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vendredi 24 août 2018

UPSA, pépite française placée sous « revue stratégique » par BMS


UPSA- une belle histoire

Décidément, le langage managerial ne cesse de s’enrichir d’euphémismes assez barbares. Bref, que le géant américain place la vieille PME française pharmaceutique UPSA sous revue stratégique, cela signifie tout simplement qu’il cherche à s’en débarrasser ; c’est la fin d’un épisode assez caractéristique de l’impérialisme américain et d’un laissez faire français.

UPSA a été fondé en 1935 par le Dr Camille Bru, un radiologue qui a mis au point un système de radiologie itinérant, permettant d’effectuer des radiographies au chevet des malades dans des endroits isolés. Il constate aux rayons X que les boissons gazeuses accélèrent les mouvements du tube digestif. Il imagine alors une solution effervescente facilitant la digestion qui deviendra le Normogastryl®, un médicament bien ancré dans la pharmacie familiale des Français. Repris à la mort de Camille Bru en 1958 par son fils le docteur Jean Bru, UPSA devient un pionnier et un spécialiste de l’effervescent, avec en 1960 le lancement de l’aspirine effervescente et en 1972, Efferalgan®, le paracétamol effervescent. Dans le cas des antalgiques, l’effervescence permet d’abord une plus grande rapidité d’action par voie orale, mais les bénéfices sont encore plus importants dans le cas de l’aspirine car en favorisant sa dispersion, l’effervescence permet de diminuer ses effets gastriques.

Parmi les médications familiales à succès effervescentes, citons encore le citrate de bétaïne, remède devenu traditionnel des gueules de bois et le Fervex, ainsi que le Donormyl (non effervescent). UPSA devient aussi un laboratoire de recherche d’où sont sorties des molécules nouvelles comme le Nifluril, un antiinflammatoire toujours sur le marché, ou un antiarrythmique, comme le Cipralan - aujourd’hui retiré. Au moment de sa reprise par BMS, il avait des candidats prometteurs dans le domaine de l’hypertension (antagonistes de l’angiotensine) ou nouveaux antiinflammatoires (inhibiteurs de Cox2). Parallèlement UPSA élargit sa gamme anti-douleur (paracétamol codéine) et fonde les Instituts UPSA de la douleur, destiné à sensibiliser les médecins et hospitaliers à la douleur des patients à une époque où celle-ci était encore assez négligée, avec une action spécifique innovante vers la souffrance des enfants en bas âge. Et toujours l’effervescence, avec le développement d’un savoir-faire et d’un outil industriel unique situé à Agen : en 1985, un processus exclusif de fabrication verticale est mis au point : la première tour de production de produits effervescents est construite et une deuxième tour voit le jour trois ans plus tard. Une partie de cet outil est d’ailleurs alors utilisé par d’autres groupes pharmaceutiques pour leur propre fabrication d’effervescents.


A la mort du Dr Jean Bru, en septembre 1989, UPSA est victime d’une fiscalité aberrante, qui a causé la mort de nombreuses entreprises : sa veuve se trouve contrainte de payer 40% de la valeur de la société en droits de succession ( depuis, la leçon a été en partie tirée avec la possibilité de créer des fondations qui permettent d’éviter le dépeçage d’une société lors d’une succession). Un accord ( forcé) est alors conclut avec BMS qui entre comme partenaire dormant pour 4 ans laissant Mme Bru a la tête de l’entreprise. Celle-ci continue à développer la recherche,  crée les Institut UPSA de la douleur et, en même temps mène une politique commerciale ambitieuse  avec de beaux succés – l’ex URSS en pleine transformation et dépourvue d’industries pharmaceutiques découvre alors l’aspire effervescente UPSA, l’aspirine champagne, qui connait un certain succès et représente un véritable progrès par rapport aux formes existantes. En 1994, comme l‘accord initial lui en laissait la possibilité, Bristol-Myers Squibb acquiert l'intégralité d’UPSA, et progressivement la recherche en France disparait, les liens commerciaux traditionnels, notamment avec l’Afrique, sont désorganisés et UPSA cesse d’être une société indépendante pour devenir une simple marque du groupe BMS - celui-ci entendant tout de même bénéficier de son excellente notoriété en France ( les sacs en papier UPSA à la croix verte ont beaucoup fait pour cela, à côté des produits)

Aujourd’hui UPSA  emploie environ 200 personnes à Rueil-Malmaison et  1 300 salariés en Lot-et-Garonne ce qui en fait le plus gros employeur privé du bassin d’Agen. Le maire d’Agen, Jean Dionis du Séjour a commencé à s’inquiéter, mais il semble bien seul et bien dépourvu de moyens face au rouleau compresseur de BMS qui semble décidé à vendre une société qu’elle n’a guère fait progresser, sauf peut-être en ce qui concerne l’outil industriel.

Tant pour ses produits que pour sa technologie de l’effervescent UPSA reste une belle pépite. Il serait dommage qu’elle suive le sort de  Fournier, Monal, Faure, Sarget, Jouveinal, Lipha, Lafon…tous disparus au gré d’acquisition multiples. Le manque d’intérêt du gouvernement français pour son industrie pharmaceutique, sa naïveté dans sa soumission à une orthodoxie libérale à laquelle il est seul à croire ont fait assez de dégâts – avec des conséquences bien tangibles : les médicaments qui ne sont plus inventés par des sociétés françaises, il fait les acheter  très cher ou en priver les malades !

Il faut agir pour qu’une solution pérenne (et meilleure que BMS !) sera trouvée pour UPSA, on parle de Pfizer, ce qui n’est guère rassurant ( voir Jouveinal),  de Mylan, ce qui l’est peut-être un peu plus en raison d’une vraie complémentarité. Tiens, à ce propos, Mme Bru, après le succès de l’aspirine champagne en Russie avait imaginé, en précurseur (vers 1993) de partir à la conquête du marché chinois et des accords avaient été signés avec les sociétés des Frères Tang - de l’aspirine effervescente sous licence UPSA devait être produite en Chine à partir de 1995. On imagine ce que cela aurait pu représenter pour le développement d’UPSA. Eh bien, une des premières décisions de BMS a été de rompre cet accord, considérant avec une arrogance caractéristique ce « contrat d’épicier » - ce qui entre parenthèse a coûté assez cher en dédommagement. Alors pourquoi pas un acquéreur chinois pour UPSA ? A Toulouse, ils ne sont pas loin !

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