Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

mardi 9 juillet 2019

Chômage des cadres ; une dégressivité injuste, inefficace, aux effets ravageurs pour les cadres seniors


Réforme Macron, pour les cadres, dégressivité de 30% après 6 mois pour tout salaire initial supérieur à 4500 € brut!!!Le taux d’indemnisation passera donc pour cette population de 57% à 39,9 % !
Dès le 1er novembre 2019, tous les chômeurs qui percevaient plus de 4 500 € brut de salaire mensuel verront leur indemnité réduite de 30 % à partir du septième mois. Une mesure qui vise principalement les cadres seniors !


Pétition unitaire CFE-CGC et CGT pour protester contre la dégressivité de l’indemnisation chômage des cadres. Signer  vite et nombreux, SVP) :


Non, les cadres n’abusent pas de l’ assurance chômage !

Il faut se méfier des gens de LREM, ils font vraiment ce qu’ils disent, surtout quand c’est idiot et injuste ! L’histoire a commencé, en août 2018, quand le député LREM, Aurélien Taché, a lancé l’idée de retoucher à l’indemnisation chômage des hauts revenus. « La justice sociale, ce n’est pas de couvrir pendant deux ans des gens qui ont de très hauts revenus et pourraient retrouver un emploi » !!!
Et de citer l’exemple de quelques traders, mis au chômage en Angleterre par la crise boursière, et qui reviendraient toucher des indemnités exorbitantes en France !

Ah toujours cette exquise méthode de désigner à la jalousie générale les privilégiés ( les cheminots et leurs statuts spéciaux, EDF et ses tarifs agents..). Donc ici, les cadres aux indemnités mirobolantes, et qui au lieu de chercher du travail, bronzeraient dans des îles exotiques.

Réalité des choses et Fake news : Seulement 900 personnes touchaient l’allocation maximale (7 454 € brut par mois soit 6560€ net), cela représente 0,03 % des bénéficiaires en 2017 ; les cadres ne représentaient que 7 % des allocataires indemnisés en 2016 ; 95 % des allocataires cadres perçoivent une allocation de moins de 2 275 € brut par mois ;

Et pour en rajouter une louche, une étude très bienvenue de Pole Emploi mise en avant par LREM comme donnant de nouveaux arguments au gouvernement. Ils démontrent, en effet, que la catégorie des demandeurs d'emploi percevant le niveau d'allocation le plus élevée - soit plus de 5000 € mensuels - est aussi celle qui reste le plus longtemps au chômage. En clair, d'après ces chiffres, les 15 609 chômeurs, qui, en 2017, ont pu toucher une allocation de 5000 € et plus chaque mois sont restés plus d'un an et demi au chômage.

Réalité des choses et Fake news : Il faut être singulièrement buse, ou singulièrement de mauvaise foi pour manipuler les chiffres ainsi ! Car l’évidence, c’est que la population en question sont des cadres senior de relativement haut niveau. Constatation de François Hommeril, président de la CFE/CGC : « Un cadre de haut niveau au chômage met plus de temps à retrouver un emploi car le marché du travail auquel il s'adresse est plus restreint et son niveau d'exigence plus élevé. C'est donc normal qu'il prenne plus de temps et qu'il touche plus longtemps ces allocations. Constatant cet état de fait, le gouvernement fait l'interprétation inverse : il prétend que les cadres au chômage recherchent mollement du travail. En plus l'outil utilisé, la dégressivité des allocations donc, est inefficace. Il existait avant (NDLR : entre 1986 et 2001) et il a été abandonné justement par ce que ça ne marche pas. Cela pousse les gens à accepter un emploi déqualifié par rapport à leur niveau de compétence et ça dévalue l'ensemble de la pyramide des activités et des demandeurs d'emploi. C'est une politique démagogique »

Il existe une vraie discrimination liée à l’âge, toute chose égale par ailleurs, analyse Yannick L’Horty, professeur à l’université de Paris-Est et directeur de la fédération de recherche « Travail, Emploi et Politiques publiques ». Même à productivité et à rémunération identique, les seniors ont plus de difficultés à retrouver un emploi. Et plus on avance en âge après 50 ans, plus c’est difficile. »
L’absence supposée de mobilité, la peur des managers d’embaucher un cadre plus âgé qu’eux qu’ils n’arriveraient pas à diriger, ou encore les préjugés concernant la réactivité et l’engagement sont autant d’idées reçues qui bloquent les recruteurs.

En 2012, la moitié des plus de 55 ans au chômage l’était depuis plus d’un an, contre moins de 10 % chez les moins de 30 ans, relevait la dernière étude de l’Apec. Sur l’ensemble des chômeurs, seul 13 % des seniors trouvent un emploi dans le trimestre
Et senior, c’est pas 57 ans, ni même 50 ans. Statistiquement, on est senior à partir de 50 ans, mais pour les recruteurs, c’est dès 45 ans ! »estime Jean-Paul Domergue, responsable dans l’association Solidarités nouvelles face au chômage et ancien directeur des affaires juridiques à l’Unédic. Une vision que confirme Annie Jolivet, chercheuse au Centre d’études de l’emploi et du travail, qui dépend du Cnam : « La limite à partir de laquelle on est "âgé" dépend du recruteur et du secteur d’activité, certains candidats peuvent être perçus comme "âgés" avant 50 ans ». Un candidat de plus de 48 ans a trois fois moins de chance de passer la première étape d’une embauche qu’un candidat d’une trentaine d’années, chiffrait une étude de l’université Paris.

La dégressivité des allocations chômage est-elle efficace ? Non !

En 1992, en pleine crise économique et face à l'augmentation du déficit de l'assurance chômage, syndicats et patronat ont mis en place une allocation dégressive. A l'époque, tous les chômeurs étaient concernés et le montant de leur allocation baissait tous les quatre mois.

Dans une étude, l'Insee a conclu que ce type de dégressivité (finalement supprimée en 2001) n'a pas accéléré le retour à l'emploi. Sauf chez les chômeurs les mieux indemnisés qui pouvaient voir leur allocation baisser jusqu'à neuf fois au cours de leur période d'indemnisation. Seul bémol, l'étude n’a pas analysé la qualité des emplois repris. La question étant de savoir si certains cadres ou salariés à hauts revenus ont été contraints d'accepter un travail moins qualifié et moins payé que ce qu'ils espéraient…pénalisant ainsi d’autres catégories.

D'après l'OFCE, une soixantaine d'études académiques a été menée dans plusieurs pays sur les effets de la dégressivité des allocations chômage. 80% d'entre elles concluent que le système le plus efficace pour stimuler la reprise d'emploi, c'est celui des droits constants. C'est-à-dire quand un chômeur touche le même niveau d’allocations tout au long de sa période d'indemnisation. Des études qui visiblement n'ont pas convaincu le gouvernement. 

Trois mois, pour retrouver un poste pour un cadre senior, c’est juste le temps de commencer à activer son réseau. Il est visible que M. Aurelien Taché et ses copains de LREM qui ont voté cette mesure scélérate n’ont jamais été confronté au problème. Savez-vous qu’être au chômage, c’est loin d’être au repos, que c’est même un travail à plein temps, et même à plus que temps plein. Et que c’est en plus une période pendant laquelle vous dépensez plus, parce que vous avez perdu les avantages du salariat, que vous devez vous déplacer beaucoup, monter des dossiers ou des présentations etc. sans aide logistique. Sans compter, que pour beaucoup de cadres âgés, la seule solution est souvent de créer son emploi et son entreprise… et que les  indemnités chômage servaient aussi à cela.
Non seulement la dégressivité des allocations chômage est inefficace, elle constitue même une entrave à la recherche d’un emploi.

Comment en est-on venu là ?

Et bien suite à une grande manip du gouvernement qui a imposé aux partenaires sociaux un cadrage de l’Unedic impossible et extrêmement injuste, puis qui, devant leur refus unanimes, syndicats salariés et patronaux, a prétendu qu’ils étaient incapables de gérer l’Unedic. Réponse de ce syndicat oh combien extrémiste qu’est la CFE-CGG : « On n'a aucune responsabilité dans la situation de l'Unédic. Le système d'assurance chômage, si on fait l'équilibre entre les cotisations et les allocations, est excédentaire. Et c'est comme ça depuis 20 ans. Si le système affiche de la dette, c'est parce que l'État fait peser sur lui d'autres engagements. Comme le financement de Pôle emploi, c'est 3,4 milliards d'euros prélevés chaque année sur les cotisations. Lors de la négociation de la dernière convention, le gouvernement était venu vers nous en imposant une lettre de cadrage pratiquement impossible à suivre. En reprenant la main, il a laissé libre cours à ses idées les plus néfastes. »
Un acte politique d’agression », dénonce François Hommeril, président de la CFE-CGC, le syndicat des cadres. L’ancien géologue n’a pas de mots assez durs pour dénoncer « la violence », « le cynisme » et « l’inconséquence » de l’exécutif. « Non seulement la réforme prive de leurs droits ceux qui contribuent le plus, mais, cerise de l’indignité, elle prétend le faire au nom de la justice sociale. »En 2017, rappelle-t-il, la participation des cadres finançait le régime d’assurance-chômage à hauteur de 42 %, alors qu’ils ne recevaient que 15 % des allocations. « Inefficace », « funeste », « néfaste », « démagogique »
C’est aussi « oublier » que les cadres étant peu au chômage, leurs cotisations représentent 42% des ressources du régime et leurs allocations comptent seulement pour 15% des dépenses. La dégressivité et le plafonnement des allocations des cadres dégagera donc peu d’économies. Par contre, les chiffrages de l’UNEDIC démontrent que mettre à contribution les cadres dirigeants et instaurer des cotisations chômage sur la part des salaires supérieurs à 13 500€ permettrait de dégager 700 millions d’euros de recettes supplémentaires et concernerait d’abord les grandes entreprises qui concentrent les plus hauts salaires.
Vers la destruction de l’assurance chômage !
L’enjeu, c’est la conception même du régime d’assurance chômage et cela concerne l’ensemble des salariés. En plafonnant les allocations, on passe d’un régime donnant droit au maintien du niveau de vie des salariés à un système de filet de sécurité minimum avec des indemnités plafonnées et conditionnées. Résultat : pour maintenir leur niveau de vie, celles et ceux qui en ont en ont les moyens financiers seront renvoyés vers les assureurs.D’où fin du paritarisme et étatisation. Elle sera suivie, c’est annoncé, de la fin du système d’assurance chômage, qui sera remplacé par un filet de sécurité à l’anglaise, un minimum vital contraignant à  reprendre le plus vite possible n’importe quel emploi.
Il ne restera à ceux qui voudront une vraie assurance chômage que de se tourner vers les assureurs privés qui commencent à se frotter les mains. A noter que les Suédois, justement pour éviter l’atomisation de la société, ont fait le choix contraire de sauver les assurances sociales en gardant à bord les classes moyennes supérieures
C’est une agression contre les cadres, et c’est assez simple à comprendre, c’est une catégorie électorale que LREM et Macron considèrent comme quasiment captive, qui ne votera jamais Marine Le Pen ou quelque autre opposant. Chiche ?

Vous n’entendez pas dans les campagnes, dans les villes, dans les entreprises, contre Macron, la grande colère qui monte, qui monte !
Attention,  l’écrasement  des classes moyennes provoque des monstres politiques !

Pétition CFE-CGC et CGT : 


Résultat de recherche d'images pour "petition CFE-CGC chômage des cadres"

dimanche 7 juillet 2019

Politique énergétique et climatique ; à fond dans le mur, derrière l’Allemagne !

Après le blog précédent (« Le grand maléfice : pourquoi plus il y a de renouvelable, plus le prix de l’électricité augmente !)

un  autre aspect des dépositions devant une Commission parlementaire du très grand et indispensable Jean-Marc Jancovici, repris dans deux interviews données à Energgeek


Extraits :

Deux priorités incompatibles : combattre le réchauffement climatique ou baisser la part du nucléaire ?

« Dans son interview au Monde du 10 septembre 2018, le nouveau ministre de Rugy évoque un mix électrique à 50% EnR et 50% nucléaire dans la prochaine Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), que pensez-vous de cette déclaration ?
Cette déclaration de François de Rugy atteste d’une mauvaise appréhension des priorités du gouvernement. Après avoir déclaré l’importance de décarboner l’économie, commencer par se focaliser sur la baisse du nucléaire, qui n’aura strictement aucun impact sur nos émissions, ne correspond à rien de logique.

Si la première déclaration de François de Rugy avait été « je vais m’occuper des transports », ou « de la rénovation des bâtiments », ça aurait clairement montré qu’Emmanuel Macron avait compris que la question climatique était ailleurs que dans le nucléaire. Le fait que le président laisse dire au nouveau ministre de l’environnement, dans sa première interview au Monde, « je vais commencer par m’occuper du nucléaire », même s’il précise qu’il souhaite pacifier le débat, illustre que rien n’a changé dans la mauvaise gestion des priorités. La démission de Nicolas Hulot n’y aura rien changé : le nucléaire reste le passage obligé de tout discours environnemental du gouvernement, et la place qu’il occupe dans les esprits et les débats annihile tout débat environnemental sérieux…

Attaquer sur le nucléaire est donc avant tout une erreur stratégique et tactique, car cela signifie que l’on va continuer à regarder ailleurs que là où sont les vrais problèmes. Il n’y a qu’à voir, la loi mobilités vient de passer de 130 à 30 articles, mais personne chez les écologistes ou ailleurs ne proteste…

Cette obsession autour du nucléaire vient peut-être de ce que ni François de Rugy, ni le président, ne disposent des leviers d’action pour agir sur les autres déterminants majeurs du système énergétique qui concerne la France, à savoir l’ouverture des mines de charbon en Chine ou en Indonésie, l’exploitation des gisements de gaz russes et le développement de l’activité des foreurs de shale oil aux États-Unis… Car c’est là que sont les grands facteurs déterminants de notre système énergétique depuis que nous sommes entrés dans une civilisation thermo-industrielle, où les machines produisent à notre place. Face à ce constat, le chef de la cinquième république française a finalement assez peu de possibilités d’agir à court terme.

Malgré toujours plus de renouvelables, nous ne sommes pas du tout sur la bonne trajectoire : les GES réaugmentent.

Avec l’Accord de Paris et l’exemplarité du nouveau champion de la Terre et du climat, Emmanuel Macron, peut-on tout de même croire que nous sommes sur une bonne trajectoire ?

Malheureusement, comme la plupart des pays qui ont adopté l’Accord de Paris, nous ne faisons pas les efforts qui correspondent à ces déclarations. Que fait-on pour lutter réellement contre nos émissions ? Pas grand-chose, et d’ailleurs elles ont augmenté en France en 2017. Quand on regarde les postes d’émission et les ordres de grandeur pour estimer ce qu’il faudrait faire, on ne peut pas dire qu’on tienne compte de l’Accord de Paris. On ne s’occupe sérieusement ni des transports, ni du bâtiment par exemple. En Allemagne c’est pareil, les constructeurs automobiles sont vent debout contre la réduction des émissions, les industriels sont vent debout sur la baisse des quotas à distribuer, les électriciens sont vent debout contre la baisse du charbon… L’Allemagne ne peut absolument pas être citée en exemple : ils vont certes dépenser 500 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, mais cela n’aura quasiment rien changé à leur trajectoire sur les émissions de CO2.

En France, nous finançons essentiellement des investissements « de transition » qui ne correspondent pas à la question climatique. D’après un récent rapport de la Cour des comptes, à fin 2017 120 milliards d’euros ont été engagés dans l’énergie solaire et les éoliennes (sans compter les 25 milliards promis pour l’offshore à l’été 2018), sans modifier la part non fossile de la production d’électricité française, qui est à 90% depuis 1987. Question : à quoi ont servi les dépenses dans ces énergies renouvelables électriques intermittentes, si ce n’est à préparer une transition énergétique à l’allemande, c’est-à-dire pour faire moins de nucléaire, alors que ce dernier ne contribue pas aux émissions ? La plus grande confusion règne sur les objectifs, et elle est entretenue par une partie du monde politique qui met dans un même sac les énergies fossiles et le nucléaire. Au point que récemment encore, un sondage indiquait qu’environ deux tiers des Français pensent que le nucléaire est un contributeur significatif aux émissions de gaz à effet de serre, alors que c’est évidemment inexact. Ce qui est sûr, c’est que les slogans simplistes nuisent à la compréhension correcte des dossiers scientifiques !



L’Europe sous domination allemande. Pauvre démagogie des politiciens français. Pour quoi le fermeture de Fessenheim relève de l’imposture.

Pourquoi nos responsables politiques n’ont pas su faire un choix pertinent pour le pays au lieu d’essayer de singer les Allemands qui sont partis dans le décor…

Finalement, au regard de ces éléments, comment expliquez-vous les choix énergétiques français depuis ces dernières années ?
Pour moi, l’Europe est allemande, et donc l’Europe de l’énergie… est allemande. Le nucléaire c’est mal, le charbon on verra plus tard, le gaz (pourtant fossile et contributeur aux émissions) c’est bien, et le pétrole est en dehors des esprits. Au nom de l’axe franco-allemand, nous cherchons à les imiter en tout… Or, de l‘autre côté du Rhin, il y a une haine viscérale du nucléaire qui existe depuis longtemps, pour des raisons qui ne sont pas techniques. Le nucléaire rappelle tout d’abord les fusées Pershing, la présence militaire américaine sur le sol allemand, donc la « honte » de la Seconde Guerre mondiale. Ces fusées rappellent aussi l’époque où il y avait deux Allemagne, et que tout le monde essaie d’oublier aujourd’hui. Une experte de l’énergie m’a aussi fait remarquer un jour que l’énergie nucléaire est une énergie fédérale, et que dans un pays dominé par les Lander, elle sera moins bien vue que l’éolien qui est présenté comme une énergie locale (comme le charbon !). En France, nous n’avons pas tous ces éléments « culturels », donc nous voyons aussi la situation différemment.
Chez nous, cette focalisation sur le nucléaire a aussi des déterminants culturels. Les Français adorent l’Etat, mais adorent aussi s’en plaindre. Ils sont très attachés à avoir des hôpitaux publics tout en critiquant dès qu’ils le peuvent la qualité de l’accueil, très attachés au système public ferroviaire tout en se gaussant des retards des trains (alors que notre système ferroviaire nous est envié par nombre de pays étrangers), très attachés à l’école publique tout en critiquant l’enseignement, etc.
Dans cet ensemble, ils sont aussi très attachés à EDF tout en critiquant le système technique mis en place. Il faut savoir dépasser cet esprit de « village gaulois » pour faire des choix pertinents, et ni Sarkozy ni Hollande n’ont su le faire. Sarkozy a délibérément évité de parler du nucléaire au moment du Grenelle de l’Environnement, mais du coup il a laissé le champ libre aux anti-nucléaires et aux gaziers pour proposer que ce soient les ENR électriques (couplées au gaz !) qui montent en puissance dans le mix électrique.
Hollande a voulu séduire les 2% d’électeurs pour qui la baisse du nucléaire est un des premiers déterminants du bulletin de vote en annonçant la baisse à 50% en 2025 (il n’avait pas d’autre idée en tête que de se faire élire, ce chiffre rond ne correspondait à aucune analyse technique sérieuse) et la fermeture de Fessenheim, qui relève de l’imposture. Sur ce dernier point, que l’Etat, actionnaire d’EDF, lui impose, quelle que soit la raison, de fermer un réacteur, peut être vu comme une bêtise, mais cela reste dans le cadre des droits de l’actionnaire majoritaire. Par contre, que Monsieur François Hollande affirme, sans tenir compte de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), que c’est Fessenheim qu’il faut fermer car c’est la plus vieille et donc la plus dangereuse, cela relève de l’hypocrisie. Cela laisse croire que Monsieur Hollande est plus compétent que l’ASN ou que les ingénieurs d’EDF pour arbitrer entre tous les réacteurs en fonctionnement, alors qu’il n’a pas la compétence pour. En fait, la seule raison de cette décision était de réaffirmer l’autorité du gouvernement sur EDF, exactement comme un gamin sur la plage montre à un autre gamin qu’il est le plus fort en allant piétiner son château de sable. Voilà où nous en sommes rendus en matière de « clairvoyance » de l’Etat sur les arbitrages de ce qui constitue le sang de nos sociétés modernes, l’énergie.
Et encore, ici nous n’avons parlé essentiellement que d’électricité, mais cette dernière ne constitue que le quart à la moitié de notre consommation énergétique (selon la façon de compter, primaire ou final), et notre société dépend tout autant du pétrole, qui est un des angles morts majeurs de la politique énergétique européenne et française. »

Conclusion : Si l’objectif est de remplir nos engagements climatiques, diminuer la part du nucléaire dans le mix électrique est une imbécillité, une erreur monstrueuse, d’autant plus que la consommation d’électricité va considérablement augmenter. L’électricité peut être la plus décarbonée des énergie si elle est produite de la façon la plus décarbonée, c’est-à-dire le nucléaire, l’hydraulique plus des renouvelables en taux acceptables pour la stabilité du réseau (f ; l’Australie du Sud pour un contre-exemple). Mais pour un certain nombre d’écologistes (pas tous) fanatiques et misologues, l’objectif principal est la diminution du nucléaire, et ils sont suivis par des politiciens démagogues – il semble malheureusement que M. De Rugy  soit de leur côté.



samedi 6 juillet 2019

Le grand maléfice : pourquoi plus il y a de renouvelable, plus le prix de l’électricité augmente !

Sûrement, vous vous posez la question de ce miracle ou plutôt de ce maléfice, pourquoi et comment, et en tous pays, plus  la proportion de renouvelable dans le mix électrique augmente, plus le prix de l’électricité augmente. Des renouvelables dont on nous explique pourtant qu’ils sont très rentables, plus que les EPR (ce qui est dramatiquement faux d’un facteur dix à 100 !)

J’ai déjà abordé cette question partiellement dans un de mes blogs précédent consacré à l’Ademe et à ses manipulations honteuses de chiffre ( comme par exemple ignorer que les éoliennes européennes crachant tous en même temps de l’électron, non pas quand on en a besoin, mais quand elles le veulent bien, il arrive souvent que le courant qu’elle produisent ne vaut pas grand-chose, et même parfois qu’on soit obligé de payer nos voisins pour qu’ils veulent bien le prendre.
Evidemment, une marchandise qu’on ne peut vendre, quel que soit son mode de production, ça coûte cher.

Les énergies fatales renchérissent fatalement le coût de l’électricité !

Le très précieux et irremplaçable Jean-Marc Jancovici, dans une déposition devant une Commission d’Enquête sénatoriale, puis dans une interview à energeek explique cette fatalité des énergies non pilotables (justement appelés fatales !) de manière très pédagogique (https://lenergeek.com/2018/11/05/jean-marc-jancovici-petrole-politique-energetique/)

Extraits :

L’intermittent ne remplace pas le pilotable, il s’y surajoute !

« Il existe des personnes qui pensent qu’avec un grand parc installé en éolien et solaire, il y a toujours une partie du parc qui produit, ce qui permet de supprimer des capacités dans le parc initial. Je me suis intéressé précisément à la situation en Allemagne et en Espagne. Dans ces deux pays, l’éolien et le solaire ont certes vu leur production annelle augmenter, mais pour autant cela n’a pas permis de faire baisser de manière significative la puissance pilotable installée. La puissance pilotable regroupe tout ce qui produit à la demande, et non uniquement quand les conditions extérieures sont favorables. Cela regroupe le charbon, le gaz, le pétrole, le nucléaire, l’hydroélectricité.

L’Allemagne avait 100 GW de puissance pilotable installée en 2002, et elle a toujours 100 GW pilotables en 2017, bien que dans l’intervalle elle ait rajouté 100 autres GW d’éolien et de solaire. Par contre, le facteur de charge de ces 100 GW de pilotable est descendu de 20% dans l’intervalle ; c’est-à-dire que ces 100 GW ont produit 500 TWh pendant l’année 2002, et seulement 400 TWh en 2017. Concrètement donc, c’est le facteur de charge des capacités pilotables qui a baissé, mais ces capacités ont été intégralement conservées, tout simplement parce qu’il faut pouvoir garantir à tout moment la sécurité d’approvisionnement, et que la puissance maximale appelée n’a pas varié. En effet, quand on regarde précisément la production horaire de ces 100 GW d’énergies intermittentes, on s’aperçoit qu’à certaines périodes de l’année, la puissance effective est de seulement 1 GW (la nuit, le solaire est à 0, et si il y a peu de vent, l’éolien peut descendre sous 1 GW, alors qu’il y a 55 GW d’éolien en Allemagne à fin 2017). Ce qui signifie que la puissance garantie à tout instant pour les unités intermittentes est de l’ordre du pourcent, ce qui est évidemment très faible. Et du coup, il faut conserver la puissance pilotable, qui elle est garantie à tout instant. Par contre, si on s’en sert moins, la rentabilité des capitaux investis dans ces outils de production baisse, et cela s’est constaté partout en Europe, pas « juste » en France avec les centrales nucléaires.

L’Espagne est un autre cas de figure intéressant. Au moment de développer les énergies renouvelables électriques, ils ont beaucoup plus misé sur les éoliennes que sur le solaire, malgré un ensoleillement supérieur à celui de l’Allemagne. Et, dans le même temps qu’ils ont installé 25 GW d’éoliennes, ils ont installé 25 GW de centrales à gaz, qui sont pilotables. En 2008, lorsque la consommation électrique espagnole a considérablement diminué avec la crise économique, on a observé le même phénomène qu’en Allemagne : le facteur de charge des centrales à gaz – qu’il faut garder pour garantir l’approvisionnement – est passé de 50% à 14%. Avec ces deux cas observés, nous ne pouvons pas encore tirer de conclusions universelles, toutefois on constate objectivement que ni l’Allemagne, ni l’Espagne, n’ont pu déclasser de la puissance pilotable avec l’augmentation des énergies renouvelables intermittentes.
Et en France, la loi de Kirchhoff restant la même, je ne vois pas pour quelles raisons, si on augmentait la part de l’éolien et du solaire dans la production annuelle, cela permettrait de diminuer la capacité pilotable. Cela va « juste » conduire, comme en Allemagne et Espagne, à diminuer le facteur de charge de nos capacités pilotables installées. A une ou deux exceptions près nos 58 réacteurs nucléaires seront encore là, mais nous les utiliserons moins, sans pouvoir les supprimer, au risque de devoir recourir à des délestages, comme on l’envisage en Belgique, voire de subir un black-out… Comme en Allemagne, quand nous sommes en situation anticyclonique, nos 20 GW de capacités éoliennes installées produisent très peu d’électricité.

Face à cet argument, il est parfois opposé qu’il y a toujours « du vent quelque part ». Pour voir ce qu’il en est, j’ai regardé comment évoluaient au même instant les productions éoliennes de plusieurs pays limitrophes, grâce aux séries au pas horaire fournies par le site http://www.pfbach.dk/. On constate facilement – hélas – que cette théorie du foisonnement ne se vérifie pas dans les faits. La probabilité maximale d’avoir une production éolienne faible dans un pays donné survient… quand il y a une production éolienne faible dans le pays voisin.
La raison est assez simple, en fait : l’Europe est soumise à un régime de dépressions qui sont des systèmes vastes, couvrant plusieurs pays, et qui amènent le vent. Du coup, s’il y a une dépression sur l’Allemagne, ses effets se feront aussi sentir en Grande Bretagne, en France et au Danemark. A l’inverse, s’il y a un anticyclone sur cette zone, le vent sera faible ou inexistant sur ces différents pays à la fois. Ce n’est donc pas du foisonnement que nous avons, mais une corrélation positive : l’ensemble des éoliennes européennes n’est pas loin de se comporter comme un unique système. Les deux seuls régimes clairement décorrélés sont l’Europe du Nord et l’Espagne (qui bénéficie de vents méditerranéens).
Par contre, les puissances installées ne sont pas les mêmes partout. L’Allemagne en a beaucoup plus que nous. Et du coup quand le vent souffle ce pays est exportateur, mais en période de défaut de vent il importe. Le système pilotable français est déjà pour partie en train de compléter une production fortement oscillante en Allemagne. Au Danemark, en moyenne 80% de la production électrique éolienne est exportée, et l’approvisionnement domestique est garanti grâce aux barrages norvégiens et suédois, et aux centrales à charbon allemandes.

L’intermittent dégrade la rentabilité des pilotables, dont il ne peut cependant pas se passer !

L’observation de ce qui s’est passé ailleurs confirme que notre première priorité n’est pas d’investir dans le développement des énergies renouvelables intermittentes (EnR-i) en replacement du nucléaire en France. Le premier paradoxe est que cette stratégie ne vas pas contribuer à diminuer le risque nucléaire mais va au contraire l’augmenter ! En effet, avec un parc de centrales qui reste quasiment identique (pour des raisons de puissance garantie, voir plus haut), mais qui voit son facteur de charge baisser, il va falloir entretenir un système à coût fixe avec des recettes en baisseet cela n’est pas bon pour la sûreté. Par ailleurs, les émissions de CO2 augmentent légèrement en pareil cas : le kilowattheure solaire, même s’il n’est pas très carboné (de 40 à 100 grammes de CO2 par kWh), l’est plus que le nucléaire (10 à 20 grammes de CO2 par kWh).

Enfin, pour compléter le tableau, ce remplacement du nucléaire par des ENR-i détruit globalement de l’emploi en France.
Pour comprendre cela, il faut en revenir à la définition du PIB : cet agrégat vaut – par définition – la somme de la consommation intérieure et des exportations, auxquelles on retranche les importations. Or, pour produire un kilowattheure nucléaire, vous avez besoin d’importer environ 1 euro d’uranium, et tout le reste est de la valeur ajoutée française. En revanche, pour un megawattheure solaire ou éolien, vous avez besoin d’importer entre 20 et 30 euros de composants (par exemple des panneaux photovoltaïques chinois, ou des nacelles éoliennes chinoises, allemandes ou danoises). Pour chaque MWh substitué du nucléaire au solaire ou à l’éolien, vous passez donc les importations de 1 à 20 euros par MWh consommé en France. La production éolienne et solaire étant aujourd’hui d’environ 30 TWh par an, soit 30 millions de MWh, elle signifie – en moyenne – 600 millions d’importations additionnelles par an (qui sont donc autant en moins sur le PIB), soit – à raison de 30 000 euros de PIB par emploi – la destruction de 20.000 emplois dans le pays. Ce qui se crée dans la filière n’est qu’une partie de l’histoire : il se détruit encore plus d’emplois ailleurs à cause de la hausse des importations.

Nous aurions pu utiliser le même argent pour faire des choses bien plus pertinentes sur le plan du climat. La Cour des comptes a publié un rapport récemment indiquant que, fin 2017, 121 milliards d’euros ont été engagés dans le développement du solaire et de l’éolien (c’est la totalité de l’argent qui sera versé aux producteurs solaires et éoliens au titre des contrats de rachat à prix garanti signés jusqu’au 31 décembre 2017). Depuis, Emmanuel Macron a annoncé qu’il consacrerait 25 milliards d’euros supplémentaires pour développer les éoliennes offshores. Au total, les investissements dans les EnR-i se chiffrent donc autour de 145 milliards d’euros, soit déjà plus que la valeur historique de construction du parc nucléaire, et tout cela pour ne rien gagner en CO2 et détruire de l’emploi ! (

Avec ces mêmes 145 milliards, on aurait pu offrir une pompe à chaleur à chaque ménage qui se chauffe au gaz ou au fioul et diminuer drastiquement la=nos émissions de gaz à effet de serre.

Donc le grand maléfice n’est qu’une histoire très logique de renouvelable et d’intertmttent. Retenons  ces ciffres de

Au total, les investissements dans les EnR-i se chiffrent donc autour de 120 milliards d’euros, soit déjà plus que la valeur historique de construction du parc nucléaire (96 milliards pour la construction des centrales-58 réacteurs !) et tout cela pour ne rien gagner en CO2 et détruire de l’emploi ! ( et pour produire 5% de l’électricité, et encore quand on n’en a pas besoin !)

A cela il faut ajouter le coût des renouvelables, notamment en infrastructures et lignes nouvelles- à ce point que plusieurs centaines d’éoliennes en Allemagne ne sont même pas reliées à un réseau, le coût de la dégradation de la compétitivité des pilotables, pourtant toujous indispensables, celui de la désoptimisation du réseau électrique, et, en fait le coût d’un doublement des sites de production…pour rien, et surtout pas au bénéfice de la lutte contre le réchauffement climatique !

Et pour ceux qui disent :  oui, mais on pourra stocker les énergies renouvelables, ce petit calcul, toujours tiré de la même interview de Jean-Marc Jancovici :


Extrait : « Au niveau mondial, la production électrique est de 23 000 TWh par an. Or, la totalité des réserves connues de lithium permettrait, selon Fabien Perdu, chercheur spécialiste de la question des batteries au CEA, de réaliser environ 250 TWh de stockage (une seule fois). Cela représente seulement 5 jours de consommation mondiale, et une batterie dure environ 10 ans. Ces valeurs ne sont pas suffisantes pour que l’on puisse envisager de faire du stockage inter-saisonnier sur batteries dans un réseau électrique qui dure un siècle. Il faudrait être en mesure d’accumuler au moins un mois de consommation pour garantir l’approvisionnement toute l’année, et par ailleurs il serait indispensable de pouvoir renouveler les batteries 10 fois, ce qui n’est pas possible aujourd’hui !





lundi 1 juillet 2019

Tritium dans la Loire : information et désinformation


Degré de racolage modéré  à fort?

Le 20 juin 2019, la Nouvelle République titrait en très, très gros : Alerte sur les rejets de tritium dans la Loire et la Vienne.

Quelques réactions : « C’est bien la preuve que lorsque les autorités publiques nous disent que tout est parfaitement maîtrisé en matière de sécurité nucléaire, c’est faux. » Charles Fournier, vice-président de la région Centre-Val de Loire délégué à la transition écologique. « Plusieurs associations antinucléaires demandent une enquête après avoir relevé, en janvier 2019, un taux anormalement élevé de tritium dans les eaux de la Loire, au niveau de Saumur (Maine-et-Loire). Ils dénoncent, mardi 18 juin, une « contamination » radioactive « anormalement élevée » en aval de cinq centrales nucléaires. » (Nouvelle République).

« En France, les militants antinucléaires se disent inquiets, et pour cause. Des prélèvements effectués dans la Loire en janvier dernier ont affiché un taux de tritium largement supérieur à ce qui est normalement observé : 310 becquerels par litre au lieu de 20 becquerels en moyenne. » (Euronews).

« Le collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire et l’Acro alertent les autorités et demandent une enquête pour déterminer l’origine de cette valeur exceptionnelle », ajoutent les associations. La présence de tritium (hydrogène radioactif) y « est quasi systématique aussi bien dans le fleuve que dans les eaux de consommation. En janvier 2019, la concentration dans l’eau de la Loire a atteint 310 Bq/L » (Magcentre)

« Créée en 1986, au lendemain de l’accident nucléaire de la centrale de Tchernobyl, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro), basée dans le Calvados, a annoncé, ce mardi 18 juin, le résultat d’un prélèvement étonnant effectué en Loire près de Saumur (Maine-et-Loire). Inquiétant même, selon Guillaume Rougier, chargé d’étude au sein de son association agréée par l’Autorité de sûreté nucléaire, qui est en charge des centrales en France. » (Ouest-France).

 « Des risques pour les consommateurs : Beaucoup de communes du bassin de la Loire pompent leur eau de consommation dans le fleuve, notamment dans le Maine-et-Loire et en Loire-Atlantique. C'est pour cela que les chercheurs ont relevé des taux élevés de tritium dans l'eau courante.On retrouve encore du tritium dans l'eau du robinet à Nantes.Les doses observées dépassent rarement les 100 Bq/L, considérés par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) comme "un seuil qui, lorsqu'il est dépassé, entraîne une investigation complémentaire pour caractériser la radioactivité de l'eau Malgré tout, elles sont ingérées quotidiennement par les habitants de ces communes. Cela pourrait leur causer des problèmes de santé, notamment des cancers. Mais l'ACRO reste prudente. "On ne tient pas non plus à créer un mouvement qui inciterait tout le monde à acheter de l'eau en bouteille", précise Guillaume Rougier. » (France-Bleu)

Donc une couverture presse extrêmement large, avec même une reprise dans le 20H de TF1, dans une tonalité racoleuse de moyenne intensité (en général titres bien inquiétants, mais dans le corps de l’article, les informations de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire)  sont souvent correctement reprises. Si on ajoute à cela le fait que par un hasard malencontreux, c’est juste à ce moment qu’ appliquant la modification du règlement faisant passer de 10 à 20 km la zone de sécurité autour des centrales, la Préfecture a fait distribuer des dizaine de milliers de pastille d’iode, il y avait place pour une psychose majeure. Il y a tout de même eu quelques courriers angoissés à propos de la boisson ou des baignades dans la Loire.

Tonalité racoleuse modérée, oui mais la multiplication de ces titres angoissants (même si le corps de l’article la corrige souvent) crée quand même un climat de peur et de désinformation qui impressionne ceux qui n’ont pas les connaissances scientifiques et techniques spécialisées qui permettent de remettre l’information dans son contexte, et qui, titre après titre, journal après journal, facilite le travail des  trafiquants de peur. La presse et ses déontologues devraient y réfléchir sérieusement.

Tiens, au fait, le député Mathieu Orphelin a demandé une enquête…qui aura de toute façon lieu.

Et quand même : « La présence quasi systématique de tritium dans les eaux en aval des centrales nucléaires nous inquiète. Les consommateurs devraient avoir droit à une eau non contaminée », mardi 18 juin 2019, Collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire.

Décidément, un peu de démago,  les écolos n’y échappent pas !

Les faits : 15 millièmes de dose-équivalent-banane par litre.

Les faits : le rapport de l'ACRO, qui a servi de source aux annonces depuis hier, concerne des mesures réalisées entre décembre 2017 et mai 2019. On court donc sur 18 mois de données, sur toute cette période, sur la Vienne et la Loire (deux cours d'eau, 5 centrales, 14 réacteurs), ils ont eu UNE mesure dépassant 60 Bq/L, atteignant 310 Bq/L

Donc, ça va plutôt bien, à l’exception d’une mesure qu’il faut comprendre.

Et qu’il faut aussi relativiser ….


« Pour le tritium, l’Union Européenne  fixe en effet une référence de qualité de 100 Bq/L. De quoi légitimer les inquiétudes du collectif ? Les choses ne sont peut-être pas aussi simples. Car il est bon de rappeler que ce niveau d'alerte ne correspond en aucun cas à une limite sanitaire. Il s'agit simplement d'un niveau à partir duquel il est bon de commencer à se poser des questions. Le niveau habituel ne dépassant pas les quelques becquerels par litre, voire quelques dizaines de becquerels par litre en aval des centrales nucléaires qui produisent du tritium au cœur de leurs réacteurs. »

« Rappelons d'abord que le tritium est un isotope radioactif de l'hydrogène. Il n'émet pas de rayons gamma, mais un rayonnement bêta - soit un électron - de très faible énergie : moins de 6 keV en moyenne. Son parcours dans la matière se limite donc à quelques microns seulement.
La demi-vie est d'environ 12 ans. Et il a tendance à se combiner à l'oxygène pour former de l'eau tritiée (3H2O). De quoi faciliter sa pénétration dans les organismes. Mais aussi... son élimination. Sa période biologique n'est que d'environ 10 jours et il est finalement assez rare qu'un noyau de tritium se désintègre durant son parcours dans un organisme. Ainsi la radiotoxicité du tritium reste très faible. D'ailleurs, l'Organisation mondiale de la santé fixe le seuil de potabilité de l'eau à quasiment 10.000 Bq/L ! »

« Les facteurs de dose permettent d’évaluer la radiotoxicité d’un élément. Pour l’eau tritiée, le facteur de dose pour un adulte est de l’ordre de 6 picosieverts par becquerel (pSv/Bq). Un chiffre à comparer à celui du potassium 40, par exemple. Son facteur de dose est d’environ 2 nanosieverts par becquerel (nSv/Bq), ce qui en fait un élément de l’ordre de 1.000 fois plus radiotoxique que l’eau tritiée.
Notez par ailleurs que la radioactivité d’une banane due au potassium 40 est d’environ 20 Bq, soit l’équivalent de 20.000 Bq d’eau tritiée, en termes de radiotoxicité. »

« Ainsi pour qu’une eau tritiée mesurée disons à 500 Bq/L provoque sur un adulte les mêmes « dommages » qu’une seule banane, il faudrait en boire quelque… 40 litres ! »

Donc finalement, c'est une confirmation d'une situation parfaitement normale sur tout 2018 et le premier semestre 2019, à l'exception d'une mesure plus élevée en janvier dernier, qui interroge. Rien de plus.« S’agit-il d’un incident particulier sur lequel nous serions tombés, s’interroge Jean-Yves Busson de SdN Maine-et-Loire ? L’autre possibilité serait que nous serions tombés sur un lâcher régulier qui n’avait pas encore été dilué. »

Sur tous ces sujets, cf aussi les tweet de Tristan Kamin, par exemple :

Résultat de recherche d'images pour "centrale nucléaire Loire"