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vendredi 24 novembre 2023

L’éolien offshore européen dans un trou d’air

Article remarquable de Dominique Finon ( CNRS/CIRED) et Etienne Beeker ( France Stratégie) sur les difficultés structurelles ( et non conjoncturelles, comme certains essaient de le faire croire ) de l'éolien offshore en Europe.

Extraits : " L'éolien offshore a été perçu comme la solution miracle pour assurer de manière décarbonée la sécurité d'approvisionnement électrique du continent d'ici dix ans, notamment dans les pays qui rejettent l'option nucléaire, en se basant sur des anticipations de baisses de coût spectaculaires"

"L'illusion des prix bas de l'éolien offshore est un phénomène collectif qui s'est joué dans les interactions entre les différents types d'acteurs.

Les pouvoirs publics, confiants dans les vertus indiscriminées de la concurrence, ont accéléré la fréquence des appels d'offre et engendré une course à la subvention zéro en se confortant de voir les prix demandés par les développeurs baisser à chaque appel d'offres pour lancer rapidement le suivant.

Les banquiers et fonds d'investissement ont prêté à des taux très bas, en se basant sur les affichages de projets et les prix demandés, et non les réalisations effectives. Les fonds, à la recherche de diversification de leurs activités, cherchaient à prendre pied à n'importe quel prix dans un secteur vert présenté comme extrêmement prometteur, en candidatant de façon agressive tout en cherchant à écarter des concurrents ayant de moindres capacités financières.

La croyance de tous dans des courbes d'apprentissage rapide semblables à celles du solaire PV a conduit à la course en avant dans les sauts de taille et le gigantisme, qui ont fini par gripper l'ensemble de la chaine d'approvisionnement.

Les fabricants de turbines se sont retrouvés pris dans une course qui les a obligés à réduire dangereusement leurs marges et les a exposés à une remontée brutale du coût des intrants (l'acier, le cuivre, les matériaux composites et donc le gaz…).

Pour finir personne n'a voulu croire que la période de taux très bas qui a prévalu ces dernières années était passagère....

Cette illusion a été amplifiée par les ONG et l'International Renewable Agency (IRENA), aux publications orientées et, il faut le dire, trop souvent dénuées d'objectivité. Elles n'ont cessé de communiquer sur cette fantastique chevauchée de tailles à la hausse et de coûts à la baisse. C'est ainsi que s'est établi le mythe de l'éolien offshore, solution miracle qui allait permettre de boucler le mix électrique"

En conclusion, la crise actuelle de l'éolien offshore en Europe (et aux États-Unis) n'est pas celle d'une entrée dans la maturité, comme certains la voient, mais d'abord une crise structurelle du mode de gouvernance des politiques de promotion d'ENR, relevant plus de choix idéologiques que de choix rationnels à base d'analyses technico-économiques approfondies.

Article complet  : https://www.telos-eu.com/fr/economie/leolien-offshore-europeen-dans-un-trou-dair.html



lundi 24 avril 2023

Impacts acoustiques des projets éoliens en mer sur la faune marine, CNRS 2021

Introduction

Cette expertise scientifique a été coordonnée par Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS. Un groupe de scientifiques, experts du domaine issus de différentes disciplines, a été mobilisé pour établir un panorama des connaissances les plus récentes analysant de manière collective, critique et neutre la littérature scientifique mondiale relative aux mécanismes de propagation sonore sous-marine, aux impacts multiples de l’anthropophonie sur les diverses espèces marines, aux bruits engendrés par les projets éoliens, notamment lors de leur construction, et aux méthodes permettant de les réduire.

Le rapport indique les espèces qui risquent d’être impactées par les projets éoliens en mer, la forme et la sévérité de cet impact ainsi que l’effet des stratégies d’atténuation qui peuvent être mises en place. Il pointe aussi l’incomplétude des connaissances actuelles et la nécessité de les compléter, en particulier pour plusieurs espèces et sources sonores

Principes et principaux résultats

il faut distinguer la phase de construction– avec notamment les opérations de forage et de battage de pieux – de l’exploitation et du démantèlement. Il convient également de replacer autant que possible les bruits générés par les EMR dans la description globale des paysages sonores océanographiques qui prend en compte les sons déjà présents d’origines naturelle et humaine.

Eolien off shore flottant

Concernant les éoliennes flottantes, peu d’études ont été faites.

Phase d’exploitation : Au vu des niveaux sonores mesurés pendant les phases de tests, il ne devrait y avoir d’impact physiologique sur aucune espèce de mammifères marins ou de poissons pendant la phase d’exploitation

Phase de construction : La construction des parcs éoliens en mer flottants ne nécessite pas de battage de pieux, mais les caractéristiques sonores des travaux d’installation d’un parc éolien en mer flottant (enrochement, ensouillage de câbles, ancrage) sont proches du bruit généré par des navires. Les études montrent une diminution de la fréquentation de mammifères marins (marsouins et phoques) qui peut être attribuée au bruit généré par le trafic maritime accru sur le site.

Eoliennes posées :

Marsouins : impact à court terme, composé d’une baisse significative de l’activité acoustique et d’un déplacement temporaire des individus proches du parc dès ou avant le début des travaux, suivi d’un retour à la normale (activité acoustique, abondance) intervenant jusqu’à 3 jours après les opérations. Peu d’effets à long terme sont rapportés.

Phoques : Aucun effet à long terme n’a été relevé sur le comportement des phoques durant la phase de construction, mais une diminution significative à court terme du nombre de phoques présents à proximité des parcs (abondance en mer et à terre) a été observée lors des opérations du battage de pieux.

Poissons : De nombreux facteurs sont susceptibles d’avoir un effet sur les populations de poissons une fois les parcs éoliens en mer opérationnels, tels que les modifications de l’habitat, les perturbations sonores ou causées par les champs électromagnétiques créés autour des câbles. Étant donné que tous ces facteurs agissent simultanément, leur importance relative pour les poissons est difficile à démêler et à évaluer empiriquement.

Concernant la mortalité, il existe peu d’observations directes de mortalités concomitantes (au niveau individuel ou populationnel) à la mesure des caractéristiques (fréquence, niveau) de l’onde sonore incidente mais des évènements sont rapportés pour trois groupes d’animaux (mammifères marins, poissons, invertébrés), en lien à de fortes productions sonores. Chez les mammifères marins, la mortalité correspond essentiellement à des événements d’échouage de masse de cétacés à audition moyennes fréquences (baleines à bec) observés lors de l’utilisation de sonars militaires et de tirs sismiques.Des mortalités sont observées pour les poissons généralistes dans un rayon moyen de 10 m autour de la source sonore.

Angle législatif : un cadre réglementaire incomplet, un manque de connaissance criant

Considérant que les projets de travaux, d’ouvrages et d’aménagement des EMR faisant l’objet d’une étude d’impact doivent être rendus compatibles avec les objectifs du PAMM,(Plan d'Action pour le Milieu Marin), la connaissance des effets acoustiques sur les espèces marines constitue un enjeu pour le développement des Energies marines Renouvelables . Le cadre réglementaire est assez clair mais, de l’analyse des incidences des projets, il ressort que le manque de connaissances sur les espèces, les habitats et leur sensibilité au son en milieu marin est criant : l’impact acoustique apparaît clairement aujourd’hui comme l’un des plus difficiles à établir et à démontrer. Par ailleurs, les études de l’impact d’un projet en mer doivent impérativement traiter de l’incidence du projet non seulement sur la biodiversité mais aussi sur la pêche professionnelle et sur la ressource halieutique. Elles doivent également prendre en compte le contexte environnemental local, avec l’intégralité des pollutions sonores préexistantes, pour permettre un débat public non biaisé

Le cadre réglementaire (études d’impact, politique de mitigation, etc.) reste incomplet. La protection nationale des espèces marines est restreinte, notamment concernant les invertébrés et les espèces végétales. Les études d’impact réglementaires des Energies Marines Renouvelables  souffrent encore d’un manque de connaissances et de recherches adaptées alors que l’impact acoustique apparaît comme l’un des plus difficiles à établir, et que le débat public a besoin d’un éclairage scientifique

Conclusion : En conclusion, il apparaît que la faune marine (mammifères et poissons) est largement impactée par la pollution sonore anthropique. Trop peu d’informations sont disponibles pour généraliser une réponse des invertébrés mais, à ce stade, l’impact semble moindre.

Quand les données sont disponibles, particulièrement sur les mammifères marins et poissons, les recherches montrent que le bruit peut induire des traumatismes transitoires ou permanents de l’appareil auditif, d’autres types de lésions ou de troubles liés au stress ainsi que des réponses comportementales (réactions d’évitement notamment, changements concernant l’alimentation, la réaction aux prédateurs, etc.),éventuellement liées au masquage de signaux d’intérêt qui ne sont plus efficacement détectés ou reconnus. Dans certains cas extrêmes, l’impact des bruits d'origine anthropique peut être mortel chez ces mêmes mammifères et poissons.

Concernant l’impact acoustique des projets éoliens offshore, il apparaît que les opérations de battage de pieux (phase de construction des éoliennes posées) ont un impact significatif et parfois sévère pour certaines espèces étudiées et sur de grandes distances, d’où l’importance du développement et de la mise en place de dispositifs de mitigation. Les autres opérations des projets éoliens (construction des éoliennes flottantes, exploitation des éoliennes) semblent avoir un impact acoustique plus modéré mais assez variable d’une espèce à l’autre. L’état actuel des connaissances, lacunaire concernant notamment les invertébrés et la vie benthique mais aussi les oiseaux marins et les tortues, ne permet pas de donner de conclusion générale.



vendredi 19 janvier 2018

Carnets de science n°3 – l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle façonne le monde de demain – et il sera vraiment différent

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette nouvelle revue scientifique, Carnets de sciences, très bonne revue de vulgarisation où les chercheurs eux-mêmes s’expriment largement, et de plus abondamment et intelligemment illustrée. Cette revue, publiée par le CNRS a, je l’avais dit, vocation à devenir une vitrine de la recherche française, et dans le dernier numéro s’expriment des chercheurs du CEA et de l’INRIA (ou peut-être d’unités mixtes ?), et c’est très bien
 Pour ce numéro, un dossier passionnant sur l’intelligence artificielle.  Tout d’abord, un historique rapide (Des machines enfin intelligentes, Yaroslav Pigenet), qui montre bien comment les problématiques de l’intelligence artificielles, les espoirs et les craintes ne sont pas récent, mais comment les progrès immenses effectués ces dernières années ont rendu possibles ce qui n’apparait même pas comme envisageable. Yann Le Cunn, directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook a commencé sa brillante carrière …en mettant au point un système de reconnaissance automatique des codes postaux. Nous sommes bien loin de cela aujourd’hui, grâce à deux facteurs : l’explosion des puissances de calcul, l’explosion des données disponibles ; pour entrainer un système de reconnaissance visuelle, on peut maintenant nourrir un ordinateur de millions de données (photos annotés sur le net, par exemple) au lieu de quelques centaines rassemblées par quelques étudiants. Et cela marche, et cela explique le modèle et le développement économique des GAFA- et pourquoi cela ne vas pas s’arrêter.

Pour ceux qui veulent angoisser : nous en sommes au point où des dispositifs massivement entrainés fonctionnent comme une boite noire et fournissent d’excellent résultats par des voies qui ne peuvent se traduire en aucun langage ou raisonnement (système symbolique) compréhensible par nous. C’est vraiment une autre intelligence avec laquelle nous devrons dialoguer.  Pour ceux qui veulent se rassurer, cette remarque de Sébastien Konieczni : « les machines réalisent mieux que nous des tâches considérées comme intelligentes car nous seuls étions jusqu’à présent capables de les réaliser mais une machine qui soit l de définir ses buts, ça on ne sait  pas faire "

Les applications de l’intelligence artificielle se font déjà sentir et le feront de plus en plus dans le domaine de la santé : aide au diagnostic, formation des médecins,  applications à des systèmes biologiques complexes qui devraient permettre de nouvelles découvertes. (Léa Galanopoulo). Pour la justice, l’intelligence artificielle permet de de mieux exploiter la jurisprudence et prédire les chances de succès d’une démarche juridique, et les cabinets d’avocats l’utilisent de plus en plus. Pour autant, l’idée que l’informatique serait plus objective que l’homme ignore le fait que les algorithmes peuvent aussi reproduire et même amplifier les biais de l’esprit humain ou des sociétés existantes. Ainsi, utilisé de façon imprudente, un algorithme pourra recommander la détention préventive d’un mis en examen noir parce qu’il est noir, en s’appuyant sur les statistiques actuelles, et en accordant un poids insuffisant à sa situation individuelle – le tout sans que la raison en apparaisse de façon évidente. (Fabien Trécourt)

L’intelligence artificielle joue un rôle primordial dans les avancées vers la voiture autonome. Au-delà des prouesses déjà réalisées, les véhicules autonomes devront réagir différemment en fonction du pays où ils évoluent et des habitudes de circulation locales (Guillaume Garvanèse).

Une menace pour l’emploi ?

L’impact sur l’emploi de l’intelligence artificielle a donné lieu à des études extrêmement alarmistes, per exemple de France Stratégie qui montrerait que l’IA pourrait menacer 47% des emplois aux USA, 49% au Japon, 42% en France, 54% dans l’Union Européenne. On peut sérieusement douter de ces prédictions alarmistes, l’idée que la technologie tue l’emploi étant certainement l’une des craintes le plus constamment démenti dans l‘histoire. Pour autant, il est certain que  des difficultés transitoires surgiront, et qu’une société où ceux qui ne sont pas complémentaires à l’Intelligence artificielle seraient marginalisés ou exclus du travail, même avec du pain et des jeux serait en grave danger. Cela suppose une politique active pour aider les gens à changer de secteurs plutôt que d’empêcher la mise en ^lace de technologies grandement  créatrices de richesses. Des facteurs plus étranges, que nous commençons seulement à réaliser et que nous ne savons pas évaluer rentrent également en jeu : l’Intelligence artificielle peut d’ores et déjà écrire des romans qui ont tout pour devenir des best sellers- pour autant aura-t-on envie de lire un roman écrit par un algorithme ? (Serge Abitboul)

Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ? Des performances inquiétantes, des problèmes inédits

Peut-on faire confiance à l’Intelligence artificielle ? (Charline Zeitoun, Sébastien Konieczny, Jean-Gabriel Ganascia, Serge Abiteboul, Raja Chatila…) pose des questions intéressantes ou surprenantes, ou angoissantes, et la réponse semble être : pas plus qu’à n’importe qui. Deux expériences de Chatbot (robots conversationnels, capables par exemple d’entrer dans des forums de discussion ), notamment Tay de Microsoft et GlovVe ont rapidement tourné court. En quelques heures, habilement manipulé par des internautes un peu pervers, Tay se déclarait partisan d’Hitler, antisémite et comparait Obama à un singe.  Que l’intelligence artificielle batte les champions de monde d’échec, puis ceux de go, cela représente juste un progrès marquant. Mais qu’une intelligence artificielle (Libratus) apprenne, simplement par autoapprentissage, en jouant des millions de parties contre elle-même, à jouer au poker et à bluffer, puis batte à plate couture quatre joueurs professionnels , c’est beaucoup plus perturbant. Dans un proche futur, lorsque vous voudrez négocier une augmentation de salaire avec votre employeur, envoyez Libratus ! Les robots sauront mieux négocier que nous… Autre exemple angoissant : des ingénieurs de Facebook ont fait dialoguer entre elles deux intelligences artificielles (chatbot) conçues pour négocier :   Ils se sont aperçu qu’elles mettaient progressivement en place un nouveau type de langage qu’ils ne pouvaient comprendre et ils ont rapidement débranché leurs machines. Même s’il n’ y avait là aucun danger et que le problème pouvait être régler en imposant des contraintes supplémentaires, cela ne laisse pas que d’être un peu inquiétant.

Une intelligence artificielle pourrait facilement remplacer un conseiller bancaire, étudier des millions d’exemple de prêts et proposer des conditions adaptées à un client. Le problème est qu’il y a de fortes chances que ce système reproduise les biais du passé, c’est-à-dire que par exemple si certaines minorités ethniques ont vu leurs demandes refusées plus souvent ou paient des droits supérieurs, eh bien cette situation risque de se perpétuer.  Cet exemple est particulièrement éclairant, car les systèmes actuels d’apprentissage les plus performants, type réseaux de neurones, ne permettent, ou pas facilement, de remonter à ce que notre intelligence appellerait la cause de l’effet. Ceci met gravement  en cause l’acceptabilité de l’Intelligence artificielle : « Personne n(‘acceptera de se voir refuser un prêt à cause de la connexion 42 du réseau qui est hélas inférieure à 0.2 » (Sébastien Koznieczny).

Le problème de la cause, mais aussi, celui qui lui est lié, de la responsabilité. Il pose un véritable problème pour le développement de la voiture autonome. Êtes-vous prêt à acheter une voiture autonome dont, si en cas de risque d’accident mortel, vous ne  savez pas si elle privilégiera la sécurité des passagers de la voitures, ou celle, per exemple, de piétons ?- ou vous ne savez pas du tout quelle règle elle suivra Le problème est déjà posé, et Mercedes a répondu que ses voitures autonomes privilégieront dans tous les cas la sécurité des passagers tandis qu’ Angela Merckel a dit que ce n’était pas acceptable et annoncé qu’il y aurait une loi . Le problème : « Dans un réseau de neurones, méthode purement numérique, on ne peut ni coder, ni dicter des règles d’éthique, comme imposer que le résultat ne dépende pas du sexe, de l’âge, de la couleur de peau.. Mais c’est possible avec une approche symbolique » (Sébastien Koznieczny). L’avenir est donc peut être à un hybride entre l’intelligence artificielle et d’autres systèmes plus proches de l’intelligence humaine.


Comment sera le monde perçu par une Intelligence artificielle ? Je me suis posé la question de la manière dont une agence artificielle rassemblerait toutes les données astronomiques connues par Kepler et quelle « théorie » aurions-nous alors du système solaire ? Cette question-a-t-elle-même un sens ? Nous fournirait-elle une connaissance du système solaire aussi efficace que la nôtre, en faisant l’économie des lois de Kepler, de la gravitation universelle, de la notion même de loi physique ? 

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dimanche 10 décembre 2017

Recherche Zéro, la politique à Macron

Recherche publique : Zéro, Zéros, Zéros création d’emplois
Zéro, Zéros, Zéros création d’emplois stables dans les laboratoires de la recherche publique, tels sont les chiffres du bleu budgétaire pour le programme 2018 du gouvernement Macron. Un tableau qu’apparemment peu de députés auront eu le courage de lire, vu le manque de réactions.
Détaillons donc. Zéro création d’emplois pour l’ IRD- Institut de recherche pour le développement (tiens l’Afrique ne sera la zone en expansion économique du XXIème siècle..) ; Zéro emplois créés pour l’INRIA (institut de recherche en informatique et automatique ( pas une priorité pour le développement économique- mais c’est vrai que Las Vegas, c’est plus drpole que Nnacy) ; Zéros emplois pour l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques - évidemment une thématique mineure pour nos sociétés, d’immigration en baisse de la natalité) ; Zéro, et même baisse pour l‘INRA ( une baisse… de 9 997 à 9 989 On admire la précision…) sans doute sont-ils punis pour douter de la toxicité du glyphosate et de l’existence d’alternatives pour le remplacer). Et bien entendu, Zéro création d’emplois pour ce navire amiral et ce symbole même de la recherche publique française, le CNRS ( là aussi, punition ?– baisse des effectifs de chercheurs, ingénieurs et techniciens de 28 618 à 28 597 !!) (Précision étonnante !). Seule l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) passe à 254 emplois à plein temps stables contre 228. Curieusement, cette ANR est qualifiée d’opérateur de recherche alors que cette Agence n’en réalise strictement aucune, et qu’elle n’est en fait qu’un mécanisme beaucoup plus lourd et bureaucratique de distribution des financements de programme que ce qui existait auparavant,  atteint de la folie des évaluations en cascade.
C’est une méconnaissance et un mépris total de la recherche dans son ensemble. Souvenons-nous tout de même que l’agenda du Traité de Lisbonne, proposait de créer l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde, avec 3% du PIB en moyenne, plus pour la France, consacré à la recherche. Nous en sommes  à 2.2%, loin derrière les pays nordiques et l’Allemagne (2,7), et cela a encore diminué ces dernières années. Pendant ce temps, la Chine, en vingt ans, la Chine est passée de 0.5% à 2% et n’est nullement en passe de freiner.
Mépris et incompréhension  des enjeux globaux, mépris total des personnels, en particulier des précaires, dont les laboratoires, face à l’absence de création de postes) ont pourtant bien besoin pour tourner. Ces jeunes techniciens, ingénieurs ou chercheurs sont  jetés des labos et de tout emploi dans la recherche publique en raison de l’application bête et méchante de la loi Sauvadet, après parfois une thèse  et des années en CDD - dispositif pour le moins stupide lorsqu’il s’agit de techniciens indispensables au fonctionnement d’équipements de pointe. Dans une réunion récente, le cabinet de la ministre de la Recherche, Mme Vidal ( tiens qui connait son nom ?, la recherche est vraiment une priorité pour ce gouvernement) a répondu : «on n’est pas mûrs sur ce sujet et on a rien à proposer pour l’instant » !!!
CNRS-La lettre d’Alain Fuchs- une recherche sacrifié
La lettre de fin de mandat d’Alain Fuchs, président du CNRS de 2010 à 2017 aurait du au moins alerter les politiques et l’opinion publique ( mais il est vrai que la rédiger en langage inclusif, que je n’ai pas repris dans les citations ne facilite guère la lecture …).
Extraits : « : «Les années 2010-2017 ont été continuellement difficiles pour la recherche sur le plan budgétaire et l a fallu mettre en place des modalités de gestion très strictes…Le niveau d’emploi du CNRS a donc baissé au cours de ses années et j’ai choisi de faire porter l’effort sur le volant de CDD recrutés sur les subventions de l’Etat, ce qui a permis de maintenir un recrutement convenable de jeunes chercheurs et techniciens. C’était ma priorité absolue…Encore une fois, le niveau d’emploi global au CNRS a baissé de quelques 10% en 10 ans et c’est à la chute vertigineuse du budget de l’ANR doublée d’une politique  d’appel à projets contestables qu’il faut d’abord attribuer les difficultés budgétaires des laboratoires. On ne peut pas s’arrêter de recruter ne serait-ce qu’une seule année au risque d’envoyer un signal désastreux au jeunes qui se destinent à une carrière scientifique. Le niveau exceptionnel et très international du recrutement au CNRS est un atout dont notre pays ne peut se passer. C’est le message fort que j’envoie à la puissance publique. »
Au-delà de la colère
Cette lettre de départ  traduit au ton tout à fait inhabituel reflète l’exaspération du directeur d’un grand organisme de recherche publique, en fait du navire amiral de la recherche publique en France qui a vu constamment les moyens de la recherche publique diminuer alors même que la recherche ne cessait d’être revendiquée comme une priorité politique ; la colère d’un citoyen engagé qui voit la France décrocher de l’Europe en matière de recherche, et l’Europe décrocher par rapport au Monde, et des objectifs nécessaires de l’Europe de la Connaissance ; l’indignation d’un dirigeant responsable devant la manière indigne dont sont traités particulièrement  les jeunes chercheurs ( pas d’emploi stable, pas de revenus dignes avant quoi une thèse et trois post doc -29- 30 ans ?). Qu’on ne s’étonne pas si les meilleurs de nos étudiants se détournent des carrières de recherche – « un signal désastreux au jeunes qui se destinent à une carrière scientifique ».
Comme dans beaucoup d’autres domaines, il semble que la politique du gouvernement actuel et de cette présidence soit le pire et de la droite et de la gauche, doublé d’un cynisme électoraliste implacable : il est peu probable que les chercheurs votent en masse pour Marine Le Pen.

Face à cette régression sans précédent, la ministre Mme Vidal ( l’inconnue), ne peut plus rester la grande muette ; et il est une autre voix dont on ne comprendrait pas qu’elle ne  se manifeste pas , M. Cedric Villani.
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vendredi 7 avril 2017

Carnets de science- une belle revue !

Une nouvelle revue du CNRS pour la vulgarisation scientifique

Une nouvelle revue vient de naître, consacrée à la recherche scientifique, revue éditée par le CNRS, et un très grand bravo pour la variété des articles, pour une rédaction claire et passionnante, à la fois de haute volée et compréhensible par tous,  pour une présentation soignée et une iconographie abondante et superbe -

Quelques exemples parmi les plus attractifs :- le point sur une des découvertes majeures de l’année, la première détection des ondes gravitationnelles prédites par Einstein, par la collaboration américano européenne Ligo-Virgo (Nicolas Baker) – Un reportage sur le laboratoire de physique de l’Ecole Normale Supérieure Kastler-Brossel d’où sont issus trois générations de Prix Nobel ( Kastler, Cohen- Tannoudji, Haroche) (Marie Mabrouk) – une nouvelle histoire de la psychologie (Olivier Houdé, qui dirige le laboratoire CNRS de psychologie de la Sorbonne) qui part de…Platon et de ses idées innées, dont la  notion de permanence de l’ objet est un exemple actuellement travaillé – un dialogue entre les deux plus récentes médailles Field française Villani (2010) et Avila (2014) : « Le fait qu’il y ait une histoire des mathématiques en France attire les chercheurs de partout »-Avila «  Les mathématiques ont été créées pour résoudre des problèmes du monde qui nous entoure » -Villani – un (trop)  bref historique du mystérieux mouvement Bourbaki (Sylvain Guilbaud)

Même dans un domaine proche de celui où j’exerce, la section le siècle du vivant m’a intéressé, appris ou réappris des choses et remis en perspective les nouvelles avancées de la biologie  qu’elle  vulgarise ( ce n’est pas du tout un gros mot) intelligemment et avec de superbes illustrations. «  Ces dernières années, des bonds de géants technologiques ont abouti à d’incroyables découvertes : de la vie dans les endroits les plus hostiles de la planète, une population de microbes logées dans nos intestins,  l’existence d’une matière noire du vivant ou la mise au point d’une technique simplissime pour remplacer des morceaux de gênes ». Au hasard des articles (De nouveaux territoires à explorer- Catherine Jessus ; Le Vivant a sa matière noire- Martin Koppe), Comment nos cellules ont appris à respirer-  Kheira Bettayeb), des ciseaux génétiques pour le cerveau- Léa Galanopoulo) : une image superbe par imagerie I RM des réseaux de substance blanche dans le cerveau humain ; 85 % des micro-organismes vivant sur terre seraient encore ignorés par les biologistes et 85% des microbes connues ne sont pas cultivables ; e rôle de la fore intestinal - le microbiome dans la cirrhose, le diabètes, certains cancers et maladies cardiovasculaires, la possibilité en comprenant comment la cellule a acquis ses mitochondries de pratiquer un génie génétique d’une autre ampleur permettant de transférer d’un coup un nombre très important de gènes, voire des structures cellulaires entières.

Et dans le domaine historique, une interview passionnante de Serge Gruzinski (La mondialisation est née à la Renaissance) sur le métissage historique, particulièrement dans la période qu’il a le plus étudiée, la conquête de l’Amérique : «  Au XVIème siècle, des nobles amérindiens apprennent le latin dans des collèges fondés par les autorités coloniales, ils se forment à la scolastique, aux règles du droit européen et à la pensée aristotélicienne »


Bravo donc, et longue vie à une excellente revue qu’on annonce semestrielle. Une petite question, un léger regret peut-être : cette revue écrite, éditée, diffusée par le CNRS, elle mériterait peut-être de devenir une vitrine de l’ensemble de la recherche publique  française. Je sais bien que tout le monde, les politiques, les industriels, les universités, les autres grands organismes de recherche..l’Europe, en veut au CNRS mais quand même ! De toute façon, longue vie à Carnets de Sciences !




dimanche 4 décembre 2016

Jean Pierre Sauvage et la recherche

Quelques  extraits des déclarations de Jean Pierre Sauvage, prix Nobel de chimie 2016

Dans un blog précédent (Prix Nobel de Chimie 2016 : des artistes de la Chimie !), j’ai tenté d’illustrer brièvement les travaux des prix Nobel de chimie de cette année, et tout particulièrement le Français Jean-Pierre Sauvage. J’ ai souhaité  reprendre ici quelques-unes de ses déclarations récentes.

Sur ses réalisations : (sciences et avenir, 25 oct 2016)

« Nous avons fabriqué toute une série de nouvelles molécules afin de pouvoir contrôler leurs mouvements, et cela, à l’échelle de quelques milliardièmes de mètre. Une des principales difficultés tenait dans le fait que, dans un milieu liquide et en raison de l’énergie thermique, les molécules gigotent tout le temps. Elles se déforment, se déplacent et s’entrechoquent de façon aléatoire, dans une sorte de ballet incessant qu’on appelle « mouvement brownien ». Or nous sommes parvenus à piloter, de manière parfaite, de nombreux édifices moléculaires : des objets qui se déplacent ou qui s’arrêtent quand on le souhaite, sur une ligne droite ou autour d’un axe, par exemple, tel un rotor ; des tiges et des anneaux qui coulissent les unes dans les autres, comme des pistons ; des muscles artificiels qui compriment ou allongent leur longueur à la demande, des ascenseurs moléculaires, etc. »
Sur la chimie en tant que science autonome (sciences et avenir, 25 oct 2016)

« Je tiens à préciser que le prix Nobel que nous avons reçu concerne « véritablement » les sciences chimiques, et je peux vous dire que beaucoup de chimistes en ont été absolument ravis ! Cette remarque peut paraître surprenante, mais la plupart des Nobel de chimie décernés ces dernières années avaient une relation très directe avec la biologie, la médecine, voire la physique, comme en 2014 et en 2015 par exemple, qui ont récompensé des travaux sur la microscopie à fluorescence et la réparation de l’ADN. Des travaux d’importance, sans nul doute, mais plutôt éloignés et même difficiles à comprendre pour des chimistes « normaux » ! Ceux pour lesquels nous avons été distingués se situent, cette fois, au cœur du métier de chimiste, qui pour l’essentiel consiste à synthétiser des molécules ou des assemblages moléculaires ayant des propriétés très spécifiques, extraordinaires, puis chercher à les utiliser. »

Sur la recherche fondamentale entre jeu et défis (sciences et avenir, 25 oct 2016)

Tout a commencé au début des années 1980 par un simple défi : un pur défi de « synthèse », comme ceux que les chimistes aiment tant relever ! Je cherchais, avec mon équipe, à entrelacer deux molécules circulaires, et personne ne voyait comment attaquer le problème de manière raisonnable. La solution est apparue en 1983. Elle était fondée sur l’utilisation de complexes de métaux de transition, l’ion cuivre en particulier. Celui-ci jouait un rôle d’échafaudage, de structure transitoire pour les réactions que voulions effectuer. L’ion interagissait d’abord avec une molécule organique, puis avec deux fragments successifs devant former un second anneau. En retirant l’ion cuivre, l’ensemble se réorganisait totalement. On obtenait alors deux molécules imbriquées, comme les maillons d’une chaîne, ensemble que nous avons baptisé « caténane ».

« Si nous ne faisons pas de recherche fondamentale, personne ne le fera ! Laissez-nous tranquille avec les applications concrètes ! » La Recherche, Novembre 2016

Des déclarations plutôt roboratives et pertinentes, qui font espérer que Jean Pierre Sauvage (71 ans) sera à l’avenir moins discret et fera davantage profiter la communauté scientifique de son expérience et de ces idées. Oui, n’en déplaise à certains organismes de recherche qi avait envisagé récemment de supprimer leur division la chimie, la chimie est une science autonome, qui ne se réduit pas à ses applications à la physique ou à la biologie, qui couvre un large domaine, une science que des savants français ( Lavoisier, Berthollet (certes un peu Suisse), Chaptal, Fourcroy, Gay-Lussac, Dumas, Pasteur, Berthelot) ont largement contribué à fonder comme science positive. A travers Jean Marie Lehn, Yves Chauvin et maintenant Jean–Pierre Sauvage, elle contribue toujours à la renommée scientifique de la France.
Et en ce qui concerne les évaluations incessantes, et les évaluations d’évaluations, les innombrables actions ciblées pour piloter la recherche ( mais qui donc ose être le pilote dans l’avion – ce n’est pas en perfectionnant la bougie qu’on invente la lampe à incandescence – Édouard Brézin) et les centaines de dossier pour quelques subventions, Jean Pierre Sauvage a raison de rappeler que c’est la mission principale des chercheurs des grands organismes et des universités de faire de la recherche fondamentale ; et il a d’autant plus de raison de le dire que sa carrière ( serait-elle encore possible aujourd’hui)  constitue un contrexemple parfait et convaincant de ce que l’on considère aujourd’hui  de ce qui est aujourd’hui recommandé.

Et quand à la valorisation de la recherche, elle constitue une obligation et un défi ; mais que pourrait-elle bien valoriser si elle ne peut s’appuyer sur une recherche fondamentale forte. D'autre part, elle doit être menée par des structures spécialisées, publiques ou privées, par des spécialistes qui ont une expérience du privé et du développement (les ingénieurs sont là pour ça !) ou des chercheurs qui ont en même temps une mentalité d’entrepreneurs. D’ un système où les chercheurs sont sommés sans cesse de défendre l’utilité de leurs recherches, de rédiger des formulaires d’applications fantaisistes, et détournés de la recherche fondamentale pour une recherche appliquée non applicable, il ne peut pas sortir grand-chose de bien.


jeudi 27 août 2015

Mercator Océan, un succès français


Connaître l’Océan : l’océanographie opérationnelle ou la météo de l’Océan

La conférence globale sur le climat COP 21, qui aura lieu en France en décembre 2015 doit être aussi l’occasion de faire mieux connaitre la recherche française et ses réalisations en ce domaine ; c’était déjà l’objet d’un de mes précédents blogs sur le diplomatie scientifique de la France, un concept qui a un temps passionné Laurent Fabius.  En voici ici un exemple impressionnant, utile, fascinant, fun , une vraie réussite : Mercator.

Mercator est une initiative française, un groupement d’intérêt public existant depuis 2002, et qui a d’abord réussi l’exploit de faire travailler sur un projet  commun cinq organismes : le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), l’ Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer), l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), Météo-France et le SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales y est fortement associé, ne serait-ce que pour la fourniture des données satellitaires dont Mercator est très gros utilisateur.

Que fait Mercator ? De l’ « océanographie opérationnelle » ! C’est-à-dire ?  Le terme, qui qualifie une discipline jeune qui n’a pas vingt ans (il fallait un saut en termes de  techniques, de données et d’ informatique) n’est peut-être  très heureux, mais globalement, il s’agit d’« être capable de décrire l’océan en temps réel et de le prévoir de façon opérationnelle dans toute son étendue en surface comme en profondeur ».

Alors qu’il couvre près de 70% de la surface du globe, l’océan occupe une place croissante dans le domaine économique (alimentation, énergie, transports…), environnemental (changement climatique, protection des espèces, qualité des eaux…) et sociétal (sécurité en mer, éducation, emploi…) ; bref, le but de Mercator  est décrire et prévoir l'océan de façon opérationnelle, « comme la météo décrit l'atmosphère ». L’enjeu n’est pas qu’économique et sociétal : mieux connaître et prévoir l’océan, c’est mieux le protéger.

Pour une meilleure compréhension, la fascination et le fun, se reporter au site internet et au bulletin physique journalier grand public (http://bulletin.mercator-ocean.fr/fr/PSY4#2/71.7/-55.5). Une carte similaire à une carte météo y donne sur tout le globe les courants, la température et la salinité, et ceci pour des profondeurs de  zéro , 30, 100, 300,  1000 et 3000 mètres !  Et également la hauteur de mer, la hauteur  et la vitesse des glaces ! De quoi voir venir le naufrage du Titanic et les catastrophes comme Xynthia  à La Faute-sur-Mer !

Histoire d’un succès

Mercator est né le 26 juin 1995, à l'initiative de Michel Lefebvre et de Jean-François Minster ; une trentaine d'océanographes rassemblent les pièces du puzzle : un océan sous observation continue des satellites altimétriques Topex/Poseidon et ERS, des équipes de recherche à la pointe en matière de modélisation et d'assimilation. Dès 1998, les cartes de la topographie des océans tracées par Topex/Poséidon et ERS (projet Ssalto/Duacs) sont pour la première fois élaborées et diffusées en temps réel : les grands courants océaniques s'animent en direct sous nos yeux.

L'océan profond, qui ne peut s'observer qu'in situ, prend le relais suivant avec le programme international Argo et sa composante française Coriolis. Le déploiement de 3000 flotteurs à travers l'océan global est entrepris (près de 2500 sont déjà déployés fin avril 2006) pour apporter aux modèles les indispensables mesures verticales de température et salinité, entre 0 et 2000 m de profondeur.

En avril 2002, les six membres historiques Cnes, CNRS, IRD, Ifremer, Météo-France et Shom créent le Groupement d'Intérêt Public (GIP) Mercator Océan pour une durée de 4 ans. Le GIP a une mission claire : développer la capacité de description en routine de l'océan mondial à haute résolution, et préparer le futur Centre d'Océanographie Opérationnelle.

C’est un succès et finalement, en 2014, la Commission européenne a signé avec Mercator Océan un accord qui lui confie la mise en place du futur Copernicus Marine Service à compter d’Avril 2015. Ce service a pour mission de fournir un accès libre et gratuit à une information scientifiquement qualifiée et régulière sur l’état physique et biogéochimique de tous les océans du globe, en surface comme en profondeur : température, courants, salinité, hauteur de mer, glace de mer, couleur de l’eau, chlorophylle. Le Contrat de délégation de la Commission Européenne porte sur un montant de 144 Millions d’Euros entre 2014 et 2021.

Les données fournies par Mercator permettent déjà une cartographie des courants, ce qui est important pour la sécurité et l’économie du routage en haute mer, pour retracer le trajet d’objets échoués, ou de nappes de pollution et identifier les pollueurs, d’assurer une meilleur prévision et sécurité des côtes et de leur environnement, d’améliorer la prédiction des événements climatiques où l’océan joue un rôle majeur, et notamment une meilleur prévision des cyclones et autres événements extrêmes, un meilleur suivi et une meilleure prédiction de l’évolution des ressources halieutiques, etc  et aident, les climatologues à comprendre et modéliser l’évolution du climat,

Bonne chance et longue vie à ce projet passionnant et beau, d’origine française, qui met en valeur plusieurs points de la recherche en France (océanographie, mathématiques, modélisation, spatial, météorologie). Le débat autour de la COP 21 et du climat est l’occasion de mieux faire connaître internationalement de tels projets. Maintenant, un esprit pragmatique (anglo-saxon ?) pourrait aussi  se demander si on peut en faire une activité rentable….