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samedi 1 décembre 2018

Raisons de détester l’Eurokom-18 : La liberté de l’information menacée


Europe et Eurokom

Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

Presse : la fin du sanctuaire et le contrôle par les puissances d’argent

A la Libération, le Conseil National de la Résistance avait mis en place des ordonnances sur la presse, visant essentiellement à éviter que ne se remette en place l’extraordinaire vénalité de la presse française d’avant-guerre, selon le titre d’un célèbre pamphlet. Les ordonnances des 22 et 26 août 1944 fixent les critères économiques, financiers et moraux pour la réorganisation du secteur de la presse écrite. Celle du 26 août 1944 a pour objectif de sanctuariser la presse vis-à-vis des puissances de l'argent et de l'influence de l'État, tout en assurant l'indépendance des journaux et leur transparence, afin que la presse devienne "une maison de verre". La Fédération nationale de la presse française (FNPF), adopte en novembre 1945 une "Déclaration des droits et des devoirs de la presse", qui affirme que "la presse n'est pas un instrument d'objet commercial mais un instrument de culture". Donc, une idée simple : l’information n’est pas une marchandise comme une autre, et les moyens légaux de défendre le pluralisme et les libertés réelles.

On sait comment en France, certains se sont donnés comme programme très moderne et très libéral de détricoter le programme du CNR. Et ils y sont largement parvenu, et sur bien des plans, ils ont été constamment appuyés, voire précédés et dépassés par la politique de la secte libérale au pouvoir dans les institutions européennes, à l’Eurokom.

L’Eurokom n’a pas défendu la presse contre une concentration hallucinante et la mainmise des intérêts financiers
.
En France, un petit groupe de personnes contrôle l’essentiel des moyens privés de production de l’information télévisuelle et radiophonique (ainsi que leurs sites internet). Ces personnes appartiennent au même univers, celui des PDG d’entreprises transnationales, des capitaines d’industrie, des financiers et des gestionnaires de conseils d’administration. Leurs activités les amènent à échanger régulièrement leurs parts dans les diverses entreprises qu’ils possèdent afin de consolider leurs positions ou leurs stratégies respectives. En 1998, déjà, Vincent Bolloré avait revendu les parts qu’il détenait chez Bouygues à… François Pinault et à son groupe Artemis ; en 2004, Bernard Arnault entre au conseil d’administration de Lagardère, il y restera jusqu’en 2012 ; en 2010, Bernard Arnault rachète Le Journal des finances (devenu Investir-Le Journal des finances au sein du groupe Les Echos) à… Serge Dassault ; en 2012, Vincent Bolloré devient le premier actionnaire de Vivendi en revendant au groupe Canal+ ses chaînes D8 et D17 contre des actions ; la même année, c’est Lagardère qui cède sa participation dans Canal+ France (20%) au groupe Vivendi (de Vincent Bolloré …) ; en 2013, Amaury rachète au même Lagardère sa participation dans le groupe familial (25%) ; en 2014, Vivendi, dirigé par Vincent Bolloré, cède 80% de l’entreprise de télécommunications SFR au groupe Altice de Patrick Drahi, les 20% restants suivront le même chemin en 2015…

Le Monde est contrôlé par Pigasse, Libération par Rotschild, TF1 par Bouygues, Le Figaro par Dassault. Lagardère, également présent dans l’armement, a aussi une position dominante dans la presse au travers de Hachette-Filipacchi (Paris-Match, Elle, le Journal du Dimanche, La Provence, Ici Paris, Nice Matin,...), Qui peut croire que ces prises de contrôle d’organes souvent structurellement déficitaires se font sans contreparties ? Comme au temps de la presse vénale, c‘est de l’influence que ces patrons d’industries s’achètent. Et là où ça devient vraiment problématique, c’est lorsque de surcroît, ces médias sont détenus par des groupes industriels et financiers qui dépendent économiquement pour leurs marchés de l’Etat, donc du pouvoir politique. Là, il y a une réelle menace pour notre démocratie.

Au Royaume Uni, l’empire Murdoch contrôle l’ensemble des médias les plus influents du royaume (TV, radio, presse écrite, fournisseurs d’accès Internet). En Italie, on a assisté à un dangereux mélange des genres, la concentration économique des médias de masse au sein du groupe Mediaset, détenue par la famille Berlusconi, ayant été  mise au service des intérêts politiques du Cavaliere.

Sans compter les ex pays de l’est : cette année, Reporter sans frontière alerte sur le fait  que la concentration des médias a fortement augmenté en Bulgarie, le pays européen le plus mal noté dans classement mondial de la liberté de la presse 2018 (111e sur 180) : l’homme d’affaires Deylan Peevski, propriétaire du New Bulgarian Media Group édite 6 quotidiens et contrôle près de 80% de la distribution de la presse écrite du pays.

En Allemagne, le groupe de presse Springer contrôle près de 200 journaux et magazines, dont le tabloïd Bild Zeitung, qui informe entre 20 et 25% des Allemands. Devant les difficultés financières, Süddeutsche Zeitung, le journal d’actualité allemand de référence, est en passe d’être cédé par ses sociétaires à des investisseurs financiers.

L’Europe, qui affiche fièrement tant de beaux principes sur la liberté d’opinion et la liberté d’informer n’a rien fait contre cette prise en main systématique et massive des moyens d’informations  par les intérêts économiques ; au contraire, elle l’a parfois encouragé ! En fait le pluralisme ne l’intéresse absolument pas, surtout s’il conduit à des critiques contre les institutions européennes. L’Europe préfère visiblement le contrôle par de grands groupes financiers, bien alignés sur l’idéologie de la secte libérale.

L’inquiétude de Jürgen Habermas : l’information n’est pas un marché comme un autre, elle conditionne la démocratie !

Les contraintes économiques qui pèsent sur les grands journaux d’information, derniers animateurs de l’espace public selon lui, risquent de mener à leur disparition et à un réel danger pour la démocratie. Extraits :
« Sans l’afflux d’informations, dont la recherche peut être coûteuse, et sans une reprise de cette information au moyen d’arguments qui supposent une expertise qui n’est pas non plus précisément gratuite, la communication publique ne peut que perdre sa vitalité discursive. La sphère publique risque alors de n’être plus à même de résister aux tendances populistes et de remplir la fonction qu’il est de son devoir de remplir dans le cadre d’un État de droit démocratique. (…)
Sans controverses qui ouvrent sur la délibération, il devient en effet impossible de fonder en raison l’hypothèse selon laquelle le processus démocratique peut déboucher sur des résultats à long terme plus ou moins raisonnables. La formation démocratique de l’opinion a une dimension épistémique, car il s’agit à travers elle de critiquer des affirmations et des appréciations fausses. Tel est l’enjeu pour une sphère publique qui tire sa vitalité de la discussion. (…)
La sphère publique contribue à la légitimation démocratique de l’activité de l’État en choisissant ce qui doit faire l’objet d’une décision politique, en lui donnant la forme d’une problématique et en réunissant les prises de position plus ou moins informées et fondées de manière qu’elles forment des opinions publiques concurrentes.
 C’est de cette manière que la communication publique développe une force qui, en même temps, stimule et offre des orientations à la formation de l’opinion et de la volonté des citoyens, et ce, en contraignant le système politique à la transparence et à l’adaptation. Sans l’impulsion d’une presse d’opinion qui informe de manière fiable et commente avec soin, la sphère publique ne peut plus fournir cette énergie. »

Cette réflexion conduirait à une conclusion : avant que d’être un marché, la presse, et plus généralement l’information, est un service public ! Et cela est totalement contradictoire avec l’idéologie de la secte libérale, si acharnée par ailleurs à la disparition des services publics ( je traiterais ce sujet dans un autre blog)

Assassinats et Menaces sur les journalistes. Corruption et intégrisme islamique.

En Europe même, on menace et même parfois on assassine des journalistes ! Pour 2018, Reporter sans Frontières signale à Malte, Daphne Caruana Galizia, en Slovaquie, Ján Kuciak,; en Bulgarie, de Viktoria Marinova. En Italie, plusieurs journalistes sont menacés pour avoir enquêtés sur les réseaux mafieux ou des gangs criminels et doivent vivre sous la protection des services de sécurité. RSF pointe une détérioration du climat qui n’épargne pas, dans une certaine mesure, les pays nordiques. En Finlande, le domicile d’une journaliste renommée a fait l’objet d’une perquisition rocambolesque qui a failli divulguer l'identité de certaines sources. La plupart de ces meurtres, menaces et pressions concernent des journalistes enquêtant sur des faits de corruptions (et lié parfoiss aux fonds européens !). Non seulement les intérêts financiers contrôlent le capital de la presse à un point inouï, mais les pires d’entre eux n’hésitent pas tuer !

Et puis, il faudrait quand même revenir sur l’atroce attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 (huit membres de la rédaction tués, 11 victimes en tout) , l’assassinat aux Pays-Bas du réalisateur Theo van Gogh (huit balles, suivies d’égorgement), après la réalisation d’un court-métrage intitulé Submission avec Ayaan Hirsi ; les menaces contre cette dernière, qui l’on contraint à un exil provisoire  (À la suite du refus du gouvernement des Pays-Bas d'assurer sa protection et sur le fait que la France pourrait assurer cette protection, le quotidien néerlandais Volkskrant titre « Le message est clair : la France s'engage contre les fanatiques religieux alors que les Pays-Bas préfèrent lâchement, encore une fois, regarder de l'autre côté ». Et encore, les tentatives d’assassinat, les violences, les menaces contre  sont les douze caricaturistes qui ont publié les « caricatures de Mahomet » le 30 septembre 2005 dans le Jyllands-Posten ( en réponse, rappelons-le, à Kåre Bluitgen, un écrivain se plaignant que personne n'ose illustrer son livre sur Mahomet depuis l'assassinat de Theo van Gogh aux Pays-Bas en 2004). Et encore les menaces contre Michel Houellebecq, après la parution de Soumission.

La liberté de la presse, la liberté d’expression, la liberté tout court sont menacés à un degré inédit par la montée de l’intégrisme religieux islamiste, et l’Europe détourne largement les yeux ; et même parfois se rend complice des assassins au nom du concept mortifère d’islamophobie. Bien courageusement, le Danemark a supprimé le délit de blasphème en 2017, après la France et la Belgique (vers 1880), mais ce délit existe encore en Allemagne, en Italie, en Pologne…

 L’Eurokom n’a jamais demandé l’abolition du délit de blasphème.  En 2008, lors d’une réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE, Franco Frattini annonce l'intention des États membres de l'Union d'assurer la protection de toute personne menacée pour ses opinions lors de déplacements en Europe. L'écrivaine Chahdortt Djavann, considérant que le droit de critiquer les religions et leurs dogmes est un droit essentiel, indispensable à l'existence de la démocratie, a publié en 2008 une tribune dans lequel elle demande que l'Union européenne reconnaisse les fatwas incitant au meurtre comme un acte criminel et engage des poursuites internationales contre ceux qui décrètent de telles fatwas.

L’Eurokom, les institutions très libérales de l’Europe, n’a jamais rien fait de tel !

Des lois et interventions liberticides.

La directive secret des affaires : attention, lois dangereuses

En 2016, la Commission européenne a publié une directive secret des affaires qui n’a été transcrite en droit français qu’en 2018. Cette directive vise à protéger les entreprises contre le vol de leurs secrets industriels ou leur divulgation à des concurrents ou au grand public. Secrets de fabrication, données économiques stratégiques, listes de fournisseurs ou de client…, ces informations confidentielles peuvent être stratégique et leur  divulgation malveillante mettre à mal une entreprise.

D’accord, sauf que, signe infaillible de l’influence des lobbies, la directive va beaucoup plus loin et couvre toute information qui  n’est pas connue ou aisément accessible à des personnes extérieures à l’entreprise ; qui a une valeur commerciale ; qui a fait l’objet de mesures de protection « raisonnables » de la part de l’entreprise. Le magistrat Eric Alt, vice-président d’Anticor, estime que le texte place le journaliste « en position de défense pour démontrer au juge que la divulgation des faits a un intérêt général ». A tout le moins, il renforce le pouvoir d’intimidation des entreprises sur les journalistes, pouvoir dont elles usent déjà abondamment, soit par la loi (Conforama a récemment réussi à faire retirer un article de l’hebdomadaire Challenges faisant état de ses difficultés financières), soit par les pressions sur les budgets publicitaires, très efficaces. Mais de cela, la Commission européenne ne se préoccupe guère !

La directive menace aussi les lanceurs d’alerte ; peut-être pas lorsqu’ils dénoncent des faits illégaux, mais  des comportements contraires à l’intérêt général, comme dans le cas dans l’affaire LuxLeaks, révélation d’accords fiscaux secrets conclus entre l’administration luxembourgeoise  et de grandes multinationales, qui n’étaient pas illégaux à l’époque. « La transparence doit devenir la règle et le secret l’exception », avait déclaré Daniel Lebègue, directeur de l’ONG Transparency International. C’est la logique inverse qui s’appliquera aux lanceurs d’alerte qui, contrairement aux journalistes, devront faire la preuve de leur bonne foi pour être protégés.

Il y avait un moyen simple de limiter la directive à son objet premier (enfin officiel) : restreindre son champ d’application au vol d’informations dans un but de concurrence déloyale, afin de protéger les informations révélées au nom de l’intérêt général. Certains parlementaires l’avaient proposé ; cela n’a pas été retenu.

Répression des fake news : attention, lois dangereuses !

De nombreux gouvernements en Europe mettent en place des lois contre les fake news- et non seulement la Communauté Européenne n’y voit aucun inconvénient, mais même les encourage.

Le gouvernement britannique a mis sur pied une unité spéciale. L'Italie s'est dotée d'un outil de signalement en ligne. En Allemagne une loi très controversée prévoit des amendes jusqu'à 50 millions d'euros pour les réseaux sociaux. En France, Emmanuel Macron a eu très à cœur de faire voter une loi visant notamment des interventions possibles de réseaux russes. Le texte prévoit que, durant la période électorale, la justice puisse faire cesser en urgence la diffusion de fausses informations, d’imposer des obligations de transparence renforcées aux plateformes numériques et de se donner les moyens d'interrompre la diffusion de services de télévision contrôlés ou influencés par un État étranger.

Pour Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, «le risque est trop important…Les périodes électorales doivent être d'une grande liberté, ce sont des périodes où sortent des informations importantes». Le recours en urgence à un juge qui statuera en seulement 48 heures, posent également question. Le juriste Vincent Couronne pointe une loi «non seulement imparfaite et inutile, mais aussi dangereuse pour la sérénité et la diversité du débat public». Cette loi «place le juge des référés en arbitre du vrai et du faux, au risque de donner un blanc-seing à des manipulateurs par manque de compétence ou de recul», abonde Patrick Eveno, professeur en histoire des médias à la Sorbonne. Quant à la possibilité de mettre hors-jeu un média étranger, Jérôme Fenoglio est très mal à l'aise. «Je ne peux pas défendre un dispositif qui considérerait comme normal de bloquer tout type d'info parce que réputé proche d'un gouvernement étranger», explique le directeur du Monde en rappelant que son propre journal est «bloqué et invisible en Chine».

En effet !

Il y a un domaine, un seul dans lequel la Commission Européenne, fait preuve d’une très grande vigilance quant à la liberté d’information – c’est celui des relations parfois un peu rudes avec la presse de certains gouvernements ou leaders opposés à la politique européenne et qualifiés de  populistes, Viktor Orban, Jean-Luc Mélanchon Nickel Farrage, Beppe Grillo, Marine Le Pen, les Polonais…On a bien compris que pour elle, les journalistes doivent forcément être de son côté, et non de celui des peuples. Et lorsque la Commission s’en prend à Viktor Orban qui tente, assez vainement, de limiter les activités de la fondation Soros, véritable, puissant et très riche  centre de propagande en faveur de l’ultralibéralisme, une espèce d’ultralibinform comme il y avait un Kominform, qui, au juste défend le pluralisme et la liberté de l’information ?

Il faut sortir de cette Eurokom là.

Annexe : les demandes de la fédération Européenne des journalistes

Pas de démocratie en Europe sans indépendance des journalistes ; pas de liberté d’information sans pluralisme !
Le pluralisme de la presse doit constituer un des piliers essentiels de la démocratie en Europe. Car c’est la liberté de chacun qui est en jeu….
On constate que les droits des journalistes sont remis en cause, la précarisation gagne notamment parmi les pigistes, globalement les conditions de travail se dégradent. Les salaires stagnent. Les plans de licenciements sont légion. Le dogme de la rapidité et la course au buzz - contraire aux principes déontologiques de la profession - sont incompatibles avec une information complète, vérifiée, hiérarchisée et mise en perspective. Il s’ensuit une baisse qualitative des contenus avec pour conséquence une perte de confiance des citoyens dans l’information. Les journalistes sont de plus en plus assimilés pour le grand public aux lignes éditoriales de leurs médias. Les pressions politiques et économiques accentuent les risques de censure ou d’autocensure des journalistes eux-mêmes, dans toute l’Europe, notamment là où les journalistes sont précarisés.

1. Pas de démocratie sans indépendance des journalistes. 2. Pas de liberté de la presse sans pluralisme de l’information. 3. Pas de liberté des journalistes sans respect des droits d’auteur. 4. Pas de journalisme de qualité sans respect des conditions de travail. 5. Renforcement du service public.6. Pas de liberté de la presse sans transparence.7. défendre l’avenir du journalisme. 8. pas de presse libre sans sécurité des journalistes. 9. Le journalisme garant d’une information crédible.

Les citoyens en Europe doivent pouvoir disposer d’une information sûre et vérifiée fournie par des journalistes en responsabilité, en leur assurant de pouvoir exercer leur rôle social sans entrave. Cela suppose la reconnaissance juridique des équipes rédactionnelles et des garanties légales d’indépendance vis-à-vis des actionnaires

On ne sache pas que l’Europe ait apporté la moindre réponse à ces demandes formulées lors des dernières élections européennes



Baisser le nucléaire : non tout le monde n‘est pas d’accord ! (2)


Le scandale de l’éolien. Le rapport de la Cour des Comptes

121 milliards d’euros !  121 milliards d’euros !  Inéluctablement 121 milliards d’euros vont rejoindre les proches profondes des margoulins des éoliennes. Ce montant  représente en effet uniquement le montant du soutien public auquel s’est engagé l’Etat par les contrats signés avant 2017 au bénéfice des producteurs d’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque (plus un chouïa de biométhane).

Ces 121 milliards seront distribués à un rythme annuel qui va passer par un pic à 7,179 milliards en 2025. Ils proviennent, selon les magistrats de la Cour des comptes dont le vocabulaire est fort poli, de «mécanismes de soutien dont les conséquences financières ont été mal appréciées». Une autre de leurs formules en réalité assassines : «Des charges importantes, durables et mal évaluées».

Dans un éclair de lucidité, la Cour y appelle à «asseoir la politique énergétique sur des arbitrages rationnels fondés sur la prise en compte du coût complet des différentes technologies». Il est certain que ne pas se ficher complètement du coût des différents moyens de production d’énergie, en particulier pour l’électricité, semble une idée raisonnable.

Partie avec cette idée pour le moins respectable, la Cour des comptes fait d’incroyables découvertes dans notre politique énergétique. Parmi ces découvertes, le coût faramineux du soutien à l’électricité photovoltaïque, pour un résultat minable. Ainsi les seuls contrats signés avant 2010 pèseront, au total lorsqu’ils seront arrivés à terme, pas moins de «38,4 milliards d’euros pour les finances publiques»,  pour… 0,7% de la production d’électricité (1), note la Cour. Ces contrats représenteront encore 2 milliards par an en 2030 et représentent une subvention de 480 € par MWh.

Les mauvais esprits ne manqueront pas de rapprocher ces presque 40 milliards d’euros de la somme quasi identique annoncée par EDF pour mettre ses réacteurs nucléaires en état de produire durant 20 ans de plus… 75% de l’électricité dont nous avons besoin.

Les contrats de l’éolien vont coûter «40,7 milliards d’euros en 20 ans» pour… «2% de la production française», précise le rapport. Récemment, les appels d’offres pour l’éolien offshore flottant de 2015 pourraient se traduire par un coût de 1,7 milliard pour moins de 100 MW de puissance installée, et 390 GWh par an, soit… 0,07% de la production nationale, notent les magistrats.

Les mauvais esprits ne manqueront pas de rapprocher ce déficit commercial du solde positif de notre balance exports/imports d’électricité, dû au nucléaire, qui nous permet d’acheter… des panneaux solaires chinois.

Les 7 000 éoliennes françaises débitent 3,99% de l’électricité produite par la France sur le premier semestre 2016. De plus, nos éoliennes sont de véritables intermittentes du spectacle, incapables de délivrer une puissance digne de ce nom en continu. Ces éoliennes nous ont coûté plus de 20 milliards d’euros d’investissements, dont 75% ont consisté à importer des machines du Danemark ou d’Allemagne. Chaque année, cinq milliards d’euros sont engloutis dans les “énergies renouvelables”, sorte de veau d’or écologique. Il s’agit d’argent que nous n’avons pas puisque le budget de notre pays est chroniquement déficitaire depuis 1976.
En 2017, les consommateurs d’électricité ont payé 5,6 milliards d’euros de surcoûts liés au tarif d’achat des énergies renouvelables de source éolienne ou solaire, selon la Commission de régulation de l’Energie (CRE).

Bientôt les gilets jaunes électriques !

L’expérience allemande : le quart de l’éolien terrestre menacé de démantèlement

Non seulement l’éolien nous coûte un pognon de dingue en subventions à la construction et à la production, mais ce sera pire...ensuite. L’éolien terrestre joue un rôle important dans le mix énergétique allemand, puisque les 29 000 éoliennes du pays ont couvert près de 16 % de la production électrique en 2017. Depuis l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, en 2000, les exploitants d’éoliennes profitent d’un soutien leur assurant vingt ans de revenus garantis. Les équipements les plus anciens, représentant 4500 MW de puissance installée, perdront cette aide en 2020. Par la suite, de 2000 à 3000 MW d’équipements perdront chaque année l’appui financier de l’État, pour un total de près de 14 000 MW d’ici 2023… 
Eh oui, puisque l’éolien ne peut pousser  que sur de grasses subventions, quand les subventions s’arrêtent, il va falloir l’arrêter…
Et le prix du marché reste au niveau actuel, le nombre de retraits pourrait dépasser le nombre de nouvelles installations, donnant un coup de frein à cette industrie. Le démantèlement de la partie aérienne d’une éolienne coûte environ 30 000 euros par MW de puissance installée, soit 60 000 euros pour une éolienne de 2 MW. Comment financer cette dépense? La plupart des exploitants, notamment les municipalités, sont vraiment mal préparés à cette éventualité. Même si le financement du démantèlement peut être assuré, que faire de tous les matériaux récupérés? Les parties métalliques, en acier ou en cuivre, se recyclent aisément. Mais il n’en va pas de même des pales, habituellement composées d’un mélange de fibre de verre et de fibre de carbone, liées à l’aide de résine de polyester. On ne sait pas séparer et recycler ces matières, qui pourraient s’accumuler au rythme de 16 000 tonnes par année à partir de 2021. Même leur combustion est à exclure, car les résidus obstruent les filtres des incinérateurs.

Mais ce sont peut-être les socles de béton qui sont les plus problématiques. Dans le cas d’une grande éolienne, ils peuvent faire jusqu’à 20 mètres de profondeur et représenter 3 000 tonnes de béton armé. Leur présence est un enjeu environnemental, parce que l’obstacle permet souvent à plusieurs niveaux de la nappe phréatique, normalement séparés, de se mélanger. Le code allemand du bâtiment prévoit leur démolition complète. Mais cela serait rarement le cas en réalité, en raison des coûts de centaines de milliers d’euros reliés à cette mesure. Une pratique plus courante, et officiellement tolérée, serait de les démanteler sur les deux ou trois premiers mètres, voire sur un seul, puis de les recouvrir de terre. Mais cela n’aide pas les aquifères.

Et l’agriculteur à qui on a fait miroiter les richesses ruisselant des éoliennes, quand il se trouvera à devoir financer l’enlèvement du monstre, ou vivre à perpétuité avec ses tonnes de béton dans un sol devenu inutilisable…Il va faire quoi ?

Les éoliennes vieillissantes sont un problème nouveau, qui pose des problèmes de gestion du mix électrique, de finances et d’utilisation des matériaux récupérés. Il faudra peut-être songer à forcer les exploitants à mieux provisionner cette étape du cycle de vie de leur produit…

Eolien : Une PPE absurde, un désastre écologique, économique, social !

Les chiffres sont sans appel : les 7 000 éoliennes françaises débitent 3,99% de l’électricité produite par la France sur le premier semestre 2016. Pire encore, nos éoliennes sont de véritables intermittentes du spectacle, incapables de délivrer une puissance digne de ce nom en continu. Les résultats sont très en dessous des attentes.

Diagnostic de la Cour des Comptes que l’on pourrait résumer sous le titre « Politique climatique : erreur française et fraude des mots ».  En résumé le résultat de la PPE jusqu’ici, singulièrement l’effort éolien, est climatologiquement parlant dérisoire par erreur sur la cible de l’action, visant l’électricité au lieu de viser les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre, comme le chauffage ou les transports routiers. Or, comme le système électrique français, dont le socle est constitué du nucléaire et de l’hydro-électricité, est déjà décarboné à près de 95%, il ne peut constituer une cible efficace pour l’action climatique !

Toute fermeture d’une centrale et son remplacement par de l’éolien (plus nécessairement du gaz pour la sécurité d’approvisionnement !) est écologiquement néfaste (plus de gaz à effet de serre), économiquement défavorable, socialement catastrophique ( en ce qui concerne et l’emploi, et  les consommateurs !)

En 2017, les consommateurs d’électricité vont payer 5,6 milliards d’euros de surcoûts liés au tarif d’achat des énergies renouvelables de source éolienne ou solaire, selon la Commission de régulation de l’Energie (CRE). Or si l’éolien fournit 3,99% de notre production nationale, le solaire fournit encore moins : 1,59%. Les taxes dites écologiques représentent 65 milliards d’euros par an, dont 48 milliards pour les ménages et 16 milliards pour les entreprises, selon BFM Business du 12 août 2016. Depuis 2007, la fiscalité dite verte a progressé de 40% !

Et cette fiscalité de la PPE a servi à enrichir les margoulins des éoliennes et à… aller au rebours des engagements climatiques français en augmentant le dégagement des gaz à effet de serre !
Et voilà pourquoi toue personne consciente et informée sur les enjeux écologiques, économiques et sociaux de la politique énergétique devrait soutenir les gilets jaunes !

Notre pays avait, en quatorze ans de 1990 à 2014, diminué ses émissions liées à l’énergie de 15,4%. Or depuis cette époque elles remontent chaque année, avec une accélération en 2017. Voilà qu’en 2017 par rapport à 1990, la réduction n’est plus que de 10,5% ! Notre pays est sur une voie qui, si elle de confirmait, conduirait à de graves manquements à nos engagements internationaux. Conséquence : la France a contribué à aggraver depuis trois ans le réchauffement climatique.

Comment en ait-on arrivé là deux ans après la Loi de Transition Energétique, sensée nous conduire à une énergie largement décarbonée ? Les aides publiques correspondant à la politique climatique française se portent, pour leur plus grande part sur le secteur électrique qui n’émet que 6% du total des émissions de gaz à effet de serre. Depuis 2007, au niveau mondial, solaire et éolien ont reçu les 2/3 des investissements. En 2017, ces deux énergies ont reçu plus de 95 % des investissements. Cette évolution est identique en Europe. En 2017, les investissements éoliens dans l’UE ont été de 28 milliards d’euros, soit 68,5% du total. La France, en enclenchant l’éolien marin, prend la même voie. En 2018, solaire et éolien écrasent toutes les autres énergies renouvelables. Eolien et solaire ont une particularité : leurs productions d’électricité sont intermittentes. Le premier est soumis au caprice des vents, le second aux ardeurs changeantes de l’astre des jours. L’ensemble est superbement déconnecté des besoins. Et si l’on suit la PPE, cela va empirer ! solaire et éolien devront assumer la très grande part de la transition en passant à 40% de la production électrique. Cela nécessitera des centrales à gaz pour compenser l’intermittence solaire et éolienne ! cf Lionel Taccoen, Lettre Géopolitique de l'Electricité)

Il  en aurait été tout autrement si les sommes folles, le « pognon de dingue » destiné au développement des éoliennes avait été investi dans la rénovation thermique de l’habitat et les transports ! Cette  fiscalité dite verte  qui a progressé de 40% a en fait dégradé la contribution climatique de la France (sans compter sa sécurité d’approvisionnement, le coût de l’énergie, la situation sociale des Français, la situation économique de la France)

Et c’est pour cela que les gilets jaunes ont raison, bien au-delà de leur combat factuel c’est cette absurde PPE et transition énergétique à la française qui est en cause !

Conclusion : Notre politique climatique n’est pas pilotée avec comme but majeur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais la réduction de la part du nucléaire dans l’électricité ! Et ça se voit, et les conséquences en sont là ! Elle n’est qu’une médiocre manœuvre politicienne, destinées aux écologistes bigots, scientifiquement  et techniquement incultes, bobos des centre villes.

A cela s’ajoute le déni, pour ne pas dire le foutage de gueule ! Les engagements de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 ne seront pas tenus ? Hé bien, nous ferons encore mieux que prévu…en 2050 ! C’est grave, parce qu’au fond cela décrédibilise toute politique de lutte contre le réchauffement climatique.



mercredi 28 novembre 2018

Baisser le nucléaire : non tout le monde n‘est pas d’accord !


La production d’électricité ne va pas baisser !

Tiens, un calcul intéressant de l’Ademe ! L’ADEME estimait effectivement en 2014 qu’1 Mo envoyé (bon d’accord, c’est un assez gros message, mais enfin pas irréaliste) correspondait à 15 grammes de CO2 ! Imaginons que vous envoyiez 30 mails par jour à différents destinataires pendant un an, cela correspond à presque 330 kg de CO2, soit plusieurs milliers de km d’essence utilisés en voiture ! Ou bien encore, pour une entreprise de 100 personnes envoyant en moyenne 33 e-mails par jour, 220 jours par an, cela représente 13,6 tonnes eqCO2, soit 13 A/R en avion entre Paris et New York ! Une autre façon de se représenter l’ampleur du problème : Lorsque l'on envoie un e-mail avec une pièce jointe qui pèse environ 1 Mo, cela correspond à la consommation électrique d'une ampoule de 60 Watts pendant 25 minutes !

Et le CO2 n’est pas la seule émission causée par l’envoi d’e-mails. Traduit en données, 1 Mo en pièce jointe dans un e-mail est l’équivalent de 7,5 grammes de fer. Cela est dû aux serveurs des data centers qui requièrent des métaux et des ressources importants pour être fabriqués et entretenus. Enfin, il faut également parler des spams, ces mails intempestifs que l’on reçoit par centaines. Dans le monde entier, les spams utiliseraient autant d’énergie plus de 2 millions de foyers américains annuellement !

L’intérêt de cette étude est de rappeler au grand public que les e-mails, les recherches sur le web et le stockage de documents numériques n’ont rien d’immatériel. L’envoi et la réception d’un e-mail ou la recherche sur le web nécessitent en effet une lourde infrastructure technique : data centers, l’internet, et les équipements des utilisateurs finaux.

Et il n’y a pas que les emails, les recherches internet aussi consomment de l’énergie. Toujours selon l’Ademe, à l’échelle des 29 millions d’internautes français qui effectuent en moyenne 949 recherches par an, les émissions de gaz à effet de serre (GES) induites représenteraient 287 600 tonnes d’équivalent CO2 ! (soit environ 250.000 aller retours Paris New-York en avion !)

Et aussi, et encore plus, le développement du cloud, du « big data », qui vont multiplier les consultations à distances et les échanges de fichiers volumineux. Sans parler des techniques de validation en blockchain, qui sont à la base des divers bitcoin. L’utilisation pour l’instant folklorique (ou délictueuse et risquée) des bitcoins a déjà des conséquences faramineuses : sur les quelque 17 millions de bitcoins en circulation dans le monde, une bonne partie est « made in Islande ».  L’Islande offre des conditions uniques au monde pour la production de cryptomonnaies, en raison de son énergie géothermique bon marché et 100 % renouvelable. Le kWh hors taxes (0,065 euro) y est en moyenne deux fois moins cher que dans l’Union européenne (0,114 euro), selon les données d’Eurostat pour 2016,  Mais l’implantation de fermes de minage dans le paysage islandais a un véritable impact environnemental. Selon le fournisseur d’énergie islandais HS Orka, les data centers islandais spécialisés dans le minage devraient consommer 840 gigawatts/heure en 2018 soit  plus que toute l’électricité consommée par les 330.000 habitants de l’île pour leurs besoins domestiques (700 gigawatts/heure) ! Et hors de cette utilisation très particulière, la technologie des blockchain devraient se développer pour le stockage et la transmission d'informations très sécurisées !

Bon aller : d’autres chiffres ; en 1 heure, 8 à 10 milliards de mails échangés (hors spam), 180 millions de recherches Google.  50 milliards d’objets connectés (Prévision 2020), 15 000 km distance moyenne parcourue par une donnée numérique (mail, téléchargement, vidéo, requête web)…
Et si on ajoute à ça l’électrification des transports et probablement aussi en partie du chauffage, vous croyez vraiment que la consommation d’électricité va diminuer ? Non évidemment, elle va exploser ! Vous croyez que les éoliennes et le solaire vont nous en fournir près de la moitié ? En tous temps ?

N’importe quel idiot, sauf les écolos les plus butés et vivant très bien de l’écologie tels Pascal Canfin, sait bien que non ! Vous croyez qu’il est raisonnable de diminuer la production nucléaire ? N’importe quel idiot, sauf les écolos les plus butés et vivant très bien de l’écologie tels Pascal Canfin, sait bien que non ! Et même pour arriver à 50% de nucléaire ( ce qui est inenvisageable pour la sécurité d’approvisionnement, qui soit dit en passant, deviendra de plus en plus critique),  l’explosion de la demande d’électricité exigera la construction de réacteurs de nouvelle génération. Et beaucoup !

Une leçon taiwanaise : les Taïwanais se prononcent par référendum pour l'énergie nucléaire (24 novembre 2018).

 L'île chinoise de Taïwan forme un état séparé du régime de Pékin de 23 millions d'habitants, disposant d'une économie dynamique et moderne. Son premier partenaire commercial est la Chine.

La nouvelle présidente , Tsai Ing-wen élue en 2017, avait dans son programme la sortie du nucléaire pour 2025 et le développement des énergies renouvelables (solaire et éolien). Le nucléaire, en 2017, avait fourni 14% de l'électricité. Un réacteur , terminé depuis 2014 n'a pas encore démarré. Au début du mois d'août 2018, trois des six réacteurs en service étaient à l'arrêt pour maintenance. Le 11 août, une délégation patronale s'est rendue chez Mme Tsai pour lui faire part de son inquiétude quant à la stabilité du réseau électrique. Elle demanda le redémarrage de certains réacteurs. Refusé !  Un communiqué de la présidence indiqua que tout était en ordre de marche ; l'instabilité provenait d'un réseau trop centralisé et qu’il fallait continuer à investir dans les renouvelables.

Le 15 août, une  panne géante affecta la partie nord de l'île et toucha, durant plusieurs heures sept millions de foyers, soit un tiers de la population Taïwanaise !  Entre autres,le métro de la capitale fut plongé dans le noir. On imagine les répercussions dans un pays moderne, feux de signalisation, informatique, ascenseurs etc...

Le ministre de l'économie démissionna, mais le traumatisme fut profond. Des questions se posèrent quant à l'existence d'un réseau électrique solide indispensable à l'économie et à la défense nationale.
Un mouvement pro-nucléaire puissant se forma, qui, à travers maintes embûches juridiques, obtint finalement la tenue d'un référendum d'initiative populaire afin d'interdire la sortie du nucléaire.

Celui-ci a eu lieu  le 24 novembre. La sortie du nucléaire a été rejetée par 59% des électeurs contre 41% d'avis opposés. La participation et le nombre de votants pro-nucléaires sont conformes à la Constitution locale et rendent le verdict valable juridiquement.

Le gouvernement, après le vote, persiste dans son refus du nucléaire. Les élections locales avaient lieu le même jour et le parti au pouvoir a subi une lourde défaite. Mme Tsai, à la suite des élections locales a annoncé sa démission de la direction de son parti.

Tiens, un avertissement ? Demain, les gilets jaunes de l’électricité !

(Merci à M. Lionel Taccoen et à sa très précieuse Lettre Géopolitique de l'Electricité !)



dimanche 25 novembre 2018

Après les gilets jaunes du fuel, les gilets jaunes électriques


La fermeture de centrales nucléaires, c’est l’assurance d’une explosion du prix de l’électricité

En France, le parc électronucléaire est constitué de 58 réacteurs en activité, répartis dans 19 centrales. Deux de ces réacteurs sont implantés sur la commune de Fessenheim dans le Haut-Rhin (en Alsace). Disposant chacun d’une puissance électrique de 900 MW, ils ont fourni, en cumul, près de 2,4% de la production électrique française en 2015 et 1,6% de celle-ci en 2016. En 2016, la centrale nucléaire de Fessenheim a généré près de 8,4 TWh, soit l'équivalent d'environ 65% de la consommation alsacienne d'électricité. Près de 1 100 personnes travaillent en permanence sur le site (850 salariés d’EDF et près de 250 salariés permanents d’entreprises extérieures). Lors des arrêts pour maintenance, il s’ y ajoute 600 à 2 000 personnes supplémentaires, issues de sociétés prestataires. Au niveau local, la centrale de Fessenheim représente 47,1 millions d’euros en 2016, dont 15,9 millions d'euros au titre de la taxe sur les installations nucléaires, 14,3 millions de redevance voie navigable et 2,1 millions d’euros de taxe foncière. Les investissements moyens dans la centrale (maintenance et amélioration de la sûreté) ont représenté  128 millions d’euros en 2016.

EDF souhaitait poursuivre l’exploitation au-delà de 40 ans, pour une durée minimale de 50 ans. L’Autorité de Sûreté Nationale (ASN) a validé cette prolongation à chacune de ses visites décennales, la dernière d’entre elles ayant été effectuée en 2009/2010 pour le réacteur 1 et en 2011/2012 pour le réacteur 2 de la centrale. Fermer Fessenheim n’est donc pas une question de sécurité !

Fermer Fessenheim, mais le remplacer par quoi ? Un remplacement progressif du nucléaire par de l’éolien stocké coûte donc environ 6 fois plus qu’avec du nucléaire à 60 ans, sans faire rien gagner sur les émissions de CO2 par ailleurs. Avec le photovoltaïque les investissements seraient multipliés par un facteur 5 à 10 par rapport à l’éolien (donc 50 par rapport au nucléaire), à consommation identique ! En passant, lorsqu’on s’inquiète avec un peu de raison du dérapage de la construction de l’EPR, eh bien, l’EPR, son coût il peut dériver encore 5 fois, 10 fois, il sera encore moins cher que les énergies renouvelables, compte-tenu du flux d’électrons qu’il relâchera !

Ce qui veut dire aussi que la fermeture de centrales nucléaires, si elle devait être actée par la PPE, c’est l’assurance d’une explosion du prix de l’électricité. Après les gilets jaunes de l’essence, préparez-vous aux gilets jaunes de l’électricité.

Et aux restrictions autoritaires ! Remember : Le compteur Linky est prévu pour pouvoir vous « effacer » du réseau !

Fermer Fessenheim, mais le remplacer par quoi ? Eh bien, dans l’immédiat, par les centrales au charbon (voire au lignite !) allemandes, les plus polluantes et les carbonnées qui soient. Vive la pollution en Alsace et en France !

Fermer Fessenheim, mais le remplacer par quoi pour les travailleurs d’EDF, pour les habitants de la région ? Ben, on sait pas trop ! Et si ce sont 4, 6 centrales nucléaires de plus qu’on ferme ?

Fermer Fessenheim, c’est un scandale écologique, économique, social, sanitaire, c’est une absurdité idéologique, c’est une magouille pour complaire aux écologistes bigots et rétrogrades et scientifiquement ignares. C’est révoltant et inacceptable, c’est brader le patrimoine technologique français et les efforts de nos parents qui ont construit le nucléaire français.
Et fermer d’autres centrales nucléaires, encore plus ! Le nucléaire est certes hors de prix, mais les alternatives non carbonées sont bien plus chères !

 « Tout le monde est d’accord pour  réduite la part du nucléaire à 50% » Eh bien non !

C’est une des  déclarations de Hulot, qui prend de plus en plus l’aspect d’un prophète sectaire et déjanté bourré de tics, jouant et rejouant l’annonce de l’Apocalypse, manipulant les peurs, jouant sur l’indignation (parfois justifiée), la colère, la culpabilisation,  en perpétuelle séquence émotion, ce qui le dispense de toute raison et de toute argumentation scientifiquement fondée.

Non M. Hulot, tout le monde n’est pas d’accord pour réduire la part du nucléaire à 50% dans la production électrique, et en particulier pas les scientifiques du Giec. Tous les scenarios du GIEC qui permettent de limiter la hausse de la température moyenne du globe à moins de 1.5° en 2100 ; tous ! incluent une augmentation significative de la part du nucléaire ! (de 59-106% d’ici 2030, de 98-501% d’ici 2050. Le respect des objectifs climatiques nécessitera de multiplier par six les capacités nucléaires mondiales. Et pour la France, la recommandation spécifique est de commencer dès maintenant la construction de nouveaux EPR, compte-tenu des délais de mise en route effective  pour des raisons plus administratives que techniques !). Nous sommes déjà exemplaires sur le plan de la décarbonation de l’électricité (mais pas sur celui des transports, du diesel, de l’isolation thermique), pourquoi revenir en arrière et priver la France d’une énergie durable, décarbonnée, économiquement très compétitive,  pourvoyeuse d’emplois durables et qualifiés, bonne pour le climat et la pollution, et dont nous étions les leaders mondiaux, avec une solide expertise !
Et pas plus l’ensemble des scientifiques internationaux qui ont adressé au Pt Macron une lettre pour lui faire part de leur inquiétude devant votre décision d'éloigner la France d'une production nucléaire propre, soulignant que « toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d'augmenter la production d'électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution ».

Et pas plus les dizaines de milliers de citoyens français (~40.000) et les centaines d’organisations représentatives, bons connaisseurs des problématiques énergétiques) , qui ont tenu à participer au Grand Débat sur la PPE ( programmation de la politique énergétique), qui à la grande surprise du rapporteur et du gouvernement, ont contesté  « la cohérence des deux objectifs de décarbonation et de modification du mix (notamment baisse du nucléaire ». Conclusion du rapporteur : « Une offensive forte pour remettre en cause la loi elle-même ainsi que ceux qui l’incarnent ou la pilotent », et notamment la baisse de la production nucléaire. Puisque c’est lui qui le dit !

Et pas plus cette syndicaliste de l’alliance UNSA/CFE-CGC (Mme Autissier), qui signe dans Le Monde du 25 novembre 2018 une tribune justement intitulée, « Non, tout le monde n’est pas d’accord pour réduire la part du nucléaire ». Citations : « Pour réduire la part du nucléaire à 50 % de la production totale à l’horizon de 2030, Ampère préconise la fermeture de 16 réacteurs entre 2020 et 2030, réduisant le parc nucléaire de 63 gigawatts (GW) à environ 50 GW. Pour arriver à 50 % d’électricité nucléaire en 2035, Volt préconise pour sa part la fermeture de 9 réacteurs et un parc nucléaire de 55 GW.

De tels scénarios conduiront inéluctablement à des arrêts d’activité dans nos régions et généreront des pertes d’emplois – avec leurs conséquences sur la vie locale. Le scénario Ampère entraînera la suppression de 70 000 à 120 000 emplois directs, indirects et induits, tandis que le scénario Volt ferait perdre entre 35 000 et 65 000 emplois. En outre, ces scénarios détruiront à terme la filière de recyclage de l’uranium, dont la France est l’incontestable leader, avec des conséquences désastreuses sur l’activité industrielle en Normandie et dans la vallée du Rhône. »
« Alors que la France aspire à promouvoir l’activité industrielle nationale et à faire vivre ses territoires tant malmenés par la désindustrialisation, cherche-t-on à casser une industrie qui se déploie sur l’ensemble du pays ? Rappelons que 40% des emplois de la filière nucléaire sont situés en Rhône Alpe et en Provence Cote d’Azur, un quart en Île de France, 20% en Normandie… La filière fournit des emplois durables, particulièrement aux jeunes générations,.. »

Et pas plus cette syndicaliste CGT (Mme Cailletaud), qui s’exprime dans le même numéro du Monde dans une tribune intitulée la France doit se doter d’un service public de l’énergie, : Sortir du fissile n’est pas climato-compatible. La France, qui a encore des compétences  précieuses en la matière porte une responsabilité particulière. Il est donc plus que jamais d’actualité que la PPE prenne en compte  les réalités techniques et économiques pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux et se débarrasse des points de vue idéologiques.

Trente ans de dérèglementation du secteur de l’énergie ont conduit à la déstructuration, à l’affaiblissement des énergéticiens européens, à la fragilisation de notre sécurité et de notre indépendance énergétique, qui a diminué de deux points de CO2 en 2016 et à l’augmentation des coûts.
Non à la scission d’EDF ! …Garantir simultanément des dividendes élevés et une forte valorisation boursière du titre d’EDF est  peu compatible avec les besoins très lourds et à long terme d’une  entreprise comme EDF… Le caractère stratégique de l’énergie implique d’avoir une vision systémique servie par un pôle public répondant aux besoins et aux enjeux du XXIème siècle » En effet !

Et pas plus la fédération FO mines énergie, au discours particulièrement net, courageux, compétent et argumenté ( eh oui, vivent les corps intermédiaires, malgré leurs défauts !) :

«  FO Énergie et Mines rappelle son désaccord constant avec l’atteinte d’un objectif de 50 % de part du nucléaire dans le mix électrique, lequel ne repose sur aucune considération objective. La définition d’une politique énergétique doit être fondamentalement pragmatique et reposer sur l’analyse de la contribution réelle des différents moyens de produire l’électricité à la lutte contre le réchauffement climatique. La montée en puissance des énergies intermittentes et la réduction de la part du nucléaire n’améliorent en rien le bilan CO2 de notre pays. Comme l’a rappelé la Cour des Comptes, l’accélération du développement des énergies renouvelables intermittentes génère des coûts élevés qui pèsent largement sur les ménages. Elle amplifiera le déficit commercial de notre pays et présente à terme des risques géopolitiques avérés (terres rares quasi exclusivement concentrées en Chine). Elle porte également un risque sur la sécurité d’approvisionnement de notre pays en l’absence de solution économiquement abordable en matière de stockage.

Notre pays peut compter aujourd’hui sur un parc nucléaire performant qui a contribué à faire de la France un des pays européens où l’électricité - hors taxes - est l’une des moins chères d’Europe et sur la troisième filière industrielle de France, qui emploie 220 000 salariés. FO Énergie et Mines considère qu’au point de vue économique, social et environnemental ,la fermeture pour des raisons politiques d’une centrale nucléaire serait une absurdité et un gâchis pour notre pays, sa compétitivité et le pouvoir d’achat des Français. FO s’y opposerait alors de toutes ses forces avec les personnels. »

Le nucléaire reste une énergie d’avenir et il importe en conséquence, pour maintenir les compétences, de lancer parallèlement un programme de construction de nouveaux réacteurs."

« Tout le monde est d’accord pour  réduite la part du nucléaire à 50% » Eh bien non ! (bis)

Cf. sur un ton moins revendicatif mais sur le fond aussi critique la tribune de l‘expert Jacques Percebois, Coresponsable du pôle Transitions énergétiques à la Chaire Économie du Climat (Paris-Dauphine), qui s’exprime sur le très officiel et très gouvernemental Connaissance des énergies. Citation :
« La presse a évoqué hier trois scénarios envisagés par le gouvernement quant à l’évolution du nucléaire en France. Le scénario retenu sera officialisé la semaine prochaine lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Dans les trois cas, il est prévu de fermer entre 11 et 14 réacteurs avant fin 2035 (en incluant les 2 tranches de Fessenheim dont l’arrêt est déjà acté) sur les 58 réacteurs en activité. Dans les trois cas, la part du nucléaire devrait baisser à 50% de la production d’électricité mais à des dates un peu différentes : 2035 dans le scénario « Hulot/Rugy » et le scénario dit « intermédiaire », et 2040 dans le scénario « Bercy ».

Dans les trois cas, la part des renouvelables devrait atteindre 40% de la production d’électricité contre 18% environ aujourd’hui, mais là encore à des dates un peu différentes : 2030 dans le premier scénario, 2032 dans le second et 2034 dans le troisième.
La vraie divergence entre ces scénarios ne tient pas aux dates, assez proches, de réduction de la part du nucléaire mais au fait que seul le troisième scénario envisage de façon explicite de construire de nouveaux réacteurs : 4 EPR, 2 vers 2034-2035 et 2 vers 2040-2041.

Dans les deux premiers scénarios, on donne l’impression que le nucléaire est à échéance plus ou moins lointaine condamné à disparaître en France. Seul le troisième maintient le cap nucléaire tout en réduisant la voilure.
Plusieurs questions devront être explicitées :

Sur quelle base d’évolution de la demande d’électricité ces scénarios ont-ils été construits ? Maintient-on l’hypothèse d’une demande d’électricité stable, voire en baisse ? Quid des nouveaux besoins liés à la mobilité électrique et aux objets connectés ? (NB un message électronique avec pj standard équivaut à la consommation d'une ampoule de 60W pendant 25 minutes- et les besoins des blogs chain font déjà exploser les besoins en serveurs...)

Quels réacteurs seront fermés ? Si ce sont les plus anciens, cela concerne les réacteurs dits « moxés ». Si tel est le cas, ne risque-t-on pas de mettre en péril le retraitement du combustible donc toute la filière « aval » du cycle ? La France a choisi le cycle fermé du combustible avec recyclage de l’uranium et du plutonium, ce qui permet d’économiser de l’uranium et de réduire le volume des déchets à stocker.

Si l’on veut maintenir les compétences dans le nucléaire, renvoyer à 2035 la construction de nouveaux réacteurs n’est-il pas trop tardif ?

ll faudra aussi se prononcer sur le choix de l’après EPR : maintient-on le cap de la « Génération IV » (les RNR) ? Le projet Astrid est-il abandonné, repoussé ? Qu’en est-il des nouvelles technologies du type SMR (Small Modular Reactors) ? Un regard sur ce qui se fait à l’international, en Russie, en Chine et aux États-Unis sera nécessaire à ce niveau si l’on veut rester dans la course. Mais le veut-on ?

Comme on le voit, beaucoup de questions demeurent en suspens et devront être débattues en rappelant que la lutte contre le réchauffement climatique est une priorité à la réalisation de laquelle le nucléaire contribue fortement en France.