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vendredi 26 octobre 2012

Serge Haroche : le Prix Nobel, la Physique quantique et l’organisation de la recherche

Serge Haroche : le Prix Nobel, la Physique quantique et l’organisation de la recherche

La Recherche française a encore été à l’honneur cette année, avec le Prix Nobel de physique accordé à Serge Haroche. Formé à l’Ecole Normale Supérieure, entré au CNRS à 23ans, il a enseigné à Polytechnique, à Harvard, à Yale, au Collège de France, et a dirigé le laboratoire de Physique de l’Ecole Normale Supérieure, pépinière de Prix Nobel avec Claude Cohen-Tannoudji et Alfred Kastler, une filiation d’excellence.

La physique quantique, ses paradoxes, et comment l’enseigner.

Serge Haroche a été récompensé pour ses travaux en physique quantique, en particulier pour des expériences – des tours de force technologiques - portant sur des atomes ou photons isolés, permettant d’une part une meilleure compréhension des principes contre-intuitifs de cette science, et d’autre part, d’envisager des instruments de mesure et des ordinateurs incomparablement plus puissants et plus précis que ceux existants.
La physique quantique est née en 1906 avec l’explication par Einstein de l’effet photoélectrique, l’émission d’électrons sous l’influence de la lumière ; celle-ci ne se produit que pour certaines longueurs d’ondes (énergies) précises dans un matériau donné. Cela ne pouvait s’expliquer par la conception ondulatoire de la lumière, qui avait triomphé depuis la compréhension des phénomènes d’interférences et a conduit à une conception particulaire rénovée (les photons, particules de lumière).
Alors est apparue progressivement  une nouvelle physique, s’appliquant à des dimensions très petites, qu’Einstein a en partie refusée « Dieu ne joue pas aux dés ! »), tant elle est contraire à nos intuitions du monde physique et bouleverse nos manières de raisonner.
Ainsi, parmi les principaux paradoxes ou principes contre-intuitifs de la physique quantique :
- Le principe d’indétermination : nous ne pouvons pas connaître simultanément, avec une précision totale, certaines quantités, par exemple la vitesse et la position d’une particule – si ce mot a encore un sens ; plus on connaît précisément l’une, plus l’imprécision est grande sur l’autre
- L’implication de l’observateur et la dualité onde particule : l’expérimentateur  influe sur le résultat de l’expérience (la physique quantique n’est pas « réelle », il n’ y a que des observations) ; ainsi la lumière peut apparaître sous forme de photon (particule) ou sous forme d’onde, suivant la manière dont on l’observe, et parfois, dans la même expérience, successivement sous l’une ou l’autre de ces formes. Inversement, l’atome  (la matière) peut aussi se manifester sous forme d’onde…
- La non-localité : des particules ayant interagi dans la passé restent en interaction, et une mesure effectuée sur l’une a un effet immédiat sur les autres,  même si aucune information ne peut être transmise de l’une à l’autre.
- La quantification de certaines variables, notamment l’énergie. L’énergie, par exemple celle d’un électron dans un métal, est discontinue, elle ne peut prendre que certaines valeurs multiples d’une valeur fondamentale. C’est l’explication de l’effet photoélectrique, et l’existence de « grains », des « quantas » d’énergie a donné son nom à la théorie.
- Le déterminisme est aussi remis en question par la physique quantique ; ainsi, dans l’expérience de pensée née d’une discussion entre Einstein et Schrödinger, un chat est enfermé dans un cage hermétique où du cyanure peut être libéré – ou pas - à tout moment de manière aléatoire. Tant qu’un observateur n’a pas ouvert la cage pour constater l’état du chat, celui-ci, dans la conception quantique, n’est ni mort, ni vivant, mais dans un état de superposition mort-vivant…

Physique quantique et culture générale

Reste à savoir comment l’on passe de ce monde quantique des particules au monde physique que nous connaissons, et cette question – la décohérence quantique – reste un sujet de recherche.
L’un de ses plus prestigieux spécialistes, Richard Feynman, a pu déclarer : « Personne ne comprend vraiment la physique quantique », tant celle-ci est contre-intuitive. L’interprétation peut-être la plus rassurante est une interprétation positiviste, défendue notamment par Niels Bohr et Stephen Hawking, qui consiste à dire que la physique quantique n’a pas la prétention de représenter la réalité, si même ce concept a un sens, mais qu’elle permet simplement de relier des observations entre elles. C’est en effet l’esprit même du positivisme comtien, qui s’interdit la considération de causes premières ou de fins ultimes pour se contenter de relier des phénomènes à l’aide de lois, et qui, d’autre part, considère que la science, c’est l’interprétation du monde par l’homme- une synthèse subjective.
Dans l’enseignement français, on considère généralement que la physique quantique ne peut être enseignée qu’à des étudiants ayant déjà atteint un très bon niveau scientifique. Il est vrai qu’elle exige la maîtrise de mathématiques élaborées, et surtout une solide culture scientifique et physique. Un esprit critique aussi, car la physique quantique se prête en effet à nombre de dérives mystiques douteuses, d’entreprises malhonnêtes de détournement dans lesquelles les concepts quantiques servent la confusion, le jargon et l’intimidation, telles que dénoncées pat l’ article canular de Sokal et Bricmont prétendant fonder la sociologie sur des concepts quantiques.
Pourtant, une vulgarisation intelligente de la physique quantique est possible, comme l’ont prouvé George Gamow puis Russel Stannard, avec les Aventures de M. Tomkins. Alors, faut-il enseigner la physique quantique dans le secondaire ?  Des sondages régulièrement commandés par la revue La Recherche montrent que la science continue à bénéficier d’une forte aura, mais que les Français connaissent peu les chercheurs, et les pratiques réelles de la recherche et ses enjeux. L’enseignement secondaire devrait donner à tous, scientifiques, mais aussi littéraires, au moins une idée générale des principales méthodes, résultats et problématiques des différentes sciences, bref donner une culture scientifique solide et générale, qui pourrait passer par le biais d’un enseignement de l’histoire des sciences.

Serge Haroche et l’organisation de la recherche

Comme ses prédécesseurs des dernières années, Albert Fert et Jules Hoffmann, Serge Haroche insiste sur l’importance de la recherche fondamentale, « socle sur lequel tout le reste est possible », et s’inquiète d’une dérive, d’un curseur poussé trop loin vers une recherche pilotée par ses applications potentielles, avec une volonté néfaste et impossible de planification et un incroyable alourdissement bureaucratique entraîné par la recherche de financements finalisés, la complexité et l’intrication non pas quantique mais bureaucratique des diverses agences françaises et européennes. Il défend aussi la qualité et l’intérêt des grands organismes de recherches (CNRS, CEA, INSERM) que certains voulaient déposséder de leur rôle dans le pilotage de la recherche pour les transformer en agences de moyens au service des Universités. Ce système, cet environnement, ainsi que cela est reconnu même par les plus grands chercheurs étrangers, a permis à nombre de jeunes scientifiques de se développer avec une liberté importante, la possibilité de travailler avec «des salaires décents au départ, et des perspectives de carrière et de promotion décentes », qui permettent de « consacrer son esprit aux choses qui vous passionnent sans avoir à lutter pour avoir des moyens ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et c’est le défi principal du gouvernement que de recréer les conditions qui ont permis à la France d’engranger aujourd’hui de réels et prestigieux succès scientifique.


dimanche 21 octobre 2012

Biocitech -Romainville en danger ?

Un site prestigieux

Ce fut d’abord la première usine, puis centre de recherche de Roussel-Uclaf, fondé en 1928,à la place des écuries des omnibus parisiens – pas tout à fait un hasard, car le médicament vedette de la jeune firme pharmaceutique était alors l’hémostyl, extrait de sérum de cheval ; puis ce fut l’épopée de la chimie de stéroïdes dont Roussel devint le champion mondial, avec l’ergocalciférol (vitamine D contre le rachitisme), l’estrone, la testostérone, la progestérone, les corticoïdes Hydrocortisone et Cortancyl,  - ce dernier sera un succès considérable et aussi le premier sulfamide français (Rubiazol), des antibiotiques comme le Claforan et des dérivés d’Erythromycine. Durant la grande période de Roussel-Uclaf, le centre de Romainville regroupa plus de deux mille chercheurs, techniciens et ouvriers, et assurait près des trois quarts de la production mondiale de corticoïdes.
Puis ce furent le décès brutal de Jean-Claude Roussel, et une succession de fusions (Hoechst, Aventis, Sanofi-Aventis) mal maîtrisées, dans lesquelles le gouvernement français fut incapable de préserver un immense patrimoine scientifique français et une industrie stratégique. La dernière grande invention de Roussel-Uclaf, bien dan sa tradition, fut le RU486 (la pilule du lendemain), qui fut l’objet d’un bras de fer avec l’actionnaire principal Hoechts qui ne voulait pas le développer.

Le Parc scientifique Biocitech : des atouts gaspillés

En 2003, Sanofi-Aventis décidé l’abandon du site de Romainville et le transforme en « Bioparck» destiné à l’accueil d’entreprises dans le domaine de la chimie, de la biologie et de la santé.
Le site est particulièrement bien adapté à l’implantation de laboratoires de recherches, de développement, voire de production légères, chimiques et biologiques, avec un immobilier et des services techniques et scientifiques efficaces et adaptés. Il est de plus très bien situé, en Seine Saint-Denis, mais aux portes de Paris et desservi par le métro (pourquoi persiste-t-on à vouloir exiler les scientifiques sur les plateaux glacés et mal desservis de Saclay ou de  Palaiseau ?)
Or Biocitech est loin d’être le succès initialement prévu, et nombre d’entreprises ont disparu (soit parce qu’elles échouaient, soit parce qu’elles ont réussi et ont été rachetées) ou sont parties, au point de mettre en danger le parc scientifique, le phénomène s’amplifiant en boule de neige puisque les charges s’accroissent pour les entreprises restantes, au point de devenir dissuasives.
Le principal problème de Biocitech est qu’il n’est pas géré, qu’il n’existe aucune politique volontariste de développement. Légalement, le parc appartient toujours à Sanofi, qui s’en moque totalement ; il existait un projet de cession à la Caisse des Dépôts, dont l’un des rôles est effectivement d’assurer le développement de structures de recherches scientifiques, notamment en liaison avec les pôles de compétitivité. De façon significative et désespérante, ce transfert ne s’est pas fait parce que Sanofi aurait dissimulé à la Caisse des Dépôts le départ imminent du site d’une société parmi les plus importantes.

Pourtant, Biocitech aurait dû, devrait encore avoir un bel avenir. La Région Parisienne est le première région européenne, devant le Grand Londres, pour le domaine pharmaceutique, et la troisième région européenne dans les biotechnologies ( et regroupe 50% des entreprises françaises de biotechnologie), son réseau d’hôpitaux, grâce à l’APHP, est le premier d’Europe. Biocitech, en Seine-Saint-Denis, mais proche de Paris a tout pour devenir un atout essentiel pour l’île de France, et pour la France dans le domaine de la recherche et de l’innovation pour la Chimie et des Sciences de la Santé. Encore faudrait-il que ce parc d’Activité ne soit plus géré par Sanofi, qui l’a complètement abandonné, et soit repris par une structure qui veuille le développer. Un défi pour le Ministère du redressement industriel et pour la Banque publique d’investissement ?


mercredi 3 octobre 2012

Etude OGM/NK603 : Les doutes de la communauté scientifique

Etude OGM/NK603 : Les doutes de la communauté scientifique

Sérieux Doutes

Qui n’a pas été choqué par les photos en gros plans de rats rendus difformes par de gigantesques tumeurs ? Pourtant l’image ne prouve rien et l’étude portant sur la toxicité du maïs MK603 (maïs transgénique résistant au round-up – glyphosate) réalisée par le Pr Séralini suscite de nombreux doutes. Tout d’abord, elle est en contradiction avec le savoir acquis. Depuis plus de quinze ans, des millions d’animaux de par le monde ont été nourris par des produits OGM, sans qu’ aucune maladie ou même signe clinique particulier n’ait été signalé, même chez des reproducteurs âgés. Si les études réglementaires sont menées sur 90 jours, des études avec des OGM sur des durées supérieures ont été réalisées (plus de 24, selon un article du Monde du 26 septembre de Stéphane Foucart), dont deux études avec le maïs résistant au round-up de plus de cent semaines, l’une sur la souris, l’autre sur le rat, sans effets secondaires significatifs.
L’étude du Pr Séralini n’était donc pas sans précédents, et la contradiction avec l’ensemble des connaissances existantes (ainsi qu’avec l’absence de toxicité du glyphosate, principe actif du round-up, l’un des herbicides les plus sûrs, spécifique d’une enzyme végétale et aux produits de dégradation bien connus) aurait dû imposer une élémentaire prudence.
D’autant plus que les experts ont déjà pointé une, voire deux  erreurs méthodologiques majeures ; la souche de rat utilisée pour l’expérience, Sprague-Dawley, n’est jamais utilisée pour des études de cancérogenèse parce que cette souche fragile présente des apparitions spontanées de tumeurs pouvant aller jusqu’à 45%. Sa durée de vie et d’environ deux ans – la durée de l’étude-, ce qui fait qu’il est quasiment impossible d’obtenir des effets significatifs avec les effectifs utilisés dans cette étude ; les normes en vigueur imposent l’emploi de groupes d’au moins cinquante animaux, cinq fois plus que ceux utilisés dans l’étude (soit un millier de rongeurs au lieu de deux cents pour la totalité de l’étude. Enfin, il est nécessaire de vérifier soigneusement l’absence de contamination de la nourriture par des dérivés de types aflatoxines.
Le plus probable est que cette étude représente une contribution … à la biologie du Sprague-Dawley agé ; et que les photos publiées, pour spectaculaires qu’elles soient, ne prouvent rien. Les experts des instances officielles françaises et européennes trancheront.


Et malaise !

L’équipe du Pr Séralini n’en est pas, si l’on peut dire, à son coup d’essai. En 2008, elle avait publié une étude sur la toxicité cellulaire du glyphosate qui avait été sévèrement critiquée par l’AFFSSA, dont les experts ont mis en évidence trois erreurs méthodologiques majeures : l'utilisation de lignées de cellules cancéreuses ou transformées pour les essais, peu représentatives d'une cellule normale, des cellules soumises à un pH 5,8 sans solution tampon pendant 24h, « ce qui permet non pas d'observer l'effet du glyphosate, mais plus vraisemblablement l'effet d'une solution acide et hypotonique sur des cellules », et une extrapolation totalement abusive de toxicité cellulaire à l’organisme entier.
A cela s’ajoute une véritable stratégie de communication, plus exactement de manipulation de l’opinion publique. Avant publication, l’étude a été divulguée lors d’une conférence de presse sur invitation, à des journalistes ayant signé un « embargo », donc ne pouvant en discuter préalablement et contradictoirement avec des experts scientifiques – et ceci alors que deux livres et un film écrits par des auteurs ou commanditaires de l’enquête paraissaient la même semaine.
Ce n‘est pas tout.  Certains media – Le Nouvel Obs- se sont prêtés à ce qu’il faut bien qualifier d’exploitation éhontée de la peur ; mais lorsque des journalistes comme Stéphane Foucart, du Monde se sont efforcés de faire leur métier, on a cherché à les discréditer.  Corinne Lepage (qui représente la Crigen) lui a rappelé lors d’un débat sur France-Inter que « Le Monde faisait campagne en faveur des gaz de schistes » ?!. Les experts qui émettent la moindre réserve se font systématiquement suspecter de malhonnêteté, de parti-pris en faveur des lobbies industriels et agricoles. Ce n’est pas admissible.
Un point mineur, mais significatifs : Mme Lepage et le Crif dénigrent souvent les études « payées par les fabricants d’ OGM » ; ils font semblant d’ignorer que ces études sont réalisées par des prestataires de service indépendants, dans des conditions reconnues dites bonnes pratiques de laboratoire et étroitement contrôlés, et dont la qualité et l’intégrité conditionnent la survie.
Après s’être engagés à publier toutes les données de l’étude, le Pr Séralini et Mme Lepage ont fait marche arrière. Mme Lepage ne veut plus les communiquer à des experts qui ont travaillé pour les fabricants d’OGM  ; ou bien, ils ne seront communiqués que si sont aussi rendues publiques  les données de toutes les études réalisées sur ce sujet. Pourquoi pas ?, mais il existe deux moyens de cacher une information, ne pas la divulguer, ou la noyer dans un bruit de fonds.
Ce qui serait plus intéressant, c’est de rendre public les débats des experts, ainsi bien sûr que les conclusions, éventuellement contradictoires. Et il est à peu près sûr que cela ne sera pas favorable au Crigen, à Mme Lepage et au Pr Séralini. Dèjà, dans Marianne (29sept2012), des chercheurs réputés du monde entier ont publié une tribune dénonçant « une démarche, qui n’est pas une démarche scientifique éthiquement correcte ». Et ils rappelaient une conclusion de Sylvestre Huet, de Libération : « cette opération est un désastre pour le débat public, sa qualité, sa capacité à générer de la décision politique et démocratique »


lundi 1 octobre 2012

AZF : Etrange causalité, innovation juridique et verdict au goût amer

AZF : Etrange causalité, innovation juridique et verdict au goût amer


Il y a un peu plus de onze ans, le 21 septembre 2001, l’usine AZF de Grande-Paroisse, à Toulouse, explosait, et cette terrible catastrophe entraînait 31 morts, 2500 blessés et de considérables dégâts matériels. Le verdict du procès en appel (26 septembre 2012), basé sur une étrange innovation juridique,  ne peut que laisser un goût amer. Le Directeur de l’usine, Serge Biechlin, 67 ans, est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis, et la responsabilité de Total, maison mère d’AZF n’est pas mise en cause. Ce verdict a été généralement salué par les média nationaux, mais les media locaux, les associations de victimes et la communauté scientifique sont plus divisées.

La «causalité par défaut »

Les études des experts judiciaires ont été fortement critiquées par Gérard Hecquet (Directeur d’un laboratoire CNRS de Lille de1996 à 1999, ancien conseiller scientifique de Grande Paroisse) qui a reçu le soutien de chercheurs éminents (dont Claude Lion, Bernard Meunier, Guy Ourisson), ainsi notamment que de Mme Monique Mauzac, veuve d’un ingénieur tué dans l’explosion et chimiste. Dans un éditorial de l’Actualité Chimique de septembre 2012, M. Hecquet s’indigne en rappelant que la cause de l’explosion n’a jamais pu être établie. Les experts n’ont réussi à faire détonner le mélange de nitrate d’ammonium et d’organochlorés supposé être à l’origine de l’explosion, qu’après des centaines d’essais et dans des conditions, notamment d’humidité, totalement irréalistes. Leurs explications, notamment sur la génération d’eau par la réaction elle-même, la micronisation d’une partie de la toiture en Aluminium ont été jugées carrément fausses ou hautement fantaisistes. Par ailleurs, des phénomènes lumineux, auditifs et électriques rapportés par les témoins avant l’explosion ne sont pas pris en compte. M. Hecquet rappelle que, pendant le cours du second procès, en décembre 2011, le hangar d’une cartonnerie située dans la même zone industrielle avait explosé, et qu’au début du XXème, ces terrains étaient occupés par une poudrerie de l’Armée produisant de la nitrocellulose.
La vérité est qu’on ne connaît pas, au bout de onze ans d’études, la cause de l’explosion de l’usine AZF. C’est la raison pour laquelle les premiers procès avaient renoncé à condamner Serge Biechlin et Grande Paroisse, faute d’une preuve certaine. D’une certaine façon, les arguments de M. Hecquet ont été entendus, et c’est ce qui a conduit la Cour à inventer le curieux concept, proposé par l’avocat général, de « causalité par défaut » : faute de pouvoir expliquer l’explosion par d’autres causes, on se contentera de la cause étudiée par les experts judiciaires, même si on la sait probablement fausse.

A causalité par défaut, défaut de justice

La causalité par défaut a  permis la condamnation à de la prison ferme de Serge Biechlin dans ce qui ressemble fortement à la recherche d’un bouc émissaire, mais il est peu probable et serait assez inquiétant qu’elle soit validée par la Cour de Cassation. Peut-on à vrai dire rendre justice aux victimes ?
Non, mais on peut tirer des leçons de ce drame et faire que les victimes ne soient pas mortes pour rien.  La Cour d’appel de Toulouse a indiqué une piste, et ignoré une autre. Elle a sévèrement mis en cause une cascade de sous-traitance conduisant à une dilution des responsabilités et à des pertes de compétence, d’autant plus que la formation et l’encadrement des sous-traitants étaient insuffisants, voire inexistants. S’il l’on se souvient qu’un des points les plus importants du dernier rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire était la mise en cause d’un recours trop important à la sous-traitance dans les Centrale nucléaires françaises, il doit y avoir là un avertissement très net pour toutes les industries concernant le bien-fondé, les pratiques et conditions de sous-traitance. On peut alors regretter la légèreté de la condamnation de Grande Paroisse (225.000 euros) et le fait que cette chaîne de responsabilité n’ait pas été remontée.
La piste ignorée, c’est celle des pouvoirs publics : comment se fait-il que qu’un site classé Seveso II a-t-il pu se retrouver aussi enclavé dans une zone d’habitation ?



samedi 15 septembre 2012

La Banque publique d’investissement doit-elle être dirigée par un banquier ?

La Banque publique d’investissement doit-elle être dirigée par un banquier ?

Entre Montebourg et Moscovici, entre finance et innovation

Inquiétante passe d’arme entre Montebourg et Moscovici, entre finances et développement industriel… L’importance du sujet mérite que l’on aille plus loin, et il serait dommage, scandaleux à vrai dire, que ce projet utile s’enlise dans des querelles de domaine ministériel.  Pour Bercy, c’est simple : on rassemble les instruments existants (Oseo, Le Fonds Stratégique d’Investissement, la  CDC (Caisse des dépôts –Entreprise, l’ex-bras financier de l’Etat) et, par une sorte d’habitude étrange de l’Amicale des Inspecteurs des Finances, on prend un conseil privé, en l’occurrence la Banque Lazard (experte en résurrection , peut-être – car il, s’agit quelque part de ressusciter l’ex Crédit National ?-) mais pas en financement de l’innovation, semble-t-il. Eh bien, si on fait cela, tout sera manqué car on aura oublié le principal, l’urgente nécessité de l’innovation et de son financement.
 Pas mal de choses ont été faites pour l’innovation et la recherche. Le Crédit d’impôt recherche, les lois Allègre, le Capital risque, les subventions Oséo, les structures de transferts de technologie des grands organismes de recherche et des universités, les régions (plus de huit cent structures semblent-il – huit cent !!) tout cela est utile et fonctionne à peu près bien pour le premier stade, celui des start-up, des jeunes pousses. A peu près bien, car il reste à améliorer et de beaucoup, et cela ne nécessite aucun moyen supplémentaire : simplifier les démarches, raccourcir les délais, assurer une stabilité fiscale et législative- ne pas changer les règles en cours de route, apporter des réponses fiables.
Continuons comme cela, continuons à saupoudrer des crédits, c’est très rassurant pour un banquier, car cela limite les risques individuels. On aura alors beaucoup dépensé d’argent pour rien. On aura fait éclore de jeunes pousses qui, soit échouerons parce qu’ayant sous-estimé leurs besoins et coûts – la « vallée de la mort des spécialistes de l’innovation- soit réussiront… et disparaîtront en se faisant racheter, souvent par une firme étrangère. Parce qu’elles ne pourront pas se développer.
Le dispositif de la banque public d’investissement tel qu’il se dessine laisse de côté le grand problème français en matière d’innovation et de développement : l’absence  d’ETI, entreprises  de tailles  intermédiaires, celles qui ont fait la fortune de l’Allemagne, de la Hollande… Ce n’est pas un hasard : Crédit d’Impôt Recherche mis à part – mais celui-ci concerne le fonctionnement et non les besoins d’investissement -, tous les vrais mécanismes d’aide à l’innovation s’arrêtent au stade de la start-up.

Le problème des ETI : Retrouver l’esprit de l’Agence pour l’Innovation Industrielle
                 
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce problème des ETI n’est pas nouveau, et qu’il faisait déjà l’objet du rapport Beffa (2004 !) qui a mené en  2005 à la création de l’Agence pour l’Innovation industrielle. ).  L’AII (Agence pour l’Innovation Industrielle) devait financer, avec des moyens importants (2 milliards d’euros) et suivre dans la durée des « programmes mobilisateurs pour l’innovation industrielle », conduisant à des innovations de rupture préparant les produits, les procédés, les industries de demain. L’AII devait favoriser l’émergence de   structures collaboratives, (une au plusieurs PME ou start-up, un grand groupe, des équipes publiques). L’AII a été créée en  2005, dissoute en 2007, pour cause de vindicte politique- cette création chiraquienne n’eût pas l’heur de plaire à l’administration sarkozyste. Ses débuts furent pourtant encourageants : Entre 2005 et 2007, en  deux ans, l’AII a initié 18 programmes pour 1.5 milliards d’euros d’aide publique complétés par un engagement de deux milliards des partenaires privés. Parmi ces programmes, ADNA (Biomérieux, Généthon, Transgène, 103 ME), pour le développement de la médecine personnalisée ; Biohub (chimie végétale comme substitut à la pétrochimie, piloté par Roquette, 98 ME), Iseult (RMN à très haut champ pour l’imagerie, Guerbet, CEA 54 ME), Nanosmart (SOITEC, développement de nouveaux composants électroniques associant plusieurs métaux, 80 ME), Neoval (Siemens France, transport modulaire automatique sur pneu,62 ME)…
L’AII a été dissoute et partiellement intégrée dans OSEO, avec une diminution importante des moyens et des ambitions ce qui correspondait  à une trahison de sa mission première, la culture OSEO/Anvar correspondant à un saupoudrage assez peu efficace de subventions pour des innovations d’ampleur limitée,  ce à quoi l’AII était justement censée remédier. Si demain Oseo et ce qui reste de l’AII sont noyés dans un conglomérat, la BPI, dirigée par des banquiers et relevant du Ministère des Finances, alors c’en sera fini de toute ambition d’innovation, de réindustrialisation.
Pour résoudre le principal problème français en matière de recherche et d’industrie, l’absence d’entreprises innovantes de tailles intermédiaires, il faut retrouver l’ambition, les moyens, la stratégie de l’Agence pour l’Innovation Industrielle. Pour cela, la Banque Publique d’Investissement ne peut pas dépendre exclusivement du Ministère des Finances, ni être dirigées exclusivement par des banquiers.
Et il faudra régler un autre problème, car une sorcière, une méchante marâtre a commencé à se pencher sur la Banque Publique d’Investissement : la Commission de Bruxelles à travers sa Direction de la Concurrence, qui prétend interdire toute politique industrielle conséquente aux Etats. Rappelons qu’elle est largement responsable de la disparition d’une grande filière française, d’un grand succès scientifique d’abord, puis industriel et commercial : l’industrie de l’aluminium, en empêchant la fusion Pechiney Alcan.






samedi 8 septembre 2012

Fessenheim et eau oxygénée : la bêtise plus dangereuse que le nucléaire !

 Fessenheim et eau oxygénée : la bêtise plus dangereuse que le nucléaire !

Dans la Centrale Nucléaire de Fessenheim, le nettoyage de circuits dans un bâtiment non nucléaire de traitement d’effluents par de l’eau oxygénée a entraîné, lors de la préparation du nettoyant dans un bidon, une projection d’eau oxygénée. Deux salariés ont eu les mains irritées, sans brûlure, sans conséquence, sans arrêt de travail.
L’eau oxygénée est couramment utilisée comme désinfectant et blanchissant en tant qu’usage domestique ; son utilisation industrielle est extrêmement courante, avec les précautions appropriées si sa concentration est importante.
Pour la sécurité du personnel, il est certes important de comprendre ce qui s’est passé et d’adapter éventuellement les procédures en conséquences. Mais l’incident en tant que tel…n’est même pas au niveau zéro d’un accident domestique !

Je suis scandalisé par le traitement médiatique (ouverture des journaux télévisés, plus de cinq minutes sur FR3) de cet incident. Une telle hiérarchisation de l’information constitue une faute professionnelle scandaleuse. N’y a-t-il donc, au sein de la rédaction scientifique de FR3 (et des autres) aucun journaliste avec une culture scientifique de base lui permettant d’évaluer correctement l’information.
Je déplore l’absence de réaction des autorités scientifiques (Académie des sciences, grands organismes de recherche…) à ce traitement médiatique. Il est de leur devoir d’intervenir dans le débat public pour combattre erreur, ignorance, et mauvaise foi.
Je regrette l’absence de réaction du ministère du redressement industriel - pourtant peu conforme au comportement habituel du ministre, mais peut-être lui a-t-on intimé de se taire sur le sujet ?
Je compatis avec le personnel de Fessenheim et en particulier les employés concernés par l’ « incident », qui doivent être bien désolé de l’exploitaion qui en est faite

Le défilé des réactions de représentants des Verts (notamment l’ineffable Mamère) en profitant pour réclamer l’arrêt de Fessenheim prouve, s’il le fallait encore, que ce parti est celui de l’exploitation sans vergogne de le peur, de la bêtise, de l’ignorance. C’est dommage pour les problèmes écologique sérieux (dans l’actualité estivale, au hasard, les nitrates en Bretagne)

La prochaine fois qu’un employé d’une centrale nucléaire se blesse en recousant en bouton avec une aiguille à coudre, c’est quoi ? Une édition spéciale et l arrêt du nucléaire ?

mercredi 11 juillet 2012

Le cannabis n’est pas une drogue douce…

Le cannabis n’est pas une drogue douce…     

A l’heure où certains reprennent à nouveau cette vieille lune qu’est la dépénalisation du cannabis, il n’est pas inintéressant de mentionner un article de La Recherche de  juin 2012 résumant les travaux d’une équipe française sur la façon dont le cannabis affecte la mémoire. Ces travaux mettent en évidence la responsabilité de récepteurs du principe actif du cannabis, non pas seulement sur les neurones, mais également sur les astrocytes, cellules dont on pensait jusque récemment qu’elles se limitaient à un rôle de soutient mécanique des neurones (Marsicano et al…)
                               
Rappelons que le cannabis, selon l’Académie nationale de Médecine, n‘est nullement une « drogue douce ». Il ne provoque pas d’overdose, parce que ses récepteurs sont situés loin des centres vitaux, mais il peut parfois entraîner des hallucinations, des épisodes délirants aigus ou des crises de panique mettant la vie  de sujets sensibles en danger. Contrairement aux morphiniques, l’effet de sevrage est inexistant, parce que le cannabis s’élimine lentement. Par contre, le cannabis entraîne bien une dépendance, et les altérations neurobiologiques qu’il produit sont similaires à celles des drogues dures, ce qui, selon le Pr. Nordmann, de l’Académie de Médecine, rend tout à fait injustifiée la distinction drogue douce/drogue dure.
La consommation de cannabis a des effets immédiats sur la désinhibition, des effets relaxants et euphorisants,  mais il provoque aussi  des troubles de la coordination perceptivo-motrice, du traitement de l'information, dont il résulte un allongement du temps de réaction avec des troubles de l'attention et de la mémoire à court terme. Il n’est pas étonnant que le cannabis soit à l’origine de plus de 10% des morts sur la route, chiffre évidemment sous-estimé en raison de l’absence de détection systématique.

En ce qui concerne la consommation chronique, le cannabis  a des effets biens connus et graves de démotivation et de désocialisation. Le cannabis a une action cancérogène plus marquée que celle du tabac. Il semble favoriser la survenue d'infarctus du myocarde, diminuer l'immunité et entraine, comme le tabac, des pathologies respiratoires. Pour l’Académie de Médecine, la conclusion est claire : « les politiques de prévention et de communication sur le cannabis doivent être renforcées, sans concession aux défenseurs du cannabis »


Le cannabis, un vrai problème de santé publique

Le cannabis n’a donc rien d’une drogue douce, il cumule finalement les effets et les inconvénients du tabac et de l’alcool. Par sa toxicité et l’ampleur de sa  consommation, il devient vraiment un problème de santé publique. Selon les chiffres de la MILT, 60% des garçons et filles de dix-neuf ans en ont consommé au moins une fois, mais ce qui vraiment inquiétant, c’est le chiffre des consommateurs réguliers ou intensifs (vingt fois par mois ou plus)  qui représente 15 % des jeunes garçons de 19 ans. De plus, l’âge de la première consommation ne cesse de baisser, de la seconde vers la troisième, et maintenat les premières classes de collège.
Toute politique de dépénalisation ou de libéralisation entraînera une aggravation du problème. Et il y a là vraiment une politique de gribouille : les partisans de la libéralisation prétendre mettre fin au trafic ; or soit le prix du cannabis officiel est plus fort que le prix actuel, et cela ne brise rien du tout ; soit il est plus faible, et il ne décourage pas la consommation suffisamment, comme le prouve la consommation actuelle. 
Selon les conseils de l’Académie de Médecine, il faut maintenant sur le cannabis une politique d’information claire et fortement dissuasive, sur le modèle de ce qui a été fait avec quelque efficacité sur le tabac. La politique de recherche sur l’addiction doit aussi être renforcée, de façon à pouvoir proposer une aide thérapeutique, comme le patch parfois efficace pour le tabac.
Le chiffre de 15% de consommateur régulier chez les jeunes est le double de la moyenne européenne. Reste un problème plus vaste auquel il faudra s’attaquer : notre pays est dans le peloton de tête de tous les comportements à risques, qu'il s'agisse de cannabis, de tabac, d'alcool, de suicides, etc. pour les jeunes. Cela aussi justifie la priorité à la jeunesse du président actuel, et cela oblige à changer la société de façon à permettre une meilleure insertion des jeunes.