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lundi 18 juillet 2011

Marées vertes : solutions connues, qu’attend-t-on ?



Marées vertes : solutions connues,  qu’attend-t-on ?

Les algues vertes, une catastrophe  écologique et sanitaire

Les vacances arrivent, et, comme maintenant chaque année, en Bretagne , les vacanciers  risquent de trouver certaines plages – de plus en plus- autrefois paradisiaques submergées par une marée nauséabonde d’algues vertes (Ulva armoricana, Ulva rotundata…). Ce phénomène, disent ceux qui l’ont longtemps contesté, était autrefois naturel et très limité,  mais il a  pris, depuis les années 1980, une ampleur catastrophique. Un rapport officiel  de l’Ifremer de juin 2003, rédigé par le chercheur Alain Menesguen, prend ainsi pour exemple la baie de Guissény (Finistère-nord) : en 1952 et 1961, le site était vierge de toute prolifération, les premières atteintes sont visibles en 1978, une très forte marée verte recouvre complètement le site en 1980, et depuis cette situation se reproduit quasiment chaque année. Autre donnée révélatrice : l'augmentation des dépenses engagées par les communes pour le nettoyage des plages, qui passe pour l'ensemble de la Bretagne de 0.3 M.F en 1978 à 3 M.F dans les années 90. Parallèlement, le nombre des communes littorales devant mettre en place la collecte estivale des algues échouées a augmenté de 50% durant la période 1983-1991.

Le problème n’est pas qu’économique et touristique, il est aussi sanitaire. Les dangers représentés par les émanations de gaz toxiques (H2S surtout) provoquées par la décomposition des algues sont maintenant avérés. L’opinion a été frappée par la mort d’un cheval,  le 28 juillet 2009, à Saint-Michel-en-Grève ; ce qui est moins connu, c’est que son cavalier, qui a tenté de l'aider, a perdu connaissance et n'a été sauvé qu'in-extremis par des voisins témoins de la scène, ceci alors que le Premier Ministre effectuait un déplacement médiatisé dans les environ. Avant cet événement dramatique, nombre de chiens avaient été retrouvés mort sur des plages polluées, sans que personne ne fasse le lien. Deux morts, celle d’un joggeur, et celle d’un camionneur mort subitement en 2009 après avoir déchargé des algues vertes sont suspectées d’avoir été causées par les algues vertes. Les personnels chargés du ramassage doivent se protéger contre ces émanations toxiques et nauséabondes.
De plus, la pollution par les algues vertes crée un milieu favorable à la prolifération de bactéries pathogènes pour l’homme, notamment les bactéries fécales, et les marées vertes entraîneront des interdictions de baignade et de culture ou de ramassage des coquillages dans les zones touchées.

Coupable connu : les nitrates

Depuis longtemps l’Ifremer a identifié le coupable, les nitrates. Les ulves sont particulièrement sensibles aux nitrates, et c’est la concentration en nitrate qui est le facteur limitant de leur croissance. Le phénomène de marée verte est très lié à la concentration en nitrate des eaux fluviales environnantes, et d'autant plus intense que la pluviométrie printanière est forte et entraîne un lessivage important des terres agricoles. L’origine de ces nitrates, ce sont des pratiques agricoles néfastes (excès d’engrais) et la pollution par le lisier. Dès 2003, le rapport de l’Ifremer concluait : « La compréhension du phénomène est donc actuellement largement suffisante pour aboutir à des recommandations très concrètes et précises sur les actions de reconquête de la qualité de l’eau à mener : encore faut-il que les pouvoirs publics prennent réellement les moyens de faire respecter les normes permettant une utilisation respectueuse de l’environnement et aient enfin la volonté de faire passer l’intérêt général avant celui d’un groupe professionnel particulier.
La pollution par les nitrates des eaux fluviales et nappes phréatiques bretonnes a d’ailleurs d’autres conséquences aussi néfastes que les marées vertes. La concentration naturelle de nitrates dans les eaux bretonnes est de 3 mg/l, nous en sommes en moyenne à dix fois plus (30mg/l)…et ce n’est qu’une moyenne !
Or la concentration maximale admissible de nitrate dans l’eau potable est fixée à 50 mg/l, et ce taux est largement dépassé en de nombreux endroits. La France a déjà été condamnée par deux fois  par la Cour de justice Européenne pour la non application des règles européennes en matière de lutte contre la pollution de l’eau par les nitrates, notamment en Bretagne : en 2007, avec à la clé une amende de plus de 28 millions d’euros et une astreinte de près de 118 000 euros par jour, puis en 2008.

Des mesures raisonnables, mais rien n’est fait !

Cette situation est d’autant plus absurde que les nitrates lessivés sont en excès et ne sont donc pas utiles comme engrais. Les directives européennes nitrate sont donc assez raisonnables : équilibre de la fertilisation, périodes d’interdiction d’épandage des fertilisants azotés, limitation des apports d’effluents d’élevage, restrictions d’épandage à proximité des eaux de surface, sur sol en forte pente etc.,  stockage adapté des effluents d’élevage.
Or, rien n’est fait et le 7 juillet, en visite à Crozon, Nicolas Sarkozy, interrogé sur le problème des marées vertes, dénonçait les « intégristes de l’écologie » et annonçait qu’il refusait de « désigner des coupables, de montrer du doigt les agriculteurs ». Et M. Sarkozy propose de continuer à lutter contre les marées vertes par …le ramassage des algues et la méthanisation du lisier
Dans un article du Monde du 15 juillet 2011, Alain Menesguen, chercheur à l’Ifremer et rédacteur du rapport de 2003 lui répond vertement. Chaque année, c’est l’équivalent d’un Amoco Cadiz de nitrates qui est déversé par l’agriculture sur les cotes bretonnes. Le ramassage des algues s’amplifie d’années en années, à grand coût pour les communes littorales, et ne supprime pas la pollution des eaux ; la méthanisation, comme son nom l’indique, ne supprime aucun élément azoté. Il n’y pas dans ce programme l’ombre d’une solution, Sarkozy se moque du monde, et le littoral breton est sacrifié à un certain lobby agricole, qui est loin de représenter tous les agriculteurs. La France peut se préparer à d’autres condamnations européennes.
La directive nitrate doit donc être mise en application, et sans délais. Pour Alain Menesguen, il faudrait revenir à environ 10mg/l de nitrates ; c’est un effort important, mais pas hors de portée,  pour un effet qui ne sera pas immédiat, mais peut être assez rapide




samedi 16 juillet 2011

Sauver les abeilles ! Appliquer le principe de précaution !



Sauver les abeilles ! Appliquer le principe de précaution !
Un enjeu important, voire vital
Depuis plusieurs années, les abeilles subissent une extinction massive, au point que l’on parle d’un syndrome d’effondrement massif des colonies. Durant l'hiver 2006-2007, un quart du cheptel des ruchers des États-Unis a disparu ; le taux de ruches abandonnées ou presque désertées  a atteint 70 % voire 80 % dans les régions les plus touchées.  En France, les pertes de colonies atteignaient  25% en 2006, 31% en 2007 et 35% en 2008, en moyenne. Là encore, dans les régions les plus touchées, la disparition était presque totale.
Les abeilles ne sont pas importantes que pour la production de miel (1 millions de ruches en France environ, contre 1.5 millions en 1995, 25000 tonnes de miel produit en 2003 contre 33000 tonnes en 2003- et nous importons 22000 tonnes) ; selon l'INRA, la production de 84% des espèces cultivées en Europe dépend directement des pollinisateurs, lesquels sont à plus de 90% des abeilles domestiques et sauvages.
A ce propos, la citation « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre » est sans doute faussement attribuée à Einstein (une invention rusée d’apiculteur ?), exagérée évidemment, mais pertinente.

Un mystère difficile à résoudre, un combat dur

Les apiculteurs avaient bien noté la coïncidence de l’effondrement massif des abeilles avec l’introduction de certains insecticides (Gaucho, Régent…). Leur constatations, les mesures d’expositions des abeilles à ces insecticides puissants et rémanents avaient conduit le gouvernement français à suspendre l’autorisation de mise sur le marché de ces insecticides, mesure attaquée par les fabricants et par la Commission de Bruxelles, qui n’a pas raté une fois de plus l’occasion de prouver son rôle néfaste. Les apiculteurs, sur le terrain, constataient que leurs abeilles continuaient à mourir.
L’explication n’a pas été facile à trouver, pour autant qu’elle le soit ; les étude menées ne mettaient pas en évidence de toxicité  convaincante des principes actifs des insecticides mis en cause sur les abeilles. L’application du principe de précaution a été mise en cause. Les firmes agrochimiques se sont défendues, certains, dont les ouvrages se sont bien vendus ont dénoncé une imposture écologique…un peu trop rapidement !
Face au mystère, des chercheurs ont vite soupçonné un effet combiné, multifactoriel. Un groupe de l’INRA d’Avignon a finalement mis en évidence une synergie entre l’infection par un champignon,  Nosema cerema , et le principe actif du Gaucho. Dans des conditions de laboratoire, puis en système naturel,  les abeilles contaminées par Nosema  sont extrêmement sensibles au Gaucho et meurent massivement  (Environmental Microbiology (2010) 12(3), 774–782 Cédric Alaux  et al).  De plus, on trouve des résidus de Gaucho dans cinquante pour cent des ruches française, et Nosema est présent dans la quasi-totalité d’entre elles de puis 2002

 Un beau succès pour le principe de précaution

L’application du principe de précaution dans la cas du Gaucho et du Régent était donc bien justifiée, malgré les protestations de la Communauté Européenne. Et celui-ci doit continuer à s’appliquer. Le Régent et le Gaucho doivent continuer à  être interdit, ainsi que le Cruiser, que le gouvernement français vient d’autoriser. Cette autorisation doit être révoquée, maintenant !,  en attendant que le fabricant prouve son absence de nocivité dans les nouvelles conditions identifiées par l’équipe de l’INRA.

On aurait pu rêver arriver à cette découverte plus vite, mais la recherche a sa part de difficulté et d’impondérable. Le principe de précaution (« lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution, et dans leur domaine d’attribution, à la mise en oeuvre des procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation d’un dommage ») a bien fonctionné.

Le principe de précaution n’est pas l’ennemi de la recherche : il a permis de sauvegarder ce qui pouvait l’être, en prenant des mesures de précaution provisoire, il a imposé des recherches qui ont abouti à une explication et à un moyen d’éviter la reproduction du drame, en permettant dévaluer la toxicité pour les abeilles des insecticides par une méthode précise. Bravo l’INRA !

Le principe de précaution n’est même pas l’ennemi de l’industrie ; aux industriels de  rechercher maintenant des principes actifs ne présentant les inconvénients du Gaucho et du Régent et de le prouver grâce aux essais découvertes par l’INRA. Et aussi, pourquoi pas, des composés permettant de lutter contre Nosema cerema. Plutôt que de continuer un combat douteux pour le Gaucho et le Régent, gageons que la firme qui reconnaîtra les problèmes posés par ces insecticides et investira pour découvrir un produit meilleur remportera un succès bien mérité.

jeudi 14 juillet 2011

Un « Small business act » pour la France

La faiblesse de la recherche privée en France

En 2000, l’Europe inquiète de sa désindustrialisation et de sa perte de compétitivité, a adopté l’Agenda de Lisbonne : devenir une Europe de la connaissance, investir davantage dans l’innovation, la recherche et le développement, et pour cela, faire passer la dépense intérieure  de recherche et développement (DIRD) à 3% du PIB.
En France, et plus généralement en Europe, nous en encore sommes loin (2%) et il est clair que cet Agenda de Lisbonne ne sera pas rempli et qu’il rejoint la grande cohorte des voeux pieux et incantations européennes. C’est dommage, car il est au plus haut point légitime et indispensable à notre futur.
En France, le pourcentage des dépenses de recherche et de développement dans le PIB est de 2.07% (2008)  (et il est plutôt en diminution si l’on juge sur dix ans ; il était de 2.33% en 1997…).
Il est à noter que cette faiblesse de l’investissement en recherche et développement est essentiellement dû  à l’anémie de la recherche privée. La part du public (0.76% du PIB) est dans la moyenne de l’OCDE, celle du privé est plus basse (1.3% contre 1.9 aux USA et 1.7 en Allemagne, 2.5 en Suède et au Japon par exemple).
En résumé, la recherche publique est en ligne avec l’objectif de Lisbonne de 3% du PIB, la recherche dans le privé est  largement en dessous. La France manque en particulier de « jeunes pousses » ayant poussé, de  PME ayant une activité de R et D importante dans des secteurs d’avenir.

Un financement inadapté des PME, une absence de politique

Cette situation dramatique, car l’innovation se produit maintenant beaucoup dans le PME, les grandes entreprises tendant à externaliser leur recherche, résulte :
- d’un financement inadapté et insuffisant de l’innovation dans les PME
- d’une absence de politique efficace de recherche
- de relation perverses entre PME et grand groupes : tant que les grands groupes traiteront les PME comme des sous-traitants corvéables à merci, tant que qu’ils concluront des alliances de partage risques/bénéfices où ils prennent l’essentiel des bénéfices et transfèrent l’essentiel des risques, il n’y aura aucun progrès, aucune croissance possible.
Le manque de financement adapté à la croissance des PME se traduit par une statistique simple : le taux de survie des PME en France au bout de quatre ans est de 51%, un des plus bas des pays industrialisés. Le taux de croissance de l’emploi dans les PME survivantes est  au bout de 4 ans de 115 aux USA, 32 en Allemagne,…5 en France.
Cet effet résulte d’une stratégie inadaptée et assez scandaleuse du capital-risque en France. Stratégie inadaptée : le capital-risque sait financer du développement, ne sait pas financer de l’amorçage (ce qui est amplement démontré par les expériences étrangères, notamment  américaines), et, comme l’amorçage de projet est mal financé en France, il se trouve financer du développement dans des sociétés qui n’ont pas connu une phase de maturation et d’amorçage suffisante. Stratégie scandaleuse : dans le meilleur des cas, la réussite d’un projet, les financiers impliqués dans le premier tour de table ne cherchent pas à financer la croissance de l’entreprise, mais à vendre le projet pour un bénéfice plus faible et plus rapide,…et à fermer la PME. Dans le domaine de la santé, cela s’est notamment produit pour Novexel et Endotis pharma en 2011.
En France, lorsque les PME échouent, elles disparaissent ; lorsqu’elles réussissent, elles disparaissent aussi, avortées par le capital-risque à la française. Comment s’étonner dans ces conditions, du manque de PME innovantes de tailles internationales ? Quasiment  seules, et c’est caractéristique, des entreprises familiales dépendant de façon minimale d’un investissement extérieur y parviennent…
Le système d’innovation américain s’est trouvé confronté au même problème (rôle de plus  en plus important des start-up dans l’innovation)  mais a réagi de façon très proactive par le Small busines act.

Un « small business act » à la française, et, si possible, à l’européenne

Le système d’innovation américain se caractérise par un soutien efficace et constant de l’administration- loin du libéralisme pur et dur ! – à travers essentiellement deux instruments : le Small Busines Act et les  Small Business Investment Company.
Leurs buts sont de faciliter le rapprochement université entreprises,  le soutien public à l’amorçage, l’incitation publique en faveur du capital risque, créer une demande publique pour les nouveaux produits, développer les clusters,assurer une  fonction complémentaire de celle des business angels.
L’impetus original a été donné en 1980, lorsque le gouvernement fédéral s’est aperçu qu’il
était à la tête de 30.000 brevets dont seulement 5% éteint commercialement exploités (Bay-Dole Act ).
La propriété intellectuelle des inventions qui résultent de fond gouvernementaux  a été donnée aux universités avec mission de faciliter les transferts technologiques entre universités et entreprises, surtout PME. En échange, les PME s’engagent à déposer des brevets, à partager les royalties avec l’inventeur, à favoriser l’enseignement et la recherche et à donner la préférence à l’industrie américaine pour la production des nouveaux produits issus de leur recherche –  ce serait taxé de protectionnisme en Europe !

Selon le Small Business Act :
- sont réservés aux PME  les marchés publics inférieurs à un montant de 100.000 dollars ou les marchés auxquels au moins deux PME peuvent répondre
 - tous les marchés inférieurs à 1 million de dollars doivent obligatoirement donner lieu à des plans de sous-traitance avec engagement d’en confier une partie aux PME
 - Les dix agences de recherche fédérale ont l’obligation d’externaliser une partie de leur recherche, 2.5% de leur budget étant réservé aux PME
 - Détail important : La PME bénéficiaire d’un contrat ne doit pas forcément exister avant d’avoir touché la première subvention,elle peut être créée ad hoc.


 le SBIR (Small business investment research) :

Le SBIR constitue un gigantesque programme public de capital amorçage. Aux USA, le capital risque se concentre sur le capital développement où les rendement sont maximaux . Il a été observé que lorsque le capital risque s’investit dans l’amorçage, les rendements sont décevants, voire négatifs. Constatant que ni les capital risque, ni les business angel ne sont adaptés à ce type de long développement, le SBIR répond à cette problématique
Le SBIR représente  globalement deux milliards de dollar et concerne 4000 entreprises. Il apermis d’immenses succès comme comme Amgen (médicaments, créé en 1980, 1400 employés aujourd’hui) , Quakcomm (téléphonie mobile, 1985, 9000 employés),  Genzyme ( test génétiques essentiellement 1981, 8000 employés.

Le financement moyen par entreprise est de  850.000 dolars, mais peut aller jusqu’à plusieurs millions
Le « grand emprunt » en France créé pour soutenir l’activité et l’innovation pendant la crise pouvait représenter uen amorce de SBIR ;mais les sommes consacrées à l’innovation et à la valorisation sont loin du compte, d’autant qu’une grande partie a été investie dans des activités traditionnelles, et l’effort doit être continu, et non un à coup sans lendement

Le nouveau système d’innovation américaine a constitué un réel succès : le MIT, par exemple, crée annuellement  20 entreprises par essaimage et  150 start-up  sont crées chaque année par des anciens de cet institut. A cela s’ajoutent  le développement à l’Université de la culture entrepreneuriale : cours sur la création d’entreprise, participation d’étudiants à l’analyse de projets d’investissements…

Relancer l’innovation passe maintenant forcément par les PME, et le succès américain montre comment faire - encore suffit-il de l’adapter au contexte français en tenant compte de l’existence des Grands établissements de recherche, qui, en France, assurent en grande partie le rôle de recherche ailleurs dévolu à l’Université. Avis aux candidats à l’élection présidentielle !

mardi 21 juin 2011

Le nucléaire, une belle histoire Française et une des énergies d’avenir

Le nucléaire, une belle histoire Française et une des énergies d’avenir


 Une histoire Française

En 1896, le physicien français Henri Becquerel décide, par hasard, de développer des plaques photographiques laissées dans l’obscurité au contact de minerais d’uranium, et découvre qu’elles sont fortement impressionnées ; ce sont les débuts, fort modestes, de la radioactivité. Marie Curie commence alors sa thèse et, en 1898, isole et identifie le premier corps radioactif, qui sera baptisé polonium, puis, en 1902, après un travail long et exténuant travail, c’est l’obtention de quelques milligrammes de sel de radium à partir d’une tonne de pechblende. Cette découverte est récompensée par un premier Prix Nobel en 1903, partagé entre Pierre et Marie Curie et Becquerel. Pour convaincre la communauté scientifique, il fallut davantage : obtenir du radium métallique pur. Ce travail, continué par Marie Curie seule après la mort de Pierre Curie, lui vaut, à elle seule, le Prix Nobel de chimie en 1911, nous en fêtons le bicentenaire. La communauté scientifique internationale reconnaît la contribution de Marie Curie en donnant son nom à l’unité de radioactivité. En 1909, Marie Curie a fondé l’institut du radium, qui commence, grâce à la radioactivité, une longue lutte contre la cancer grâce à la radioactivité, et qui deviendra Institut Curie. En 1935, la radioactivité apporte à la France et la famille Curie (Irène et Frédéric Joliot-Curie) un troisième prix Nobel, pour la synthèse de nouveaux composés radioactifs.  Frédéric Joliot-Curie découvre et travaille ensuite sur les réactions atomiques en chaîne. Le 1er mai 1939, il dépose trois brevets, deux concernant des dispositifs de production d’énergie, le troisième revendiquant un  perfectionnement aux charges explosives ; l’énergie nucléaire, civile comme militaire, est née, elle est une invention française.
En 1945, le général de Gaulle crée le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) afin de « poursuivre les recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie atomique dans divers domaines de l’industrie, de la science et de la défense ». Il est dirigé par Frédéric Joliot-Curie. Le 15 décembre 1948, la première pile atomique française, Zoé, entre en fonctionnement. En 1950, Joliot-Curie, qui refuse de s’engager sur la voie de l’atome militaire, démissionne. Après l’affaire de Suez et la menace atomique brandie contre la France et l’Angleterre, l’indépendance nationale devient le maître mot pour le militaire, comme elle le deviendra après le choc pétrolier de 1974 pour le civil.  Le 13 février 1960, la première bombe française, Gervoise bleue, explose dans le désert algérien. Le 7 janvier 1956, à Marcoule, le premier réacteur civil  G1 ( filière graphite gaz) produit de l’électricité.- il sera arrêté en 1968. Il sera suivi de G2 (1958-1980), puis de G3 (1959-1984). Après  ces succès, EDF est chargée de mettre en place le programme électronucléaire français avec des réacteurs du même type, Uranium naturel graphite gaz (UNGG). De 1966 à 1971, six réacteurs EDF sont mis en service : trois à Chinon, deux à Saint-Laurent-des-Eaux et un à Bugey. La puissance unitaire passe de 70 (Chinon-A1) à 540 MW (Bugey-1). En 1969, EDF adopte, après un vif débat avec le CEA la filière des réacteurs à eau pressurisée (filière française Uranium Naturel Graphite Gaz contre filière américaine des réacteurs à eau pressurisée (Pressurised Water Reactor). En novembre1969, le gouvernement tranche en faveur d’EDF et décide la construction d’une centrale à eau pressurisée à Fessenheim. Neuf réacteurs graphite/gaz ont été construits et sont aujourd’hui arrêtés. 58 réacteurs à eau pressurisée sont aujourd’hui en service en France, tous construits par Framatome. En 2001 est créée Areva, qui regroupe les sociétés Cogema, Framatome, Technicatome (réacteurs pour sous-marin nucléaires), CEA industrie. 
En 1976, des inquiétudes sur le renchérissement de l’uranium et la disponibilité des ressources conduisent à explorer la voie à neutrons rapides, qui permet une meilleure utilisation du combustible, et peut fonctionner un mode surgénération pour optimiser le rendement matière (l'uranium naturel est peu à peu transformé en plutonium qui est brûlé à son tour) ou en sous-génération, auquel cas il brûle des excès de matière fissile et permet notamment d'éliminer le plutonium militaire. Superphénix a été arrêté par arrêté ministériel en  1997, après une année de fonctionnement satisfaisant démontrant sa rentabilité, le motif officiel étant que la baisse du coût de l’uranium, la réévaluation des stocks disponibles et l’utilisation dans les centrales classiques de Mox, ne le justifiaient plus économiquement.
La France a connu deux accidents nucléaires graves, avec fusion d’élément combustible, tous deux à Saint-Laurent des Eaux sur des réacteurs graphite/gaz, en 1969 (lors d’une opération de chargement) et en 1980 (corrosion d’une plaque venant obstruer des éléments combustibles), sans conséquences pour l’environnement et la santé.

Avec un parc de réacteurs nucléaires d'une puissance installée de 63200 mégawatts, la France assure 78% de sa production d'électricité et atteint un taux d’indépendance énergétique de 50% . La filière électronucléaire génère 125000 emplois directs en France, et 410.000 au total dans 450 entreprises spécialisées pour une valeur de 33.5 milliards d’euros (Price Waterhouse). Grâce à son parc de réacteurs nucléaires d'une puissance installée de 63200 mégawatts, la France assure 78% de sa production d'électricité, ce qui lui permet d'atteindre un taux d'indépendance énergétique voisin de 50%. Un Français émet en en moyenne 1,8 fois moins de CO2 qu'un Allemand et 2,9 moins qu'un Américain. Les réserves d’uranium prouvées assurent environ 250 ans de fonctionnement.

La conquête de l’énergie nucléaire est donc une belle aventure française, et nous y possédons un avantage compétitif majeur. L’Allemagne, par exemple, n’a jamais réussi à s’imposer  dans ce domaine, malgré les efforts désespérés de Siemens, se traduisant par une politique erratique d’alliances fluctuantes.
D’où une première remarque : si dans chaque domaine où nous possédons des connaissances et une avance industrielle sur l’Allemagne, nous abandonnons ce domaine, il ne faut pas s’étonner du résultat global, qui est que l’Allemagne reste une puissance industrielle, tandis que la France perd son industrie.

Le nucléaire, élément essentiel du mix énergétique futur

Le nucléaire ou la désindustrialisation

Seul le nucléaire permet et permettra au cours du prochain siècle d’assurer à l’industrie l’énergie constante et constamment disponible dont elle a besoin, et ceci d’autant plus que nous irons nécessairement vers une économie décarbonée.
La plupart de ceux qui prétendent que le nucléaire peut être remplacé par les énergies renouvelables misent sans le dire clairement sur la décroissance et acceptent la désindustrialisation. Est-ce que nous voulons ?  Les besoins d’énergie continueront à croître, fortement dans les pays émergents- et maintenant largement émergés, mais aussi dans les pays développés, et singulièrement les besoins en énergie électrique puisque la part des énergies carbonées décroîtra - sauf à exploiter les gaz de schistes et ravager l’environnement. Seul le nucléaire permettra de répondre à ces besoins.
Il est d’ailleurs assez probable que la décision d’Angela Merckel d’arrêter le nucléaire en Allemagne soit surtout électoraliste, compte-tenu du contexte politique, et que l’industrie allemande obtienne sa révision…une fois les élections passées

Le nucléaire ou la lutte contre le réchauffement climatique

Nous pouvons ne pas accroître significativement le nucléaire pour au moins les cinquante prochaines années, voire plus, mais au prix d’une utilisation accrue et non soutenable du gaz, du charbon et des ressource carbonées non conventionnelles (gaz de schistes, schiste bitumineux…). Cela se fera au prix du renoncement à la lutte contre le réchauffement climatique, dont nous voyons déjà les conséquences et qui, s’il n’est pas combattu, va entraîner d’immenses misères et d’incontrôlables mouvements de population. Dans cette optique, la renonciation de l’Allemagne au nucléaire, si elle est confirmée, entraînera pendant longtemps un surcroît important de consommation d’énergie carbonée.
Enfin, on voit mal comment développer la voiture électrique sans le nucléaire.

Avec ou sans la France, le nucléaire continuera

 Le nucléaire civil continuera aux USA, en Chine, en Inde, en Russie, en Corée, au Japon probablement, au Brésil, en Angleterre, dans les Emirats arabes,… Avec ou sans la France, le monde de demain sera un monde nucléaire, et la France, champion mondial du nucléaire pourrait, grâce à son expérience et son savoir-faire, y jouer un rôle important.


Le nucléaire est sûr, et doit l’être plus encore

Nous avons connu en France deux débuts de fusion de combustible nucléaire sans conséquences importantes. L’énergie nucléaire, même compte-tenu du terrible accident de Tchernobyl, a fait moins de victime que le charbon ou le gaz, ou même l’hydraulique. L’accident de Fukushima, malgré sa très grande gravité, n’a fait encore aucun mort, le tsunami , environ 30.000 ; un esprit sûrement simple en conclurait que, tant qu’à choisir, il vaut mieux investir dans la protection contre les tremblements de terre et les tsunamis. Le terrain dévasté, inutilisable, les populations déplacées ? Un barrage hydraulique de puissance comparable aurait bien d’autres effets.
Ce qui est le plus rageant, c’est que des précautions très simples, tel le fait de placer en hauteur les piscines ou autres organes de refroidissement aurait suffi à éviter toute catastrophe, comme dans le cas l’EPR développé comme Areva.
Alors oui, Fukushima, comme le proclamait Anne Lauvergeon doit être la fin du nucléaire « cheap », et des économies mal placées. Une autorité nucléaire internationale doit valider les projets en cours ; les exploitants nucléaires doivent étudier et mutualiser des moyens d’intervention d’urgence.

La sécurité nucléaire est incompatible avec les politiques de libéralisation

La priorité donnée à la compétitivité et à la libéralisation de l’énergie n’est pas compatible avec un secteur aussi concentré que le nucléaire et avec la priorité à la sécurité. Le temps où Strauss-Kahn annonçait que la participation de l‘Etat à 50 % dans EDF n’était pas gravée dans le marbre doit être définitivement terminé et le PS être clair sur le sujet ; Egalement, ainsi que l’a pointé l’Autorité de Sécurité Nucléaire, la sécurité est incompatible avec une sous-traitance excessive et à bas coût.

Le nucléaire, mais pas tout seul

Le solaire, en particulier, sous différentes formes (conversion solaire/chaleur, solaire/électrique) apportera un complément important dans des  consommations de proximité. C’est un domaine prometteur qui doit aussi faire l’objet de recherches et de développement

Les scientifiques doivent entrer dans le débat pour défendre l'option nucléaire !

mardi 14 juin 2011

L’Oréal : l’Etat doit -il intervenir !

L’Oréal : l’Etat doit -il intervenir ?

La cosmétique, une science  et une industrie importantes

On présente souvent la chimie comme devant origine aux louches manœuvres alchimiques, visant à préparer du faux or. Elle possède cependant une origine certaine et  plus ancienne. Les premiers textes de chimie connus sont inscrits sur des tablettes d’argile en caractères cunéiformes et datent de 1 200 av. J.-C. Ce sont des recettes de cosmétiques et ils sont l’oeuvre d’une femme, Tappouti, qui dirigeait la fabrique de parfum du palais de Babylone et pratiquait  déjà des techniques d’extraction, d’entraînement par la vapeur et de distillation. Dès son origine, la chimie fut  une science assez largement féminine. De là,  peut-être, une partie de sa mauvaise réputation dans un monde savant dominé par les mathématiques et la physique, quasi-exclusivement masculines : la chimie, une science de l’artifice, de la tromperie, du maquillage de la réalité ? Mais aussi une science qui s’est défini dès le début de son histoire comme une science de la transformation du monde, de son amélioration par la science, l’activité et l’industrie.
Au moins historiquement, la cosmétique n’est nullement une science mineure ; elle reste source de découverte, d’invention et d’innovation importantes. Ainsi, en 2003, un prix Nobel a été attribué au chimiste Peter Agre pour la découverte des aquaporines, protéines régissant le circulation de l’eau dans le corps , suivi de l’invention de composés permettant d’en augmenter le nombre et l’activité ; l’industrie cosmétique a largement participé au développement de méthodes cellulaires alternatives et aux avancées les plus récentes dans le domaine des cellules souches avec l’invention de produits favorisant l’autoréparation de la peau et la découverte des propriétés étonnantes de cellules souches folliculaires.
 La France a toujours joué un rôle majeur en ce domaine de la cosmétique, au point qu’on peut dire que cette science et cette industrie sont partie constituantes de son image, de son identité, et figurent indiscutablement dans le patrimoine immatériel français. L’industrie cosmétique est le quatrième secteur en France par son solde commercial net, emploie directement près de 45.000 personnes et exporte 57 % de sa production. Elle compte des champions internationaux comme L’Oréal, LVMH cosmétiques- dont Dior, Guerlain, Bourjois, Paco Rabanne, Alban Muller…

Il faut sauver L’Oréal

Avec plus de 19 milliards d’euros de chiffres d’affaires, 66.000 collaborateurs, dont 3200 en recherche dans 18 centres, et une présence dans 130 pays, L’Oréal est le leader mondial des cosmétiques. C’est un groupe centenaire dont l’histoire commence en 1909 avec l’invention par le chimiste Eugène Schueller de colorants chimiques moins offensifs pour les cheveux. C’est ensuite en 1928 le shampooing O’Cap, premier shampooing de grande consommation , puis Monsavon, Plix - le premier composé pour la mise en plis, les premiers bains moussants- Obao-, l’aventure Lancôme, le Céramide R, premier reconstituant du cheveu abîmé, les produits de protection solaires -avec l’historique Ambre solaire, constamment améliorée par de nouveaux filtres UV… L’Oréal et ses concurrents se situent au premier plan de la lutte contre le vieillissement cellulaire, avec des concepts, des recherches et des produits extrêmement innovants (par exemple Abyssine, issu d’un  microorganisme extrèmophile), un domaine essentiel pour la qualité de vie des populations veillissantes.
Or la saga Bettencourt - l’Oréal, que l’on croyait apaisée, reprend. Il reviendra à la justice de trancher ce qui relève de l’abus de faiblesse, du financement illégal de parti politique, du conflit d’intérêt, voire de la corruption. Mais la société L’Oréal, navire amiral de la cosmétique française, ses milliers de chercheurs et sa recherche originale, son potentiel extraordinaire de développement mondial par une astucieuse prise en compte de la diversité humaine, tout cela doit être préservé de disputes familiales tragiques et des conséquences de la dégradation de l’état de santé de Mme Bettencourt.  Si tout devait se terminer par la vente de L’Oréal à une multinationale étrangère - Nestlé est à l’affût et les intentions des héritiers plus ou moins dignes de la famille Bettencourt ne sont pas claires-,  ce serait une responsabilité terrible. L’Etat doit intervenir, il en a les moyens et le devoir- une possibilité serait d’assurer la tutelle des affaires de Mme Bettencourt le temps d’assurer l’avenir de L’Oréal.

jeudi 2 juin 2011

Cellules souches humaines : chercheurs et patients en ont besoin !

Cellules souches humaines : chercheurs et patients en ont besoin !

Cellules souches : vers une révolution médicale

Nous assistons à la naissance d’une nouvelle médecine ; à côté des médicaments, de la chirurgie apparaît une nouvelle voie, une nouvelle technique aux potentialités immenses, la médecine régénérative. Cette révolution médicale est basée sur la capacité des cellules à se régénérer, et notamment sur la découverte et l’étude des propriétés des cellules dites souches, isolées chez l’homme en 1998.

Remplacer les greffes

Une des applications les plus utiles et excitantes des cellules souches est le remplacement des greffes d’organes, d’autant qu’heureusement, avec la diminution des accidents de la route, les greffons se font de plus en plus rares et les listes d’attentes s’allongent.
Ainsi, chaque année, 120.000 patients en France sont atteints d’insuffisance cardiaque, généralement après un infarctus. Seul une infime partie d’entre eux peuvent êtres greffés. Après 15 ans de recherche clinique, il a été montré que, chez l’animal, que les fonctions cardiaques peuvent être restaurées par la greffe de cellules souches embryonnaires. Un essai clinique chez l’homme de traitement de l’insuffisance cardiaque par injection de cellules souches embryonnaire humaine devrait démarrer prochainement, après autorisation de l’Affssaps. Les cellules souches musculaires, sur lesquelles étaient fondées de grands espoirs se sont révélées inaptes à redonner des cellules cardiaques fonctionnelles.

Dans le domaine cardiaque également, des essais sont en cours pour améliorer la récupération après un infarctus par injection de cellules souches de la moelle épinière (amélioration de la revascularisation)

Les greffes de peau sont aujourd’hui difficiles à mettre en œuvre, ce qui les réserve généralement aux cas les plus graves, notamment grands brûlés ; lorsque l’épiderme pourra être fabriqué à partir d’une banque de cellules souches embryonnaires, le traitement des brûlés pourra être plus rapide, ce qui est souvent critique, et les indications élargies à des pathologies moins vitales – et encore !, mais extrêmement invalidantes, telles les plaies des diabétiques ou le traitement des escarres.

Des traitements pour des pathologies où il n’existe aucun traitement

Parmi les plus avancées et les plus prometteuses des recherches en cours sur les potentialités des cellules souches figurent le traitement cellulaire de maladies neurodégénératives telles la maladie de Parkinson, actuellement intraitable lorsqu’elle dépasse une certaine gravité, la maladie de Huntington ; la greffe d’ilots de Langerhans, qui permettrait de guérir véritablement le diabète au lieu de pallier seulement à ses conséquences, la réparation de lésions de la moelle épinière- c »e qui n’a jamais pu être seulement tenté par aucune autre technique ; le traitement de la dégénérescence maculaire, qui rend progressivement aveugle deux millions de personnes par an en France, sans qu’il y ait aucun traitement disponible, la possibilité de revasculariser des membres dont les artères sont obstruées.

La toxicologie prédictive

Les cellules souches peuvent permettre d’évaluer de façon beaucoup plus fine et plus prédictive et plus rapide qu’actuellement l’efficacité et l’innocuité, ou au contraire, la toxicité potentielles de composés chimiques ou biologiques ; ces techniques constitueront un complément aux études animales, dont elles devraient permettre de limiter le nombre.

Recherche fondamentale

La recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines permet également de progresser dans la connaissance du développement cellulaire humain , et notamment de mieux comprendre le développement de certaines maladies génétiques et d’identifier les molécules susceptibles de restaurer un développement normal. Elles peuvent d’élucider certains mécanismes moléculaires à l’origine de la formation des tumeurs.

Patients et chercheurs ont besoin des cellules souches humaines embryonnaires

Les cellules souches sont de trois types : 1) les cellules souches embryonnaires, issues d’embryons surnuméraires obtenus in vitro dans le cadre de fécondations artificielles,  qui sont totipotentes, c’est-à-dire peuvent se différencier en n’importe quels tissus  2) les cellules souches adultes, présentes dans la plupart de nos tissus, sont dites "multipotentes", capables de se différencier en un nombre limité de tissus.( par exemple, les cellules hématopoïétiques des mammifères donnent des globules rouges, des plaquettes, des lymphocytes T ou B, des macrophages, mais elles ne peuvent pas donner des cellules musculaires -3) Les cellules iPS, ou cellules pluripotentes induites, découvertes en 2007. Ce sont des cellules, par exemple, de peau humaine, ramenées au stade embryonnaire par manipulation génétique (injection par rétrovirus de quatre gênes ou traitement chimiques). Les cellules souches adultes offrent donc un potentiel plus restreint que les cellules ES.   conçus Une centaine de cellules souches embryonnaires permettrait de couvrir 40% de la population

Les problèmes réglementaires

La recherche utilisant des cellules souches embryonnaires a été totalement  interdite en France en 1994, puis, en 2006, un régime très restrictif de dérogation a été mis en place. La révision en 2011 des lois de bioéthique représente un enjeu important pour la recherche thérapeutique en France et pour les patients.

La période écoulée a permis de confirmer l’extraordinaire potentiel des cellules souches embryonnaires humaines pour le remplacement des greffes, des thérapeutiques nouvelles dans les maladies neurodégénératives, la toxicologie, l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques, notamment dans le cancer. Nous sommes déjà entré dans l’ère industrielle du médicament cellulaire, notamment avec l’autorisation européenne de mise sur le marché de Chondrocelect, pour le traitement des lésions cartilagineuses localisées, en complément d’acte chirurgical.

Malgré les efforts des chercheurs français, entravés par la loi de bioéthique sur les cellules souches embryonnaires et encouragés à explorer des voies alternatives, il a été démontré que les cellules souches adultes n’offrent pas les mêmes possibilités en raison de leur potentiel plus restreint de différentiation, et leur différentiation imparfaite, par exemple dans le cas des cellules musculaires en cellules cardiaques. Les cellules pluripotentes induites ne seront pas utilisables en clinique avant longtemps, tant qu’on ne comprendra pas le mécanisme de leur reprogrammation et ses conséquences éventuelles, notamment en terme de cancérogénèse.
Finalement, le feu vert est donné. Le Sénat a autorisé ce vendredi la recherche encadrée sur l'embryon et les cellules souches dans le cadre du projet de loi sur la bioéthique.

Même si la recherche sur les cellules souches adultes et sur les cellules pluripotentes induites doit continuer et être encouragée, il est aujourd’hui clair que, pour les patients, pour la recherche, les recherches et l’utilisation thérapeutiques des cellules souches embryonnaires doit être autorisés, comme c’est le cas en Grande-Bretagne, Suisse, Espagne, Belgique…etc.

L’Assemblée Nationale a, en première lecture, accepté et même aggravé un texte gouvernemental qui bloque la recherche et les avancées thérapeutiques utilisant les cellules souches embryonnaires. Après un débat approfondi, le Sénat a proposé une modification légalisant avec un encadrement strict la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines.
Ce texte est aujourd’hui à nouveau devant l’Assemblée, qui souhaite apparemment revenir sur le texte du Sénat, pénalisant ainsi chercheurs et patients. On entend à nouveau les mêmes arguments scientifiquement faux contre les cellules souches embryonnaires, dûs soit à l’ignorance scientifique, soit à des préjugés et des aveuglements idéologiques, ceci malgré le courage et la ténacité de députés comme le socialiste poitevin Alain Claeys ;

Pour les patients, pour la recherche en France, la recherche et les applications thérapeutiques utilisant des cellules souches doivent être autorisées !

mercredi 25 mai 2011

Endotis après Novexel : meurtre en série chez les biotechs

Endotis après Novexel : meurtre en série chez les  biotechs

Nouveau scandale à Biocitech, le parc d’activité des industries de la santé laissé par Aventis à Romainville à la place de la très prolifique, inventive et profitable Roussel-Uclaf. Après Novexel, c’est Endotis  qui licencie la plus grande partie de sa recherche.

Cette société a-elle échoué ? Non, bien au contraire. Comme Novexel, Endotis  a réussi à développer un composé, réussi sa première administration chez l’homme, et entreprend une étude clinique de phase II.

Mais surtout Novexel et Endotis ont les mêmes actionnaires majoritaires, qui ont eu le même comportement : prends l’oseille et tire-toi ! Il existait de multiples solutions pour permettre à Endotis de mener ses études cliniques tout en continuant sa recherche : augmentation de capital, entrée d’autres actionnaires au capital _ il y avait des candidats ; Cette solution a été refusée : l’actionnaire ne veut pas développer la société, il veut simplement vendre le produit si la phase II est un succès.

Autrement dit, dans la politique d’innovation française, ou bien les « jeunes pousses » échouent, et les chercheurs en paient le prix, ou bien elles réussissent, et les chercheurs … paient le même prix. Cela ne se passe pas ainsi dans les autres pays européens. Faut-il s’étonner que la France acquière ainsi un retard considérable dans la recherche scientifique et l’innovation ? On sait qu’elle manque considérablement de grosses PME, mais comment les PME pourraient-elles grossir si les sociétés dites de capital risque les avorte en cas de succès comme en cas d’échec!

En fait, le financement de l’innovation français est pathologique. Les sociétés de capital risque – le capital est pour eux, le risque pour les jeunes pousses- s’occupent d’amorçage (phase proche de la recherche fondamentale, risquée et relativement peu coûteuse),  ce qu’elles ne savent pas faire, au lieu de s’occuper de développement (risque amoindri, mais exigeant des financements plus important et une stratégie industrielle). Aux USA, c’est essentiellement l’argent public et  le gouvernement qui, à travers le Small Business Act et les SBIC (small business investment company) financent les phases d’amorçage, et le capital-risque prend le relais, en cas de succès pour les phases de développement : conclusion :  sept ans après leur création, l’emploi dans les jeunes pousses est multiplié par 60 contre 5 à 30 selon les pays

Deux ouvrages récents et intéressant mettent en évidence le retard de la France en matière de recherche et d’innovation et ses conséquences, le déclin industriel français : Etats généraux de l’industrie, 2010, Jean-françois Dehecq, (Ladocumentationfrancaise.fr) ; Pas d’avenir sans industrie Jean-Louis Levet, Economica 2010).

Les solutions :

             - Adopter une politique similaire à celle du small business act pour favoriser la naissance d’entreprises innovantes, avec un financement d’amorçage favorisé par l’Etat
- Réhabiliter l’état développeur, les commandes publiques et les aides aux PME
       - Baisse de l’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis
       - Favoriser les projets collaboratifs entre grandes entreprises et PME, veiller à un meilleur équilibre entre sous-traitance et donneurs d’ordres
 - Prendre conscience de l’impact sur l’emploi du tout délocalisable et que la délocalisation de la production finit par entraîner celle de la recherche
Il y a donc beaucoup à faire, et de manière urgente, en matière de recherche et d’innovation…cela devrait devenir une sujet central pour les prochaines élections