États membres selon la norme «Ne pas nuire» (DNSH).
En revanche, le consensus scientifique mondial conclut que le maintien et l’expansion de l’énergie nucléaire sont nécessaires pour atteindre des objectifs de durabilité, tels que l’atténuation des effets du changement climatique.

Arguments généraux en faveur du nucléaire :

Le nucléaire fournit une électricité de base faible en carbone, solide et abordable, capable de supporter un bouquet d'électricité décarbonisé parallèlement à une expansion des énergies renouvelables telles que le solaire et l’éolien dans l'Union européenne
L'énergie nucléaire a également l'une des contributions les plus faibles à la génération de carbone tout au long de son cycle de vie -encore moins que l'énergie solaire et éolienne par kWh (voir le rapport du GIEC, «Changement climatique 2014: atténuation du changement climatique»).
Exclure le nucléaire de l’accès à un financement durable risque de compromettre les scénarios d’atténuation du changement climatique et les feuilles de route identifiées comme réalisables et nécessaires par certaines des institutions et organisations internationales les plus crédibles et les plus autorisées, notamment le GIEC (2018), l’AIE (2019) et la Commission européenne (2018). Tous concluent que l’énergie nucléaire devrait continuer à jouer un rôle important dans un effort d’atténuation du changement climatique rentable, opportun et efficace.

L'exclusion de l'énergie nucléaire de la taxonomie risque de rendre encore plus difficile l'atténuation du changement climatique en réduisant les possibilités de financement offertes aux projets nucléaires et en augmentant inutilement le coût du capital des projets d'énergie nucléaire.

En mai 2019, l'Agence internationale de l'énergie a souligné le rôle important que jouent à la fois le nucléaire existant et le nouveau nucléaire au niveau mondial,  dans la future transition vers une énergie propre. Au Royaume-Uni, National Grid a publié ses scénarios énergétiques futurs en juillet 2019, y compris un «chemin zéro» avec une capacité nucléaire de 18,6 GW en 2050. L'avis du Comité sur les changements climatiques (CCC) au gouvernement britannique - qui a conduit à l'adoption du « Royaume-Uni objectif zéro » pour 2050 - a joué un rôle crucial en identifiant le besoin d'une production supplémentaire d'énergie de 30GW-60GW d'ici 2050 dans le scénario zéro net de la CCC.

Bien que le rapport sur la taxonomie tienne compte de la contribution de l’énergie nucléaire à la lutte contre les changements climatiques, le nucléaire n’est pas inclus dans la liste actuelle des activités durables et aucun cadre d’évaluation de l’inclusion nucléaire n’a été fourni. L'inclusion de l'énergie nucléaire en tant que source de la production durable à faibles émissions de carbone et durable d'août 2019 devrait être réexaminée lors de la prochaine phase de l'examen de la taxonomie de l'UE avec la participation d'experts du cycle de vie complet de l'énergie nucléaire.

La prise en compte de toutes les formes de production d'électricité à faible émission de carbone devrait être la même (neutralité technologique). Le rapport technique du TEG ne prend pas en compte les qualités relatives des différentes options de production d’électricité à faible émission de carbone.
En particulier, le traitement de la production nucléaire dans le rapport technique du TEG diffère de celui des autres technologies en ce qui concerne les rejets et la gestion des déchets. Toutes les formes de production d’électricité à faible émission de carbone engendrent des déchets et impliquent un élément qui ne peut être considéré comme «écologiquement durable». Le cycle de vie complet de la production d'électricité doit être pris en compte et comparé de manière équitable pour toutes les technologies. Selon les statistiques de l'OCDE, le nucléaire est le moyen le plus sûr de produire de l'électricité. À titre de comparaison, les activités polluantes - telles que la fabrication de l'acier et du béton - sont incluses dans le projet de taxonomie, à condition qu'elles fonctionnent à des niveaux "inégalés". Ces activités ont été incluses en reconnaissance de leur importance cruciale pour atteindre le zéro net et de la volonté d'améliorer leurs performances environnementales tout en contribuant à l'atténuation du changement climatique. Compte tenu de son rôle crucial et reconnu dans la transition climatique, le nucléaire devrait être inclus dans la taxonomie, à condition qu'il respecte les normes réglementaires les plus performantes

Les exigences en matière de réglementation et de gouvernance applicables au secteur nucléaire sont soumises à des normes extrêmement strictes au niveau mondial, pour tous les aspects du cycle de vie du nucléaire, y compris la gestion des déchets, la sûreté et le déclassement. Toutes les activités nucléaires commerciales dans l'UE (y compris la gestion du combustible usé et l'élimination définitive) sont déjà régies par les normes DNSH (Do Not Significant Harm) conformément aux lois, règlements et procédures de l'UE et des États membres.

Besoin d'un processus / système de classification crédible :

Toutes les formes de production à faible émission de carbone seront nécessaires à la transition énergétique propre et devraient donc faire l'objet d'une égalité de traitement dans le cadre de la procédure «ne causer aucun dommage significatif» (DNSH), et être inclus dans la taxonomie. Il est à noter, par exemple, que les panneaux solaires photovoltaïques et l’énergie éolienne ne sont pas tenus de procéder à une évaluation des émissions sur leur cycle de vie, malgré le seuil d’émission en baisse proposé par l’Union européenne. Il est également à noter qu’il n’existe aucune métrique de déchets dans le critère «Economie circulaire» auquel le photovoltaïque solaire doit se conformer, alors qu’il existe une métrique pour l’énergie éolienne.
En revanche, le nucléaire est censé être exclu sur la base des déchets, ceci en dépit du fait que la sécurité nucléaire et radiologique, à travers tous les éléments du cycle de combustible de l'uranium (y compris les déchets et le déclassement), est l'un des secteurs les plus réglementés de l'UE. La réglementation de l'UE en matière de gestion des déchets énonce des exigences claires, que l'on pourrait qualifier de référence ou comme la meilleure norme appropriée (comme cela a été fait pour d'autres activités, telles que la fabrication de l'aluminium et du ciment).

Dans le contexte de la recherche du « zéro net », l’exclusion de la taxonomie une forme de production à faible charge de carbone reconnue et viable sur le plan commercial, ainsi que l'exclusion de facto de la capture du carbone par la combustion du gaz naturel (dont la durée de vie est très peu probable) émissions inférieures au seuil de 100gCO2e) nuit à la crédibilité de la taxonomie

D'autres parties du mécanisme financier de l'UE reconnaissent la nécessité du nucléaire pour atteindre le zéro net: à la fin du mois de juillet, la BEI a publié un projet de politique de prêt à l'énergie énonçant comment la BEI peut aider l'UE à faire face au changement climatique et à la suppression rapide des prêts aux énergies fossiles. Dans ce contexte, la BEI a déclaré que: « L’émission zero net  passera par un portefeuille diversifié de technologies, y compris les énergies renouvelables, mais aussi le nucléaire, le captage et le stockage du carbone, la conversion de l’énergie excédentaire en un autre vecteur d’énergie, ainsi que la bioénergie, le stockage et les technologies numériques. Dans ce document, la BEI indique en outre qu’en plus de la production d’énergie nucléaire, le cycle complet du combustible nucléaire, le déclassement et la gestion des déchets sont éligibles en tant que projets répondant aux critères de la banque.

En outre, la Commission européenne est tenue de faciliter les investissements dans le développement de l'énergie nucléaire conformément à l'article 2 du traité Euratom. Il est essentiel que toutes les régions de l'UE soient alignées sur la voie la plus sûre pour atteindre le zéro net. Cela nuira davantage à la crédibilité de la taxonomie au sein de la communauté financière si certains organismes reconnaissent le caractère écologique du nucléaire, et d’autres pas !

En créant un ensemble d'exigences différent pour une activité par rapport aux autres, le TEG compromet sa propre intégrité et sa crédibilité en tant que groupe d'experts techniques. En exigeant des preuves empiriques à long terme pour les dépôts de déchets nucléaires, bien qu'aucune autre preuve ne soit demandée à aucun autre secteur ou industrie, le TEG risque de compromettre la prétendue neutralité technologique de la taxonomie. De fortes incohérences dans l'application, en août 2019, du principe de l'égalité de traitement de l'UE par rapport au critère du non-préjudice significatif (DNSH) risquent de saper la confiance des financiers dans le fait que  la définition d'une activité durable a été élaborée avec rigueur, robustesse et de manière objective. Cette inégalité de traitement et l'exclusion actuelle du nucléaire (en dépit de son rôle critique dans l'atteinte des émissions zéro net) pourraient nuire à la réputation et à la crédibilité de la taxonomie et du TEG, ce qui pourrait limiter l'adoption de la taxonomie et de l'obligation verte de l'UE par la communauté financière au sens large.

L'initiative de l'UE en matière de financement durable est un développement important qui pourrait contribuer à augmenter de manière significative le volume de capitaux financiers consacrés aux activités durables. Cependant, pour que cet avantage se concrétise, il est important que la communauté financière adopte largement la taxonomie de l'UE et la norme européenne sur les obligations vertes, ce qui oblige les financiers à avoir l'assurance que la définition d'une activité durable est élaborée avec rigueur et de manière objective. Dans le contexte de la production d'électricité à faible émission de carbone, cela nécessite une approche neutre sur le plan technologique et une application cohérente des critères de DNSH dans l'ensemble des technologies à faible émission de carbone. Cependant, il existe des incohérences évidentes dans l'application du principe d'égalité de traitement de l'UE par rapport aux critères de DNSH. Ce traitement inégal de toutes les activités économiques et l'exclusion actuelle du nucléaire (en dépit de son rôle critique dans la réalisation des émissions zero net ) portent atteinte à la réputation et à la crédibilité de la taxonomie et du TEG, ce qui peut limiter l'adoption de la Taxonomie et norme européenne sur les obligations vertes de la communauté financière.

La taxonomie définit des critères durables pour de multiples activités dans différents secteurs (fabrication, agriculture, transports) en fonction de l'intensité en carbone de l'électricité consommée dans le cadre de leurs activités. Cette approche est incompatible avec l’approche appliquée à la définition des activités durables dans le secteur de la production d’électricité, où le nucléaire est exclu bien qu’il soit définitivement (et reconnu par le projet de taxonomie) à faible intensité de carbone.

Impact potentiel sur les technologies à base d’hydrogène et électrointensives.

 Le rapport du TEG indique (pages 50, 186 et 205 à 208) que de futurs projets de décarbonisation impliquant (i) l’utilisation d’hydrogène ou (ii) la fabrication d’hydrogène, ne sera considéré comme "durable" au regard de la taxonomie que si l'hydrogène est produit à partir d'électricité provenant de sources renouvelables.  Par conséquent, certaines industries (telles que la fabrication d’aluminium, de fer et d’acier dans des pays tels que la France) pourraient ne pas être en mesure de financer une partie de leurs efforts de décarbonisation en se référant à la taxonomie compte tenu de leur forte dépendance à l’énergie nucléaire !  
En outre, l'exclusion du nucléaire de la taxonomie risque de saper la confiance dans le fait que l'électrification dans tous les secteurs sera considérée à l'avenir comme durable…

Le rôle crucial que l'électrification joue dans l'atteinte du zéro net signifie qu'il est d'une importance vitale que toute production à faible émission de carbone soit considérée comme durable, et que le nucléaire contribue de manière considérable à la production d'électricité à faible émission de carbone aujourd'hui et à l'avenir.



NB : attention échelle log! : par exemple, le NUCleaire est 10 à 100 fois plus concentré que l'éolien dans l'occupation  du sol



jeudi 12 septembre 2019

Brice Lalonde se paie la PPE (Programmation pluriannuelle de l’Energie)


Tous les écologistes ne se valent pas, et tous ne sont pas adversaires du nucléaire. Brice Lalonde, 73 ans et toujours actif (cf son association Equilibre des Energies) continue à se passionner pour les problèmes écologiques, et singulièrement de la transition énergétique, et à diffuser  une opinion éclairée et souvent assez technique. Bref, un très bon vulgarisateur déjà de ces enjeux parfois complexes et au-delà, une partie prenante un citoyen un peu plus concerné que les autres. Sur le problème de la réglementation thermique des bâtiments et l’action des géants gazers , voir par exemple

Sur son site Equilibre des Energies (https://www.equilibredesenergies.org/), Brice Lalonde se paie assez gentiment mais fermement la PPE (Programmation pluriannuelle de l’Energie), effectivement un chiffon de papier complètement irréaliste et démagogue. Extraits :

7 objectifs, c’est un peu beaucoup ! 

« Je suggère ici de rectifier quelques erreurs de la politique française qui a eu la fâcheuse tendance d’empiler des objectifs qui pour certains ne servent pas la lutte contre le changement climatique. En étudiant les différentes lois et réglementations, on constate que la politique énergétique française poursuit 7 objectifs : la réduction de la consommation d’énergie primaire, la réduction du nucléaire, l’augmentation de l’énergie éolienne, l’augmentation de la part du gaz dans les bâtiments, la réduction de la consommation d’énergie finale, la réduction des émissions et la réduction de la consommation des énergies fossiles.

Or sur ces sept objectifs, seuls les trois derniers concourent à la lutte contre le changement climatique, les quatre autres l’accentuent ! »

Commentaire : Pas mieux pour montrer l‘absurdité du machin.

« L’électricité est le pétrole de demain !

Il ne fait pas de doute aux agences et instituts internationaux de l’énergie, dans leurs scénarios de lutte contre le changement climatique, que l’électricité est le vecteur privilégié de la transition et que sa part devra représenter au tournant du siècle au moins la moitié des usages finaux de l’énergie. Pourquoi ? Parce que les émissions carbonées de l’énergie sont le principal responsable du changement climatique, que l’électricité peut être produite de façon décarbonée, qu’elle est abondante et qu’elle est apte à remplacer efficacement et proprement les hydrocarbures fossiles dans la plupart des besoins énergétiques des transports, des bâtiments et de l’industrie.

Omniprésente dans les pays développés, totalement fongible d’un voltage, d’une fréquence, d’une forme à l’autre, l’électricité accompagne les progrès de l’électronique et de la digitalisation, offrant toujours plus de services pour moins de kilowattheures consommés. »
Reste qu’il faut la produire de façon la plus  décarbonée. possible

« Pourquoi s’attaquer au nucléaire ?

« Grâce à son électricité décarbonée, la France est l’une des nations développées qui émettent le moins de CO2 par habitant. Dans de nombreux pays les défenseurs du climat appellent leurs autorités à suivre l’exemple français, lequel  se caractérise, pour dire crûment les choses, par le recours à l’énergie nucléaire.  Le nucléaire, en dépit de ses imperfections, est donc un allié du climat. Mais son dénigrement incessant a fini par créer une doxa antinucléaire entretenue par le manque de courage des politiques, dont les écologistes eux-mêmes. C’est donc pour satisfaire à une idée reçue, selon laquelle l’écologie condamnerait le nucléaire, que la politique française de l’énergie prescrit d’en réduire la part dans la production électrique. On sait les difficultés de mise en œuvre de cette décision, ce n’est pas ici le lieu d’en parler. Ce qu’il faut retenir c’est que réduire la part du nucléaire n’est pas une priorité climatique.

La contrepartie de la baisse du nucléaire est l’augmentation des énergies renouvelables électriques. Ainsi 150 éoliennes terrestres de 6 MW représentent en théorie la puissance installée d’une centrale nucléaire de 900 MW. Mais il faut que le vent souffle, car le talon d’Achille des renouvelables est l’intermittence. C’est pourquoi RTE raisonne en « puissance garantie » suggérant qu’il faut en réalité plus de 800 éoliennes pour offrir la puissance garantie assurée par une centrale nucléaire, donc plus de 12 000 pour remplacer les quinze réacteurs qu’il est prévu de fermer. En l’absence de vent, si les quinze centrales nucléaires que les éoliennes ont remplacées sont arrêtées, comment produira-t-on de l’électricité ?  Les nucléoclastes proposent des turbines à gaz, censées être plus souples que des centrales nucléaires. Mais installer des turbines à gaz qui émettent du CO2, est-ce lutter contre le dérèglement climatique ? Non bien sûr.

Accroître sans cesse la place des renouvelables est un objectif en soi, ce n’est pas une priorité climatique. »

Commentaire : Non seulement, ce n’est pas une priorité climatique, mais c’est même une priorité anticlimatique !  (Pour les calculs, moi, j’ai plutôt un coefficient de production d'une éolienne (2 MW)  est de 20%, soit une production réelle de 0,4 MW/an (moyenne sur l'année), ce qui donne pour remplacer une centrale telle celle de Fessenheim (puissance nominale 1800 MW et coefficient de production de 90%),  4000 éoliennes donc plus de 60.000 pour les quinze réacteurs que la PPE prévoit de fermer. Vous voyez le problème ? On les met où ? Prace qu’en plus, il faut quand même un peu les espacer.

« Les énergies renouvelables ne sont pas la panacée climatique

C’est en réalité une autre idée reçue que les énergies renouvelables sont bonnes de toute façon et qu’en augmenter la part est toujours bénéfique. D’où une surenchère européenne pour en installer davantage. Mais les énergies renouvelables qui, en France, combattent le changement climatique sont celles qui réduisent la part des combustibles fossiles en produisant de la chaleur : le solaire thermique, la géothermie, le bois, la biomasse, les déchets combustibles, le gaz vert, et, bien sûr, les pompes à chaleur. Les renouvelables électriques, qui sont toujours citées, combattent d’abord l’électricité nucléaire, déjà décarbonée. Dans les pays où l’électricité est produite à partir du charbon, les renouvelables électriques réduisent certes le recours au charbon, mais leur intermittence réclame le maintien de moyens fossiles importants. Ainsi depuis dix ans l’Allemagne n’a quasiment pas réduit ses émissions de gaz à effet de serre. Bref, davantage de renouvelables ne veut pas systématiquement dire moins de CO2. »

« Trop d’objectifs introduisent la confusion et finissent par se contrecarrer.

Combattre le dérèglement climatique, c’est réduire les émissions de CO2 du charbon, du pétrole et du gaz naturel. C’est donc réduire la part des combustibles fossiles, ce qui a l’avantage de diminuer la dépense nationale consentie pour les importer, autant que les pollutions provoquées par leur combustion. Combattre le changement climatique, c’est donc accroître la part de l’électricité jusqu’à représenter 50% des usages finaux en 2050.
Tous les objectifs de la politique de l’énergie doivent être mis au service de l’objectif principal, la lutte contre le changement climatique. Sinon, nous serons les citoyens navrés d’un pays qui s’attarde à vouloir diminuer la consommation d’énergie primaire, augmenter la part du gaz, réduire celle du nucléaire, multiplier le nombre d’éoliennes, mais qui refuse de s’attaquer de front au changement climatique. »

« Pourtant l’industrie nucléaire, émettant très peu de CO2, est une alliée du climat, elle est nationale, et il n’y a pas d’autre moyen de valoriser l’uranium. Pourtant l’électricité est reconnue comme le vecteur de la double transition énergétique et numérique, permettant d’associer véhicules, logements et réseaux. »


Merci M. Lalonde, vous apportez la preuve, avec bien d’autres,  qu’un écologiste sincère et scientifiquement informé, donnant la priorité au combat contre le dérèglement climatique ne peut qu’être un partisan de l’énergie nucléaire.


mercredi 27 mars 2019

Chers amis allemands ou comment ils veulent nous refiler la note de leur transition écologique ratée.


La taxe carbone, le retour ?

Les Gilets Jaunes, après les violences de ces black blocs que la police ne connait pas, sont un peu en baisse dans l’opinion ? Et voilà que repart l’idée de la taxe carbone.

C’est à ça qu’on reconnait le pouvoir macronien : il ne renonce jamais ; donc, amis gilets jaunes, restez mobilisés !

Donc : Après des membres de son ministère, c'est au tour du ministre de la Transition écologique et du délégué général de LREM de défendre une renaissance de cette taxe sur les carburants, pourtant à l'origine de la colère des «gilets jaunes».

Deux mois après l'abrogation de la taxe carbone par le Premier ministre, cet impôt à l'origine de la mobilisation des «gilets jaunes» pourrait faire son grand retour. «C'est sur la table, c'est le moment ou jamais d'en débattre», affirme ainsi le ministre de la Transition écologique ce matin sur Europe 1. François de Rugy a défendu un dispositif qui a «un vrai impact. En 2018 la consommation de carburant a baissé, c'est une première. Cela signifie que c'est possible de diminuer notre consommation en énergies fossiles», a estimé le ministre. À ses yeux, «on peut reprendre cette trajectoire» à condition que l'argent de cet impôt - deux milliards d'euros - «soit à 100% pour la transition écologique». La veille, Brune Poirson, secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire déclarait que cet outil est «efficace» et qu'il «a un vrai impact».
Ben voyons.

En réponse, et pour apporter un autre éclairage,  un très excellent (encore un !)article de Tristan Kamin sur Atlantico intitulé :

Pourquoi les tentations de revenir à la taxe carbone révèlent une fascination mortifère de la France pour le contre-exemple énergétique allemand.

(https://www.atlantico.fr/decryptage/3565967/pourquoi-les-tentations-de-revenir-a-la-taxe-carbone-revelent-une-fascination-mortifere-de-la-france-pour-le-contre-exemple-energetique-allemand-tristan-kamin)

Atlantico : Dans le cadre de l'objectif de réduction des émissions de CO2, 86 députés ont fait paraître une tribune dans Le Figaro exigeant le retour d'une taxe carbone plus transparente. Pourtant, selon un article publié par Forbes, la politique énergétique française conduirait à une hausse des prix de l'électricité qui éloignerait les consommateurs d'une énergie décarbonée, et conduirait ainsi à de mauvais résultats en termes d'émissions de Co2. Cet argument est-il recevable ? 

Tristan Kamin : On a tendance à mal faire la séparation entre « énergie » et « électricité ». Dans certains – nombreux – pays, où le couplage est très fort entre les énergies fossiles et l’électricité, l’amalgame entre les deux n’est guère dérangeant. En France, au contraire, le lien entre les deux est beaucoup plus ténu, la faute (ou grâce) au nucléaire. À titre d’exemple : une taxe carbone de 30 € par tonne de CO2 (le niveau actuellement appliqué aux carburants) appliquée à l’électricité et ses 20 millions de tonnes de CO2 en 2018 représenterait 600 millions d’euros à prélever sur une consommation de 475 milliards de kilowattheures : cela représente 0,13 centimes par kilowattheure, soit moins de 1% du prix actuellement facturé. Ainsi, cette taxe carbone qui a été massivement rejetée par la population lorsqu’appliquée aux carburants est quasiment insignifiante lorsqu’appliquée à l’électricité. Donc non, en France, en théorie, une taxe carbone ne conduit pas à une hausse notable des prix de l’électricité, parce que celle-ci est bas-carbone.

En quoi la taxe carbone pourrait-elle être contre-productive en ce sens ?
Dans mon raisonnement précédent, je considère une taxe dont le montant est lié aux émissions de gaz à effet de serre. En revanche, si l’on taxe l’électricité au nom « du climat » ou « de la transition écologique », mais avec des montants plus ou moins arbitraires et, surtout, sans lien avec les émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique, alors le terme de « taxe carbone » est une usurpation. Alors, en effet, cela peut dissuader le recours à l’électricité bas‑carbone et, au contraire, favoriser l’usage d’énergies fossiles.

Quelle serait la trajectoire politique la plus appropriée dans un objectif de réduction des émissions ? ? 

Je pense qu’il faut raisonner secteur par secteur, et non pas chercher une solution globale qui agirait positivement sur tous. Par exemple, le secteur électrique n’a plus qu’une faible marge de progrès sur ses émissions de gaz à effet de serre, et devrait être passé à l’arrière-plan : il faut simplement s’assurer de continuer à aller dans le bon sens et à long terme, sans se focaliser plus que nécessaire dessus. Le secteur du résidentiel et tertiaire (essentiellement le chauffage des logements, bureaux, commerces, bâtiments publics…) a, lui, une forte marge de progression que je pense facile à faire bouger : remplacement rapide du chauffage au fioul, limitation, voire réduction, du chauffage au gaz naturel, rénovation thermique...

Dans le secteur des transports, en revanche, si la marge de progression est évidemment énorme, réduire les émissions ne s’annonce pas simple. En particulier, il semble nécessaire de développer des alternatives avant de parler de taxer. Car auprès des usagers qui n’ont pas ou peu de marges de manœuvre, une taxe carbone est ressentie non pas comme une mesure incitative mais comme une sanction. On pourrait de la sorte prolonger la réflexion au secteur de l’agriculture, de l’industrie, etc., chacun ayant ses spécificités.

Dans son article, Forbes évoque une pression de l'Allemagne sur la France pour aller en ce sens. Quelle est la réalité de cette pression ? 

Si je ne peux me prononcer sur sa réalité, les motivations sont en tout cas assez transparentes, au-delà de l’aversion idéologique des allemands pour le nucléaire.

Aujourd’hui, l’Allemagne a deux parcs électriques. Son parc de moyens de production pilotable (environ 100 GW) sur lequel elle repose pour s’assurer un approvisionnement en électricité à tout moment, y compris en l’absence de vent et de soleil. Et son parc éolien et solaire (environ 100 GW aussi), dont la production n’est pas pilotable, on la dit « fatale ». Par définition, son parc « pilotable » suffirait à alimenter le pays, et d’un point de vue énergétique et économique, son parc « fatal » la met en situation d’énorme surcapacité. Qui dit surcapacité dit prix de marché bas, et notamment à chaque fois que le vent abonde.

Dans de telles conditions, les charbonniers et gaziers peinent à être rentables, et le solaire et l’éolien le sont grâce à des subventions qui pèsent lourd sur la facture des consommateurs. Or, le parc nucléaire français, composé de réacteurs nucléaires qui produisent, peu importe la météo, une électricité peu coûteuse (compte tenu du fait que le coût d’investissement du parc historique est aujourd’hui amorti), contribue considérablement à tirer vers le bas les prix du marché ouest-européen. On comprend donc l’intérêt de l’Allemagne à inciter la France à réduire la voilure nucléaire.

En plus de cela, la politique allemande semble déterminée faire du pays la plaque tournante du gaz en Europe de l’Ouest, avec notamment au programme un terminal méthanier pour importer du gaz naturel liquéfié depuis l’outre-Atlantique, et un gazoduc (Nord Stream 2) pour importer de Russie. Or, en l’état actuel des technologies, une réduction de la production nucléaire en France serait vraisemblablement compensée, au moins partiellement, par une hausse de la consommation de gaz. Ceci étant dit, le bénéfice potentiel pour l’économie allemande apparaît flagrant.

En résumé, les Allemands insistent fortement pour nous faire réduire la part du nucléaire, parce que cela leur permettrait de pas vendre à prix faible, voire négatif leur énergie excédentaire ( eh oui , lorsque les éoliennes tournent à donf, il faut parfois payer l’Espagne ou l’Angleterre pour qu’elles prennent l’électricité allemande, cf. blog précédent ; par contre, il faut quand même garder un volume équivalent de production pilotable- et en Allemagne, hautement carboné et polluan,t pour quand elles tournent pas…) ; et pour nous faire remplacer notre nucléaire décarboné par un gaz qu’ils se feront joie et grand profit de nous revendre…tant pis pour le climat.

Quelques données sur le « gross » ratage de la transition énergétique allemande. (energiewende)

L’energiewende est :

Mauvaise pour le climat : L'Allemagne est un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde : en 2017, ses émissions de CO2 liées à l'énergie, estimées à 764 Mt, en font le no 1 de l'Union Européenne, loin devant la Grande-Bretagne qui est no 2 avec 398 Mt et la France, no 4 (après l'Italie) avec 320 Mt. Par habitant, c’est encore pire : 8,88 tonnes par habitant, plus du double de la moyenne mondiale, contre 4,37 tonnes en France. Selon les estimations d'octobre 2017 du ministère de l'Environnement, l'Allemagne ne pourra pas atteindre ses objectifs de réduction d'émissions de CO2 de 40 % entre 1990 et 2020.

Mauvaise pour l’économie : En 2017, selon l'Agence internationale de l'énergie, le prix moyen de l'électricité pour les ménages atteignait en Allemagne 343,59 $/MWh contre 188,53 $/MWh en France, 129,00 $/MWh aux États-Unis, 202,41 $/MWh au Royaume-Uni.

Mauvaise pour l’environnement et la santé : L'Allemagne est le premier producteur mondial de lignite, utilisé pour produire 23,1 % de son électricité. Un signe flagrant de la persistance de cette culture charbonnière est que dans les statistiques allemandes l'unité « TEP » (tonne équivalent pétrole) n'est que rarement utilisée : les Allemands lui préfèrent la TEC (tonne équivalent charbon, en allemand : SKE, Steinkohleeinheit).
Conséquence de cette addiction au charbon : un rapport publié en juin 2016 par WWF et trois autres ONG avec le soutien de l'Union européenne évalue à 4 350 décès prématurés l’impact des centrales à charbon allemandes, dont 2 500 décès dans les pays voisins –dont la France. Sans compter la morbidité, notamment asthme et maladies respiratoires.

Mauvaise pour les paysages et la démocratie : Le développement de l’éolien se faisant principalement dans le nord du pays et plus particulièrement dans la mer du Nord et l’électricité étant consommée principalement dans les Länder du sud, la transition doit s’accompagner d’un fort développement des lignes de transport à haute tension. Mais ce développement se heurte à l’opposition des riverains. Dans une étude remise fin mai 2012 à la Chancelière, les quatre gestionnaires de réseaux de transport estiment à 3 800 km la longueur des lignes haute tension à construire et à 4 000 km celle des lignes à moderniser, pour un montant de 20 Md € auxquelles il faut ajouter 12 Md € pour le raccordement de l’éolien marin. Soit un total de 32 Md € à investir pour atteindre l’objectif 2022. Or depuis 2005, seuls 200 km de lignes haute tension ont pu être construites. C'est pourquoi une loi est en discussion pour faciliter les autorisations de construction des lignes haute tension…

Et c’est ce ratage que veut nous faire payer l’Allemagne, en faisant le forcing pour faire diminuer notre production nucléaire électrique, décarbonée et économique…un immense avantage compétitif qu’ils ne supportent pas .

Tiens : mise à jour de 7 avril 2019 : Le Parlement européen s’est exprimé sur une proposition de classification des actifs durables, et a choisi d’empêcher l’énergie nucléaire d’obtenir le sceau d’approbation écologique des marchés financiers.  Chers amis allemands et écolos, merci.....



cf aussi https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/02/transition-energetique-ppe-la.html