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lundi 5 février 2018

Halte au nucléaire bashing (2) Les margoulins du gaz et des éoliennes

Pourquoi les producteurs de gaz adorent les éoliennes

Dans mon dernier blog (Halte au nucléaire bashing), j’écrivais «  il y a contre le nucléaire à l’œuvre une véritable campagne de désinformation, continue, acharnée, durable. En maitre d’œuvre, les tenants de la secte libérale dominant à Bruxelles, allergiques à  toute forme de service public et qui en ont juré la destruction et la privatisation, en particulier de l’énergie ; c’est que l’électricité nucléaire, en raison de son intensité capitalistique, des problèmes de sécurité, de ses liens historiques avec l’Etat rend impossible toute privatisation du secteur nucléaire- surtout après Fukushima ; et c’est très embêtant, pour les fanatiques de la libéralisation de l’énergie ; en  complices, les opportunistes très intéressés, les concurrents gaziers d’EDF, magouilleurs qui au prétexte d’énergies renouvelables veulent en réalité développer leur activité gazière,  en imbéciles complices, certains écologistes rétrogrades et scientifiquement incultes et les manipulateurs et profiteurs de peurs.
Développons : les producteurs d’électricité gazière se livrent à un lobbying intensif, indécent, éhonté…pour les éoliennes. Etrange non ! Ben non ! Car pour chaque électron produit par une éolienne, il faudra ajouter au moins quatre électrons produits par une centrale à gaz (appel à contributions : quelqu’un aurait une valeur exacte et certifiée) simplement pour pouvoir assurer la sécurité d’approvisionnement et la stabilité du réseau ( cf le blog sur la situation en Australie). Tous ceux qui veulent prendre la peine de se renseigner sur le sujet peuvent le faire et éviter la propagande très intéressées des gaziers. Sur le ton et sur le fond, un des textes les plus intéressants me parait un blog Médiapart de Pierre Yves Morvan :intitulé le solaire et l’éolien marchent au charbon (https://blogs.mediapart.fr/pierre-yves-morvan/blog/300814/le-solaire-et-l-eolien-marchent-au-charbon). Extraits :

Imaginons un mode merveilleux

« Lorsque les militants et la presse annoncent la construction d'un parc d'éoliennes de tant de MW, capable d'alimenter une ville de vingt mille habitants, il faut comprendre que ces éoliennes alimenteront une ville de vingt mille habitants, seulement les quelques rares heures où le vent aura la force exacte permettant la production nominale des éoliennes. Une éolienne de 2 MW est capable de fournir 2 MW... quand il y a du vent, le bon vent, pas trop faible, pas trop fort. Le reste du temps, elle produit moins de 2 MW, et même rien du tout. Compte tenu des fluctuations du vent, qui est brise, zéphyr, ou ouragan, tout se passe comme si une éolienne fonctionnait un quart ou un cinquième du temps à plein régime, son régime nominal... et était à l'arrêt le reste du temps 1. C'est-à-dire que ce nouveau parc d'éoliennes alimentera la ville pour l'équivalent d'un trimestre seulement. Le reste du temps, il faut trouver d'autres énergies ; lorsque l'on construit une éolienne, il faut construire aussi, ou maintenir en service, des centrales-béquilles de puissance équivalente, pour garantir la fourniture d'électricité lorsqu'il n'y a pas, ou pas assez, de vent… »

"Imaginons un monde merveilleux, avec profusion d'éoliennes, partout, et de panneaux photovoltaïques, sans aucune centrale à combustibles fossiles... Imaginons maintenant une belle nuit étoilée sans vent, de celles qui font le bonheur des amoureux et des poètes… Ce serait une belle nuit sans électricité ; l’obscure clarté qui tombe des étoiles ne produit pas d’électrons.
Cela met en évidence un gros problème de la nouvelle électricité renouvelable, celle que produisent éoliennes et panneaux photovoltaïques : elle est inconstante, instable, changeante, volage, on ne peut pas compter sur elle ; il suffit d’une saute de vent, d’un nuage qui passe... et il n'y a plus d'image à la télévision, et le TGV s'arrête en rase campagne. C'est bête à rappeler : il y a aussi des jours sans vent et des nuits sans soleil.
S'il n'y avait que les éoliennes, le TGV avancerait au rythme des tourbillons et des soupirs du vent, pouvant même rester des jours entiers en rase campagne ; pour les rendez-vous, c'est stressant. Dans ces conditions le char à voile est aussi rapide, et bien plus fun. Pour ceux qui ont le mal de mer en char à voile, il est donc nécessaire que la nouvelle électricité renouvelable soit doublée par d'autres centrales moins volages, sur lesquelles on puisse vraiment compter"

«  L'énergie éolienne n'est pas vraiment une énergie renouvelable ; aux trois quarts, c'est une énergie fossile… Les arbres d'acier des éoliennes cachent la forêt fossile. »

« C'est pourquoi, pendant que l’Espagne développait sa capacité éolienne ces dernières années, elle construisait aussi des centrales à gaz pour une capacité de 15 GW. C’est pourquoi l’Allemagne, qui prétend sortir du nucléaire, entre autres en construisant des éoliennes, est obligée de construire aussi, ou de maintenir en service, des centrales à combustible fossile pour les jours sans vent – il y en a. La construction ou la modernisation de 29 centrales au gaz et 17 au charbon est planifiée… Compte tenu de la durée de vie de ces centrales, leurs cheminées fumeront encore dans 40 ans. Les Grünen français se pâment d'admiration. »
« C'est pourquoi dans un pays comme la France, où il n'y a pas un parc suffisant de centrales à combustibles fossiles que l'on pourrait maintenir en service, la construction massive d’éoliennes nécessiterait la construction de nouvelles centrales thermiques, et entraînerait des émissions accrues de CO2. Le scénario serait le suivant, cas d'école avec des éoliennes : - - On ferme une centrale nucléaire de 1 000 MW qui n'émet pratiquement pas de CO2.
- On construit des éoliennes pour une capacité nominale de 1 000 MW.
- On construit une centrale au gaz, russe ou autre, de 1 000 MW, pour les jours sans vent, plus largement pour toutes les conditions pendant lesquelles les éoliennes n'atteignent pas leur puissance nominale.
- Compte tenu du facteur de charge des éoliennes (environ un quart), le résultat sera équivalent à des éoliennes fournissant 1 000 MW un quart du temps, et une centrale au gaz de 1 000 MW fonctionnant les trois quarts du temps, avec émission de CO2.

Tenter de remplacer une centrale nucléaire par des énergies renouvelables en France, ce n'est pas seulement se tirer une balle dans le pied, c'est carrément se tirer une balle dans le ventre. Très douloureux. »

En passant, Pierre Yves Morvan démonte la manipulation de certains chiffres, comme ceux du Danemark : « On cite le cas danois pour démontrer que c’est un faux problème ; mais c’est une fausse démonstration. Il est vrai que les Danois réussissent à injecter 20% d'électricité éolienne, par rapport à la consommation strictement danoise, sur le réseau. Mais ce résultat n'est obtenu que parce que le réseau danois fait en réalité partie d’un plus vaste réseau, incluant la Norvège et son abondante production hydraulique, laquelle est contrôlable. Dans cet ensemble la part de l’éolien danois est largement inférieure à 20% »

Alors on comprend pourquoi les gaziers plaident pour le développement des éoliennes et même la fermeture de centrales nucléaires : c’est la promesse d’immenses profits pour eux, au détriment de la lutte contre le dérèglement climatique, du coût de l’électricité, de l’indépendance énergétique nationale et de l’emploi en France.

Eurogas, un lobby gazier très efficace

La propagande des gaziers est tellement outrancière qu’elle a commencé à faire réagir certains écologistes plus intelligents et mieux informés. « Le gaz est une énergie propre » ose Mestrallet, PDG de Suez Ben ça dépend par rapport à quoi (au charbon et au fuel oui, au nucléaire non !). Et ça dépend d’où il provient : cela n’est valable, ecxplisque Alain Grandjean, conseiller de Hulot,  que si celui-ci est «produit et transporté sans fuite, ce qui n’est pas le cas du gaz de schiste». Car la fracturation hydraulique, seule technique permettant aujourd’hui d’extraire les gaz et pétroles de schiste, entraîne d’importantes fuites de méthane, qui s’ajoutent à celles qui ont lieu lors du transport, du traitement et de la distribution du gaz. Or le méthane est un gaz très réchauffant, 25 fois plus que le dioxyde de carbone (CO2). Le gaz issu du gaz de schiste est beaucoup plus néfaste pour le climat que le charbon et le fuel. Or, tous les pays européens n’ont pas interdit le gaz de schiste ! Shell a réussi à imposer au niveau européen un slogan scandaleux : « Gaz is good for Europe and Europe is good at gaz ».
Pour mémoire, Shell est l’un des lobbyistes les plus actifs auprès de la Commission Européenne- 4.5 millions d’euros de dépenses annuelles, révèle un article du Guardian du 21 sep 2015, lequel écrit aussi que le Directeur Général de l’énergie auprès de la Commission Européenne, M. Dominique Ristori, a envoyé un mel au très puissant lobby Eurogas, instrument de Shell, BP, Suez…dans lequel il le félicitait de partager complètement les vues de la Commission.  

On pourrait souhaiter politique plus avisée et s’inquiéter de ces vues complètement partagées

Et donc, demandez le contrat nucléaire !
En attendant tiens, pourquoi pas une petite lettre à votre fournisseur favori, pour un nouveau type de contrat, un contrat nucléaire :


Parce que je suis un citoyen vraiment concerné par le dérèglement climatique et que je veux une électricité décarbonée, parce que je veux lutter contre la précarité énergétique et pour la compétitivité de l’industrie française avec une énergie bon marché, parce que je veux la sureté et l’égalité d’approvisionnement sur tout le territoire et un réseau qui ne s‘effondre pas en hiver, ni d’ailleurs en été, je demande un contrat me garantissant une énergie électrique à 80% nucléaire

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