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dimanche 20 septembre 2020

Allemagne :une hirondelle pro-nucléaire fait-elle le printemps ?

Allemagne :une hirondelle pro-nucléaire fait-elle le printemps ?

Pas sûr, mais c’est toujours bon à prendre !

Rainer Moormann et Anna Veronika Wendland, deux Verts historiques auteurs d’une trinube pro-nucléaire.

Deux militants écologistes Allemands dont un anti-nucléaire historique (Dr. Rainer Moormann) ont plaidé dans une tribune du Zeit pour une sortie du charbon et du gaz avant que ne soient fermées les six centrales restantes…et même éventuellement, selon l’état des techniques de stockage pour la construction de nouveau nucléaire !

Rainer Moormann, physicien, né en 1950, s’est notamment fait connaitre dans les années 2008 par une campagne bien argumentée sur les dangers des « réacteurs à lit de galets ». Il s’agissait de réacteurs nucléaires haute température, avec par exemple le thorium high-temperature nuclear reactor (THTR-300) construit en 1983 à Hamm-Uentrop (Allemagne) et définitivement arrêté en 1989. Pour modérer la réaction en chaîne, il utilise du graphite pyrolitique, ce qui, comme l’as souligné Rainer Moormann, en raison du caractère inflammable du graphite, présentait des dangers non négligeables d’incendie. De plus, comme le combustible est contenu dans du graphite, le volume des déchets nucléaires est plus important.

 Une mauvaise filière dont Moormann a obtenu l’arrêt. Pour cela, il a reçu le prix des lanceurs d’alerte de de la Fédération des scientifiques allemands.

 Anna Veronika Wendland (née en 1966) est une historienne de la technologie allemande et de l'Europe de l'Est. Après avoir participé dans sa jeunesse au mouvement antinucléaire allemand (mais surtout en lutte contre le nucléaire militaire), elle est devenue une avocate de l'énergie nucléaire civile et est maintenant l'une des figures les plus en vue du mouvement pro-nucléaire allemand, impliquée dans les associations Nuklearia et Ökomoderne (Nuklearia est issu du Parti Pirate allemand, dont une partie des membres a affirmé son soutien au nucléaire civil). Le mieux est qu’après avoir longtemps polémiqué entre eux, Moormann et Wendland se sont mis d’accord pour publier l’article du Zeit , qui a fait un certain bruit.

 L’article du Zeit : Arrêtez l'élimination du nucléaire ! (Stoppt den Atomausstieg! )

 https://www.zeit.de/2020/30/deutsche-klimastrategie-atomausstieg-co2-emissionen-bundesregierung

L’article est assez long. Par ailleurs, il est basé sur mémorandum des deux écologistes historiques encore plus documenté

 Extraits : critique de l’energiewende :

 « Il n'est pas exagéré de parler d'une urgence climatique. Le réchauffement climatique affecte également nos latitudes tempérées, auparavant favorisées par les conditions climatiques. Il est donc indispensable de passer de la production d'électricité à partir de combustibles fossiles à une production d'électricité neutre en CO₂ le plus rapidement possible. Après la décision d'élimination du nucléaire en 2011, l'Allemagne s'est donc concentrée sur l'expansion des énergies renouvelables, en particulier les centrales éoliennes et solaires.

 Néanmoins, notre pays manque toujours ses objectifs d'économie de CO₂. En 2020, seule la crise de la Covid19 , qui a provoqué l'effondrement des émissions de CO₂, a sauvé la République fédérale, qui aime à se considérer comme un pionnier de la protection du climat, de l'embarras. Et cela ne semble pas mieux pour les prochaines années: l' élimination du nucléaire réduira à zéro la production d'énergie nucléaire à faible émission de CO₂ d'ici 2023. Les énergies renouvelables ont été considérablement développées, mais sans stockage, elles ne peuvent pas remplacer les centrales nucléaires car elles s'alimentent en fonction de la météo et de l'heure de la journée. Contrairement aux centrales nucléaires, l'énergie éolienne et solaire ne fournit pas de «performances sûres (pilotables)», comme on l'appelle en termes techniques. Au lieu de cela, les centrales électriques au charbon et au gaz, nuisibles au climat, comblent le vide. »

 Une attitude logique : sortir du fossile avant de sortir du nucléaire, garder le nucléaire pour assurer la sécurité énergétique

 « Il est donc temps de changer de cap en matière de politique énergétique. Les six centrales nucléaires allemandes restantes devraient rester sur le réseau pendant une période limitée. Ces systèmes sont parmi les plus matures techniquement de leur génération dans le monde. Les licences d'exploitation expireront à la fin de 2021 et à la fin de 2022. Un arrêt serait irréversible. Ce serait l'approvisionnement énergétique nettement plus respectueux du climat que le charbon. Les six dernières centrales nucléaires allemandes, avec leur puissance nominale brute totale d'environ 8 500 mégawatts, génèrent autant d'électricité que l'ensemble du parc de centrales au lignite en Rhénanie du Nord-Westphalie. Cela n'a aucun sens de maintenir en fonctionnement les centrales électriques au lignite particulièrement dommageables pour le climat et de fermer les centrales nucléaires. Ce serait l'inverse: revenir sur la fermeture du nucléaire pour le moment réduirait considérablement les émissions totales de CO₂ allemandes…

 Jusqu'à présent, la stratégie climatique allemande dans le secteur de l'énergie s'est articulée autour de trois axes: une élimination rapide de l'énergie nucléaire, une expansion des énergies renouvelables et une lente élimination des combustibles fossiles. Toutes les centrales électriques au lignite et au charbon en Allemagne ne seraient pas être fermées avant 2038. La meilleure solution serait  une lente élimination du nucléaire, une expansion des énergies renouvelables et une élimination rapide des fossiles. Outre la protection du climat, il y a une autre raison importante à cela: la sécurité énergétique du pays.

Si le vent et le soleil ne délivrent que partiellement ou pas du tout d’électricité, souvent pendant des jours, le stockage à court terme par batterie ne suffit pas. Il n'y a alors que deux remèdes: le stockage d'électricité à long terme ou un réseau de sécurité des centrales conventionnelles. »

Sans stockage de l’électricité à long terme, il n’y a comme solution que le gaz qui n’est pas climatiquement acceptable et implique une trop forte dépendance vis-à-vis de la Russie

 « Les systèmes de stockage d'électricité à long terme n'ont jusqu'à présent existé que sous forme de petits systèmes pilotes. La méthode préférée consiste à générer de l'hydrogène avec de l'électricité verte et à la convertir à son tour en méthane gazeux («power-to-gas»). Il faudrait construire une énorme infrastructure de parcs éoliens, d'électrolyseurs et d'usines de biogaz comme source de carbone pour la méthanisation. Cela reste très coûteux, c'est pourquoi aucun investisseur ne veut l'aborder sans l'aide du gouvernement.

 Mais selon les normes industrielles, les 18 ans avant la fermeture de la dernière centrale au charbon ne sont pas très longs. Nous craignons que d'ici là, il n'y ait  pas de systèmes de stockage d'électricité à une échelle suffisante.

 On ne peut compter sur les systèmes de stockage d'électricité qui arriveront trop tard . Tout se résume donc actuellement à la création d'un parc de centrales à gaz comme filet de sécurité pour les énergies renouvelables. Personne ne le dit ouvertement, mais c'est dans les recommandations de la Commission Charbon et dans les études de faisabilité de la transition énergétique. C'est ce qu'il ressort des lois et des propositions législatives sur la production combinée de chaleur et d'électricité et le renforcement structurel. C'est l'une des raisons pour lesquelles Angela Merkel défend avec tant de ténacité le gazoduc Nord Stream, à travers lequel le gaz circule directement de la Russie vers l'Allemagne. En juin 2019, le co-auteur de cet article était assis dans la salle du Dialogue de Pétersbourg à Bonn, lorsque le Premier ministre de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet parlait de son optimisme à propos de la Russie en tant que partenaire de la transition énergétique allemande. Selon le Comité oriental des affaires allemandes, la partie russe a évoqué le "rôle clé" du gaz naturel dans un "futur système énergétique". Le fournisseur de gaz Vladimir Poutine profite donc de la sortie du nucléaire allemand.

 Cependant, le gaz naturel n'est pas une solution à long terme pour plusieurs raisons: en raison des fuites de méthane qui se produisent dans la chaîne de production et de transport, il est aussi dommageable pour le climat que le charbon dans le bilan global, (NB tout de même moins polluant !) comme l'a récemment montré une étude d'Energy Watch Group. En conjonction avec les énergies renouvelables, les centrales au gaz naturel fonctionneraient généralement à charge partielle, ce qui augmente leurs émissions et les rend plus coûteuses à exploiter. Enfin, la dépendance énergétique croissante à l'égard d'une Russie de plus en plus autoritaire est politiquement risquée.

De plus, l'expansion des énergies renouvelables est également problématique d'un point de vue écologique. L'association de protection de la nature Nabu et le centre de recherche environnementale de Leipzig soulignent déjà les dangers des monocultures de biogaz et des parcs éoliens pour la biodiversité. Et à l'avenir, nous aurions besoin de systèmes de dimensions complètement différentes de ce que les gens voient aujourd'hui. Afin de rendre notre industrie neutre en CO₂, nous devrions générer et stocker partiellement plusieurs fois l’équivalent de la consommation électrique actuelle. »

 Prolonger le nucléaire existant, lancer le nucléaire futur !

 « Il faut donc arrêter l’élimination du nucléaire et permettre aux centrales nucléaires restantes de continuer à fonctionner pendant une dizaine d’années. Cela se justifie à la fois en termes de sûreté et au regard du faible volume supplémentaire de déchets nucléaires. Si nécessaire, cela doit être fait par l'État, car les groupes opérationnels ne devraient plus être disposés à le faire après des années de va-et-vient pour prolonger la durée…Parallèlement à l'extension du nucléaire, des négociations pour une sortie plus rapide du charbon seraient nécessaires.

 Bien entendu, les énergies renouvelables devraient être développées en même temps et des investissements devraient être faits dans le développement de systèmes de stockage d'électricité. Mais si les progrès essentiels nécessaires sur la voie des grands stockages n'avaient pas été réalisés à l'horizon 2030, la construction de nouvelles centrales nucléaires devrait également être envisagées. Rien de tout cela ne concerne une relance à grande échelle de l'énergie nucléaire. Le but est de l'utiliser comme une technologie respectueuse du climat jusqu'à ce que le pays ait mis en place un approvisionnement alternatif vraiment sûr.

 Il y a maintenant beaucoup de politiciens et de scientifiques, quelques-uns même dans le camp vert, qui pensent au moins ce que nous écrivons. Nous savons cela grâce à de nombreuses conversations. Mais presque personne n'ose contester ouvertement le consensus sur l'élimination du nucléaire en 2011 - la crainte d'une nouvelle controverse nucléaire est trop grande. C'est une mauvaise peur. Nous nous plaçons dans le spectre progressif et écologique. De l’expérience de nos propres recherches, nous sommes conscients que l’énergie nucléaire n’apporte pas de solution sans risque. Mais cela peut donner à notre pays la marge de manœuvre dont nous avons un besoin urgent. »

 Quelques réactions : calme plat pour l’instant !

 Comme chaque fois qu’un tabou important est bousculé, les réactions, surtout dans le monde politique, mettent du temps à apparaître. Tout se passe comme si la tribune du Zeit avait déclenché une période de sidération, durant laquelle les politiques se taisent prudemment en attendant de voir comment tournera l’opinion publique. Signalons du côté Vert des déclarations de responsables anonymes (prudents, lâches ?) qui confirment les propos des auteurs de la tribune sur le thème « en sortant du nucléaire avant de sortir de charbon, nous avons étranglé le mauvais cochon ». Par contre, la réacrion officielle du Parti Vert a été sans appel et toujours aussi absurde « J. Trittin a souligné que l'énergie nucléaire est dangereuse, coûteuse et impropre à la protection du climat. Avec une part de cinq pour cent de l'énergie mondiale, c'est tout simplement trop insignifiant »

 De même la réaction d’EON est assez désespérante : Guido Knott, chef de la filiale atomique d'Eon, Preussen Elektra : « Nous nous concentrons sur l'exploitation sûre de nos trois centrales électriques Brokdorf, Grohnde et Isar 2 encore en fonctionnement jusqu'aux dates légalement stipulées et nous les démonterons ensuite en toute sécurité, rapidement et de manière techniquement innovante… Cinq autres usines sont déjà en cours de démantèlement…Continuer à exploiter les centrales électriques», ce n'est pas une option pour nous ». De quoi donner raison à Moormann : ce sera à l’Etat de décider et de mettre en œuvre la décision.

 Quelques réactions typiques sur le site du Zeit sont intéressantes et donnent peut-être quelques indications sur le futur.

 Evidemment, un certain nombre sur le thème du lobby nucléaire. Mais pas la majorité !

 « La RFA n'a pas besoin d'une élimination "lente" du nucléaire, mais de la fin de l'entrave des énergies renouvelables. Les exploitants d'énergie nucléaire et leurs lobbies ont beaucoup fait pour ralentir ou empêcher l'expansion des énergies renouvelables… »

 Sur l’aspect politique :

 « Arrêter l'élimination du nucléaire - comment cela pourrait-il fonctionner? Il est difficile d'imaginer qu'une majorité au Bundestag voterait pour une prolongation du mandat. Nous n’en sommes pas encore là. Il y a cependant une autre possibilité: pour une motion de révision des normes de la loi sur l'énergie atomique, les voix d'un quart des députés sont suffisantes.

 Selon un avis du juge constitutionnel fédéral Udo Di Fabio de 1999, l'élimination du nucléaire viole le principe de proportionnalité de la Loi fondamentale. Il écrit que "l'augmentation excessive des exigences en matière de sécurité" est "un abus de droit et conduit à une violation de l'état de droit" (article 20.3 de la Loi fondamentale). Dans la perspective d'aujourd'hui, la décision de sortie du nucléaire de 2002 n'a évalué les conséquences sur la vie et l'intégrité physique qu'au regard des risques de l'énergie nucléaire. Les dommages causés par l'augmentation de la combustion du charbon (pollution de l'air et changement climatique) n'ont pas été pris en compte. Cependant, la protection de l'article 2 (2) de la Loi fondamentale s'applique également à ces conséquences.

Un quart des députés devrait être plus facile à trouver qu'une majorité.. »

 Les jeunes :

« Quand j'aborde le sujet de la production d'énergie en classe de technologie, mes étudiants reviennent sans cesse avec la question de savoir pourquoi nous abandonnons l'énergie nucléaire. D'autres pays agissent différemment et le problème avec les déchets peut être résolu plus tard. Il est émouvant de voir à quel point les jeunes peuvent être impartiaux et si honnêtement rationnels. »

 

La rationalité scientifique

 

« 60%! C'est la proportion de l'électricité lignite actuelle qui serait expulsée du réseau au début de 2023…L'élimination du nucléaire et  la mise au rebut virtuelle de TOUS les modules solaires actuellement installés et de plus d’une éolienne sur 10  produira aussi des effets immédiats. Avec une expansion de l'énergie solaire de 130%, nous resterions simplement sur place. Nous sacrifierions alors 2,5 ans de protection du climat pour éliminer l'énergie nucléaire. Il est illusoire que nous puissions éliminer le nucléaire tout en conservant une protection climatique efficace »

 

« Il y a une claire prise de conscience qu'avec les seules «énergies renouvelables», une atténuation du changement climatique et une amélioration du niveau de vie dans les pays du sud, tout en préservant les habitats naturels pour les humains et la faune ne peuvent de loin pas être réalisées. Je pense maintenant que le maintien et le développement de l’énergie nucléaire doivent être une contribution nécessaire à la résolution du problème. Aujourd'hui, un certain nombre de climatologues et d'écologistes éco-modernistes sont parvenus à des conclusions similaires, par exemple le Parti vert en Finlande. Cette évolution semble être plus difficile en Allemagne, peut-être aussi en raison des racines historiques du mouvement environnemental dans le mouvement antinucléaire. Je suis heureux que la rédaction conjointe de Mme Wendland et de M. Moormann contribue à dissoudre les positions figées durcis et à vraiment lancer une discussion orientée vers l'environnement et l'avenir. »

 

« Les centrales nucléaires sont la seule méthode de production d'électricité disponible 24/7, évolutive et à faible émission de CO2. Ceux qui passent aux voitures électriques ne peuvent pas sortir de l'énergie nucléaire. Augmenter la demande d'électricité et réduire l'offre en même temps ne fonctionne pas. »

 

« Le Zeit a osé, félicitations ! Ce que Biden veut faire: construire de petites centrales nucléaires à moitié prix par GW.

Ce que fait la Chine: construire 6 à 8 centrales nucléaires par an et quadrupler la capacité d'ici 2035

Et qui dit maintenant que les centrales nucléaires sont trop lentes à construire ou trop chères. La question se pose de savoir pourquoi le Plan Messmer a pu convertir toute la France au nucléaire en 15 ans ou pourquoi tant de pays en construisent actuellement :Finlande, Chine, Russie, Pologne, Arabie Saoudite, France, Royaume-Uni, USA etc.

Et non. Nous ne sommes pas plus intelligents que ces pays. »

 Rappel sur le contexte allemand :

 https://www.sfen.org/rgn/allemagne-energiewende (Roger Seban)

 « Seules les statistiques annuelles permettent de faire des comparaisons scientifiques, car l’analyse pluriannuelle à périodicité annuelle de la production d’électricité

Il en découle une empreinte carbone de la production électrique du mix électrique en Allemagne (362 g CO2eq/kWh) qui est près de 9 fois supérieure à celle de la France (42 g CO2/kWh). A noter que l’empreinte carbone, évaluée sur une année pleine et comparée aux années précédentes, est le seul critère scientifique pour juger de l’efficience du mix électrique existant (ou à construire) d’un pays, au regard de la lutte contre le changement climatique…

 Pour l’année 2019, l’Allemagne a rejeté, pour sa production d’électricité, 208 millions de tonnes (Mt) CO2eq, à comparer aux 22,7 Mt de CO2 de la France soit un écart de plus de 185Mt, et ce malgré une production d’ENRi en Allemagne 5 fois supérieure à la France. Car l’Allemagne doit impérativement garder les énergies fossiles pour palier l’intermittence des ENRi éolien et solaire…

 En 2019, les ENRi ont produit 171 TWh (28,4 % de l’électricité totale). En y ajoutant l’hydraulique qui est une énergie renouvelable pilotable à hauteur de 20 TWh (3,3 %) et les « divers » à base de biomasse pour une bonne part également pilotables à hauteur de 50,5 TWh (8,4 %), on a un total d’ENR de 40,1%. C’est sur ce chiffre de 40 % d’ENR que l’Allemagne communique, en omettant de souligner qu’environ 70 % de cette énergie renouvelable est intermittente et non pilotable et nécessite un recours aux énergies fossiles pour assurer les besoins de consommations et de sécurité du réseau. L’Allemagne reste donc très prudente pour réduire ses capacités de production d’origine fossile, et insiste pour développer en Europe les capacités d’échanges transfrontaliers.

 A cet égard, il peut être rappelé que pendant que les deux réacteurs de Fessenheim s’arrêtaient, respectivement en février et juin 2020, s’ouvrait une nouvelle centrale à charbon de l’autre côté de la frontière, le 30 mai 2020, avec un investisseur et exploitant allemand Uniper fier d’annoncer le montant de ses investissements « plus de 1,5 milliard d’euros » pour cette centrale de 1 100 MW à Datteln 4 qui produit près de 1 000 g de CO2/kwh.

 La fermeture programmée et progressive du nucléaire allemand jusqu’à fin 2022 fera perdre 75 TWh, qui seront compensés par une augmentation substantielle d’ENRi selon des dernières annonces allemandes et probablement une croissance simultanée de moyens de la production à partir de combustibles fossiles (gaz ?) pour palier l’intermittence et garantir l’équilibre production-consommation du réseau.

 

« L’Allemagne a annoncé une fermeture progressive et programmée du fossile lignite + charbon d’ici 2038, soit donc dans 18 ans, qui ipso-facto sera remplacée par du gaz. Cette substitution (remplacement du charbon par du gaz) fera baisser mathématiquement les émissions de CO2 pour les fossiles mais l’empreinte carbone…

 

Plus de 5 ans après sa mise en œuvre, la transition énergétique allemande peine à baisser ses émissions de CO2. D’ailleurs, l'Allemagne reste de loin le 1er producteur de CO2 en Europe, devant la Pologne, qui, elle, semble vouloir adopter très sérieusement une politique d’arrêt de ses centrales à charbon pour les remplacer par un parc nucléaire qui produira pendant au moins 60 ans de l’électricité bas carbone. Le malaise devient prégnant en Allemagne et la place du nucléaire fait de plus en plus débat »

 

vendredi 13 décembre 2019

La sobriété énergétique est mal partie (2) : le scénario négaWatt.


NegaWatt et les Pirates

Le scenario negaWatt, j’en ai déjà parlé à propos du Parti Pirate, qui l’a sérieusement évalué dans une démarche tout à fait agnostique…et en a conclu :

« la poursuite du développement du nucléaire en France, énergie aujourd’hui la moins carbonée, nous semble pour l’instant inévitable. »

avec des remarques assez assassines. Le scénario negaWatt :!

« impose donc une société qui ne pourra être que très contrôlée, le moindre écart ayant des conséquences importantes pour la collectivité.
Il  impose une société ou les campagnes devront se vider vers des villes, car nous n’aurons pas l’énergie pour les transports domicile - travail.
Il impose une société ou le citoyen ne sera toujours pas en droit de définir sa politique énergétique à court, moyen et long terme. »

Bien vu, et  pour une critique plus complète de negaWatt, un article remarquable de Bernard Cassoret, Maitre de Conférence à l’Université d’Artois

Le scénario négaWatt : des hypothèses difficilement envisageables

Extraits :

1) negaWatt, une impossibilité technique !

Parmi les scénarios de transition énergétique, négaWatt est sans doute le plus connu, élaboré par l’association du même nom. Il concerne la totalité de l’énergie consommée en France, et pas seulement l’électricité.
Alors que les énergies renouvelables ne représentaient en 2017 que 10,5% de nos besoins, elles en couvriraient  la quasi-totalité en 2050.  La mise en œuvre de ce scénario permettrait donc de se passer à la fois des énergies fossiles et nucléaire.
Les hypothèses du scénario, récemment publiées par l’association, permettent  de mieux se rendre compte du niveau de difficulté d’un tel challenge.
Ce scénario supposerait des efforts considérables dans les énergies renouvelables, en particulier l’éolien et le photovoltaïque qui connaitraient une croissance spectaculaire.

L’éolien devrait fournir 247 TWh en 2050 contre 24 TWh en 2017, dix fois plus donc ! Cela supposerait environ 20 000 éoliennes terrestres et 4 000 éoliennes maritimes, contre environ 7 000 terrestres et aucune en mer actuellement.
La puissance totale du parc installée devrait atteindre 77 GW contre 13 GW en 2017. La durée de vie de ces machines étant inférieure à 25 ans, il faudrait dans le futur tripler le rythme actuel d’installation (1.2 GW par an en moyenne ces 5 dernières années) rien que pour maintenir les 77 GW de puissance installée.
Le photovoltaïque devrait fournir chaque 147 TWh contre 9 TWh en 2017 ; la puissance du parc photovoltaïque devrait pour cela passer de 8 à 140 GW !
Sachant que l’on a installé 0.8 GW par an en moyenne ces 5 dernières années et que la durée de vie des panneaux ne dépasse pas 30 ans, il faudrait dans le futur un rythme d’installation 7 fois supérieur au rythme actuel rien que pour maintenir la puissance installée de 140 GW ! »

Commentaire : et on les met où tous ces moulins à vent ? D’autant que les sites les plus favorables étant déjà pris, le nombre me semble plutôt sous-évalué !

« Les problèmes d’intermittence (pas de production les soirs sans vent) seraient essentiellement réglés par la production et le stockage d’hydrogène et de méthane.
Il faudrait donc des investissements considérables dans des usines de transformation de l’électricité en gaz, une technologie actuellement au stade expérimental (comment et où construire les usines, comment stocker le gaz ?) et dont les rendements sont faibles. »

2) negaWatt, un monde cauchemardesque !

« Mais l’essentiel n’est pas là. Malgré ces efforts très importants, il faudrait selon négaWatt réduire la demande en énergie primaire de 65 % alors que la population augmenterait de 15 %....

L’essentiel viendrait de la sobriété énergétique qui consiste, selon négaWatt, à privilégier les usages les plus utiles, à « restreindre les plus extravagants et supprimer les plus nuisibles » ; de beaux débats en perspective pour juger ce qui est utile ou nuisible… Il faudrait accéder à moins de biens et de services, c’est-à-dire vivre de manière moins riche.

La consommation résidentielle et tertiaire diminuerait de 49 % grâce à une stabilisation du nombre d’habitants par foyer (moins de célibataires ?), un développement de l’habitat en petit collectif (faudra-t-il interdire de construire des maisons individuelles ?), un ralentissement de la croissance des constructions (le nombre de logements construits chaque année serait divisé par 3, leur surface baisserait de 25%), l’optimisation des systèmes de chauffage et l’isolation des logements.

Il faudrait, selon négaWatt, rénover chaque année jusqu’à 780 000 logements pour les amener à une consommation moyenne de 40 kWh/m² par an pour les besoins du chauffage.
Est-ce possible ? La réglementation thermique 2012 en vigueur exige qu’un logement neuf (Bâtiment Basse Consommation) consomme moins de 50 kWh/m² par an, donc plus que 40, mais on sait que la consommation réelle est souvent supérieure ; les logements collectifs neufs ont d’ailleurs droit à des dérogations.
La consommation moyenne des logements français est actuellement proche de 200 kWh par m², très loin de 40…
En 2012, l’État français avait fixé l’objectif de rénover 500 000 logements chaque année, un objectif qualifié dans le journal Le Monde du 4 juin 2014 de « définitivement hors d’atteinte »…
Et rénover un logement ne signifie pas que sa consommation atteigne un niveau suffisamment bas : on peut gagner beaucoup sur des logements mal isolés, passer par exemple de 300 à 150 kWh/m² par an, mais il est très difficile dans l’ancien de descendre en dessous de 50.

Quant au logement, il me semblait plutôt que les Français en manquaient et qu’ il était nécessaire de relancer la construction !

Acceptabilité sociale zéro !

« Dans les transports, le nombre de kilomètres parcourus par personne chaque année diminuerait de 26 %, ce qui irait à l’encontre de l’évolution que nous connaissons depuis toujours. Ainsi il y aurait moitié moins de déplacements de plus de 1500km, il n’y aurait plus de vols intérieurs, les vols internationaux diminueraient d’un tiers.
L’usage de la voiture individuelle telle que nous la connaissons actuellement diminuerait de moitié dans les campagnes et serait exclu dans les grandes villes.
Le taux de remplissage des voitures individuelles dans les campagnes devrait augmenter de 50% avec une moyenne de 2.4 personnes par véhicule contre 1.59 actuellement. Le transport des marchandises diminuerait de 17%

Se déplacer moins, ça n’est pas seulement moins partir en vacances, c’est aussi moins voir sa famille et ses amis, avoir moins d’échanges avec les étrangers, avoir plus de difficultés à travailler, à se fournir en nourriture et matériaux de construction…  

La consommation énergétique de l’industrie diminuerait grâce à un gain en efficacité et à une baisse des besoins en matériaux : -26% d’acier, -35% de plastique, -39% de ciment, -41% de verre.
Cette baisse signifie une diminution de la consommation de produits manufacturés s’inscrivant dans une économie décroissante que bien peu de politiques souhaitent, avec probablement de nouvelles fermetures d’usines en perspective…

Entre autres réjouissances, on peut noter également :
– baisse de 29% de la quantité d’eau chaude consommée par personne,
– baisse de 22% du nombre de cycles de lave-linge,
– baisse de 18% du nombre de cycles de lave-vaisselle,
– baisse de 18% du taux d’équipement en sèche-linge,
– baisse de moitié du taux d’équipement en congélateur,
– baisse de 33% de l’usage du fer à repasser,
– passage de 8 à 5 heures d’éclairage par jour dans le tertiaire,
– disparition des consoles de jeux,
baisse d’un tiers du nombre  d’écrans par foyer,
– division par 3 du nombre d’ordinateur par foyer,
– division par 2 du nombre de lecteurs musicaux,

Des conséquences peu réjouissantes 

D’une manière générale, je constate que les changements proposés auraient des conséquences considérables et peu réjouissantes sur nos modes de vie, et je vois mal comment une vaste prise de conscience collective des enjeux environnementaux pourrait les imposer dans la joie et la bonne humeur.
On peut se demander si ces changements sont compatibles avec la démocratie : ils impliquent des mutations de mode de vie si importantes qu’il est possible qu’il faille les imposer par la force.
Il est probable qu’une forte sélection se fera par l’argent : ceux ayant les moyens continuant à vivre dans le confort, les pauvres devant se débrouiller et avoir une vie plus dure »

Commentaire final de M. Bernard Cassoret : «  Il est probable que l’objectif de certains membres de cette association soit avant tout de montrer qu’il est possible de se passer du nucléaire sans grandes conséquences. »

Eh bien, c’est pas gagné ; et au vu de l’interaction entre negaWatt et le Parti Pirate, c’est le contraire qui s’est produit !

Maintenant, il faut savoir que RTE a été prié d’intégrer des éléments de negaWatt dans ses scenarios, que negaWatt a bureaux et tables ouvertes à l’Ademe, qui lui apporte publicité et crédibilité ( à moins qu’elle ne perde surtout la sienne), qu’Elisabeth Borne, en exigeant qu’EDF étudie un scénario 100% renouvelable s’inspire de negaWatt.

Il fait donc faire connaître le programme de negaWatt, et merci à M. Cassoret pour avoir eu la patience de se pencher sur un tel amoncellement d’insanités.


mardi 28 mai 2019

EnergieWende : un modèle à ne pas suivre. Et la leçon australienne

Energiewende : « tout est en train de dérailler »

"Travail bâclé in Germany". Voilà à peu près ce que signifie le titre de couverture du tout dernier numéro du Spiegel, le plus puissant hebdomadaire allemand. En arrière-plan, on voit une forêt d’éoliennes cassées et de pylônes électriques déconnectés. Une image qui en dit long sur la conscience qu’a aujourd’hui l’opinion allemande de l’échec de l’"Energiewende", ce basculement énergétique décidé par notre voisin au début du millénaire et radicalement accéléré en 2011 après la décision d’Angel Merckel de sortir du nucléaire. Dès 2018, l’Allemagne avait dû admettre que ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre ne seraient pas tenus dans les délais annoncés –elle avait même ouvert de nouvelles mines de charbon... Aujourd’hui, les experts sont en mesure de dresser un bilan des huit premières années de la transition accélérée voulue par Berlin, et il est à peu près désastreux. "Tout le projet est en train de dérailler", écrit le Spiegel.

Et ce n’est pas exagéré : L’Allemagne a investi depuis 2010 plus de 30 milliards par an dans le bastringue et l’on prévoit une facture globale de plus de 500 milliards à l’horizon 2025 –pour partie constituée de subventions et crédits publics, pour le reste financé par les ménages et les entreprises sous forme de hausse de prix. Une étude chiffre même à plus de 3.000 milliards d’euros (oui, 3.000 milliards!) les investissements requis d’ici à 2050, si l’Allemagne persiste dans son intention d’accroissement de la part du solaire et de l’éolien dans son mix énergétique. Des sommes faramineuses. Or, le résultat est spécialement déprimant: malgré les centaines de milliards déjà mis sur la table, les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne sont au même niveau… qu’en 2009. L’Allemagne s’est certes hérissée d’éoliennes et elle accueille des milliers de km2 de panneaux solaires. Mais beaucoup ne sont pas reliés au système de distribution, ou pas convenablement, faute que le réseau ait suivi. En outre, là où elles sont connectées, ces installations ne couvrent les besoins que de manière intermittente (pas de solaire la nuit, pas de vent quand il ne souffle pas…) ce qui requiert, en complément et faute que le stockage soit rentable ou même possible, des capacités complémentaires souvent fossiles (affreux charbon et horrible lignite en tête). Une bérézina.


Sortie du charbon en Allemagne : objectif 2038. Près de 20 ans pour sortir du charbon

En Allemagne, la commission « croissance, changement structurel et emploi » a remis son rapport définitif( le 26 janvier. Elle y propose que la production d’électricité à partir du charbon soit arrêtée d’ici à fin 2038  Explications.

En 2018, le charbon (lignite et houille réunis) a compté pour près de 38% de la production allemande d’électricité. Selon la commission mise en place en juin 2018 par Angela Merkel pour préciser les contours d’une « sortie du charbon », il est possible pour l’Allemagne de se passer de ce combustible à l’horizon 2038.
La commission y propose, dans un premier temps, de réduire d’ici à fin 2022 de plus de 12,5 GW la puissance totale du parc allemand de centrales à charbon (qui avoisine actuellement 42,6 GW). Entre 2023 et fin 2030, les arrêts de centrales au charbon devraient se poursuivre à un niveau assez similaire (portant ainsi à près de 17 GW la puissance cumulée du parc charbon à fin 2030).

La commission indique que sa feuille de route devra faire l’objet d’examens réguliers (en 2023, 2026 et 2029) par des experts indépendants afin de tenir compte des évolutions du système électrique et en particulier des conséquences de la sortie du nucléaire prévue à l’horizon 2022 (cette énergie comptait encore pour 13,3% de la production électrique allemande en 2018).

Le gouvernement devrait suivre ces différentes recommandations (qui n’ont pas de caractère contraignant NB le charbon et le lignite allemand, ça peut donc durer encore plus, plus longtemps….) issues d’un compromis entre les différentes parties prenantes. Pour compenser la sortie du charbon et du nucléaire, l’Allemagne parie sur un développement massif des énergies renouvelables : le pays s’est fixé pour objectif de produire 65% de son électricité à partir de ces filières en 2030 (contre environ 40% en 2018).

Quel coût pour la « transition » ?

Au cours des 20 prochaines années, au moins 40 milliards d’euros d’aides fédérales sont envisagées pour accompagner la sortie du charbon dans les régions charbonnières (est et ouest de l’Allemagne). Des négociations vont avoir lieu avec les exploitants de centrales (« plus les centrales seront arrêtées tardivement, plus la compensation sera faible »). Aux premiers rangs de ces exploitants figure RWE qui juge pour sa part « raisonnable de réexaminer en 2032 » (tiens, tiens, y-a-bon lignite) la date de sortie du charbon.
La commission appelle par ailleurs à préserver les consommateurs allemands (entreprises et ménages) de la hausse des prix de l’électricité associée à une sortie « accélérée » du charbon. Elle estime à ce titre qu’« une subvention d’au moins 2 milliards d’euros par an est nécessaire pour compenser cette augmentation ». Les ménages allemands sont d’ores et déjà les Européens qui paient leur électricité le plus cher après le Danemark : 0,30 €/kWh au 1er semestre 2018 selon les dernières données d’Eurostat, soit 70% de plus qu’en France.

Tiens, tiens, ça a peut-être à voir avec le fait que la part des renouvelables dans le mix électrique outre-rhin a approximativement doublé depuis le début des années 2010, et qu’en plus le coût associé aux réseaux électriques est particulièrement élevé, notamment en raison du raccordement onéreux des parcs éoliens offshore.

 La sortie du charbon en Allemagne sera donc difficile et coûteuse, reconnaît la commission, mais nécessaire en vue de réduire les émissions allemandes de gaz à effet de serre. L’an dernier, le gouvernement avait reconnu son incapacité à atteindre l'objectif de 40% de réduction des émissions nationales d’ici à 2020 (par rapport à 1990)…

Ben oui, ils ont même pas commencé à diminuer. Non seulement, mais ces dernières années ils ont continué à ouvrir à tire larigo des mines de charbon et de lignite, tant que c’était encore autorisé. Donc, forcément, ça leur prendra encore plus de temps à sortir du charbon ( on va quand même pas les fermer tout de suite celles qui viennent d’ouvrir….)

A partir d’une situation similaire, le Royaume-Uni est sorti de la production électrique à partoir du charbon en quatre ans. Donc c’est possible… à condition de mettre en place une taxe carbone et d’investir dans le nucléaire. (cf.) https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/02/leurope-de-lenergie-encore-un-echec.html

Bilan : avec son Energiewende tout renouvelable, l’Allemagne ne baisse pas ses émissions de CO2 par habitant qui restent supérieures d’un tiers à celles de la France et ceux-ci payent pourtant leur électricité 70%  plus cher qu’en France. Face à cette catastrophe, l’Allemagne continue et retarde indéfiniment sa sortie du charbon. Et fuck the climate

Disons le, avec son Energiewende si renouvelable, si applaudie par les écologistes irresponsables ( ils ne le sont pas tous), avec ses si plébiscités,, si populaires, si présentés comme modèles Grunen tout verts, l’Allemagne continue dans sa spécialité historique, le crime contre l’humanité

Tiens, une leçon pour nos politiciens, qu’ils comprendront peut-être…

Australie : Transition énergétique : mieux qu’un long discours, une élection…


J’avais dans un blog précédent (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/01/electricite-vers-le-grand-noir-le.html) exposé comment l’Australie du sud ( un des Etats Australiens), parti dans un délire écolo-affairiste, avait décidé de devenir un champion de l’éolien et du solaire ( et pourtant ils sont pas défavorisés dans ces domaines..).
Ayant eu la très mauvaise idée de dépasser les 40% d’éolien, ils ont récolté ce qu’ils sont semé, c’est-à-dire des effondrements systémiques du réseau une fois, deux fois, trois fois, des black out total, plus de jus, plus rien, même dans les hopitaux.

A cela s’est ajouté un quadruplement du prix de l'électricité facturé aux particuliers et des consommateurs pauvres ne pouvant plus payer leurs factures….

Alors, ils ont fait quoi ? Ben, relancé le charbon !

Et puis vote il y a eu, élections fédérales le 18 mai 2019. La coalition du Parti Libéral au pouvoir de Tony Morrisson était donnée perdante par tous les sondages qui prédisaient une large victoire du Travailliste Bill Shorten… qui a  finalement perdu.

La raison : Bill Shorten ambitionnait de faire de l’île une « superpuissance des énergies renouvelables..

 »…A la vue de l’expérience sudiste, les électeurs ont bien compris et bien choisi : ils ont rejeté une ruineuse politique climatique fondée sur des énergies éoliennes et photovoltaïques entraînant une hausse du prix de l’électricité et des coupures de courant et cette raison semble bien le principal facteur expliquant le retournement inattendu (par les sondages) des électeurs.
Déjà, le 9 octobre 2017, le journal The Australian qualifiait le développement des éoliennes et panneaux photovoltaïques de « plus grande escroquerie mondiale ».

Allez, on résiste pas au plaisir : Morrison, Centre droit, 76 députés ; Shorten, Centre Gauche, 67 députés ;  Di Natale , Verts, 1 député


Après une expérience douloureuse, il y en a qui ont compris …



samedi 1 décembre 2018

Baisser le nucléaire : non tout le monde n‘est pas d’accord ! (2)


Le scandale de l’éolien. Le rapport de la Cour des Comptes

121 milliards d’euros !  121 milliards d’euros !  Inéluctablement 121 milliards d’euros vont rejoindre les proches profondes des margoulins des éoliennes. Ce montant  représente en effet uniquement le montant du soutien public auquel s’est engagé l’Etat par les contrats signés avant 2017 au bénéfice des producteurs d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque (plus un chouïa de biométhane).

Ces 121 milliards seront distribués à un rythme annuel qui va passer par un pic à 7,179 milliards en 2025. Ils proviennent, selon les magistrats de la Cour des comptes dont le vocabulaire est fort poli, de «mécanismes de soutien dont les conséquences financières ont été mal appréciées». Une autre de leurs formules en réalité assassines : «Des charges importantes, durables et mal évaluées».

Dans un éclair de lucidité, la Cour y appelle à «asseoir la politique énergétique sur des arbitrages rationnels fondés sur la prise en compte du coût complet des différentes technologies». Il est certain que ne pas se ficher complètement du coût des différents moyens de production d’énergie, en particulier pour l’électricité, semble une idée raisonnable.

Partie avec cette idée pour le moins respectable, la Cour des comptes fait d’incroyables découvertes dans notre politique énergétique. Parmi ces découvertes, le coût faramineux du soutien à l’électricité photovoltaïque, pour un résultat minable. Ainsi les seuls contrats signés avant 2010 pèseront, au total lorsqu’ils seront arrivés à terme, pas moins de «38,4 milliards d’euros pour les finances publiques»,  pour… 0,7% de la production d’électricité (1), note la Cour. Ces contrats représenteront encore 2 milliards par an en 2030 et représentent une subvention de 480 € par MWh.

Les mauvais esprits ne manqueront pas de rapprocher ces presque 40 milliards d’euros de la somme quasi identique annoncée par EDF pour mettre ses réacteurs nucléaires en état de produire durant 20 ans de plus… 75% de l’électricité dont nous avons besoin.

Les contrats de l’éolien vont coûter «40,7 milliards d’euros en 20 ans» pour… «2% de la production française», précise le rapport. Récemment, les appels d’offres pour l’éolien offshore flottant de 2015 pourraient se traduire par un coût de 1,7 milliard pour moins de 100 MW de puissance installée, et 390 GWh par an, soit… 0,07% de la production nationale, notent les magistrats.

Les mauvais esprits ne manqueront pas de rapprocher ce déficit commercial du solde positif de notre balance exports/imports d’électricité, dû au nucléaire, qui nous permet d’acheter… des panneaux solaires chinois.

Les 7 000 éoliennes françaises débitent 3,99% de l’électricité produite par la France sur le premier semestre 2016. De plus, nos éoliennes sont de véritables intermittentes du spectacle, incapables de délivrer une puissance digne de ce nom en continu. Ces éoliennes nous ont coûté plus de 20 milliards d’euros d’investissements, dont 75% ont consisté à importer des machines du Danemark ou d’Allemagne. Chaque année, cinq milliards d’euros sont engloutis dans les “énergies renouvelables”, sorte de veau d’or écologique. Il s’agit d’argent que nous n’avons pas puisque le budget de notre pays est chroniquement déficitaire depuis 1976.
En 2017, les consommateurs d’électricité ont payé 5,6 milliards d’euros de surcoûts liés au tarif d’achat des énergies renouvelables de source éolienne ou solaire, selon la Commission de régulation de l’Energie (CRE).

Bientôt les gilets jaunes électriques !

L’expérience allemande : le quart de l’éolien terrestre menacé de démantèlement

Non seulement l’éolien nous coûte un pognon de dingue en subventions à la construction et à la production, mais ce sera pire...ensuite. L’éolien terrestre joue un rôle important dans le mix énergétique allemand, puisque les 29 000 éoliennes du pays ont couvert près de 16 % de la production électrique en 2017. Depuis l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, en 2000, les exploitants d’éoliennes profitent d’un soutien leur assurant vingt ans de revenus garantis. Les équipements les plus anciens, représentant 4500 MW de puissance installée, perdront cette aide en 2020. Par la suite, de 2000 à 3000 MW d’équipements perdront chaque année l’appui financier de l’État, pour un total de près de 14 000 MW d’ici 2023… 
Eh oui, puisque l’éolien ne peut pousser  que sur de grasses subventions, quand les subventions s’arrêtent, il va falloir l’arrêter…
Et le prix du marché reste au niveau actuel, le nombre de retraits pourrait dépasser le nombre de nouvelles installations, donnant un coup de frein à cette industrie. Le démantèlement de la partie aérienne d’une éolienne coûte environ 30 000 euros par MW de puissance installée, soit 60 000 euros pour une éolienne de 2 MW. Comment financer cette dépense? La plupart des exploitants, notamment les municipalités, sont vraiment mal préparés à cette éventualité. Même si le financement du démantèlement peut être assuré, que faire de tous les matériaux récupérés? Les parties métalliques, en acier ou en cuivre, se recyclent aisément. Mais il n’en va pas de même des pales, habituellement composées d’un mélange de fibre de verre et de fibre de carbone, liées à l’aide de résine de polyester. On ne sait pas séparer et recycler ces matières, qui pourraient s’accumuler au rythme de 16 000 tonnes par année à partir de 2021. Même leur combustion est à exclure, car les résidus obstruent les filtres des incinérateurs.

Mais ce sont peut-être les socles de béton qui sont les plus problématiques. Dans le cas d’une grande éolienne, ils peuvent faire jusqu’à 20 mètres de profondeur et représenter 3 000 tonnes de béton armé. Leur présence est un enjeu environnemental, parce que l’obstacle permet souvent à plusieurs niveaux de la nappe phréatique, normalement séparés, de se mélanger. Le code allemand du bâtiment prévoit leur démolition complète. Mais cela serait rarement le cas en réalité, en raison des coûts de centaines de milliers d’euros reliés à cette mesure. Une pratique plus courante, et officiellement tolérée, serait de les démanteler sur les deux ou trois premiers mètres, voire sur un seul, puis de les recouvrir de terre. Mais cela n’aide pas les aquifères.

Et l’agriculteur à qui on a fait miroiter les richesses ruisselant des éoliennes, quand il se trouvera à devoir financer l’enlèvement du monstre, ou vivre à perpétuité avec ses tonnes de béton dans un sol devenu inutilisable…Il va faire quoi ?

Les éoliennes vieillissantes sont un problème nouveau, qui pose des problèmes de gestion du mix électrique, de finances et d’utilisation des matériaux récupérés. Il faudra peut-être songer à forcer les exploitants à mieux provisionner cette étape du cycle de vie de leur produit…

Eolien : Une PPE absurde, un désastre écologique, économique, social !

Les chiffres sont sans appel : les 7 000 éoliennes françaises débitent 3,99% de l’électricité produite par la France sur le premier semestre 2016. Pire encore, nos éoliennes sont de véritables intermittentes du spectacle, incapables de délivrer une puissance digne de ce nom en continu. Les résultats sont très en dessous des attentes.

Diagnostic de la Cour des Comptes que l’on pourrait résumer sous le titre « Politique climatique : erreur française et fraude des mots ».  En résumé le résultat de la PPE jusqu’ici, singulièrement l’effort éolien, est climatologiquement parlant dérisoire par erreur sur la cible de l’action, visant l’électricité au lieu de viser les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre, comme le chauffage ou les transports routiers. Or, comme le système électrique français, dont le socle est constitué du nucléaire et de l’hydro-électricité, est déjà décarboné à près de 95%, il ne peut constituer une cible efficace pour l’action climatique !

Toute fermeture d’une centrale et son remplacement par de l’éolien (plus nécessairement du gaz pour la sécurité d’approvisionnement !) est écologiquement néfaste (plus de gaz à effet de serre), économiquement défavorable, socialement catastrophique ( en ce qui concerne et l’emploi, et  les consommateurs !)

En 2017, les consommateurs d’électricité vont payer 5,6 milliards d’euros de surcoûts liés au tarif d’achat des énergies renouvelables de source éolienne ou solaire, selon la Commission de régulation de l’Energie (CRE). Or si l’éolien fournit 3,99% de notre production nationale, le solaire fournit encore moins : 1,59%. Les taxes dites écologiques représentent 65 milliards d’euros par an, dont 48 milliards pour les ménages et 16 milliards pour les entreprises, selon BFM Business du 12 août 2016. Depuis 2007, la fiscalité dite verte a progressé de 40% !

Et cette fiscalité de la PPE a servi à enrichir les margoulins des éoliennes et à… aller au rebours des engagements climatiques français en augmentant le dégagement des gaz à effet de serre !
Et voilà pourquoi toue personne consciente et informée sur les enjeux écologiques, économiques et sociaux de la politique énergétique devrait soutenir les gilets jaunes !

Notre pays avait, en quatorze ans de 1990 à 2014, diminué ses émissions liées à l’énergie de 15,4%. Or depuis cette époque elles remontent chaque année, avec une accélération en 2017. Voilà qu’en 2017 par rapport à 1990, la réduction n’est plus que de 10,5% ! Notre pays est sur une voie qui, si elle de confirmait, conduirait à de graves manquements à nos engagements internationaux. Conséquence : la France a contribué à aggraver depuis trois ans le réchauffement climatique.

Comment en ait-on arrivé là deux ans après la Loi de Transition Energétique, sensée nous conduire à une énergie largement décarbonée ? Les aides publiques correspondant à la politique climatique française se portent, pour leur plus grande part sur le secteur électrique qui n’émet que 6% du total des émissions de gaz à effet de serre. Depuis 2007, au niveau mondial, solaire et éolien ont reçu les 2/3 des investissements. En 2017, ces deux énergies ont reçu plus de 95 % des investissements. Cette évolution est identique en Europe. En 2017, les investissements éoliens dans l’UE ont été de 28 milliards d’euros, soit 68,5% du total. La France, en enclenchant l’éolien marin, prend la même voie. En 2018, solaire et éolien écrasent toutes les autres énergies renouvelables. Eolien et solaire ont une particularité : leurs productions d’électricité sont intermittentes. Le premier est soumis au caprice des vents, le second aux ardeurs changeantes de l’astre des jours. L’ensemble est superbement déconnecté des besoins. Et si l’on suit la PPE, cela va empirer ! solaire et éolien devront assumer la très grande part de la transition en passant à 40% de la production électrique. Cela nécessitera des centrales à gaz pour compenser l’intermittence solaire et éolienne ! cf Lionel Taccoen, Lettre Géopolitique de l'Electricité)

Il  en aurait été tout autrement si les sommes folles, le « pognon de dingue » destiné au développement des éoliennes avait été investi dans la rénovation thermique de l’habitat et les transports ! Cette  fiscalité dite verte  qui a progressé de 40% a en fait dégradé la contribution climatique de la France (sans compter sa sécurité d’approvisionnement, le coût de l’énergie, la situation sociale des Français, la situation économique de la France)

Et c’est pour cela que les gilets jaunes ont raison, bien au-delà de leur combat factuel c’est cette absurde PPE et transition énergétique à la française qui est en cause !

Conclusion : Notre politique climatique n’est pas pilotée avec comme but majeur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais la réduction de la part du nucléaire dans l’électricité ! Et ça se voit, et les conséquences en sont là ! Elle n’est qu’une médiocre manœuvre politicienne, destinées aux écologistes bigots, scientifiquement  et techniquement incultes, bobos des centre villes.

A cela s’ajoute le déni, pour ne pas dire le foutage de gueule ! Les engagements de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 ne seront pas tenus ? Hé bien, nous ferons encore mieux que prévu…en 2050 ! C’est grave, parce qu’au fond cela décrédibilise toute politique de lutte contre le réchauffement climatique.