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dimanche 3 avril 2016

La politique énergétique et EDF : Macron, ça suffit ? ou Dr Macron et Mr Emmanuel.


Qui est M. Macron ?

L’audition du ministre Emmanuel Macron devant l’Assemblée nationale/Commission des affaires économiques à propos de la situation d‘EDF apporte des informations intéressantes. Macron, ça suffit !, je l’avais d’abord écrit à la Martine Aubry, avec un point d’exclamation !  La raison : cet extrait de l’audition de Macron : « les salariés ont bénéficié d’une progression salariale déconnectée de la productivité de l’entreprise : sur 2010/2015, la hausse moyenne a été de 3,5 % par an, ce que très peu d’entreprises ont vécu sur cette période. Je ne dis pas ça pour stigmatiser les salariés d’EDF qui sont la force de cette entreprise et ont permis son succès ».
Alors qu’EDF est en crise, que beaucoup de salariés ont le sentiment d’un danger mortel pour EDF, que le directeur financier a démissionné, que les organisations syndicales ont lancé une alerte en Comité Central d’Entreprise, que la Cour des Comptes a fait état « de fortes interrogations » sur le contrat EPR anglais (centrale de Hinkley Point), cette déclaration était pour le moins maladroite, d’autant que les réorganisations en cours au sein de l’entreprise se font dans un climat désastreux, sans information, sans concertation, sans explication de la stratégie aux salariés ; et que si l’on compare les rémunérations, en particulier des cadres d’EDF, avec le secteur privé, leur situation n’a rien de mirobolante. J’ai dit « maladroite » ? c’est scandaleuse qui aurait mieux convenu tant quarante ans de politique d’indépendance énergétique intelligente et efficace sont scandaleusement gaspillés, pulvérisés par dix ans d’une politique d’orthodoxie libérale absurde (cf article précédent EDF, ou l'aveuglement de l'Etat : (Eric Le Boucher) !
Donc, plutôt Macron, ça suffit ! Oui, mais le reste de l’audition, et de façon plus générale la pratique du ministre Macron (cf. aussi les interventions chez Peugeot, Renault et encore le refus de laisser les clés d’Orange à Bouygues) montrent un ministre connaissant les problématiques industrielles, s’intéressant à la stratégie des entreprises, bref soucieux de mener une politique industrielle avec un rôle fort de l’Etat.
Qui est M. Macron ? Ultra libéral jusqu’à la provocation en parole, l’un des ministres les plus interventionnistes en acte ? Dr Macron et Mr Emmanuel ?
D’où le point d’interrogation final. M. Macron devrait arriver à comprendre que le summun de l’art politique est parfois de dire ce que l’on fait et de faire ce que l’on dit, et de s’en expliquer clairement. Que les électeurs sont las des petites manœuvres médiocres, des demi vérités, des demi mensonges ; et qu’ils rejetteront ceux qui ne leur donnent pas une direction, un sens, un avenir clair.

EDF ; citations de Macron  et commentaires  1)  « L’idée qu’on revienne à une situation de monopole n’est pas sérieuse »

« Définir l’avenir d’EDF aujourd’hui, c’est d’abord définir les missions que doit remplir EDF : c’est une entreprise qui assure des missions de service public, qui fournit chaque jour de l’électricité à des millions de nos concitoyens. Elle garantit notre indépendance et notre souveraineté énergétique. Nos voisins allemands ont fait d’autres choix et voient aujourd’hui la dépendance qu’ils subissent. C’est un acteur majeur de la transition énergétique en cours. C’est une entreprise industrielle qui emploie 105 000 personnes dans toute la France et génère de l’emploi sur tout le territoire »
Fort bien, mais après vient ceci :
 « L’idée qu’on revienne à une situation de monopole n’est pas sérieuse, elle n’est plus possible aujourd’hui compte tenu du contexte. »

Commentaire : Je dirais que c’est au contraire de rester dans la situation actuelle qui n’est plus envisageable. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est loin d’être démontré qu’ »assurer des missions de service public » et « garantir l’indépendance et la souveraineté énergétique » puisse être assuré par autre chose qu’un monopole d’Etat. Les expériences anglaises et californiennes de libéralisation du marché de l’énergie ont été catastrophiques; pourquoi donc les libéraux sont-ils incapables de tirer les conclusions de leurs échecs ? ( par idéologie !)
Il fallait c’était le programme obsessionnel des libéraux « casser EDF GDF » ! Eh bien, cela a été fait, et le résultat a été que nous avons, comme l’a écrit Eric Le Boucher, « deux grandes entreprises énergétiques en capilotade financière, une indépendance énergétique de la France menacée, un atout formidable du point de vue indépendance et de lutte contre le réchauffement climatique qu’est le nucléaire bien menacé ». Alors, stop ou encore ?

EDF ; citations de Macron  et commentaires  2) le monopole c’est bien quand même

« EDF remplit aujourd’hui 2 missions de service public et qui ne peuvent être concédées à des acteurs privés en majorité : les réseaux, qui doivent continuer à être détenus par la puissance publique, car ils sont stratégiques. Ce qui ne veut pas dire qu’ils doivent être détenus à 100 % par EDF. Je parle là de RTE (réseau de transport électrique), qui est un actif aujourd’hui détenu à 100 % par EDF, ce qui n’est pas la meilleure allocation du capital pour l’entreprise. La base de toute modification, c’est qu’il y ait un projet industriel porté par RTE. Le dirigeant de RTE y travaille, pour justifier une ouverture de capital à d’autres acteurs publics et éventuellement de manière très minoritaire à des opérateurs privés. Le deuxième élément, c’est la production nucléaire. EDF est le plus grand exploitant nucléaire mondial et confier l’exploitation des réacteurs à d’autres acteurs n’aurait pas de sens. »
« Aujourd’hui, ces missions d’EDF sont claires. Il doit rester l’exploitant nucléaire du parc français, continuer à le développer et l’entretenir dans le respect de la PPE et de la loi TE, ce qui suppose la prolongation de certaines centrales, la fermeture de certaines centrales et la construction de nouvelles centrales. »
« Sur les concessions hydrauliques, c’est un élément de notre modèle productif très important et nous sommes attachés à cette production et à ces concessions. Des dispositions ont été mises en place dans la loi TECV. Fin octobre dernier, la Commission européenne a adressé une mise en demeure de la France. Dans ce cadre-là, nous devons réagir. Nous avons contesté l’infraction. La ministre en charge de l’énergie a apporté une réponse écrite à la commission. Nous avons rencontré à plusieurs reprises la commission. Je sais que plusieurs d’entre vous sont allés défendre le modèle français à Bruxelles. Dans ce contexte, un changement est intervenu ces dernières semaines. Les échanges récents montrent que nous devrions arriver à un compromis et à un retrait de la procédure d’infractions. »

Commentaire : bon, le nucléaire restera une source d’ électricité importante et ne peut pas être confié au privé. Monopole ! La gestion du Réseau de transport d’électricité non plus. Monopole ! Et l’hydraulique non plus : les barrages sont dangereux, (ils ont tué plus que le nucléaire), doivent être exploités en concertation entre eux dans le même bassin et  jouent un rôle public important dans la gestion locale des ressources hydriques ; par conséquent le  ministère semble décidé à se battre contre l’injonction européenne d’avoir à privatiser des barrages. Très bien !
Donc monopole pour le nucléaire, monopole pour le transport, monopole pour l’hydraulique !
Parfait ! Que voilà un libéralisme sensé et raisonnable !
Il reste quoi en dehors du monopole ? L’éolien et le solaire ? Oui, mais ce sont des énergies intermittentes qui ne peuvent être exploitées qu’en étroite coordination avec le reste de la production électrique. Les exploitants privés, s’il s’en trouve, devront bien, très bien, s’entendre avec EDF.

EDF ; citations de Macron  et commentaires : « nous avons commis des erreurs »

« Ce nouvel EDF suppose entre 11 et 15 milliards d’investissements par an sur les années à venir, pour exécuter la stratégie. »
« Face à cette situation, une chose est sûre : le compromis autour duquel nous avons historiquement géré l’entreprise, toutes majorités confondues, n’est plus possible. Il reposait sur l’idée qu’EDF était une rente perpétuelle. L’État s’octroyait des dividendes élevés, trop élevés, 2 milliards par an en moyenne sur les 10 dernières années ; les consommateurs ont bénéficié des tarifs les plus bas d’Europe ; et les salariés ont bénéficié d’une progression salariale déconnectée de la productivité de l’entreprise : sur 2010/2015, la hausse moyenne a été de 3,5 % par an, ce que très peu d’entreprises ont vécu sur cette période. Je ne dis pas ça pour stigmatiser les salariés d’EDF qui sont la force de cette entreprise et ont permis son succès. Le compromis État/consommateurs/salariés n’est plus possible, car il était court termiste. Pour assurer la soutenabilité de la trajectoire financière, des efforts partagés sont nécessaires. »
La dérégulation du marché date notamment de la loi NOME de 2010. On a fait des erreurs collectivement ces dernières années, on a pris des décisions pour mettre un plafond avec l’ARENH et on a empêché EDF de profiter des prix de marché élevés, mais il n’y a pas de prix plancher et donc EDF n’est pas protégée des effets des prix qui baissent.

Commentaire : une critique virulente de la politique de la libéralisation de l’énergie : intéressant - ou comment l’intelligence vient parfois aux libéraux – à part le couplet sur les salariés d’EDF. Résumons autrement : la libéralisation du marché de l’électricité a remplacé une EDF-GDF en bonne santé par deux firmes en capilotade financière, incapables d’investir suffisamment pour assurer dans l’avenir  l’indépendance énergétique de la France ( c’est  un peu la même problématique pour les télécoms).
Alors le point d’interrogation se pose : il pense quoi le libéral Macron, exactement, de la libéralisation de l’énergie ?

L’EPR d’Hinckley Point

« Pourquoi le gouvernement a constamment porté ce projet ? Le nucléaire garde une part prépondérante en France dans notre stratégie énergétique. Sur un objectif de 10 à 15 ans, le nucléaire demeurera autour de 50 %, donc la base de notre souveraineté énergétique, c’est le cadre de la loi. Au-delà, il y a des grands marchés à l’international sur lequel notre filière doit se porter. Le principal projet nucléaire d’un monde développé aujourd’hui, c’est HPC. Peut-on ne pas y aller ? Je ne le pense pas. Il faut y aller avec une pleine visibilité sur la faisabilité financière. HP, c’est 15 % des investissements prévus par EDF sur les prochaines années. Le gouvernement britannique s’est engagé auprès d’EDF et de l’État français à acquérir l’électricité à un prix garanti pendant 35 ans. C’est aussi une réponse aux prix bas de marché. Cet engagement a été validé par la Commission européenne, il permet de garantir une rentabilité de 9 % par an sur 60 ans. C’est un très bon investissement de long terme pour EDF. Enfin, c’est une technologie 100 % Française qui est développée dans ce projet. Tout ne sera pas produit en France, ce ne serait pas faisable différemment. La cuve sera produite par les Japonais, ce ne sera ni le même lieu ni la même méthode de production que la cuve de Flamanville. C’est un projet important pour toute la filière… »


Commentaire : une vision claire, argumentée, logique, audacieuse. Il faut juste prier pour qu’EDF ne se plante pas comme dans les précédents EPR. L’aide chinoise sera précieuse…Mais on peut (on doit) préférer un ministre qui agit et prend des risques ; de toute façon, à continuer comme avant, c’est perdre à tous coups.


samedi 2 avril 2016

Auguste Comte et la Synthèse Subjective ; Science des hommes, science pour les hommes

Auguste Comte et la Synthèse Subjective ; Science des hommes, science pour les hommes

Article dans la revue Alliage, n° 76 (hiver 2015)  alliage@unice.fr

Synopsis :

« On dit souvent que la science a pour objet l'interprétation de l'univers et aussi qu'elle a pour but un idéal jamais atteint. Mieux que personne, Comte démasqua cette erreur. Il vit que le but de la science n'est pas l'explication de l'univers, mais la détermination de la relation de l'homme avec l'univers — chose toute différente »

L’épistémologie de la  synthèse subjective : l’autre Comte

La Méthode subjective, ou la relativité épistémologique généralisée

Comte et Poincaré, logique et géométrie

Science de l’homme, science pour l’homme ?

Lois et causes, Comte et Spencer
             

Une bonne pratique de la formation des hypothèses


vendredi 1 avril 2016

La politique énergétique et EDF : le grand échec


La politique énergétique et EDF : le grand échec
Une fois n’est pas coutume, je vais me contenter de reproduire sur ce blog un excellent article écrit par le non moins excellent chroniqueur économique Eric Le Boucher, publié sur le site des Echos le 15 janvier 2016. (http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021619934278-edf-ou-laveuglement-de-letat1192733.php?kckmcdFkjXQolTVw.99
En avant propos : un simple commentaire. Eric Le Boucher parle de l’aveuglement de l’Etat qui conduit EDF à sa perte, ou, du moins à de graves problèmes financiers, de la perte d’un de nos grands atouts compétitifs, d’une « effarante déchéance », « des britanniques qui ont compris que le marché ne marche pas », de la France, « élève honteuse du libéralisme, n'ose pas imaginer affronter Bruxelles pour défendre son EDF. » (notamment à propos de la mise en concurrence pour les concessions hydrauliques ?).
Fort bien, quelle extraordinaire lucidité ! On s’en féliciterait sans partage s’il y avait  quand même un (petit) mea culpa des économistes libéraux, qui malgré les catastrophes énergétiques qu’ont été les privatisations anglaises et californiennes, n’ont cessé de plaider pour casser le « monopole d’EDF-GDF". On en voit le résultat aujourd’hui avec deux grandes entreprises énergétiques en capilotade financière, une indépendance énergétique de la France menacée, un atout formidable du point de vue indépendance et de lutte contre le réchauffement climatique qu’est le nucléaire bien menacé, presque volontairement saboté ! Oui, vraiment quel gâchis, pour ne pas avoir compris que les monopoles naturels existant, et que ce sont des situations où effectivement « le marché ne marche pas ».
La solution : la taxation écologique du carbone, relancer le nucléaire, le relèvement des prix et …la restauration du monopole, qui permettra de mener une vraie politique énergétique.
EDF, ou l'aveuglement de l'Etat : (Eric Le Boucher)
Rien n'illustre mieux l'incapacité de l'Etat français à voir l'avenir que le cas EDF : bientôt, le groupe ne pourra plus garantir aux Français une électricité indépendante et peu onéreuse. Au risque de perdre l'un de nos atouts compétitifs.
EDF ne pourra plus garantir aux Français une électricité indépendante et peu onéreuse à partir de 2030. Par confusion des objectifs, par insouciance du temps long, par cécité politicienne, l'Etat français, c'est-à-dire son gouvernement et son administration, est en train d'ôter au pays ce qui fut l'un de ses atouts majeurs depuis les années 1980. La France, qui aime débattre à n'en plus finir des principes qui la fondent, laisse faire une transformation radicale des conditions d'exercice de ces principes. Rien n'illustre mieux cette nouvelle incapacité de l'Etat français à voir l'avenir et à le construire, cette effarante déchéance, que la perte d'indépendance énergétique qui se profile.
L'équation d'Electricité de France est pourtant simple. Les centrales nucléaires ont été construites après des tensions fortes au Moyen-Orient, qui ont fait comprendre à tous les Français que la dépendance aux hydrocarbures était dangereuse. Les gouvernements de droite puis de gauche ont construit 58 réacteurs d'une puissance totale de 63 gigawatts. Leur durée de vie a été, depuis, prolongée, elle le sera peut-être encore, mais il faudra les remplacer à partir de 2030.
Leur puissance un peu agrandie (à 1,6 GW) fait qu'il faudra en construire seulement 38. Les ingénieurs d'Areva et d'EDF devront d'ici là trouver un moyen pour diviser par deux le coût de ces réacteurs EPR, afin de les amener à 6 ou 7 milliards d'euros pièce. Bilan : sur une période de reconstruction du parc de vingt ans, EDF devra investir entre 10 et 12 milliards d'euros par an. Or, sa capacité actuelle n'est que de 2,5 milliards, très loin du compte.
L'emprunt est exclu, l'entreprise a construit son ancien parc de cette manière, elle porte une dette de 47 milliards. Elle est pour cette raison sanctionnée par les marchés financiers qui ont fait plonger son titre en Bourse et l'ont fait exclure du CAC 40. Sanction sans portée mais qui en dit long. Faire des économies ? L'entreprise va en faire pour 1 milliard d'euros. On reste loin du compte. Que l'Etat renonce à ses dividendes, 1,8 milliard ? Cela ne suffit pas plus et ajoute à la défiance des marchés.
La seule solution est une remontée des prix. On entre ici dans une considération stratégique acceptée par tous, l'énergie devrait être plus chère pour des raisons à la fois écologiques et économiques. Mais le court terme a pris le pas sur le long terme. D'une part, la baisse des prix des services publics par la concurrence (énergie, télécoms, transports) est devenue le seul moyen pour les gouvernements et l'Europe de faire remonter le pouvoir d'achat lorsque les salaires stagnent. D'autre part, la révolution des schistes nord-américains a écroulé l'ensemble des prix énergétiques mondiaux. Un tiers seulement des tarifs d'EDF dépendent de l'Etat, deux tiers sont décidés sur « le marché », où ils tombent : 40 euros le mégawatt/heure il y a un an, 33 euros aujourd'hui pour les prix « de gros ».
A 33 euros, plus aucun investissement ne peut se financer, sauf dans les énergies renouvelables grâce aux subventions.

Il faudrait que les prix se redressent au-dessus de 50 euros pour qu'EDF retrouve une marge de manoeuvre. C'est ici que revient l'idée de taxer le CO2 comme l'ont fait la Suède (100 euros) ou la Grande-Bretagne (30 euros). Sans prix du CO2, la France est incapable de se doter d'une politique énergétique propre et de long terme. Prix du CO2 ? Le grand absent de la COP21 à Paris…
Les Britanniques, ces pragmatiques, ont compris que le marché ne marche pas. L'indépendance énergétique, que leur avait assurée le pétrole de la mer du Nord, se perd, ils ont décidé de construire des nouvelles centrales nucléaires. Pour les financer, ils ont fixé un prix d'achat garanti du courant (93 livres le mégawatt) pendant trente-cinq ans. La Commission de Bruxelles a accepté cette « distorsion » de concurrence. La France, élève honteuse du libéralisme, n'ose pas imaginer affronter Bruxelles pour défendre son EDF.
Tout cela, objectera-t-on, est au fond voulu. Priver Electricité de France de la capacité de reconstruire un parc nucléaire et le forcer à aller dans les renouvelables est la politique de l'Etat et de sa tutelle, le ministère de l'Ecologie, du Developpement durable et d e l'Energie ? Est-ce vrai ?

Si oui, c'est réussi. Sauf que c'est priver EDF de capacité d'investir tout court. Ce ne sont pas les 700 millions qu'il met dans les renouvelables tous les ans qui suffiront à remplacer les 63 gigawatts nucléaires. Et surtout, miser sur le soleil et le vent impose de doubler le réseau par d'autres centrales en cas de calme, de nuages ou de nuit. L'Allemagne l'a montré qui a dû relancer ses centrales… au charbon : un échec climatique cinglant que les écologistes refusent de voir. En France, ce seraient des centrales au gaz, énergie, fiable, peu chère et disponible. Mais, en cohérence, il faudrait alors, au minimum, autoriser l'exploration de notre sol pour savoir s'il contient ou non du gaz de schiste. Ensuite, il faut accepter que la France dépende des Russes et du Moyen-Orient. Est-ce bien cela qui est voulu ? Que les deux piliers, France et Allemagne, abandonnent toute volonté d'indépendance énergétique et s'en remettent à Moscou et au Qatar ? Et que se passera-t-il lorsque le prix des hydrocarbures remontera, voire flambera ?
L'année 2030, c'est loin. Trois quinquennats… L'Etat juge-t-il vraiment que l'indépendance énergétique est une vieille lune et que le mieux soit qu'EDF, après un demi-siècle de nucléaire, fasse du gaz au prétexte de renouvelables, comme les autres énergéticiens ? La violence du monde risque de nous faire chèrement payer ce choix.  Eric Le Boucher



dimanche 13 mars 2016

Réforme du code du travail : non au projet El Khomri


La hiérarchie des normes
Il existe une multitude de raison (presque autant que d’articles, mieux vaudrait supprimer tout le projet) pour s’opposer au projet Valls El Khomri de réforme du code du travail. L’un des plus flagrants, mais aussi me semble-t-il l‘un des moins discutés est l’inversion de la hiérarchie des normes : auparavant, les accords  collectifs prévalaient sur les accords d’entreprise et un accord d’entreprise ne pouvait offrir que des conditions plus favorables que celles de l’accord collectif ; demain si ce projet passe, par un référendum d’entreprise, un accord d’entreprise pourra imposer, en termes de salaires d’horaires ou conditions de travail, des conditions moins favorables si elles sont acceptées par in référendum d’entreprise.

C’est assez désespérant, mais cette primauté des accords collectifs sur les accords individuels fut un combat syndical centenaire, pour une raison bien simple : s’il est possible de déroger aux accords collectifs, alors c’est une compétition insane au détriment des salariés qui se met en place ; l’entreprise la plus en difficulté d’un secteur, sans doute parce que la plus mal gérée, imposera à ses salariés des baisses de salaires ou augmentation de temps de travail assez facilement par un chantage à l’emploi,  et progressivement les entreprises du secteur seront contraintes à s’aligner sur elles.

On mesure facilement  quel point cette inversion des normes est dangereuses, et tout particulièrement en temps de crise économique et de chômage fort. Extrêmement dangereuse pour les salariés, elle l’est aussi néfaste pour l’ensemble de l’économie, en créant une spirale attirant l’ensemble d(‘une branche vers des productions de faible valeur à faible coût, et de plus en plus dé déqualification ; c’est une spirale infernale qui se met, en place, la compétitivité par les coûts et non par la qualité et l‘innovation, l’inverse de ce qu’il faut faire.

Le Cercle des Prolétaires Positivistes : vive les conventions collectives
J’en reviens à ma doctrine favorite, la Positivisme. On l’ignore généralement mais le Positivisme a généré en France un mouvement ouvrier non négligeable, au début du XXème siècle, avec des figures comme Auguste Keufer, (1851-1924), fondateur de la CGT du livre t et premier trésorier de la CGT. Voici donc la position du Cercle des Prolétaires Positivistes, dont il fut le principal animateur lorsque, entre 1906 et 1908, fut discuté la création du code du travail et la possibilité de signer des accords collectifs d’entreprises (aujourd’hui accords de branche ) : « Le projet de loi sur le contrat de travail déposé le 2 juillet 1906 sur le bureau de la Chambre des députés est l’un des plus ,importants de la présente législature. Il invite le législateur à fixer légalement la définition, la validité, les effets et les preuves juridiques, la formation et la rupture du contrat individuel qui lie l’employeur et l’employé, ces deux derniers termes embrassant le premier, tous les patrons, et le second, tous les salariés. Le projet porte inévitablement sur les règlements d’atelier, les amendes, le délai-congé et enfin sur la grève et  lock out. Il se propose en outre de donner une valeur légale et juridique au contrat collectif de travail vers lequel s’achemine l’industrie moderne, bon gré, mal gré sous la pression des travailleurs syndiqués

Examinant le contrat collectif, ou plus exactement la convention collective relative aux conditions de travail, le Cercle des Prolétaires Positivistes met en lumière ses trois principaux avantages pour le bon ordre de la société économique.

Le contrat collectif est seul propre à établir un certain équilibre entre l‘employeur qui fournit le travail, et l’employé qui  doit travailler pour assurer son existence et celle des siens. Il peut largement moraliser la concurrence entre employeurs, en c sens que, grâce à lui, cette concurrence ne peut plus s’exercer avec autant d’intensité sur la salaire et sur l’ensemble des conditions de travail, et qu’ainsi, le meilleur patron n’a plus à pâtir du plus mauvais. Le contrat collectif enfin, les faits le prouvent, est surtout propre à maintenir ou à rétablir l’accord entre employés et patrons.

Projet de Loi El Khomri : désordre et régression

Le Positivisme a la conviction qu’il est possible de déterminer des lois de l’organisme social, comme il y a des lois physiques et biologiques. Son slogan le plus connu est « Ordre et Progrès ». Un Positiviste sait  reconnaître une mesure qui favorise le progrès et l’ordre social de son inverse, il dispose de lois pour cela. Or, toute la connaissance positive et historique de l’ordre social ne peut aboutir qu’à ceci : ce projet de loi, ce n’est pas ordre et progrès, mais désordre et régression. Dans l’intérêt de tous, et aussi pour le respect de la mémoire de tous ceux les travailleurs qui, positivistes on non, ont lutté pour l’établissement du droit du travail, ce projet doit être combattu aux côtés de tous les syndicats qui exigent son retrait.



vendredi 15 janvier 2016

The positivist origins of secularism (laïcité) "à la française" : God is no more public concern


The excellent Quebec periodics Argument published this month (January 2016) on its website an article about secularism and positivism that I submitted  them.  Thanks to them!
http://www.revueargument.ca/article/2016-01-06/658-les-origines-positivistes-de-la-laicite-a-la-francaise--dieu-nest-plus-dordre-public.html

Summary of main points:
 
Québec and Canada have, like many other countries, to deal with the issue of secularism, from reasonable accommodation to unacceptable concessions.  Everywhere,  in France also there is this debate  between Liberals supporting  a  more 'open', more 'modern' secularism, supporters of traditional secularism "à la française" and "uncompromising" Republicans and tenants of the anglo-saxon multiculturalism

According to positivist conception of secularism, secularism is the result of an evolution of mentalities and societies under the law of the three states (Theology, metaphysics, positivist or scientific)
Positivism lays down the principle of a universal evolution of civilization ; inevitably facing not only the results but the methods of modern science, all civilizations will evolve towards a form of secularism.

The separation of the churches and the State (God is no more public concern, but only private matter)) is only one aspect of a more general principle, that of the separation of temporal and spiritual authorities (who acts on opinion), principle which is the real base of freedom - the real anti-totalitarian principle

The theological public order, destroyed, should be replaced; Positivists insist on  the definition and the teaching of a secular morality, which  they think superior to theological morals, for its effectiveness, and also because that man does not do good for fear of divine punishment, but by education and the altruistic feelings culture: "Man is a citizen of  Earth, not Heaven " (Pierre Laffitte) f

For individuals, positivist secularism fulfils the promise of emancipation from the Cartesianism and the Enlightemnts.  It allows the crossing of the great gap, following the word of Auguste Comte, between  slaves of God  and servants of Humanity
No society, wrote Auguste Comte,  can live without a "common social doctrine": "In a population where the necessary involvement of individuals in public order can no longer be determined by the moral, voluntary consent granted by everyone to a common social doctrine, the only remaining  expedient,  to maintain  harmony, is the sad alternative of force or corruption”. Secularism is therefore at the heart of the common social doctrine of the Republic, it is not negotiable, and in this sense the secular State is not neutral: it can process the same way doctrines that accept and those who reject secularism, and a number of other related values (such equality of rights between religions, sex, race, sexual orientation, freedom of expression, including blasphemy, freedom of apostasy...) Freedom of expression must be respected, but certainly some  behaviours contrary to our common social doctrine,  and, of course,  threats, pressures, not to mention violence are not tolerable. It is the role of the polticians  to determine empirically if accommodations are desirable and useful, but they can only be very temporary and very limited; in the France of Jules Ferry, they were limited to sometimes wait for the rehabilitation of the classes to remove the crucifix, recently reminded Mona Ozouf

http://www.revueargument.ca/article/2016-01-06/658-les-origines-positivistes-de-la-laicite-a-la-francaise--dieu-nest-plus-dordre-public.html


mercredi 13 janvier 2016

Les origines positivistes de la laïcité « à la française » : Dieu n’est plus d’ordre public


L’excellente revue québécoise Argument publie ce mois-ci (janvier 2016) sur son site internet un article sur la laïcité et le positivisme que je leur ai soumis (très, voir trop complet !). Merci à eux !


Résumé des principaux points :

Québec et Canada ont, comme beaucoup d’autres pays,  à faire face à la question renouvelée  de la laïcité, d’accommodements raisonnables en concessions inacceptables ;  partout, en France même, le débat oppose républicains « intransigeants » et libéraux partisans d’une laïcité plus « ouverte », plus « moderne », partisans d’une laïcité « à la française » et tenants du multiculturalisme anglo-saxon

Selon la conception positiviste de la laïcité, celle-ci résulte d’une évolution des mentalités et des sociétés selon la loi des trois états. Le positivisme pose le principe d’une évolution universelle des civilisations ; inévitablement confrontées non seulement aux résultats, mais aux méthodes de la science moderne, toutes évolueront vers une forme de laïcité.

La séparation des églises et de l’Etat (Dieu n’est plus d’ordre public) ne constitue qu’un aspect d’un principe plus général, celui de la séparation des pouvoirs temporels et spirituel (qui agit sur l’opinion), principe qui seul peut assurer la liberté —  le principe antitotalitaire par excellence

L’ordre théologique, détruit, doit être remplacé ; aussi, la laïcité suppose-t-elle la définition et l‘enseignement d’une morale laïque, que les positivistes pensent supérieure à la morale théologique, pour son efficacité, et aussi parce que l’homme ne fait plus le bien par crainte  d’un châtiment divin, mais par l’éducation et la culture des sentiments altruiste : « l’Homme n’est plus citoyen du Ciel, mais de la Terre » (Pierre Laffitte)

Pour l’individu, la laïcité accomplit la promesse d’émancipation issue du cartésianisme et des Lumières ; elle permet le franchissement du formidable écart qui sépare, suivant le mot d'Auguste Comte,  « les esclaves de Dieu  des  serviteurs de l'Humanité

Aucune société, pensait Comte, ne peut vivre sans une « doctrine sociale commune » : « Dans une population où le concours indispensable des individus à l’ordre public ne peut plus être déterminé par l’assentiment volontaire et moral accordé par chacun à une doctrine sociale commune, il ne reste d’autre expédient, pour maintenir une harmonie quelconque, que la triste alternative de la force ou de la corruption ».

La laïcité est donc au cœur de la doctrine sociale commune de la République, elle n’est pas négociable, et, en ce sens l’état laïc n’est pas neutre : il ne peut traiter de la même façon les doctrines qui acceptent et celles qui refusent la laïcité, et un certain nombre d’autres valeurs liées ( telle l’égalité des droits entre religions, sexe, race, orientation sexuelle, liberté d’expression, y compris blasphème, liberté d’apostasie…) Si la liberté d’expression doit être respectée, il en va autrement des comportements, menaces, pressions quelconques, sans parler des violences. Il est du rôle du politique d’apprécier empiriquement si des accommodements sont souhaitables et utiles, mais ils ne peuvent être que très temporaires et très limités ; dans la France de Jules Ferry, ils se limitaient à parfois attendre la réfection des classes pour en enlever le crucifix, rappelait récemment Mona Ozouf. 

 

vendredi 8 janvier 2016

Les X et la politique industrielle française


La revue des Anciens élèves de Polytechnique, la Jaune et la Rouge publie (décembre 2015) un numéro axé sur l’insdutrie en France. Le mois qu’on puisse dire, c’est que les point de vues sont variés.
Le retour de la politique industrielle ?

Pour Bernard Esambert (X54), ancien conseiller industriel et scientifique de Georges Pompidou, , « le concept de politique industrielle est de nouveau à la mode » et  « la politique industrielle de Georges Pompidou peut nous éclairer sur les voies à suivre ». Quels sont les grands axes de cette politique ? C’est d’abord une consolidation du tissu industriel, avec de nombreuses fusions qui permettent la constitution des groupes puissants comme Saint-Gobain-Pont-à- Mousson, Thomson, CGE, Rhône- Poulenc, ATO, Creusot-Loire, Babcok- Five, SNIAS, Le Nickel. Une bonne parte des actuels membres du CAC 40 sont nés à cette époque. Parallèlement, la petite et la moyenne industries, source de créativité et de dynamisme et vivier de la grande, ne sont pas négligées avec la création de l’Institut du développement industriel, la nomination, pour la première fois, d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie.
Le Président lui-même s’implique dans la politique industrielle, et encourage les exportations. Ainsi, pour la première fois, une quinzaine de grands industriels l’accompagnent à Moscou à l’occasion d’un de ses déplacements en Union soviétique. Le politique industrielle pompidolienne, ce sont aussi des  volonté de rattrapage dans les domaines où la France est en retard ( les télécommunications, notamment les commutateurs).  C’est la volonté d’indépendance dans des domaines identifiés comme critiques, et des programmes ambitieux et de  très beaux succès dont nous bénéficions encore aujourd’hui : le nucléaire, pour s’extraie de la dépendance pétrolière, avec Framatome, qui appuyé par EDF, se libère de sa dépendance technique vis-à-vis des licences américaines ;  l’aéronautique, où ,  après bien des ratés, les industries française et allemande s’associent pour donner un successeur au Boeing 727, à la Caravelle et au Trident, et c’est le décollage d’l’Airbus ; C’est enfin le spatial, où, après l’échec de la fusée Europa II en 1972, les Européens se retrouvent sans perspectives et sans lanceurs , et ce sera l’envol d’Ariane.
Au crédit également de la politique pompidolienne, M. Esambert place la création d’un secrétaire d’État à la Petite et à la Moyenne Industrie et aussi le  premier ministère de l’environnement ; l’ordonnance de 1967 sur l’intéressement des salariés ; et surtout, un effort ambitieux de recherche, à la fois public et privé, qui mène le budget global de recherche français à près de 3 % du PIB, objectif encore proposé récemment par  l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la connaissance, et dont nous nous éloignons années après années, renoncement après renoncement.

Bref, pour M. Esambert, la politique industrielle de George Pompidou reste un modèle à méditer
La fin de la politique industrielle ?
Jean Peyrelevade (X58) se montre beaucoup plus négatif sur le rôle de l’Etat dans la politique industrielle : « La France est, dans sa tête, encore colbertiste. Mieux vaudrait que, sans tarder, elle échappe à l’emprise du passé. L’État ne peut plus être un acteur direct du monde industrie. L’Etat peut-il encore, comme acteur direct, participer à la construction d’une économie industrielle ? Autrefois joué par intermittence, ce rôle est devenu impossible. L’État n’a plus aujourd’hui la capacité d’être un acteur direct de l’industrialisation. Cela pour plusieurs raisons.
La première, à elle seule décisive, est qu’il n’a plus d’argent. Que peut-il alors apporter ? Son imperium, sa puissance politique ? Ces arguments, quoi qu’il en coûte aux représentants du souverainisme, n’ont plus de poids… nous n’avons pas besoin d’un État industriel. »

Pour M. Peyrelevade, l’Etat peut et doit assumer trois fonctions. Premièrement, la formation : - il mentionne notamment que malgré nos grandes écoles, les salariés français sont en moyenne moins qualifiés que leurs homologues de la plupart des pays européens développés -  c’est le grand échec de l’enseignement technique. Deuxièmement, encourager l’innovation, la recherche et développement – il considère que le crédit impôt recherche remplit bien cette fonction. Troisièmement : faire en sorte que les entreprises qui investissent trouvent aussi aisément que possible le capital dont elles ont besoin. Il considère que le risque d’investir dans des sociétés jeunes et innovantes est en France mal récompensé : « Les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont supérieurs à ceux sur les revenus du travail, les revenus du capital sont désormais fiscalisés de manière progressive, comme ceux du travail à un taux marginal proche de 70 %, cas singulier »
Bref, que l’Etat traite fiscalement  bien les investisseurs, et tout ira bien. M. Peyrelevade regrette tout de même que l’Eta ne « pense plus le futur » : « L’État a négligé depuis longtemps sa fonction de stratège du futur. Le commissariat au Plan n’a jamais été vraiment remplacé. Il n’existe plus de lieu organisé où les savants, les scientifiques, les représentants de l’appareil productif, les syndicalistes se réunissent pour réfléchir à l’évolution du monde et à l’organisation de la société future »
Franck LIRZIN (03) constate que la politique européenne produit des divergences insoutenables : « l’Europe se trouve dans la situation surprenante d’avoir une balance commerciale à l’équilibre, voire légèrement positive, et des déséquilibres commerciaux internes très importants : par exemple en 2007 + 129 Md€ pour l’Allemagne et – 48 Md€ pour l’Espagne. Pour faire face à cette hétérogénéité, les règles ne devraient pas être les mêmes pour tous les pays. Or, c’est précisément à l’inverse que s’emploient toutes les nouvelles procédures budgétaires et économiques de la zone euro. »

Refaire l’Agence pour l’Innovation Industrielle ?
Bref, non seulement l’évolution internationale rendrait presque inenvisageable toute politique industrielle, mais en plus la politique proprement européenne, purement financière, est anti-industrielle. Pourtant, même ceux qui, comme M. Peyrelevade, veulent réduire l’Etat à un rôle minimal regrette qu’il ait « négligé depuis longtemps son rôle de stratège du futur ».
Si l’on reconnaît à l’Etat a pour rôle de penser le futur de la politique industrielle, il peut tout de même peut-être agir. Une expérience intéressante a été menée avec l’Agence pour l’Innovation industrielle. L’AII n’a existé que deux ans, entre 2005 et 200, pour de tristes raisons de règlement de compte entre sarkozystes et chiraquiens, et parce qu’elle se heurtait à des tracasseries bruxelloises pénibles et incertaines. Néanmoins, elle avait pu initier un certain nombre de grands projets (imagerie médicale, bioraffinerie, filière hydrogène…). D’autre part, Bruxelles exigeait qu’il existe une défaillance de marché, et j‘ai l’impression que l’idée que les marchés puissent être défaillants a quelque peu progressé ces dernières années. Ensuite, si les pays européens remettent à l’honneur la politique industrielle, l’idée finira bien par arriver jusqu’à la Commission Européenne. L’AII a été partiellement intégrée à la BPI, mais l’esprit unique d’innovation industrielle, de prospective, d’initiative, de mobilisation des industriels qui l’animait a, en grande partie disparu, digérée par la culture à prédominance financière de la BPI. L’heure est peut-être venue de recréer une Agence pour l’Innovation Industrielle, avec éventuellement une coordination européenne entre les différents pays.