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vendredi 20 août 2021

Un rapport commandité par le Syndicat des travailleurs de l’énergie (PWU) de l’Ontario recommande une politique pro-nucléaire

Electrification Pathways for Ontario to Reduce Emissions, rapport rédigé par Strapolec

https://twitter.com/CVOUICNI/status/1428398328216162316

https://www.pwu.ca/wp-content/uploads/2021/08/electrification-pathways-summary-report-final-aug-18.pdf

Conclusions principales : 

1. L’Ontario devra faire face  à une pénurie d’électricité et à des risques de pour la sécurité d’approvisionnement dans les quatre à huit prochaines années. Le déficit d’offre de capacité émergent de l’Ontario a été identifié pour la première fois dans le Plan énergétique à long terme (PIE) de 2013 et s’est depuis considérablement creusé, car aucune mesure concernant la production électrique  n’a été prise pour le combler. Avec le retrait prévu depuis longtemps de la centrale nucléaire de Pickering en 2025, l’Ontario fera face à un déficit de capacité d’au moins 3,6 gigawatts (GW) en 2030 pour lequel il n’a pas de solution. Cet écart pourrait se creuser jusqu’à 9,5 GW si l’on tient compte de l’électrification de l’économie. Combler ce besoin équivaut à doubler le parc nucléaire prévu de l’Ontario en huit ans.

2) Atteindre l’objectif net zéro d’ici 2050 augmentera la demande d’électricité d’au moins 130 %. L’atteinte des objectifs d’émissions nettes zéro (NZ) d’ici 2050 fixés par le gouvernement fédéral et la société civile nécessitera l’électrification des secteurs des bâtiments, des transports et de l’industrie. Même en supposant que des gains d’efficience importants soient réalisés, la demande d’électricité de l’Ontario augmentera d’au moins 130 % par rapport aux prévisions de planification actuelles, et peut-être de plus de 190 %.

3) Tirer parti des synergies entre l’électricité, le gaz naturel et l’hydrogène peut réduire les besoins d’approvisionnement, mais 55 GW de nouvelles ressources en électricité seront encore nécessaires d’ici 2050, soit quatre fois les actifs nucléaires et hydroélectriques de l’Ontario.

4) Des solutions intégrées optimisées pourraient permettre des options technologiques compétitives sur le plan des coûts. Des solutions d’approvisionnement en énergie à faibles émissions de carbone, comme le nucléaire, le gaz naturel avec captage du carbone, les énergies renouvelables et le stockage, sont nécessaires pour l’approvisionnement de la charge de base et de la demande variable de l’Ontario. Les tendances en matière de coûts révèlent que les solutions hybrides à faibles émissions de carbone qui combinent la production traditionnelle avec les technologies émergentes peuvent être compétitives sur le plan des coûts. Les solutions nucléaires seraient les moins coûteuses, fournissant de l’énergie à 25 % moins cher que le système actuel de l’Ontario.

 Du nucléaire pour la demande de base

Les centrales nucléaires et les centrales de production au gaz naturel à cycle combiné (TGCC) équipées de CSC sont les moyens les plus rentables de répondre à la demande de charge de base. Entre les deux, l’énergie nucléaire offre l’option à moindre coût, comme le montre la figure 8. L’avantage de coût de l’énergie nucléaire se manifeste pour deux raisons principales. Premièrement, le coût du CSC augmente considérablement le coût de la production au gaz naturel. Pour atteindre zéro émission nette, le CSC doit être complété par le captage direct du carbone dans l’air et la séquestration du carbone pour l’éternité. Deuxièmement, l’environnement actuel de faibles taux d’intérêt a considérablement réduit les perspectives de coûts de la production nucléaire conventionnelle. Au cours des cinq dernières années, le NREL a réduit son estimation des coûts de production nucléaire en 2035 de 131 $/mégawattheure (MWh) à 71 $/MWh (USD), en grande partie en raison de changements dans les coûts de financement présumés.  La nouvelle production d’énergie nucléaire pourrait être soutenue financièrement par des partenariats public-privé et la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC).

Du nucléaire pour la demande variable

La demande variable quotidienne et saisonnière pourrait être soutenue économiquement par plusieurs solutions technologiques. L’approvisionnement flexible a généralement été fourni par le gaz naturel. Cependant, la demande variable pourrait également être satisfaite par des solutions hybrides à faible émission de carbone moins coûteuses. L’une de ces solutions est le nucléaire couplé au stockage distribué par batterie lithium-ion (liion) et à la production de gaz naturel pour les périodes de forte demande. Les énergies renouvelables (principalement l’énergie éolienne) associées au gaz naturel de secours, au stockage distribué sur batterie ou au stockage d’énergie à air comprimé (CAES) offrent une autre option.  Une simulation de ces trois options au cours des 8760 heures d’une année démontre que l’option nucléaire serait  l’option la plus rentable pour fournir une demande variable à un coût total du système de 152 $/MWh par rapport aux 183 $/MWh pour la solution fondée sur les énergies renouvelables.

Les avantages coûts du nucléaire

De nouvelles options basées sur le nucléaire pourraient également réduire les coûts du système électrique. Premièrement, la capacité de permettre un fonctionnement constant des installations de production d’hydrogène par électrolyse  réduirait les coûts de production de l’hydrogène, mais aussi  permettrait  à l’hydrogène électrolytique de fournir des options de pointe et de réserve économiques au système électrique. Cela réduirait le besoin de capacité de pointe assurée par le gaz naturel. Deuxièmement, avec une charge de base nucléaire, le stockage est utilisé pour réduire les pics en lissant la demande plutôt que de tenir compte de l’intermittence de la production d’énergie renouvelable. Enfin, le coût de l’infrastructure de distribution (Dx) et de transport (Tx) peut être réduit par l’amélioration de l’utilisation des actifs obtenue grâce à la réduction des pics.

Répercussions sur les contribuables et consommateurs :

 Une solution nucléaire intégrée pourrait fournir de l’énergie à un coût de base inférieur de 25 % à celui du système actuel de l’Ontario et jusqu’à 10 % inférieur à l’estimation la plus basse pour une future solution fondée sur le gaz naturel et les énergies renouvelables. Le coût actuel des produits de base de l’Ontario de 166 $/MWh comprend les coûts de production, de Tx et de Dx, et d’exploitation du réseau. Une partie importante résulte de la production d’énergie renouvelable et du gaz : la composante hydroélectrique et nucléaire coûte 80 $/MWh, le reste coûtant 180 $/MWh. Une solution nucléaire intégrée pourrait fournir de l’électricité à un coût de 123 $/MWh.

Donc, en Ontario, les syndicats de l’énergie, qui s’y connaissent un peu plus que les écolos dogmatiques se mobilisent pour le nucléaire, dans l’intérêt du climat,  de la sécurité d’alimentation, de la compétitivité économique et des citoyens.

En Europe aussi, les syndicats de l’énergie se mobilisent pour le nucléaire. Travailleurs de tous pays, vive le nucléaire ! Puissent-ils être entendus !

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/08/nouvelle-initiative-de-syndicats.html

 

samedi 10 juillet 2021

Avis de l’Académie des sciences (8 mai 2021) : L’apport de l’énergie nucléaire dans la transition énergétique, aujourd’hui et demain

Texte intégral : https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/20210614_avis_nucleaire.pdf

Extraits

 1)  La transition énergétique : « La transition énergétique, à mettre en œuvre pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique qui en découle, doit se traduire par :

 - une diminution de notre consommation d’énergie par personne ;

- une réduction de notre dépendance aux combustibles fossiles, en priorité le charbon et le pétrole, et dans un second temps le gaz ;

- une augmentation de la part des sources d’énergie bas-carbone (énergies renouvelables et énergie nucléaire) ; »

 Ces évolutions conduiront inéluctablement à une augmentation importante de la part de l’électricité dans la production et la consommation énergétique, pour atteindre un niveau de l’ordre de 700 à 900 TWh (terawatts-heure) en 2050, presque le double de notre production électrique actuelle. Cette électricité doit être la plus décarbonée possible.

Commentaire : Comme l’Académie des Technologies l‘avait déjà remarqué, et comme on l‘a signalé plusieurs fois sur ce blog, ce niveau de 700 à 900 TW.h confirme que la PPE est bonne à jeter (650 TW.h). Ainsi que tous les scénarios, n’est-ce pas  @RTE qui s’appuient dessus.

2) Les ENR :  « Les énergies renouvelables intermittentes et variables, comme l’éolien et le solaire photovoltaïque, ne peuvent pas, seules, alimenter un réseau électrique de puissance de façon stable et pilotable si leur caractère aléatoire n’est pas compensé. Il faut pour cela disposer de capacités massives de stockage d’énergie et/ou d’unités de production d’énergie électrique de secours pilotables. Le stockage massif d’énergie, autre que celui déjà réalisé au moyen des centrales hydroélectriques de pompage-turbinage, demanderait des capacités que l’on ne voit pas exister dans les décennies qui viennent. La pilotabilité, en absence de ces dernières, ne peut être assurée que par des centrales nucléaires, si l’on exclut les centrales thermiques utilisant les énergies fossiles.

3) Nucléaire et CO2  « Un RNT (Réacteur à Neutrons Thermiques) classique injecte massivement, 24 heures sur 24, au moins pendant quelque 300 jours par an, de l’électricité décarbonée dans le réseau. La production électrique nucléaire est, en effet, de toutes les sources d’énergie électrique, la moins émettrice de gaz à effet de serre (environ 6 grammes d’équivalent de CO2 par kWh produit). »

4) Nucléaire et impacts environnementaux  « Une analyse complète du cycle de vie des systèmes électriques montre que les impacts environnementaux non radioactifs de l’électronucléaire sont le plus souvent bien inférieurs à ceux des autres systèmes. Pour ce qui concerne les impacts radiologiques, ils restent, en situation normale de fonctionnement, très inférieurs à ceux associés à la radioactivité naturelle. En revanche, ceux liés à des accidents nucléaires majeurs ont nécessité l’évacuation de territoires étendus pour éviter des expositions radiologiques hors normes et ont eu de lourdes conséquences sociales et environnementales. Le retour d’expérience de ces accidents a donné lieu à des améliorations successives de la sûreté des réacteurs. Depuis 2011, les réacteurs de type EPR, réacteurs à eau pressurisée (REP) de troisième génération, sont conçus de façon à minimiser la dissémination accidentelle de la radioactivité dans l’environnement, grâce à des dispositions technologiques et réglementaires d’augmentation de la sûreté »

5) Les déchets :  « Les déchets de moyenne et haute activité à vie longue, qui sont les plus délicats à gérer, ont un volume de l’ordre de 1,4 m3/TWh électrique pour le parc français (les volumes totaux de ces déchets depuis le début de l’ère nucléaire sont respectivement de 42 700 m3 et de 4 090 m3). L'inventaire de l'ensemble des déchets du parc nucléaire français est régulièrement tenu à jour par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra)… Le stockage en couche géologique profonde, dans des conditions de sûreté et de gestion réversible, contrôlées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), est bien adapté aux déchets à vie longue. Dans ce cadre, la demande de création de Cigéo (Centre industriel de stockage géologique), après vingt ans de recherche par la communauté scientifique nationale, est prête à être déposée auprès du ministère de la Transition écologique pour être examinée par l’ASN »

6) Les RNR (surgénérateurs) : Dès le début du programme, la politique énergétique électronucléaire visait la possibilité d’installer un parc de réacteurs à neutrons rapides (RNR) afin de mieux utiliser les ressources en uranium et prolonger ainsi la production d’électricité électronucléaire…Le modèle de,RNR le plus mature est un réacteur utilisant du sodium liquide comme fluide caloporteur de l’énergie : le RNR-Na. Le retour d’expérience de ces réacteurs est important, notamment en France qui a exploité, Phénix, Superphénix et a conduit pendant 10 ans le projet Astrid préfigurant les RNR de quatrièmen génération (RNR GenIV).

La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) a récemment repoussé au siècle prochain un déploiement des RNR, conduisant à l’abandon du projet Astrid du CEA. Comme stratégie d’attente, elle a décidé d’aller vers le multirecyclage du plutonium du combustible usé dans les RNT, notamment les réacteurs EPR. Cette stratégie est destinée à maintenir l’expertise de la France en matière de R&D pouraller vers les RNR. Elle peut stabiliser les quantités de combustible usé mais ne conduit pas àl’autonomie énergétique telle que recherchée avec les RNR.

 7) Recommandations :

- conserver la capacité électronucléaire du bouquet énergétique de la France par la prolongation des réacteurs en activité, quand leur fonctionnement est assuré dans des conditions de sûreté optimale, et par la construction de réacteurs de troisième génération, les EPR, dans l’immédiat. Ces derniers reposent sur la meilleure technologie disponible actuellement et offrent les meilleures garanties de sûreté ;

- initier et de soutenir un ambitieux programme de R&D sur le nucléaire du futur afin de préparer l’émergence en France des réacteurs à neutrons rapides (RNR) innovants de quatrième génération (GenIV), qui constituent une solution d’avenir et dont l’étude se poursuit activement à l’étranger ;

- de prendre en compte dans ce programme tous les aspects scientifiques du recyclage du combustible associés aux réacteurs, incluant la gestion des déchets radioactifs ;

-  maintenir des filières de formation permettant d’attirer les meilleurs jeunes talents dans tous les domaines de la physique, la chimie, l’ingénierie et les technologies nucléaires pour développer les compétences nationales au meilleur niveau ;

- informer le public en toute transparence sur les contraintes des diverses sources d’énergie, l’analyse complète de leur cycle de vie et l’apport de l’électronucléaire dans la transition énergétique en cours.




mercredi 11 novembre 2020

La dernière (mauvaise) blague belge : la sortie du nucléaire en 2025

 Comme en Allemagne, une décision politicienne absurde !

Mon attention a été attirée par cette expression d’un tweetos belge :

« - Bravo, la Belgique a enfin un gouvernement !

-  Horreur, ce gouvernement décide de remplacer ses centrales nucléaires par des centrales au gaz d’ici 2025!

-  L’UE décide de réduire ses émissions de CO2 de 55% d’ici 2030. Comment on va faire? « 

Excellent résumé !

Donc, durant la sombre nuit du 28 au 29 septembre 2020,  les partenaires de la future coalition fédérale (Gouvernement Vivaldi !) se sont accordés pour une sortie du nucléaire.  Membre de la future probable coalition Vivaldi, Ecolo souhaite que la sortie du nucléaire soit actée et que toutes les centrales soient fermées d’ici à 2025.

La Belgique avait déjà prévu une sortie complète du nucléaire dans une loi datant de 2003, mais qui était restée sans véritables suites. Là, les échéances ont été précisées et rapprochées et l’engagement est ferme, merci pour l’action anticlimatique des écologistes et la démagogie de leurs alliés.

« Le gouvernement reconfirme résolument la sortie du nucléaire… Le calendrier légal de sortie du nucléaire sera respecté comme prévu »

Mais il risque d’y avoir de petits problèmes d’approvisionnement, alors

« Si  à la fin de l’an prochain, il apparaît que la sécurité d’approvisionnement est menacée, le gouvernement se réserve le droit de modifier le calendrier légal afin que deux centrales nucléaires – correspondant à 2 gigawatts – continuent à fonctionner. »

Sortir du nucléaire n’est pas si simple ! La sécurité d’approvisionnement menacée !

Oui, mais il y a un petit problème : « Electrabel a prévenu: fin 2021 pour trancher, c’est irréaliste et trop tardif pour pouvoir prolonger les réacteurs concernés au-delà de 2025 . Une décision sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 doit être prise au plus tard fin 2020. »

De fait, selon le gestionnaire de réseau belge, Elia, sans  les mécanismes de capacités (CRM,  gaz ou charbon ??voir ci après), la capacité de production d’électricité serait trop faible. Une capacité de 3 GW issus du nucléaire devrait être conservée, ce qui correspondrait au maintien de 3 centrales, sans interruption durant l’hiver et moyennant la constitution d’une réserve stratégique.

De fait, la poursuite du nucléaire au-delà de 2025 est revendiquée depuis longtemps par la N-VA. Les nationalistes ont déposé une proposition de résolution qui demande au gouvernement de prendre les initiatives nécessaires « pour ne pas fermer la porte à l’éventuelle prolongation d’un nombre limité de réacteurs après 2025 ».

Mais ça va pas être simple : Le maintien de réacteurs au-delà de 2025 impliquerait de modifier une loi de 2003. Il faudrait en outre mener une consultation publique, comme l’a imposé récemment la Cour constitutionnelle, et réaliser d’importants investissements. « Il s’agit d’un plan ambitieux », a fait remarquer le patron de l’unité nucléaire d’Engie-Electrabel, Thierry Saegeman. Si une telle décision devait être prise, elle devrait l’être avant la fin de cette année.

Alors, les experts ont beau plaider  pour prolonger le nucléaire, il est à craindre que le monde politique belge ne procrastine par lâcheté et rende finalement la décision de poursuivre le nucléaire impossible !

Encore un bel exemple de l’action des  "étrangleurs ottomans" du nucléaire :  ( l’exécuteur du Sultan qui vous étrangle si prestement que vous ne vous en rendez pas compte !.

Donc, en fait, la sécurité d’approvisionnement des Belges est bel et bien menacée à court terme et les conséquences de cette politique irresponsable risquent de se faire sentir prochainement

D’autant que…

Par quoi remplacer le nucléaire manquant et quelles conséquences ?- La sécurité d‘approvisionnement

Eh ben, c’est clair, comme les Allemands, la Belgique veut remplacer son nucléaire par du gaz ! Et  ils ne font même pas semblant de passer par la case à vrai dire inutile et coûteuse ENR, non direct gaz! Ainsi :


« Il y a quelques jours, la société Baliwind obtenait le feu vert de la Région wallonne pour la construction d’une puissante centrale électrique TGV (turbine-gaz-vapeur) dans le zoning de Seneffe-Manage, sur un terrain situé entre la N27 et la N59. La production électrique nette de la future centrale est estimée à 5 133 GWh/an, soit l'équivalent de 26% de la production de la centrale nucléaire de Tihange…. . La centrale évacuera en effet plus d’1,2 million de tonnes de CO2 par an. »

Ah oui, mais la Commission Européenne ne semble pas d’accord avec les solutions envisagées par la Belgique, notamment pour financer son nouveau gaz et assurer sa sécurité énergétique :

« Un rapport sur les projets sélectionnés pour le mécanisme de rémunération de capacité (CRM) est attendu sur la table du gouvernement pour novembre 2021…. la Commission européenne a annoncé le 21 septembre l’ouverture d’une enquête approfondie concernant le mécanisme de capacité belge, ce qui pourrait retarder la publication du rapport. L’exécutif européen entend déterminer si ce mécanisme est conforme aux règles de l’Union européenne en matière d’aides d’État. À titre préliminaire, la Commission a déjà indiqué que la Belgique « n’a pas encore suffisamment démontré ni correctement quantifié les éventuels futurs problèmes d’adéquation des ressources sur le marché belge de l’électricité ».

Coincés entre la démagogie de ses politiciens et  la Commission Européenne, les Belges risquent de connaitre des jours sombres (au sens littéral) et froids !

A moins que, la politique Belge étant pleine de ressources surprenantes pour un observateur extérieur, la région Flandre, apparemment plus rationnelle ne se fasse entendre.

En effet, la sortie du nucléaire  n’est pas au goût de la N-VA. « Ils doivent nous prendre en compte. Si le gouvernement fédéral veut construire des centrales au gaz, il doit demander des autorisations à la Flandre ». La NVA  a bien fait comprendre qu’elle n’avait pas l’intention de coopérer avec un éventuel gouvernement Vivaldi, préférant s’en tenir à l’accord de coalition flamand. « Nous avons dit que la facture énergétique n’augmenterait  pas et je m’y tiendrai. Je défendrai la facture énergétique des familles, des PME et de l’industrie flamandes » (Porte Parole NVA)

Par quoi remplacer le nucléaire manquant et quelles conséquences ?- les engagements climatiques.

« Remplacer des capacités nucléaires qui émettent 12 grammes g CO2éq/kWh (NB 6 g CO2éq/kWh en France en raison des conditions de production)  par des centrales à gaz qui émettent 490 g CO2éq/kWh aura un impact sur les émissions de CO2 !

Le rapport d’Energyville, un projet collaboratif de recherche flamand, montre une hausse des émissions de CO2 : « Une prolongation de 10 ans de l’exploitation de deux réacteurs réduirait les émissions de CO2 du secteur électrique de 25 millions de tonnes sur la période et une prolongation de 20 ans, de 45 millions de tonnes ».

Elia, le gestionnaire du réseau, prévoit une augmentation de la demande en électricité jusqu’à près de 6 TWh supplémentaires d’ici à 2030 ainsi qu’une augmentation des importations de 15 à 40 TWh. Le bilan carbone des énergies importées variera fortement selon la provenance, par exemple, lundi 05 à octobre à 18h, les émissions de l’électricité produite en France, qui s’appuie sur le nucléaire et les renouvelables, étaient de 52 gCOeq/kWh contre 389 gCOeq/kWh pour les Pays-Bas et 301 gCOeq/kWh pour l’Allemagne, qui s’appuient sur les énergies fossiles[et les renouvelables. »

Commentaire : ben si les Belges comptent sur le nucléaire français pour se décarbonner, eh ben, il va falloir fournir et pas diminuer mais augmenter notre production nucléaire.

Approfondissement 1 : Bref historique de la sortie du nucléaire belge

« Le 1er octobre, le nouveau gouvernement fédéral a prêté serment 493 jours après son élection. Composé d’une coalition de sept partis politiques, il s’est notamment engagé à respecter le calendrier de sortie du nucléaire voté il y a presque 20 ans. Cette décision, portée par les écologistes belges, en plus d’être un non-sens climatique, menace aujourd’hui la sécurité d’approvisionnement du pays.

La sortie du nucléaire a été portée par les élus du parti « Ecolo » en 2003, lorsqu’ils faisaient partie du Gouvernement Verhofstadt I, notamment Olivier Deleuze, ex-directeur de Greenpeace Belgique (1989), alors Secrétaire d'État à l'Énergie et au Développement durable. La loi prévoyait alors l’arrêt des premiers réacteurs en 2015 après 40 ans d’exploitation : Doel 1&2 et Tihange 1. En 2009, le gouvernement d’Herman van Rompuy décide de prolonger l’exploitation de ces trois réacteurs nucléaires à 50 ans (accepté par le Parlement en 2015). Au sein de la coalition de 2020, on trouve les deux partis écologistes et antinucléaires belges « Ecolo » et « Groen » avec Tine Van Der Straeten (Groen) comme ministre de l’Énergie et Zakia Khattabi (Ecolo) au ministère de l’Environnement et du Climat. La sortie du nucléaire pour 2025 est maintenue mais les incertitudes sont encore nombreuses.

Le nucléaire en Belgique représente la moitié de la production électrique avec sept réacteurs à eau pressurisée répartis sur deux centrales nucléaires : Tihange et Doel. Pour pallier l’arrêt du nucléaire, le gouvernement souhaite soutenir la construction de nouvelles centrales à gaz et pour cela, le 4 avril 2019, la Chambre des représentants a adopté une loi destinée à subventionner les centrales électrogènes à gaz. La question de la prolongation de certains réacteurs nucléaires (Doel 3 et Tihange 4) reste pour le moment ouverte mais urgente.

Approfondissement 2 : Remarquable dossier de Foratom sur la sortie du nucléaire Belge

(https://www.forumnucleaire.be/et-apres-2025?gclid=Cj0KCQiAy579BRCPARIsAB6QoIbddZdFTeRilFNK49PVWN5tXeggmWHbpivccmZoH6z_hpKdapFrrH4aAoDEEALw_wcB&gclsrc=aw.ds

Sécurité d’approvisionnement : « Aujourd’hui, notre sécurité d’approvisionnement en électricité est toujours garantie. En moyenne, en 2019, notre mix électrique s’est composé à 48% de nucléaire, à 18% d’énergies renouvelables et à 34% de sources fossiles et autres. En cas de sortie du nucléaire, que ressort-il des études* et des chiffres à propos de notre approvisionnement ?

L’énergie nucléaire produit la moitié de notre électricité, à un coût stable. En fermant nos sept réacteurs nucléaires d’ici 2025, nous renonçons donc à la moitié de notre production d’électricité et à une source d’électricité constante, qui émet peu de CO2, est complémentaire aux énergies renouvelables et assure la stabilité des prix.


Prix de l’électricité : Le Pacte énergétique prévoit un développement massif d’énergies renouvelables. Mais dans le scénario d’une sortie du nucléaire, il y aurait également un recours important au gaz naturel. De nombreux facteurs comme la construction de nouvelles centrales au gaz et des importations plus importantes se répercuteraient sur notre facture d’électricité.

Raisons : 1) -Le coût de production de l'électricité doublera. 2) Le prix du CO2 pourrait décupler. 3) La construction des nouvelles interconnexions entre nos pays voisins doit encore être budgétée. 4) Le coût marginal de production s'envolera. 5) La construction des capacités de remplacement pour compenser la suppression des centrales nucléaires entraînera de lourds investissements. 6) Le coût du gaz grimpera.

Objectifs climatiques : Actuellement, l'énergie nucléaire produit jusqu'à 90 % de l’électricité belge bas-carbone. Elle constitue donc notre principale source d'énergie bas-carbone et la source principale pour relever les défis climatiques. En cas de sortie du nucléaire en 2025, l’énergie nucléaire serait principalement remplacée par des centrales au gaz qui produisent 40 fois plus d’émissions.

La sortie du nucléaire ferait augmenter nos émissions CO2 de 76 % en 2025. Pour sa part, le Bureau fédéral du Plan a calculé qu’en 2030 les émissions de gaz à effet de serre seraient supérieures de 47% par rapport à 2010.

Commentaire : Et vlan pour les objectifs climatiques de l’Europe !

Evolution de la situation : 27 Novembre 20 :

1) Fermeture définitive de  tout le nucléaire : Electrabel avait prévenu  : fin 2021 pour trancher, c’est irréaliste et trop tardif pour pouvoir prolonger les réacteurs concernés au-delà de 2025 . Une décision sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 doit être prise au plus tard fin 2020. « Prenant acte de la volonté du gouvernement de respecter le calendrier de sortie qui prévoit l’arrêt définitif des 7 réacteurs du pays d’ici 2025, Engie, leur exploitant, a fait savoir à son personnel que l’entreprise arrêtait tous les projets visant à prolonger leur durée de vie »

Les étrangleurs ottomans du nucléaire ont bien travaillé !

2) un lobby des ENR irresponsable et avide, et qui ment effrontément : Fawaz AL Bitar, directeur général d’Edora, l’association des producteurs d’énergie renouvelable « En fait la Belgique est depuis longtemps en situation de surcapacité électrique…Prolonger encore de 10 ans les vieilles centrales n’est pas une solution car cela ne ferait que perpétuer cette situation de surcapacité qui empêche le développement des alternatives »

Commentaire : Il y a tellement de surcapacités que la Belgique va s’équiper d’urgence en centrales à gaz, et également mettre en place des solutions de « gestion de la demande ».Ainsi, des  ménages pourraient également participer à « l’effacement diffus ». Il existerait une « réserve citoyenne, où 500.000 ménages seraient rémunérés pour réduire ponctuellement leur consommation électrique lorsque les productions d’électricité sont trop faibles ».

Bienvenue dans un nouveau monde social où les pauvres seront indemnisés pour renoncer au droit de se chauffer et de s’éclairer.

3) mais une forte réaction de la société : Quand on pose clairement et de façon réaliste la question du choix énergétique et de ses  conséquences , les résultats sont sans appel :  seuls 12% des Belges trouve que remplacer les centrales nucléaires par des alternatives fossiles est une bonne idée. -70% veut conserver le #nucléaire après 2025 si ça permet de diminuer les émissions de CO2.



Les Belges correctement informés et confrontés cette fois à une sortie imminente complète du nucléaire et à ses conséquences remettent donc en cause la décsions politicienne prise par leur nouveau gouvernement.

4) Une mobilisation syndicale

Une manifestation en front commun des cadres et des employés d'Engie Electrabel est prévue le jeudi 3 décembre à Doel afin de dénoncer la volonté du gouvernement fédéral de sortir du nucléaire, une décision qui coûtera quelque 7.000 emplois, selon les syndicats.

5) un rebondissement politique possible : la NVA, depuis longtemps opposée à la sortie du nucléaire a saisi l’occasion pour demander un changement de gouvernement, avec un certain enthousiasme :

« Le président de la N-VA, Bart De Wever, veut se débarrasser de la sortie nucléaire, Selon lui, la Belgique deviendra bientôt "le producteur d’énergie le plus polluant d’Europe, après la Pologne" et la fermeture des centrales nucléaires sera accompagnée par "d’énormes hausses de prix" pour les consommateurs et les entreprises et l’incertitude sur l’approvisionnement énergétique.

Bart De Wever propose donc une majorité alternative à la Chambre pour renverser la loi sur la sortie du nucléaire. Selon lui, les partis de la "bulle des cinq" avec laquelle il a négocié une nouvelle coalition fédérale – N-VA, PS, sp.a, CD&V et cdH – sont tous contre la sortie du nucléaire, et il y a donc une majorité à trouver au Parlement. Mais les socialistes et le CD&V sont maintenant dans la coalition Vivaldi avec les libéraux et les Verts.

"J’ai dit 'Gardons les centrales nucléaires ouvertes' et trois secondes plus tard, j’ai eu un accord, ce sont les négociations les plus faciles que j’aie jamais faites", selon Bart De Wever. "On sait que c’est totalement irresponsable, mais on est maintenant entraînés dans l’abîme par les Verts

6) un débat très vif – le nucléaire n’est plus honteux. Du coup, un débat très vif se déroule dans les media et, oh surprise, ce sont les pro-nucléaires qui sont à l’offensive et les écolos bigots antinucléaires qui sont à la peine, comme en témoigne cette tribune libre remarquable de Pierre Goldschmidt, ancien directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique dans la Libre Belgique

https://www.lalibre.be/debats/opinions/voici-pourquoi-il-ne-faut-pas-sortir-du-nucleaire-5fbf6cb27b50a65ab1a0d3bb

Extraits : « Voici pourquoi il ne faut pas sortir du nucléaire.

« Les citoyens belges paieront les conséquences de l’arrêt du nucléaire. Nos politiques auront-ils le courage de prolonger l’exploitation de Doel 4 et Tihange 3, et ainsi de privilégier la décision la plus favorable aux citoyens et à la Belgique de demain ?...

En partant de l’hypothèse que tous les projets actuels d’installation d’éoliennes offshore et onshore seront réalisés d’ici 2030, il est facile de démontrer qu’en ne prolongeant pas l’exploitation des centrales de Doel 4 et Tihange 3 :

 1. Elles seront remplacées par des centrales à gaz subsidiées par l’État (via le mécanisme de rémunération de capacité) entraînant un relâchement supplémentaire de 5 millions de tonnes de CO 2 par an dans l’atmosphère, soit 100 millions de tonnes de CO 2 en vingt ans….

2. Nous serons avec la Pologne le pays ayant la proportion d’électricité produite à partir de combustible fossile la plus élevée d’Europe, et le seul pays dont la production d’électricité augmentera ses émissions de CO 2 par rapport à aujourd’hui….

3. Notre sécurité d’approvisionnement sera diminuée notamment du fait d’une dépendance accrue des importations de gaz naturel et d’électricité.

4. Le coût de la production d’électricité sera encore plus élevé qu’aujourd’hui, alors que, comme l’indique la Creg, le prix de l’électricité résidentielle a augmenté entre 2007 et 2019 de 100 % en Flandre, 40 % à Bruxelles et 64 % en Wallonie, faisant de la Belgique un des trois pays dont les tarifs sont les plus hauts d’Europe.

La bataille de Belgique est engagée, entre la rationalité scientifique, technique, climatique, économique, environnementale et l’idéologie anti progressiste et antinucléaire des écolos bigots qui ont imposé leur programme à un gouvernement mal né. La science et le bon sens auront-ils raison de la démagogie, de la l’ignorance et des combines politiciennes ?

Quelle qu’en soit la conclusion, ce qui se passera outre-Quiévrain est important. Il est bien tard pour renverser une situation bien compromise, mais c’est encore possible. Cette bataille de Belgique doit cependant nous servir d’avertissement : A force d’avoir le nucléaire honteux, de ne pas défendre sur des bases scientifiques et rationnelles le choix du nucléaire pour lutter contre le dérèglement climatique tout en conservant une énergie abondante, pilotable et économique sans laquelle nous allons droit ers l’effondrement de nos sociétés, les adversaires de la science et du progrès  des décisions aberrantes et dangereuses finissent par imposer des décisions absurdes et dangereuses pour nos sociétés, pour la planète et pour l’humanité.


dimanche 20 septembre 2020

Allemagne :une hirondelle pro-nucléaire fait-elle le printemps ?

Allemagne :une hirondelle pro-nucléaire fait-elle le printemps ?

Pas sûr, mais c’est toujours bon à prendre !

Rainer Moormann et Anna Veronika Wendland, deux Verts historiques auteurs d’une trinube pro-nucléaire.

Deux militants écologistes Allemands dont un anti-nucléaire historique (Dr. Rainer Moormann) ont plaidé dans une tribune du Zeit pour une sortie du charbon et du gaz avant que ne soient fermées les six centrales restantes…et même éventuellement, selon l’état des techniques de stockage pour la construction de nouveau nucléaire !

Rainer Moormann, physicien, né en 1950, s’est notamment fait connaitre dans les années 2008 par une campagne bien argumentée sur les dangers des « réacteurs à lit de galets ». Il s’agissait de réacteurs nucléaires haute température, avec par exemple le thorium high-temperature nuclear reactor (THTR-300) construit en 1983 à Hamm-Uentrop (Allemagne) et définitivement arrêté en 1989. Pour modérer la réaction en chaîne, il utilise du graphite pyrolitique, ce qui, comme l’as souligné Rainer Moormann, en raison du caractère inflammable du graphite, présentait des dangers non négligeables d’incendie. De plus, comme le combustible est contenu dans du graphite, le volume des déchets nucléaires est plus important.

 Une mauvaise filière dont Moormann a obtenu l’arrêt. Pour cela, il a reçu le prix des lanceurs d’alerte de de la Fédération des scientifiques allemands.

 Anna Veronika Wendland (née en 1966) est une historienne de la technologie allemande et de l'Europe de l'Est. Après avoir participé dans sa jeunesse au mouvement antinucléaire allemand (mais surtout en lutte contre le nucléaire militaire), elle est devenue une avocate de l'énergie nucléaire civile et est maintenant l'une des figures les plus en vue du mouvement pro-nucléaire allemand, impliquée dans les associations Nuklearia et Ökomoderne (Nuklearia est issu du Parti Pirate allemand, dont une partie des membres a affirmé son soutien au nucléaire civil). Le mieux est qu’après avoir longtemps polémiqué entre eux, Moormann et Wendland se sont mis d’accord pour publier l’article du Zeit , qui a fait un certain bruit.

 L’article du Zeit : Arrêtez l'élimination du nucléaire ! (Stoppt den Atomausstieg! )

 https://www.zeit.de/2020/30/deutsche-klimastrategie-atomausstieg-co2-emissionen-bundesregierung

L’article est assez long. Par ailleurs, il est basé sur mémorandum des deux écologistes historiques encore plus documenté

 Extraits : critique de l’energiewende :

 « Il n'est pas exagéré de parler d'une urgence climatique. Le réchauffement climatique affecte également nos latitudes tempérées, auparavant favorisées par les conditions climatiques. Il est donc indispensable de passer de la production d'électricité à partir de combustibles fossiles à une production d'électricité neutre en CO₂ le plus rapidement possible. Après la décision d'élimination du nucléaire en 2011, l'Allemagne s'est donc concentrée sur l'expansion des énergies renouvelables, en particulier les centrales éoliennes et solaires.

 Néanmoins, notre pays manque toujours ses objectifs d'économie de CO₂. En 2020, seule la crise de la Covid19 , qui a provoqué l'effondrement des émissions de CO₂, a sauvé la République fédérale, qui aime à se considérer comme un pionnier de la protection du climat, de l'embarras. Et cela ne semble pas mieux pour les prochaines années: l' élimination du nucléaire réduira à zéro la production d'énergie nucléaire à faible émission de CO₂ d'ici 2023. Les énergies renouvelables ont été considérablement développées, mais sans stockage, elles ne peuvent pas remplacer les centrales nucléaires car elles s'alimentent en fonction de la météo et de l'heure de la journée. Contrairement aux centrales nucléaires, l'énergie éolienne et solaire ne fournit pas de «performances sûres (pilotables)», comme on l'appelle en termes techniques. Au lieu de cela, les centrales électriques au charbon et au gaz, nuisibles au climat, comblent le vide. »

 Une attitude logique : sortir du fossile avant de sortir du nucléaire, garder le nucléaire pour assurer la sécurité énergétique

 « Il est donc temps de changer de cap en matière de politique énergétique. Les six centrales nucléaires allemandes restantes devraient rester sur le réseau pendant une période limitée. Ces systèmes sont parmi les plus matures techniquement de leur génération dans le monde. Les licences d'exploitation expireront à la fin de 2021 et à la fin de 2022. Un arrêt serait irréversible. Ce serait l'approvisionnement énergétique nettement plus respectueux du climat que le charbon. Les six dernières centrales nucléaires allemandes, avec leur puissance nominale brute totale d'environ 8 500 mégawatts, génèrent autant d'électricité que l'ensemble du parc de centrales au lignite en Rhénanie du Nord-Westphalie. Cela n'a aucun sens de maintenir en fonctionnement les centrales électriques au lignite particulièrement dommageables pour le climat et de fermer les centrales nucléaires. Ce serait l'inverse: revenir sur la fermeture du nucléaire pour le moment réduirait considérablement les émissions totales de CO₂ allemandes…

 Jusqu'à présent, la stratégie climatique allemande dans le secteur de l'énergie s'est articulée autour de trois axes: une élimination rapide de l'énergie nucléaire, une expansion des énergies renouvelables et une lente élimination des combustibles fossiles. Toutes les centrales électriques au lignite et au charbon en Allemagne ne seraient pas être fermées avant 2038. La meilleure solution serait  une lente élimination du nucléaire, une expansion des énergies renouvelables et une élimination rapide des fossiles. Outre la protection du climat, il y a une autre raison importante à cela: la sécurité énergétique du pays.

Si le vent et le soleil ne délivrent que partiellement ou pas du tout d’électricité, souvent pendant des jours, le stockage à court terme par batterie ne suffit pas. Il n'y a alors que deux remèdes: le stockage d'électricité à long terme ou un réseau de sécurité des centrales conventionnelles. »

Sans stockage de l’électricité à long terme, il n’y a comme solution que le gaz qui n’est pas climatiquement acceptable et implique une trop forte dépendance vis-à-vis de la Russie

 « Les systèmes de stockage d'électricité à long terme n'ont jusqu'à présent existé que sous forme de petits systèmes pilotes. La méthode préférée consiste à générer de l'hydrogène avec de l'électricité verte et à la convertir à son tour en méthane gazeux («power-to-gas»). Il faudrait construire une énorme infrastructure de parcs éoliens, d'électrolyseurs et d'usines de biogaz comme source de carbone pour la méthanisation. Cela reste très coûteux, c'est pourquoi aucun investisseur ne veut l'aborder sans l'aide du gouvernement.

 Mais selon les normes industrielles, les 18 ans avant la fermeture de la dernière centrale au charbon ne sont pas très longs. Nous craignons que d'ici là, il n'y ait  pas de systèmes de stockage d'électricité à une échelle suffisante.

 On ne peut compter sur les systèmes de stockage d'électricité qui arriveront trop tard . Tout se résume donc actuellement à la création d'un parc de centrales à gaz comme filet de sécurité pour les énergies renouvelables. Personne ne le dit ouvertement, mais c'est dans les recommandations de la Commission Charbon et dans les études de faisabilité de la transition énergétique. C'est ce qu'il ressort des lois et des propositions législatives sur la production combinée de chaleur et d'électricité et le renforcement structurel. C'est l'une des raisons pour lesquelles Angela Merkel défend avec tant de ténacité le gazoduc Nord Stream, à travers lequel le gaz circule directement de la Russie vers l'Allemagne. En juin 2019, le co-auteur de cet article était assis dans la salle du Dialogue de Pétersbourg à Bonn, lorsque le Premier ministre de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet parlait de son optimisme à propos de la Russie en tant que partenaire de la transition énergétique allemande. Selon le Comité oriental des affaires allemandes, la partie russe a évoqué le "rôle clé" du gaz naturel dans un "futur système énergétique". Le fournisseur de gaz Vladimir Poutine profite donc de la sortie du nucléaire allemand.

 Cependant, le gaz naturel n'est pas une solution à long terme pour plusieurs raisons: en raison des fuites de méthane qui se produisent dans la chaîne de production et de transport, il est aussi dommageable pour le climat que le charbon dans le bilan global, (NB tout de même moins polluant !) comme l'a récemment montré une étude d'Energy Watch Group. En conjonction avec les énergies renouvelables, les centrales au gaz naturel fonctionneraient généralement à charge partielle, ce qui augmente leurs émissions et les rend plus coûteuses à exploiter. Enfin, la dépendance énergétique croissante à l'égard d'une Russie de plus en plus autoritaire est politiquement risquée.

De plus, l'expansion des énergies renouvelables est également problématique d'un point de vue écologique. L'association de protection de la nature Nabu et le centre de recherche environnementale de Leipzig soulignent déjà les dangers des monocultures de biogaz et des parcs éoliens pour la biodiversité. Et à l'avenir, nous aurions besoin de systèmes de dimensions complètement différentes de ce que les gens voient aujourd'hui. Afin de rendre notre industrie neutre en CO₂, nous devrions générer et stocker partiellement plusieurs fois l’équivalent de la consommation électrique actuelle. »

 Prolonger le nucléaire existant, lancer le nucléaire futur !

 « Il faut donc arrêter l’élimination du nucléaire et permettre aux centrales nucléaires restantes de continuer à fonctionner pendant une dizaine d’années. Cela se justifie à la fois en termes de sûreté et au regard du faible volume supplémentaire de déchets nucléaires. Si nécessaire, cela doit être fait par l'État, car les groupes opérationnels ne devraient plus être disposés à le faire après des années de va-et-vient pour prolonger la durée…Parallèlement à l'extension du nucléaire, des négociations pour une sortie plus rapide du charbon seraient nécessaires.

 Bien entendu, les énergies renouvelables devraient être développées en même temps et des investissements devraient être faits dans le développement de systèmes de stockage d'électricité. Mais si les progrès essentiels nécessaires sur la voie des grands stockages n'avaient pas été réalisés à l'horizon 2030, la construction de nouvelles centrales nucléaires devrait également être envisagées. Rien de tout cela ne concerne une relance à grande échelle de l'énergie nucléaire. Le but est de l'utiliser comme une technologie respectueuse du climat jusqu'à ce que le pays ait mis en place un approvisionnement alternatif vraiment sûr.

 Il y a maintenant beaucoup de politiciens et de scientifiques, quelques-uns même dans le camp vert, qui pensent au moins ce que nous écrivons. Nous savons cela grâce à de nombreuses conversations. Mais presque personne n'ose contester ouvertement le consensus sur l'élimination du nucléaire en 2011 - la crainte d'une nouvelle controverse nucléaire est trop grande. C'est une mauvaise peur. Nous nous plaçons dans le spectre progressif et écologique. De l’expérience de nos propres recherches, nous sommes conscients que l’énergie nucléaire n’apporte pas de solution sans risque. Mais cela peut donner à notre pays la marge de manœuvre dont nous avons un besoin urgent. »

 Quelques réactions : calme plat pour l’instant !

 Comme chaque fois qu’un tabou important est bousculé, les réactions, surtout dans le monde politique, mettent du temps à apparaître. Tout se passe comme si la tribune du Zeit avait déclenché une période de sidération, durant laquelle les politiques se taisent prudemment en attendant de voir comment tournera l’opinion publique. Signalons du côté Vert des déclarations de responsables anonymes (prudents, lâches ?) qui confirment les propos des auteurs de la tribune sur le thème « en sortant du nucléaire avant de sortir de charbon, nous avons étranglé le mauvais cochon ». Par contre, la réacrion officielle du Parti Vert a été sans appel et toujours aussi absurde « J. Trittin a souligné que l'énergie nucléaire est dangereuse, coûteuse et impropre à la protection du climat. Avec une part de cinq pour cent de l'énergie mondiale, c'est tout simplement trop insignifiant »

 De même la réaction d’EON est assez désespérante : Guido Knott, chef de la filiale atomique d'Eon, Preussen Elektra : « Nous nous concentrons sur l'exploitation sûre de nos trois centrales électriques Brokdorf, Grohnde et Isar 2 encore en fonctionnement jusqu'aux dates légalement stipulées et nous les démonterons ensuite en toute sécurité, rapidement et de manière techniquement innovante… Cinq autres usines sont déjà en cours de démantèlement…Continuer à exploiter les centrales électriques», ce n'est pas une option pour nous ». De quoi donner raison à Moormann : ce sera à l’Etat de décider et de mettre en œuvre la décision.

 Quelques réactions typiques sur le site du Zeit sont intéressantes et donnent peut-être quelques indications sur le futur.

 Evidemment, un certain nombre sur le thème du lobby nucléaire. Mais pas la majorité !

 « La RFA n'a pas besoin d'une élimination "lente" du nucléaire, mais de la fin de l'entrave des énergies renouvelables. Les exploitants d'énergie nucléaire et leurs lobbies ont beaucoup fait pour ralentir ou empêcher l'expansion des énergies renouvelables… »

 Sur l’aspect politique :

 « Arrêter l'élimination du nucléaire - comment cela pourrait-il fonctionner? Il est difficile d'imaginer qu'une majorité au Bundestag voterait pour une prolongation du mandat. Nous n’en sommes pas encore là. Il y a cependant une autre possibilité: pour une motion de révision des normes de la loi sur l'énergie atomique, les voix d'un quart des députés sont suffisantes.

 Selon un avis du juge constitutionnel fédéral Udo Di Fabio de 1999, l'élimination du nucléaire viole le principe de proportionnalité de la Loi fondamentale. Il écrit que "l'augmentation excessive des exigences en matière de sécurité" est "un abus de droit et conduit à une violation de l'état de droit" (article 20.3 de la Loi fondamentale). Dans la perspective d'aujourd'hui, la décision de sortie du nucléaire de 2002 n'a évalué les conséquences sur la vie et l'intégrité physique qu'au regard des risques de l'énergie nucléaire. Les dommages causés par l'augmentation de la combustion du charbon (pollution de l'air et changement climatique) n'ont pas été pris en compte. Cependant, la protection de l'article 2 (2) de la Loi fondamentale s'applique également à ces conséquences.

Un quart des députés devrait être plus facile à trouver qu'une majorité.. »

 Les jeunes :

« Quand j'aborde le sujet de la production d'énergie en classe de technologie, mes étudiants reviennent sans cesse avec la question de savoir pourquoi nous abandonnons l'énergie nucléaire. D'autres pays agissent différemment et le problème avec les déchets peut être résolu plus tard. Il est émouvant de voir à quel point les jeunes peuvent être impartiaux et si honnêtement rationnels. »

 

La rationalité scientifique

 

« 60%! C'est la proportion de l'électricité lignite actuelle qui serait expulsée du réseau au début de 2023…L'élimination du nucléaire et  la mise au rebut virtuelle de TOUS les modules solaires actuellement installés et de plus d’une éolienne sur 10  produira aussi des effets immédiats. Avec une expansion de l'énergie solaire de 130%, nous resterions simplement sur place. Nous sacrifierions alors 2,5 ans de protection du climat pour éliminer l'énergie nucléaire. Il est illusoire que nous puissions éliminer le nucléaire tout en conservant une protection climatique efficace »

 

« Il y a une claire prise de conscience qu'avec les seules «énergies renouvelables», une atténuation du changement climatique et une amélioration du niveau de vie dans les pays du sud, tout en préservant les habitats naturels pour les humains et la faune ne peuvent de loin pas être réalisées. Je pense maintenant que le maintien et le développement de l’énergie nucléaire doivent être une contribution nécessaire à la résolution du problème. Aujourd'hui, un certain nombre de climatologues et d'écologistes éco-modernistes sont parvenus à des conclusions similaires, par exemple le Parti vert en Finlande. Cette évolution semble être plus difficile en Allemagne, peut-être aussi en raison des racines historiques du mouvement environnemental dans le mouvement antinucléaire. Je suis heureux que la rédaction conjointe de Mme Wendland et de M. Moormann contribue à dissoudre les positions figées durcis et à vraiment lancer une discussion orientée vers l'environnement et l'avenir. »

 

« Les centrales nucléaires sont la seule méthode de production d'électricité disponible 24/7, évolutive et à faible émission de CO2. Ceux qui passent aux voitures électriques ne peuvent pas sortir de l'énergie nucléaire. Augmenter la demande d'électricité et réduire l'offre en même temps ne fonctionne pas. »

 

« Le Zeit a osé, félicitations ! Ce que Biden veut faire: construire de petites centrales nucléaires à moitié prix par GW.

Ce que fait la Chine: construire 6 à 8 centrales nucléaires par an et quadrupler la capacité d'ici 2035

Et qui dit maintenant que les centrales nucléaires sont trop lentes à construire ou trop chères. La question se pose de savoir pourquoi le Plan Messmer a pu convertir toute la France au nucléaire en 15 ans ou pourquoi tant de pays en construisent actuellement :Finlande, Chine, Russie, Pologne, Arabie Saoudite, France, Royaume-Uni, USA etc.

Et non. Nous ne sommes pas plus intelligents que ces pays. »

 Rappel sur le contexte allemand :

 https://www.sfen.org/rgn/allemagne-energiewende (Roger Seban)

 « Seules les statistiques annuelles permettent de faire des comparaisons scientifiques, car l’analyse pluriannuelle à périodicité annuelle de la production d’électricité

Il en découle une empreinte carbone de la production électrique du mix électrique en Allemagne (362 g CO2eq/kWh) qui est près de 9 fois supérieure à celle de la France (42 g CO2/kWh). A noter que l’empreinte carbone, évaluée sur une année pleine et comparée aux années précédentes, est le seul critère scientifique pour juger de l’efficience du mix électrique existant (ou à construire) d’un pays, au regard de la lutte contre le changement climatique…

 Pour l’année 2019, l’Allemagne a rejeté, pour sa production d’électricité, 208 millions de tonnes (Mt) CO2eq, à comparer aux 22,7 Mt de CO2 de la France soit un écart de plus de 185Mt, et ce malgré une production d’ENRi en Allemagne 5 fois supérieure à la France. Car l’Allemagne doit impérativement garder les énergies fossiles pour palier l’intermittence des ENRi éolien et solaire…

 En 2019, les ENRi ont produit 171 TWh (28,4 % de l’électricité totale). En y ajoutant l’hydraulique qui est une énergie renouvelable pilotable à hauteur de 20 TWh (3,3 %) et les « divers » à base de biomasse pour une bonne part également pilotables à hauteur de 50,5 TWh (8,4 %), on a un total d’ENR de 40,1%. C’est sur ce chiffre de 40 % d’ENR que l’Allemagne communique, en omettant de souligner qu’environ 70 % de cette énergie renouvelable est intermittente et non pilotable et nécessite un recours aux énergies fossiles pour assurer les besoins de consommations et de sécurité du réseau. L’Allemagne reste donc très prudente pour réduire ses capacités de production d’origine fossile, et insiste pour développer en Europe les capacités d’échanges transfrontaliers.

 A cet égard, il peut être rappelé que pendant que les deux réacteurs de Fessenheim s’arrêtaient, respectivement en février et juin 2020, s’ouvrait une nouvelle centrale à charbon de l’autre côté de la frontière, le 30 mai 2020, avec un investisseur et exploitant allemand Uniper fier d’annoncer le montant de ses investissements « plus de 1,5 milliard d’euros » pour cette centrale de 1 100 MW à Datteln 4 qui produit près de 1 000 g de CO2/kwh.

 La fermeture programmée et progressive du nucléaire allemand jusqu’à fin 2022 fera perdre 75 TWh, qui seront compensés par une augmentation substantielle d’ENRi selon des dernières annonces allemandes et probablement une croissance simultanée de moyens de la production à partir de combustibles fossiles (gaz ?) pour palier l’intermittence et garantir l’équilibre production-consommation du réseau.

 

« L’Allemagne a annoncé une fermeture progressive et programmée du fossile lignite + charbon d’ici 2038, soit donc dans 18 ans, qui ipso-facto sera remplacée par du gaz. Cette substitution (remplacement du charbon par du gaz) fera baisser mathématiquement les émissions de CO2 pour les fossiles mais l’empreinte carbone…

 

Plus de 5 ans après sa mise en œuvre, la transition énergétique allemande peine à baisser ses émissions de CO2. D’ailleurs, l'Allemagne reste de loin le 1er producteur de CO2 en Europe, devant la Pologne, qui, elle, semble vouloir adopter très sérieusement une politique d’arrêt de ses centrales à charbon pour les remplacer par un parc nucléaire qui produira pendant au moins 60 ans de l’électricité bas carbone. Le malaise devient prégnant en Allemagne et la place du nucléaire fait de plus en plus débat »