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samedi 3 février 2018

Réforme du Bac et du Lycée : c’est la démission finale !

La réforme du grand renoncement

Dans un récent blog, (J.M. Blanquer, serial killer de l’enseignement de l’histoire. Pourquoi tant d’indulgence ?), je m’inquiétais des précédents d’un Jean Michel Blanquer, à la manœuvre de l’Education nationale depuis très longtemps et qui avait déjà démontré sa nocivité en voulant supprimer l’enseignement de l’histoire des classes terminales. Avec l’enthousiasme béat des Natacha Polony, des Jacques Julliard devant quelques propos de bon sens sur l’enseignement de la lecture, je me sentais bien seul, à la remarquable exception de M. Laurent Wetzel  qui dans le n° de novembre 2017 de la Revue des Deux Mondes  rappelait sans complaisance ce que fut l’action destructrice de M. Blanquer  sous les différents ministres qui se sont succédés.
Eh bien la parution du rapport Mathiot sur le projet de réforme du Bac et bien plus encore du Lycée conforte toutes les inquiétudes que l’on pouvait avoir et fait la preuve d’une politique de démission complète, de renoncement à l’élitisme pour tous cher à ces grands réformateurs que furent Langevin et Wallon, d’ abandon de l’ambition de former des élèves dotés d’une solide culture générale (au moins pour certains d’entre eux), qui faisait heureusement contraster le bac français avec ses homologues anglo-saxons beaucoup plus spécialisés et de niveau moins élevé. Et ceci alors justement que le bac au format français commençait à séduire certains pays.

Les principaux points de la réforme :

Réduction à quatre épreuves ( deux majeures, deux mineures) en terminale, les épreuves anticipées de français en fin de première restent inchangées. A titre de comparaison, les élèves passent entre dix et quinze épreuves aujourd’hui, en fonction de leurs options. En terminale, le bac consisterait en deux épreuves au printemps (sur les deux majeures), et deux épreuves en juin, un grand oral et une. L’ensemble des épreuves terminales pourrait peser pour 60 % de la note.
Un grand oral de trente minutes en fin de terminale, où le candidat présenterait un projet interdisciplinaire lié à l’une de ses majeures, qui pourrait peser pour 15 % de la note globale. Est aussi mentionné la prise en compte d’activités extra scolaires
Les autres matières seraient évaluées en contrôle continu
Le rattrapage serait remplacé par un examen du livret scolaire de l’étudiant.

Et surtout, disparition des filières S,L,ES etc. Elles sont remplacées par deux disciplines "majeures" choisies dès la Première parmi une dizaine de combinaisons possibles (par exemple maths/sciences économiques ou lettres/langues) et deux disciplines "mineures" auxquelles s'ajouteraient des enseignements facultatifs.

Une réforme importante et…pas de concertation.  Bouclé en trois semaines

C’est au donc au-delà du bac et de son articulation de plus en plus problématique avec l’enseignement supérieur, en l’absence de filières identifiée, une véritable révolution du Lycée, qui est proposée, non imposée. Car Mesdames et Messieurs, selon une bonne méthode  qui a fait ses preuves avec la réforme du travail, il n’y aura pas de concertations, ou juste pour la forme puisque entre la publication du rapport Mathiot, resté soigneusement confidentiel,  et la présentation du projet de réforme en Conseil des ministres, il y aura moins de trois semaines.

Ainsi se confirme une caractéristique de ce nouveau régime : le passage en force, sans aucune étude d’impact, sans réflexion, de mesures majeures, avec une assemblée de députés qui votent sans barguigner tout ce qui a l’approbation du Chef Macron,  bien pire esclaves moutonniers  que les godillots gaullistes- dont certains avaient en fait un caractère bien trempé !  Et voilà comment passera une réforme majeure qui va hypothéquer l’avenir des enfants.

Et tant pis pour le mauvais procédé à l‘encontre de ceux qui, comme Cedric Villani, avaient été chargés de missions spécifiques, dans son cas d’une étude sur l’enseignement des mathématiques, dont la baisse de niveau inquiète nombre de scientifiques. Tant pis sur leurs conclusions vont à l'encontre de la réforme en discussion, pardon, déjà adoptée.  ( A propos, il me semble que M. Villani avale en ce moment couleuvres après couleuvres- jusqu’à quand tiendra-t-il ?)

Enseigner moins pour dépenser moins

Et surtout, il y a derrière un discours parfois habile (notamment vis-à-vis des profs de philo dont on sait la propension à l’opposition), la volonté première de faire des économies et pour cela, d’enseigner moins. Ainsi, notait un professeur d’histoire, « en 1980/90 j'enseignais 4 h d'Histoire géographie en 2nde. Dans les années 2000 3H. Les professeurs de SES font remarquer : «  une majeure c'est deux ou trois heures alors qu'aujourd'hui les SES ont 5 heures en première et souvent une heure d'accompagnement personnalisé ». La place de la philo est conforté en tant qu’épreuve, maos pas en temps d’enseignement ! Meilleure preuve de cette volonté d’enseigner moins : la forte réduction dès cette année des postes aux concours enseignants ! Pourtant, c’est sûr, il n’en manque aucun dans les classes !

Renforcement des inégalités
                                                   
On le sait, la difficulté de l’enseignement à lutter contre les inégalités sociales et culturelles et à promouvoir le talent et le mérite ne cesse de s’aggraver, et la réforme en cours va encore aggraver la situation. Pour trois raisons : 1) La suppression des filières aura pour conséquence un système encore moins lisible  Dès la seconde, il faudra qu’un jeune lycéen commence à se spécialiser par ses choix de matières, dites majeures. Par la suite, il faudra faire preuve de stratégie pour choisir les bons couplages de matières qui ouvriront les portes du supérieur. Raymond Boudon l’a bien montré : quand on multiplie les choix, ce sont ceux qui connaissent le mieux le système, ceux qui ont les meilleurs réseaux qui font les meilleurs choix. Les autres, issus de familles modestes, s’y perdent. 2) La part croissante du contrôle continu, donc basé sur des références locales d’établissement – eh bien, certains établissements sont plus égaux que d’autres, et l’on sait ce que vaudra le contrôle continu dans tel lycée prestigieux, mais pas dans tel autre. 3) l’oral, en particulier le grand oral qui comptera pour 15% favorise beaucoup plus qu’un écrit anonyme les enfants de bonnes familles et de bons quartiers.


Le rapport Mathiot vante « un lycée des possibles. Non, c’est un lycée du grand renoncement que l'on prépare

Que veut-on à la fin ? Des scientifiques idiots manifestant  « une désastreuse indifférence pour le cours général des affaires humaines, pourvu qu’il y ait sans cesse des équations à résoudre et des épingles à fabriquer ». (Auguste Comte, fustigeant la « spécialisation dispersive ?). Des littéraires « se glorifiant systématiquement de leur ignorance scientifique et philosophique, qu’ils tentent vainement d’élever en garanties d’originalité  (Auguste Comte, encore !), incapables de comprendre les méthodes et résultats généraux des sciences et des techniques qui ont façonné et façonneront de plus en plus notre monde ? Il y a derrière tout cela  la haine de l’élitisme, la fabrique de la docilité

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