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mercredi 21 septembre 2011

Le nouveau livre de Pierre Péan : Mais qui donc dirige EDF ?

Le nouveau livre de Pierre Péan : Mais qui donc dirige EDF ?

Le mystérieux M Djouhri

Révélations écoeurantes dans le dernier livre de Pierre Péan, La république des mallettes, reprises dans le no de Marianne du 10 septembre. Un personnage important mis en exergue est Alexandre Djouhri, proche dans sa jeunesse du gang de la banlieue nord et interpellé dans la cadre d’une enquête sur des hold-up de bijouteries. Il semble qu’il garde de sa jeunesse de bonnes relations avec certains policiers haut placés, proches de Pasqua, et quelques années plus tard, on le retrouve s’activant plus haut niveau dans les affaires de la Françafrique, familier de Tarallo (l’ancien directeur des affaires générales d’Elf) et de Villepin, puis se ralliant à Sarkozy ; Péan décrit une séance hallucinante à l’Elysée, une soirée de remise de médailles  pendant laquelle Djouhri se promène comme chez lui dans les bureaux désertés, jusque celui de Claude Guéant…
Il ne fait apparemment pas bon de tenter de s’opposer à Djouhri. Un intermédiaire concurrent et d’ailleurs pas plus rassurant,  Ziad Takkiedine, a fait publiquement état d’une tentative d’assassinat cornaquée par son rival ; Anne Méaux, directrice d’une importante agence de communication politique travaillant beaucoup pour la droite libérale a déposé une main courante après avoir subi des menaces, et l’ancien conseiller à la justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, s’est aussi pliant de menaces après avoir mis en garde Sarkozy contre Djouhri.

Qui dirige EDF ?

Le plus hallucinant reste à venir, par exemple cette réunion au George V, le 3 juin 2004, où Djouhri interpelle ainsi Henri Proglio, alors PDG de Veolia : « tais-toi, tu es le soldat, je suis le général ! ». Il s’agît d’une discussion un peu vive sur la constitution d’une filiale de Veolia au Moyen-Orient. Il faut dire que Djouhri est réputé avoir sauvé Proglio par ses interventions politiques auprès de Villepin, alors que Messier, alors PDG de Vivendi, maison-mère de Veolia, voulait le débarquer.
 C’est déjà gratiné, cela ne va pas tarder à devenir plus grave encore lorsque Proglio accède à la direction d’EDF. Je cite ici Pierre Péan, citation reproduite par Marianne :
« Les différentes pièces du puzzle se mettent en place. Un petit groupe de personnes a décidé, seul, de placer sous sa coupe la filière nucléaire française. A la manœuvre, Henri Proglio, Alexandre Djouhri, Claude Guéant, François Roussely, assistés de l’agence de stratégie et de communication Euro RSCG appuyée par un nouyveau personnage, Ramzy Khiroun, ami de Dominique Strauss-Kahn… Le projet commun prend rapidement forme : Henri Proglio doit être nommé patron d’EDF en lieu et place de Pierre Gadonneix ; le nucléaire doit ensuite être placé sous la dépendance d’EDF ; enfin, il faut faire éclater le géant Areva, séparer l’activité minière proprement dite (et donner aux Qatari qui en rêvent la possibilité de devenir un actionnaire significatif)…
Alexandre Djouhri organise un travail de sape contre Anne Lauvergeon et fonctionne en équipe avec son ami Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances »…ledit Sabeg, qui ne doute de rien, se propose comme remplaçant d’Anne Lauvergeon…
Le rapport Roussely sur le nucléaire civil français expose les thèses du groupe Djouhri-Proglio : «l’autorité de sûreté française va trop loin ; il faut revenir sur les exigences de sécurité concernant les nouveaux réacteurs ; l’EPR est beaucoup trop sûr ; il faut revenir à des réacteurs plus rustiques et moins chers »
Et ceci peu de temps avant Fukushima, qui valide, s’il se devait la stratégie d’Anne Lauvergeon…
Virez Proglio, faîtes revenir Anne Lauvergeon

Il s’agît tout de même de savoir si des entreprises, des fleurons technologiques comme EDF  ou Areva doivent être dirigées, si leur stratégies doivent être déterminées par des Djouhris ou même des Proglio, qui, en tant qu’ex-président de Veolia et de la Générale des Eaux, est en quelque sorte un spécialiste de la corruption politique, ou par des ingénieurs et des techniciens ayant une connaissance de leurs métier de base et une vision stratégique…comme Anne Lauvergeon. Il est significatif que la direction de Proglio à EDF se caractérise par une mise à l’écart des cadres scientifiques et techniques des instances de direction de l’entreprise, et, à tous niveaux, par une mépris de l’expertise de ceux qui ont fait le nucléaire ou l’hydraulique C’est la recette assurée pour une catastrophe !

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