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samedi 20 février 2021

Note de France Stratégie : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?

 Le Texas et ses black out ( ou la Californie) sont-ils l’avenir de le France et de l’Europe ? Vous vous demandez comment le réseau électrique français et européen pourrait ne pas s’effondrer avec la baisse simultanée de l’électricité pilotable et  la montée des énergies renouvelables intermittentes ENRi dans tous les pays européens, et alors que tous les réseaux des différents pays ( RTE le premier) jurent que non, pas de problèmes, on accroitra les importations grâce aux interconnections ?

Et bien, France Stratégie l’a fait pour vous et y a répondu : ça ne passera pas !

Rapport : https://www.strategie.gouv.fr/publications/securite-dapprovisionnement-electrique-europe-horizon-2030

La demande en électricité va augmenter :

 « Après qu'à l'automne le gestionnaire de réseau a mis en garde sur de potentielles difficultés d'approvisionnement en électricité en cas de grand froid cet hiver, la question d’éventuelles défaillances des systèmes électriques en Europe et en particulier en France a été remise dans le débat alors qu’elle avait quasiment disparu des préoccupations du grand public. Dans la prochaine décennie, les nombreux arrêts de centrales pilotables, au charbon ou nucléaires, actuellement programmés et dont les conséquences concrètes semblent assez peu intégrées dans le débat public, pourraient renforcer l’importance de cette question.

Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que l’électricité devrait satisfaire une part croissante des besoins en énergie. En France, les stratégies énergétiques et climatiques adoptées au printemps 2020 consacrent le rôle de l’électricité. Représentant près de 25 % de la demande finale aujourd’hui, elle devrait en satisfaire 54 % en 2050. L’Union européenne a­ffiche pour sa part un objectif de 50 % »

Commentaires :

1) Pour la France, RTE prévoit une très forte augmentation aussi en valeur remative, mais aussi en valeur absolue de la production électrique à 2035 (640 TWh) contre 548,6 TWh en 2018,  ce qui est tout à fait à l'opposé des certaines prévisions dont celles de l’Ademe et d’associations écologistes irresponsables.

2) France Stratégie fait allusion au  23 avril 2020 ;  en plein crise COVID, la France a échappé  de justesse à un black out avec une fréquence descendue à  49, 8801 Hz à 10 heures et 10 secondes ! En cause, exactement ce qui était annoncé, la priorité sur le réseau des ENR et leur brusque variation.

 Commentaire désinvolte du très politique président du réseau, François Brottes  dans une conférence de presse, le 11 juin : c’est « une sorte de nouveau sport » consistant à « éviter les surtensions » en raison du risque d'écroulement… Cette situation a amené quelques surprises car on n'avait jamais connu une telle profondeur". Le mot black out n’a pas été prononcé, mais c’est bien ce qui a failli se passer, en plein Covid ! Avec les hôpitaux fonctionnant à plus que flux tendu !...

Le 11 mai dernier, 30% de la consommation électrique assurée avec l'éolien. Ca n'est plus anecdotique».

Ben oui, c’est peut-être le problème : une part ENR intermittente essentiellement éolien, variant brutalement entre 30% et 1% ( moyenne 6%)

Comment caractérise-t-on la sécurité d’approvisionnement ?Des défaillances plus importantes

« RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (GRT) français, rappelle dans son bilan prévisionnel (BP) 20197 que, dans un tel système, le « mix électrique doit disposer d’assez de capacités pour assurer l’équilibre offre demande dans la plupart des situations […] telles que des vagues de froid, des avaries imprévues de moyens de production ou encore des épisodes de vent faible. Un critère statistique fixé par les pouvoirs publics définit le niveau de risque accepté par la collectivité en matière de déséquilibre entre l’offre et la demande ».

« En France, ce critère a été défini dans la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) d’avril 2020. Il correspond à une durée moyenne de défaillance de trois heures par an. Une défaillance s’entend comme le recours à des moyens exceptionnels pour assurer cet équilibre entre l’offre et la demande : interruption de la consommation de grands sites industriels, baisses de tension ou appel à des gestes volontaires des consommateurs. En dernier recours, RTE peut procéder à des coupures, momentanées, localisées et tournantes. »

« Les analyses (des GRT en particulier), réalisées sur la base de statistiques climatiques, montrent qu’avec la pénétration des énergies renouvelables intermittentes (ENRi) la nature des risques évolue pour le système électrique : la probabilité qu’une défaillance se produise diminue, mais avec une profondeur (puissance, en GW) et une durée qui augmentent très significativement, ces situations correspondant en général à des vagues de froid sans vent pouvant durer plusieurs jours. Les situations de tension pourront donc également survenir lors des creux de production, en particulier éolienne, et cela en toute saison et à toute heure de la journée. Ce que l’on nomme « paysage de défaillance » est donc susceptible d’évoluer dans les prochaines années, mettant à l’épreuve les solutions traditionnellement disponibles.

Commentaire : cf. Californie, été 2020, Texas hiver 2021 cf : https://vivrelarecherche.blogspot.com/2021/02/rollink-black-out-blackout-tournants-au.html; https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/la-crise-de-lelectricite-en-californie.html)

« La transition énergétique en cours induit un changement  de paradigme et peut amener à faire évoluer la définition même de la sécurité d’approvisionnement, qui aujourd’hui repose sur un kWh livrable à tout moment, à tous et en tout lieu du territoire national. Face à la montée de la part des ENR intermittentes et à la lenteur des progrès sur le stockage de l’électricité, assurer la sécurité d’approvisionnement de tous pourrait impliquer de recourir beaucoup plus aux contrats permettant d’alléger la demande lorsque l’équilibre est menacé. »

Commentaire : avec l’ultra libéralisme assumé, ça veut dire fin du service public. Auront de l’électricité quand ils en auront besoin ceux qui pourront se la payer.

La fermeture programmée en Europe de capacités pilotables doit être mieux prise en compte pour garantir la sécurité d’approvisionnement avant 2030

Dans les prochaines années, la plupart des gouvernements européens envisagent de déclasser d’importantes capacités de production pilotable. D’ici à 2030-2035, Elia, le GRT belge, évalue dans l’édition de 2019 de son étude bi-annuelle13 que ce seront plus de 110 GW de puissance pilotable qui seront retirés du réseau européen. Ils se répartissent en 23 GW de nucléaire (dont environ 13 GW en France et 10 GW en Allemagne), 70 GW de charbon/lignite (dont environ 40 GW en Allemagne) et 10 GW de gaz ou fioul. En dehors de l’Allemagne et de la France qui totalisent près des deux tiers de ces déclassements se trouvent également la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne.

Ce graphique montre que dès 2030 et vraisemblablement à une date plus rapprochée, si les tendances actuelles se maintiennent, les seuls moyens pilotables ne seront pas en mesure de satisfaire toutes les demandes de pointe moyennes »

Commentaire :  ben, on voit bien à la pointe, ça passe pas !

La France, l’Allemagne et la Belgique présentent les plus forts déficits de puissance pilotable

Pour l’ensemble des sept pays étudiés, si aucun moyen pilotable autre que ceux déjà prévus n’est ajouté au réseau pendant cette période et dans l’hypothèse où les objectifs de développement d’ENR sont respectés, les marges passent de +34 GW en 2020, à +16 GW en 2025 puis deviennent négatives à -7,5 GW en 2030 et -10 GW en 2035. Mais ces chiffres cachent des disparités entre l’Espagne, l’Italie et la Suisse d’une part, qui conservent des marges positives sur toute la période, et la France, l’Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni d’autre part, qui deviennent déficitaires dès avant 2025 pour certains.

À moyen terme, dans l’Hexagone, la fermeture des centrales à charbon est prévue au plus tard en 2022, la part du nucléaire dans  le mix électrique devrait passer d’environ 70 % aujourd’hui à 50 % en 2035, et la construction de centrales fonctionnant exclusivement aux énergies fossiles est désormais interdite

Les années 2020 et 2025 indiquent des marges légèrement positives, respectivement 1 et 1,7 GW, très proches des prévisions de RTE dans son bilan prévisionnel 2019, ce qui permet de valider le choix des facteurs d’abattement.

En 2030 et 2035, sans construction de nouveaux moyens pilotables, et dans l’hypothèse où les trajectoires de l’éolien et du photovoltaïque sont respectées, ces marges deviennent négatives à environ -5 GW et -9 GW.

Sans développement de flexibilités supplémentaires, notre pays devrait alors compter sur les importations, sachant qu’au niveau européen les marges sont également négatives, qu’il ne sera pas toujours possible de compter sur les importations pour boucler l’équilibre offre-demande, et, faut-il le rappeler, que tous les pays ne pourront pas importer en même temps100 % de leur capacité d’interconnexion.

Commentaire: ben, on voit bien, à la pointe, ça passe plus ! 

Le problème de la pointe et l’ampleur du risque.

Les « crédits de capacité » sont basés sur diverses publications scientifiques  : la disponibilité moyenne à la pointe retenue pour l’éolien terrestre est de 10 %, de 20 % pour l’éolien en mer qui est beaucoup plus régulier et de 2 % pour le solaire PV, les pointes de consommation ayant généralement lieu les soirs d’hiver mais de plus en plus souvent également le matin

L’application de ces critères ne garantit pas la sécurité d’approvisionnement dans toutes les situations. RTE, conformément aux dispositions réglementaires, mène ses études par rapport à un critère probabiliste fixé à une espérance de durée de défaillance de trois heures par an. Mais il a détecté plusieurs situations de « stress tests », en particulier une vague de froid longue (du type de celle de février 2012), des épisodes sans vent ayant occasionné une très faible production éolienne (début janvier 2017, le facteur de charge des parcs éoliens français a été ponctuellement de 1 %) ou l’indisponibilité simultanée et imprévue de plusieurs réacteurs nucléaires.

La notion d’« ampleur du risque » mérite par ailleurs réflexion car la relation entre la durée de défaillance et le déficit de puissance n’est pas linéaire. RTE annonce par exemple que « par ailleurs, certaines combinaisons d’aléas particulièrement défavorables conduisent à des durées de défaillance relativement élevées : il existe ainsi une chance sur vingt d’avoir près de trente heures de défaillance lors de l’hiver le plus contraint, en 2022-2023 ». Cet événement est certes rare (et correspond très vraisemblablement à une longue période froide et sans vent), mais ses conséquences sont potentiellement plus graves que dix défaillances de trois heures cumulées. Les études probabilistes de RTE pourraient être utilement complétées par des évaluations économiques des conséquences des aléas les plus extrêmes observés

Ben on voit bien que ça passe pas, sauf à imaginer que nos voisins qui font la même politique ( plutôt en pire d’ailleurs) soit capables d’exporter, alors que eux, au même moment, compte sur nous pour exporter chez eux. Il y a un problème non ?


L’essor des énergies renouvelables intermittentes doit se faire au rythme du développement de moyens d’équilibrage du système électrique

Les ENRi off­rent une puissance garantie réduite dans le cadre de leurs différentes transitions énergétiques, les pays européens se sont fixé des objectifs très ambitieux de développement de l’éolien (terrestre et maritime) et de solaire photovoltaïque (PV). Ainsi en 2030, près de 200 GW d’ENRi devraient être installés en Allemagne d’après la dernière loi EEG, et 75 GW en France, 20 GW en Belgique, 100 GW en Espagne, 70 GW en Italie, etc.

 France Stratégie a intégré les hypothèses des GRT européens dans la feuille de calcul publiée en annexe, que résume le graphique ci- dessous. Comme ce graphique l’illustre, les capacités installées en ENRi sont très importantes : avec environ 400 GW, elles devraient dépasser peu après 2025 celles des moyens conventionnels (grand hydraulique inclus).

Mais 1 GW d’ENRi n’est pas de même nature que 1 GW de puissance pilotable et sa participation lors des situations de tension du système électrique n’est pas garantie car elle dépend de la météorologie (température, présence ou non de soleil et surtout de vent). Dans son bilan prévisionnel 2019, RTE indique que l’éolien contribue à la pointe à un niveau équivalent à sa contribution moyenne sur l’année, mais signale que le minimum de production éolienne peut atteindre 1 % de la capacité installée ou encore que le passage des pointes de production s’effectue dans 90 % des cas par des moyens pilotables. »

Commentaire : des moyens pilotables  tant qu’on en a suffisamment !

L’Energiewende, c’est du vent et surtout du gaz !

La situation est similaire en Allemagne, où la sortie du nucléaire est prévue en 2022, et celle du charbon en 2038. À ce stade, les moyens destinés à les remplacer restent à déterminer Il est probable que les centrales au gaz y tiennent une place importante. Cela pose un double problème : environnemental, car elles émettent des gaz à effet de serre, et géopolitique, puisque cela entretient une dépendance au gaz, russe en particulier. Les tensions autour du projet Nord Stream II illustrent cet enjeu.

Alors que les marges sont positives de plus de 6 GW en 2020, le déficit de capacité de production garantie atteint -4 GW en 2025 et même avant, les dernières centrales nucléaires devant être arrêtées avant 2022 ainsi qu’environ 10 GW de centrales au charbon ( Ce déficit reste stable jusqu’en 2035, mais une certaine incertitude règne d’une part sur le nombre de centrales à gaz qui seront installées et  d’autre part sur la capacité de l’Allemagne à atteindre des objectifs de développement de l’éolien particulièrement ambitieux. En effet, une opposition de plus en plus grande s’est fait jour soit à la construction des machines, soit à celle des lignes à haute tension nécessaires pour acheminer le courant produit.

Commentaire : ben en Allemagne, ça passe pas non plus…C’est toujours pas eux qui pourront exporter chez nous ! Ni les Belges, ni probablement les Espagnols ou les Italiens. Les Martiens ? 




 


Une forte part d’ENRi dans le mix électrique augmente la probabilité de déstabilisation du réseau et en complexifie le pilotage

« De fortes proportions d’ENRi complexifient le pilotage des réseaux, comme l’a montré la première période de confinement. L’apparition de congestions de plus en plus fréquentes sur les réseaux, en particulier de distribution, oblige les GRT26 à faire du « redispatching » et à déconnecter sélectivement un certain nombre d’installations (« écrêtement »). Ces opérations sont d’autant plus complexes que les ENR ont priorité d’injection sur le réseau, sont très réparties sur le territoire et peuvent connaître des variations de production très rapides.

L’Observatoire Capgemini a rappelé dans son édition datée du 3 novembre 2020 que l’Allemagne et le Royaume-Uni ont subi pour ces raisons des quasi black-out respectivement les 21 avril et 23 mars 2020, en pleine crise de la Covid, les gestionnaires de réseau s’étant trouvés à court de moyens permettant de conserver l’équilibre du système. Pendant cette période, la consommation avait baissé, ce qui avait permis d’analyser in vivo l’impact d’une proportion plus importante d’ENRi. »

La Californie, eldorado en demi-teinte de la transition énergétique. l’été 2020 en particulier, des coupures d’électricité ont découlé d’un déficit de capacités de production par rapport à la demande. Entre 2010 et 2019, son parc de centrales conventionnelles est ainsi passé de 50 GW environ à 43 GW37, tandis que la demande de pointe est restée stable, peu flexible. 33 % de sa production d’électricité (hors grandes centrales hydroélectriques) est de source renouvelable.

Commentaire : effet démontré par la Grande Bretagne, la Californie, l’Allemagne, l’Australie… A plus de 30% d’ENR, ça devient très très risqué…

Conclusion : vaut mieux pas trop jouer avec l’électricité 

« Alors que l’électricité est un bien particulier, essentiel à la continuité de la vie de la Nation, la situation du système électrique réclame à moyen terme des mesures ambitieuses pour garantir un accès fiable et abordable à une électricité décarbonée. Les conséquences concrètes de la fermeture de centrales conventionnelles pilotables, fossiles ou nucléaires, au cours de la décennie qui vient semblent assez peu intégrées dans le débat public. D’autre part, des objectifs très ambitieux de développement d’énergies renouvelables ont été décidés, alors que les solutions en termes de pilotage et de maîtrise de la demande, de capacités de stockage et, plus généralement, de flexibilité et d’intégration au réseau restent actuellement insuffisamment développées. »

Commentaire  : 1),si on veut éviter des black out catastrophiques, sur la période jusqu’à 2035, on garde le maximum de nucléaire que l’on pourra garder sous respect de l’accord de l’autorité de sureté, et en particulier, il faut impérativement renoncer aux fermetures de centrales envisagées.

Et après, on renouvelle le nucléaire ( mais il faut commencer dès maintenant ! Plan Mesmer bis !)

Et juste pour rappeler que les black out, c’est pas fun , bougie et feu de cheminée !

mercredi 17 février 2021

Rolling Black out (Blackout tournants) au Texas et en Oklahoma !

 Toujours les mêmes causes : trop d’ENR,  pas assez de pilotables,  trop d’ENR, une libéralisation destructrice

Le Texas et l’Oklahoma sont confrontés à un black out consécutif à une vague de froid  (tempête URI) certes un peu rude pour la région  (typiquement, Austin -23/0°C ; Oklahoma -14/7°C). Près de 3 millions de foyers au Texas ont été privés d’électricité et des pannes d’électricité se propagent dans le centre des États-Unis. 

Les causes : un mix électrique faisant  trop de place aux ENR, et trop peu aux pilotables. Ainsi, le solaire est à  0, l’éolien à 4 GWe pour 22 GWe installés. Il manque 27 GWe de gaz, les installations sont gelées.

Par contre, le nucléaire était au début de l’incident à 100%, les 4 centrales  Comanche Peak et South Texas produisaient à pleine puissance. …Malheureusement, l’un des réacteurs de South Texas s’est arrêté automatiquement suite à une fausse alerte sur un circuit de refroidissement non radioactif  Ca laisse quand même le nucléaire à 75% et heureusement, parce que dans ces conditions le nucléaire est une assurance vie. La preuve est faite qu’ il ne peut se remplacer par de l’éolien, ou même par de l’éolien plus du gaz !

 https://twitter.com/ValerieFaudon/status/1361408971949678601; https://twitter.com/buchebuche561/status/1361056733037268994?s=09

Une autre cause est la libéralisation du système : dixit le Financial Time (si, si !) : « La vague de froid s’avère un test particulier pour le modèle d’électricité du Texas. Les producteurs ne sont payés que pour l’énergie qu’ils vendent, et non pour maintenir la capacité en réserve en période de stress. Les détaillants d’électricité sont en concurrence féroce pour les clients et peuvent ajuster les prix en fonction des conditions du marché, contrairement aux monopoles d’utilité publique qui opèrent dans d’autres États »

https://www.ft.com/content/4d07eedc-b3ec-417e-8cb1-5895178c9f9b

Enfin, une troisième cause particulière au Texas est le manque d’interconnections de leur réseau : les  Texans prisent tellement l’indépendance vis-à-vis de l’Etat fédéral qu’ils ont peu relié leur réseau aux autres États afin d’échapper à la compétence de la FERD (Federal Energy Regulatory Commission) 

En gros, mêmes causes, mêmes effets que le black out de la Californie cet été, au remplacement près de la chaleur par le froid  (cf https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/la-crise-de-lelectricite-en-californie.html ; https://twitter.com/EricSartori3/status/1297067391009067008)

Et comment ça se passe ? Ca commence comme ça !

Donc allons-y : vous recevez ça sur votre téléphone

Et aussi ça !

“If the forecast and prices are too extreme for you right now, we understand if you want to switch providers”

” Si les prévisions et les prix sont trop extrêmes pour vous en ce moment, nous comprendrions que vous vouliez changer de fournisseur” (NB certains fournisseurs vous proposent même 100 dollars ou une loterie avec une Tesla pour grand prix si vous dégagez tout de suite de chez eux…)

Et après : extrait de discussion sur les réseaux : Apocalypse just started ?

Will there be a warning before shutting off? What’s the time frame we’ll be off?... That’s  asking too much…

I have friends near Dallas and Houston without power now, and I’m in Tyler without power.. is it really rolling? Or is the whole state without power. Austin is also without power, Apocalypse just started?

THIS IS NOT ROLLING !

Off 45 minutes, on 10, now back off again? How often are these rotating outages? So what’s the point of rolling twice in one hour? Seriously. We got it back 20 min ago and we’re out again…

Our third outage started at 2 am has now been more than an hour of no power.   Thought this was rolling, max 45 min?????  Trying to report get automated disconnect on phone and website is crashed…

I'm here in Lancaster, TX we are going passed 10 hours without power. I have a 77 year old mother who lives here with us…

We only get power for 10 minutes and lose it for 45 - 60 minutes. Happened 4 times now. Temp keeps dropping…Totally UNACCEPTABLE to not be able to give a restoration of power update. Power out for 3 hours in 75010. This is NOT rolling, and I want an UPDATE on power restoration.

Any reason ours has been down about 3 hours instead of 45 minutes? It's getting really cold inside.

My electricity has been off since 2:22 and your phone, website and return text messages for outages are down. It’s now 7:30 am. 5 hrs w/out power in 7 /-11 temps windchill warning. Freezing. What is going on? This isn’t “rolling”!

We have been without power for more than six hours. We are freezing and considering moving to a hotel. Will you cover the expenditures in our next bill or just bring power back to us?

I will also reduce your payment from 15 to 45 %....

Plus dramatique

This is frightening. My power is off. I have a well - that means my water  is also off and pipes may also freeze!!!...So what is the protocol if homes are damaged because pipes freeze or heaters done restart after you cut power. Do we just send you those bills?

Power has been out for over an hour and expected to be out for over two more hours. That is NOT 15-60 minutes. It's 6 degrees with a wind-chill of -12. This is dangerous for my family and small children…Inside temps are nearing 32 (NB : 0°C). Pipes froze so no water now as well. Please restore my power!!...

Réponse d’un voisin compatissant : Share a bed. Alternatively, let the kids build a pillow fort and cover it with blankets. Small spaces are easier to keep warm

We just brought our baby home from Neonatal Intensive Care Unit after 70 days on Friday who requires oxygen and monitoring. We now have no power or heat, a warning would have been helpful ?

I have my thermostat sat at 66 - but my son is handicapped - I can't get him out of his chair if the electricity is off - can you not send a text to let us know in advance?

My aunt is on oxygen and requires electric to run the machine what do we do ? My father in law too. They contacted OGE. They recommended extra portable tanks and said this will happen over next 3 days daytime only.

Here, no power also means no running water and no sewer, since we're on well and septic. That's very serious hardship, esp. given I am caregiver for my elderly cancer patient father

Why are you shutting off power to a 100% double amputee veteran who needs the heat in his home as well as powering other medical devices ? He is dealing with infections that require a constant pump and has been on home health since Christmas.  We sent in all forms for avoid rolling outages and disruption.  It's painful to watch him struggle in this much pain.

Conclusion : 

“Class action lawsuit time?”

Ben oui, à la mode américaine. Sinon, faisons tout pour éviter cela, en particulier gardons et développons notre nucléaire. Pour avis aux Jadot-écolos bigots antinucléaires et babas vantant les ENR 100%





samedi 13 février 2021

Rapport IEA/RTE : Conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l‘horizon 2050

La publication du rapport conjoint IEA/RTE a été saluée avec un enthousiasme bien orchestré par certains qui ont claironné un peu rapidement qu’il démontrait  « la faisabilité technique d'un mix 100% ENR ». Bien loin de parvenir à ce résultat, le rapport montre surtout des étapes à franchir, dont les possibilités même de réalisation restent extrêmement hypothétiques.

Le rapport affirme que quatre ensembles de conditions doivent être remplis pour rendre techniquement possible l’existence d’un mix électrique reposant intégralement sur les énergies renouvelables : 1) la stabilité du réseau, 2) la sécurité d’alimentation, 3)les réserves opérationnelles censées couvrir les aléas survenant dans la production ou la consommation, et enfin 4) le développement des réseaux, qui devraient être renforcés et restructurés afin de gérer une part beaucoup plus importante d’énergies renouvelables.

 Or, les contraintes techniques inhérentes aux énergies renouvelables laissent penser qu’il est très peu probable que cet alignement miraculeux  de conditions se produise. De plus, le rapport repousse à une étape ultérieure l’examen des conséquences économiques, sociales, et environnementales de ces conditions- ce ne sont juste que  les trois piliers du développement durable !

 « Le rapport n'examine pas la question de savoir si ces scénarios sont socialement souhaitables ou attrayants ni celle de leur coût et de leur viabilité financière. Ces points seront abordés ultérieurement, sur la base des études menées par RTE en concertation avec les parties prenantes. Même si un ou plusieurs scénarios peuvent sembler techniquement réalisables, toute conclusion sur leur opportunité socioéconomique nécessitera donc une analyse plus approfondie »

 Restons donc pour l’instant sur le plan technique, et il y a déjà beaucoup à dire !

 Condition n°1 : La stabilité du réseau

Dans la configuration actuelle, les ENR n’assurent pas les services systèmes essentiels au réseau, en particulier les contrôles de fréquence et de tension assurées par les générateurs synchrones et l’inertie des rotors. Une augmentation significative du taux de pénétration des ENR nécessitera de passer à un système complètement différent où ces services seraient assurés par de l’électronique de puissance.

Or le rapport note 1) que « les technologies actuelles des onduleurs ne contribuent pas à l'inertie et ne peuvent participer pleinement à la stabilité du système » 2) que « les solutions techniques sur lesquelles reposerait cette stabilité pour un système exploité à grande échelle comme la France ne sont pas aujourd’hui disponibles sur le plan commercial »  et reconnait que certaines  des plus critiques n’ont été testées qu’en laboratoire ou sur des micro-réseaux.

Ajoutons un point soulevé par l’Ademe dans son rapport de 2020 intitulé  Les réseaux électriques choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles. « La capacité de l’électronique de puissance à remplacer intégralement les machines tournantes ne fait pas consensus ; certains experts estiment en effet qu’il existe un seuil minimal de machines tournantes en dessous duquel la stabilité de la fréquence sur le réseau électrique ne pourra plus être assurée . De plus,  l’Ademe considère « que l’on manque actuellement de données sur cette électronique de puissance et bien plus encore sur les vulnérabilités matière que cela entrainerait  et susceptibles de concerner le tantale, le gallium, le germaniun »

Il s’agit quand  même là de services systèmes essentiels, notamment le contrôle de fréquence, dont le défaut a déjà  failli provoquer un black out sur la plaque de cuivre Européenne récemment par trois fois (10 janvier 2019, mars 2018, 8 janvier 2021) pour d’obscurs problèmes au Kosovo ou en Croatie…

Condition n°2 : la sécurité d’alimentation

Le rapport note que « la capacité d'un système électrique à approvisionner la consommation en permanence — peut être garantie, même dans un système reposant en majorité sur des énergies à profil de production variable comme l’éolien et le photovoltaïque, si les sources de flexibilité sont développées de manière importante, notamment le pilotage de la demande, le stockage à grande échelle, les centrales de pointe, et avec des réseaux de transport d’interconnexion transfrontalière bien développés ».

Le point central est  ici la flexibilité de la demande, les capacités d’effacement, le pilotage « intelligent » de la consommation : il faudra  « une flexibilité considérable du côté de la demande : les installations dans les bâtiments et les usines devront avoir la faculté de répondre automatiquement en fonction des prix de marché ou des demandes explicites des gestionnaires du système électrique ».

Or le corps du rapport lui-même, en légère contradiction avec la tonalité plus optimiste de ses conclusions montre que cela ne sera guère facile :  « Puisque la faculté d’atteindre à terme une très haute pénétration d’énergies renouvelables dans le mix repose sur les batteries, les technologies numériques pour la gestion intelligente de la demande et/ou de la production, et de stockage de combustibles synthétiques comme l’hydrogène, il est nécessaire de s’intéresser à la maturité de ces solutions et de vérifier qu’elles ont le potentiel d’être déployées à grande échelle dans les délais escomptés. Cet examen ne doit pas porter uniquement sur les coûts prévisionnels : l’analyse doit également recouvrir une dimension proprement industrielle, et se pencher sur les enjeux que revêt l’accélération du rythme de déploiement d’un bouquet de technologies dont les niveaux de maturité demeurent hétérogènes… Enfin, ces flexibilités soulèvent elles-mêmes des enjeux environnementaux (par exemple, sur l'utilisation des sols et la criticité des matériaux qu’elles utilisent), et sociétaux (en particulier sur leur acceptabilité, que ce soit pour la généralisation de flexibilité de la demande au sein des logements ou pour le déploiement d’infrastructures comme les électrolyseurs et les interconnexions). »

Pour la flexibilité, RTE compte beaucoup sur « l'utilisation massive des batteries des véhicules électriques équipés de systèmes de charge intelligents », dont on sait trop comment elle pourrait fonctionner et comment elle serait acceptée. Ajoutons que le lourd bilan environnemental des millions de tonnes de batteries nécessaires à la réussite de ce scénario, batteries dont la durée de vie est limitée, viendra écorner l’image d’un mix électrique « tout-vert ». Quant au stockage via « power to gas », technique permettant de transformer l’électricité en hydrogène ou en méthane, il est encore balbutiant et il apparait aventureux de se reposer sur lui.

Toujours dans son rapport de 2020 sur les réseaux électriques l’Ademe s’est intéressé au cas particuier des smarts grids : « la transition numérique du réseau (« smart-grids »), en permettant une gestion optimisée des infrastructures est la pierre angulaire de l‘adaptation des réseaux aux énergies renouvelables. Pourtant, les connaissances semblent lacunaires, à la fois sur la quantité d’équipements nécessaires et sur le contenu en matières premières des différents équipements…

L‘analyse approfondie des vulnérabilités liées aux matières contenues dans les « smarts grids n’est pas possible alors qu’elles sont potentiellement fortes. L‘analyse partielle effectuée dans cette étude a cependant permis de détecter une importante vulnérabilité du continent européen concernant les composants électroniques de base.  Ces derniers étant produits pour la grande majorité en Asie et en particulier en Chine, la chaîne de valeur de la filière électronique peut subir, lors d’évènements exceptionnels des ruptures d’approvisionnement.  La résilience du réseau électrique face à de tels évènements n‘est pas certaine en l’état actuel  des connaissances. »

Bref, cela fait beaucoup d’inconnues et beaucoup de ces si avec lesquels on peut mettre la mer en bouteille pour quelque chose d’aussi essentiel que la sécurité d’approvisionnement. Ce qui est proposé est un changement  complet de paradigme : c’est dans une très large mesure la consommation qui devra désormais s’adapter à la production, et non l’inverse ! Et le grand régulateur RTE sera amené à agir de façon de plus en plus inquisitoire et  directive, voire autoritaire dans la vie quotidienne de chacun. Pas sûr que ce soit une évolution sociétale que beaucoup choisiraient si les enjeux en étaient loyalement expliqués !

Signalons également une évolution dont nous pouvons apercevoir ici et là certains prémices : la sécurité d’approvisionnement sera garantie à ceux qui pourront se la payer par des contrats spécifiques, les autres n’auront qu’à s’adapter à la production. Ce sera la fin définitive de la péréquation tarifaire.

Condition n°3 : les réserves opérationnelles censées couvrir les aléas de production ou de consommation

Là encore, le rapport note loyalement que l’on avance un peu à tâtons : « Bien que le dimensionnement des réserves opérationnelles et la responsabilité d’équilibre soient des enjeux bien identifiés dans le débat actuel sur l’architecture de marché, ce point n'a pas suscité une forte attention dans le cadre des travaux prospectifs sur les scénarios de long terme. Ainsi, l’effet de l'éolien et du photovoltaïque sur les réserves opérationnelles n'est généralement pas pris en compte dans les publications académiques sur le déploiement à grande échelle des EnR »

De fait le rapport envisage une solution disons, assez originale : Les ENR sources du problème, deviendraient la solution en faisant partie de la réserve : « Ces unités répondraient alors à des obligations plus strictes, comme celles actuellement imposées aux moyens de production conventionnels »

Si les ENR devenaient pilotables, c’est un peu comme si ma tante en avait, on l’appelerait mon oncle non ?

Il faudrait simplement pour cela une transparence et une prévisibilité sur la production dont on n’a aucune idée du moyen de l‘obtenir. Compte-tenu des pratiques actuelles, c’est loin d’être gagné ! Ainsi une centrale solaire de 230 MWc normalement tenue de publier sa disponibilité est couramment découpée en 25 centrales de 9.2 MW au même endroit ; de cette façon, elle passe sous le seuil de 200 MW du règlement européen REMIT obligeant à la transparence sur la disponibilité et la production à J+5 !

Condition n° 4) le développement des réseaux

« Pour atteindre de hautes parts d’énergies renouvelables dans le mix électrique, les réseaux électriques devront être développés et adaptés de manière importante »

Là encore, le corps du rapport appelle finalement à une très grande prudence, basée sur un retour d’expérience assez réaliste et inquiétant  : « Leur acceptabilité par les riverains et leur impact sur les coûts seront des facteurs clés dans la mise en œuvre des évolutions structurelles du réseau de transport d’électricité. Un système électrique avec une part très élevée d'énergies renouvelables s’accompagnerait d’une plus grande empreinte territoriale des réseaux (s’ajoutant à celle des unités de production), alors que la résistance locale aux adaptations du réseau de transport d'électricité est parfois forte, même lorsque la part d’éoliennes est faible et que les renforcements du réseau sont moindres au regard de ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs de la transition énergétique »

En effet, et on peut ajouter de l’anxiété à l’inquiétude en observant nos voisin allemands et le déroulement de l’Energiewende. En Allemagne, sur 3600 km de réseau supplémentaire prévus pour  2015, seuls 17% étaient réalisés en 2019 ; or l’Energiewende complète exigerait 11.000 km ! En réponse, la loi a été modifiée pour limiter les recours des riverains… En attendant l’éolien du nord ne parvient toujours pas aux centres industriels du sud et ses débordements menacent la stabilité des réseaux électriques des pays voisins.

Quant au coût de l’adaptation du réseau aux ENR, après avoir estimé il y a deux ans à 52 milliards d’euros pour l‘Energiewende allemande, Allemagne et France convergent maintenant vers 100 milliards d'euros (en France, pour RTE et Enedis). Si pour le « Grand Carénage » (prolongation des réacteurs nucléaires), on parle d’un mur d’investissement de 55 milliards, que faut-il dire ici ? un Burj Khalifa ? 

En fait, aucune des quatre conditions essentielles identifiées par RTE n’a de solution autre que fortement hypothétique ! 

Une simple lecture un peu précise du rapport suggère donc en fait le contraire de ce qui a été souvent retenu sur la base de conclusions exagérément optimistes et sans doute délibérément biaisées par complaisance politique : face aux contraintes techniques, l’idée d’un mix électrique intégralement composé d’énergies renouvelables paraît chimérique. Elle reviendrait à se priver d’une énergie décarbonée, le nucléaire, à l’origine de plus de 70 % de l’électricité produite en France en 2019 et émettant 6 grammes de CO2 par KWh (comme l’hydraulique et un peu moins que l’éolien), pour la remplacer par des énergies renouvelables au caractère écologique et à l’efficacité discutables.

Il ne s’agit pas pour autant de condamner le développement des énergies renouvelables. Favoriser leur déploiement vers le transport ou le bâtiment, qui demeurent les principaux consommateurs d’énergies fossiles, pourrait permettre de lutter plus efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais on ne peut pas compter sur une forme de miracle technologique perpétuel pour assurer la stabilité du réseau et  la sécurité d’approvisionnement d’un système électrique à fort pourcentage ENR. L’enjeu en terme de sécurité et de survie même de la société est trop important pour être laissé au soin de la récitation de mantras idéologiquement marqués par l’ignorance ou l’irrationnalité scientifique et technique.

Au-delà, on peut également s’inquiéter de la démarche elle-même. Après tout, RTE est en ce domaine juge et partie, et ne peut que voir avec beaucoup d’intérêt un projet qui impliquerait des investissements particulièrement conséquent dans les réseaux dont il a la charge. Il s’agit là de la conséquence parfaitement prévisible et profondément malheureuse, sous la pression conjuguée d‘ultra libéraux et d’écologistes dogmatiques, de la désintégration et de la désoptimisation du système électrique. Chacun joue désormais sa partition sans que personne n’ait plus en charge l’intérêt commun, par manque de motivation ou plus gênant encore, par manque de vision globale et de compétence pour la traduire en actes ;

 Ce qu’implique passer à un réseau 100 %ENR :

(source https://lenergeek.com/2021/01/21/scenario-renouvelables-previsions-rte-realistes/ Scenario RTE : passer à un mix électrique 100% renouvelables est-il réaliste ?

L’intermittence des énergies renouvelables et leur difficile pilotabilité entraînent un accroissement des coûts nécessaires à leur intégration au système électrique, mais suppose aussi l’installation d’innombrables unités de production supplémentaires, ceci afin de parvenir, toutes sources d’énergies vertes confondues, à une capacité installée de 196 GW. Pour le seul éolien, il faudrait ainsi passer d’une puissance installée de 15 gigawatts (GW) en 2018 à 96 GW d’ici 2050. Or, rappelle Bertrand Cassoret, Maître de Conférences à l’Université d’Artois, « on a installé en France environ 1,5 GW par an ces dernières années et la durée de vie d’une éolienne est probablement inférieure à vingt-cinq ans.

Il faudrait donc, en vitesse de croisière, tripler la cadence d’installation, donc disposer de trois fois plus de capacités de fabrication, de personnels qualifiés, de grues…Il a été estimé que, rien que pour la PPE (horizon 2030) , il falliat au moins 6000 éoliennes supplémentaires (il y en avait 8000 en 2018) et pour 2060, L’ADEME, dans sa « Trajectoire de référence 2020-2060 », prévoit au total l’implantation de 86 GW d’éoliennes en 2060, soit sur les bases techniques actuelles (puissance unitaire moyenne 1,87 MW)  un total de 46 000 machines après repowering. (L'Ademe a aussi une trajectoire faibale acceptabilité des éoliennes qui prévoit  l’implantation de 63 GW d’éoliennes en 2060, soit sur les bases techniques actuelles et après repowering  un total de 34 000 machines)

 Philippe Hansen (Sauvons Le Climat) estime que pour atteindre 100% d’énergies renouvelables au sein de notre mix électrique, il faudrait installer en France un parc éolien tous les 6 km : un tel développement ne pourrait que susciter une exacerbation des difficultés déjà ressenties aujourd’hui : nuisances lumineuses ou sonores, modification des paysages, artificialisation des sols … comme le montre, dans le domaine du photovoltaïque le projet géant de panneaux solaires près de Bordeaux qui se traduit par la destruction de 1000 hectares de forêt.

Cela entrainerait aussi une augmentation de 30 % le prix de l’électricité, qui passerait de 91 euros le mégawattheure (MWh) à 119 euros. Le déploiement des énergies renouvelables repose aujourd’hui sur des mécanismes de soutien publics, nécessaires à leur développement. Mais dès 2018, dans un rapport intitulé Le soutien aux énergies renouvelables, la Cour des comptes dénonçait la faible efficacité des énergies renouvelables au regard des subventions qui les soutiennent. Il est donc à craindre que ce rapport coût/efficacité demeure défavorable dans un contexte de plus large développement des énergies renouvelables.



Réaction de la SFEN : Décryptage : enseignements du rapport RTE-AIE sur la faisabilité technique des scénarios 100 % ENR

 https://www.sfen.org/rgn/decryptage-enseignements-rapport-rte-faisabilite-technique-scenarios-100-enr

Des technologies non matures : « l’AIE estime que plus de 90 % des technologies nécessaires pour atteindre la neutralité carbone sont actuellement au stade de R&D ou de démonstrateur et ne sont pas matures industriellement (ex. : stockages massifs, pilotage de la demande, ou réserves tournantes synthétiques) »

Une flexibilité énorme :

 « . Du côté du stockage inter-saisonnier, le rapport rappelle que ces besoins sont aujourd’hui couverts à près de 50 % par... le parc électronucléaire. RTE estime ainsi qu’au moins 80 GW de flexibilité saisonnière seraient nécessaires (soit plus que la puissance installée actuelle des centrales nucléaires et fossiles en France) ; besoins qui seraient assurés principalement via le développement de vecteur hydrogène et les couplages sectoriels. Là encore, il s’agit de solutions en partie encore au stade de la R&D »

Le rappel du Directeur de l’AIE

 L’AIE est cosignataire du rapport avec RTE;, et la SFEN ne se prive pas de rappelr la mise en garde de son directeur général, l’AIE, Fatih Birol : « L'énergie nucléaire est un atout national pour la France. Ces dernières décennies, son développement a été une des composantes de la croissance économique française et sur le plan technique, elle a prouvé qu'elle fonctionne à grande échelle …Nous n'avons pas le luxe de nous priver de l'une ou de l'autre des énergies propres. Pour la France, le nucléaire et les énergies renouvelables sont complémentaires ».

[3] https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/le-casse-tete-de-la-montee-en-puissance-des-energies-renouvelables-1284839

 Réaction de Dominique Louis, PDG d’Assystem

« le rapport montre que fonctionner avec 100% d’énergies renouvelables (ENR) est possible (en théorie), mais impossible dans la vraie vie, en raison d’obstacles insurmontables d’ordres techniques et financiers… Un des principaux obstacles est la variabilité des ENR et l’absence de solution crédible de stockage….

Prenons le cas d’ l’hydrogène dont on parle beaucoup : ce système de stockage de l’énergie a un rendement catastrophique : il faut 8 kWh d’éolien pour fabriquer 1 kWh d’électricité « hydrogène ». Bref, la seule solution permettant de pallier l’absence de vent et de soleil (si on refuse le nucléaire) serait le gaz. Nos voisins Allemands sont d’ailleurs arrivés à cette conclusion.

Un autre problème se trouve dans les réseaux de distribution : aujourd’hui, nous avons des centres de production de masse (les centrales) qui alimentent au plus près les centres de consommation (les villes). Si on part sur une solution de production d’électricité à partir d’éolienne off-shore, il faudra relier tout ce petit monde (26 000 éoliennes) aux consommateurs. Un réseau est donc à construire qui ressemblerait à une véritable toile d’araignée aux multiples connections. Le coût, bien entendu, serait exhortant. Les difficultés liées à l’acheminent sous-marin de l’électricité serait aussi un véritable obstacle technique.

100 % renouvelables ? Yes we can ! Mais à condition (sans parler des coûts) d’accepter de se laver les mains quand il pleut et de se chauffer ou de se soigner que lorsqu’il y a du vent. Sinon, on tombe dans le paradoxe consistant à faire tourner des centrales au gaz et donc d’augmenter nos émissions de CO2. Par ailleurs, le problème va être accru avec l’électrification souhaitée des transports, du chauffage et de l’industrie

https://www.lepoint.fr/sciences-nature/100-d-electricite-renouvelable-en-2050-la-fin-d-une-illusion-04-02-2021-2412607_1924.php

mercredi 10 février 2021

L’Europe et les vaccins anti-Covid : Ursula Van der Leyen est contente ! Et le gouvernement français aussi !

 Le fiasco C : la guerre au Royaume-Uni ?

Le laboratoire anglo-suédois qui devait initialement livrer 80 millions de doses aux pays européens d'ici la fin mars a revu ses objectifs à la baisse suite à des retards de production dans ses usines européennes. Ajoutant fiasco sur fiasco, Ursula Von der Leyen a envisagé d’activer une clause d’urgence pour contrôler l’exportation de vaccins entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, ce qui revenait à recréer la frontière et remettre en question la clause du backstop  que l‘on avait tant eu de mal à négocier lors du Brexit ! Sidération des Commissaires, même le placide Barnier, du Parlement, des Etats, surtout l’Irlande avant un rapide retour en arrière. Même l’Allemagne commence à critiquer Ursula : le ministre de l’Economie, Olaf Scholz, et le ministre-président de Bavière, Markus Söder, ont  accusé la Commission d’avoir signé beaucoup trop tard ces contrats et d’être à l’origine de la pénurie

En fait, la Commission Européenne s’est vanté d'avoir pris le temps de négocier au plus bas les prix des vaccins - d'autres Etats ont signé avant pour un prix plus élevé (par exemple Israel, UK). Maintenant la Commission Européenne veut être livrée en premier, avant les contrats signés des mois plus tôt par d'autres Etats qui ont privilégié l'urgence de la livraison plutôt que la négociation des prix. L'UE a mal géré la négociation avec les labos et refuse de l'admettre.

Commentaire du PDG d’Astra Zeneca, le français Pascal Sorlot :

« L’ Europe, contrairement au Royaume-Uni a-t- elle signé le contrat trop tard ? Je ne vais pas porter de jugement à ce sujet. Mais je ne peux que vous dire les faits et les faits sont que nous avons essentiellement signé un accord avec le Royaume-Uni trois mois avant que nous l’avions avec l’Europe. Maintenant, cela peut être en partie facilement expliqué. Lorsque nous avons conclu l’accord avec Oxford, ils avaient déjà travaillé avec le gouvernement britannique à ce sujet. Ils avaient donc une longueur d’avance. Nous avons pu prendre assez rapidement la chaîne d’approvisionnement du Royaume-Uni et l’améliorer. Nous avons dû modifier le procédé, parce qu’Oxford nous a donné un process impropre à la fabrication à grande échelle…. Nous avons donc dû  le modifier pour rendre possible la production de milliards de doses à un coût raisonnable et à une vitesse raisonnable. Nous avons fait tout cela en quelques mois alors qu’habituellement, il faut plutôt des années »

« L’accord britannique a été conclu en juin, trois mois avant l’accord Européen. Comme vous pouvez l’imaginer, le gouvernement britannique a déclaré que la production de la chaîne d’approvisionnement du Royaume-Uni irait d’abord au Royaume-Uni. Fondamentalement, c’est comme ça. Dans l’accord de l’UE, il est mentionné que les sites de fabrication au Royaume-Uni étaient une option pour livrer l’Europe, mais seulement plus tard… Mais le contrat avec le Royaume-Uni a été signé en premier et le Royaume-Uni, bien sûr, a dit « vous nous fournissez d’abord », et c’est assez juste. Ce vaccin a été développé avec le gouvernement britannique, Oxford et avec nous aussi. Dès que possible, nous aiderons l’UE »

https://www.repubblica.it/cronaca/2021/01/26/news/interview_pascal_soriot_ceo_astrazeneca_coronavirus_covid_vaccines-284349628/

Le fiasco Moderna : même schéma : « il n'y a eu aucune aide pour construire l'appareil industriel »…

Passons maintenant à Moderna, mais c’est exactement le même schéma

Moderna (le nom s'écrivait à l'origine  ModeRNA) a été fondée en 20107 à Cambridge, dans le Massachusetts à partir d’un incubateur. La technologie-phare de l'entreprise consiste à utiliser un ARN pour déclencher les processus naturels du corps et induire la production de protéines d’intérêt thérapeutique à l'intérieur même des cellules humaines. Dans la cas du vaccin contre le Covid 19 (le mRNA-127), c’est la production d’anticorps, mais le concept a été identifié comme une technologie de rupture, potentiellement révolutionnaire et d’applications très larges : vaccins et traitements immunitaires passifs contre les maladies virales, maladies rares, immuno-oncologie ( vaccins personnalisés contre le cancer, etc.), fibrose cystique…Dès 2013, la DARPA (Agence des projets de recherche avancée de la Défense américaine) accorde à Moderna une subvention d'une valeur de 24,6 millions de dollars pour la recherche et le développement de sa technologie anti-ARNm afin de lutter contre les maladies infectieuses et les armes biologiques.

Les fondateurs de la société Moderna Therapeutics comprennent Noubar Afeyan de Flagship Pioneering Kenneth R. Chien de l'université Harvard et de l'Institut Karolinska ; Robert S. Langer du Massachusetts Institute of Technology (MIT)… Le français Stéphane Bancel a été recruté en tant que Directeur général en 2011 (il était alors Directeur général de BioMérieux).

Commentaire de Stéphane Bancel sur l’attitude européenne : Le PDG de Moderna, invité de LCI ce mardi, s'en est pris à l'immobilisme de l'Union européenne dans l'accompagnement financier du processus de recherche pour développer un vaccin : « Malheureusement, bien qu'on ait eu des discussions très tôt avec certains pays européens, il n'y a eu aucune aide pour construire l'appareil industriel… l'U.E. et ses pays membres ont tardé à débloquer des financements pour favoriser la mise en place de structures de production…Le gouvernement américain a pris des risques très tôt pour nous aider, au contraire de ceux des pays européens…C'est l'une des raisons qui expliquent pourquoi la production est plus rapide aux États-Unis qu'en Europe »

Commentaire : où est la vision stratégique analogue en Europe, quelle efficacité, quelle réactivité ? Les dirigeants de l’UE sont-ils à ce point ignorant des rélaités industrielles que de ne pas comprendre l’importance de la production ?

https://www.lci.fr/sante/video-vaccin-anti-covid-19-le-tacle-du-pdg-de-moderna-a-l-union-europeenne-interview-de-stephane-bancel-sur-lci-2176633.html



Le fiasco Valneva : même schéma : l’Angleterre a pré acheté grès tôt et proposé une aide pour la fabrication, la France réfléchit

Valneva SE est une société de biotechnologies française, basée à Saint-Herblain dans la banlieue ouest de Nantes. Elle est née du groupe Grimaud, spécialisé dans la génétique aviaire, qui avait souhaité développer une activité de biotechnologies utilisant des cellules de canards pour produire des vaccins vétérinaires. (1999  Vivalis, PDG Franck Grimaud). Celui-ci a ensuite acheté en 2009 pour 133 millions d’euros la société autrichienne Intercell qui développait des vaccins contre l'encéphalite japonaise (approuvé en Europe, Amérique et Australie) et contre l'hépatite C (en essais cliniques phase II au moment de la fusion), puis Crucell Sweden (vaccin contre le choléra)

Valneva a lancé en 2015  une augmentation de capital de 45 millions d'euros, dont 25 millions devraient être souscrits par le Fonds stratégique d'investissemen trransformé une participation de 10% de BPI France. En 2019, Valneva renforce sa trésorerie pour continuer à développer ses candidats-vaccins et finalise une augmentation de capital de 50 M€, par voie de placement privé - 81 % ont été souscris par des investisseurs américains spécialisés dans la santé, dont le nom n’a pas été communiqué. Le solde, soit 19 %, a été apporté par deux de ses actionnaires historiques, à savoir MVM Life Science Partners et le spécialiste de la sélection génétique Groupe Grimaud, dont les participations respectives s’établissent désormais à 7,3 % et à 15,1 %. Bpifrance, également présent au capital de longue date, a en revanche choisi de passer son tour.

Remarque : Donc, une société issue d’une recherche privée française et, pour rester dans l’euphémisme, assez peu aidée….

Valneva développe un vaccin contre la maladie de Lyme ainsi qu'un vaccin à injection unique contre le chikungunya. Contre le Covid-19, la société développe le vaccin VLA2001 qui est le principal vaccin européen à base de virus inactivé.

Ce vaccin sera d’abord livré au Royaume-Uni. Pour une raison simple : Londres a financé les essais cliniques et l'extension d'une usine en Ecosse. L'Union européenne, et donc la France, ne seront servies qu'en 2022. Il a fait l'objet d'une pré-commande de 60 millions de doses du gouvernement britannique, le prix étant de 470 millions d'euros, puis en janvier 2021,  une commande ferme britannique de 100 millions de doses est passée. L’ Europe espère 100 millions de doses, probablement après 2022.

"Ça me fait mal de voir cette pépite, qu'on connaît bien dans la région des Pays de la Loire, partir de France et aller au Royaume-Uni", a déploré Christelle Morançais, présidente LR de la région Pays de  Loire. (pour l’instant, le siège social reste en France.


Le fiasco Xenothera : le premier traitement français contre le Covid, mais la France ne sera pas la première à en profiter

Créée en 2014, Xenothera développe de médicaments biologiques innovants dans le domaine de l’immunologie, en particulier des greffes d’organes,  dans le cancer et dans les infections. Son traitement contre le Covid, le XAV-19 est basé sur des anticorps de porcs  humanisés (Anticorps polyclonaux Glyco-Humanisés)  et serait efficace contre les variants britanniques, sud-africains, brésiliens, danois et écossais.

Odile Duvaux,, PDG de Xenothera : « Nous avons fait connaître notre projet en mars dernier aux pouvoirs publics avec comme seule réponse des encouragements. Xenothera a donc lancé un appel aux dons pour obtenir 100.000 euros ». L'Etat français n'a pas encore annoncé de précommandes, quand l'Allemagne a déboursé 400 millions d'euros fin janvier auprès de laboratoires américains. Plusieurs pays sont sur le point de signer avec le labo nantais, pour lancer la production à grande échelle. Et Mme Duvaux attend désormais un signe du ministère de la Santé. L’entreprise aurait donné 15 jours au gouvernement pour se décider »

Même topo, même inefficience donc pour les anticorps et les vaccins



Les critiques de Moncef Slaoui, immunologue, responsable de la stratégie vaccinale des États-Unis. Pas de Manhattan Project 2 en Europe !

Le Manhattan Project 2, c’est ainsi que l’administration Trump avait appelé l’effort consacré à la recherche de vaccin anti-covid, symbole de sa détermination à agir efficacement et vite. Pourtant opposant à Trump, M. Moncef Slaoui a été rapidement recruté :  « Un congressman m’a demandé si je pensais qu’on pouvait développer un vaccin en un an, j’ai dit oui, il m’a répondu “hé bien désolé mais tu vas recevoir un coup de fil de l’administration Trump, ils voudraient que tu les rejoignes pour le Manhattan Project 2”

Comment explique-t-il le retard accumulé côté européen ? "D’après ce que j’ai pu voir, l’Europe est restée à l’écart du fait d’encourager les vaccins, de participer activement à leur développement et à leurs tests. L’Europe a agi au niveau de l’achat des vaccins, pas de la recherche et du développement. Le résultat, c’est qu’elle n’est pas au premier plan en termes d’accès aux doses de vaccin, c’est pour ça que le taux de vaccination est plus bas. Il y a des leçons à en tirer…

Il y a aussi un problème de prise de risque financière, qui a fait que les gouvernements n’ont pas mis les financements qu’il faut derrière les projets", regrette-t-il. "Ici, aux États-Unis, j’avais carte blanche : on a dépensé 14 milliards très vite, maintenant c’est probablement encore plus, sans doute 20 milliards. Mais quand on pense au coût économique du confinement, qui était chaque jour de 23 milliards de dollars… À côté, nos 14 milliards c’était rien du tout."

Ajoutons que pour le Pr Slaoui, la lutte anti-virale dont être considérée comme aussi importante que l’effort militaire : il faut de toute urgence financer la lutte contre les pandémies, par exemple en utilisant une partie du budget de la Défense. « Tous les pays ont des armées “au cas où”, or les virus sont des ennemis particulièrement adaptés à nous échapper

 « https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-08-fevrier-2021

Face à l’accumulation de fiasco, il va falloir vraiment faire autrement !

Que ce soit au niveau français ou européen, il n’ y a eu aucune mobilisation, aucune stratégie, aucune réactivité pour la recherche et le développement de vaccins ou de traitements anti-Covid.  Visiblement, dans les sphéres dirigeantes des pays européens, on n’avait aucune idée de ce que nécessite la recherche, ni aucune notion industrielle de ce que nécessite le développement, le fait de passer de la recherche à la production et aucune stratégie d’ampleur pour aider la recherche et encore moins  pour faciliter  le développement n’a été mise en place. Pas de Manhattan project anti-Covid en France ou en Europe. Comme l’a dit le PR Slaoui, l’Europe s’est contentée de négocier au plus bas les prix des vaccins, quitte à s’étonner ensuite d’y avoir accès plus tardivement, une fois que les pays inventeurs et producteurs se seront servis.

L’Angleterre a elle agi de façon différente et beaucoup plus astucieuse. La triste vérité est que les dirigeants de l’Europe Continentale n’ont plus aucune idée de ce qu’est  la recherche, ni de ce qu’est l’industrie. Ce sont juste des épiciers bas de plafonds capables et encore de négocier des prix (Pardon pour les épiciers), des acheteurs à tableur excel à la place du cerveau.

Mais les médicaments qui ne sont ni inventés, ni produits en Europe, il faudra s’en passer ou les payer très cher. Que ce soit dans le domaine du médicament ou dans d’autres, il faut complètement changer de politique.

Que l’on regarde le nombre de scientifiques ou d’ingénieurs dans les instances dirigeantes Chinoises, US, Russes, il y a peut-être là aussi une explication à ce que l’Europe se  retrouve absente et dépendante sur un sujet aussi primordial que la santé et la lutte contre les épidémies. Et bien d’autres…

Pour terminer, tout de même un succès partiel  : BioNtech et Pfizer

Un vrai succès fantastique, un vaccin développé en un an,  technique  nouvelle en médecine humaine ( quelques vaccins , des difficultés technologiques certaines, mais un succès partiel, car ce n’est qu’en s’alliant avec une firme américaine ( et une chinoise) pour le développement que BioNtech a pu mettre au point son vaccin. Une invention faite en Europe, mais où  se fera la principale création de valeur ? 

Une longue expérience et beaucoup de temps :  BioNTech est fondée en 2008 sur la base de nombreuses années de travail de recherche par Uğur Şahin, Christoph Huber et Özlem Türeci. Uğur Şahin et Özlem Türeci sont deux médecins et chercheurs d'origine turque qui avaient créés précédemment, en 2001, Ganymed Pharmaceuticals, une société développant des anticorps dans le cadre de la lutte contre le cancer, avec, déjà, le concours de Christoph Huber, oncologue, immunologue, chercheur et professeur (à l'université Johannes-Gutenberg de Mayence. Depuis sa fondation, BioNTech s'appuie sur un conseil consultatif scientifique dirigé par Rolf M. Zinkernagel et Hans Hengartner. Rolf Zinkernagel est professeur émérite à l'université de Zurich et ancien directeur de l'Institut d'immunologie expérimentale de Zurich. En 1996, il a reçu le prix Nobel pour sa découverte de la façon dont le système immunitaire reconnaît les cellules infectées par un virus.

 Financement : Andreas et Thomas Strüngmann , avec un capital de départ d'environ 180 millions de dollars US ont participé à la fondation de BioNtech. Andreas et Thomas Strüngmann sont deux scientifiques, frères jumeaux, nés en 1950, qui ont fait fortune en 2005, en vendant leur entreprise de génériques Hexal, au groupe pharmaceutique suisse Novartis pour plusieurs milliards d’euros et depuis agissent en tant que business angle dans le domaine des biotechs.

En août 2019, BioNTech avait levé un capital de 1,3 milliard de dollars américains par le biais de placements privés d'actions et de collaborations. Les actionnaires de BioNTech comprennent la famille Strüngmann (actionnaire majoritaire), Fidelity Management, Invus Group, Janus Henderson Investors, MIG Funds, Redmile Group, Salvia et plusieurs autres sociétés d'investissements européennes.

En septembre 2019, BioNTech signe un accord avec la Fondation Bill-et-Melinda-Gates (BMGF) pour développer des programmes de lutte contre le VIH et la tuberculose. L'objectif est d'identifier et de développer de manière préclinique des vaccins et des immunothérapies candidats pour la prévention des infections par le VIH et la tuberculose et pour la rémission durable de la maladie du VIH sans thérapie antirétrovirale. En décembre 2019, la Banque européenne d'investissement et BioNTech annoncent que l'entreprise recevra un financement de 50 millions d'euros dans le cadre de la politique d'investissement pour l'Europe. En juin 2020, BioNTech reçoit 222 millions d'euros par le biais d'un placement privé d'actions ordinaires et d'obligations convertibles obligatoires auprès du fonds souverain Temasek de Singapour et d'autres investisseurs. À cette date, la société compte plus de 1 300 employés.

BioNtech possède trois spécialités fortes : les vecteurs viraux, pout les thérapies géniques ; les thérapies cellulaires ; la préparation et la stabilisation des ARN messager pour l’immunothérapie ( à l’origine, l’immunoncologie - vaccins anti-cancer).

L’aventure du  tozinaméran :

Les vaccins ARN ne sont pas une nouveauté totale. Il existe déjà au moins un vaccin vétérinaire sur le marché, contre le grippe porcine, depuis 2018,   mais les essais faits chez l'homme pour la prévention du sida, de la grippe, du paludisme ou de la dengue n'ont jamais encore permis d’obtenir des vaccins efficaces. Dans le domaine de l’immuno oncologie, des résultats prometteurs ont été obtenus par BioNtech chez l’animal contre le mélanome, qui restent à confirmer chez l’homme

Pour une bonne revue : L’aventure scientifique des vaccins à ARN messager, Marc Gozlan, blog Le Mode, 14 décembre 2020

https://www.lemonde.fr/blog/realitesbiomedicales/2020/12/14/laventure-scientifique-des-vaccins-a-arn-messager/#:~:text=Ces%20vaccins%20sont%20constitu%C3%A9s%20d,contact%20avec%20l'agent%20infectieux.

Dès janvier 2020, percevant l'impact possible de la Covid-19, la société mobilise une quarantaine de personnes utilisant le savoir-faire acquis. Un partenariat est mis en place avec Pfizer sur la base du brevet élaboré par BioNTech. Pfizer et BioNTech sont les premiers à rendre publics des résultats intermédiaires de ces essais, en annonçant en novembre 2020 que ce candidat vaccin est « efficace à 90 % »

Les conditions de réussite : Le projet est baptisé « vitesse de la lumière », il bénéficie d’une mobilisation du Mittelstand allemand ( par exemple, la verrerie Schott et ses verres borosilicatés spéciaux résistant aux basses températures,  nécessaires pour conserver et distribuer le vaccin, Binder et ses congélateurs…) . BioNTech a développé les premières versions du vaccin. Elle s'est ensuite associée à Pfizer pour  poursuivre le développement, soutenir la logistique, monter les cadres financiers, organiser et superviser les essais cliniques, ainsi que fabriquer pour le marché mondial à quelques exceptions. Pour la Chine, Fosun Pharmaceutical a acquis une licence de BioNTech et a investi dans cette dernière et est chargée de la distribution et de la fabrication des vaccins pour le marché chinois, BioNTech est responsable de la distribution en Allemagne et en Turquie.

 Le 2 décembre 2020,  le Royaume-Uni devient le premier pays occidental à octroyer une autorisation d'urgence au vaccin BioNTech-Pfizer. D'autres pays suivent : les États-Unis, l'Arabie saoudite, Singapour. L’Allemagne s’impatiente, et sous sa pression, l’EMA ( agence du médicament européen) agrée le vaccin le 21 décembre.

Le vendredi 15 janvier,  Pfizer-BioNTech a annoncé qu’il ne fournirait pas aux Vingt-Sept les quantités qu’il s’était engagé à leur livrer chaque semaine. Le laboratoire a invoqué la nécessité de faire des travaux dans son usine belge de Puurs, afin d’en augmenter la capacité de production et a annoncé « des fluctuations dans les calendriers de commandes et de livraisons ». L’ annonce a exaspéré plusieurs pays européens, d’autant que le vaccin Pfizer-BioNTech nécessite deux injections à quatre semaines d’intervalle, et qu’ils craignent désormais de ne pas toujours être en mesure de procéder au rappel. Le gouvernement allemand a déploré « une communication inattendue et de très court terme » et demandé à la Commission européenne, qui a négocié les commandes de vaccins au nom des Vingt-Sept, des garanties de « clarté et sécurité ».


Et le CRIIGEN, évidemment !

En ce qui concerne la France, mentionnons que en septembre 2020, le CRIIGEN (association anti-OGM fondée par Corinne Lepage et Jean-Marie Pelt) fait état, dans un rapport signé par le président de son conseil scientifique Christian Vélot, de risques plus élevés d'immunotoxicité, de génotoxicité par mutagénèse et d'apparition de nouveaux virus par recombinaison génétique causés par de tels vaccins. Le rapport préconise en conclusion de suivre en la matière un principe de précaution ….

« Le risque que l’organisme d’une personne vaccinée soit le siège d’une recombinaison virale défavorable est infime. Mais le nombre considérable des vaccinés dans le monde – par centaines de millions ou davantage – fait qu’il est très probable que cela arrive quelque part, et qu’un virus bien plus virulent se dissémine dans les populations, vaccinées ou non… En l’absence de médicaments efficaces, on ne sortira de ces contradictions qu’avec l’arrivée de vaccins « classiques » à virus inactivés ou protéines recombinantes. »

« ces candidats vaccins nécessitent une évaluation sanitaire et environnementale approfondie incompatible avec l’urgence, qu’il s’agisse de celle résultant de la pression des autorités décisionnelles et sanitaires ou celle des profits des industries pharmaceutiques embarquées dans cette course au vaccin. Dans sa note de cadrage du 23 juillet 2020 sur la stratégie vaccinale contre la Covid-19, la Haute Autorité de Santé (HAS) déclare : « Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, l’enjeu est donc de concevoir un vaccin le plus efficace et le plus sûr possible en un temps record ». Cette allégation est un non-sens et une aberration de la part d’une autorité telle que la HAS »

Commentaire : Bon, ce n’est peut-être pas la cause du fiasco français sur les vaccins anti-covid (Valneva mis à part), mais ça aide pas !

https://criigen.org/rapport-dexpertise-sur-les-vaccins-genetiquement-modifie/