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samedi 23 décembre 2017

Ordonnances Macron amères : la Convention Collective de la Chimie menacée

Depuis six semaines et 2 réunions paritaires plénières, une intersyndicale CGT,  CFE-CGC et FO a engagé contre l’UIC (Union des Industries Chimiques) un bras de fer afin de maintenir des dispositions non dérogeables en entreprises, en matière de salaires minima, ainsi que des primes et des repos liés aux conditions et rythmes de travail, d’ancienneté, etc. et des garanties de salaire en maladie.

Les trois organisations syndicales  (la CFDT ne s’y associe pas, comme c’est original !) ne revendiquent pas de droits nouveaux, juste le maintien du socle de droits conventionnels existant. Pour L’UIC, c’est encore trop, et la chambre patronale affiche ainsi clairement la volonté de ses adhérents de réduire les garanties pour les salariés.

Il est vital de défendre aujourd’hui la Convention Collective Nationale des Industries Chimiques

Les nombreuses garanties obtenues au fil du temps et inscrites dans la Convention Collective pour tous les salariés, quelle que soit leur catégorie professionnelle, pourront demain être remises en cause par l’UIC, conséquence des ordonnances Macron.
Certaines de ces garanties peuvent être méconnues par les salariés, mais elles sont généralement la base d’accords qui les améliorent dans les entreprises. Pour les salariés des plus petites entreprises, ces garanties constituent bien souvent une partie importante de la rémunération. Dans tous les cas, elles agissent comme un filet de sécurité en cas de difficultés.

Primes d’anciennetés : limitées à 15 ans pour les salariés des deux premiers collèges, elle représente par exemple 267 euros mensuels pour un technicien classé à 275 ayant 12 ans d’ancienneté. Dans une entreprise payant les salariés au minimum conventionnel, c’est plus de 10% de la rémunération.

Travailleurs postés : la Convention garantit une prime minimale de 20% du taux minimum conventionnel pour chaque heure effectuée de nuit. Elle prévoit également une prime de 100% de ce taux horaire pour le travail du dimanche, doublée d’un jour de récupération (qui peut être payé) pour les jours fériés. Pour un opérateur classé à 190, c’est la garantie d’une majoration minimale de 70 euros par dimanche par exemple.

Maintien du salaire en cas de maladie : à partir d’un an d’ancienneté, le salaire est maintenu à 100 % pendant quatre mois. Ce délai est porté à six mois pour sept ans d’ancienneté. C’est cette disposition qui impose aux entreprises le paiement des jours de carence aujourd’hui au nombre de trois.

Rémunération des cadres : c’est la convention collective qui oblige aujourd’hui les entreprises à prévoir des augmentations minimales équivalentes pour les salariés du troisième collège lorsqu’elles sont négociées pour les salariés des deux premiers collèges ? Et demain ?

Suppression DP-CE-CHSCT et réduction du nombre d’élus : que ce soit dans les ateliers ou dans les sièges sociaux, le CHSCT est un véritable garde-fou essentiel aux conditions de travail des postés comme à la préservation de la santé des cadres. Faire croire, comme le font les ordonnances, que les prérogatives sont transférées tout en supprimant la souveraineté de cette commission et ses représentants est tout simplement criminel.
Prétendre que les salariés seront protégés car les dérogations à ces élément ne seront possibles qu’en cas d’accord majoritaire est mensonger. Cela ne fera qu’encourager les chantages à l’emploi comme cela a été le cas dans d’autres secteurs (Smart, Bosh, etc.) avec les résultats que l’on connait : les salariés se déchirent, les remises en cause passent par referendum, puis, de toute façon, les licenciements tombent.  

Devant la gravité de la situation, les fédérations de la Chimie CFE-CGC, FNIC-CGT et Fédéchimie FO ont décidé de passer outre leurs divergences et de se rejoindre autour d’une revendication commune : demander ensemble à l’UIC de négocier un accord qui permettrait à tous les salariés de la profession, quelle que soit la taille de leur entreprise, le maintien de ces garanties conventionnelles.

L’UIC a répondu qu’elle ne souhaitait pas s’engager dans cette voie.

Face au risque sans précédent de dumping social, d’appauvrissement de toutes les catégories de salariés de la branche (de l’opérateur à l’ingénieur) et d’atteintes inéluctables à la santé et à la sécurité, les trois fédérations ont décidé de maintenir la demande de négociation de ce projet d’accord, préalablement à toute autre discussion avec l’UIC.
Etape dans la mobilisation pour infléchir la position de l’UIC, les trois fédérations invitent les salariés à signer massivement la pétition porteuse de cette exigence. (chère intersyndicale, essayez de rendre possible une signature en ligne sur internet, merci  !

Pétition commune CFE/CGC, CGT , Chimie : (voir image)

Branche Chimie : pour une Convention Nationale Collective des Industries Chimiques qui soit un véritable socle de droits pour tous les salariés
Répondant au revendications du MEDEF, Macron et son gouvernement ont fait le choix de la régression sociale en permettant aux employeurs de déroger de façon moins favorable, c’est-à-dire baisser, voire supprimer, différentes éléments de notre convention nationale de la Chimie. Pour exemple, peuvent être concernés :
Primes d’ancienneté,
Primes de nuit, de dimanche ou de férié
Jours de carence et maintien du salaire en cas de maladie
CHSCT
Repos compensateurs
Augmentation générale pour les cadres comme pour les autres salariés

Les organisations CFE-CGC chimie, FNIC-CGT et Fédéchimie FO demandent à l’UIC et aux fédérations associées de maintenir le socle de garanties collectives  existants


dimanche 4 décembre 2016

Jean Pierre Sauvage et la recherche

Quelques  extraits des déclarations de Jean Pierre Sauvage, prix Nobel de chimie 2016

Dans un blog précédent (Prix Nobel de Chimie 2016 : des artistes de la Chimie !), j’ai tenté d’illustrer brièvement les travaux des prix Nobel de chimie de cette année, et tout particulièrement le Français Jean-Pierre Sauvage. J’ ai souhaité  reprendre ici quelques-unes de ses déclarations récentes.

Sur ses réalisations : (sciences et avenir, 25 oct 2016)

« Nous avons fabriqué toute une série de nouvelles molécules afin de pouvoir contrôler leurs mouvements, et cela, à l’échelle de quelques milliardièmes de mètre. Une des principales difficultés tenait dans le fait que, dans un milieu liquide et en raison de l’énergie thermique, les molécules gigotent tout le temps. Elles se déforment, se déplacent et s’entrechoquent de façon aléatoire, dans une sorte de ballet incessant qu’on appelle « mouvement brownien ». Or nous sommes parvenus à piloter, de manière parfaite, de nombreux édifices moléculaires : des objets qui se déplacent ou qui s’arrêtent quand on le souhaite, sur une ligne droite ou autour d’un axe, par exemple, tel un rotor ; des tiges et des anneaux qui coulissent les unes dans les autres, comme des pistons ; des muscles artificiels qui compriment ou allongent leur longueur à la demande, des ascenseurs moléculaires, etc. »
Sur la chimie en tant que science autonome (sciences et avenir, 25 oct 2016)

« Je tiens à préciser que le prix Nobel que nous avons reçu concerne « véritablement » les sciences chimiques, et je peux vous dire que beaucoup de chimistes en ont été absolument ravis ! Cette remarque peut paraître surprenante, mais la plupart des Nobel de chimie décernés ces dernières années avaient une relation très directe avec la biologie, la médecine, voire la physique, comme en 2014 et en 2015 par exemple, qui ont récompensé des travaux sur la microscopie à fluorescence et la réparation de l’ADN. Des travaux d’importance, sans nul doute, mais plutôt éloignés et même difficiles à comprendre pour des chimistes « normaux » ! Ceux pour lesquels nous avons été distingués se situent, cette fois, au cœur du métier de chimiste, qui pour l’essentiel consiste à synthétiser des molécules ou des assemblages moléculaires ayant des propriétés très spécifiques, extraordinaires, puis chercher à les utiliser. »

Sur la recherche fondamentale entre jeu et défis (sciences et avenir, 25 oct 2016)

Tout a commencé au début des années 1980 par un simple défi : un pur défi de « synthèse », comme ceux que les chimistes aiment tant relever ! Je cherchais, avec mon équipe, à entrelacer deux molécules circulaires, et personne ne voyait comment attaquer le problème de manière raisonnable. La solution est apparue en 1983. Elle était fondée sur l’utilisation de complexes de métaux de transition, l’ion cuivre en particulier. Celui-ci jouait un rôle d’échafaudage, de structure transitoire pour les réactions que voulions effectuer. L’ion interagissait d’abord avec une molécule organique, puis avec deux fragments successifs devant former un second anneau. En retirant l’ion cuivre, l’ensemble se réorganisait totalement. On obtenait alors deux molécules imbriquées, comme les maillons d’une chaîne, ensemble que nous avons baptisé « caténane ».

« Si nous ne faisons pas de recherche fondamentale, personne ne le fera ! Laissez-nous tranquille avec les applications concrètes ! » La Recherche, Novembre 2016

Des déclarations plutôt roboratives et pertinentes, qui font espérer que Jean Pierre Sauvage (71 ans) sera à l’avenir moins discret et fera davantage profiter la communauté scientifique de son expérience et de ces idées. Oui, n’en déplaise à certains organismes de recherche qi avait envisagé récemment de supprimer leur division la chimie, la chimie est une science autonome, qui ne se réduit pas à ses applications à la physique ou à la biologie, qui couvre un large domaine, une science que des savants français ( Lavoisier, Berthollet (certes un peu Suisse), Chaptal, Fourcroy, Gay-Lussac, Dumas, Pasteur, Berthelot) ont largement contribué à fonder comme science positive. A travers Jean Marie Lehn, Yves Chauvin et maintenant Jean–Pierre Sauvage, elle contribue toujours à la renommée scientifique de la France.
Et en ce qui concerne les évaluations incessantes, et les évaluations d’évaluations, les innombrables actions ciblées pour piloter la recherche ( mais qui donc ose être le pilote dans l’avion – ce n’est pas en perfectionnant la bougie qu’on invente la lampe à incandescence – Édouard Brézin) et les centaines de dossier pour quelques subventions, Jean Pierre Sauvage a raison de rappeler que c’est la mission principale des chercheurs des grands organismes et des universités de faire de la recherche fondamentale ; et il a d’autant plus de raison de le dire que sa carrière ( serait-elle encore possible aujourd’hui)  constitue un contrexemple parfait et convaincant de ce que l’on considère aujourd’hui  de ce qui est aujourd’hui recommandé.

Et quand à la valorisation de la recherche, elle constitue une obligation et un défi ; mais que pourrait-elle bien valoriser si elle ne peut s’appuyer sur une recherche fondamentale forte. D'autre part, elle doit être menée par des structures spécialisées, publiques ou privées, par des spécialistes qui ont une expérience du privé et du développement (les ingénieurs sont là pour ça !) ou des chercheurs qui ont en même temps une mentalité d’entrepreneurs. D’ un système où les chercheurs sont sommés sans cesse de défendre l’utilité de leurs recherches, de rédiger des formulaires d’applications fantaisistes, et détournés de la recherche fondamentale pour une recherche appliquée non applicable, il ne peut pas sortir grand-chose de bien.


mercredi 12 octobre 2016

Prix Nobel de Chimie 2016 : des artistes de la Chimie !


Le Prix Nobel 2016 de Chimie a été attribué au Français Jean-Pierre Sauvage, au Britannique Fraser Stoddart et au Néerlandais Ben Ferringa. Cette édition du Nobel a été qualifiée de fondamentale, car il est vrai qu’elle récompense des travaux entrepris depuis longtemps, dont les éventuelles applications pratiques sont encore assez lointaines. Mais s’il existait un  Nobel d’esthétique ou d’architecture, nul doute que les récipiendaires l’auraient également obtenu tant l’architecture complexe des molécules qu’ils synthétisent est fascinante.

Jean-Pierre Sauvage, de l’Université de Strasbourg,  ouvre la marche en 1983. Il fait une découverte fortuite, celle d’une molécule en forme de chaîne, constituée de cycles moléculaires comme autant de maillons entrelacés. La première molécule de la famille des «caténanes» venait d’être identifiée.

Un caténane est une architecture moléculaire formée d'au moins deux macrocycles imbriqués l'un dans l'autre, formant une sorte de chaine (en latin catena). Ces deux cycles imbriqués ne peuvent pas être séparés sans casser au moins une liaison covalente d'un des deux cycles. Voici un des premiers exemple de caténane – merci wikipedia !)


Et pour le fun, un tour de force réalisé par James Fraser Stoddart, l’olympiadane, qui reproduit la structure des anneaux olypiques.

En 1994, Jacques Sauvage parvient à mettre au point une caténane dans laquelle un anneau est fixe, tandis que l’autre se déplace autour de manière contrôlée, en présence d’énergie. Il a ainsi conçu le tout premier embryon de machine moléculaire, un concept  qu’améliorera beaucoup Ben Ferringa.
Dans le bestiaire nouveau apprivoisé par les trois chimistes figurent aussi des rotaxanes, molécules constituées d'un macrocycle lié mécaniquement à un fragment moléculaire linéaire qui le traverse de part en part.
Dans un rotaxane, le macrocycle peut tourner autour de l'axe de l'haltère comme un volant ou il peut glisser sur son axe d'un site à un autre. Le contrôle de la position du macrocycle sur l’axe peut permettre au  permet au rotaxane de fonctionner comme un interrupteur moléculaire, chaque position possible du macrocycle correspondant  à un état différent de l'interrupteur. Et le mieux est qu’avec beaucoup de travail et d’ingéniosité, on peut construire des rotaxanes où les déplacement du macrocycles peuvent être contrôlées à volonté en agissant sur des paramètres chimiques ( polarité du solvant, acidité, potentiel oxydant) ou physique (action de la lumière). Il a da(illers été découvert que quelques molécules naturelles fonctionnent suivant ce principe (l'ATP synthase, peptides à nœud de cystine, cyclotides, peptides-lasso).
La synthèse de ces molécules représente un véritable défi chimique, un tour de force époustouflant.
L’approche historique, basée sur la chimie classique des polymères, a consisté en différentes stratégies de cyclisation, en espérant que tout se passe bien et que statistiquement, une partie des molécules synthétisées auront les caractéristiques voulues. Les réactions doivent être pratiquées avec de très faibles concentrations, les rendements sont minuscules. Bref, cette méthode est remplacée par des synthèses utilisant la chimie supramoléculaire, une spécialité de Strasbourg et du prix Nobel  Jean-Marie Lehn. Les molécules sont préorganisées de façon à réagir le plus possible dans le sens voulu grâce à l’emploi de  patrons moléculaires, qui, par des liaisons faibles ( liaisons hydrogène, métaux de transition) prédisposent les molécules subtstrats favorablement. Dans ces conditions, avec beaucoup de travail, de connaissance, peut-être de chance, il est possible d’arriver à des rendements élevés sur de grandes quantités.  par des interact La deuxième approche utilise une préorganisation supramoléculaire Rotaxanes et caténanes sont prêts à faire irruption dans notre monde, menant possiblement à une électronique moléculaires aux capacités étonnantes.
En attendant, fin 2016 devrait avoir lieu à Toulouse  un évènement qui montre comment ont progressé les découvertes de Sauvage, Stoddart et Ferringa. Il s’agit de la NanoCar Race, la première course internationale de molécules-voitures. Positionnées sur la ligne de départ, face à un circuit construit atome par atome sur une surface d'or, les nano-cars, qui ne font que quelques nanomètres de longueur, seront prêtes à démarrer, activées par de brèves impulsions électriques. Comme lors d'une course de Formule 1, chaque équipe devra parcourir le plus vite possible le circuit, depuis les deux atomes représentant le départ jusqu'aux deux atomes d'arrivée.
Bon, la course ne sera pas visible à l'œil nu mais pourra être suivie grâce à  un ensemble de microscopes « à effet tunnel » unique au monde, situé à Toulouse. Devraient être présentes des équipes de Toulouse, du Texas et d’Autriche, de Dresde, de l’Ohio, de Tsukuba. Voilà à quoi devrait ressembler la voiture française :
Reste une question : le long travail de chimie fondamentale qui a permis à Jean-Pierre Sauvage de développer sa chimie des moteurs moléculaires serait-il encore possible dans les temps présent, avec l’importance de la recherche finalisée et la très harassante ANR ( Agence Nationale de la Recherche) et les multiples évaluations croisées françaises et européennes, plus prores à couler des projets vraiment innovants qu’à les encourager ? Il serait intéressant de connaitre ses commentaires sur l’état actuel de la recherche en France

mardi 13 octobre 2015

Prix Nobel 2015 : Une première chinoise


De l’armoise au paludisme
Une grande première pour la Chine, et une double première : le premier prix Nobel scientifique, et le premier Nobel décerné à une chinoise, Youyou Tu, 84 ans, récompensée pour la découverte d’un médicament contre le paludisme, l’artémisine.
C’est une longue histoire, d’ailleurs déjà récompensée par le prestigieux prix Lasker en 2011, une très longue histoire même puisqu’elle trouve son origine dans un manuel de médecine traditionnelle chinoise (Des formules d’urgence à garder à porter de main -Zhouhou beijifang 後備 ) écrit au IVème siècle par le médecin et alchimiste Ge Hong 葛洪 (283-343). Une longue histoire aussi pour le Dr Youyou Tu, diplômée de pharmacie de l’Université de Pékin en 1955, et qui suivit ensuite une formation de deux  ans à la médecine traditionnelle chinoise ; puis, de 1965 à 1978,  elle devient professeur assistante à l'Académie chinoise de médecine traditionnelle de Pékin (professeur titulaire en 1985).
Dès ses débuts, le Dr Youyou Tu se consacre donc à l’exploitation de la pharmacopée chinoise traditionnelle par les méthodes de la recherche médicale occidentale. En 1950, l’OMS  se propose l’ambitieux projet d’éradiquer le paludisme. Après un succès limité, la maladie reprend de plus belle dans de nombreuses régions du monde, notamment en Chine, où la chloroquine - le traitement anti-paludique de référence- perd son efficacité. A une situation chinoise qui devient préoccupante s’ajoute ce qui se passe chez les voisins et alors alliés nord-vietnamiens. Les Nord-Vietnamiens en guerre construisent un extraordinaire réseau de tunnels qui leur permettent de s’abriter des bombardements américains et de s’infiltrer au sud. Seulement, ces tunnels sont remplis d‘eau stagnante, asile de choix pour les moustiques vecteurs du paludisme ; au point qu’il est rapporté que le paludisme tue plus que les bombes américaines.
Le programme 523
Mao Zedong décide de monter un projet médical et militaire secret appelé "523" (comme la date à laquelle il a été lancé, le 23 mai 1967), dont le but est de trouver un remède dans la médecine traditionnelle chinoise contre le paludisme, et qui permettrait de damner le pion aux USA où des scientifiques s'acharnent sans grands succès dans le même but. Youyou Tu est choisie pour diriger ces recherches, et ne sera pas pour autant épargnée par le régime et  la folie maoïste. Elle est envoyée dans la province de Hainan, une région du sud du pays relativement épargnée par la maladie. Elle ne reverra pas sa fille de 4 ans pendant six mois et son mari sera banni du pays (envoyé dans un camp de travail) pendant qu'elle mène ses recherches sur le terrain. "Le travail était ma priorité, j'étais prête à sacrifier ma vie personnelle", raconte-t-elle au New Scientist.
Assistée par trois personnes, elle épluche plus de 2.000 recettes de remèdes traditionnels et teste plus de 380 extraits de plantes d’abord sur des souris puis sur elle-même. Un extrait d’Artémisine (la plante chinoise Artemisia annua) se montre efficace pour faire baisser la fièvre et  réduire le nombre de parasites dans le sang. Le nombre d’extraits testés est faible pour une découverte de cette ampleur ; c’est que cette découverte ne doit rien au hasard, car les tisanes d’artémisine étaient réputées actives contre le paludisme dans le Hainan. S’ensuit alors un long travail de purification et d’isolement du principe actif, pendant lequel l’équipe chinoise finit par comprendre pourquoi leurs extraits pourtant de plus en plus purs perdaient de leur activité ; c’est que le principe actif qu’ils recherchent est sensible à la chaleur et dégradée par des extractions à chaud, normalement plus efficaces. Ils devront reprendre un mode d’extraction à froid, finalement assez proche de la recette traditionnelle (macération de la plante dans de l’eau pendant deux jours, après  écrasement au pilon).
La structure chimique de l’artémisine est décrite sans ambiguïté en 1979 par son spectre de diffraction des rayons X. Il s’agit d’une structure extrêmement complexe, et qu’aucun chimiste n’ aurait pu imaginer :  une lactone sesquiterpènique avec deux atomes d'oxygène liés par un pont peroxyde au-dessus d'un cycle à sept atomes de carbone (cf. le tableau ci-dessus) de plus  elle possède sept centres d'asymétrie autorisant un grand nombre de stéréoisomères… mais Artemisia annua n'en synthétise qu'un seul. Chimiste émérite,  Dr TouYou Tu a exprimé à plusieurs reprises sa fierté d’avoir découvert, en partant de la médecine traditionnelle de son pays, une molécule aussi originale, un antipaludéen de structure complètement nouvelle, ce qui de plus lui donne une activité sur les souches résistantes aux médicaments déjà connus.
La nature, chimiste extraordinaire
 La complexité structurale de la molécule d'artémisinine rend sa synthèse artificielle particulièrement difficile, et totalement prohibitive quant aux coûts. Un autre défi à relever a été sa production en quantité suffisante pour traiter un grand nombre de patients, et à un coût acceptable. Il faut 30 à 35 tonnes de plantes fraîches entières pour produire 2,5 à 3 tonnes de feuilles sèches d’où sont extrait environ 1,3 % d'artémisinine. Le laboratoire français Sanofi Pasteur a joué un rôle important dans cette partie de l’histoire ; avec l'arrivée de nouvelles générations d'armoise donnant un plus grand pourcentage de substance active et l'optimisation de la chaine de production, Sanofi Pasteur a annoncé, en 2013, qu’il était capable de produire de manière reproductible de l'artémisinine au prix de revient de 350 à 400 USD le kilogrammes. Renonçant à une synthèse totale, les chimistes thérapeutiques ont cependant  préparé des dérivés semi-synthétiques comme l'artésunate, l'artéméther et l'artéether, plus stables.
Ce n'est qu'après le constat, au début des années 1990, de l'aggravation des phénomènes de résistance du parasite envers les médicaments classiques comme la chloroquine ou l'amodiaquine que les laboratoires pharmaceutiques ont commencé à s'y intéresser, et il fallut attendre 2001 pour que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare l'artémisinine « le plus grand espoir mondial contre le paludisme ». Actuellement, l'artémisinine est considérée comme un traitement très efficace contre le paludisme, maladie qui touche près de 200 millions de personnes par an. Les résultats recensés dans certains pays d'Afrique qui testent des traitements à base de cette substance sont "spectaculaires.  Selon Médecins sans frontières (MSF), l'artésunate, dérivé de  l'artémisinine, réduit la mortalité de cas de paludisme sévère de 39 % chez les  adultes et 24 % chez les enfants. Mais déjà des résistances sont apparues, essentiellement en raison de pratiques médicales défectueuses  (utilisation de tisanes au lieu du produit pur, doses insuffisantes, médicaments trafiqués, absence de traitement par un autre antiupaludéen), essentiellement en Asie ; un gâchis scandaleux, une erreur à ne pas répéter ailleurs ; mais  le combat est déjà à reprendre.
Le prix Nobel 2015 de médecine a également récompensé l'Irlandais William C. Campbell et le Japonais Satoshi Omura pour leur mise au point d'un traitement contre les infections dues à des vers nématodes. Il s’agit également d’une molécule naturelle, l’avermectine, celle-là synthétisée par des bactéries, et "dont les dérivés ont radicalement diminué la prévalence de la cécité des rivières et la filariose lymphatique", a précisé le comité Nobel. La bactérie productrice a été isolée  en 1978, à l’Institut Kitasato d’un échantillon de sol provenant de la préfecture de Shizuoka. L’activité anti parasitaire a été découverte dans les laboratoires de  Merck Sharp and Dohme, où la souche avait été envoyée pour screening selon un procédé assez classique.
Bref, un excellent Prix Nobel de Médecine 2015 récompensant des chimistes pour les découvertes de médicaments majeurs pour des maladies parasitaires surtout présentes chez les pays peu développés – tandis que le Prix Nobel de chimie récompense de plus en plus souvent des biologistes - il serait peut-être  temps de créer un vrai Prix Nobel de biologie ! Peut-on espérer également que ces prix Nobel relancent l’intérêt sur les molécules naturelles, une recherche plus longue, difficile, ingrate qui a été quasiment abandonnée par la plupart des grands laboratoires. Seulement, la Nature reste encore le chimiste le plus imaginatif et efficace, capable de synthétiser des molécules extraordinaires, surprenantes et d’une complexité inouïe. Des molécules qui émerveillent toujours le Pr YouYou Tu !
 

 

dimanche 30 novembre 2014

La chimie française balayée ?


Le gaz de schiste américain menace 10.000 emplois en France
L’augmentation du prix du gaz en Europe menace l’industrie chimique. L’industrie chimique consomme en France 10,4% du gaz importé, soit environ 10 Milliards de m3 le gaz, et, en valeur, 2 milliards d’euros.   Depuis deux ans, le prix du gaz a augmenté entre 5 à 7 euros le MegaWatt heures, avec un pic de 17 euros en décembre 2013. Cette augmentation  est principalement due aux tensions sur le marché international, avec l’abandon du nucléaire au Japon pour cause de Fukushima et en Allemagne, pour cause de démagogie et de bêtise. La situation ne va pas s’améliorer  avec la politique de sanctions envers la Russie (bien que celle-ci ne fournisse à la France que 14 % de son gaz, contre 38% pour la Norvège).  Pendant ce temps, aux USA, grâce aux gaz de schiste, le prix du gaz naturel a été divisé par quatre ! L’industrie chimique américaine bénéficie d’un prix du gaz trois fois inférieur aux industries européennes !
 
Conséquence : la chimie, ça gaze aux USA, et ça dégage sérieusement en France. Toute la filière éthylène  (éthers de glycols, solvants, peintures, éthanolamines, cosmétiques, tensioactifs, textiles (rayonne), colorants, insecticides, polyéthylènes, polyvinyles) est gravement menacée. Grâce aux prix bas du gaz aux USA, l’écart de compétitivité est de deux. Pour la filière chlore/ soude, l’écart est également de deux, et pour la filière ammoniac, il est de trois. (rapport Carbone 4 pour l’UIC). Autre méthode de chiffrage mentionnée dans le même rapport : pour le Polyéthylène, les USA bénéficient d’un avantage de 800 millions d’euros par ans, pour le PVC, de 450 millions d’euros par ans, pour l’ammoniac, de 160 millions d’euros par ans…

Donc, les industries chimiques investissent aux USA et vont désinvestir en Europe, et la situation change rapidement : « « Dans la production d'ammoniac, par exemple, où le gaz représente 70 % des coûts, les Etats-Unis devraient produire 5 à 7 millions de tonnes supplémentaires à l'horizon 2017-2018, alors qu'ils étaient importateurs nets de 7 millions de tonnes en 2012 » Au total, 117 milliards de dollars d'investissements ont été annoncés aux US, selon l'American Chemistry Council, qui menacent de nombreuses usines en France et en Europe. Ainsi, pour le Polyéthylène, le rapport de Carbone 4 précise : «  le différentiel de coût de production PolyEthylène est très supérieur au coût du transport transatlantique. La production excédentaire US attendue à horizon 2016 - 2017 peut s’écouler en Asie ou en Europe suivant la demande. Dans le second cas l’impact sur la chimie de base européenne et française sera massif ». Ou encore ceci, qui présage un tsunami dans l’industrie chimique française : « Le différentiel de coût qui est durable, combiné avec des surcapacité US, rend les installations de production des grands intermédiaires chimique en France parmi les moins compétitives au monde.

Rappelons que la France reste tout de même une grande puissance chimique : la chimie française  se situe au deuxième rang en Europe et au 6e rang mondial, a réalisé un chiffre d'affaires de 82,4 milliards d'euros en 2013 et emploie 158.000 salariés. L’industrie chimique est en France le troisième grand pôle industriel après l’automobile et la métallurgie ; et le bas prix du gaz américain, la relocalisation de l’industrie chimique aux USA  menace à très court terme 10.000 emplois en France.

 

Que peut-on faire ? Il serait tout d’abord justifié que l’industrie chimique se voit reconnaître le statut d’industrie gazo-intensive, et d’autant plus que le gaz, notamment dans la filière éthylène, est loin d’être seulement un combustible, mais la matière première même des fabrications ; l’industrie chimique ne brûle pas le gaz, elle le transforme.

Les industries situées dans le sud de la France sont défavorisées dans l’accès aux gazoduc, ce qui se traduit par un surcoût d’accès au gaz d’environ 20%.  Un meilleur accès au réseau Nord Sud doit être garanti et la CRE ( Commission de régulation de l’énergie) a déjà agi en ce sens. Cela ne suffira pas, et l’UIC (Union des Industries Chimiques) demande la création de nouvelles infrastructures notamment sur le réseau Gascogne Midi, ainsi qu’un meilleur accès au Gaz Naturel Liquéfié - la signature d’un accord récent entre EDF et le fournisseur de gaz de schiste américain Chenière va dans ce sens.

L’UIC demande encore le développement de la production de gaz  issu des anciennes mines de charbon du Nord et de l’Est et un effort rapide pour la production de gaz  renouvelable (biofermentation de la biomasse, méthanation du dioxyde de carbone).

Le message du rapport de Carbone 4 me parait un peu brouillé par l’appel à la recherche et à l’exploitation de gaz de schiste en France, alors qu’on ne sait pas combien il y en a, ni si on peut l’exploiter dans des conditions compatibles avec la géographie française- ce qui est sûr, c’est que, même s’il devait y en avoir en quantités intéressantes, on ne pourrait l’exploiter selon les méthodes et dans les conditions américaines très favorables. Nous n’avons plus de réserves indiennes à polluer sans limites.

En tout état de cause, cela ne suffira pas, et il faudra prévoir des mesures protectionnistes basées par exemple sur le coût réel pour l’environnement  des exploitations de gaz de schiste.

Chimie et transition énergétique : les chimistes ont des choses à dire
Par ailleurs, l’Union des Industries Chimiques et la Société Française de Chimie  souhaitent s’impliquer durablement et activement dans la transition énergétique – un congrès aura lieu à Lille sur le thème Chimie et transition énergétique en juin 2015. Il serait assez bienvenu que les autorités gouvernementales s’y intéressent et s’intéressent à ce que les chimistes ont  dire sur le sujet, notamment sur la conversion et le stockage de l’énergie, sur les matériaux photovoltaïques ( lumière et énergie) , sur l’exploitation de la biomasse et la nouvelle chimie du carbone à créer, sur les matériaux à inventer pour les énergies renouvelables, sur les applications de la chimie bio-inspirée pur l’énergie. La transition énergétique ne pourra se faire sans de vraies ruptures technologiques, sans une action importante de recherche et de développement qui impliquera au premier plan de nombreux aspects de la chimie.

Des choix sont faits, sans que soient pris en compte, connus, relayés, les avis pourtant clairs des experts. Par exemple ; il est clair que l’Allemagne a choisi le d’abandonner la lutte contre le réchauffement climatique en refusant le nucléaire. Dans les pays comme l’Allemagne, le Danemark, les pays –Bas, qui ont massivement investi dans les éoliennes, les émissions de CO2 par kilowatt.heures sont six à neuf fois plus importantes que la France ! Six à neuf fois plus importantes  !

Le SPD vient d’ailleurs de l’avouer : « On ne peut pas arrêter le charbon et le nucléaire en même temps ; et Hannelore Kraft, la présidente SPD de Rhénanie du Nord annonce voir « les centrales à charbon fonctionner encore pendant des décennies » (y compris d’ailleurs les centrales à lignite). Sigmar Gabriel, le vice-chancelier et président du SD, a rétorqué aux Verts qui le contestaient : « qu’ils devaient tirer un trait sur les illusions de la politique énergétique allemande ». Entre la lutte contre le réchauffement climatique, et la réduction d’ici à 2020 de quarante pour cent des émissions de CO2 et l’intérêt immédiat de l’’industrie allemande, les Allemands ont choisi. La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas gagnée, et elle n’ira pas sans une forte pénalisation des énergies carbonées.  
 

dimanche 28 septembre 2014

Epigénétique, la nouvelle frontière de la biologie


Le nouveau cycle de la remarquable émission de « sur les épaules de Darwin », de Jean Claude Ameisen s’est ouvert par deux émission consacrées à l’épigénétique. A juste raison : il s »agit là d’une nouvelle frontière de la biologie, qui fait exploser un peu plus  le dogme central de la biologie et de l’évolution, celui d’une simple transmission d’information par l’ADN, sans intervention du milieu et de la non-hérédité des caractères acquis. Les modifications épigénétiques ne sont pas des mutations de l’ADN, mais des modifications plus ou moins réversibles de la façon dont celui-ci est utilisé – certains gênes pouvant être par exemple rendus inactifs ; ces modifications peuvent être héréditaires, mêmes si elles ont moins définitives, moins stables que des mutations. Avec la découverte, la compréhension et l’étude de l’épigénétique, nous entrons dans la l’ére de la fin de la distinction absolue entre inné et acquis, l’ére de l’étude des interactions entre les gênes et l‘environnement.

Phénomènes anciens, découvertes nouvelles et spectaculaires

A vrai dire l’épigénétique était connue, présente sous nos yeux depuis longtemps. Ainsi, on sait bien que toutes les cellules de notre corps ont le même ADN, pourtant elles l’expriment (l’utilisent) différemment selon les tissus qu’elles forment. Les mécanismes épigénétiques existaient donc, et un exemple connu depuis des millénaires nous en montrait l’importance : dans une ruche, un même embryon d’abeille se développera en reine ou en ouvrière selon la nourriture qu’il reçoit. Reines et ouvrières ont le même ADN, la différence dans la manière dont elles l’utilisent provient d’une « empreinte » embryonnaire différente liée à l’alimentation.

Les découvertes nouvelles les plus impressionnantes,  expliquées par M. Ameisen concernent l’hérédité des modifications épigénétique, leur mise en évidence chez les mammifères, la nature et la vérité de leurs effets.

Ainsi, chez le vers Caenorhabditis elegans, organisme modèle en biologie, une modification épigénétique permet un allongement de la vie d’un tiers. Cette modification se transmet sur environ trois générations, puis disparait. Des expériences menées chez la souris ces dernières années sont encore plus impressionnantes.  Ainsi des stresse de séparations vécus par des souriceaux dans leur enfance se traduisent à l’état adulte par un comportement plus agressif et des concentrations en neuromédiateurs différentes dans certaines régions du cerveau ( l’hippocampe). Ces phénomènes sont transmis sur au moins deux générations.

Plus étrange, car plus artificiel,  des souris conditionnées dans leur enfance pour trouver désagréable l’odeur sucrée de l’acétophénone (ce qui se traduit par un comportement d’immobilisation) transmettent cette aversion à leurs descendants sur deux générations. Ainsi, des souris manifestent une impression de « déjà senti » qui renvoie à une expérience vécue par leurs grands parents…

Les modifications épigénétiques peuvent se produire in utero. Ainsi, il existe des souris naturellement anxieuses. Lorsqu’on implante chez ces souris un embryon de souris normales, les souris qui naissent manifestent un comportement anxieux, et vice-versa. Ici, l’épigénétique l’emporte sur le génétique, ou du moins l’influence, et, comme le fait remarquer M. Ameisen, une mère porteuse ne fait pas que porter, mais transmet aussi. Dans ce cas, la modification épigénétique est liée à la façon dont un gène particulier, celui qui code les récepteurs glucocorticoïdes  est activé ou réprimé.

Autre exemple, plus pertinent concernant les maladies humaines : un régime saturé en graisse chez une souris mâle induit un diabète chez ces descendants, au moins pour la première génération.

Comme le disait le grand Auguste (Comte évidemment : « les vivants sont de plus en plus gouvernés par les morts… et, ce au-delà de ce que nous pensions, au-delà de la simple génétique.

Un nouveau domaine pour la médecine

L’homme a déjà été confronté pour son malheur à l’épigénétique. On savait que la prise de distilbène, un  produit utilisé dans les années 50 à 70 pour empêcher les naissances prématurées, étaient atteint de malformation des voies génitales, d’infertilité et d’un risque accru de cancer pour les filles. Des malformations sont également observées (transmises) à la deuxième génération. Le distilbène fait partie des perturbateurs endocriniens, et ce type de composés, très répandu dans notre environnement, est possiblement impliqué dans diverses maladies ou phénomènes (diabète, obésité, cancer, pubertés précoces), et sans doute par des mécanismes épigénétiques.

De plus en plus de mécanismes épigénétiques sont connue et des médicaments sont développés pour agir sur ces cibles : méthylation de l’ADN, acétylation des histones ( ces protéines qui entourent l’ADN et rendent les gênes plus ou moins accessibles, bromodomaines des histones. Déjà des inhibiteurs d’histone déacétylase sont utilisés dans le traitement de certains cancers. C’est tout un domaine de la thérapeutique qui s’ouvre, et, bien plus encore, tout le domaine de l’interaction entre l’environnement et le génome, avec notamment la compréhension de l’action des perturbateurs endocriniens.

Au fait, où en est-on pour la fixation d’un plan médicament en France et en Europe, pour le financement de la recherche en un domaine, la santé, dont nous pouvons encore d’attendre d’immenses progrès bénéfiques, et qui n’apparait trop souvent que comme une charge… alors qu’il s’agit, par excellence, d’un investissement d’avenir – surtout quand il touche à la génétique et à l’épigénétique ?

mardi 16 septembre 2014

Plaidoyer pour la Chimie


Je m’étonnais depuis quelque temps du nombre de firmes ukrainiennes et russes dans le domaine de la chimie, qui vendent notamment des composés élaborés pour la recherche, des chimiothèques,  de bonne qualité. La réponse à l’énigme se trouve dans le no de juin 2014 de l’Actualité Chimique, à travers un article sur les Olympiades Internationales de Chimie. La France y inscrit bon an mal an 250 candidats, contre 10.000 pour les USA, 250. 000 pour l’Ukraine, et 500.000 pour la Russie.

L’engouement pour la Chimie (qui commençait autrefois avec les mallettes de petit chimiste, (avant qu’on ne puisse plus rien y mettre d’excitant pour cause de réglementation) semble avoir largement quitté la France pour prospérer ailleurs. Pourtant, ce fut assez largement une science française, fondée dans sa version moderne par Lavoisier.

Alors, pour redonner du baume au cœur aux professeurs de Chimie, ces citations de deux disciples de Lavoisier :

Fourcroy 1800, dans son Tableau synoptique de chimie, qui se lance dans un éloge de la  chimie médicinale : « La Chimie… découvrira la nature et la composition des matières animales. Elle déterminera précisément les réactions chimiques qui se produisent chez l’animal vivant, comme Spallanzani a élucidé les mécanismes de la digestion et Lavoisier, la respiration. Par l’analyse des organes altérés, elle découvrira ce qui se produit dans les blessures organiques et en quoi les maladies consistent. Elle permettra de découvrir les moyens de prévenir les maladies à leur commencement. Elle simplifiera les remèdes pharmaceutiques, écartera les substances inactives, rendra leur formule plus exacte et plus reproductible… »

Et Chaptal, pour la Chimie Industrielle : « Avant que la Chimie n’eut ramené à des principes généraux les nombreuses opérations de l’industrie, les fabriques, les manufactures étaient, pour ainsi dire, l’apanage de quelques nations et la propriété d’un petit nombre d’individus. Le secret le plus absolu couvrait chaque procédé du voile du mystère; les formules et les pratiques se transmettaient en héritage de générations en générations. La chimie a tout dévoilé ; elle a rendu le domaine des arts le patrimoine de tous, et, en peu de temps, on a vu tous les peuples chez lesquels cette science a été cultivée s’enrichir des établissements de leurs voisins. Les préparations de plomb, de cuivre, de mercure; les travaux sur le fer, la fabrication des acides; l’apprêt des étoffes; l’impression des couleurs sur toile; la composition des cristaux, des terres cuites et des porcelaines; tout cela a été tiré du secret, et forme aujourd’hui une propriété commune...Ainsi, depuis vingt ans, la chimie a créé plusieurs branches d’industrie ».

Ludique, spectaculaire, passionnante, ubiquitaire…

Comme toute science bien faite, la Chimie est un langage, et celui qui n’en connait pas les rudiments ne peut comprendre grand-chose à la biologie, aux médicaments, aux textiles, aux colorants, aux encres, aux plastiques, à la photographie, à la géologie et à ses merveilleux cristaux, à l’air, à l’eau et à leurs polluants, aux cosmétiques, aux métaux et à leurs transformations, aux verres de plus en plus techniques, au pétroles et à ses éventuels substituts, à l’agrochimie et  ses engrais, insecticides, herbicides aujourd’hui décriés, mais qui ont sauvé l’Humanité des famines, aux végétaux et aux étonnantes substances qu’ils fabriquent – le magasin du Bon Dieu, disait Pierre Potier, l’inventeur du taxotère ; et les couleurs des tableaux, et les odeurs des fleurs et des parfums ; tout cela sans la Chimie est incompréhensible.

Alors peut-être peut-on rappeler que l’enseignement de la chimie peut-être passionnant, spectaculaire, ludique et qu’il est sans doute à revoir. Que ce langage peut en partie être acquis assez tôt sous une forme assez  ludique, élémentaire au départ.  Les revues professionnelles sont pleines d’idées de TP intéressant – il faudrait que les enseignants aient avantage de temps à consacrer à la chimie expérimentale.  Il serait sans doute aussi possible de construire une vidéothèque d’expériences spectaculaires – une expérience de chimie périodique en TP, je n’y crois pas trop. Certains aspects se prêtent bien à des simulations ou à des présentations amusantes sur ordinateur.

Sans doute conviendrait-il de commencer assez tôt au collège ou en seconde par un panorama des différents domaines de la chimie. Et peut-être faudrait-il aussi davantage spécialiser les enseignants- séparer la physique et la Chimie ? ou, du moins permettre à ceux que passionnent la chimie de l’enseigner en priorité.

Rien d’impossible : Fourcroy enseignait la Révolution Chimique de Lavoisier devant des auditoires passionnés de 1500 personnes ; il avait fallu pour cela agrandir l’amphithéâtre de Buffon au Muséum d’Histoire Naturelle (Jardin du Roi)
 

samedi 17 août 2013

Oliver Sachs, Oncle Tungstene

Parlons sans détours : trop souvent la chimie est la science sacrifiée de l’enseignement secondaire, celle dont on rogne les horaires, (en cas de besoin pour la physique, par exemple), qui suscite généralement le moins d’intérêt chez les élèves, et parfois chez les professeur eux-mêmes. Comment donc faire aimer la chimie, car rien ne s’enseigne, ni ne s’apprend sans passion ? La période estivale m’a permis de découvrir une réponse qui est semble-t-il, passée assez inaperçue, et plutôt inattendue, puisqu’elle provient du célèbre neurologue Oliver Sachs auteur de L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau , Seuil 1988.
 
 Dans Oncle Tungstène, Olivers Sachs raconte « ses mémoires d'une enfance chimique », celle d’un petit juif londonien né en 1933, entre oncle Tungstène, qui dirigeait une usine d’ampoule sélectrique, oncle Wolframm, le géologue, oncle Etain qui possédait une mine, et dont la chimie fut la première passion.
 
Quelles recettes ? Une seule peut-être finalement, l’émerveillement. L’émerveillement qui passe d’abord par le sensations : les couleurs de l’or, du cuivre, du zinc, le poids du plomb ou du tungstène, la densité de la liqueur de Clerici, la froideur du diamant, et ce qui se passe lorsqu’on touche un glaçon avec un diamant tenu à la main, les cris de l’étain ou du zinc lorsqu’on les plie, les odeurs des esters acétiques, des amines et des sulfures , les métaux nobles et ceux qui sont passés de vils à nobles (le platine), ou au contraire, ceux qui, grâce à l’industrie ont perdu leur noblesse (où l’on apprend que Napoléon III dînait dans de la vaisselle d’aluminium tandis que ses invités n’avaient droit qu’à l’or…), puis la découverte de la fluorescence, des spectres d’émission des éléments – Oliver Sachs ne sortant jamais sans un spectrographe de poche). L’émerveillement toujours devant la diversité du monde minéral et l’ingéniosité chimique des hommes depuis la plus haute antiquité pour en isoler les métaux, puis les expériences spectaculaires de combustion de divers métaux dans divers gaz, de précipitations de jardins chimiques. L’émerveillement ensuite devant les techniques que la chimie a permis de développer, la photographie et ses multiples possibilités de virage (à l’or, au sélénium, au platine, au palladium…), la dissection des piles et la constructions de piles à lapomme de terre et ou au citron, la galvanoplastie…
 L’émerveillement qui mène à l’admiration devant les Boyle, Hooke, Scheele, Lavoisier, Davy, devant aussi l’ordre qui, malgré le désordre apparent règne dans la nature et qu’il faut trouver, et c’est toute l’histoire de la théorie atomique, de Dalton et Prout à Rutherford , Moseley, Bohr, en passant par Avogadro, Cannizzaro, Mendeleïev, les Curie, car Oncle Tungstène est aussi une excellente histoire de la chimie (malgré peut-être une sous-représentation des chimistes français) Parmi d’autres découvertes du livre, la lutte entre les lampes à incandescence (à filament de divers métaux) et les lampes à gaz à manchons de zircone, magnésie ou thorine), les machines à rayons X des marchands de chaussure, les spinthariscopes…
 Oui, cette autobiographie d’une enfance sous le signe de la chimie est un émerveillement contagieux, à partager…
 

vendredi 25 novembre 2011

Année internationale de la chimie : une occasion manquée



Recherche et innovation _la chimie

Année internationale de la chimie : une occasion manquée

2011 a été déclarée année internationale de la chimie, et l’historique de cette déclaration devrait réjouir le cœur des chercheurs, ingénieurs, techniciens, praticiens d’une science parfois si vilipendée : ce n’est pas l’Allemagne ou la Suisse, qui, selon les procédures de l’ONU a proposé cette année internationale…c’est l’Ethiopie, pour honorer et faire connaître le rôle de la chimie dans le développement durable de l’Afrique, notamment dans la purification de l’eau.
De fait le rôle de la chimie est souvent ignoré, en tant que science, et en tant qu’industrie, parce qu’elle fournit essentiellement des produits ou matériaux intermédiaires, qui ne parviennent pas directement à l’utilisateur final. Pourtant, que serait l’alimentation des humains sans engrais ? Que seraient nos habits sans tissus et colorants synthétiques? Nos intérieurs sans plastiques ? notre santé sans médicaments chimiques ?
En France l’année internationale de la chimie a été une occasion manquée.

La chimie en tant que science

L’Actualité Chimique, Journal de la Société Française de Chimie, a consacré un no spécial (sept 2011) au thème Chimie et Société. Parmi les principaux contributeurs, deux maîtres français de la discipline, professeurs au Collège de France, Jacques Livage et Marc Fontecave expliquent les buts et les enjeux de la chimie :
- Comprendre le comportement de la matière, comment, elle se forme et se transforme. La science chimique permet de décrire la composition de la matière inerte et vivante et contribue à en expliquer le fonctionnement, de l’apparition de la vie sur terre aux organismes les plus évolués
- Créer de nouvelles molécules ou de nouveaux matériaux qui n’existaient pas jusque –là, et qui présentent des propriétés inattendues. La chimie est science de la création, parfois comparable à la démarche artistique, à mi-chemin entre le rationnel et l’intuitif
- La chimie est aussi un langage universel, pratiqué et compris à travers la planète par tous les scientifiques
- La chimie élargit presque sans limites le monde matériel dans lequel nous vivions. Elle le façonne et répond aux besoins de la société en élaborant des produits qui permettent d’améliorer notre santé, de lutter contre la pollution, de développer de nouvelles sources d’énergie.
- Pour le chimiste, la nature n’est pas un adversaire mais un partenaire dont il découvre, étend, modifie, valorise les productions. Les organismes biologiques sont d’abord des systèmes chimiques et la nature de la cellule est un problème entièrement moléculaire ( Whitesides). Nous sommes loin de l’opposition entre naturel et chimique que promeut une certaine vulgate pour qui le chimique est dangereux et artificiel, le naturel sain. (c’est parmi les molécules naturelles que l’on trouve les poisons les plus puissants, parfois source d’inspiration pour des médicaments


La chimie en tant qu’industrie

Selon le chimiste français Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie en 1987 : « un monde privé de chimie serait un monde sans matériaux synthétiques, donc sans téléphone, sans ordinateur, sans cinéma, sans tissus synthétiques ». Plus largement, ce serait un monde sans savon, sans dentifrice, sans parfums, sans cosmétiques, sans carburants, sans encres, sans livres ni journaux. Tous ces produits font en effet appel à l’industrie chimique.
L’industrie chimique française est méconnue. Elle regroupe plus de 800 entreprises et  180.00 salariés (6.4% de l’emploi industriel), occupe le 5ème rang mondial, le deuxième en Europe derrière l’Allemagne ; elle représente 22% des exportations françaises (53% du CA est exporté ) et génère une valeur ajoutée  de 18 milliards d’euros pour un chiffre d’affaire de 85 milliards. Les dépenses de recherche représentent  3.1 milliards d’euros, soit  entre 2.2 et 2.6% du CA.
La chimie dangereuse et polluante ?  C’est largement du passé : l’industrie chimique est l’une des plus réglementée du point de vue environnemental et l’accidentologie y est parmi les plus faibles de toutes les branches industrielles ;
Pourtant l’industrie chimique reste en France mal considérée. En Allemagne, la chimie a une image positive chez deux tiers des sondés ; en France, chez un tiers. Les deux tiers des personnes interrogées estiment que la majorité des produits chimiques d’origine naturelle sont moins dangereux que les substances chimiques… ce qui est évidemment, parce qu l’homme  connaît, évalue, contrôle la toxicité des composés qu’il fabrique.
Il n’en a pas toujours été ainsi. Au XVIII et XIXème siècle, la chimie est largement une science française, avec Lavoisier, Berthollet, Gay-Lussac, Fourcroy, Chaptal, Berthelot, Dumas, Laurent, Gehrardt…et est extrêmement populaire. A l’Ecole Polytechnique, lors de sa fondation, elle est aussi importante que les mathématiques.  Et la France est assez bien représentée parmi les Prix Nobel de chimie : Henri Moissan, Marie Curie, : Frédéric Joliot, Irène Joliot-Curie, Victor Grignard, Paul Sabatier, Jean-Marie Lehn, Yves Chauvin.

La chimie et les défis de l’avenir.

La chimie science du recyclable : la chimie n’a pas attendu le XXIème siécle, et pas même le XXème, pour se préoccuper de développement durable : les boules de billards en plastique furent inventées aux USA en 1870 afin de sauvegarder les éléphants dont les défenses étaient auparavant utilisées pour fabriquer ces boules.
Avec l’épuisement des ressources naturelles et matières premières, nos sociétés  ne peuvent plus gaspiller  comme par le passé. Leur survie passe par un développement extraordinaire des procédés de recyclage. La valorisation de matières premières rares ou à forte valeur passe par le développement de procédés chimiques spécifiques. En particulier, il faut développer rapidement des procédés de séparation et purification des métaux rares et des ressources stratégiques.
La chimie pour l’énergie : la chimie est indispensable dans la résolution de la question énergétique. En particulier, il n’y aura pas de solaire et  il n’y aura pas de véhicules électriques sans le développement de nouveaux matériaux pour le stockage de l’énergie intermittente (batteries notamment) ou pour son transport (matériaux à faible résistance) L’invention de nouveaux matériaux plus performant pour capter l’énergie solaire est indispensable au développement du photovoltaïque ;
Surtout la chimie doit se préparer à remplacer le pétrole par une ressource durable. La chimie du végétal va connaître un développement extraordinaire et nécessiter un effort de recherche considérable. En effet, pour sécuriser l’accès aux matières premières et en particulier au carbone, l’utilisation de matières premières renouvelables, issues de la biomasse, terrestre ou marine (algues) est indispensable. Il faudra notamment promouvoir l’utilisation de matières premières renouvelables et soutenir les collaborations entre les agro-industriels et les chimistes ; développer des filières et des installation industrielles nouvelles (« bioraffineries ») ; développer une forte synergie entre les sciences de la vie et la chimie notamment pour développer les  biotechnologies, inventer de nouveaux  procédés de catalyse chimique.
Chimie, santé, alimentation : la chimie restera essentielle dans l’invention de nouveaux médicaments, dans leur vectorisation, dans leur production, dans l’invention de nouveaux engrais, pesticides, insecticides plus efficaces et dépourvus d’effets secondaires. Elle devra continuer à mieux connaître, évaluer, prévoir la toxicité pour l’homme et l’environnement de ses produits, le processus commencé avec la démarche Reach doit être poursuivi. Il faudra favoriser l’émergence de plate-formes de compétences, incluant les compétences toxicologiques et éco-toxicologiques,
 La chimie devra continuer à inventer de nouveaux matériaux – parmi lesquels les nanomatériaux auront des applications étonnantes dans tous les domaines.

l’année internationale de la chimie a été une occasion manquée

L’année internationale de la chimie aurait été une excellente occasion de faire connaître l’importance, l’intérêt et les défis de la chimie comme science et comme industrie. Les sociétés savantes ont organisé quelques expositions ( dont une au palais de la Découverte, mais rien à La Cité des Sciences) et colloques, une firme chimique (BASF ) a mené une campagne dans les journaux et la télévision fort bien faite, illustrant l’ensemble des utilisations de la chimie…c’est ainsi que la chimie allemande est grande, dommage que la chimie française, pourtant importante, n’en ait pas fait autant. Le gouvernement français, les ministres de la recherche, de l’industrie, de l’enseignement ont été quasiment muets et inactifs ; c’est ainsi que la chimie française reste plus faible qu’elle ne pourrait l’être. En France, l’année internationale de la chimie a été une occasion manquée.
Pourtant, il y a beaucoup à faire pour améliorer la compréhension et la perception de la chimie par le public français. La chimie est le parent pauvre de l’enseignement scientifique, moins considérée que les mathématiques, la physique et les sciences naturelles. Historiquement, cela n’a pas été toujours le cas, notamment  au début du XIXème siécle, lorsque la France dominait la chimie mondiale.
La question de l’enseignement est cruciale. La place de la chimie dans l’enseignement doit être renforcée, les programmes doivent être modifiés de façon à mieux mettre en évidence ses grands résultats, toutes ses applications et implications ; les manuels revus. Il faut sans doute se reposer la question de professeurs de chimie spécialisés, plutôt qu’un professeur de physique traitant la chimie quand il lui reste du temps.
La chimie souffre d’être une science transversale, son unité doit être mieux comprise. Partout, des professeurs passionnés inventent des travaux pratiques ludiques et formateurs, l’année internationale de la chimie aurait pu être une occasion de les faire connaître et de les répandre dans l’enseignement. La chimie souffre d’être une industrie intermédiaire, l’année internationale de la chimie aurait été une excellente occasion de mettre l’étude internationale de l’industrie chimique au programme du bac de géographie. La place de la chimie organique et structurale dans les sciences du vivant, de la chimie analytique dans l’art, dans la médecine légale, l’histoire de la chimie sont autant d’angles d’attaques multidisciplinaires qui pourraient et devraient être développés dans la cadre de travaux personnels d’élèves. L’enseignement pourrait se fixer comme objectif que chaque élève ait eu à traiter un  projet impliquant la chimie au cours de sa scolarité.
De son côté, l’industrie chimique française doit renforcer ses liens avec l’Université et la Recherche. L’industrie chimique française, contrairement à l’Allemagne, l’Angleterre, les USA emploie encore trop peu de cadres formés à la recherche par un doctorat, et, d’autre part, les docteurs en chimie ont les plus grandes difficultés d’insertion : c’est un gâchis. Il faut aussi ouvrir les sites industriels sur l’extérieur, développer avec les riverains des rapports fondés sur la connaissance réciproque et la confiance. La région Rhône-Alpes semble particulièrement dynamique, avec une ouverture sur l’éducation et notamment des visites des centres de recherche, d’ingénierie, de production qui  sont appréciées (cf Gérard Guilpain, Actualités chimiques, sept 2011)