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samedi 13 mai 2023

Comment l’Allemagne finance l’affaiblissement du secteur nucléaire français

 Comité d’Intelligence Stratégique pour la Souveraineté, Avril 2023

 https://www.docdroid.net/y7NENZB/comment-lallemagne-finance-laffaiblissement-du-secteur-nucleaire-francais-pdf

Résumé : le paradigme antinucléaire, fortement diffusé au sein de la 

société allemande, notamment au travers de la peur d’une potentielle catastrophe nucléaire, pousse Berlin à voir d’un mauvais œil le développement de l’atome dans un pays limitrophe.

Une raison culturelle : la peur bien entretenue de l’atome

Une raison  économique : afin de sauver la compétitivité de l’industrie allemande mise en péril par la sortie précipitée du nucléaire en 2011, il est inconcevable, pour Berlin, de laisser un de ses principaux rivaux, l’industrie française, disposer d’une source d’énergie bien moins onéreuse et des avantages compétitifs en découlant.

Ainsi, l’Allemagne manœuvre afin de nuire à la filière nucléaire française. Au sein des instances européennes, elle agit afin de ralentir au maximum le développement de l’atome en France, notamment en œuvrant à prévenir tout soutien financier de la part de l’Union.

Cependant, Berlin ne cantonne pas sa stratégie au ralentissement du secteur nucléaire français. En effet, l’Allemagne œuvre à propager le paradigme antinucléaire en France. Pour cela, elle s’appuie sur un de ses principaux outils en matière d’influence à l’étranger, ses fondations politiques.


Les Fondations, un instrument d’influence de l’Allemagne 

Il existe actuellement 7 fondations, chacune proche d’un parti  politique allemand :

Fondation Friedrich Ebert (SPD, 670 collaborateurs, 15 bureaux nationaux et plus de 100 représentations étrangères), Konrad Adenauer (CDU, 1 000 collaborateurs dans 100 bureaux à l’étranger , supervisant des projets dans plus de 120 pays.), Friedrich Naumann (FDP, présente dans plus de 60 pays avec plus de 500 collaborateurs), Hans Seidel (CSU, 90 projets de développement dans plus de 75 pays), Rosa Luxemburg (Die Linke, 300 collaborateurs, présente dans 25 bureaux nationaux et 46 bureaux à l’étranger), Heinrich Böll ( Verts, implantée dans 35 pays et soutient des projets dans plus de 60 pays dans le monde, Desiderius Erasmus (AfD, non soutenue par des subventions fédérales)

Les Fondations, instruments revendiqués de la politique extérieure de l’Etat Allemand 

« L’État octroie à certaines organisations privées allemandes dotées de différents profils politiques et

idéologiques, des fonds pour qu’elles puissent mettre en œuvre des projets de formation et des mesures de conseils avec des partenaires dans les pays e développement qui présentent aussi différentes opinions politiques et idéologiques et qui poursuivent divers objectifs politiques dans leurs pays. Ces projets de formation ont pour but d’influencer le développement de ces pays à travers une orientation de leurs élites dans un sens sociopolitique déterminé »

Les fondations allemandes et le nucléaire français 

Dans le cadre des opérations de propagation du paradigme antinucléaire, les principales Fondations mobilisées sont Heinrich Böll et Rosa Luxemburg. En effet, les 2 structures se sont vu attribuer, par les ministères de la Coopération et du Développement et celui des Affaires étrangères, des financements relatifs à des projets d’influences visant à induire une « transformation socio-écologique » sur les territoires ciblés. 

Ainsi, en 2018, la fondation Heinrich Böll publiait « l’Atlas de l’énergie. Les auteurs s’alarment des « incertitudes sur la faisabilité technique et économique de la prolongation de la période d’exploitation des centrales », ils y déplorent également les 55 milliards d’euros investis dans la rénovation des réacteurs, montant qui, selon eux, aurait pu être « investis  dans les énergies renouvelables

En 2020, la fondation Heinrich Böll participe à la production de l’étude « Rapport mondial sur les déchets nucléaires : Focus sur l’Europe.  Le rapport cherche notamment à stigmatiser la France quant à sa production de déchets nucléaires. Le document remet également en cause la viabilité du système français en matière de traitement de ces déchets, insistant sur son coût actuel ainsi que sur sa potentielle augmentation. 

En 2021, la Fondation Heinrich Böll collabore avec le journal Alternatives Economiques dans le cadre de la production d’un dossier à charge contre le nucléaire français. Intitulé « Nucléaire : la France à l’heure du choix »,  il brosse un portrait au vitriol du secteur. Titre des chapitres Réacteurs : une prolongation à haut risque ; Déchets nucléaires : quand les poubelles débordent ; Le nucléaire, une industrie sans grand avenir ; 100 % Renouvelable, c’est possible ; Nucléaire : la folle obstination d’EDF ;  Sortir du charbon et du nucléaire : l’exemple allemand ;  Pour faire avancer la transition, l’énergie citoyenne ;  Nucléaire : « il faut que le débat ait lieu ». 

Le vendredi 10 mars 2023, suite à l’adoption du projet de loi « relatif à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires », Jules Hébert, Vice- président de la fondation en France, a été le premier des 5 intervenants à s’exprimer au siège du parti Europe Ecologie Les Verts, face à un parterre de journalistes, dans le cadre d’une conférence constituant le début de la « contre-offensive culturelle » des écologistes face au retour en grâce du nucléaire dans l’hexagone.

La  fondation Heinrich Böll finance le Réseau Action Climat  France, une fédération composée de 27 associations nationales et de 10 associations locales dont Greenpeace France, Les Amis de la Terre ou encore le réseau Sortir du Nucléaire. Il convient de préciser que, dans son rapport d’activité 2021, le Réseau Action Climat ne se présente plus comme financé par la fondation Heinrich Böll, mais directement par le ministère fédéral des Affaires économiques et de l’Action climatique

La Fondation Rosa Luxemburg mène des actions parfois extrêmement virulentes contre l’industrie nucléaire française.

Ainsi, en janvier 2022, la structure publie, en collaboration avec le Réseau Sortir du nucléaire et la Nuclear Free Future Foundation, un document dont la production a été financée par le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement intitulé « Atlas de l’Uranium ». Traduction d’un document allemand issu d’une collaboration entre la Nuclear Free Future Foundation, Le Monde diplomatique, la Fondation Rosa Luxemburg et BUND (Les Amis de la Terre Allemagne), cette production de 56 pages est une compilation d’articles à charge contre divers acteurs impliqués dans l’exploitation de l’uranium.. Le document est particulièrement virulent à l’égard de la France qui se voit consacrée 3 articles entiers et citée dans plusieurs autres. En plus d’une hostilité générale envers l’Hexagone, l’Atlas cible particulièrement la relation de la France avec un de ses principaux fournisseurs : le Niger…. L’article cible également l’entreprise Orano, anciennement Areva, l’accusant d’être responsable d’une catastrophe écologique, de l’empoisonnement des mineurs locaux, mais également d’un « naufrage social » à venir.

Réel document militant, l’Atlas de l’uranium stigmatise la France, poussant les conditions d’une dégradation des relations commerciales entre Paris et un de ses principaux fournisseurs d’uranium. Ce faisant, la Fondation Rosa Luxemburg œuvre à perturber la chaîne d’approvisionnement de la filière nucléaire française. Le financement par l’État fédéral allemand d’un tel document, peu importe s’il partage ou non les opinions qui y sont énoncées, constitue indiscutablement une contribution de Berlin, consciente ou non, aux manœuvres d’affaiblissement de la filière nucléaire française ;

Rappel : En ce qui concerne les manœuvres et l’attitude de Berlin quant au nucléaire français, il faut aussi rappeler que le rapport franco-allemand AGORA IDDRI (« L‘Energiewende et la transition énergétique à l'horizon 2030 ») indique que « […] si des capacités nucléaires sont retirées du mix français, la compétitivité des centrales à charbon maintenues dans le système en Allemagne est améliorée. »


Nucléaire : le pays de Galles veut des GENIII et un SMR !

 Rapport au Parlement gallois : l’énergie nucléaire au Pays de Galles  (3 mai 2023)

https://publications.parliament.uk/pa/cm5803/cmselect/cmwelaf/240/report.html

Les conclusions du rapport

1. Bien que nous ayons entendu des témoignages contradictoires sur le rôle que l’énergie nucléaire devrait jouer dans la réalisation des objectifs de zéro émission nette du Royaume-Uni et la garantie de la sécurité énergétique nationale, il existe un large consensus entre les gouvernements britanniques et gallois, et la majorité de nos experts, en faveur d’une nouvelle production d’énergie nucléaire.

2. La technologie de stockage nécessaire à l’ensemble d’un système électrique fonctionnant à l’énergie renouvelable n’existe pas encore. Par conséquent, nous considérons que l’énergie nucléaire a un rôle important à jouer, dans le cadre d’un ensemble de sources à faible émission de carbone, dans l’atteinte de la neutralité carbone et de la sécurité énergétique..

3. La précédente tentative d’Hitachi de construire un nouveau réacteur nucléaire à Wylfa a laissé des frustrations dans la communauté locale. Nous sommes préoccupés par le fait que de nouvelles espérances suscitent à nouveau des attentes à l’égard d’Ynys Môn et nous nous demandons combien de temps l’incertitude pourra persister quant à savoir si une nouvelle construction nucléaire sera livrée ou non à Wylfa.


4. Étant donné que le terrain de Wylfa Newydd appartient à Hitachi,le statut actuel du site n’est pas clair . S’il doit y avoir de nouvelles installations nucléaires à Wylfa, la question de la propriété des terres doit être abordée. Nous appelons le gouvernement britannique à encourager Hitachi à vendre le site de Wylfa Newydd ou à participer à un consortium de développeurs pour permettre un développement futur.

5. Nous avons entendu un large éventail de représentants de l’industrie dire que Wylfa est l’un des meilleurs sites pour le développement nucléaire et qu’il est difficile de voir comment le gouvernement britannique peut réaliser ses ambitions nucléaires sans faire avancer un projet à Wylfa. Nous considérons que Wylfa devrait être l’emplacement de la prochaine centrale nucléaire à l’échelle du gigawatt après Sizewell C

6. Bien que le développement réussi d’un petit réacteur modulaire (PRM) présente une énorme opportunité pour le Royaume-Uni, la technologie est encore en phase de développement. Si le gouvernement britannique veut agir sérieusement dans le domaine de l’énergie nucléaire, il doit maintenant entamer la construction de nouvelles centrales à l’échelle du gigawatt parallèlement à sa politique sur les PRM.

7. Le gouvernement britannique et Great British Nuclear devraient continuer à collaborer avec Cwmni Egino sur son ambition de faire de Trawsfynydd le premier site à accueillir de petits réacteurs modulaires (PRM) au Royaume-Uni. Nous exhortons le gouvernement à inclure le site de Trawsfynydd dans le nouvel énoncé de politique nationale sur les armes nucléaires en tant que site potentiel pour les PRM. 


Financement du nouveau nucléaire et emplois 

8. L’introduction du modèle de base d’actifs réglementés (RAB) est accueillie favorablement comme la meilleure alternative au régime des contrats d’écart compensatoire (CfD) pour le développement de projets  nucléaires. Cependant, le financement de nouveaux projets nucléaires n’est pas simple et il y aura encore des défis dans le cadre du modèle RAB. Pour qu’un développement progresse chez Wylfa, des questions importantes subsistent en ce qui concerne l’engagement financier 

10) Nous saluons l’annonce du gouvernement britannique selon laquelle l’énergie nucléaire sera incluse dans la taxonomie verte, sous réserve de consultation. Nous estimons que cela ouvrira de nouvelles voies d’investissement privé pour le développement nucléaire et enverra les signaux nécessaires au secteur financier que l’énergie nucléaire est un investissement attrayant.

Impact économique potentiel des nouveaux développements nucléaires 

11)  De nouveaux développements nucléaires à Wylfa ou Trawsfynydd pourraient changer la donne pour l’économie régionale du nord du Pays de Galles. De tels projets joueraient un rôle important dans le programme Levelling up du gouvernement britannique en offrant des possibilités d’emploi à long terme, bien rémunérées et hautement qualifiées dans une zone rurale du Royaume-Uni. Il est essentiel que le nord du Pays de Galles ait la possibilité de bénéficier des développements découlant de la stratégie à l’échelle du Royaume-Uni visant à atteindre la neutralité carbone et une plus grande sécurité énergétique..

12. Si le gouvernement britannique veut réaliser ses ambitions en matière d’énergie nucléaire, il est essentiel d’investir dans les compétences et un travail sérieux doit être fait sur la manière dont les compétences requises peuvent être développées. Nous appelons les gouvernements britannique et gallois à travailler en étroite collaboration pour aider le secteur des compétences à investir dans la formation aux emplois nucléaires au Pays de Galles.. 

13. La contribution des entreprises établies au pays de Galles aux développements nucléaires actuels à Hinkley Point C et Sizewell C démontre que, au moins en partie, les compétences et les chaînes d’approvisionnement pour de tels projets sont disponibles au pays de Galles. Il faudrait investir dans l’intensification de la chaîne d’approvisionnement nucléaire galloise afin de garantir que les nouveaux projets nucléaires au pays de Galles emploient le maximum de main-d’œuvre locale afin que les zones locales en ressentent les avantages. S’il y a un nouveau développement nucléaire au Pays de Galles, le gouvernement britannique devrait exiger des développeurs un niveau minimum de contenu local pendant le projet.. 

15. Nous nous félicitons de l’annonce faite par le gouvernement britannique de mettre en œuvre un programme de nouveaux projets nucléaires. Nous recommandons que le gouvernement publie un programme à moyen et long terme pour la production d’énergie nucléaire. Le programme doit définir comment seront réalisées  ses ambitions de  24 GW d’énergie nucléaire d’ici 2050 et doit indiquer quelles technologies (gigawatts ou petit réacteur modulaire) le gouvernement souhaite construire, où et à quelle échelle. Le programme devrait également comprendre des déclarations claires sur les intentions du Gouvernement pour les sites de Wylfa et de Trawsfynydd. 

17. L’une des parties manquantes importantes de l’avenir du développement nucléaire est l’absence d’un développeur de services publics au Royaume-Uni, autre que les entreprises liées à EDF. Nous recommandons que le gouvernement britannique explique ses plans pour résoudre ce problème et si Great British Nuclear a un rôle à jouer.. 

Autres extraits :

 Sur le programme nucléaire 

Alors que l’énergie nucléaire est devenue une priorité politique pour atteindre les objectifs du gouvernement à la fois pour lutter contre le changement climatique et, depuis le conflit en Ukraine, pour sauvegarder la sécurité énergétique du Royaume-Uni, la question du nouveau nucléaire à Wylfa est en cours depuis plus d’une décennie. La stratégie Net Zero du gouvernement britannique, publiée en octobre 2021, a souligné l’aspiration à ce que le système électrique soit décarboné d’ici 2035 et que l’électricité soit produite à partir de sources renouvelables et nucléaires. Cependant, toutes les centrales nucléaires existantes devraient avoir cessé de produire d’ici 2030, à l’exception de Sizewell B et Hinkley Point C (qui est en construction). 

La stratégie britannique de sécurité énergétique, publiée en avril 2022, décrit le problème de la dépendance à l’égard des sources d’énergie à l’étranger et l’exposition des consommateurs britanniques à la volatilité des marchés mondiaux de l’énergie. La stratégie a énoncé les ambitions du gouvernement britannique quant au rôle que l’énergie nucléaire jouerait dans l’atteinte de l’indépendance énergétique, déclarant dans l’introduction que le gouvernement « investirait massivement dans l’énergie nucléaire ». La stratégie prévoit que jusqu’à 24 gigawatts (GW) d’énergie nucléaire seront générés d’ici 2050, afin de répondre à jusqu’à 25 % de la demande d’électricité du Royaume-Uni.

vendredi 12 mai 2023

Les leçons de l’ Eolien off shore au Royaume-Uni : Réalités, illusions, mensonges

 https://www.thegwpf.org/content/uploads/2017/09/OffshoreStrikePrice.pdf (2017)

Prix d’exercice de l’éolien offshore : que se cache-t-il derrière les annonces mirobolantes ?

Gordon Hughes est un ancien conseiller de la Banque mondiale et professeur d’économie à l’Université d’Édimbourg

Dans cet article remarquable de 2017 (tout était annoncé) Gordon Hughes ironise sur les titres triomphalistes de la presse et des ONG pro-ENR sur la baisse des prix de l’offre retenue (57,50 £/MWh contre 74,75 £/MWh en  2012) . Les tarifs des contrats for difference (FiTs CfD) sont très nettement inférieurs à ceux attribués en 2015 (114 £ contre  150 £ / MWh aux prix de 2012).

Donc triomphe des pro-ENR et de la presse trop facilement abusée :  “les coûts sous-jacents de l’éolien offshore sont en baisse, et les prix CfD indiquent un changement de paradigme soudain pour la technologie”.

Faux prix et vrais coûts : des CFD planchers et non plafonds,  une spéculation commerciale et pas une nouvelle ère

Eh bien, c’est faux : l’analyse statistique des données disponibles, couvrant 86 parcs éoliens offshore, suggère que le coût en capital de l’éolien l’offshore (£/MW installé) n’est en fait pas en baisse, puisque les coûts supplémentaires de déplacement nécessaires dans des eaux plus profondes compensent un réel mais modeste progrès technologique. 

“En fait, les projets sélectionnés au deuxième tour de l’appel d’offre ne sont presque certainement pas viables avec les faibles CFD offerts. “. Il doit donc y avoir une autre explication “Nous en déduisons que les développeurs considèrent le CfD comme une option peu coûteuse et sans pénalité pour le développement futur, et que, parce que le contrat est facilement rompu une fois le parc éolien construit, ils considèrent le prix comme un minimum et non comme un plafond. Si le prix du marché devait dépasser le prix contractuel, en raison de la hausse des coûts des combustibles fossiles ou d’une taxe sur le carbone, ils annuleraient le contrat CfD et prendre le prix plus élevé qui deviendrait disponible.

D’autre part, s’il n’y a pas de probabilité significative de prix de marché élevé, il est très peu probable que de nouveaux sites soient construits. Contrairement aux exagérations des médias, les prix bas des CfD  sont de la spéculation commerciale, et ne représentent sûrement pas l’aube d’une nouvelle ère pour l’éolien offshore et les énergies renouvelables.

Une presse crédule ou achetée ?

La couverture médiatique naïve des résultats des résultats des offres et des bas CFD pour l’éolien offshore a montré la crédulité étrange des journalistes et des régulateurs dans leurs annonces mirobolantes des nouvelles apparemment bonnes sur les énergies renouvelables.

“Dans la vie réelle – en dehors du secteur des énergies renouvelables – les journalistes financiers nous conseillent généralement de nous méfier de ce qui parait trop beau pour être vrai. Lorsqu’on offre à des investisseurs un rendement annuel garanti de 10%, le nom de Maddoff apparait très vite en subliminal et nous incite à nous tenir à l’écart. Les sacs à main ou les foulards  bon marché qui prétendent être fabriqués par Gucci ou Hermès sont généralement des faux. Mais dans les énergies renouvelable, situation est différente, et on nous encourage à croire que tout ce qui brille est vraiment de l’or “

Pour les esprits prudents ou curieux, il y a quelques problèmes, des faits qu’il convient de garder à l’esprit. Malgré ce que clame la publicité, les soumissionnaires ne s’engagent en fait pas à livrer l’énergie éolienne aux prix promis: il n’y a pas de pénalités dissuasives en cas d’incapacité de construire la capacité de production promise lors de la vente aux enchères.  Par ailleurs, un examen minutieux  de la section pertinentes de ces contrats, enfouies dans 540 pages de jargon juridique, révèlent qu’un  développeur qui a construit la capacité promise peut facilement abroger le contrat si le prix du marché de l’électricité semble susceptible de dépasser systématiquement le prix fixé dans le CfD. En fait, les titulaires de contrat seront fortement motivés à les  annuler et à payer une pénalité relativement modiques. En d’autres termes, du point de vue du développeur, le prix du CfD n’est pas un prix fixe, mais un prix minimum . Si les circonstances du marché changent et si les prix de gros augmentent, par exemple en raison de la hausse des coûts des combustibles fossiles ou de l’imposition d’une taxe carbone élevée, alors ils peuvent casser le CfD et profiter du prix du marché

Les coûts d’investissement éoliens offshore sont-ils vraiment en baisse?

Les média expliquent que les coûts d’investissement ont diminué, mais étonnamment, cette assertion n’est jamais étayée, et aucun détail des technologies qui auraient rendu ces progrès possibles n’est présenté.

Cependant, il y a maintenant assez de données disponibles pour faire une évaluation fiable des facteurs qui déterminent ces coûts au Royaume-Uni, et permettre d’identifier les tendances réelles des coûts en capital. Nous pouvons tirer nos propres conclusions sur ce qui a motivé les entreprises derrière ces parcs éoliens offshore pour faire des offres de prix aussi remarquables avec l’encouragement soigneusement formulé du gouvernement et de l’industrie des énergies renouvelables

De nombreux journalistes ont naïvement supposé qu’un prix d’offre inférieur devait indiquer un coût en capital inférieur pour la construction des parcs éoliens. Mais cela ne doit pas nécessairement être le cas. Là encore, il est frappant de constater qu’on ne trouve dans tous les discours positifs publiés jusqu’à présent, aucune données claires à l’appui de l’affirmation implicite selon laquelle le coût en capital est en train de baisser. C’est en soi tout à fait surprenant. Si cela  était réel , les entreprises  s’en serviraient dans leur communication afin d’en tirer un avantage commercial. Mais en fait la seule preuve fournie de la baisse du coût en capital est le prix du CfD lui-même, qui est, ainsi qu’on l’a vu plus haut, une preuve des plus équivoques.

Malheureusement, il y a une grave pénurie d’informations fiables sur les coûts d’investissement. De nombreuses estimations initiales sont ensuite révisées à la hausse avec nettement moins de fanfare médiatique. Par exemple, une annonce anticipée pour le parc éolien Borkum Riffgrund 2 (Allemagne mer du Nord) d’une capacité prévue de 450 MW, a vu son coût en capital estimé à 1,35 milliard d’euros. Une annonce boursière ultérieure relative à la vente d’une participation de 50% dans le développement impliquait un coût total de développement de près du double…

Conclusion

Les CfD annoncés pour Triton Knoll, Hornsea 2 et Moray East ne nous disent rien sur le coût réel de l’éolien offshore, et la couverture médiatique mettant en avant un « nouveau paradigme dans les énergies renouvelables » fait preuve d’une crédulité confondante. Que tant de journalistes aient  accepté ce récit sans aucun doute suscite de graves inquiétudes sur leur jugement .

Notre analyse des données sur les coûts en capital dans le domaine public montre que les réductions de coûts depuis 2013 ont été largement compensées par les effets de l’exploitation de sites de plus en plus profonds.


La hausse des coûts de l’éolien offshore pose un défi pour les énergies renouvelables  (2022)

https://www.cityam.com/a-green-price-to-pay-why-offshore-winds-rising-costs-pose-a-challenge-for-renewables/

L’inflation galopante, la stagnation de la croissance économique et la pression intense sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux entrainent une forte augmentation des coûts de l’énergie éolienne.  La solution de décarbonation  « à long terme » du Royaume-Uni, la production éolienne offshore, est maintenant confrontée à de réels défis de rentabilité pour la construction de nouvelles turbines…


C’est depuis 2015 le cinquième cycle d’allocation selon le principe du CfD : lorsque les prix de gros de l’électricité sont supérieurs au prix convenu dans le système CfD, les producteurs remboursent la différence.

Jusqu’à présent, le gouvernement a attribué 27 GW d’énergie à faible émission de carbone par le biais de CfD, soit assez pour alimenter 12 millions de foyers à travers le pays. Il a également vu le prix d’exercice de la production d’énergie renouvelable passer de 155 £ par mégawatt en 2015 à 37 £ par MWh l’année dernière. Le gouvernement vise à faire passer l’éolien offshore de 14 GW à 50 GW.

Cette baisse des prix en conjonction avec les pressions inflationnistes menace les marges des producteurs et devrait provoquer une augmentation des prix d’exercice pour la première fois

Le lobby ENR plaide pour plus de subventions 

Ana Musat, directrice exécutive de la politique et de l’engagement chez Renewable UK, a critiqué la promesse de financement de 205 millions de livres sterling du gouvernement pour le dernier cycle de CfD, la jugeant trop faible pour alléger la pression sur les entreprises énergétiques. Elle a fait valoir que les objectifs renouvelables du gouvernement risquent d’être compromis.  Les derniers tours d’enchères en Europe ont été décevants–aucune d’allocation en Espagne en novembre dernier.

Le gouvernement a ouvert une consultation sur les enchères d’éoliennes offshore, proposant que les avantages sociétaux des projets éoliens (??)soient pris en compte en même temps que les prix d’exercice pour les offres gagnantes, une idée d’actualité dans le contexte des vastes promesses de subventions dans la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA). Une proposition largement soutenue par Renewable UK 

Cependant, d’autre préfèrent une concurrence libre permettant de choisir la technologie décarbonée la plus efficace 

Andy Mayer, analyste de l’énergie à l’Institute of Economic Affairs, un groupe de réflexion sur le marché libre, a fait valoir que « la meilleure voie pour une décarbonisation abordable est une concurrence impitoyable sur les prix ». Cela signifierait une augmentation des coûts des énergies renouvelables à court terme, mais permettrait également une concurrence loyale avec d’autres industries telles que le nucléaire, l’hydrogène, les batteries et les technologies d’atténuation des émissions de carbone. 

« Le gouvernement doit maintenir une indifférence inébranlable à l’égard des plaidoyers spéciaux des intérêts particuliers avec des plans de croissance fantasmés. Le climat ne se soucie pas de savoir où ou comment le carbone est économisé, ou à qui appartient l’entreprise, et le gouvernement ne devrait pas le faire non plus. La seule croissance verte durable vient de vraies entreprises qui inventent des choses que d’autres veulent acheter, pas de subventions »,. 

Pertes et licenciements chez les fabricants éoliens. Modifier les CfD ? 

Kathryn Porter, consultante en énergie chez Watt Logic, a noté que les fabricants de turbines subissent des pertes importantes… les directeurs généraux d’Orsted et de Siemens Gamesa ont averti que le statu quo n’était pas viable, reconnaissant qu’ils ne pouvaient pas continuer à soutenir des projets déficitaires. 

Mme Porter a fait valoir que cela « fera inévitablement monter les prix dans le CfD ». Elle a également averti que l’énergie éolienne souffrait d’un défi à long terme avec des besoins en capital élevés avec un risque de ne pas récupérer leurs coûts d’investissement en raison de l’intermittence de leur production. 

Mme Porter a appelé à développer un nouveau type de CfD où le soutien aux parcs éoliens serait basé sur les besoins plutôt que sur le potentiel de production.

« Ce nouveau type de CfD permettrait de récompenser la flexibilité - c’est-à-dire que les aérogénérateurs feraient varier leur production en fonction des besoins (si possible compte tenu des conditions météorologiques) au lieu de recevoir des frais de réduction de production.  Avec les augmentations massives des coûts d’équilibrage résultant de l’augmentation de la production intermittente d’énergie renouvelable, cela pourrait être un moyen de gérer cette variabilité plus efficacement. »

NB : En septembre 20222, Siemens Gamesa a annoncé le licenciement de 11% de ses effectifs.

Les chaines d’approvisionnement, une grande fragilité pour l’éolien off shore (avril 03)

https://www.cityam.com/government-risks-higher-wind-power-as-industry-slams-lack-of-funds-for-auction-round/ 

La dernière fenêtre d’enchères en cours pour les projets éoliens offshore pourrait entraîner une hausse des prix de production et une pénurie de soumissionnaires, a averti le principal organisme de l’industrie éolienne du Royaume-Uni.

Renewable UK a déclaré  que le gouvernement n’avait pas engagé suffisamment de subventions pour tenir compte des pressions de l’inflation sur les minéraux critiques, les chaînes d’approvisionnement et le financement des développements éoliens, Un porte-parole a déclaré: « Comme toutes les parties de l’économie, le secteur de l’énergie est touché par les impacts de l’inflation, le coût des principaux intrants et produits de base, comme l’acier et le cuivre, atteignant des niveaux record au cours des 18 derniers mois. Il est difficile de dire où iront ces prix à l’avenir, mais l’impact à court terme est que les nouveaux parcs éoliens sont confrontés à des coûts plus élevés.”

Le référent de l’éolien offshore Tim Pick,  nommé par le gouvernement pour évaluer le secteur a fait valoir que des prix bas et durables dans le secteur des énergies renouvelables seraient difficiles à maintenir dans l’environnement économique actuel....« Nous devons reconnaître qu’en raison des contraintes de la chaîne d’approvisionnement ainsi que de l’augmentation des coûts du capital, il est peu probable que les prix d’exercice des CFD pour l’éolien offshore à fond fixe poursuivent leur trajectoire descendante ». 

Adam Bell (Stonehaven) a déclaré qu’il s’attendait à ce que les prix de la production augmentent, principalement parce que la demande dépassera durablement et pour longtemps les capacités des chaînes d’approvisionnement britanniques, le gouvernement visant une augmentation de 14 GW à 50 GW d’ici la fin de la décennie. « Je pense que certains des coûts plus élevés induits par l’inflation n’auront un impact qu’à court terme, mais la demande très élevée vers la fin de la décennie continuera d’avoir un impact sur les prix. Ce qui sera intéressant, c’est la mesure dans laquelle la chaîne d’approvisionnement se développera pour répondre à cette demande et, ce qui est important politiquement, où cette mise à l’échelle se produira »

Stuart Dossett, conseiller politique principal au groupe de réflexion Green Alliance, a suggéré une taxation plus favorable pour les énergies renouvelables. “Accorder aux énergies renouvelables une déduction pour investissement dans le prélèvement sur les bénéfices, comme celle accordée aux producteurs de pétrole et de gaz dans leur taxe sur les bénéfices exceptionnels, est une première étape pour minimiser le risque d’échec des enchères.”



Les promesses fallacieuses d’emploi dans l’éolien off shore en Ecosse (Avril 2023) 

https://www.heraldscotland.com/news/homenews/23489568.offshore-wind-delivers-one-tenth-jobs-promised-ministers/ 

Il y a dix ans, le gouvernement écossais proclamait  qu’il visait à devenir” l’Arabie Saoudite des Energies renouvelables” et le leader de l’Europe avec environ 28 000 emplois rien que dans l’éolien offshore. 

En réalité, l’éolien off shore n’a fournit qu’un dixième des emplois alors  promis par le dirigeants et ministres écossais soit selon les dernières estimations officielles (2021),  3100 emplois à temps plein dans l’éolien offshore.

Le syndicat GMB Scotland a écrit au secrétaire à l’énergie, Neil Gray, pour demander un sommet urgent afin de s’assurer que le pays ne continue pas à se tromper dans la révolution des emplois verts. Une lettre qui  a coïncidé avec le voyage de M. Gray au Japon pour une visite commerciale visant à encourager de nouveaux investissements japonais dans les énergies renouvelables écossaises. Le GMB que M. Gray « n’a pas besoin de faire le tour du monde » pour créer des emplois dans les énergies renouvelables en Écosse et a rappelé que le nombre d’emplois créés dans l’éolien offshore n’a pas suivi le montant des revenus générés - pointant un écart de 16 000 emplois entre les prévisions et ce qui a été effectivement réalisé. Le GMB réclame que davantage de turbines et autres infrastructures pour les parcs éoliens au large des côtes écossaises soient effectivement construites en Ecsse pour ycréer plus d’emplois. Le”s éoliennes sont en Ecosse, les profits sont ailleurs (

Selon les dernières estimations de l’Office of National Statistics, en 2014, chaque million de livres sterling de  CA réalisés par les entreprises éoliennes offshore s’est traduit par sept emplois, en 2021, ce chiffre a chuté à un seul emploi pour 1 million de livres sterling de chiffre d’affaires . Alors que le chiffre d’affaires de l’éolien offshore a été multiplié par plus de 27 au cours des sept années précédant 2021 - de 95 millions de livres sterling à 2,594 milliards de livres sterling, le nombre d’emplois n’a augmenté que de près de quatre fois et demie, passant de 700 à 3100.

Lors du sommet de la COP26 en 2021, Scottish Enterprise a signé un accord avec Marubeni Corporation, basée à Tokyo, pour explorer les opportunités de parcs éoliens flottants et d’hydrogène vert. Une autre société japonaise, Mitsubishi, est déjà un investisseur dans le plus grand parc éolien offshore en exploitation d’Écosse, Moray East, qui a été mis en service l’année dernière. La  Chine et des Émirats arabes unis, qui ont présidé aux préoccupations en matière de droits humains, figurent parmi les grands  bénéficiaires de la révolution verte écossaise.  Le Herald a révélé que les gouvernements étrangers, y compris la Chine, bénéficient déjà de plus de 200 millions de livres sterling de bénéfices annuels.  Les éoliennes sont en Ecosse, les profits ailleurs (la liste des bénéficiaires  comprend également la France, la Norvège, la Suède et la République d’Irlande)

Gary Cook, l’organisateur principal du syndicat GMB pour l’ingénierie et la fabrication, a déclaré que l’incapacité à créer et à protéger des emplois d’ingénieurs pendant la transition vers les énergies renouvelables est « abjecte et est devenue un embarras national ».

Les synndicats se sont également battus contre la très controversée concession des travailleurs de l’éolien offshore (OWWC), qui permet l’emploi de ressortissants étrangers à des conditions salariales et sociales minimales  sur des projets éoliens. Celle-ci va être abrogée.

NB :  Voire également https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/04/les-laisses-pour-compte-de-la-transition-verte-ecossaise_6100878_3244.html

Extraits

“Projet NnG (opéré par EDF), à 15 kilomètres au large de Methil...  “85 % des fondations des éoliennes de NnG sont fabriquées en Indonésie, à l’autre bout de la terre. Elles devront être amenées sur des barges géantes, tournant au diesel, c’est absurde... Seagreen (à une trentaine de miles plus au sud) fait travailler des sociétés chinoises, et Moray Est a passé commande aux Emirats », d

Richard Hardy, secrétaire pour l’Ecosse du syndicat Prospect, cite le cas du projet éolien Beatrice, au nord d’Inverness, piloté par le norvégien SSE, « qui a salarié des Philippins, des Indiens et des travailleurs d’Europe de l’Est en les payant de 2 à 3 livres de l’heure, bien au-dessous du salaire minimum au Royaume-Uni, qui ne s’applique pas au-delà des 3 miles nautiques. Comment lutter contre ces pratiques d’esclavage moderne ? »

Autres conséquences environnementales des éoliennes off shore

 1) le Balsa et la déforestation en Amazonie

Certaines éoliennes, particulièrement off shore utilisent massivement du balsa Les trois pales de 81 mètres de long des éoliennes offshore de Siemens Gamesa contiennent au total près de 6 tonnes de balsa (approx. 40 m³). Cela correspond pour l’éolienne entière à environ 40 arbres !  D’autres constructeurs d’éoliennes utilisent également le balsa, mais en quantités moindres : environ 9  m³ pour Nordex et 2.5 m³ pour Vestas en 2021).

Et ça se voit : Le plus gros consommateur mondial de balsa est l’entreprise Siemens Gamesa. Le groupe éolien germano-espagnol a consommé près de 26 000 tonnes de balsa en 2021 (soit environ 150.000 arbres). Cette consommation massive de Bals par l’éolien s’accompagne d’exploitation sauvage et de déforestion en Amazonie

Pour aller plus loin,

https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1255/vos-eoliennes-contiennent-elles-du-balsa-damazonie#

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/10/du-balsa-dans-les-eoliennes-oui-et-pas.html


3) Eoliennes géantes, SF6 et réchauffement climatique

En marin, on recourt désormais aux turbines de type 4, dont la puissance atteint 10 MW, en attendant des turbines de 20 MW. Ces nouvelles turbines, généralement constituées d’un moteur synchrone à aimant permanent, sont très faciles à connecter au réseau, notamment parce qu’elles sont autonomes en énergie.

Pour gagner de la place, on recourt à des tableaux électriques appelés GIS (Gas Insulated Switchgear), dans lesquels un gaz spécial, le SF6 (hexafluorure de soufre, au fort pouvoir isolant) permet de raccourcir fortement ces distances. Or, le SF6 est le plus puissant gaz à effet de serre et son utilisation, après un premier moratoire obtenu par l’industrie éoleinne allemande, devrait  être interdit à partir de 2030.

Les mesures de l'air au-dessus de l'Allemagne ont déjà identifié le pays comme le pire contrevenant en Europe en ce qui concerne le SF6. Avec les 30.000 éoliennes allemandes, l´effet du SF6 qui s´en échappe est plus important que celui du trafic aérien intérieur de l´Allemagne.

Pour aller plus loin

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/11/les-eoliennes-vertes-voir-2-le-sf6.html

 


3) Eoliennes off shore et métaux rares

Les nouvelles turbines de forte puissance pour l’éolien off shore utilisent des aimants permanents et nécessitent donc des métaux rares. L’éolien off shore est de loin la technique de production d’électricité présentant la plus grande fragilité vis-à-vis de matériaux et métaux stratégiques, avec des dépendances stratégiques fortes pour le cuivre, le cobalt, certains métaux ( terres) rares (néodyme, dysprosium…) (Métaux pour une énergie propre: voies pour relever le défi des matières premières en Europe-KU Leuwen University, 2022). Christian Buch, PDG de Siemens Renouvelable affirmait en novembre 22 «N’oubliez jamais que les énergies renouvelables comme l’éolien ont besoin, en gros, de 10 fois plus de matériaux par rapport à ce dont les technologies conventionnelles ( dont le nucléaire)  ont besoin »

Cette frénésie de métaux pose de réelles questions sur la viabilité et la durabilité d’un développement massif de  l’éolien offshore, qui se verra confronter à de sérieux goulots d’étranglement physiques et économiques. Et aussi, bien sûr, l’explosion nécessaire des extractions minières dans des pays où la protection de l’environnement est pour le moins laxiste pose de sérieux problèmes écologiques

Guillaume Pitron : La guerre des métaux rares: La face cachée de la transition énergétique

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2023/05/rapport-rapport-rystad-energy-pour-wind.html

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/06/metaux-pour-une-energie-propre-voies.html

vendredi 5 mai 2023

Rapport Rystad Energy pour Wind Europe De son propre aveu, l’industrie éolienne européenne est en bonne voie pour se crasher !

 Ou Eoliennes, les Industriels Européens tirent la sonnette d’alarme face à la Chine ( Les Echos, 3 mai 2023)

https://fr.businessam.be/eolien-europe-industrie-chaine-approvisionnement-dependance-chine/?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

The State of the European Wind Energy Supply Chain, Rystad Energy report in cooperation with WindEurope, april 2023

Contexte : un rapport demandé par le lobby de l’éolien Wind Europe… conclut à la quasi impossibilité de réussite des plans très ambitieux de Wind Europe pour l’éolien terrestre et surtout l’éolien maritime. Et la plupart de la valeur…risque de partir en Chine.

NB :en France, le pacte pour l’éolien en mer signé en 2022 prévoit 40 milliards d’euros d’investissements sur les 15 prochaines années et 20000 emplois nouveaux

Wind Europe 2030 : un scénario très ambitieux 30 GW  terrestre, 30 GW offshore

Ce n’est pas un problème d’accélération des procédures, mais de goulots d’étranglements physiques    

Certaines des principales initiatives politiques pour l’énergie éolienne en 2022 visaient à relever les objectifs et à les soutenir en raccourcissant les procédures d’autorisation, ce qui a été identifié comme le principal obstacle à la réalisation de nouvelles ambitions. Au cours des derniers mois, nous avons également vu plusieurs pays européens mettre de nouveaux domaines à la disposition de l’énergie éolienne, ce qui vise à soutenir la construction massive nécessaire. Cependant, l’accent a maintenant été mis sur la capacité de la chaîne d’approvisionnement à soutenir une augmentation aussi rapide du niveau d’activité. 

Pour la chaîne d’approvisionnement éolienne européenne, le défi peut sembler trop important à relever. Les fabricants d’éoliennes font état de faibles marges et de mauvais résultats financiers depuis plusieurs années, ainsi que de nombreuses autres entreprises le long de la chaîne de valeur... Des turbines plus grandes améliorent l’économie du cycle de vie total, et cela a conduit à une course entre les équipementiers pour fournir les turbines les plus grandes et les plus efficaces. Cela s’est fait au prix de budgets de R&D importants parmi les fabricants de turbines. 

De plus, l’inflation due à la pandémie de COVID 19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie continuent de remettre en question les marges déjà sous pression. La tendance des turbines vers le gigantisme crée de nouvelles contraintes sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Des composants tels que les fondations et les câbles interréseaux, doivent être modifiés et les capacités de manutention et de levage doivent être mises à l’échelle pour s’adapter à la taille croissante des aérogénérateurs. Cela ajoute au défi de la croissance pure de l’activité… 

Notre analyse montre que l’Europe n’a pas beaucoup  de temps devant elle – si l’on veut atteindre des objectifs de capacité éolienne ambitieux. La croissance rapide de l’activité nécessaire pour atteindre les objectifs nécessitera, dans certains segments, d’importantes expansions de la chaîne d’approvisionnement et, si ce n’est pas le cas, des goulots d’étranglement pourraient déjà apparaître d’ici 2024/2025. (Pour éviter cela, les fournisseurs doivent prendre la décision de se développer cette année (2023) ou la prochaine. Cela signifie que pour ces fournisseurs, un signal d’investissement fort doit être donné aujourd’hui, et que le moment est venu d’agir.) ( NB : le rapport a été commandé par Wind Europe) 

L’éolien offshore devrait connaître une augmentation plus forte vers 2030, avec une augmentation rapide de la taille des turbines. Cela devrait exercer une pression importante sur la fabrication de turbines de plus de 12 MW, de monopieux de grand diamètre et de fondations flottantes. 

Plusieurs autres parties de la chaîne d’approvisionnement au sens large seraient soumises à des pressions si l’on voulait atteindre les objectifs : les infrastructures de transport et de réseau seront sous pression, en plus des autres ENR à intégrer et d’une électrification générale du système énergétique ; la main-d’œuvre qualifiée pourra constituer un goulot d’étranglement pour des parties spécialisées de la chaîne d’approvisionnement éolienne; des activités navales, comme l’installation de fondations et de câbles, les navires d’exploitation de service (SOV) et les navires de ravitaillement de remorqueurs de manutention d’ancres (AHTS) pour l’éolien flottant, devraient nécessiter des expansions de la flotte; les ports ont besoin d’être modernisés pour soutenir la construction à grande échelle de l’éolien offshore et l’industrialisation de l’éolien flottant L’éolien flottant nécessitera aussi une augmentation significative de la fabrication de lignes d’amarrage. La demande matérielle devrait être multipliée par près de quatre d’ici 2030 si l’on veut atteindre les objectifs. Évalués en fonction de leur importance relative dans l’industrie éolienne, de la trajectoire de croissance attendue vers 2030 et du score relatif sur la fiabilité des approvisionnements, la possibilité de se les procurer et leur soutenabilité, l’acier, le cuivre et les minéraux des terres rares sont considérés comme les plus importants sur le plan stratégique. Ces deux derniers sont considérés comme les plus à risque, en raison de la croissance rapide de leur demande, de la dépendance relativement élevée de l’Europe à l’égard des importations de ces matériaux et de leur rôle essentiel dans les câbles et les turbines, respectivement.

 Les points critiques de la chaine de valeur


Les industries éoliennes en Europe

Les pays européens importants pour les chaînes d’approvisionnement éoliennes comprennent l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark, qui ont tous une activité importante de production des principaux composants des éoliennes – pales, nacelles et tours. Ces dernières années, la France est également devenue l’un des pays clés, avec de nouvelles usines de fabrication de pales et de nacelles. Pour les fondations éoliennes offshore, les principaux producteurs sont les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark. Sans surprise, ces pays figurent également parmi les leaders en termes de capacité installée pour l’éolien offshore en Europe..

L’ inflation dans l’industrie éolienne : touché, coulé ? 

Au sein de l’industrie éolienne, tous les secteurs ont été fortement touchés par l’inflation : turbines, câbles, fondations et sous-stations. Les fabricants d’équipements éoliens ont dû faire face à la hausse des prix des matières premières et à la volatilité des prix de l’énergie, mais aussi à des tarifs d’expédition élevés au cours de la dernière année. Les composants de turbines ont été parmi les plus touchés par l’inflation, suivis les câbles et les monopieux. En outre, l’inflation n’a pas seulement affecté les matériaux et composants clés, mais aussi les taux de main-d’œuvre et les coûts d’installation.

Remarque : selon ma remarque du PDG de Siemens Renouvelable en novembre 2022,  les ENR comme l’éolien ont besoin de 10 fois plus de matériaux par MW.h que les techniques comme le nucléaire. Elles sont donc beaucoup plus sensibles à l’inflation.

D’autres données confirment ces résultats

https://www.energymonitor.ai/tech/renewables/data-insight-the-cost-of-a-wind-turbine-has-increased-by-38-in-two-years/ 

Le coût d’une éolienne a augmenté de 38% en deux ans

Le prix moyen des principaux minéraux critiques nécessaires à la construction d’une éolienne a grimpé de 93% depuis la période pré-Covid avce des pointes impressionnantes pour le molybdéne (265%), les Terres rares (128%), le cuivre (47%)

Résultats financiers des fournisseurs d’énergie éolienne : en forte chute, et ça va pas s’arranger 

La spirale à la hausse des prix des matières premières a fortement retenti sur les marges bénéficiaires des fabricants d’éolienne. La taille croissante des turbines augmente l’utilisation de matériaux par turbine, ce qui rend l’inflation des matières premières encore plus impactante. Si l’on considère les revenus cumulés des trois fournisseurs européens d’éoliennes cotés (Vestas Wind Systems, Nordex SE et Siemens Gamesa), on observe une baisse de 11% de leurs revenus au T2 2022 et une baisse de 16% au T3 2022. Les revenus du secteur éolien terrestre se sont avérés plus résilients que ceux du secteur éolien offshore ces derniers mois. En outre, les marges des fournisseurs ont également été durement touchées par l’inflation et l’instabilité de la chaîne d’approvisionnement. Fondamentalement, alors que les prix des intrants montaient en flèche, les marges ont souffert du blocage des prix des produits finis. 

L’EBITDA combiné des trois fournisseurs européens d’éoliennes est devenu négatif au cours des trois premiers trimestres de 2022, ce qui s’est traduit par une marge négative de 6% au premier trimestre. Au cours du dernier trimestre de l’année, les revenus et les marges des fournisseurs ont commencé à revenir à des niveaux positifs. Cependant, les résultats financiers annoncés pour l’année entière seront négatifs

Green Deal Industrial Plan – vers une souveraineté européenne ? 

L’Europe semble prendre conscience de ces difficultés, notamment à travers le Green Deal Industrial Plan. Les politiques récentes ont pris la forme de trois propositions principales: la réforme de l’organisation du marché de l’électricité de l’UE, la loi sur les matières premières critiques et la loi sur la neutralité industrielle nette. Les propositions doivent encore être approuvées par le Conseil européen et le Parlement, ce qui pourrait entraîner des changements et répondre à certaines des préoccupations soulevées par l’industrie..

La place de l’Europe dans la production mondiale de matériaux 

En moyenne, la part de la Chine dans la production mondiale de matériaux est trois fois supérieure à celle des réserves chinoises, ce qui illustre à la fois la croissance économique rapide de la Chine et ses investissements dans son secteur minier, ainsi que le potentiel d’une plus grande diversification de la chaîne d’approvisionnement mondiale. La Chine contrôle plus de la moitié du processus de production éolienne, y compris la production de matières premières et la fabrication de composants individuels. Cette domination peut être nuancée car la demande intérieure chinoise répond à la majeure partie de la capacité de production éolienne de la Chine.

Cependant, alors que la domination de la Chine pour  le silicium polycristallin de la Chine a été la plus préoccupante jusqu’à présent en raison de l’énorme demande mondiale de panneaux solaires photovoltaïques, les problèmes géopolitiques potentiels en Chine pourraient également affecter fortement l’équilibre de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’énergie éolienne. La Russie reste un producteur important de certains des matériaux analysés, tels que l’acier, l’aluminium, le nickel ou le silicium. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a donc eu un impact significatif sur les flux commerciaux de matériaux. En réponse à l’invasion, environ 45 pays ont ajouté des sanctions ciblées contre la Russie ou se sont engagés à une combinaison de sanctions américaines et européennes. Parmi les matériaux sanctionnés pour l’industrie éolienne figuraient les combustibles fossiles, l’acier, le ciment et les plastiques. En outre, les États-Unis ont ajouté un droit de douane supplémentaire de 35 pour cent sur les importations de métaux, notamment le cuivre, l’aluminium, le plomb, l’argent, le fer et l’acier. Ces sanctions illustrent les perturbations potentielles qui pourraient affecter le tableau actuel de l’approvisionnement mondial en matériaux.

Dépendance européenne à l’égard des importations de matériaux : Quand c’est pas la Chine, c’est pas mieux ! 

La Fig17 illustre certaines des matières premières ayant un impact sur l’industrie éolienne et considérées par l’UE comme critiques ou stratégiques. Pour la plupart de ces matières, le taux de dépendance à l’égard des importations est supérieur à 50 %, ce qui définit le risque d’approvisionnement pour l’UE. Bien que la Chine soit le plus grand fournisseur mondial des matières premières les plus critiques, l’analyse de l’approvisionnement primaire de l’UE (c’est-à-dire la production intérieure plus les importations) raconte une histoire différente. Les matières premières sélectionnées proviennent d’un large éventail de pays, mais pour la plupart d’entre eux, l’Europe est fortement dépendante des importations, souvent de fournisseurs de pays tiers quasi monopolistiques.


Offre et demande européenne de matériaux

Parmi les matériaux qui devraient connaître la plus forte croissance de la demande relative vers 2030 figurent le plomb, le cuivre et les terres rares, principalement en raison de la croissance prévue de l’éolien offshore. Étant donné que la demande de matériaux provenant de l’industrie éolienne européenne devrait augmenter rapidement si l’Europe veut atteindre ses objectifs ambitieux, il est important d’évaluer l’état de l’offre et de la demande de ces matériaux. 

Le fer et l’acier, la fibre de verre, le cuivre, le silicium, le nickel et les terres rares sont les matériaux qui, selon cette évaluation, présentent des risques substantiels associés, et dont l’industrie éolienne européenne devrait être consciente. Trois de ces matériaux sont mis en évidence plus loin dans ce rapport : le cuivre et les terres rares, en raison de leur criticité et de leur importance stratégique, et l’acier en raison de son utilisation répandue dans la fabrication de composants éoliens.. 

Offre et demande européenne d’acier 

Pour les tôles d’acier, l’Ukraine a été un producteur important et, en 2021, le pays a fourni près de 50 % des importations de tôles de l’UE. En raison de l’invasion russe de l’Ukraine en février de l’année dernière, le plus grand producteur ukrainien de tôles fortes Metinvest a perdu le contrôle de ses deux usines de tôles à Marioupol, entraînant une baisse de la production de tôles de plus de 70% en 2022. Par conséquent, des pays comme l’Inde, l’Indonésie, le Japon et même la Turquie, qui n’ont qu’une seule usine, ont considérablement augmenté leurs exportations de tôles fortes vers l’UE. Jusqu’à présent, la Russie et l’Ukraine ont également été les plus grands fournisseurs de tôles de l’UE, exportant 93 % des importations de l’UE en 2021. 

Diverses usines dans la région, en particulier en Italie, dépendent entièrement des importations de tôles . La rupture d’approvisionnement s’est poursuivie tout au long de 2022, lorsqu’en septembre, la Corée du Sud, un grand producteur de tôles d’acier lourdes, a été frappée par un typhon causant d’importants dommages à plusieurs installations de fabrication appartenant au plus grand producteur d’acier du pays, POSCO.

Offre et demande européenne de cuivre 

L’année dernière, la production totale de cuivre dans le monde était d’environ 22 millions de tonnes métriques, selon le US Geological Survey, le Chili, le Pérou et la Chine étant les trois plus grands producteurs. L’Europe produit environ 1,8 million de tonnes métriques (en 2021) hors recyclage, où la Russie représente près de 50% de ce total. Bien que la majeure partie de la production mondiale se fasse en dehors de l’Europe, la production de cuivre est bien diversifiée à l’échelle mondiale, ce qui explique pourquoi le métal ne figure pas au seuil de la liste des matières premières critiques de la Commission européenne.. 

Dernièrement, des grandes mines de cuivre au Pérou ont été arrêtées ou fermées en raison de troubles politiques et, avec le confinement de la Chine en 2022 en raison de Covid-19, la production de cuivre a considérablement diminué. En outre, les stocks sont à des niveaux très bas, ce qui se traduit par un marché mondial du cuivre actuellement tendu. Les confinements dans le monde entier au début de 2020 en raison du Covid-19 ont considérablement limité l’offre mondiale et poussé les prix du cuivre à la hausse. Le cuivre est produit dans de nombreux pays en développement et les organisations de défense des droits de l’homme ont lancé des avertissements sur les pratiques de travail illégales, en particulier dans les pays africains. Les travailleurs du cuivre des multinationales sont contraints à des conditions dangereuses avec peu de précautions de sécurité et de bas salaires.

Terres rares- offre et demande 

Selon la Commission Européenne, l’Europe importe actuellement 98 % de ses terres rares de Chine. En tant que tel, il existe des préoccupations quant aux goulots d’étranglement directs de la chaîne d’approvisionnement, également en termes de tensions géopolitiques. La plus grande menace pour l’approvisionnement en terres rares de l’industrie éolienne européenne est la dépendance à l’égard de la Chine pour la production. Par conséquent, dans une large mesure, la Chine contrôle également les prix des terres rares. Les Terres rares  se présentent généralement comme un mélange de plusieurs éléments et, en raison de leurs caractéristiques similaires, Le processus de séparation est complexe. En plus d’extraire la majeure partie du minerai, la Chine possède également le plus grand nombre d’installations de traitement et de raffinage, ce qui signifie que même si l’Europe et le reste du monde augmentaient leur capacité minière, le traitement aurait probablement lieu en Chine. L’Europe est donc contrainte de construire l’ensemble de la chaîne de valeur pour réduire sa dépendance. La Commission européenne a commencé son premier travail de cartographie des matières premières critiques pour de multiples industries en 2011.



Fabrication et exportation d’éoliennes : la Chine monte, monte, surtout sur les turbines les plus puissantes

Nous estimons que la capacité mondiale de fabrication d’éoliennes est d’environ 166 GW, soit environ 8% de plus qu’en 2021. L’Europe a contribué à environ 16 % de la capacité de production mondiale en 2022. L’année dernière, de fortes augmentations  ont été observées en Europe et en Chine, plusieurs fournisseurs chinois dévoilant leur capacité à fabriquer des éoliennes offshore de l’ordre de 12 à 16 MW. En Europe, Siemens Gamesa a ouvert sa base française de fabrication de turbines au Havre en mars 2022. Pendant ce temps, plusieurs entreprises en Chine, telles qu’Envision, CSSC Haizhuang Windpower, Shanghai Electric, MingYang et Windey, ont augmenté leurs capacités de fabrication avec de nouvelles installations, totalisant plus de 8 GW. La plupart de ces expansions chinoises concernent des éoliennes offshore, avec des capacités allant de 10 à 13 MW.

Les cinq principaux fabricants d’éoliennes représentent plus de la moitié de la capacité mondiale de fabrication d’éoliennes. Vestas est en tête avec plus de 20 GW de capacité de fabrication, tandis que le plus grand fabricant d’éoliennes chinois Goldwind occupe la deuxième position avec environ 18 GW. Les concurrents occidentaux de Vestas, dont General Electric et Siemens Gamesa, occupent respectivement la troisième et la quatrième place, avec une capacité de production combinée de plus de 30 GW. Un autre fabricant chinois, Envision, occupe la cinquième position avec près de 14 GW. En dehors de Goldwind et Envision, d’autres équipementiers chinois tels que MingYangandWindey figurent parmi les dix premiers fabricants mondiaux d’éoliennes. En ce qui concerne les exportations , Vestas est en tête avec plus de 13 GW de turbines expédiées l’année dernière, suivie de Goldwind et Envision, qui ont expédié plus de 20 GW d’éoliennes combinées l’année dernière. Siemens Gamesa a livré plus de 8 GW de turbines, tandis que GE n’a livré qu’environ 7,5 GW de turbines l’année dernière, soit une baisse de 45%

Capacité mondiale de fabrication de pales et de nacelles : domination insolente de la Chine 

Nous estimons que la capacité mondiale de fabrication de pales s’élevait à 166 GW à la fin de l’année dernière. La Chine détient la majeure partie de la fabrication de pales, représentant plus de 60%, tandis que l’Europe suit avec environ 15%. L’Inde et les États-Unis ont également contribué de manière significative à la fabrication mondiale d’éoliennes, bien que les deux produisent principalement des éoliennes terrestres plus petites. Le marché des pales d’éoliennes dépend en grande partie de producteurs de pales indépendants, tels que TPI Composites et d’autres fabricants chinois de pales de premier plan, notamment LZ Blades, Zhuzhou Times New Material et Sinoma. Nous estimons que TPI est le plus grand fabricant de pales au monde, de nombreux fabricants occidentaux s’approvisionnant chez lui.

NB : Et pour les pales reste le problème du Balsa et de la déforestation de l’Amazonie pour fabriquer des pales en Chine et les réexporter en Europe cf sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2022/10/du-balsa-dans-les-eoliennes-oui-et-pas.html

La Chine domine également le marché des nacelles, représentant près de 60% de la capacité de fabrication mondiale. Rystad Energy estime que la contribution de l’Europe à la fabrication mondiale de nacelles était d’environ 17% en 2022. On estime que Vestas, Goldwind et Envision sont les trois premiers fabricants de nacelles au monde..

Équilibre entre l’offre et la demande européennes de turbines : goulot dès 2026 ! Et même pour des fournissseurs européens, pas sûr que la fabrication se fasse en Europe 

Rystad Energy estime que le marché européen de l’éolien pourrait être confronté à un goulot d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement pour la fabrication d’éoliennes dès 2026. Sur la base du scénario d’objectifs 2030 de WindEurope, les ajouts annuels de capacité éolienne en 2026 s’élèvent à 34 GW, soit environ 5 GW de plus que la capacité de fabrication de nacelles et de pales prévue en Europe la même année. Dans un scénario où la demande européenne ne doit être satisfaite que par l’offre européenne, la demande devrait dépasser l’offre d’ici 2026, en particulier pour les pales. À l’approche de 2030, les niveaux actuels de capacité d’offre représentent environ la moitié de la demande prévue en Europe, le secteur éolien offshore contribuant à la majeure partie de la demande en 2030.

Cependant, il est également important de noter que les principaux fabricants de turbines occidentaux, tels que Vestas, Siemens Gamesa, GE, Nordex et Enercon, détiennent des capacités de fabrication importantes en dehors de l’Europe, y compris l’Asie du Sud-Est, la Chine, l’Inde et les États-Unis, ce qui rendrait possible un approvisionnement supplémentaire à l’Europe à partir de ces bases. Néanmoins, cela pourrait être difficile, car ces régions devraient également connaître une augmentation de la demande intérieure, tirant sur leurs bases d’offre intérieures respectives. 


Équilibre entre l’offre et la demande en Europe pour différentes tailles de turbines ; c’est pire pour les plus grandes éoliennes

La figure 26 compare la capacité européenne actuelle de fabrication de turbines et la demande prévue pour différents groupes de tailles de turbines. Seules quelques bases européennes peuvent actuellement produire des turbines de plus de 12 MW, notamment GE à Cherbourg, les installations d’Aalborg et de Hull de Siemens Gamesa et Nakskov de Vestas – ces trois dernières n’étant pas encore entrées en production en série. Nous estimons que la capacité de production actuelle d’éoliennes de plus de >12 MW en Europe est inférieure à 2 GW, nettement inférieure à la demande en 2026 et 2030 d’environ 12 GW et 29 GW, respectivement. Comme il faut 2-3 ans pour construire une base de fabrication majeure et 1-2 ans pour réutiliser une base, des expansions sont nécessaires pour être lancées dès 2024 pour éviter une sous-offre pour ces grandes turbines en 2026

Équilibre entre l’offre et la demande européennes pour les tours

Etant donné que les tours sont fabriquées principalement en acier et que leur  hauteur varie considérablement selon la taille des turbines, les capacités de fabrication sont exprimés  en tonnes métriques d’acier

À la fin de 2022, la capacité de fabrication des tours européennes était estimée à environ 2,1 millions de tonnes métriques d’acier. Les expansions annoncées devraient porter ce total à près de 2,3 millions de tonnes métriques d’ici 2024. Avec les perspectives actuelles de capacité d’offre, la demande d’acier pour les tours devrait dépasser l’offre en 2026, car la demande annuelle cumulée d’acier pour l’éolien terrestre et offshore devrait dépasser 2,5 millions de tonnes métriques. Nous nous attendons à ce que ce décompte atteigne plus de 4 millions de tonnes métriques d’ici la fin de la décennie en 2030. 

Offre – demande européenne de câbles

La demande de câbles éoliens terrestres inter-réseaux devrait augmenter de 45% vers 2030 dans le scénario des objectifs 2030, par rapport à des niveaux déjà élevés. La demande de transport terrestre dépend fortement de la proximité d’un projet éolien au réseau et est donc difficile à quantifier. La demande de câbles inter-réseaux éoliens offshore devrait être multipliée par près de sept, car l’activité pour l’éolien offshore devrait augmenter plus rapidement par rapport à l’éolien terrestre. Alors que les turbines plus grandes réduisent le nombre de turbines (et de câbles réseau) nécessaires pour atteindre les cibles, la distance entre les turbines augmentera également, compensant quelque peu cet effet. 

La demande de câbles d’exportation pour l’éolien offshore devrait être multipliée par plus de 14 d’ici 2030, stimulée par la croissance rapide de l’activité et par les distances croissantes jusqu’à la côte. La demande de câbles d’énergie éolienne européenne devra concurrencer les autres secteurs mentionnés ci-dessus, et la forte croissance attendue des énergies renouvelables européennes et de l’électrification des systèmes énergétiques devrait exercer une pression à la hausse sur la demande.


Moteurs de la demande pour l’éolien offshore européen : des zones plus éloignées des côtes, des éoliennes plus hautes et plus puissantes, plus de câbles  !

L’augmentation rapide de la taille des turbines signifie une augmentation de la hauteur des moyeux et des tours de turbine plus grandes, ainsi qu’un besoin de fondations plus grandes, telles que des monopieux de plus grand diamètre. Les composants plus gros nécessiteront à leur tour un équipement de manutention amélioré, tel que des navires d’installation avec des grues plus grandes et une plus grande capacité de levage. Dans les régions éoliennes offshore établies, les zones proches de la côte et avec des eaux peu profondes commencent à être peuplées, ce qui signifie que les nouveaux développements devront se déplacer plus loin de la côte et potentiellement dans des eaux plus profondes. Cela devrait entraîner la nécessité de câbles d’exportation plus longs et un passage à des monopieux plus larges, à des gaines ou à des solutions flottantes. Le scénario des objectifs à l’horizon 2030 inclut également les pays ayant communiqué des ambitions éoliennes offshore et principalement des profondeurs d’eau adaptées aux solutions éoliennes flottantes. Des pays comme le Portugal, l’Espagne, la Norvège et l’Italie, entre autres, devraient stimuler la demande croissante de fondations flottantes, comme le montre la figure 3


Offre et demande européennes de fondations flottantes : accroissements importants mais incertains, besoin d’aménagement des ports peu prédictible. 

La fabrication de fondations flottantes, en revanche, n’en est qu’à ses balbutiements. Une forte augmentation prévue de la demande vers la fin des années 2020 exercera une pression sur l’expansion de la chaîne d’approvisionnement, avec une sous-offre attendue à partir de 2025, comme le montre la figure 38. Par rapport aux niveaux actuels et annoncés de fabrication de fondations flottantes, les capacités doivent être multipliées par cinq à six vers 2030 pour répondre à la demande prévue. Pour la fabrication de fondations flottantes, il existe un grand potentiel de hausse parmi les chantiers traditionnels, où une partie des zones pourrait être réutilisée pour l’éolien flottant. Cependant, les besoins en espace pour le stockage humide et sec sont élevés pour l’éolien flottant et nécessiteraient d’importants investissements en capital. Couplé à des perspectives encore incertaines pour une construction d’éoliennes flottantes à grande échelle, le signal d’investissement peut encore manquer pour ces chantiers.