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lundi 18 novembre 2019

Politique énergétique : un Jour dans le monde, 04 novembre 2019


04 novembre 2019 : consommation de CO2 pour la production d’électricité.

Emission de CO2, en g/kWh, pour la consommation électrique en Europe ce jour:

France: 51
Norvège: 54
Suède: 57
Espagne: 99
Portugal: 108
Belgique: 161
Autriche: 161
Finlande: 197
Italie: 271
Danemark: 316
RU: 361
Allemagne: 367
Irlande: 412
Pays-bas: 540
Pologne:  659

#stats  ( Philippe LACOUR@__phiphou), qui fait régulièrement des points sur le sujet. Les données peuvent être trouvées sur https://transparency.entsoe.eu/

Commentaire : Merci ! . Ca peut surprendre, mais en fait, c’est loin d’être un jour atypique, et même au contraire, un jour assez typique. La France, grâce à son nucléaire, la Suède et la Norvège, grâce à leur hydroélectricité se tirent régulièrement la bourre parmi les champions de l’électricité décarbonée. Bon, l’hydroélectrique, c’est bien, mais c’est limité par nature, alors, pour ceux qui en moins, le nucléaire, c’est très bien aussi !

Le RU a bien progressé, car il est complètement sorti du charbon pour sa production électrique, malgré cela, il est au taquet de ce que l’on peut faire en gaz plus ENR ( et avec une fragilité accrue de son réseau ayant entrainé des black out massifs.) On le sait généralement peu, mais les Pays Bas ont aussi une production fortement carbonée  (gaz et charbon) . Conscients de leur problèmes et de leurs engagements climatiques, RU et Pays-Bas ont décidé de relancer du nucléaire- la Pologne aussi d’ailleurs. Tandis ue l’Allemagne (cf. tous les blogs précédents sur nos cher amis allemands), a déjà dépensé plus de 650 milliards pour ses ENR ( soit allez, plus de 60 EPR) pour un résultat, toujours aussi catastrophique , idem pour le Danemark. Eh oui c’est ce qui arrive quand on ne veut plus de nucléaire.

Si chacun avait le même mix énergétique que la France, nous serions beaucoup plus prêt de remplir nos objectifs climatiques ( il reste quand même à s’occuper des transports et du chauffage ; mais justement, quand on a un bon mix électrique, on peut substituer fuel et essence par de l’électricité, tandis que quand on a un mix électrique pourri ( comme l’Allemagne…eh bien ça ne sert à rien !)

Tiens, pour enfoncer le clou, toujours même provenance, mais cette fois en t.CO2 par habitant, sur les six derniers mois, pour la consommation électrique :

France: 0.35
Suède: 0.6
Danemark: 0.88
Norvège: 0.93
Espagne: 1.18
Belgique: 1.3
RU: 1.4
Autriche: 1.45
Portugal: 1.55
Italie: 1.68
Allemagne: 1.96
Irlande: 2
Finlande: 2.24
Pologne: 2.76
Pays-Bas: 3.09

Yippee, on est encore les champions. Merci aux générations qui nous ont précédé, l’investissement nucléaire aura été une excellente affaire, économique, sociale et écologiue. A continuer !
Bon, on va peut être les exporter, nos EPR….
Tandis  que l’Allemagne…Pendant ce temps

En Allemagne, pendant ce temps ….04/11/2019 L'Allemagne mettra en service une toute nouvelle centrale à charbon en 2020

Le producteur d'énergie Uniper va être en mesure de raccorder au réseau électrique en 2020 sa toute nouvelle centrale au charbon située à Datteln dans le land de Rhénanie du nord-Wesphalie, ont indiqué il y a quelque jours des sources gouvernementales et industrielles, outre-Rhin, selon Reuters.
Ayant coûté 1,5 milliard d'euros, ce site a une capacité de production de 1100 MW. Il peut alimenter en électricité jusqu'à 100.000 foyers. Alors que sa construction a subi des retards, l'usine aurait dû ne jamais entrer en service dans le cadre du plan de l’Allemagne visant à abandonner le charbon comme source d’énergie d’ici à 2038 au plus tard. Uniper, son exploitant, aurait alors dû être indemnisé à hauteur de son colossal investissement sur ce site. NB : la mise en service a pris un certain retard : les murs de la chaudière ont dû être entiérement remplacés par un acier différent car les soudures ne sont pas assez stables.

Datteln 4 (ce monstre, émettra chaque  année 8.4 millions de tonnes de CO2.

Nb : Charbon et lignite représentent  38% de la production d'énergie allemande. Même après l'installation d'installations de filtration dans les années 80, qui éliminent la majeure partie du soufre des gaz d'échappement, les centrales thermiques au charbon continuent d'émettre des quantités pertinentes d' anhydride sulfureux . En plus du dioxyde de soufre, des oxydes d'azote nocifs ainsi que des poussières fines nocives , des métaux lourds et des HAP sont rejetés dans l'environnement. En Allemagne, le secteur de l’énergie a contribué à 71% (6,571 tonnes) des émissions totales de mercure en 2010.


Pendant ce temps, aux USA…

Donald Trump sort de l‘accord de Paris : Donald Trump s’en vante dès qu’il le peut. Il aurait, assure-t-il, sorti les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, un texte qu’il qualifie volontiers de « désastre » et de « tueur d’emplois ». En réalité, l’affaire n’est pas encore conclue. Elle a toutefois fortement progressé lundi 4 novembre. Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, a en effet annoncé, dans un communiqué, avoir officiellement engagé le retrait de son pays du traité international scellé en 2015, qui vise à contenir la hausse de la température mondiale bien en deçà de 2 0C par rapport à l’ère préindustrielle. Il l’a notifié dans une lettre adressée au secrétariat général des Nations unies, dépositaire du texte – ce que l’ONU a confirmé lundi soir. Mike Pompeo reprend la thèse d’un accord qui aurait imposé « un fardeau économique injuste » aux Etats-Unis – alors que les pays ont fixé librement leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Nous continuerons à proposer un modèle réaliste et pragmatique, étayé par des résultats concrets, montrant que l’innovation et les marchés ouverts conduisent à une plus grande prospérité, à une réduction des émissions [de gaz à effet de serre] et à des sources d’énergie plus sûres », a assuré le secrétaire d’Etat.

Les démocrates contre le nucléaire : Dans le premier pays nucléaire du monde (avec une centaine de réacteurs qui produisent 20 % de l'électricité), la place n'est plus à l'atome, ont par ailleurs estimé Bernie Sanders et Elizabeth Warren, tandis que Joe Biden s'est dit ouvert à de nouvelles technologies. « Ajouter des déchets, cela n'a pas de sens », a estimé le premier, pointant aussi le coût du nouveau nucléaire, tandis que la seconde a dit compter sur les scientifiques pour améliorer les performances du stockage des énergies renouvelables.

A noter que malgré les discours de Trump, la part de l'énergie produite par le charbon et le nucléaire ne cesse de fait de diminuer aux Etats-Unis depuis l'envolée de la production de gaz de schiste, beaucoup moins cher. Quant au nucléaire, les Etats-Unis en sont encore le premier producteur au monde grâce aux investissements consentis dans les années 1960 et 1970 qui font que 99 réacteurs sont actuellement en fonctionnement. Mais la dernière mise en service d'un réacteur neuf remonte à 2016 et seulement deux nouveaux réacteurs sont en construction, en Georgie dans le sud du pays.

L’administration Trump a envisagé la possibilité de forcer les opérateurs des réseaux électriques à acheter de l'énergie à des centrales spécifiques, notamment nucléaires : ."Pour promouvoir la défense nationale et maximiser les approvisionnements en énergie domestique, une action fédérale est nécessaire pour faire cesser ces fermetures", assure le document de l'administration.

On savait déjà qu’en politique étrangère et économique, la politique de Trump n’est que la continuation de la politique d’Obama en un peu plus brutal ( la main de fer sans le velours). On peut maintenant légitimement se demander si, en pratique, la politique climatique des démocrates ne sera pas la continuation de celle de Trump, en pire..

Bon, là-bas, c’est pas nous qu’on vote !

En revanche, en France, on peut exiger une transition écologique basée sur la réalité et la rationalité scientifique et technique, sur la vérité des chiffres et la prise de conscience des ordres de grandeur physiques, sur une information non biaisée, honnête, sans laquelle il n'est pas de démocratie.

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dimanche 15 septembre 2019

Energiewende : échec et mat pour l’éolien


L’éolien en crise grave en Allemagne

Pilier de la transition énergétique allemande, l'éolien voit plonger les investissements et affronte l'hostilité croissante des riverains, poussant le gouvernement d'Angela Merkel à organiser jeudi une réunion de crise. 
Après des années de hausse de ses capacités, le secteur assure désormais un cinquième de la production allemande d'électricité, mais subit une crise ouverte aux ramifications sociales et politiques.

Le nombre de nouvelles turbines installées en Allemagne depuis le début de l'année est en recul de 82% sur un an, indique la fédération allemande du secteur (EBW). En 2018, l'Allemagne s'est dotée d'une capacité supplémentaire de production inférieure de moitié à celle de 2017.
Les appels d'offres pour attribuer de nouvelles capacités de production ne trouvent pas preneurs, une tendance jugée "inquiétante" par l'agence fédérale des réseaux.

Le retournement  s’est produit en  2016, lorsque le gouvernement, jugeant le secteur arrivé à maturité et les subventions trop lourdes pour le contribuable, a modifié ses aides. L'amendement à la loi énergétique allemande (EEG) a supprimé les revenus garantis, et favorisé la mise en concurrence via des appels d'offres. Il faut dire qu’auparavant, depuis l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, en 2000, les exploitants d’éoliennes profitent d’un soutien leur assurant vingt ans de revenus garantis…

Commentaire : c’est quand même curieux ces énergies soit disant super compétitives qui s’effondrent dès qu’elles ne sont plus massivement subventionnées !

Parmi les gros disparus du secteur, signalons Senvion,  entreprise de 4.400 salariés, installée près de Hambourg, qui a annoncé fin août mettre la clé sous la porte, touchée de plein de fouet par l'effondrement du marché allemand en 2016, qui représentait 60% de ses revenus. Il y avait déjà eu la faillite en 2014 du fabricant d’éoliennes Prokon qui était financé par des « participations citoyennes ». Cette entreprise avait la particularité d’avoir été financé par 75 000 petits investisseurs privés. Elle les avait alléchés avec un investissement présenté comme « éthique », et accompagné d’intérêts élevés (de 6 % à 8 %). Ce dépôt de bilan s’est soldé par de très grosses pertes pour de nombreux petits épargnants et a poussé le gouvernement allemand à demander aux autorités des marchés financiers (Bafin) un contrôle plus strict de ce type d’investissement.
Dans les mois qui ont suivi, 26.000 emplois ont été supprimés dans ce secteur en Allemagne, soit plus que dans le charbon, selon les chiffres récemment publiés par le Bundestag à la demande du parti de gauche Die Linke

Commentaire : 1) Il n’y a pas qu’en France que sévissent les margoulins de l’éolien. 2) Ces créations d’emplois massives que les partisans de l’éolien nous promettent, ils omettent de dire combien elles sont fragiles et… essentiellement non durables car liées aux installations. Rien à voir avec les emplois du nucléaire !

Cette crise de l'éolien "remet en cause le succès de la transition énergétique en Allemagne ( ???)", déplore Hermann Albers, président de la fédération allemande de l'énergie  éolienne (BWE), dans un entretien à l'AFP. L'Allemagne compte fermer sa dernière centrale nucléaire en 2022 et se débarrasser du très polluant charbon d'ici 2038. Les énergies renouvelables, éolien et solaire en tête, doivent pour cela poursuivre leur montée en puissance pour représenter 65% de la production d'électricité en 2030, contre 40% aujourd'hui.

Commentaire : 1) Oh, le truand ! Il n’y a pas de succès de la transition énergétique en Allemagne, il y a un ratage massif et catastrophique, un échec total écologique et économique. Malgré ses 29 000 éoliennes, malgré un soutien total pour les énergies renouvelables en Allemagne qui a atteint 680 milliards d'euros, l’Allemagne n’a pas diminué d’un iota ses émission de carbone ( eh oui, l’éolien intermittent (« fatal »), il faut l’adosser au MW près, par une production pilotable ( gaz ou pire charbon). Dans le premier cas, on a la dépendance à la Russie en plus, dans le second, la pollution. L’Allemagne ne baisse pas ses émissions de CO2 par habitant qui restent supérieures d’un tiers à celles de la France et ceux-ci payent pourtant leur électricité 70%  plus cher qu’en France.
2) remplacer le nucléaire par de l’éolien, c’est augmenter les émission de gaz à effet de serre, pas les diminuer !!
La décision de sortie très, très tardive du charbon est dans ces conditions peut-être une nécessité économique pour l’Allemagne, mais un double crime écologique, pour la lutte contre le dérèglement climatique, et pour la pollution, dont incidemment une part non négligeable vient abréger la vie des Français. Merci pour le climat, merci pour la pollution.

Ce n’est donc pas l’éolien qu’il faut continuer à subventionner, mais toute l’Energiewende qui est à jeter
!

Autres problèmes pour l’éolien : obsolescence, pointes ingérables de productions, nuisances

D’autant que l’éolien rencontre d’autres problèmes. Tout d’abord, l’Allemagne, va devoir (eh oui déjà !) démanteler plus de 5 000 éoliennes anciennes difficilement recyclables- la durée de vie d’une éolienne n’est pas celle d’une centrale nucléaire ! Et il est fort à parier que les paysans qui les ont accueilli sur leurs champs resteront avec leur bloc de béton de 20 mètres enterré dans leurs terres. Ensuite, pour une production décentralisée comme les éoliennes, les coûts en terme de raccordement sont réseau sont très importants et plusieurs milliers d’éoliennes ne sont même pas raccordées !

Et puis, le fait que.., peu ou prou , toutes les éoliennes d’Europe, en tous cas d’Europe du Nord,  tournent en même temps, lors de l’arrivée des perturbations transatlantiques, produisant alors en abondance une électricité… dont personne n‘a besoin et qui ne vaut rien.

Or, en raison de l'insuffisance du réseau allemand de très haute tension (THT) pour transporter l'électricité éolienne du nord vers les centres de consommation du sud, cette électricité éolienne en provenance du nord du pays doit emprunter les réseaux polonais et tchèque, exportant ainsi le trop-plein d'énergie intermittente ; en 2011, cette situation a failli entraîner la saturation du réseau électrique tchèque, déclenchant depuis une réelle tension entre les deux pays.  Pour éviter le risque d'un « blackout », la République tchèque a averti qu'elle envisageait de pouvoir bloquer tout nouvel afflux d'électricité renouvelable qui ferait courir le risque d'une panne à son réseau ; pour ce faire, l’opérateur du réseau tchèque a décidé la construction d'un transformateur géant près de la frontière, destiné à ne laisser entrer que la quantité de courant que le réseau national peut supporter ; ce transformateur doit entrer en service d'ici 2017 ; la Pologne compte faire de même et installer des transformateurs à la frontière avec l’Allemagne, ; le gouvernement allemand a nommé un ambassadeur chargé de ce seul dossier.

Et encore, les nuisances ; et donc la  multiplication des plaintes qui allongent considérablement les délais et renchérissent les projets, se plaignent les margoulins de l’éolien. Ces plaintes émanent le plus souvent de défenseurs de l’environnement et des oiseaux, ou des riverains qui souhaitent instaurer une distance minimale par rapport aux habitations afin d’éviter les nuisances. « Protégeons nos paysages, les hommes et les animaux »: l’AfD a fait de la lutte contre l'éolien l'un de ses principaux thèmes de campagne lors des élections régionales. (Rappelons qu’aux Pays-Bas, la tension est telle que les autorités ont classé comme terroristes des mouvements écologistes hostiles aux éoliennes). Plus de 600 initiatives citoyennes ont fleuri contre les nouvelles installations d'éoliennes et dans l'Est

Quelles solutions ?

Eh bien, pour les autorités allemandes, il semble que ce soit de céder aux demandes des margoulins de l’éolien : diminuer les contraintes réglementaires, et notamment les distances imposées aux éoliennes par rapport aux habitations ; rétablir la garantie de revenus ; faciliter la mise à disposition de terrains pour l’installation de parcs éoliens et accélérer les octrois de permis. Les autorités devront œuvrer à renforcer l’acceptation des éoliennes par les citoyens….

Ben voyons ! En leur envoyant des brigades vertes ?

L’Allemagne s’enfonce dans l’irrationnel et c’est très inquiétant !  Son Energiewende absurde est un crime climatique, un crime contre l’Humanité, spécialité dans laquelle l’Allemagne possédait naguère quelques compétences spéciales.

Tiens, en passant, pour fixer les idées,  avec 680 milliards d'euros jetés au vent, l’Allemagne aurait pu construire 61 centrales nucléaires d'Olkiluoto-3 (EPR). Bon, pour le fun, parce qu’en fait une dizaine aurait suffit à leur fournir une électricité abondante, économique, non polluante et décarbonnée. Ecologique et économique. Pendant 70 ans !


vendredi 8 février 2019

L’Europe de l’énergie… encore un échec !


Transition énergétique et charbon : l’Allemagne nous enfume !

Ah oui, et au sens figuré et, au sens propre.

Résumé des faits : La commission allemande sur la sortie du charbon a proposé un plan censé permettre à l’Allemagne de se débarrasser de cette source d’énergie, la pire pour le climat et la pollution….  en 2038 !!!

En 2018, le charbon (lignite- le pire du pire en matière de pollution- et houille réunis) a compté pour près de 38% de la production allemande d’électricité. L’Allemagne est le pays de l’Unuion Européenne qui consomme le plus de charbon (71 mtep par an) – contre 48.7 pour la Pologne …et 9.1 pour la France. L’Allemagne s’est même permis ces dernières années d’ouvrir de nouvelles mines  (cf ll)a mine géante de charbon de Garzweiler, voir mon blog du 14 juillet 2018 Raisons de détester l’Eurokom 8 : A la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne). Malin, comme ça les Allemands pourront afficher une baisse plus rapide leur charbon….

En fait, les Allemands, en matière de transition énergétique, ont remplacé le nucléaire…par du gaz et du charbon. ( ben oui, on a beau mettre du solaire et de l’éoline, de toute façon, il faut les compléter par des énergies pilotables.  Et ça se voit : France : 5.80 tonnes CO2 par habitant, Allemagne : 8.8 tonnes CO2 par habitant. Ça se voit et ça se respire aussi, lors des épisodes de pollution à répétition….Et merde pour la pollution et merde pour le climat

Voyons le plan allemand : L’Allemagne prévoit donc d’abandonner le nucléaire d’ici 2022 et, peut-être, le charbon en 2038. Cela suppose qu’en l’absence de vent et de soleil, l’approvisionnement électrique sera assuré par du gaz naturel et du stockage d’électricité.

L’Allemagne pourra-t-elle accroître ses importations de gaz, alors qu’en Europe les réserves de cette ressource fossile s’épuisent et que la production décline?  En tout état de cause, cela suppose une dépendance de plus en plus étrite vis-à-vis de la Russie.  Concernant le stockage d’électricité, aucune technologie n’est actuellement mature à grande échelle et cela implique d’importantes pertes énergétiques, à compenser par une surproduction conséquente.

Sachant que le climat est en jeu (donc l’avenir de la planète et, incidemment, le nôtre), le pari allemand est plus que risqué. S’il fonctionne, l’Allemagne aura mis très longtemps à sortir du charbon, émis beaucoup de gaz à effet de serre, et restera dépendante du gaz naturel (ressource fossile et russe). S’il échoue, ce qui semble probable, tant ce plan fait peu de cas de la physique la plus élémentaire,  l’Allemagne continuera à brûler du charbon et nous en paierons tous l’addition.

Il est vrai que compte-tenu de sa durée, ses auteurs ne seront plus en poste au moment d’en dresser le bilan… dans 19 ans. Bravo pour l’irresponsabilité !


Allemagne 19 ans, Royaume-Uni 4 ans !

Et là où l’Allemagne nous enfume encore en plus, pour ne pas dire se fiche de nous, c’est sur la durée de sa sortie du charbon 19 ans !!!  Prenins l’exemple du Royaume-Uni : en résumé, alors que l’Allemagne prévoit de sortir de ses 38% de charbon en 19 ans, le Royaume-Uni a presque fini de le faire en 4 ans…

Comment ont-ils fait ? Au Royaume-Uni, l’électricité provenait, en 2013, à 37% du charbon. Quatre ans plus tard, en 2017, cette part était tombée à 6,7 %. Ce repli impressionnant s’explique par l’instauration en 2013 d’un prix plancher de 18£ par tonne de carbone émise. Cela signifie qu’indépendamment des fluctuations du marché européen des quotas d’émission de CO2, les énergéticiens britanniques savaient qu’ils paieraient au minimum 18£/tonne de CO2, et que ce prix minimal augmenterait avec le temps. Cette mesure a ôté au charbon sa compétitivité économique. Il a ainsi été remplacé par du gaz naturel, également une source d’énergie fossile, mais qui émet deux fois moins de CO2 par unité d’énergie produite, une diminution de la consommation électrique et des énergies renouvelables (éoliennes principalement).

L’extraction de gaz au Royaume-Uni s’effondrant depuis le passage de leur pic de production en 2000, le recours à cette source d’énergie pour remplacer rapidement le charbon est transitoire. À plus long terme, le gaz devrait être remplacé par de l’énergie nucléaire (bas carbone), renouvelable (éolienne) et des importations d’électricité depuis le continent. De fait, l’Angleterre a un ambitieux programme de construction de nouveaux nucléaire, comportant au moins deux EPR.

Donc la recette : la volonté de sortir du charbon rapidement par la fixation d’un prix véritablement incitatif du CO2, du gaz, du nucléaire, et, à plus long terme, du nouveau nucléaire.

L’Allemagne fait exactement le contraire : sortie en priorité du charbon, puis du nucléaire. Petit calcul :  combien l’Allemagne aurait pu éviter d’émissions de CO2 en décidant de sortir en priorité du charbon plutôt que du nucléaire.

En 2010, avant le début des fermetures de réacteurs, l’Allemagne a produit 133 TWh d’électricité d’origine nucléaire sur l’année. En 2018, après avoir fermé plus de la moitié de ses capacités, elle en a produit 72,1 TWh. Sur son cycle de vie (exploitation, infrastructures, chaîne d’approvisionnement…) le nucléaire émet 12 gCO2éq/kWh et le charbon environ 1000 gCO2éq/kWh.

Ainsi eut-elle fait le choix de sortir du charbon plutôt que du nucléaire, l’Allemagne aurait pu aujourd’hui éviter chaque année l’émission de 60,2 millions de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre. Lorsqu’elle sera complètement sortie du nucléaire en 2022, cette valeur s’élèvera à 131 MtCO2éq/an (soit environ 14% de la totalité des émissions domestiques allemandes, tous secteurs confondus: électricité, transports, chauffage, industrie, agriculture…).
Une proposition plus sage aurait donc été de geler la sortie du nucléaire (voire de décider la construction de nouvelles centrales) et de sortir le plus vite possible du charbon puis du gaz.

Mais l’Allemagne se fiche de tout, du climat, de la pollution de l’Europe, du monde, sauf des intérêts électoraux des politiciens allemands

Pour plus de précision, cvf. (Maxence Cordiez, https://twitter.com/maxcordiez?lang=frLe plan de sortie du charbon en Allemagne est-il réaliste)

La « plaque de cuivre » n‘est pas pour demain. Le quasi black out du 10 janvier

La « plaque de cuivre », c’est le fantasme d’une interconnexion parfaite des réseaux électriques européens… sachant que les distances et les pertes sont quand même assez fixées par les lois élémentaires de la physique.

Eh ben, c’est pas pour demain, et à vrai dire la fragilité du réseau européen devient inquiétante. Si ça continue, les autorités nationales exigeront bientôt un retour à davantage d’autonomie, des protections et des déconnexions.

Donc, jeudi 10 janvier, à 21h02 précisément (il faisait pourtant pas un froid polaire !) RTE a demandé aux industriels « électrointensifs » les aciéries, les raffineries, les cimenteries, de réduire immédiatement leur consommation. Sinon, il aurait fallu demander aux Français d’économiser l’électricité ou planifier une baisse générale de tension générale. Au pire, c’est-à-dire en cas de risque de black-out, on passerait au plan d’urgence, à savoir des coupures massives avec des régions entières plongées à tour de rôle dans le noir…

Plus de 1500 Megawatt ont été ainsi économisés,  ce qui correspond à l'équivalent de la production de deux réacteurs de Fessenheim. Cette interruption a duré de 20 à 45 minutes selon les entreprises, de quoi sécuriser le réseau. C'est la première fois que ce levier d'urgence est activé depuis sa création il y a 4 ans.

Que s‘est-il passé ? la fréquence du système électrique français et européen (les réseaux sont interconnectés) est passée très en dessous de 50 Hz, Or, quand la fréquence s'écarte trop de ce niveau, le système électrique pourrait connaître des coupures importantes, voire un black out ».

Pourquoi ? Ben, le pire est peut-être que l’on ne sait pas, et que, un mois après, on ne sait toujours pas. À l'origine, un problème dans nos importations. En clair : l'un de nos voisins n'a pas fourni ce qu'il s'était engagé à fournir. À 21 heures, la France importait de l'électricité à l'Allemagne et à la Belgique. Mais il n'est pas sûr que le problème vienne de chez eux, car le réseau européen est entièrement connecté. Les réseaux d'électricité européens sont interdépendants et un manque de production dans un pays, même temporaire, peut se traduire par une coupure chez ses voisins.

Une enquête a été ouverte pour identifier les raisons de cet événement, menée auprès du Réseau européen qui regroupe 41 gestionnaires européens de réseau d'énergie. L’hypothèse actuelle ? Le gestionnaire français du réseau électrique explique notamment cette baisse de fréquence par des problèmes récurrents entre le Kosovo et la Serbie (Eh oui, le Kosovo a le pouvoir de mettre à genou le réseau électrique européen !) et par « un problème technique sur les moyens de mesure du gestionnaire allemand sur l'interconnexion entre l'Allemagne et l'Autriche » ( ça devient une habitude, en Allemagne, de truander toutes leurs mesures ?)

Plutôt inquiétant, non ?

Pour rappel, en décembre 1978, l’hiver était particulièrement rigoureux, et une grande partie du nord de la France a été privée d’électricité pendant des heures: trains, métros, ascenseurs, tout s’était arrêté. Exactement comme à New York, un an auparavant, qui a connu deux jours de cauchemar avec des scènes de panique et de pillages. Chez nous, les pannes les plus graves ont eu lieu fin 1999 avec la tempête qui a détruit des milliers de pylônes et en novembre 2006. L’arrêt d’une ligne à haute tension dans le nord de l’Allemagne avait alors fait s’écrouler le réseau européen comme un château de carte, privant 15 millions de personnes de courant.

Eh bien, la politique européenne de l’énergie est un tel fiasco, un tel concours d’absurdité et de démagogie que nous risquons bientôt de nouveaux épisodes de ce type à l’échelle continentale…

Première leçon : le système électrique est fragile - et RTE a mis le réseau français sous surveillance jusqu’à la fin février.. Deuxième leçon : pour assurer l’alimentation de l’ouest de la France, il faut pour l’instant maintenir en activité la centrale à charbon de Cordemais, près de Nantes eh oui, on en est là. Troisième leçon : on a besoin de plus d’électricité pilotable, et il est assez affolant d’entendre les différents pays européens afficher des objectifs démagogiques et irréalistes de production d’électricité solaire ou éolienne… tout en expliquant, qu’en cas de problème, ils importeront de leurs voisins. Mais de qui exactement ? Il faut à la France rapidement 2,4, 6 EPR, à l’Europe 12, 14, 16 nouveaux EPR.


Pas de décarbonation, pas de lutte contre le dérèglement climatique, pas de sureté d’approvisionnement sans le nouveau nucléaire, sans les EPR !

jeudi 23 novembre 2017

Politique énergétique_4_L’escroquerie de la voiture tout-électrique

Le défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique 

Suivons toujours La France dans le Noir de Hervé Machenaud (Les Belles Lettres), c’est un guide sûr. « A-t-on une idée du défi industriel derrière le fantasme de la généralisation du véhicule électrique ? A ce jour, une des technologies les plus avancées (à quel prix !) celle de Tesla permet avec une batterie de 500 kg ½ tonne, une autonomie de  500 kM ? Le temps de recharge est de 20 minutes à partir de bornes de fortes puissances (quelques centaines en France) ou quinze heures à partir d’une recharge domestique.

Comment imagine-t-on de généraliser la recharge à domicile ? Comment feront les gens qui habitent dans les immeubles des grandes villes et leur banlieue ? Ils auront tous un parking souterrain équipé, ou bien devront-ils trouver une place dans le rue devant une borne de stationnement ?  A supposer que tous les trottoirs de toutes les villes en soient pourvus, quel sera le pourcentage de voitures qui pourront être rechargés pendant plus de douze heures ? 
 Les pouvoirs publics visent 6 millions de véhicules électriques à l’horizon 2030. Cela pourrait représenter une augmentation de 30% de la demande de pointe. Le procès fait au chauffage électrique responsable en France de la demande de pointe sera-t-il fait dans dix ans aux véhicules électriques qui auront tous besoins d’être rechargés entre 19 heures et 7 heures du matin ? Il faut une certaine candeur et pas un grand sens des réalités pour diffuser l’idée à la mode que les six millions de voitures pourront se recharger sur des bornes intelligentes, elles-mêmes équipées de batteries  qui, chargées la journée, chargeront les véhicules la nuit. A-t-on idée du poids de la taille, du coût d’une telle batterie ? Dans chaque borne ? Sans parler de son propre temps de chargement ! »

Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques : le thermique toujours meilleur

Economie en CO2 ; ça dépend de la source de l’énergie électrique !

Or justement, le CGDD (Commissariat Général au Développement Durable) a publié cette année (2017) une « Analyse coûts et bénéfices des véhicules électriques ».

https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Analyse%20co%C3%BBts%20b%C3%A9n%C3%A9fices%20des%20v%C3%A9hicules%20%C3%A9lectriques.pdf

En ce qui concerne le bilan environnemental (suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit et très faibles émissions de CO2),  la motorisation tout électrique permet de réduire sensiblement les coûts : suppression des émissions de polluants locaux en circulation liés à la combustion, moindre bruit (nul en milieu urbain très dense), et très faibles émissions de CO2 (liées à la production d’électricité qui sont faibles compte tenu du mix électrique français).

Sauf que ce gain environnemental de la motorisation électrique est. réduit par le coût environnemental de production de la batterie. Et surtout, la faiblesse des émissions en CO2 est intimement lié au mix électrique français et ses 70% de nucléaire dans la production électrique. Conséquence : le contenu CO2 moyen en France de l’électricité en 2013 est de 64 g de CO2 /kWh alors qu’il est de 486 g en Allemagne ( où l’on voit l’effet de l’abandonnement scandaleux du nucléaire allemand) et environ 270 au Royaume Uni, 290 en Italie, 220 en Espagne, 560 en Pologne.

Conséquence de la conséquence : en matière de CO2,  en usage mixte (c’est-à-dire non intensivement urbain) le véhicule électrique est plus performant que le véhicule thermique en France, mais pas   en Allemagne (330 g), au Royaume-Uni (270 g), en Italie (290 g) ou en Pologne (560 g). En 2020, le Véhiculé électrique  sera cependant plus performant que le véhicule thermique dans toutes les zones urbaines quel que soit le pays de l’UE. Mais, même en 2050, en usage mixte, le véhicule électrique  serait toujours moins performant que le thermique dans des pays comme l’Allemagne (240 g CO2/kWh), l’Italie (230 g) ou la Pologne (400 g).

Coût pour l’utilisateur

En ce qui concerne le coût pour l’utilisateur, pour un usage mixte, le véhicule thermique demeure plus avantageux que le véhicule électrique. Ainsi par exemple le surcoût socio-économique pour un VE en 2030 est de 7 000 euros sur la durée de vie de la voiture (et supérieur pour les autres technologies et/ou pour 2020). Ce résultat s’explique par le fait que la technologie électrique voit ses avantages compétitifs s’éroder du fait de vitesses plus élevées (hausse des consommations par rapport au milieu urbain) alors qu’au contraire le rendement du moteur des véhicules thermiques est optimal autour de 80 km/h3, et du moindre coût environnemental dans les zones moins peuplées. Ce phénomène est renforcé par une hypothèse de baisse annuelle de plus de 2 % des consommations des véhicules thermiques. Par ailleurs, pour rendre un service équivalent, le véhicule électrique considéré doit posséder une grosse batterie d’une capacité de 50 kWh correspondant à une autonomie plus importante (200 km). Cela implique davantage d’émissions de polluants et de Gaz  à Effet de Serre lors de la phase de fabrication.

Et ajoutons encore ceci : le Véhicule Electrique  est pénalisé par un investissement relatif à l’installation de bornes de recharge. Aux 7000 euros s’ajoutent  donc une prise à domicile pour un coût de 600 euros  et l’aménagement de places de parking avec borne à destination (travail, études, commerces…) pour un coût de 2 000 euros, soit un surcoût  total de l’ordre de 9 500 euros pour le Véhicule électrique, sur sa durée de vie.

 Et encore ces résultats sont très sensibles. Une hypothèse alternative de 8 500 km au lieu de 16.000 par an conduit à un surcoût pour le VE de plusieurs milliers d’euros. Moins on roule, moins le véhicule électrique et intéressant.



Mise en garde de Carlos Tavares . Merci Monsieur !

Au tsunami continu de la démagogie écologiste politique surmontant les hautes eaux de l’ignorance scientifique et technique s’ajoute l’irresponsabilité de certains industriels, prêts à tout pour faire leur cour aux pouvoirs politiques et pour empocher toute subvention bonne à prendre- en matière de voiture électrique se distingua Carlos Goshn, le multi patron paranoïaque  de Renault et Nissan. En revanche, son ex bras droit et maintenant patron de Peugeot, Carlos Tavares, se montra autrement plus critique à l’occasion du dernier salon de Francfort. Extraits rapportés par La Tribune 13 septembre 2017 :

« Les constructeurs ainsi que les autorités publiques auraient bien tort de faire de l'électromobilité l'alpha et l'oméga d'une automobile écologiquement vertueuse….Qui aujourd'hui est en train de se soucier de traiter de la question des mobilités propres dans leur globalité ? Quelles solutions pour la fabrication de batteries, le recyclage des batteries, l'exploitation mais également l'approvisionnement en terres rares, la nature de la production d'électricité... Etc »,
Estimant que « l'emballement autour de l'électromobilité risquait de revenir comme un boomerang au visage des citoyens, Carlos Tavares a ironiquement imaginé sa position s'il devait revenir dans dix ans avec l'électromobilité au banc des accusés, au même titre que les moteurs thermiques aujourd'hui » ( il était ironique ou inquiet ? l’inquiétude serait assez justifiée)

Carlos Tavares s’est aussi inquiété du fait que les subventions publiques sur l'électromobilité ne dureront pas éternellement, et qu’il en résultera un renchérissement du prix des voitures, (qui deviendront moins abordables pour beaucoup) et une concurrence chinoise accrue ( la Chine bénéficiant d’une géologie favorable pour la production des batteries »

Merci, M. Tavares, vous avez  plus fait pour la société que bien de vos confrères aux déclarations écologistes tonitruantes- pourvu qu’il y ait des subventions à toucher ! Cette remarque, toujours tirée de La France dans le noir, d’Hervé Machenaud , qui recoupe votre inquiétude : « Ce sont les industriels qui porteront la responsabilité de ne pas avoir alerté les politiques, d’avoir mis en œuvre leurs politiques, sans les avoir mis en garde contre leurs conséquences »

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale !

Bref, du point de vue écologique, économique, sociétal, la voiture tout électrique ne peut se justifier qu’en zone urbaine très dense, et encore à condition d’un programme extrêmement couteux d’équipement de recharge,  à condition même qu’il possible ( Mais ou mettra-t-on toutes les voitures à recharger à Paris la nuit ????)…. Et à condition de produire plus d’électricité décarbonnée, donc en particulier nucléaire…(parce que le soleil, la nuit ?). M. Hulot, on  vous met une dizaine d’EPR de plus ???

Le tout électrique en matière de voiture ? Une absurdité totale ! Lorsqu’enfin la  simple rationalité l’emportera, le thermique et les bio carburants- qu’il faudrait se résoudre enfin à produire en masse auront de beaux jours devant eux…



lundi 13 octobre 2014

Politique énergétique et changement climatique


Les éoliennes, c’est du vent

Article décoiffant sur les éoliennes dans Marianne (3 octobre 14) ; rien de très original, mais une synthèse honnête et efficace. Résumons pour la situation dans les campagnes : « Jalousies, médisances, rumeurs, partout où passe l’éolien et ses promesses de revenu garantis pour les uns et de nuisances assurées pour les autres, Clochemerle s’installe et sème la division »

Tout d’abord, avant 2007, des éoliennes construites à moins de 500 mètres des habitations et, même avec la nouvelle réglementation,  des habitants rendus fous par le bruit, les sifflements, l’effet stroboscopique, les lumières dans la nuit, le paysage gâché, et autres nuisances diverses, jour et nuit. Des sociétés qui se revendent les implantations et les projets les unes aux autres, puis disparaissent, laissant les habitants face aux malfaçons.

Tout ça pour quoi ? Dans un rapport publié par la revue Commentaire, un ancien directeur d’administration centrale, Nicolas Saudray affirme : « Dans l’ensemble de la France de 2013, la capacité des aérogénérateurs n‘a été utilisée qu’à raison de de 23 %. La plupart du temps, ils sont en effet arrêtés ou tournent au ralenti… Cet effet d’intermittence est aggravé par le fait que les engins ne produisent rien quand la consommation d’électricité est au plus haut (pic de froid sans vent en hiver). .. Afin de régulariser la discontinuité éolienne, il convient de mettre en place des installations complémentaires, dont la production doit pouvoir être accrue rapidement » ; et là, il n’y a guère le choix, ce sont des centrales thermiques, de préférence à gaz.

Bilan de l’éolien, il coûte cher, le lobbying du très actif  Syndicat de Energies Renouvelables ayant obtenu un tarif de rachat garanti par l’Etat très avantageux (au détriment d’EDF et in fine des consommateurs), il n’est pas rentable… et surtout il n’est pas écologique car contreproductif en ce qui concerne le réchauffement climatique, puisqu’il impose une augmentation des centrales à gaz. La fédération Environnement durable a bien raison de parler de rente indue pour les producteurs, et il est temps d’arrêter.

L’éolien ne convient pas à la géographie et au peuplement français (pas plus que les gaz de schistes), ne lutte pas contre le réchauffement climatique, est générateur de nuisances insupportables et de profits douteux. Le soutien à l’éolien est le contraire de ce qu’il faut faire en matière de politique énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique

Le charbon, ça continue

C’est assez peu connu, mais le marché international du charbon n’a cessé de croître. En quarante ans, depuis 1973, il a été multiplié par sept !  (de 200 tones à 2400 tonnes) et l’accroissement continue, voire s’accélère : de 2005 à 2010, il est passé de 800 à 1100 tonnes, et de 2010 à 2013 de 1100 à 1400 tonnes ( soit un doublement sur la dernière décennie). Les principaux consommateurs sont la Chine et l’Inde. La part du charbon a aussi augmenté en valeur relative : 25% des approvisionnements en énergie en 1973 , 30% en 2013.

Or le consensus général est que du  point de vue environnemental, tant  pour la pollution que pour le réchauffement climatique, le charbon est la pire des sources d’énergie, et que l’urgence est de décarboner notre croissance. Inde et Chine se tournent massivement vers la seule énergie aujourd’hui disponible qui leur permette de continuer à améliorer leur niveau de vie tout en limitant le réchauffement climatique, le nucléaire. Et c’est à ce moment que nous, la France, mais plus encore l’Europe, limiterions notre recours au nucléaire ? voire que, comme en Allemagne,, on arrête le nucléaire pour remettre en service des centrales à gaz… et à charbon. C’est tout simplement proclamer que l’on se moque du réchauffement climatique et de ce qu’il provoquera chez les peuples  qui seront les plus exposés à ses conséquences, c’est saboter et faire sombrer dans le ridicule la prochaine conférence de Paris sur le réchauffement climatique, comme celle de Copenhague, en 2004.

Le solaire - il faut avancer

 C’est évidemment l’énergie de l’avenir, la seule énergie renouvelable, propre, et qui  nous soit fournie par la nature en quantité suffisante pour nos besoins. Là encore, des erreurs ont été commises à ne pas renouveler. L’équipement en solaire domestique est certainement intéressant, mais d’effet modeste. Il a été encouragé hors de toute proportion raisonnable par une collusion entre des milieux écolo-affairistes et un gouvernement manipulé. Alors que le coût du MégaWatt heure solaire est de 200 €, le prix de rachat imposé à EDF a varié entre 314 € et 580 € suivant les installations, extraordinaire rente de situation aux dépens des consommateurs. On aurait pu au moins éviter de faire pire que l’Allemagne, qui a imposé un prix de rachat à parité avec le prix moyen de l’électricité. Si le solaire domestique est utile pour l’utilisation domestique, c’est une aberration que de permettre de le vendre, avec des profits astronomiques sur le réseau.  

Autre absurdité, ce sont les producteurs de panneaux chinois qui ont massivement profité des subventions allemandes et français, avec des productions de faible qualité dans des conditions sociales et environnementales critiquables, alors que les fabricants européens ont fait faillite en série. Pourquoi ? Parce que l’on a subventionné larga manu, sans se préoccuper d’avoir au préalable créé une filière industrielle – une autre erreur à ne pas répéter.

Le solaire, bien sûr, mais il exigera de nouvelles percées technologiques et des choix réfléchis. Le solaire industriel passera-t-il par le stockage et la consommation sous forme d’hydrogène ? Ce sera alors toute une nouvelle économie à bâtir, mais qui semble technologiquement à notre portée.  Sous une autre forme  (nouvelles batteries, stockage calorique ?). La conception et l’utilisation industrielle d’OGM (d’algues par exemple) optimisées pour la photosynthèse de carburants est une autre voie prometteuse d’utilisation de l‘énergie solaire.  Tout cela exigera du temps et des développements technologiques, raison de plus pour commencer rapidement et massivement.

Des progrès continus et significatifs sont accomplis. Ainsi,  une équipe de Lausanne a présenté une cellule photoélectrique à base de perovskite, un matériau abondant et peu cher, capable d’obtenir un rendement de plus de 12% de transformation d’énergie solaire en hydrogène, ce qui peut être estimé à douze fois le rendement de la photosynthèse naturelle (Science, Gratzel et al, 26 sep 14). Oui, il est grand temps d’avoir un programme ambitieux et coordonné sur le solaire

La fusion nucléaire ? Stopper Iter ?

Le gigantesque programme Iter, bien mal géré et de façon très opaque par la communauté européenne ne cesse d’accumuler les problèmes non prévus – un des derniers en date, la détritiation qui, faute d’un système efficace et  sûr, a entrainé le blocage de l’assemblage du réacteur par l’ASN (autorité de sécurité nucléaire). Iter devait être achevé en 2016 !. Le budget prévisionnel pour arriver à un démonstrateur était initialement estimé à 10 milliards, il a maintenant doublé ! Un rapport d’évaluation sévère, publié en février 2014, a listé onze recommandations essentielles  qui, en creux, dessinent un projet en crise profonde:  créer une culture de projet (il serait temps), instiller une culture de sûreté nucléaire ( il serait aussi temps) , développer un planning réaliste du projet  (idem)  et simplifier et réduire la bureaucratie. En juillet 14, le Sénat américain en a tiré les conclusions en ordonnant  au Département de l’Énergie de travailler avec le Département d'État pour se retirer du projet ITER ». 2016 au départ ? Aujourd’hui, le Directeur général, Osamu Motojima, pourtant partisan convaincu de la fusion annonce (juillet 2014) : «  Si la date de mise en service est 2025, le projet ITER n’y survivra pas ».

Iter ne sera pas au rendez-vous des nouvelles technologies, et encore moins de la lutte contre le réchauffement climatique. Un réexamen drastique du programme s’impose rapidement, tout délai supplémentaire est de l’argent, et beaucoup d’argent perdu, qui pourrait être utilisé à meilleur escient. Il aboutira probablement un fort ralentissement et une priorité revue nettement à la baisse, voire l’arrêt total.

L’échec n’est pas une option

La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas un choix, c’est une exigence pour la survie de nos sociétés. Nous ne pouvons pas nous permettre l’échec du sommet de Paris, après celui de Copenhague.  Elle est affaire de politique scientifique. Scientifique, elle doit se baser sur une évaluation solide et sûre des possibilités techniques, de leurs chances d’aboutir, de ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas apporter dans un avenir proche, de leurs conséquences. La France, l’Europe devraient dès maintenant organiser des états généraux scientifiques, le travail de groupes d’experts, qui, sur le modèle du GIEC, ne se contenteront plus d’établir la réalité du réchauffement anthropique, mais  proposeront des solutions et des scenarios. Politique, elle doit impliquer des personnalités gouvernementales fortes et s’adresser à l’opinion publique, par l’information sur les enjeux, sur les conséquences des différents choix techniques possibles. Les scientifiques doivent dire ce qui est possible, l’opinion dire ce qu’elle veut et les politiques organiser le dialogue entre les deux, dégager les consensus et agir []
 

lundi 6 octobre 2014

Le nouveau rapport Stern une certaine hypocrisie


Croissance et lutte contre le réchauffement climatique : pas incompatibles !

En 2006, Lord Stern, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale publia un document sur les conséquences économiques du changement climatique qui fit date. Le premier rapport Stern estimait que, faute d’agir efficacement contre le réchauffement climatique, le PIB mondial risquait de s’effondrer de 20% d’ici à 2050.  Le rapport Stern de 2014 affirme que les « impacts de la transition énergétique ont jusqu’à présent été surestimés, comme ont été minimisés les bénéfices » et que  « lutte contre le changement climatique et croissance peuvent aller de pair » . Recettes recommandées par le Pr Stern pour réduire les gaz à effets de serre, limiter le réchauffement climatique à deux degrés sans  crise dans les pays prospères, ni hypothéquer le développement des  moins développés :

1) La productivité de l’agriculture sera critique pour assurer l’alimentation d’une population prévue pour atteindre 8 milliards en 2030. La production de nourriture peut être accrue, les forêts protégées, les émissions abaissées par la simple restauration des terres dégradées (qui pourrait nourrir 200 millions d’habitants) et de nouvelles technologies (voir ci-après)

2) Oeuvrer à La fin du charbon comme source d’énergie et pour le développement du solaire et de l’éolien et d’autres énergies non carbonées pour la production d’électricité

3) La fin de toute subvention des énergies carbonées (dont le rapport précise qu’elles représentent encore 600 milliards de dollars contre 100 milliards de dollars d’aide aux énergies nouvelles)

4) Intégrer les préoccupations du réchauffement climatique dans tous les processus de décision politique

5) Un accord international sur le climat fort, durable, équitable, susceptible de créer un climat de confiance pour des politiques nationales

6) Un prix des énergies carbonées élevé, fixe, prédictible qui envoie un signal clair à l’économie

7) Réduire le coût de financement des énergies non carbonées, avec le développement d’instruments financiers nouveaux pour les énergies nouvelles diminuant les risques perçus (risk sharing, obligations vertes…) et financements étatiques

8) Construire des économies d’échelle pour les énergies non carbonées et compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique

9) Des villes plus compactes, plus connectées, plus denses, avec un développement massif des transports publics.

10) Stopper la déforestation et la destruction des forêts naturelles complètement en 2030, restaurer 500 millions d’hectare de forêts ou terres agricoles dégradées.

Ajoutons une onzième recommandation : tripler les efforts de recherche développement consacrés à l’énergie et au climat dans les économies développées pour atteindre plus de cent milliards par an dans les années 2020.

De quelques cachoteries

J’aurais aimé trouver  le rapport Stern convaincant, et la bonne nouvelle est le soin avec lequel il entreprend de démontrer que croissance économique et lutte contre le réchauffement climatique sont compatibles. Le seul problème est qu’il est un rapport exclusivement économique qui ignore superbement les défis scientifiques bien réels, un rapport hypocrite dans sa volonté de masquer certaines conséquences, un rapport très lié au contexte (et aux intérêts) anglo-saxons. Exemples :

En ce qui concerne la densification urbaine, particulièrement intéressante est  la comparaison entre Atlanta (5.25 millions d’habitants répartis sur 4300 km2) et Barcelone (5.3 millions d’habitants sur 162 km2). En fait la politique urbaine proposée par le rapport Stern vise surtout l’étalement des conurbations américaines… pour se rapprocher des métropoles européennes. En cette matière, l’Europe est déjà  en ligne avec ce que préconise le rapport, et a donc peu de marges de manœuvre.

En ce qui concerne la productivité agricole, le rapport Stern souligne la réhabilitation en Chine des plateaux de loess par des plantations d’arbres, ainsi que celle du Maradi et du Zinder au Niger, mais insiste aussi sur le « scuba rice », une nouvelle sorte de riz qui supporte d’être submergé,  a été introduit en Inde en 2008 et adopté avec succès par plus de 5 millions de cultivateurs. Donc, la nécessaire augmentation de la productivité agricole passe par l’invention de nouveaux OGM… mais chut !, le terme lui-même est hypocritement évité.

Grande perplexité lorsque le rapport considère le gaz comme un très bon pont intermédiaire vers les énergies décarbonées…parce qu’il peut remplacer le charbon, toute en réduisant le CO2 émis et la pollution locale. Autant le dire,- mais il ne le dit pas ouvertement -,  le rapport Stern est en faveur des gaz de schistes. Par contre, il ne mentionne absolument pas la seule énergie complètement décarbonée qui permette réellement la transition énergétique vers les énergies renouvelables (- solaire essentiellement -) tout en permettant croissance et progrès, le nucléaire. Curieuse, cette propension à défendre les solutions qui conviennent aux USA, et à ne dire mot des solutions qui assurent une bonne  compétitivité à la France. La Chine, qui  fonce à toute vapeur - de charbon- vers le nucléaire et le Japon, qui, malgré Fukushima, s’apprête à relancer son nucléaire ne s’ y trompent pas ; ni Ségolène Royal qui a réaffirmé l’utilité du nucléaire français pour la transition énergétique.

Tripler les efforts de recherche développement pour les énergies renouvelables ? Fort bien, mais l’Europe a été incapable, et a d’ailleurs renoncé à atteindre le taux de 3% du PIB en recherche développement que préconisait l’agenda de Lisbonne pour l’ « Europe de la Connaissance »

Nous déterminons notre futur !

 Le rapport Stern est beaucoup plus convaincant sur le thème du développement de « l’Economie circulaire ». Au lieu du circuit linéaire allant de l’extraction des ressources primaires aux déchets, en passant par le produit, il s’agit en fait de systématiser le recyclage. Le rapport cite l’exemple de Cat Reman, la filiale de recyclage de Caterpillar qui emploie 8000 salariés dans 15 pays et est bénéfique pour l’environnement et…  source d’importants profits pour Caterpillar, en réutilisant tout ce qui peut l’être et valorisant au mieux le reste, proposant à ses clients des matériels recyclés pour une fraction du prix originel.

Oui le rapport Stern a raison de souligner que les investissements que nous ferons ou ne ferons pas dans les quinze ans à venir détermineront le climat mondial futur ; que si nous ne faisons rien, les catastrophes climatiques nous imposeront un coût bien supérieur aux investissements que nous n’aurions pas voulu faire. De toute façon, le coût humain et sociétal du réchauffement climatique et l’épuisement des ressources ne nous laisse guère de choix : nous devons préparer l’économie décarbonée, et ce défi devrait être déjà l’un des sujets majeurs de préoccupation et d’action des gouvernements. Vive donc les ministères du développement durable, et c’est une bonne idée que de les confier, comme en France, à des hommes ou femmes politiques d’envergure.

Reste que les lobbies de tous acabits seront à la manœuvre, et que cette politique, qui sera d’abord coûteuse, doit être menée sur des bases scientifiques et économiques solides ; et que la politique la mieux adaptée n’est pas nécessairement la même dans toutes les zones géographiques.  Il serait quand même bon que nous ayons, en France et en Europe,  des Etats généraux de l‘énergie, au cours desquels les experts scientifiques s’accorderaient sur différents scénarios et sur les priorités à mettre en œuvre, informeraient le public sur les conséquences et les enjeux et permettaient aux décideurs, en toute transparence, de mettre en œuvre la meilleurs transition possible.