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mercredi 10 février 2021

L’Europe et les vaccins anti-Covid : Ursula Van der Leyen est contente ! Et le gouvernement français aussi !

 Le fiasco C : la guerre au Royaume-Uni ?

Le laboratoire anglo-suédois qui devait initialement livrer 80 millions de doses aux pays européens d'ici la fin mars a revu ses objectifs à la baisse suite à des retards de production dans ses usines européennes. Ajoutant fiasco sur fiasco, Ursula Von der Leyen a envisagé d’activer une clause d’urgence pour contrôler l’exportation de vaccins entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, ce qui revenait à recréer la frontière et remettre en question la clause du backstop  que l‘on avait tant eu de mal à négocier lors du Brexit ! Sidération des Commissaires, même le placide Barnier, du Parlement, des Etats, surtout l’Irlande avant un rapide retour en arrière. Même l’Allemagne commence à critiquer Ursula : le ministre de l’Economie, Olaf Scholz, et le ministre-président de Bavière, Markus Söder, ont  accusé la Commission d’avoir signé beaucoup trop tard ces contrats et d’être à l’origine de la pénurie

En fait, la Commission Européenne s’est vanté d'avoir pris le temps de négocier au plus bas les prix des vaccins - d'autres Etats ont signé avant pour un prix plus élevé (par exemple Israel, UK). Maintenant la Commission Européenne veut être livrée en premier, avant les contrats signés des mois plus tôt par d'autres Etats qui ont privilégié l'urgence de la livraison plutôt que la négociation des prix. L'UE a mal géré la négociation avec les labos et refuse de l'admettre.

Commentaire du PDG d’Astra Zeneca, le français Pascal Sorlot :

« L’ Europe, contrairement au Royaume-Uni a-t- elle signé le contrat trop tard ? Je ne vais pas porter de jugement à ce sujet. Mais je ne peux que vous dire les faits et les faits sont que nous avons essentiellement signé un accord avec le Royaume-Uni trois mois avant que nous l’avions avec l’Europe. Maintenant, cela peut être en partie facilement expliqué. Lorsque nous avons conclu l’accord avec Oxford, ils avaient déjà travaillé avec le gouvernement britannique à ce sujet. Ils avaient donc une longueur d’avance. Nous avons pu prendre assez rapidement la chaîne d’approvisionnement du Royaume-Uni et l’améliorer. Nous avons dû modifier le procédé, parce qu’Oxford nous a donné un process impropre à la fabrication à grande échelle…. Nous avons donc dû  le modifier pour rendre possible la production de milliards de doses à un coût raisonnable et à une vitesse raisonnable. Nous avons fait tout cela en quelques mois alors qu’habituellement, il faut plutôt des années »

« L’accord britannique a été conclu en juin, trois mois avant l’accord Européen. Comme vous pouvez l’imaginer, le gouvernement britannique a déclaré que la production de la chaîne d’approvisionnement du Royaume-Uni irait d’abord au Royaume-Uni. Fondamentalement, c’est comme ça. Dans l’accord de l’UE, il est mentionné que les sites de fabrication au Royaume-Uni étaient une option pour livrer l’Europe, mais seulement plus tard… Mais le contrat avec le Royaume-Uni a été signé en premier et le Royaume-Uni, bien sûr, a dit « vous nous fournissez d’abord », et c’est assez juste. Ce vaccin a été développé avec le gouvernement britannique, Oxford et avec nous aussi. Dès que possible, nous aiderons l’UE »

https://www.repubblica.it/cronaca/2021/01/26/news/interview_pascal_soriot_ceo_astrazeneca_coronavirus_covid_vaccines-284349628/

Le fiasco Moderna : même schéma : « il n'y a eu aucune aide pour construire l'appareil industriel »…

Passons maintenant à Moderna, mais c’est exactement le même schéma

Moderna (le nom s'écrivait à l'origine  ModeRNA) a été fondée en 20107 à Cambridge, dans le Massachusetts à partir d’un incubateur. La technologie-phare de l'entreprise consiste à utiliser un ARN pour déclencher les processus naturels du corps et induire la production de protéines d’intérêt thérapeutique à l'intérieur même des cellules humaines. Dans la cas du vaccin contre le Covid 19 (le mRNA-127), c’est la production d’anticorps, mais le concept a été identifié comme une technologie de rupture, potentiellement révolutionnaire et d’applications très larges : vaccins et traitements immunitaires passifs contre les maladies virales, maladies rares, immuno-oncologie ( vaccins personnalisés contre le cancer, etc.), fibrose cystique…Dès 2013, la DARPA (Agence des projets de recherche avancée de la Défense américaine) accorde à Moderna une subvention d'une valeur de 24,6 millions de dollars pour la recherche et le développement de sa technologie anti-ARNm afin de lutter contre les maladies infectieuses et les armes biologiques.

Les fondateurs de la société Moderna Therapeutics comprennent Noubar Afeyan de Flagship Pioneering Kenneth R. Chien de l'université Harvard et de l'Institut Karolinska ; Robert S. Langer du Massachusetts Institute of Technology (MIT)… Le français Stéphane Bancel a été recruté en tant que Directeur général en 2011 (il était alors Directeur général de BioMérieux).

Commentaire de Stéphane Bancel sur l’attitude européenne : Le PDG de Moderna, invité de LCI ce mardi, s'en est pris à l'immobilisme de l'Union européenne dans l'accompagnement financier du processus de recherche pour développer un vaccin : « Malheureusement, bien qu'on ait eu des discussions très tôt avec certains pays européens, il n'y a eu aucune aide pour construire l'appareil industriel… l'U.E. et ses pays membres ont tardé à débloquer des financements pour favoriser la mise en place de structures de production…Le gouvernement américain a pris des risques très tôt pour nous aider, au contraire de ceux des pays européens…C'est l'une des raisons qui expliquent pourquoi la production est plus rapide aux États-Unis qu'en Europe »

Commentaire : où est la vision stratégique analogue en Europe, quelle efficacité, quelle réactivité ? Les dirigeants de l’UE sont-ils à ce point ignorant des rélaités industrielles que de ne pas comprendre l’importance de la production ?

https://www.lci.fr/sante/video-vaccin-anti-covid-19-le-tacle-du-pdg-de-moderna-a-l-union-europeenne-interview-de-stephane-bancel-sur-lci-2176633.html



Le fiasco Valneva : même schéma : l’Angleterre a pré acheté grès tôt et proposé une aide pour la fabrication, la France réfléchit

Valneva SE est une société de biotechnologies française, basée à Saint-Herblain dans la banlieue ouest de Nantes. Elle est née du groupe Grimaud, spécialisé dans la génétique aviaire, qui avait souhaité développer une activité de biotechnologies utilisant des cellules de canards pour produire des vaccins vétérinaires. (1999  Vivalis, PDG Franck Grimaud). Celui-ci a ensuite acheté en 2009 pour 133 millions d’euros la société autrichienne Intercell qui développait des vaccins contre l'encéphalite japonaise (approuvé en Europe, Amérique et Australie) et contre l'hépatite C (en essais cliniques phase II au moment de la fusion), puis Crucell Sweden (vaccin contre le choléra)

Valneva a lancé en 2015  une augmentation de capital de 45 millions d'euros, dont 25 millions devraient être souscrits par le Fonds stratégique d'investissemen trransformé une participation de 10% de BPI France. En 2019, Valneva renforce sa trésorerie pour continuer à développer ses candidats-vaccins et finalise une augmentation de capital de 50 M€, par voie de placement privé - 81 % ont été souscris par des investisseurs américains spécialisés dans la santé, dont le nom n’a pas été communiqué. Le solde, soit 19 %, a été apporté par deux de ses actionnaires historiques, à savoir MVM Life Science Partners et le spécialiste de la sélection génétique Groupe Grimaud, dont les participations respectives s’établissent désormais à 7,3 % et à 15,1 %. Bpifrance, également présent au capital de longue date, a en revanche choisi de passer son tour.

Remarque : Donc, une société issue d’une recherche privée française et, pour rester dans l’euphémisme, assez peu aidée….

Valneva développe un vaccin contre la maladie de Lyme ainsi qu'un vaccin à injection unique contre le chikungunya. Contre le Covid-19, la société développe le vaccin VLA2001 qui est le principal vaccin européen à base de virus inactivé.

Ce vaccin sera d’abord livré au Royaume-Uni. Pour une raison simple : Londres a financé les essais cliniques et l'extension d'une usine en Ecosse. L'Union européenne, et donc la France, ne seront servies qu'en 2022. Il a fait l'objet d'une pré-commande de 60 millions de doses du gouvernement britannique, le prix étant de 470 millions d'euros, puis en janvier 2021,  une commande ferme britannique de 100 millions de doses est passée. L’ Europe espère 100 millions de doses, probablement après 2022.

"Ça me fait mal de voir cette pépite, qu'on connaît bien dans la région des Pays de la Loire, partir de France et aller au Royaume-Uni", a déploré Christelle Morançais, présidente LR de la région Pays de  Loire. (pour l’instant, le siège social reste en France.


Le fiasco Xenothera : le premier traitement français contre le Covid, mais la France ne sera pas la première à en profiter

Créée en 2014, Xenothera développe de médicaments biologiques innovants dans le domaine de l’immunologie, en particulier des greffes d’organes,  dans le cancer et dans les infections. Son traitement contre le Covid, le XAV-19 est basé sur des anticorps de porcs  humanisés (Anticorps polyclonaux Glyco-Humanisés)  et serait efficace contre les variants britanniques, sud-africains, brésiliens, danois et écossais.

Odile Duvaux,, PDG de Xenothera : « Nous avons fait connaître notre projet en mars dernier aux pouvoirs publics avec comme seule réponse des encouragements. Xenothera a donc lancé un appel aux dons pour obtenir 100.000 euros ». L'Etat français n'a pas encore annoncé de précommandes, quand l'Allemagne a déboursé 400 millions d'euros fin janvier auprès de laboratoires américains. Plusieurs pays sont sur le point de signer avec le labo nantais, pour lancer la production à grande échelle. Et Mme Duvaux attend désormais un signe du ministère de la Santé. L’entreprise aurait donné 15 jours au gouvernement pour se décider »

Même topo, même inefficience donc pour les anticorps et les vaccins



Les critiques de Moncef Slaoui, immunologue, responsable de la stratégie vaccinale des États-Unis. Pas de Manhattan Project 2 en Europe !

Le Manhattan Project 2, c’est ainsi que l’administration Trump avait appelé l’effort consacré à la recherche de vaccin anti-covid, symbole de sa détermination à agir efficacement et vite. Pourtant opposant à Trump, M. Moncef Slaoui a été rapidement recruté :  « Un congressman m’a demandé si je pensais qu’on pouvait développer un vaccin en un an, j’ai dit oui, il m’a répondu “hé bien désolé mais tu vas recevoir un coup de fil de l’administration Trump, ils voudraient que tu les rejoignes pour le Manhattan Project 2”

Comment explique-t-il le retard accumulé côté européen ? "D’après ce que j’ai pu voir, l’Europe est restée à l’écart du fait d’encourager les vaccins, de participer activement à leur développement et à leurs tests. L’Europe a agi au niveau de l’achat des vaccins, pas de la recherche et du développement. Le résultat, c’est qu’elle n’est pas au premier plan en termes d’accès aux doses de vaccin, c’est pour ça que le taux de vaccination est plus bas. Il y a des leçons à en tirer…

Il y a aussi un problème de prise de risque financière, qui a fait que les gouvernements n’ont pas mis les financements qu’il faut derrière les projets", regrette-t-il. "Ici, aux États-Unis, j’avais carte blanche : on a dépensé 14 milliards très vite, maintenant c’est probablement encore plus, sans doute 20 milliards. Mais quand on pense au coût économique du confinement, qui était chaque jour de 23 milliards de dollars… À côté, nos 14 milliards c’était rien du tout."

Ajoutons que pour le Pr Slaoui, la lutte anti-virale dont être considérée comme aussi importante que l’effort militaire : il faut de toute urgence financer la lutte contre les pandémies, par exemple en utilisant une partie du budget de la Défense. « Tous les pays ont des armées “au cas où”, or les virus sont des ennemis particulièrement adaptés à nous échapper

 « https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-08-fevrier-2021

Face à l’accumulation de fiasco, il va falloir vraiment faire autrement !

Que ce soit au niveau français ou européen, il n’ y a eu aucune mobilisation, aucune stratégie, aucune réactivité pour la recherche et le développement de vaccins ou de traitements anti-Covid.  Visiblement, dans les sphéres dirigeantes des pays européens, on n’avait aucune idée de ce que nécessite la recherche, ni aucune notion industrielle de ce que nécessite le développement, le fait de passer de la recherche à la production et aucune stratégie d’ampleur pour aider la recherche et encore moins  pour faciliter  le développement n’a été mise en place. Pas de Manhattan project anti-Covid en France ou en Europe. Comme l’a dit le PR Slaoui, l’Europe s’est contentée de négocier au plus bas les prix des vaccins, quitte à s’étonner ensuite d’y avoir accès plus tardivement, une fois que les pays inventeurs et producteurs se seront servis.

L’Angleterre a elle agi de façon différente et beaucoup plus astucieuse. La triste vérité est que les dirigeants de l’Europe Continentale n’ont plus aucune idée de ce qu’est  la recherche, ni de ce qu’est l’industrie. Ce sont juste des épiciers bas de plafonds capables et encore de négocier des prix (Pardon pour les épiciers), des acheteurs à tableur excel à la place du cerveau.

Mais les médicaments qui ne sont ni inventés, ni produits en Europe, il faudra s’en passer ou les payer très cher. Que ce soit dans le domaine du médicament ou dans d’autres, il faut complètement changer de politique.

Que l’on regarde le nombre de scientifiques ou d’ingénieurs dans les instances dirigeantes Chinoises, US, Russes, il y a peut-être là aussi une explication à ce que l’Europe se  retrouve absente et dépendante sur un sujet aussi primordial que la santé et la lutte contre les épidémies. Et bien d’autres…

Pour terminer, tout de même un succès partiel  : BioNtech et Pfizer

Un vrai succès fantastique, un vaccin développé en un an,  technique  nouvelle en médecine humaine ( quelques vaccins , des difficultés technologiques certaines, mais un succès partiel, car ce n’est qu’en s’alliant avec une firme américaine ( et une chinoise) pour le développement que BioNtech a pu mettre au point son vaccin. Une invention faite en Europe, mais où  se fera la principale création de valeur ? 

Une longue expérience et beaucoup de temps :  BioNTech est fondée en 2008 sur la base de nombreuses années de travail de recherche par Uğur Şahin, Christoph Huber et Özlem Türeci. Uğur Şahin et Özlem Türeci sont deux médecins et chercheurs d'origine turque qui avaient créés précédemment, en 2001, Ganymed Pharmaceuticals, une société développant des anticorps dans le cadre de la lutte contre le cancer, avec, déjà, le concours de Christoph Huber, oncologue, immunologue, chercheur et professeur (à l'université Johannes-Gutenberg de Mayence. Depuis sa fondation, BioNTech s'appuie sur un conseil consultatif scientifique dirigé par Rolf M. Zinkernagel et Hans Hengartner. Rolf Zinkernagel est professeur émérite à l'université de Zurich et ancien directeur de l'Institut d'immunologie expérimentale de Zurich. En 1996, il a reçu le prix Nobel pour sa découverte de la façon dont le système immunitaire reconnaît les cellules infectées par un virus.

 Financement : Andreas et Thomas Strüngmann , avec un capital de départ d'environ 180 millions de dollars US ont participé à la fondation de BioNtech. Andreas et Thomas Strüngmann sont deux scientifiques, frères jumeaux, nés en 1950, qui ont fait fortune en 2005, en vendant leur entreprise de génériques Hexal, au groupe pharmaceutique suisse Novartis pour plusieurs milliards d’euros et depuis agissent en tant que business angle dans le domaine des biotechs.

En août 2019, BioNTech avait levé un capital de 1,3 milliard de dollars américains par le biais de placements privés d'actions et de collaborations. Les actionnaires de BioNTech comprennent la famille Strüngmann (actionnaire majoritaire), Fidelity Management, Invus Group, Janus Henderson Investors, MIG Funds, Redmile Group, Salvia et plusieurs autres sociétés d'investissements européennes.

En septembre 2019, BioNTech signe un accord avec la Fondation Bill-et-Melinda-Gates (BMGF) pour développer des programmes de lutte contre le VIH et la tuberculose. L'objectif est d'identifier et de développer de manière préclinique des vaccins et des immunothérapies candidats pour la prévention des infections par le VIH et la tuberculose et pour la rémission durable de la maladie du VIH sans thérapie antirétrovirale. En décembre 2019, la Banque européenne d'investissement et BioNTech annoncent que l'entreprise recevra un financement de 50 millions d'euros dans le cadre de la politique d'investissement pour l'Europe. En juin 2020, BioNTech reçoit 222 millions d'euros par le biais d'un placement privé d'actions ordinaires et d'obligations convertibles obligatoires auprès du fonds souverain Temasek de Singapour et d'autres investisseurs. À cette date, la société compte plus de 1 300 employés.

BioNtech possède trois spécialités fortes : les vecteurs viraux, pout les thérapies géniques ; les thérapies cellulaires ; la préparation et la stabilisation des ARN messager pour l’immunothérapie ( à l’origine, l’immunoncologie - vaccins anti-cancer).

L’aventure du  tozinaméran :

Les vaccins ARN ne sont pas une nouveauté totale. Il existe déjà au moins un vaccin vétérinaire sur le marché, contre le grippe porcine, depuis 2018,   mais les essais faits chez l'homme pour la prévention du sida, de la grippe, du paludisme ou de la dengue n'ont jamais encore permis d’obtenir des vaccins efficaces. Dans le domaine de l’immuno oncologie, des résultats prometteurs ont été obtenus par BioNtech chez l’animal contre le mélanome, qui restent à confirmer chez l’homme

Pour une bonne revue : L’aventure scientifique des vaccins à ARN messager, Marc Gozlan, blog Le Mode, 14 décembre 2020

https://www.lemonde.fr/blog/realitesbiomedicales/2020/12/14/laventure-scientifique-des-vaccins-a-arn-messager/#:~:text=Ces%20vaccins%20sont%20constitu%C3%A9s%20d,contact%20avec%20l'agent%20infectieux.

Dès janvier 2020, percevant l'impact possible de la Covid-19, la société mobilise une quarantaine de personnes utilisant le savoir-faire acquis. Un partenariat est mis en place avec Pfizer sur la base du brevet élaboré par BioNTech. Pfizer et BioNTech sont les premiers à rendre publics des résultats intermédiaires de ces essais, en annonçant en novembre 2020 que ce candidat vaccin est « efficace à 90 % »

Les conditions de réussite : Le projet est baptisé « vitesse de la lumière », il bénéficie d’une mobilisation du Mittelstand allemand ( par exemple, la verrerie Schott et ses verres borosilicatés spéciaux résistant aux basses températures,  nécessaires pour conserver et distribuer le vaccin, Binder et ses congélateurs…) . BioNTech a développé les premières versions du vaccin. Elle s'est ensuite associée à Pfizer pour  poursuivre le développement, soutenir la logistique, monter les cadres financiers, organiser et superviser les essais cliniques, ainsi que fabriquer pour le marché mondial à quelques exceptions. Pour la Chine, Fosun Pharmaceutical a acquis une licence de BioNTech et a investi dans cette dernière et est chargée de la distribution et de la fabrication des vaccins pour le marché chinois, BioNTech est responsable de la distribution en Allemagne et en Turquie.

 Le 2 décembre 2020,  le Royaume-Uni devient le premier pays occidental à octroyer une autorisation d'urgence au vaccin BioNTech-Pfizer. D'autres pays suivent : les États-Unis, l'Arabie saoudite, Singapour. L’Allemagne s’impatiente, et sous sa pression, l’EMA ( agence du médicament européen) agrée le vaccin le 21 décembre.

Le vendredi 15 janvier,  Pfizer-BioNTech a annoncé qu’il ne fournirait pas aux Vingt-Sept les quantités qu’il s’était engagé à leur livrer chaque semaine. Le laboratoire a invoqué la nécessité de faire des travaux dans son usine belge de Puurs, afin d’en augmenter la capacité de production et a annoncé « des fluctuations dans les calendriers de commandes et de livraisons ». L’ annonce a exaspéré plusieurs pays européens, d’autant que le vaccin Pfizer-BioNTech nécessite deux injections à quatre semaines d’intervalle, et qu’ils craignent désormais de ne pas toujours être en mesure de procéder au rappel. Le gouvernement allemand a déploré « une communication inattendue et de très court terme » et demandé à la Commission européenne, qui a négocié les commandes de vaccins au nom des Vingt-Sept, des garanties de « clarté et sécurité ».


Et le CRIIGEN, évidemment !

En ce qui concerne la France, mentionnons que en septembre 2020, le CRIIGEN (association anti-OGM fondée par Corinne Lepage et Jean-Marie Pelt) fait état, dans un rapport signé par le président de son conseil scientifique Christian Vélot, de risques plus élevés d'immunotoxicité, de génotoxicité par mutagénèse et d'apparition de nouveaux virus par recombinaison génétique causés par de tels vaccins. Le rapport préconise en conclusion de suivre en la matière un principe de précaution ….

« Le risque que l’organisme d’une personne vaccinée soit le siège d’une recombinaison virale défavorable est infime. Mais le nombre considérable des vaccinés dans le monde – par centaines de millions ou davantage – fait qu’il est très probable que cela arrive quelque part, et qu’un virus bien plus virulent se dissémine dans les populations, vaccinées ou non… En l’absence de médicaments efficaces, on ne sortira de ces contradictions qu’avec l’arrivée de vaccins « classiques » à virus inactivés ou protéines recombinantes. »

« ces candidats vaccins nécessitent une évaluation sanitaire et environnementale approfondie incompatible avec l’urgence, qu’il s’agisse de celle résultant de la pression des autorités décisionnelles et sanitaires ou celle des profits des industries pharmaceutiques embarquées dans cette course au vaccin. Dans sa note de cadrage du 23 juillet 2020 sur la stratégie vaccinale contre la Covid-19, la Haute Autorité de Santé (HAS) déclare : « Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, l’enjeu est donc de concevoir un vaccin le plus efficace et le plus sûr possible en un temps record ». Cette allégation est un non-sens et une aberration de la part d’une autorité telle que la HAS »

Commentaire : Bon, ce n’est peut-être pas la cause du fiasco français sur les vaccins anti-covid (Valneva mis à part), mais ça aide pas !

https://criigen.org/rapport-dexpertise-sur-les-vaccins-genetiquement-modifie/

dimanche 7 février 2021

La zone éolienne Bretagne Sud Groix- Belle-Île et les Elections Régionales en Bretagne

 Les ambiguïtés de Thierry Burlot et du Modem

M. Thierry Burlot, Vice président en charge de l'environnement au Conseil régional de et président de l'Agence française de la biodiversité, ex- PS, réfléchit à une candidature possible LREM-Modem aux élections régionales. Commentaire du Modem : « il faudra être clair sur les visions que nous partageons et défendre une grande coalition, notamment sur la transition écologique »

En effet, et cette clarté passe par toute la lumière sur les positions très favorables à l’éolien et au saccage des côtes bretonnes  de M. Thierry Burlot.

M. Le Floch Prigent se paie Thierry Burlot à propos de la zone éolienne de Saint -Brieuc

Dans un article sur la revue en ligne Entreprendre ; M. Loic Le Floch Prigent  critique la défense de la zone éolienne de Saint Brieuc par M. Burlot : …

https://www.entreprendre.fr/eoliennes-en-mer-de-la-baie-de-saint-brieuc-deliberations-troublantes-au-conseil-regional-de-bretagne/

Citation

L’auteur des propos les plus affligeants à cet égard, a sans aucun doute été le Vice-Président Thierry Burlot,

« L’idée originale d’une nécessité impérieuse de donner une autonomie électrique à la Région ne tient pas la route une minute, un parc éolien en mer, intermittent, ne satisfait la demande que de façon marginale (quelques pour cents quand il y a du vent) et nécessite la sécurité apportée par le nucléaire, le gaz ou le charbon. Ce sont les Centrales de Cordemais (charbon/bois en Loire Atlantique) et demain de Landivisiau (gaz, en construction) qui sont les vrais investissements de sécurité d’approvisionnement

En l’occurrence, sur ce projet, il est important de respecter, comme il le souhaite surement, l’environnement, les hommes et la démocratie

Dans le mot environnement on doit aussi mettre le paysage, le sacré de sites qui ont conduit à écarter déjà pour les éoliennes très justement le Mont Saint-Michel et Saint Malo, il aurait dû en être de même pour les Caps de Fréhel et d’Erquy.

Les hommes, et d’abord les pêcheurs qui avertissent depuis dix ans de conditions dans lesquelles cette opération les fragilise et qui n’ont jamais été écoutés, en particulier par un Conseil d’Etat qui constate les irrégularités procédurales sans jamais en tirer les conséquences.

Prendre des décisions dévastatrices et ensuite avec Breizh Biodiv et autres initiatives vouloir réparer les âneries commises n’est pas respectueux des professionnels de la mer et de ceux qui l’aiment.

La démocratie enfin car les municipalités voisines ont été élues pour faire échec à la construction des éoliennes et sont balayées par toutes les instances s’estimant  supérieures sont balayées par toutes les instances s’estimant supérieures. La politique des « compensations » annoncées et quelquefois demandées est indigne.

On peut comprendre pour certains élus  la dureté de revenir sur une décision à laquelle ils ont  cru, mais l’évidence devrait s’imposer au Conseil Régional de Bretagne , un projet cher, mal amorcé, mal ficelé, mal engagé, ne peut que mal finir »

Sans doute M. Le Floch Prigent fait-il allusion à des déclarations du type Parc éolien en baie de #SaintBrieuc : "Les études qui sont faites, par l'Ifremer et par tous les organismes scientifiques qui vont être présentées (…) au comité de suivi démontrent que l'impact de ce parc est très limité." Thierry Burlot, Vice-Président de la Région #Bretagne. »

Ce à  quoi les pêcheurs ont répondu : Alain COUDRAY, Président du Comité des Pêches des Côtes d’Armor, 14 janvier 2021. « L’annulation du projet d’Ailes Marines-IBERDROLA doit être la seule issue possible en réponse à l’opposition des marins pêcheurs costarmoricains …les pêcheurs costarmoricains jouent leur avenir. Le projet éolien n’est pas compatible avec les enjeux de préservation des habitats et des espèces marines et ni avec les activités de pêche du département : 1)  Les incertitudes sur les possibilités de pêche autour les iles Anglo-Normandes demeurent 2)  Les pêcheurs ont conscience mieux que personne de la fragilité de leur écosystème, c’est pourquoi, ils s’évertuent à protéger et exploiter cet environnement de manière durable.

Intervention de Thierre Burlot : Tous les poncifs des margoulins de l’éolien !

https://twitter.com/elus_socdem_bzh/status/1334912927170768899

« Cette fragilité énergétique elle est connue et l’on sait aujourd’hui que la Bretagne dispose de gisements autour de ses ressources naturelles, notamment l’éolien off-shore et c’est pour cette raison que l’on a souhaité développer des projets d’envergure. C’est le projet éolien offshore en baie de Saint-Brieuc, (62 éoliennes en baie de Saint-Brieuc, mise en service en 2023 qui pourra assurer la consommation électrique annuelle de 850.000personnes (250 emplois à Brest, 1100 emplois en France) »

Commentaire : non ! c’est pas la consommation annuelle  850.00 personnes, c’est la consommation de 850.000 personnes  seulement quand les éoliennes tournent à leur puissance nominale, c’est-à-dire moins de 20% du temps, et pas quand les personnes en question en ont besoin, mais quand le vent le veut bien. Et non encore pour les emplois : dans son rapport de 2018, la Cour des Comptes estimais que seuls 15% des emplois promis par les champions des ENR étaient des emplois industriels pérennes.

« Cette fragilité énergétique, il faut bien y travailler. Pour industrialiser l’ouest de la Bretagne, il faut de l’énergie…Donc aujourd’hui le projet éolien en baie de Saint-Brieuc et le projet éolien prévu du côté de Lorient devraient nous permettre  de renforcer notre capacité énergétique en Bretagne.

Commentaire : là, il y en a un peu assez du couplet de la Bretagne qui a refusé Plogoff et qui doit le payer !  La Bretagne est dans une situation particulière, excentrée, péninsulaire qui, en terme de circulation, de réseau routier ou électrique implique des contraintes particulières. Et sauf à défendre l‘indépendance de la Bretagne – et encore-, on ne voit pas pourquoi elle devrait être autonome énergétiquement

« L’offshore est une technique maitrisée qui ne menace pas la pêche »

Commentaire :ben si ! On peut notamment se reporter au colloque au Parlement Européen, « Les pêcheries et l’éolien en mer peuvent-ils coexister ? » (22 janvier 2020). Et à des témoignages  sur les parcs existants : Jaap, (Stellendam ) « Nous sommes en train de nous faire exclure de la mer. Le domaine dans lequel nous pouvons travailler devient de plus en plus petit. Nous pouvons tous voir ce qu'il advient du poisson lorsque les éoliennes sont en place ». Olivier Becquet (Le Tréport) :  « En mars 2017, nous avons ainsi visité le parc de Thanet sur proposition de l’Institut maritime de prévention (IMP) et nous étions une dizaine de pêcheurs. Nous sommes revenus en pleurant : le port de pêche s’est vidé, il n’y a plus que du fileyeur, nous n’avons vu aucun bateau de pêche en activité… Il n’y a plus de filière, plus de criée, plus de jeunes qui entrent dans ce métier ».

Le problème est encore plus critique pour les éoliennes flottantes qui  impose des restrictions de pêche supérieures à celles d’une éolienne sur fondations, en raison des très grands câbles et chaines d’ancrages susceptibles d’être déplacés par des chaluts. Une zone de sécurité d’environ 1 km de diamètre s’applique, interdisant aussi le mouillage et les activités sous-marines.

 https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/11/eolien-en-mer-les-pecheurs-se-battent.html

« La Bretagne ne peut pas rater cette échéance. Je rappellerais qu’en Europe, il y a plus de 4000 mâts qui sont installés en offshore. Et ce que vous dites, M. Pennelle en annonçant que la pêche ne peut plus se développer en baie de Saint-Brieuc, c’est faux ! « 

Commentaire : On ne peut pas comparer l’Offshore, dans la Manche et la Mer du Nord à la Bretagne ! Même la Commission Européenne, pourtant très favorable à l’éolien, a constaté, en validant des tarifs d’achats particulièrement élevés, entre 131 et 155 euros par mégawattheure (MWh) : « Ce soutien élevé par rapport à ceux pratiqués en mer du Nord ou en Baltique se justifient par deux particularités des côtes françaises, explique la Commission : des vents plus faibles et une nature de sol plus complexe (sols rocheux carbonatés au lieu de sols sableux ou argileux) ».

« C’est une alternative au nucléaire ».

Commentaire : Non, sûrement pas ! Le nucléaire produit par tous temps et est pilotable, l’éolien est intermittent et non pilotable. Le nucléaire est bon marché, l’éolien off shore est monstrueusement cher Le parc de Groix & Belle-Île bénéficiera d’un tarif d’achat de 240 €/MWh de la totalité de sa production (même quand on n’en aura pas besoin) sur vingt ans. En comparaison, le prix de marché se situe aux alentours de 50 €/MWh, et EDF est contrainte de vendre 25 % de sa production nucléaire et hydraulique 42 €/MWh à ses concurrents. Et l’éolien ne participe pas à la décarbonation de l’électricité, bien au contraire. Si l’on supplée son intermittence assez classiquement par du gaz, on est à 300g CO2/kw.h contre 6 pour le nucléaire.

Donc, oui ou non, M Thierry Burlot et le Modem qui le soutiennent sont-ils favorables au projet éolien Bretagne Sud, 60 éoliennes géantes de plus de 200m de haut entre Groix et Belle-Île. Ou sont-ils de l‘avis de M. François Goulard : « Ce projet serait un crime contre une nature d’une beauté insurpassable. Transformer la mer côtière en zone industrielle est tout bonnement insensé »

NB : les têtes de liste EELV ont également été désignées. De Mme Claire Desmares-Poirrier, je n’ai vu que cette prise de position très gênée aux entournures : « Les écologistes sont favorables à l’éolien. A Saint-Brieuc, c’est la manière de faire qui ne passe pas. C’est un échec de gouvernance, les gens concernés n’ont pas été consultés. Il faudrait rediscuter le projet ». On lui posera la question pour le projet éolien Bretagne Sud.

C’est de cela qu’on parle !

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/01/eoliennes-geantes-de-bretagne-sud-groix.html






mardi 2 février 2021

Fukushima 10 ans après : bilan et leçons

 Le plus important séisme jamais subi au Japon

 Le vendredi 11 mars 2011 à 14 h 46 min 23 s heure locale, a eu lieu le plus important séisme mesuré au Japon. Son épicentre se situe à 130 km à l'est de Sendai, chef-lieu de la préfecture de Miyagi, à environ 300 km au nord-est de Tokyo. Cinquante-et-une minutes plus tard, un tsunami provoqué par le tremblement de terre aborde la côte orientale. La vague atteint une hauteur estimée à plus de 30 m par endroits, parcourant jusqu'à 10 km  l'intérieur des terres, ravageant près de 600 km de côtes et détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. Ce tsunami d’une ampleur inédite a été directement responsable de près de 19.000 morts.




La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est située à 145 km de l’épicentre. L'installation, ayant été bâtie pour résister à un séisme de magnitude 8 et à un tsunami de 5,7 mètres de haut, est entièrement inondée. Le tsunami a eu pour conséquences une dégradation des prises d’eau en mer conduisant à la perte de la source froide, puis à la perte des Diesels de secours des réacteurs 1 à 4. Ceux-ci, à la suite de la perte d’autres systèmes de sécurités ne sont plus refroidis et les cœurs des réacteurs 1,2 et 3 fondent et le « corium » formé perce la cuve et s’épand sur le socle en bêton (non, il ne traverse pas la terre comme dans le syndrome chinois !).

 Entre le 11 et le 15 mars, les toits des réacteurs 1,2 et 3 explosent  les uns après les autres, ces explosions sont provoquées par de l’hydrogène rejeté volontairement pour faire baisser la pression malgré la charge du nuage engendré en radionucléides. Le 15 mars, les travailleurs du site sont évacués, seuls 50 restent sur place pour stabiliser la situation. En même temps, un ordre d’évacuation initialement de 2km, puis très rapidement de 20 km autour de la centrale est donné.

 A noter : A Fukushima même, les réacteurs 5 et 6, construits postérieurement aux quatre premiers réacteurs, sur une plate-forme située à une dizaine de mètres plus haut, n'ont pas été atteints. Une autre centrale nucléaire Onagawa, plus proche de l’épicentre que Fukushima (80 km) n’a subi aucun dommage.


A Fukushima : ce n‘est pas l’accident nucléaire, c’est le tsunami et l’évacuation qui a tué !

 Tiens, une fois n’est pas coutume, on va se baser sur un Check news de Libération !

(https://www.liberation.fr/checknews/2019/04/20/est-il-vrai-que-l-accident-nucleaire-de-fukushima-n-a-cause-aucun-mort_1720075)

 « En résumé pour les travailleurs dans la centrale : un mort et cinq malades ont été associés aux rayonnements, 10 morts ne sont pas associées aux rayonnements et 16 blessés en raison des explosions, selon les données officielles. »

«Dans la population générale, il n’y a pas de décès attribué à l’exposition aux rayonnements ionisants», explique Dominique Laurier, chef du service de recherche sur les effets biologiques et sanitaires des rayonnements ionisants de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. »

« Les fuites de la centrale ont très vite entraîné l’évacuation de 70 000 personnes provenant du premier cercle de 20 kilomètres autour de la centrale évacué dès le début de la catastrophe. Ensuite des nouvelles zones d’évacuation volontaire ou obligatoire ont été tracées entraînant un nouveau mouvement de population, dont l’estimation varie selon les sources. »

« Sur les trois premières années, un article de recherche estime à environ 1600 le nombre de décès attribuables à l’évacuation. En 2018, la chercheuse Cécile Asanuma-Brice parle de 2 211 le nombre de décès «en raison de la mauvaise gestion du refuge». L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest, évoque en 2019 un bilan de «2 267 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation». En effet, le taux de suicide a augmenté tout de suite après l’accident chez les hommes évacués et trois ans après l’accident chez les femmes, selon un article de recherche de 2018.

La prise en compte de ces décès imputables aux déplacements de population (environ 2200, donc) est un des principaux arguments des opposants à la thèse selon laquelle l’accident nucléaire n’aurait fait aucun mort.

Donc, on est bien, ou à peu près, d’accord : Aucune mort des conséquences de l’accident nucléaire, et cela est parfaitement compatible avec les mesures de radioactivité effectuées pour l'UNSCEAR. 

(Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants) : les doses reçues par la population étaient  trop faibles pour entraîner un risque significatif de cancer ou un impact sanitaire quelconque, y compris pour les populations non évacuées qui n'auront été exposées qu'à quelques milli-sieverts. Et en passant, aucun cancer de la thyroïde, aucun effet sur les malformations : pour les bilans thyroïdiens effectués sur 368 000 enfants, les résultats sont en tout point comparables à celles des autres régions du Japon non touchées par les retombées de l’accident. Concernant les femmes enceintes, les mêmes constats sont portés sur les fausses couches, les naissances prématurées et les malformations qui ne traduisent, dans la région étudiée, aucune recrudescence par rapport aux moyennes nationales. 

Donc : Tsunami : 18 079 morts, Accident nucléaire : 2 morts (2 ouvriers de la centrale, un d’un cancer peut-être dû à son irradiation, ) Evacuation : 1,600 à 2200 morts.

 Mais le pire est que les morts de l’évacuation ont été des morts inutiles qui auraient pu et dû être évitées.

Le 11 mars, la préfecture de Fukushima émet à 20 h 50 un ordre d'évacuation pour les personnes situées dans un rayon de 2 km autour du réacteur ; à  21 h 23 le premier ministre étend ce rayon à 3 km avec mise à l'abri jusqu'à 10 km. Le lendemain, 12 mars, il est étendu à 10 km à 5 h 44 puis à 20 km à 18 h 25, le confinement étant porté jusqu'à 30 km. De même il est demandé aux autorités locales de distribuer des comprimés d’iode lors de l'évacuation. Ainsi en deux jours, le rayon de la zone à évacuer a été porté de 2 à 20 km

 L’évacuation peut tuer plus que la catastrophe, c’est la leçon retenue par une équipe de chercheurs  anglais, qui s’interroge sur ce qu’il faudrait faire en cas d’accident nucléaire majeur à Hinkley Point.

 Cf. https://www.bristolpost.co.uk/news/bristol-news/people-near-nuclear-power-station-853901.amp

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0957582017300782 (J-value assessment of relocation measures following the nuclear power plant accidents at Chernobyl and Fukushima Daiichi)

 L’équipe dirigée par Philip Thomas, professeur de gestion des risques à l'Université de Bristol, a étudié les résultats à long terme pour les dizaines de milliers de personnes évacuées à la suite des catastrophes de Tchernobyl en Ukraine, et la catastrophe plus récente de Fukushima Daiichi, à la suite du tsunami au Japon en 2011. Et ils ont conclu que si les radiations auxquelles ils pourraient être exposés s'ils restaient sur place ne pourraient que réduire de quelques mois leur espérance de vie, il ne fallait pas entreprendre un vaste programme d'évacuation de masse. (Ce calcul statistique peut sembler un peu raide, mais il compare deux situations, avec et sans évacuation, et l'article propose aussi un seuil d'irradiation pour lequel l'évacuation est justifiée, mais c'est un peu plus complexe- moins de 555 kBq /mne justifient surement pas une évacuation).

 Concernant Fukushima, les auteurs rappellent que « aucun décès par rayonnement ne s’est produit pendant ou après l’accident, mais un certain nombre de décès ont été directement attribués à la réinstallation et à la réinstallation subséquente de la population de Fukushima. Hasegawa et coll. (2015) ont établi  qu’après l’accident, la mortalité chez les personnes âgées déplacées qui ont besoin de soins infirmiers a augmenté d’environ un facteur 3 au cours des trois premiers mois suivant la réinstallation et est demeurée environ 1·5 fois plus élevée qu’avant l’accident. Ainsi, après leur évacuation de l’hôpital de Futaba, cinquante patients étaient décédés au 31 mars 2011… En septembre 2012, il y avait eu 1121 décès parmi les personnes déplacées à Fukushima attribués à l’épuisement physique et mental causé par l’évacuation . Un rapport de Parungao suggère que le problème pourrait se poursuivre jusqu’à la 3ème année, donnant une estimation de 1656 décès prématurés dus au stress de déplacement enregistré dans les 3 premières années après l’accident de Fukushima Daiichi.

 Et leur conclusion est la suivante : « A Fukushima, où 111 000 personnes ont été déplacées, il était difficile de justifier  le déplacement d’une seule  personne vivant à proximité… Compte-tenu de la dose de sécurité de  20 mSv/an  du gouvernement japonais, nous constatons qu’aucune relocalisation n’était justifiée pour des raisons scientifiques ou économiques après l’accident de Fukushima Daiichi. Cette constatation est solide par rapport à l’heuristique de 95%. »

 La réalité des morts de l’évacuation n’est pas à discuter. Selon la Croix-Rouge, les principales causes en sont l'épuisement mental et physique liée à l'évacuation forcée  (cause principale de la mort immédiate de 34 morts, principalement des personnes âgées troublées par la perturbation apportée à leur condition de vie, hypothermie, déshydratation), les conditions d'évacuation elles-mêmes, celles d’hébergement en abris d'urgence ou en logement temporaire, l'épuisement dû aux déplacements, l'aggravation de maladies existantes consécutives à la fermeture d'hôpitaux et les suicides.

 A la limite, seule l’évacuation initiale du 11 mars dans un rayon de 2 km pouvait-être  justifiée, comme évacuation de précaution, compte-tenu des incertitudes de mesure de la radioactivité à ce moment, et elle n’aurait pas dû durer plus de deux semaines.  Injustifiées et mortelles les évacuations forcées du 12 mars (rayon de 10 km, puis à 20 km à 18 h 25) ! Et encore plus injustifié, le 11 avril, l’évacuation volontaire au-delà des 30 km !

 N.B. concernant Tchernobyl, les auteurs arrivent à la conclusion que l’évacuation était injustifiée pour 75% des 335,000 évacués. Et concernant  Hinkley Point   « Les habitants à proximité de la centrale nucléaire de Hinkley Point feraient  mieux de rester sur place que d’évacuer vers Bristol en cas de catastrophe nucléaire.  Evacuer à Bristol leur enlèverait statistiquement plusieurs mois d’espérance de vie, alors que rester sur place dans le cas d’une catastrophe de type Fukushima n’aurait aucune conséquence ». De fait, ne serait-ce que  les effets de la pollution de Bristol seraient très supérieurs à ceux qu’entraineraient une exposition radioactive faible, comme ce fut le cas pour la quasi-totalité des évacués de Fukushima !

 Alors que faut-il faire ? Mesure de la radioactivité, radioprotection, décontamination

 Les auteurs de l’étude avertissent : « Ces mesures d’évacuation et de relocalisation sont en train de devenir  le choix politique principal après un grand accident nucléaire. Cela ne devrait absolument pas être le cas. L'assainissement devrait être le mot ; »

Pour toutes les centrales modernes (cf. pas Tchernobyl), compte-tenu des niveaux de radioactivité susceptibles d‘être relâchés, l’évacuation n’est pas la bonne solution. Il suffit de recourir aux moyens classiques de radioprotection, de décontaminations et de mitigation des risques : prise de comprimés d’iode si justifié par l’émission d’iode radioactif, nettoyage des sols et des poussières, interdiction de de certains aliments, tels le lait etc., le tout basé sur une politique intensive de mesure de la radioactivité.

 Les résistants de Soma: « Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. »

 Il faut lire le témoignage poignant du maire de Soma, une petite ville de 37.000 habitants, à 45 km de Fukushima.  Dans cette communauté soudée, au mode de vie traditionnel, complètement dévastée par le tsunami,  la question de l’évacuation a été posée. Et grâce au sang-froid des édiles, qui ont réclamé des  moyens d’évaluer eux-mêmes  la radioactivité, décidé rationnellement et refusé de céder à la panique, aucun mort supplémentaire n’a été à déplorer.

 « Mais nous ne nous rendions pas compte que nous serions assaillis par un deuxième « démon », cette fois du comté lointain de Futaba, à 45 km de là. Ce démon était l'anxiété causée par la peur des radiations. Alors que la catastrophe nucléaire s'intensifiait sans relâche, les reportages frénétiques qui ont duré toute la journée ont suscité la terreur, non seulement chez les personnes vivant près de la centrale, mais dans tout le pays. À partir du moment où le gouvernement national a ordonné aux habitants dans un rayon de 20 km autour de la centrale d'évacuer, les citoyens de Soma ont commencé à vouloir s'enfuir loin, et ce sentiment a commencé à se répandre…Pour ce qui est de la question nucléaire, nos concitoyens éprouvent maintenant beaucoup d'anxiété à cet égard, et j'aimerais l'envisager en fonction de deux objectifs distincts. L'une consiste à veiller à ce que nos concitoyens ne subissent aucun dommage à leur santé en raison des radiations de la centrale; l'autre est de s'assurer qu'ils ne finissent pas par changer la façon dont ils vivent leur vie quotidienne en raison de l'anxiété au sujet des radiations…C'est la voie que Soma suit. Le problème nucléaire ne change rien à cela. Nous continuerons à planter un pied fermement devant l'autre pour suivre le parcours que nous avons choisi »

 L’évacuation de Fukushima a été une décision catastrophique qui a coûté la vie à des milliers de personnes fragiles (sans compter les dépressions) qui n’auraient subi aucun dommage si elles n‘avaient pas été évacuées.

 Les autorités de tous pays doivent en être maintenant conscientes. En cas de catastrophe nucléaire, l’évacuation ne doit être décidée qu’en cas de réel danger d’irradiation. Et la première chose à faire c’est d’écouter et de faire confiance aux autorités qui disposent des données de radioactivité , plutôt qu’aux marchands de peur qui sont aussi des donneurs de mort.

 Les morts de Fukushima ( ceux de l’évacuation, pas du séisme ou du tsunami) sont donc surtout des morts de la peur dont sont responsables  les marchands de peur, les créateurs de paniques, les exploiteurs de terreur et leurs organisations qui ne cessent de vivre et prospérer sur le mensonge et une nucléarophobie irrationnelle( Greenpeace et les écolos bigots)

 Notons aussi cette conclusion un peu désabusée des auteurs : « la compréhension du risque nucléaire par la plupart des cliniciens — et  par le grand public — n’a pas progressé de façon aussi approfondie ou aussi largement que l’adoption de la technologie nucléaire. » Et pourtant, les effets biologiques et toxicologiques  des rayonnements sont parmi les phénomènes les mieux étudiés et connus, et depuis très longtemps- beaucoup s’en faut que celle de la plupart des substances chimiques soit aussi bien connue !

 L’arrêt par précaution des réacteurs nucléaires japonais a tué plus que Fukushima !

 Avant l’accident de Fukushima, le pays comptait 54 réacteurs disponibles, tous ont d’abord été été arrêtés et très peu ont été remis en route.

 Cette décision  est responsable de beaucoup plus de morts que l’accident nucléaire et que l’évacuation elle-même.

Tout d’abord, cela a entraîné une hausse du prix de l’électricité et dans les années qui ont suivi, 4800 personnes seraient mortes de froid selon le NBER (Bureau National d'Etudes Economiques) en raison de l’accroissement de la précarité énergétique (https://atlantico.fr/article/decryptage/energie--l-arret-du-nucleaire-au-japon-responsable-de-beaucoup-plus-de-morts-que-la-catastrophe-de-fukushima-tristan-kamin)

L’électricité nucléaire (29% en 2010) a été remplacée, par le gaz (+17,2%), le charbon (+6%), le pétrole (+2,6%) et les renouvelables non hydrauliques (+2,2%). En conséquence,  les émissions de gaz à effets de serre ont augmenté : le Japon est avec l’Allemagne l’un des pays industrialisés les plus émetteurs de CO2, à 9 tonnes par habitant, soir le double de la France. Et l‘augmentation du charbon au lieu de sa diminution prévue a augmenté la pollution !

 La décision non justifiée d’arrêter l’ensemble des centrales a donc fait encore beaucoup plus de mort que l’incident nucléaire et l’évacuation, qui ne seront jamais comptabilisés. Il a été estimé que le charbon entraîne 23 000 morts prématurées en Europe chaque année, 3900 en Allemagne.- au  Japon, ce serait environ 6000 morts prématurées par ans-dont 360 directement dues à l’arrêt des centrales nucléaires (https://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/07/05/le-charbon-entraine-23-000-morts-prematurees-en-europe-chaque-annee_4964092_1652666.html)

 Eh oui, le nucléaire est l’énergie qui fait le moins de victime par kW.h généré !

Addendum : note sur le système électrique japonais : (https://centreasia.eu/japon-bilan-de-lenergie-nucleaire-dix-ans-apres-fukushima/Florian Veslin)

Un réseau …baroque

Le réseau électrique japonais  est totalement isolé. L’Archipel n’a aucun lien avec ses voisins, même le plus proche, la Corée du Sud (les grandes villes de Fukuoka côté japonais et Busan côté coréen ne sont pourtant distantes que de 200 km environ). Cet isolement n’est pas dû à des difficultés techniques mais politiques. Le Japon ne pouvant se reposer sur des interconnexions pour palier une baisse de production ou une hausse de la demande, la génération d’électricité doit toujours être suffisamment forte et aisément pilotable pour éviter les black-out.

En addition, de graves problèmes structurels limitent les échanges électriques entre les différentes régions ; le Japon est coupé en deux pour ses fréquences : l’est est à 50Hz et l’ouest est à 60Hz, cas unique dans un pays industrialisé. Les différents réseaux agissent dans une relative indépendance, n’étant reliés que par trois convertisseurs de fréquences, et seulement entre les régions de Chūbu (centre, région de Nagoya) et du Kantō (aire urbaine de Tōkyō), d’une capacité de 1,2 GW (voir annexes pour les unités de l’énergie). Et même parmi les régions utilisant la même fréquence, les échanges peuvent être problématiques, comme entre Honshū et l’île septentrionale d’Hokkaidō : deux uniques lignes existent, d’une capacité de 0,9 GW. Enfin, Okinawa est totalement isolée du réseau principal.

De plus, l’ouverture à la concurrence a provoqué un affaiblissement des acteurs historiques. par exemple, Tokyo EPCO a été réorganisé en holding, contrôlant trois entités distinctes : génération (soumise à concurrence), distribution (monopole) et vente (soumise à concurrence). On peut se demander si une telle réforme est bien favorable et même compatible avec le nucléaire.

 Un programme ambitieux dans le nucléaire, mais une autorité de sûreté défaillante

 En 2010, 54 réacteurs nucléaires produisaient 47,4GWe d’électricité, soit environ 30% de la génération totale d’électricité dans le pays. Trois autres réacteurs étaient en construction (2,9GWe), et une douzaine d’autres (15,9GWe) étaient envisagés. Le plan stratégique énergétique du Japon de 2010 prévoyait qu’en 2030, les sources de production bas carbone (renouvelables et nucléaires) produiraient environ 70% de l’électricité du pays, dont 50% venant du nucléaire.

Tous les grands producteurs nippons avaient alors leur centrale nucléaire, excepté Okinawa EPCO et EPDC (ce dernier ayant néanmoins un réacteur en construction). Tokyo EPCO (TEPCO) possédait trois sites, dont  Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale du monde avec 7 réacteurs et 8.212 MW de puissance installée totale.

Le régulateur japonais de l’énergie atomique, instauré dès 1957, a connu plusieurs restructurations au fil des ans qui n’ont jamais permis de le rendre pleinement efficient. Etabli comme un comité administratif, son spectre d’actions trop réduit l’empêche de prévenir l’accident du Mutsu de 1974 (légère  fuite radioactive sans aucune exposition conséquente très mal gérée lors de la première sortie du premier navire japonais à propulsion atomique- aucune victime).   Refondé en 1978 sous l’autorité du Premier ministre, il est de nouveau défaillant lors de l’accident de criticité de JCO en 1999 qui cause la mort de deux personnes et entraine un rejet radioactif. Le régulateur est alors de nouveau refondé sous le nom de NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency) et placé sous le contrôle du Ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (METI). Cette dépendance du régulateur à l’organe gouvernemental chargé de faire la promotion de l’énergie nucléaire a été sévèrement critiquée, pointant les risques évidents de conflits d’intérêts.

Par ailleurs, de graves problèmes de communication entre les agences étatiques empêchaient la NISA d’être correctement informée sur les recherches scientifiques récentes, notamment sur un rapport de décembre 2010 de la Japanese Nuclear Energy Safety Organization (JNES) sur les probabilités statistiques de tsunami sur les centrales nucléaire et leurs conséquences.

Ainsi, lors de la conception de la centrale, le risque de raz-de-marée avait été établi en fonction des données recueillies après le séisme du Chili de 1960, qui avait provoqué un tsunami de 3 mètres de hauteur sur la côte du Tōhoku. En conséquence, la centrale avait été construite 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, et les mesures anti-tsunami étaient calibrées pour une vague n’excédant pas 5,7 mètres. A cette époque, la menace des groupes terroristes d’extrême-gauche au Japon (Armée Rouge Unifiée) avait poussé la direction de TEPCO à focaliser les défenses de la centrale contre une menace humaine, la catastrophe naturelle paraissant trop peu probable.

Pourtant, en 1993, de nouvelles recherches scientifiques avaient conclu à la possibilité que le site puisse être touché par une vague de 15,7 mètres. Toutefois, ni TEPCO, ni la NISA n’avaient engagé le renforcement des mesures de sécurité ou changé de place les générateurs de secours, installés dans le sous-bassement de la centrale et donc très vulnérables en cas d’inondation.

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