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mercredi 9 janvier 2019

Raisons de détester l’Eurokom-21 : pas de défense européenne !


Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

La farce malheureuse de l’armée européenne !

Macron à deux jours de la commémoration du 11 novembre 1918 « On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne […] Il faut nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis. »
Il y a déjà une certaine dose d’irresponsabilité à parler ainsi à la veille d’une prestigieuse et émouvante réunion internationale dans laquelle on aurait aimé entendre des paroles de paix plutôt que la mise en cause peu actuelle de pays qui ne nous menacent pas militairement. Nous n’avons jamais été en guerre avec les Etats-Unis et ceux-ci ont été des alliés précieux durant les deux guerres monstrueuses de ce demi-siècle de fer qui relie 1914 à 1945. S’ils font peser sur nous un impérialisme certain, celui-ci est de nature économique et politique, pas guerrier, et ce n’est pas avec des canons et des avions que nous pouvons y répondre…et d’ailleurs, nous n’y répondons pas. La Russie ne nous menace pas militairement, et elle aussi a payé un prix horrible, à nos côtés ; et la menace militaire russe ne sert guère plus qu’à justifier la sujétion à l’Otan.  La Chine ? Il ne faut pas avoir peur du ridicule pour ressusciter le péril chinois, militaire s’entend… car sur le plan économique, l’Europe a déjà capitulé, renonçant à bâtir des  champions européens au nom de sa doctrine de la libre concurrence absolue et renonçant à toute protection contre une concurrence déloyale au nom de sa religion de la concurrence libre et non faussée…en Europe

Mais bon, il fallait bien, en vue de prochaines élections européennes, essayer de rallumer le feu européen des Français par n’importe quel moyen !

N’importe quoi, en effet, comme on eut en juger par les réactions très prévisibles des autres pays européens !

Allemagne : « La création d’une armée européenne commune, idée prônée par Emmanuel Macron, peut permettre à l’UE de réagir plus rapidement en cas de crise, a indiqué la ministre allemande de la Défense interrogée par un média national. Néanmoins, l’Otan reste pour l’Europe la première instance en matière de défense». La chancelière allemande a soutenu l’initiative du Président Français  e »n faisant remarquer que cette armée complètera de façon très utile l'Otan ». Verstanden, coco ? L’armée indépendante qui nous protègera même des USA, c’est l’OTAN,

Espagne : La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles estime que l'idée de créer «une vraie armée européenne» récemment avancée par Emmanuel Macron répond aux besoins des pays de l'UE.
 «C'est une bonne nouvelle et très positive, la création d'une armée européenne, mais il doit s'agir d'un espace de collaboration, d'intégration et de coopération maximale entre l'UE et l'Otan». Entendido !

Suède : Tiens un ton vraiment différent : « Stockholm ne soutient pas les projets d’Emmanuel Macron de créer une armée européenne, a fait savoir le ministre suédois de la Défense Peter Hultqvist Pour nous, ce n’est pas d’actualité, nous ne pouvons pas le soutenir. Et d’ajouter qu’en Suède on percevait la question de la défense et de la composition des forces armées comme nationale. «Nous ne considérons pas que cela doit faire partie des tâches de l’UE». Le ministre a en outre rejeté la proposition de Merkel d’augmenter la flexibilité de l’UE par le biais de l’adoption de décisions dans le domaine de la défense votées à la majorité et non à l’unanimité. «La raison en est que ce n’est pas une fédération, mais une coopération entre pays. Tant que tel est le cas, il est nécessaire de coopérer sur la base du consensus », estime le ministre.
Pourquoi ? Ben c’est que contrairement aux autres pays, neutralité traditionnelle oblige, la Suède ne fait pas partie de l’Otan, n’entend absolument pas en faire partie et ne veut  pas que son armée puisse se trouver mobilisée au service de l’Otan via la communauté Européenne !

Danemark : là aussi, assez simple. Lors de son adhésion à la Communauté Européenne, le Danemark a obtenu un traitement spécial d’opt out concernant toute politique de sécurité et de défense commune. Punkt !

Alors, entre ceux qui n’imaginent une défense européenne que dans le cadre de l’Otan, et qui ne veulent que le matériel et l’engagement  américain ( pourtant assez peu sûr…), et ceux qui veulent une défense européenne indépendante (qui, à part la France ?), avec l’Angleterre, seul autre pays européen avec la France qui ait fait l’effort d’entretenir une puissance militaire et qui a fait le choix de quitter l’Europe institutionnelle, avec une brigade franco-allemande qui n’a jamais fonctionné, avec ceux qui refusent de payer l’impôt du sang, ou tout simplement tout impôt que ce soit pour une armée et pas même pour une défense européenne… les déclarations de Macron sur l’armée européenne ne sont que ce qu’elle sont, de mirifiques coups de com électoraux.
Au surplus, Macron n’a pas eu le courage de mentionner ce qui constitue pour l’instant le seul danger militaire, qui jour après jour provoque la mort de Français dans un vrai conflit militaire, l’intégrisme islamique et la déstabilisation des pays du sud, avec toutes ses conséquences.
Alors on a bien compris que si la nécessité d’empêcher la chute d’un pays comme le Mali et l’établissement d’un nouvel Etat islamique, eh bien la France, avec ses impôts et ses soldats, sera encore seule en ligne.

L’Otan, l’Otan, l’Otan !

« La France  se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ». De Gaulle.
Après l’effondrement du bloc communiste, on aurait pu se dire que l’Otan, ayant accompli son œuvre, allait disparaitre. C’est le contraire qui se produisit, et l’Otan connut une extension considérable, incorporant la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie l'Albanie,  la Croatie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque (Groupes de Visegrad et de Vilnius), au mépris des engagements des USA de Reagan envers Michael Gorbachev. Et c’est aujourd’hui l’Ukraine et la Georgie qui ont plus ou moins, selon les gouvernements, demandé leur intégration.

Mais où va l’Otan et pourquoi faire ?

L’OTAN a lancé en novembre 2018 en Norvège ses plus grandes manœuvres militaires depuis la Guerre froide. L’exercice Trident Juncture 18 rassemble des troupes des 29 pays membres, rejointes par celles de la Suède et de la Finlande soit 50.000 militaires, parmi lesquels 13.000 représentaient les pays d'Europe du Nord, dont la Finlande. Ces exercices ont également vu se déployer 250 aéronefs et 65 navires. Indépendamment de Trident Juncture 18, les États-Unis et la Grande-Bretagne intensifient les déploiements dans le pays scandinave pour acclimater leurs troupes au grand froid. À terme, 700 US Marines devraient se succéder par rotation sur le sol norvégien…

La menace vient du froid ? Des inuits ? Mais où va l’Otan et pour quoi faire ? Pendant ce temps, l’Otan a toujours en son sein la Turquie de M. Erdogan qui joue un jeu extrêmement suspect avec les mouvements islamistes terroristes.

Pas d’armée européenne, et même pas de défense européenne !

On a bien compris que l’armée européenne n’est qu’un gadget macronien fantaisiste et d’ailleurs assez dangereux. Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS démine ainsi les propos jupitèriens nacroniens :  Si Emmanuel Macron parle d’armée européenne, c’est qu’il n’y a pas de terme explicite et approprié  compréhensible par l’opinion publique pour mentionner la construction européenne en matière de défense. Il est évident que, pour le grand public, le terme d’armée européenne signifie quelque chose alors que ce ne peut être le cas pour « la coopération structurée permanente » ou « l’initiative européenne d’intervention ». Il faut un langage simple et compréhensible : l’Europe veut assurer sa défense elle-même.
Naturellement, nous n’allons pas créer une armée européenne avec des contingents intégrés. Toutes les armées des pays membres de l’Union européenne (UE) ne parlent pas la même langue d’une part, et ne fonctionnent pas de la même manière d’autre part. Ce n’est donc pas une armée européenne au sens technique du terme dont il est question ici. En revanche, ce que la France et la plupart des pays européens veulent développer c’est une plus grande autonomie de l’UE en matière de défense, afin que celle-ci puisse déjà assurer les missions inhérentes à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC).
Et Macron, dans un entretien à CNN, revenait à une conception plus réaliste : « Je ne veux pas voir les pays européens augmenter le budget de la défense pour acheter des armes américaines ou autres, ou des matériels issus de votre industrie », affirme en anglais le président français dans un extrait de cet entretien enregistré samedi : « Si nous augmentons notre budget, c'est pour bâtir notre autonomie. »

Eh bien, même cela, il ne l’obtiendra pas !

Pologne, mars 2018 : Après les missiles antimissiles Patriot (10,5 milliards de dollars), la Pologne pourrait poursuivre ses emplettes d'armements auprès des Etats-Unis. Varsovie a demandé à Washington de lui vendre des services de soutien et de maintien pour sa flotte de F-16, dont les moteurs, pour un montant évalué à 200 millions de dollars. La Pologne souhaite à nouveau acheter des missiles air-air Advanced Medium Range Air-to-Air Missiles (AMRAAM) fabriqué par Raytheon. Varsovie pourraient acheter jusqu'à 150 missiles AIM-120C-7 AMRAAM pour un coût estimé à 250 millions de dollars… Lors d’un déplacement à Washington, le 18 septembre 2018, le président polonais, Andrzej Duda, a dit son souhait de voir les États-Unis implanter une base militaire permanente en Pologne, en plus de la présence d’un bataillon multinational sous commandement américain, déployé dans le cadre de l’Otan. Pour cela, Varsovie propose 2 milliards de dollars pour financer les coûts d’une telle installation.
Et le président de la Pologne de préciser : «  L’OTAN est indéniablement perçue comme la seule garantie véritable de notre sécurité militaire ».

Belgique, novembre 2018 : La décision du gouvernement belge d'acquérir le F-35 pour remplacer le F-16 vieillissant a suscité pas mal de vagues tant en Belgique qu'à l'étranger. Rarement un marché de l'armement aura provoqué une telle polémique. Ce gouvernement a lancé en mars 2017 une procédure par appel d'offres public adressée à cinq agences étatiques afin d'objectiver le choix d'un nouveau chasseur-bombardier permettant de classer les candidats selon des critères les plus transparents possibles. Seuls deux soumissionnaires ont finalement répondu intégralement aux 164 questions - publiques - du Request for Governmental Proposal (RfGP) : le Royaume-Uni (pour l'Eurofighter-Typhoon) et les États-Unis (pour le F-35). Après les retraits de Boeing et de Saab, la France décide de son côté de ne pas répondre au RfGP mais propose, en échange du Rafale, un "partenariat stratégique" dépassant largement le cadre du marché… la Belgique a décidé de ne pas prendre en compte l'offre française !
Et le gouvernement belge d’afficher fièrement « Un contrat du siècle transparent », et de préciser cruellement : « Pour couronner le tout, le F-35 affiche le prix le plus bas. Les retours sociétal et industriel vont pouvoir être maintenant négociés très concrètement entre l'avionneur et les acteurs institutionnels et industriels belges. Ils s'annoncent d'ores et déjà prometteurs ».

Alors question ? Dans le projet de budget communautaire 2021-2027, le Fonds européen de défense atteindra sa vitesse de croisière avec 13 milliards d’euros consacrés à la défense sur 7 ans.

Pour faire quoi ?

Il faut sortir de cet Eurokom-là.



Raisons de détester l’Eurokom-19 : Une certaine arrogance !


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Florilège de l’arrogance :

S’il y a un mot qui vient spontanément à ceux qui ont fréquentés de près ou de loin petits ou très grands fonctionnaires européens, c’est celui d’arrogance. Florilège public :

Un récidiviste : Günther Oettinger, actuel commissaire européen au budget, à propos du vote en Italie ayant conduit au pouvoir une coalition « populiste » Ligue du Nord, Cinque stella rejetant le corset d’austérité : « Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter. »
Le même, parlant du refus de la Wallonie d'avaliser la signature du CETA (accord de libre échange avec le Canada) sans clarification,  « il est inacceptable qu' une micro-Région gérée par des communistes bloque toute l'Europe ».

Janusz Lewandowski, Commissaire au budget : « Les Etats membres sont par conséquent de plus en plus otages des réflexes xénophobes de l'extrême droite. Les partis d'extrême droite sont actuellement « les plus véhéments au Parlement européen  où ils commençent à  imposer leurs lubies à l'ensemble de l’Europe ». (Quel élégant moyen de disqualifier toute opposition à la politique européenne !)
Pierre Moscovici, Commissaire aux Affaires économiques et financières, fiscalité et douanes, également à propos du Ceta : « si un État ne ratifie pas le Ceta, le traité s'appliquera quand même puisqu’il est déjà en vigueur de façon provisoire »

Le même Pierre Moscovici a été qualifié par le journal danois Handelsblatt de « Champion européen de la paresse». C’est ne fait peut-être même pire, comme l’illustre ce fait rapporté par Handelsblatt :
« Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem aurait d'abord «lutté» pour se faire entendre. «Pierre, pouvez-vous dire quelque chose à ce sujet ?», a-t-il demandé au commissaire aux Affaires économiques de l'Union européenne, dans des propos relayés par Handelsblatt. Le sujet en question était l'approbation ou non de la prochaine tranche de crédit pour la Grèce. A trois reprises, Jeroen Dijsselbloem s'adressera en vain à Pierre Moscovici, d'après le quotidien. Enfin, Declan Costello, représentant de la Commission européenne dans les négociations entre les créanciers et la Grèce, a envoyé une «antisèche» au Français. Pierre Moscovici «apparemment sans méfiance», lisait tout ce qui était écrit dessus : la question de Jeroen Dijsselbloem et la réponse à apporter. Le malaise s'installant, le reste de l'Eurogroupe serait resté silencieux. »

Michel Barnier, Vice-Président de la Commission, à propos du Brexit : « il serait nécessaire d’expliquer aux citoyens britanniques les conséquences extrêmement sérieuses d’une sortie du marché unique. Nous devons leur enseigner cela ».

Viviane Reding, Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, également à propos du Brexit : « Les britanniques sont  trop ignorants  au sujet de l’Europe pour que l’on organise un référendum sur le sujet »
La même, à propos des expulsions de Roms décidés par le président Sarkozy : « nous avons de sinistre mémoire les déportations pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors recommencer cela. Ce serait la fin de l’Europe. Je dis non et en tant que gardienne des traités, je m’y oppose! ». Réponse de Pierre Lellouche, alors secrétaire d'Etat français aux affaires européennes, Pierre Lellouche ! « Ce n'est pas comme cela que l'on s'adresse à un grand Etat ». Ben si !

Tiens, un autre récidiviste, assez gratiné, Karel De Gucht, Commissaire européen au Commerce, à propos du probable rejet massif du traité d'Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) par le Parlement européen : « Si vous décidez d’un vote négatif avant que La Cour européenne ne statue, laissez-moi vous dire que la Commission continuera cependant à poursuivre la procédure actuelle devant la Cour de Justice, comme nous y sommes engagés. Un vote négatif ne stoppera pas la procédure devant la Cour de Justice. »

Le même fut à l'origine d'un incident diplomatique avec les Pays-Bas, lorsqu'il décrivit le Premier ministre Jan Peter Balkenende comme « un mélange entre Harry Potter et un bourgeois rigide sans charisme »
Et encore ceci : « le lobby juif au Capitole ne doit pas être sous-estimé… Ne sous-estimez pas non plus l’avis du juif moyen en dehors d’Israël », chez qui il existe « la croyance d’avoir raison », « Il n’est pas facile, même avec un juif modéré, d’avoir une conversation rationnelle ». Face au tollé, le Président de la Commission Européenne (Barroso)…refusa toute sanction.

Tiens, justement Barroso, ancien Président de la Commission, à propos de son passage chez Goldmann Sachs : « Barroso  estime « sans fondement et complètement imméritées » les critiques qui ont suivi son recrutement par Goldman Sachs. Pour lui, les décisions de la Commission de le traiter comme un simple lobbyiste, et non comme un ancien président, ainsi que de saisir le comité d’éthique « sont discriminatoires à mon égard et contre Goldman Sachs »
Ou quand l’arrogance le dispute au cynisme…

Pratique de l’arrogance : le Selmayr-gate
En février 2018, Juncker décide de promouvoir Martin Selmayr, son chef de cabinet, au poste de secrétaire général (SG), le poste administratif le plus important de l’Europe. Simple conseiller principal, sa fonction dans l’administration, il s’est d’abord porté candidat à un poste de secrétaire général adjoint (SGA), qu’il a fait opportunément libérer fin janvier en promouvant sa titulaire. Une procédure taillée sur mesure pour lui. Puis Juncker annonce que le secrétaire général sortant, le Néerlandais Italianer prend sa retraite (à 61 ans), après trois ans seulement à son poste. Dans le même mouvement, il nomme Selmayr à sa place, sans qu’aucun des 27 commissaires ne proteste. Deux promotions en une minute, une procédure de recrutement bidonnée, le passage par l’étape SGA étant nécessaire pour être nommé SG, aucun appel à candidatures pour le poste de SG afin d’éviter la concurrence….
Pour la première fois dans l’histoire communautaire, la nomination d’un fonctionnaire est mise en cause par le Parlement – la seule instance élue, qui vote une résolution affirmant  que cette nomination a réussi l’exploit de «susciter l’irritation et la désapprobation de vastes pans de l’opinion publique» jusqu’à entacher «la réputation» de l’Union et demandant que la Commission reconnaisse publiquement que le «Selmayrgate» a «été préjudiciable à sa réputation».
Réponse du Commissaire chargé de la fonction publique Oettinger : la « nomination du nouveau secrétaire général de la Commission ne peut être révoquée et elle ne le sera pas puisque la Commission a respecté tant l’esprit que la lettre de toutes les règles» : les eurodéputés n’ont pas examiné «les choses de manière sereine, objective et lucide». Et Juncker menace de démissionner si Selmayr n’est pas confirmé.
On savait que Juncker a parfois besoin d’un  tuteur pour ne pas se ramasser dans le ruisseau et d’un ventriloque lorsqu’il a l’élocution par trop vaseuse. Mais tout de même !
Pratique de l’arrogance : les rémunérations des fonctionnaires européens.
Invité sur France Info mercredi 28 janvier, Pierre Moscovici, récemment nommé commissaire européen aux affaires économiques et financières, a montré une certaine gêne au moment où sa rémunération a été abordée. Quand le chroniqueur Guy Birenbaum évoque sa «  très confortable indemnité de commissaire européen, pas loin de 24 000 euros mensuels », M. Moscovici botte en touche : « Je paye des impôts et beaucoup d'impôts. Je ne m'en plains pas. J'ai un travail, un bon salaire, mais pas celui que vous dites. (...) Vous êtes franchement dans une exagération, je pourrai vous donner ma feuille de paye, elle est déjà très confortable. »

Toute enquête faite, M. Moscovici perçoit une rémunération mensuelle brute de 24 565,15 euros. Le chroniqueur de France Info avait donc visé juste, quoi qu'en dise l'ancien ministre socialiste. A ce total, on peut ajouter les remboursements des frais de déplacement vers Bruxelles et quelques indemnités exceptionnelles dont peut bénéficier chaque commissaire. Au moment de l'installation dans la capitale belge, qui fait suite à la nomination en tant que commissaire, une indemnité de deux mois de salaire de base est versée, soit 41 665 euros. . C'était alors largement plus que François Hollande, qui gagne environ 15 000 euros mensuels (il a diminué cette rémunération de 30 %, son prédécesseur émargeait à 21 300 euros).

Le toujours excellent ( mais parfois partial…dans le sens pro-européen) Jean Quatremer, a publié sur son blog un article détaillant les salaires des fonctionnaires européens. Il y dénonce "des secrétaires mieux payées que des profs de fac". "Les salaires vont de 2 600 à 4 400 euros brut pour le personnel d’exécution (secrétaires, assistants) et de 4 400 à 18 400 euros brut pour les agents de «conception», les rémunérations les plus élevées étant réservées à une poignée de hauts fonctionnaires (la moyenne salariale tourne autour de 7 000 euros). Si l’on y ajoute une prime d’expatriation de 16% et des allocations familiales de 365 euros par enfant, on comprend que beaucoup de citoyens européens s’étranglent à l’heure des coupes sombres dans les pays membres. Et pourtant, "les 56 000 «eurocrates» se sentent mal aimés" en général et à Bruxelles en particulier.

Les reproches adressés à l’eurocratie - arrogance, irresponsabilité - ne sont pas infondés. « Depuis la crise de la zone euro, nous avons des pouvoirs importants dans le domaine des politiques économiques et budgétaires nationales, raconte un haut fonctionnaire belge de la Commission. J’ai assisté à une rencontre entre nos agents et la direction du Trésor français. C’était hallucinant : ils se comportaient comme un maître d’école expliquant à un mauvais élève ce qu’il devait faire. 

J’ai été très admiratif du directeur du Trésor qui a gardé son calme. On ne parle pas ainsi à un gouvernement démocratiquement élu : à force d’être irresponsables, nos fonctionnaires ont perdu tout sens politique.» Il faut aussi voir comment se comportent les représentants de l’institution bruxelloise dans les troïkas (Commission, Banque centrale européenne et FMI) chargées de concocter des programmes de rigueur dans les pays de la zone euro en difficulté : «Le FMI semble gauchiste à côté de nous tellement nous sommes coupés des réalités», se désespère un fonctionnaire roumain.
Et savez-vous quoi : chez ces fonctionnaires européens, les cas d’alcoolisme et de dépression, sans compter le harcélement moral (environ 150 agents portent plainte chaque année !)

Un début de culpabilité ?

Cette phrase de l’ancien dissident soviétique  Vladimir Boukovski, à propos de la Communauté Européenne : « L’Union européenne, comme l’URSS, ne peut pas se démocratiser. J’ai vécu dans votre futur et ça n’a pas marché »

Il faut sortir de cet Eurokom !




mardi 8 janvier 2019

Un nucléaire nouveau est nécessaire ; vive l’EPR !


Dans un blog précédent (Parlons énergie ! Tribunes et tweet de l’année), je mentionnais le tweet très intéressant de Tristan Kamin (https://threadreaderapp.com/thread/1073608820071505921.html) sur la première vague de froid du vendredi 14 décembre 2018, une petite vaguelette, mais où pourtant toutes les ressources nucléaires se donnaient déjà à fond et où la rupture de l‘approvisionnement électrique (le black out, le noir complet, le froid..) n’a été évité que grâce à l’hydraulique- ce qui ne peut se reproduire indéfiniment, car l’hydraulique est limité par la géographie !

Conclusion : les énergies renouvelables non pilotables (essentiellement éolien) autres que l’hydraulique n’ayant fait qu’empirer la situation en déséquilibrant le réseau lorsqu’on n’en a pas besoin et étant absentes lorsqu’elles seraient utiles, il nous faut plus de nucléaire, il nous faut du nucléaire nouveau, il nous faut des EPR. Et que ça traine pas trop, il faut un peu de temps pour les construire !

L’EPR fonctionne.  le 29 juin 2018, Taishan 1, l’EPR chinois, devient le premier EPR à produire de l’électricité. Sa mise en service commercial a été prononcée le 13 décembre 2018, après réalisation des tests de mise en service en puissance. Le deuxième réacteur de la centrale de Taishan devrait être mis en service fin 2019 ; la puissance de ces réacteurs (1 750 MW chacun) leur permettra de fournir au réseau électrique chinois jusqu'à 24 TWh d'électricité par an, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 5 millions de Chinois. Le site est, par ailleurs, prévu pour accueillir deux autres réacteurs. Superbe résultat de la très ancienne collaboration entre l’industrie nucléaire française et chinoise, sur fond de volonté gaullienne et maoïste d’indépendance énergétique !

L’EPR est un monstre d’efficacité et de puissance. L’EPR a une puissance inégalée de 1 750 MW (900MW pour les réacteurs de Fessenheim ; 3 MW pour une éolienne, mais avec un facteur de charge de 20% contre 80% pour le nuc ;  donc un EPR, un seul EPR, mesdames et mrs, à la louche c’est 2400 éoliennes, soit à peu près, avec un espacement minimal irréaliste, une double rangée d’éoliennes tout le long de la côte méditerranéenne. Suis un peu fatigué, vous laisse faire le calcul de la surface correspondante pour le solaire. Cette forte concentration géographique, maximale, d’une énergie décarbonnée est l’un des grands atouts écologique de l’EPR.

L’EPR permet un gain de l’ordre de 20 % sur la consommation d’uranium naturel par kWh électrique produit. C’est la conséquence de l’effet gros cœur et de la présence d’un réflecteur lourd  en acier.  Le « gros cœur » de l’EPR (241 assemblages pour 205 sur le N4 et 193 sur le 1 300 MW) permet d’une part de minimiser les fuites neutroniques (en minimisant le rapport surface /volume du cœur) ; et d’autre part de fournir plus de puissance tout en sollicitant moins chacun des assemblages, ce qui augmente les marges disponibles et permet d’accroître la souplesse d’exploitation. Le réflecteur lourd en acier entoure le cœur et remplit deux fonctions : réfléchir les neutrons rapides qui sortent du cœur en les renvoyant (limitant donc les fuites neutroniques et conduisant à une meilleure utilisation du combustible) ; et réduire l’irradiation de la cuve par les neutrons de haute énergie (ce qui permet de prolonger l’exploitation du réacteur – 60 ans !  (tiens, votre éolienne, elle tient combien de temps ?)

L’’optimisation de la conception neutronique de l’EPR perme tune utilisation optimale des nouveaux combustibles à haut taux de combustion, L’EPR permet de valoriser et d’optimiser à terme la gestion du plutonium selon les besoins. Il est ainsi dimensionné pour un taux de recyclage de 30 % à 50 % en MOX et peut même accommoder, avec des modifications limités, des gestions 100 % MOX (MOX : mélange d’oxyde d’uranium et de plutonium). Permettant ainsi un taux de recyclage bien meilleur des déchets, il autorise une réduction de 20 % des déchets de moyenne activité à vie longue.

L’EPR possède une dynamique de pilotage unique : ses réacteurs sont capables d’ajuster jusqu’à 80 %, à la hausse ou à la baisse, leur puissance en 30 minutes, et ce, deux fois par jour.

L’ EPR possède une sécurité améliorée. Les améliorations ont porté sur trois objectifs principaux : réduire davantage la probabilité de fusion de cœur ; éliminer pratiquement» les situations accidentelles pouvant aboutir à un relâchement radioactif ; et, en cas de fusion de cœur, garantir par conception que le relâchement radioactif n’entraîne que des mesures de protection très limitées dans le temps et dans l’espace. La conception de l’EPR se distingue notamment par son enceinte de confinement composée de deux parois de béton de 1,3 m d'épaisseur, la face intérieure de la paroi interne étant totalement recouverte d'une peau métallique (le liner), et par un nouveau dispositif appelé récupérateur de corium destiné à recueillir la partie du cœur fondu (corium) qui est susceptible de traverser la cuve (sans cela, le corium pourrait s'enfoncer dans la terre et contaminer l'environnement). En cas de fusion du cœur, le combustible en fusion s’y écoule et y est refroidi par les réserves en eau stockées dans la centrale.  Ce récupérateur de corium, que l’EPR est le premier réacteur au monde à inclure, permet la  limitation drastique des conséquences d’un accident grave.  Le réacteur EPR possède plusieurs autres protections actives et passives contre les accidents nucléaires : quatre systèmes de refroidissement d'urgence indépendants, chacun capable de refroidir le réacteur après son arrêt ; une enceinte de confinement faite de deux épaisseurs séparées, totalisant 2,6 m d'épaisseur; un récupérateur de corium (en cas de perforation de la cuve par le cœur en fusion). Enfin de multiples redondances sont ajoutées, par exemple pour les trains de fourniture d’électricité.
Le niveau d'exposition du personnel aux radiations est réduit d'un facteur deux, et le niveau d'activité des rejets d'un facteur dix par rapport aux installations les plus récentes en service.
La défense en profondeur, principe fondamental de conception du réacteur EPR, se voit ainsi  renforcée principalement par la prise en compte des défaillances multiples, l’amélioration de la protection contre les effets des agressions et la prise en compte des accidents graves - Fukushima (qui n’a causé qu’un décès d’origine nucléaire) est pour plusieurs raisons impossible avec un EPR !  L’EPR incorpore ainsi depuis sa conception les technologies de sécurité les plus abouties et profite de l’expérience unique d’exploitant d’EDF.

L’EPR, un succès qui devrait être franco-allemand et qui sera un succès franco-chinois.

L’EPR, comme son nom l’indique (European Pressurized Water Reactor), était au départ un projet franco-européen, en fait surtout franco-allemand. En 1989, la France et l’Allemagne décident de lancer un programme commun de recherche et développement pour une nouvelle génération de réacteurs et Framatome et Siemens constituent une filiale commune, NPI (Nuclear Power international. Le projet EPR est lancé en 1992 mains l’ambition allemande prend fin en 1998F,avec l’abandon criminel par l’Allemagne de l’énergie nucléaire- choix aggravé  en 2002 avec une loi interdisant la construction de nouveaux réacteurs.
L’EPR survivra, grâce à la France et à la Chine. Fin 1998, le design est terminé. La matérialisation industrielle de l’EPR commence en 2003, année où le finlandais TVO choisit le réacteur français. Le choix finlandais est suivi en 2005 par celui de la France pour une tête de série à Flamanville. En 2007, AREVA et le chinois CGN signent un contrat pour la construction de deux réacteurs sur le site de Taishan, dans la province du Guangdong.
C’est Taishan I qui devient le premier EPR à entrer en fonctionnement. Pourquoi ? l’alliance franco-chinoise a su profiter des problèmes des chantiers précédents (qui ne sont pas tous techniques, mais résultent parfois de changements de spécifications et d’hésitations politiques, comme en Finlande. Ensuite, la Chine, qui s’est lancée dans le plus massif programme d’équipement nucléaire (50 % des réacteurs construits dans le monde dans les vingt ans le seront en Chine), possède maintenant un excellent réseau de sous-traitants alors qu’au contraire, la France, en raison de l’arrêt pendant de longues années du programme nucléaire pour des raisons purement politiciennes (les pressions des bigots écologistes), a perdu une partie de son savoir-faire. Conséquence : les forges chinoises n’ont pas connu les problèmes des forges françaises quant à la fabrication de la cuve et de son couvercle.

L’EPR sera un succès commercial. Après la Chine, l’Angleterre  a commandé à  EDF deux EPR sur le site d’Hinkley Point, dans le Somerset. D’ores et déjà, l’EPR est le nouveau réacteur vendu dans le plus de pays étranger, et l’(Inde, l’Arabie saoudite, la Tchèquie s’y intéresse. Des discussions sont en cours avec l’Afrique du Sud (post-2030),la Pologne, l’Indonésie et le Brésil.

Avec des chantiers dans quatre pays différents, la technologie EPR a été adaptée à différents climats : subtropical humide chaud comme à Taishan, ou encore continental modéré comme à Olkiluoto en Finlande. Ainsi, en Chine, les échangeurs ont été conçus pour transporter une eau de la source froide de 32°C – contre 15-17°C au maximum en mer du Nord ou dans la Manche (Flamanville).
Le cas de l’Angleterre est particulièrement intéressant ; cette ancienne puissance nucléaire a tellement laissé périclité son industrie nucléaire qu’elle en a perdu ses compétences et se trouve maintenant obligée de recourir à la France et à la Chine pour des EPR et pour des Hualong, évolution future de l’EPR chinois dans laquelle la France possède une participation.
 Car l’EPR n’a pas dit son dernier mot, et les difficultés des premiers chantiers ont été prises en compte. Si la Chine prépare son Hualong, EDF prépare un EPR 2 plus facilement industrialisable ; il s’agit par exemple de standardiser les équipements Ainsi, sur l’ilot nucléaire, le nombre de spécifications de tuyaux a été divisé par 3. Gage de qualité et de rapidité, la préfabrication en usine est mobilisée au maximum, avec des pré-assemblages d’équipements et des soudures réalisées en usines. Le bâtiment des auxiliaires électriques non nucléaire sera même entièrement modulaire, acheminé par camion sur le site. Les estimations vont vers une réduction de 30% des coûts.

Des EPR, vite !

Même pour le petit de froid du vendredi 14 décembre 2018 , nous étions au taquet du nucléaire (Non, mais vous vous imaginez sans électricité ?). Nous avons dû importer. Et dans le futur, grâce à son génial refus du nucléaire, l’Allemagne, dans ce genre de situation, ne sera plus exportatrice, mais importatrice. La Belgique, à son rythme plus lent, suit la même voie. L’Italie et l’Espagne ? Bon normalement, il y fait moins froid – et c’est même pas sûr. Donc, le grand noir est devant nous.
Nous avons besoin d’EPRs. Au pluriel ! Le secteur de l’énergie s’inscrit dans des trajectoires de long terme et la France doit mener dès maintenant une réflexion sur le renouvellement d’une partie de son parc nucléaire. Il est essentiel que cette réflexion soit engagée d’ici 2020 ; d’après la SFEN, qu’il est possible de réduire de 30 % les coûts de construction –grâce à la construction en série (en particulier la construction d’une série de trois paires) –, et de moitié les coûts liés au financement, grâce à une répartition des risques plus efficace.


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vendredi 4 janvier 2019

Parlons énergie ! Tribunes et tweet de l’année


Parlons énergie et dérèglement climatique, c’est un sujet important pour les années qui viennent. En ce qui concerne les tribunes libres de l’année consacrées à ce sujet, je vous conseille les deux remarquables de Marc Fontecave, professeur au Collège de France dans Le Monde.

« Ecologie : Il n’y a aucune chance de voir une révolution se réaliser ….Nicolas Hulot a quitté son poste en déplorant la faiblesse des moyens engagés pour l’écologie, mais la sauvegarde de l’environnement exige des avancées technologiques et politiques qui ne se décrètent pas «  Marc Fontecave Le Monde, 03 septembre 2018_ https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/03/ecologie-il-n-y-a-aucune-chance-de-voir-une-revolution-se-realiser_5349357_3232.html

« Pétition « L’Affaire du siècle » : « Attaquer la France en justice est à la fois injuste, idiot et inopérant..Dans une tribune au « Monde », le professeur au Collège de France Marc Fontecave juge la pétition « déplacée », l’Hexagone étant, grâce à l’énergie nucléaire, un leader mondial en matière de limitation des gaz à effet de serre. Le Monde, 29 décembre 2018, https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/29/petition-l-affaire-du-siecle-attaquer-la-france-en-justice-est-a-la-fois-injuste-idiot-et-inoperant_5403389_3232.html

Et puis,  mon prix du tweet de l’année, de Tristan Kamin, très pédagogique sur la façon dont nous avons géré la première vague de froid de l’année du vendredi 14 décembre 2018

,Précis, pédagogique, instructif, bien rédigé, intéressant,…un peu inquiétant. Le récit palpitant  heure par heure, alimenté des commentaires et des graphiques adéquats. Je n’ai reproduit ici que les commentaires ! Siouplait ! Hésitez pas ! Allez voir le tweet avec ses figures !


Petit #thread sur les observations du jour sur @eCO2mixRTE. Vous l'avez remarqué, ça caille. #Vaguedefroid. Or, vous le savez probablement, la thermosensibilité du système électrique français est élevée : notre consommation élec. dépend beaucoup de la température. Résultat, depuis deux semaines, la consommation a une petite tendance à la hausse.
Soyez observateurs, c'est pas très visible
Oh, parenthèse mesquine. Vous vous souvenez que, le week-end dernier, je saluais les records de l'éolien ?Bah c'était en plein creux de consommation.
Et pendant cette semaine, face à l'envolée de la consommation ? Dans le jargon, on dit « bah » !
Fin de parenthèse mesquine.
On va surtout parler d'aujourd'hui, dans la suite.

Avec cette fichue thermosensibilité, la consommation ce matin a suivi une pente particulièrement raide.
Dans toute la suite, on va se placer sur l'intervalle 4h du mat' - 8h.
La consommation : +18 600 MW.
BIM. +30% en 4h.

Comment on a géré ça ?

Bon, 1) bad news  Le parc nucléaire envoyait déjà tout ce qu'il pouvait avant même le pic. Il a pu gratter quelques 800 MW quand même, mais c'est pas grand chose.
C'est pas un manque de souplesse du nucléaire, parce que pouvoir varier entre 50 et 100% en 10 secondes ne servirait à rien si t'es déjà à 100% au départ.
Alors je dirais juste que c'est un manque de nucléaire, tout court !
Cette haute production nucléaire pendant la nuit a permis de remplir les réservoirs de nos STEP, et d'exporter : à 4h du mat', on consommait 2300 MW pour pomper l'eau dans les barrages, et on exportait 2400   MW.
Et on était pas les seuls à remplir nos barrages : on exportait notamment 2900 MW vers le nord de l'Italie et 2200 MW vers la Suisse ;-)

On continues leBadNews : 2) Parc de centrales charbon HS.

Ok, c'est une bonne nouvelle pour le #climat, l'environnement, tout ça, mais du point de vue équilibre du réseau, dans ces conditions, c'est pas cool.  La raison : grève.
Bon, alors, comment on a pu gérer ce pic de consommation ?
Bon bah pour commencer, on a arrêté de pomper de l'eau. 2300 MW de consommation qui s'efface, en seulement 3 heures.
Et on tire un peu sur le gaz : La cogénération monte de rien du tout (100 MW), mais les centrales à cycle combiné se rendent un peu plus utiles : +700 MW (bon, tout gaz réuni, finalement, ça fait le même "petit coup" que le nucléaire).
Bon, à noter, on démarre pas les turbines à combustion. Ça consomme un max ces trucs là, c'est vraiment du dernier recours. Donc on les garde en chauffe, d'où les 19 MW je suppose, prêtes à monter en régime si besoin, mais, visiblement... Pas eu besoin.
Mais c'est un peu grâce aux turbines à combustion au fioul, en fait
de 0 MW jusqu'à 7h, on les a fait monter jusqu'à 1300 MW à 8h45, avant de redescendre progressivement au cours de la matinée. (NB ES faute de nucléaire, on est sauvé par le fuel !)
Un peu de positif dans tout ça quand même : c'est le matin, donc le soleil se lève, et passe de 0 à... 100 MW à 8h. Bon, c'est négligeable, en fait.

Et c'est là qu'on rigole : qu'en est-il de l'éolien ?
Bah il se fait la malle, avec une production qui a baissé toute la nuit, passant notamment de 2800 à 2400 MW sur le délai qui nous intéresse ici.
Bref, pendant cette énorme montée de consommation, les énergies intermittentes ont parfaitement joué leur rôle : elles ont accru le problème !

Ah, oui, je vous parle pas des bioénergies parce qu'elles sont restées très stables à 800 MW. C'est vraiment de la production en base.
Du coup, il nous fallait dégager 18 600 MW en 4h (20 900 MW en fait, mais on avait 2 300 MW de pompage qu'il "suffisait" d'arrêter), et avec nucléaire, charbon, gaz, biomasse, fioul, éolien, solaire, bioénergies, on a réussi à trouver... 1900 MW.

On a fait un dixième du taff !
Bon bah il est venu le temps de vous montrer la folle puissance de l'hydroélectricité.
Et vous faire comprendre que c'est insultant de mettre dans le même sac « ENR » ce truc merveilleux et les boulets éolien et solaire.

L'hydroélectricité, RTE la divise en 3 catégories.

1 - Fil de l'eau/écluses, comme la centrale de Toulouse, en photo ci-dessous. 
On les considère en général comme non pilotables : elles produisent en base, au fur et à mesure que l'eau passe et que les écluses sont activées.
Mais je devine qu'elles ont une certaine souplesse, puisqu'on peut délibérément choisir de faire passer plus ou moins d'eau dans les turbines.  Mais l'eau qu'on ne fait pas passer n'est pas retenue, elle est perdue (comme si on freinait une éolienne par temps venteux). 2 - Les lacs de barrage, j'ai pas besoin de vous expliquer j'espère . 3 - Les STEP : un lac en surplomb, un cours d'eau ou un bassin/lac en contrebas, et la possibilité de pomper dans un sens ou turbiner dans l'autre.

Et du coup, qu'est-ce que ça a donné ce matin ?

Oh, rien de fou. Les centrales fil de l'eau et éclusées, qu'on dit non pilotables, ont réussi à fournir une montée en puissance de 1900 MW rien qu'à elles !

Les lacs, quant à eux, ont dégagé 4500 MW supplémentaires en multipliant par plus de 4 leur production dans ce délai de 4h ! 
Et admirez moi cette magnifique rampe parfaitement régulière !

Quant aux STEP, outre les 2300 MW qu'elles ont cessé de consommer en passant du pompage au turbinage, c'est une production de 3400 MW supplémentaires qu'elles ont réussi à apporter.
Bilan : ce sont 9700 MW qui ont été apportés par la seule EnR électrique vraiment pilotable, et celle qui, depuis 40 ans, est véritablement complémentaire au nucléaire pour un MixÉlectrique bas-carbone.
Évidemment, le stock dans les barrages est limité, et trop le solliciter pourrait nous conduire à un manque d'eau au plus froid de l'hiver, quand on en aura le plus besoin, comme ça a bien failli être le cas l'hiver dernier : les riverains de lacs de barrage ont pu les voir presque vides...
Mais bon, cette année, on commence l'hiver avec un stock hydraulique plutôt correct, et un parc nucléaire qui s'annonce assez disponible, donc ça devrait mieux se passer.
Bon, c'est bien beau ça, mais +9700 MW d'hydraulique et +1900 MW de tout le reste, ça fait pas 18600 MW encore !


Bah ouais. Le reste, c'est en passant d'exportateurs nets à importateurs nets qu'on l'a comblé. 5100 MW de flux qui se sont inversés.
Bon, la somme y est toujours pas, il manque presque 2 GW... Et je ne sais pas pourquoi ?

J'ai fait l'hypothèse que le pompage des STEP était inclus dans la consommation, mais peut-être pas en fait, et ça expliquerait l'erreur .C'est pas bien grave, l'idée était davantage de sensibiliser aux différents moyens de production et leur pilotabilité dans les circonstances de ce matin. Et vous partager mon émerveillement devant la perfection de l'hydroélectricité dans ces conditions 
Et voilà ce que donne la superposition des filières, hors nucléaire que j'ai masqué parce qu'il écrase trop l'échelle sinon ^^(et il varie quasiment pas : 800 MW sur 52500, soit 1,5%).
Si je devais faire passer un message en conclusion, j'aurais bien envie de dire « vous voyez, il faudrait plus de nucléaire », mais je vais aller vers le plus politiquement correct... Et potentiellement plus utile.
Ce matin, on a été sauvé par le fioul (ça aurait pu être le gaz ou le charbon) et les imports (donc, entre autres, du charbon, du gaz, du fioul).
Évidemment, on a aussi et surtout été sauvés par l'hydroélectricité, certes propre, mais...une partie du stock hydraulique qu'on a turbiné aujourd'hui ne pourra pas servir demain à éviter des MW de gaz, charbon, fioul, imports. Donc l'hydroélectricité consommée aujourd'hui est une sorte de crédit sur des émissions futures de CO2.
Je dis souvent que le mix électrique est déjà décarboné et donc que si on veut faire un geste pour le climat, c'est pas vraiment l'électricité le sujet.


Néanmoins, vous pouvez agir pour le climat via votre consommation électrique. N'en déplaise à @onestpret ou @greenpeacefr, ce n'est pas en changeant de fournisseur.
N'en déplaise à @nWassociation, ce n'est pas vraiment en consommant moins.
Pas dans l'absolu, en tout cas.

C'est surtout en consommant mieux. Au meilleur moment. Et surtout pas au pire.

Donc si vous voulez réduire l'empreinte carbone de votre électricité, essayez de moins contribuer à ce pic de consommation du matin - et celui du soir, tant qu'à faire.
Ce que je fais, à titre perso, qui, comme beaucoup, me lève pile à l'heure pour contribuer à ce pic :
Quand est arrivé le milieu de l'automne, j'ai arrêté les douches le matin. Enfin, c'pas la douche le problème, c'est le sèche-cheveux derrière. 2 kW, ce fucking sèche-cheveux. C'est mort.
(Douche le soir et, si sèche cheveux, APRÈS le pic de conso, donc).
Également, je suis très frileux au réveil, donc je monte un peu le chauffage le soir.
Bah je le baisse d'autant dès que je suis levé, pour diminuer ma conso instantanée. Dès que je suis levé, pas au moment de partir au boulot.
D'autres trucs que je peux proposer : pas de bouilloire, ni de toaster au petit-dèj' si vous le prenez à cette heure là. On est vite à 2-3 kW pour chacun de ces appareils.
Pas non plus d'œufs ou bacon à la poêle sur plaque électriques ou à induction, évidemment :p
Et apprenez ces gestes à votre entourage. Vouloir éteindre les vitrines des magasins entre 23h et 7h ça a pas grand intérêt, point de vue CO2, et pourtant beaucoup y voient un geste fort ; expliquez leur notre mix électrique.
À votre entourage, et à vos enfants, le cas échéant ! Mes parents m'ont très tôt expliqué le concept d'heures pleines et creuses, pour programmer le lave-vaisselle ou m'expliquer à quoi servait le ballon d'eau chaude.
Et c'est devenu un réflexe, pour moi, de toujours prendre ça en compte.
Résultat : depuis que je vis seul, je constate que les deux tiers de ma conso électrique sont en heures creuses.
Et c'est économique, en plus, croyez-moi…

Fin du tweet !
Messages forts, à mon avis  :

1) Même pour un petit coup de froid, comme celui du vendredi 14 décembre 2018, on est vraiment ricrac en énergie de base. Il n’y pas trop de nucléaire, il n’y en n’a pas assez et cela va se voir bientôt, et sur les ruptures d’électricité, et sur les tarifs.
2) Même pour un petit coup de froid, comme celui du vendredi 14 décembre 2018, on a été obligé de compter sur une part importante de fuel et de carbone, soit interne, soit d’importation – Merci pour le climat.
3) Même pour un petit coup de froid, comme celui du vendredi 14 décembre 2018, les énergies intermittentes solaires et surtout éoliens ont parfaitement joué leur rôle : elles ont accru le problème.
4) Sur ce (petit) coup, on a largement été sauvé par l’hydraulique, la seule ENR pilotable, mais faudra pas y revenir trop souvent vu que que c‘est pas inépuisable et tragiquement limité par la géographie !

Conclusion :ben assez évident, non ! Du Nuc, des EPR, des SMR, des surgénérateurs !