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mardi 21 mai 2013

Cours en anglais à l’Université-Loi Fioraso

Le projet de loi Fioraso prévoyant  de nouvelles exceptions à la loi Toubon de 1994, et élargissant la possibilité donnée aux universités françaises d'assurer des enseignements dans une langue étrangère, en anglais notamment, a provoqué des réactions pour le moins surprenantes,et, à vrai dire, assez atterrantes
L'Académie française a dénoncé « les dangers d'une mesure qui favorise la marginalisation de notre langue ». Claude Hagège (Collège de France), qui se spécialise depuis quelques années dans des  réactions agressives et plutôt stupides sur le sujet, a  annoncé « partir  en guerre contre un projet suicidaire ».
« Querelle déconcertante et réaction d'un autre siècle », ont répliqué les Prix Nobel Françoise Barré-Sinoussi et Serge Haroche.  Pour Cédric Villani, médaille Fields, ou pour le président du CNRS, Alain Fuchs, « les voix qui s'élèvent au nom de la défense de la langue française paraissent totalement décalées par rapport à la réalité universitaire contemporaine et gravement contre-productives pour ce qui concerne les intérêts de la France et de la francophonie ».
Ils ont évidemment raison. A quel point de rupture entre humanités et sciences est-on parvenu pour en arriver à de telles stupidités ? Peut-on rêver qu’une Académie Française fossilisée accueille en son sein quelques  scientifiques ? - quelques-uns tout de même savent écrire, et même en Français.

Pour les étrangers et pour les Français

Le but revendiqué de Mme Fioraso est de convaincre davantage d'étudiants étrangers de poursuivre études ou recherches en France et, au passage, d'apprendre et de pratiquer notre langue. La réaction de M Amishari qui affirme que de toute façon, les étudiants asiatiques préfèreront partir dans des pays anglophones est assez méprisante : oui, il existe en France d’excellentes formations, d’excellentes équipes de recherche en mathématiques, physique quantique, virologie et beaucoup d’autres…qui pourraient attirer davantage d’excellents étudiants étrangers si des enseignements  étaient donnés en anglais. Bien évidemment, il faudrait en revanche renforcer l’encadrement de ces étudiants et assurer leur intégration en leur apprenant le français. Les établissements de classes préparatoires comme Louis-Le-Grand le font très bien. Alors, oui, ces étudiants pourraient renforcer la position internationale de la France et in fine la francophonie.
Mais la mesure proposée par Mme Fioraso est encore plus utile aux étudiants français.  Quiconque entend un chercheur français présenter ses travaux à un congrès international et le compare à un allemand, un hollandais, un suédois, quiconque constate les difficultés des jeunes cadres, ingénieurs, techniciens français à s’imposer dans les firmes et organisations internationales en raison de leurs lacunes linguistiques mesure le scandale qu’est l’enseignement des langues en France et ce qu’il nous coûte. Un étudiant, un chercheur, un cadre, un technicien  doit pouvoir, avec une fluidité parfaite, s’exprimer dans l’anglais- ou plus exactement le « globish » - de son domaine.

Pouvoir tout dire dans sa propre langue

La réaction de Michel Serres affirmant qu’ « un pays qui ne peut pas tout dire dans  sa propre langue est un pays colonisé », venant de quelqu’un qui connaît bien l’activité scientifique est plus intéressante, mais, me semble-t-il, rhétorique. C’est d’ailleurs encore plus important qu’il ne le dit. Si l’on renonçait à exprimer les produits, techniques, concepts nouveaux en français, allemand, espagnol, russe chinois,  ce serait effectivement inquiétant pour les Français, les Russes, les Allemands, les Espagnols, les Chinois, ce serait aussi une perte pour l’humanité, car chaque langue a ses champs sémantiques particuliers invitant à des rapprochements, des connexions, des idées originales.
Mais ce n’est vraiment pas ce dont il s’agit. Et c’est plutôt l’inverse qui se produit et qui nous menace : c’est quand un pays est faible dans un domaine scientifique et que sa communauté scientifique est isolée, que les mots pour dire les choses disparaissent et que la colonisation menace.
Donc, oui, il faut aussi faire l’effort de systématiquement traduire la science nouvelle en Français
Mais tout ce qui renforce l’internationalisation de la science, de la recherche, des Grandes Ecoles, des Universités françaises est bon pour la France, bon pour la francophonie. C’est le cas du projet Fioraso

lundi 13 mai 2013

Terres rares _ l’hégémonie chinoise ?

Le coup du chalutier chinois

Le  17 septembre  2010, un chalutier chinois était arraisonné par la marine japonaise dans une zone maritime contestée, autour des îles Senkaku, et son capitaine arrêté. La tension monta, en rétorsion les chinois arrêtèrent quatre japonais accusés d’espionnage. Le 24 septembre, les Japonais libéraient le capitaine chinois sans conditions, malgré une opinion publique exaspérée. C’est que, dès l’incident connu, le ministère chinois du commerce avait réuni les entreprises chinoises possédant une licence d’exportation de terres rares vers le Japon, et les avaient discrètement, en toute illégalité selon les règles de l’OMC, sommé d’interrompre leurs livraisons, effectivement suspendues le 21 septembre. Il n’a pas fallu ensuite longtemps pour que les industriels japonais somment leur gouvernement de céder. C’est alors que le monde réalisa que la Chine avait conquis un quasi-monopole (95%) de l’approvisionnement mondial en terres rares.
Ce n’aurait pourtant pas dû être une surprisse, car c’était là le résultat d’une politique de long terme publiquement annoncée en 1992 par Deng Xiaoping : «  Le Moyen Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares ». Cette politique patiente a été extraordinairement efficace :un quasi-monopole de l’approvisionnement des industries du monde entier en terres rares. Autre succès :en 1998, 90% de la production des aimants puissants nécessitant des terres rares se faisait aux USA, Europe et Japon, dix ans plus tard, le marché est quasi-entièrement entre les mains des Chinois, soit directement, soit indirectement par des partenariats notamment avec des firmes japonaises.

Pour une politique industrielle des terres rares

Les terres rares (néodyme, lanthane, cérium, praséodyme, scandium, yttrium..) jouent un rôle fondamental dans l’électronique et la chimie comme catalyseurs, aimants, luminophores etc. Historiquement, la France a joué un rôle pionnier dans les techniques d’extraction et de purification des terres rares avec Rhône Poulenc, qui fut un leader mondial (50% du marché), puis Rhodia. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette position n’a pas été vraiment protégée : les réorganisations successives de Rhône Poulenc et de Rhodia, ont entraîné une concentration des efforts et de l’attention sur des stratégies très court-termistes et boursières, cependant que l’Etat français se désintéressait de l’industrie et de toute politique industrielle. Il faut dire que les Etats-Unis, la Corée, le Japon, l’Australie, très dépendant des terres rares, ont été encore davantage pris au dépourvu que la France par la stratégie à long terme de domination de la Chine. Celle-ci a avancé en progressant techniquement et par une politique de bas prix qui a entraîné partout dans le monde la fermeture de mines concurrentes devenues non rentables et par ailleurs souvent en butte aux critiques écologiques.
Jusqu’au coup de tonnerre du chalutier japonais, qui a réveillé tout le monde. Rhodia (Rhodia Rare Earth Systems, appartenant maintenant au groupe franco-belge Solvay- pourquoi a-t-on laissé filer ce fleuron français) ne s’en est pas trop mal sorti grâce à des accords privilégiés de long terme et des joint venture avec des sociétés chinoises. La réduction abrupte des quotas d’exportation chinois de terres rares en 2010  (le coup du chalutier) l’a tout de même contraint a réservé ses livraisons à des clients stratégiques  ( par exemple, l’automobile, dont les pots catalytiques exigent du cérium) et à négliger les autres, mais il a pu en partie adoucir les conséquences du coup de force chinois en augmentant avec ses partenaires chinois la transformation sur place des terres rares en produits intermédiaires non soumis aux quotas – au prix donc de transferts de technologie renforçant à terme l’industrie chinoise.

La contre attaque

 Face à une dépendance chinoise menaçant des industries stratégiques, les USA (Molycorp) rachètent des mines américaines et les remets en exploitation et des mines européennes (Sillamae, Estonie) ; le Japon conclut des accords avec des partenaires vietnamiens et indiens pour développer de nouvelles mines et monte une industrie de retraitement qui devrait permettre de récupérer 10% de ses besoins. L’Europe, comme d’habitude, réagit de façon dispersée, et sans souci de protéger ses ressources propres, notamment dans les pays nordiques.  L’Allemagne, très fortement impactée à travers notamment Siemens, grand consommateur de terres rares, a comme d’habitude agi seule et dans le sens de ses seuls intérêts et a  incité ses entreprises à se regrouper en consortium (rien moins que BASF, Bayer, Wacker, BMW, Daimler, Thyssen, Bosh…) pour rechercher et exploiter de nouvelles mines – des accords ont été signés  avec le Kazakhstan et la Mongolie, qui possède d’immenses gisements. Les Pays-Bas, pourtant fortement concernés avec Phillips, semblent ne pas avoir de stratégie.
Rhodia, lui, poursuit sa stratégie d’accord avec la Chine (un Chinois a été nommé à la tête de l’activité terres rares) qui lui a plutôt réussi, mais diversifie aussi ses approvisionnement, en accord avec des groupes australiens, en Australie et en Malaisie) et développe aussi des procédés optimisés permettant une meilleure récupération des terres rares ainsi que des procédés   sur ses sites historiques de La Rochelle et de Saint-Fons, dans l’indifférence du gouvernement français qui semble se désintéresser de ce secteur industriel essentiel.
Un programme européen ERA-MIN, coordonné par le CNRS a été impulsé pour rechercher de nouvelles sources européennes (Suède, Norvège, Groënland) et promouvoir de nouveaux procédés et produits. Il semble fonctionner comme peut fonctionner un programme européen coordonné par le CNRS pour faire de la stratégie industrielle… Si au moins, il permet de financer de la recherche dans un domaine qui a été un peu délaissé et où la France était  un acteur majeur, ce sera pas mal ; mais l’essentiel se déroule en-dehors.

La stratégie chinoise n’est pas l’hégémonie

La bonne nouvelle, c’est la réaction chinoise, qui s’est exprimée publiquement. Finalement, la Chine semble considérer que sa position de quasi-monopole n’était pas si satisfaisante, et elle voit plutôt d’un bon œil une (certaine) concurrence se remettre en place. Elle en attend des progrès significatifs dans le traitement des minerais, l’efficacité des procédés, les problèmes environnementaux, elle recherche aussi des partenaires pour développer davantage de produits plus élaborés.
La Chine ne veut pas l’hégémonie, ne recherche pas le maximum de profit à court-terme, elle veut profiter au mieux de ses ressources naturelles, développer ses technologies, être autonome aussi en produits élaborés. Certains économistes pensent que la Chine en raison de sa population, de sa population éduquée, de ses capitaux  déséquilibrera le monde entier ; ce n’est pas sa volonté, ni sa stratégie, et elle semble agir assez sagement, avec un vrai souci de l’équilibre et de durabilité. Dans ces conditions, la stratégie de Rhodia du partenariat chinois (important, mais non exclusif) peut être la bonne- un hasard, car le gouvernement français, pas plus que les autres, n’a vu venir cette crise et la dépendance patiemment construite et quasi-totale de secteurs importants de l’économie vis-à-vis des minerais de terres rares chinois.
Mais cela signifie aussi que pour travailler avec les Chinois, il faut aussi être capable d’avoir des stratégies à long terme et d’anticiper, bref il faut mener une politique industrielle… qui a été tragiquement absente dans le domaine des terres rares, et dans bien d’autres. C’est aussi un sujet qui devrait intéresser le ministère du redressement productif dans un domaine où la France a été pionnier et leader.
Si le coup du chalutier chinois aura permis de comprendre cela, et d’en tirer les leçons, il n’aura pas été inutile.
Cet article est basé sur un article de l’Actualité Chimique de décembre 2012 (Régis Poisson-AEV-Balard)

samedi 4 mai 2013

Fécondation in vitro- histoire et questions

Mort de Robert Edwards, pionnier de la fécondation in vitro

La mort récente (10 avril 2013) de Robert Edwards, Prix Nobel de médecine, le « père » médical de Louise Brown, le premier bébé éprouvette, née le 25 juillet 1978 à 11H 47, devrait être l’occasion de revenir sur l’hstoire et l’avenir de la fécondation in vitro. Ce jour-là, le monde est entré dans l’ère de la fécondation humaine in vitro et  nul ne sait où cette aventure mènera l’humanité.
C’est l’aboutissement d’un travail commencé dans les années 50 avec le développement des fécondations in vitro chez l’animal. Refusant tout tabou, Edwards, par ailleurs progressiste et élu local travailliste, décide d’adapter cette technique chez l’homme, afin de soigner certaines stérilités - par exemple, dues aux trompes de Fallope bouchées. Il lui fallut attendre 1969 avant d’obtenir in vitro  les premiers embryons humains, grâce à sa rencontre avec le gynécologue Patrick Steptoe. Il comprit alors que la fécondation in vitro ne pouvait être obtenue qu’à partir d’un ovule suffisamment mûr et apprit à utiliser des hormones pour accélérer le mûrissement des hormones et en augmenter le nombre, à choisir le bon milieu pour la fécondation.
Louise Brown est finalement née au bout de sept ans « d’expérimentation en direct sur l’homme. « Durant cette période, nous avons effectué entre 50 et 60 tentatives », expliquait Robert Edwards en 2007. Ce fut aussi une longue lutte contre le Medical Research Council qui refusa de subventionner les recherches de Edwards et Steptoe – une fondation privée américaine s’y substitua – et aussi contre l’opinion de religieux ( le Vatican les accusa de meurtre sur les embryons non implantés et qualifia la naissance de Louise Brown d’ »évènement qui aura de graves conséquences pour l’humanité en dissociant la sexualité de la procréation » et de scientifiques comme Jim Watson, le découvreur de l’ADN, qui l »accusa de flirter avec l’infanticide ».Un certain nombre de médecins traumatisés par l’affaire de la thalidomide craignaient des handicaps sévères chez les nouveaux-nès, même si les techniques fonctionnaient bien chez l’animal.
La naissance de Louise Brown et la joie des époux Brown qui s’efforçaient d’avoir un enfant depuis quinze ans emporta tout. Une seconde  naissance (Alastair Montgomery) eut lieu, les Brown voulurent aussi une soeur pour Louise (Natalie). Il fallut néanmoins attendre 1980 pour que Edwards et Steptoe puissent fonder la clinique de Bourn Hall (Cambridge), la première clinique dédiée aux fécondations in vitro, le NHS refusant tout financement qui sera finalement assuré par du capital risque. En 2010, année où Edwards reçut le prix Nobel (sans Steptoe, mort en 1988), on estime que plus de quatre millions d’enfants étaient nés par fécondation in vitro. En 2011, Robert Edwards fut annobli.

Polémiques – Vers un Conseil du Futur ?

Soutenu malgré les obstacles, les oppositions, les peurs,  par la demande forte des familles infertiles, récompensé par leur joie et leur soutien sans faille, Rober Edwards mena son projet à bien, mais pourrait-il aujourd’hui travailler aussi librement ? Il se méfiait des réglementations et des lois : « Il ne devrait pas y avoir de limites aux recherches scientifiques rigoureuses et honnêtes sur l’embryon. Il faut ensuite confronter les résultats obtenus au sein de débats avec des éthiciens, des philosophes, des représentants de la société pour prendre des décisions quant à ce qui est, ou non, autorisé. Mais il ne faut pas se fixer de limites à l’avance. De ce point de vue, je ne partage absolument pas la conception française qui entend réfléchir a priori sur ce qui est ou non autorisé. Ce n'est absolument pas constructif »
Les techniques de fécondations in vitro qu’il a mises en place ont eu bien d’autres conséquences que le simple traitement de l’infertilité, notamment l’étude puis l’utilisation thérapeutique éventuelle des cellules souches, le diagnostic préimplantatoire permettant la sélection des embryons, donc des enfants sains dans des familles à risque de maladies héréditaires mais aussi le choix du sexe de l’enfant ou d’autres caractéristiques.
Robert Edwards était favorable à ces évolutions, même les plus contestables. Il se déclara en faveur de recherches sur le clonage humain et combattit la loi anglaise interdisant le choix sexuel des embryons (Human Fertilisation and Embryology Act, 1990) sauf cas médicaux (maladie de Duchenne ne frappant que les garçons, par exemple). Aujourd’hui, plusieurs dizaines de couples anglais vont aux Etats-Unis, où cette pratique est légale, pour choisir le sexe de leurs enfants conçus par fécondation in vitro, par exemple pour des raisons d’ « équilibre familial » (une famille n’ayant que des garçons ou que des filles).
Rappel historique : lorsqu’en France le fondateur du positivisme, Auguste Comte (1798-1857) imagina, sans savoir comment, que dans une société future, la femme pourrait avoir la seule responsabilité de la procréation (« notre perfectionnement consistera à systématiser la procréation humaine en la rendant exclusivement féminine »-Utopie de la Vierge Mère) et s’efforça d’envisager les conséquences sociétales de cette révolution technique (schématiquement, les femmes seraient responsables de la procréation et de l’éducation dans la petite enfance, et les familles se formeraient par adoption par un homme), il fut traité d’insensé, notamment par les positivistes « incomplets » regroupés autour de Littré.
Peut-on rêver que, sans condamnation ou approbation a priori de chaque progrès technique important, une institution, (un conseil du Futur ?) s’efforce simplement d’en envisager l’impact sur la société, trace différents scénarios, sans tabous, avec audace, sans peur du démenti du futur… ou du ridicule? Que cet effort serve ensuite au débat public, un débat mieux informé qui saura éviter une navigation incertaine entre fascination technologique et peur systématique du progrès ?
Application aux OGM ?


vendredi 12 avril 2013

Arrêt de Quaero_ fin des grands projets d’innovation ?

La dure naissance de Quaero

Quaero fut l’un des premiers exemples de la politique d’innovation proposée par le rapport Beffa  et impulsée par feu l’Agence pour l’Innovation industrielle : le financement  d’innovation de ruptures par de grands projets dits PMII, (programmes mobilisateurs d’innovation industrielle), impulsés par l’Etat avec des structures collaboratives entre PME, grand groupe, équipes publiques)
Le but de Quaero était de d’inventer et de développer de nouveaux  « outils intégrés de gestion des contenus multimédias ». Il a été présenté de façon un peu trop facile et mal adaptée comme devant être le nouveau google européen, alors qu’il s’agissait de faire en sorte que la France (et l’Europe) soient présent dans les moteurs de recherche de l’avenir, en développant des techniques de recherche par le contenu non seulement du texte, mais aussi des images, du son et de la vidéo. Quaero devait aussi favoriser la numérisation, l'enrichissement et la diffusion du patrimoine audiovisuel et des bibliothèques numériques.
Quaero a réussi d’abord à survivre à l’hostilité de la  Commission Européenne à ce type de projet, qui a retardé de deux ans sa mise en route avant d’autoriser sans enthousiasme son financement public, à la mauvaise volonté de Deustche Telekom qui devait faire partie du consortium de départ, à la colère des anglo-saxons dénonçant « un cas flagrant de nationalisme malencontreux et inutile ».

Un pôle de compétitivité national qui aurait réussi

Quaero a démarré en 2008 avec un financement public de 100 millions d’euros et un financement privé à même hauteur, pour une durée de cinq ans. Le consortium regroupait des grands groupes comme  Technicolor et France Telecom, des PME comme Jouve et Bertin Technologies, des start-up comme  Exalead et et LTU Technologies, des laboratoires publics comme le LIMSI-CNRS, l'Inria, l’Ircam… etc.
A la fin des cinq ans, des produits ont été créés comme l'outil d'indexation de contenu audio d'Exalead, Voxalead News, la traduction de sites Web, SystranLinks, ou la transcription de discours, Vocapia. Trente et un brevets et sept cents articles scientifiques ont été publiés. Des programmes et des organismes ont accompli des progrès importants, à un rythme inédit : A2iA, en reconnaissance d'écriture manuscrite française ; l'Inria, pour la recherche dans les images, l'Ircam, pour l'analyse de musique Surtout Quaero a consolidé des filiéres et favorisé des collaborations, et  a rempli son objectif de permettre aux industriels français de ne pas être évincés de ce secteur stratégique  et de préparer l’avenir : « il a permis de rester au contact de la concurrence. Tout seuls, les partenaires auraient eu du mal", confie Pieter van der Linden, responsable du centre de recherche et d'innovation de Technicolor à Paris et coordinateur de Quaero.
Au fond, Quaero a agi  comme un pôle de compétitivité national qui aurait réussi.

Quaero et les programmes mobilisateurs, stop ou encore ?

Alors Quareo et les autres programmes mobilisateurs, stop ou encore ? Encore évidemment,mais on ne sait pas comment Quaero va continuer à fonctionner, et comment cette aventure va pouvoir continuer pour délivrer toutes ses promesses. 
Et surtout, il faut souligner que la naissance de Quaero n’a été possible que grâce à l’Agence pour l’Innovation Industrielle (AII) avec une stratégie très interventionniste qui a permis de placer l’innovation sous le contrôles d’innovateurs et non des banquiers et des comptables, et de rompre radicalement avec les stratégies prétendument prudentes et peu efficaces de saupoudrage d’Oseo. Or, par la volonté de Sarkozy, l’AII, création chiraquienne a été dissoute et intégrée…à Oseo, un Oséo certes un peu rénové, mais qui n’a pas repris à son compte les ambitions de l exAII et du rapport Beffa.
Une leçon utile pour le ministère du redressement productif et la Banque pour l’innovation ?

jeudi 11 avril 2013

L’innovation : recettes de succès et situation française vues par l’OCDE

(Résumé de la conférence de Dominique Guellec  (OCDE)- AJEF, 20 février 2013)

Favoriser l’innovation

L’innovation peut concerner de multiples domaines : technologique, des services, du marketing, de la finance
L’innovation peut être freinée par des lois ou réglementations inadéquates, non justifiées par un bien public mais favorisant des intérêts acquis (un cas pathologique célèbre est une loi anglaise du XIXème siècle imposant de faire précéder les automobiles (la nuit ?) par un marcheur portant une lanterne rouge). Un cas pathologique actuel à Paris est le monopole malthusien des taxis parisiens qui empêche le développement de nouveaux services au détriment des habitants. Repérer et supprimer ces freins réglementaires est un enjeu important.
L’innovation est freinée lorsqu’on entrave les processus de réallocation des ressources en maintenant artificiellement des activités déclinantes. Ainsi, l’Europe du Nord ne protège pas les entreprises ou les emplois existants, mais les employés en permettant et favorisant des formations et reconversion adéquates.
Des entreprises existantes peuvent être conduites à freiner l’innovation pour préserver leur business model. Souvent, à technologies nouvelles, entreprises nouvelles ; c’est le processus Schumpeterien de destruction créatrice.
L’innovation n’est clairement plus le monopole de l’Occident et d’un petit nombre de nations occidentalisées. Le rattrapage chinois, par son ampleur et sa vitesse, a un caractère unique dans l’histoire. Le monde est devenu multicentrique, et les migrations concernent pour la première fois de façon massive des personnes très qualifiées (chercheurs, ingénieurs, techniciens, médecins…). Ceux qui sauront le mieux organiser ces migrations (politique de retour des doctorants etc) pourront en tirer un avantage important.
Tout ce qui ne peut pas circuler par Internet et s’enracine dans un territoire et de la proximité prend une valeur plus importante et peut constituer une source précieuse d’innovations non délocalisables : ce sont les collectivités, les infrastructures, les savoir-faire, traditionnels ou spéciaux ; la construction et l’habitude des collaborations interdisciplinaires : ainsi, un chimistes en France peut facilement collaborer avec un chimiste en Inde, mais plus difficilement avec un biologiste. On délocalise moins facilement un binôme chimiste biologiste, et encore moins facilement des collaborations plus complexes, qui ne fonctionnent bien que dans la proximité géographique et culturelle. Créer ces réseaux de collaborations et de compétences représente donc un énorme avantage compétitif pour un pays.

Le contexte français

L’industrie française a énormément reculé dans les dernières dix années et la recherche selon l’OCDE se situe dans une honnête moyenne, sans plus. La recherche et développement représente 2.3 % du PIB, sans évolution sur les vingt dernières années, alors que l’agenda de Lisbonne pour l’Europe de la connaissance prévoyait 3% ; l’Allemagne est à 2.8 % et seuls les pays nordiques atteignent ces 3%.
La France se caractérise par quelques grands groupes planétaires très compétitifs et innovants (par exemple dans l’aéronautique, le nucléaire), mais a) ils sont trop peu nombreux ; b) ils ont tous plus de trente ans - la France n’a su créer aucun grands groupe, alors qu’aux USA, la plupart des grandes entreprises n’ existaient pas, ou à l’état embryonnaire il y a  quinze ans. En résumé, la France n’a ni grandes entreprises récentes comme les USA, ni un « mittlestand », réseau dense d’entreprises moyennes innovantes et exportatrices comme l’Allemagne.
La France sait créer des entreprises innovantes ; le statut fiscal des jeunes entreprises innovantes est une réussite, et la France crée autant d’entreprises que les USA et plus que l’Allemagne ; mais elle ne sait pas les faire grossir, ou même simplement réussir. La plupart n’ont pas même d’activité commerciale réelle ou vivotent, et les rares qui réussissent n’ont pas suffisamment accès à des capitaux pour se développer…et sont donc rachetées par des entreprises étrangères.
Une des raisons est un manque de culture managériale, et, plus généralement, une direction pathologique des entreprises. Le cas typique français du chercheur qui a passé plus de vingt ans à l’Université ou dans un grand organisme de recherche et  se lance dans la création d’entreprise sans vision du marché et avec une mise de fonds ridiculement insuffisante est catastrophique. Les Apple, Google, Microsoft n’ont pas été créées par des chercheurs, mais  par des managers visionnaires et charismatiques qui ont su s’entourer  de chercheurs bien plus compétents qu’eux, les écouter, les diriger… et les rétribuer.
Une autre raison est le syndrome « Tanguy » ; de fait, dans le contexte français du financement de l’innovation et des aides fiscales, les entreprises n’ont aucun intérêt à croître. Le financement et les aides à l’innovation profitent bien aux très petites entreprises et aux très grandes ; il est tragiquement inadapté à la croissance et à création de PME du type Mittelstand, en particulier le secteur du capital risque déficient.

NB : le diagnostic me semble pas mal vu, mais l’OCDE parait ne croire qu’aux modèles américains et allemands. Or, un modèle d’innovation de ruptures par grands projets impulsés par l’Etat - les PMII, (programmes mobilisateurs d’innovation industrielle) du rapport Beffa et de l’ex AII, avec des structures collaboratives entre PME, grand groupe,équipes publiques) est sans doute plus adapté au contexte français.
En tout état de cause, si’ l’on veut réussir – et c’est critique- la politique d’innovation, il faudrait que les ministères du redressement productif et de la recherche se parlent sérieusement.

mardi 9 avril 2013

Amiante – 3000 morts par an, pas de responsables

Le scandale français des maladies professionnelles

L’importance du scandale de l’amiante, les tragédies subies par les victimes et leurs familles, l’impossibilité de se faire rendre justice, la culpabilité des entreprises, l’inaction et donc la culpabilité de l’Etat français semblent laisser indifférent l’opinion publique. Celle-ci ne s’est inquiétée que lorsqu’elle a cru que l’amiante représentait un danger environnemental omniprésent qui pouvait menacer chacun d’entre nous. Depuis qu’il est clair que les principales victimes sont quasi-exclusivement les travailleurs de l’amiante (producteurs, utilisateurs et leurs familles), l’indifférence est revenue, soigneusement encouragée par l’inaction des pouvoirs publics et les entraves à la justice. En France, les maladies professionnelles mobilisent peu – la spécialiste de l’Inserm, Mme Thébaud-Mony, a tenté d’attirer l’attention sur cette partie du scandale en refusant la Légion d’Honneur offerte par Mme Duflot, sans grand écho – rien ne semble prévu pour enrayer le démantèlement de la médecine  du travail, et d’ailleurs aussi de la médecine scolaire.

Et pourtant, le scandale de l’amiante c’est, selon les autorités sanitaires, 3000 morts par an actuellement et  100 000 décès probables d'ici à 2025 en France, et d’autres centaines de milliers de victimes qui souffrent et voient leur qualité de vie irrémédiablement atteinte. L’exposition à l’amiante entraîne des fibroses pulmonaires (asbestose) assez caractéristiques (présence de plaques pleurales), avec pour conséquence des capacités pulmonaires fortement réduites et une importante surcharge cardiaque. Le délai d’apparition est long (quinze à vingt ans en moyenne). La situation clinique  peut évoluer vers deux types de cancer : cellules du poumon, ou cellules de la plèvre (double enveloppe du poumon ou du péritoine- mésothéliomes, très caractéristiques.
La prise en charge comme maladie professionnelle du mésothéliome a été effectuée en 1975, il a fallu attendre 1985, pour celle des cancers broncho-pulmonaires, à condition que le lien avec l’amiante soit « médicalement caractérisé »
En France l’industrie de l’amiante se développe au début du XXème siècle autour de Condé-sur-Noireau (Calvados). Dès 1906, après la mort d’une cinquantaine d'employés de la région de maladie pulmonaire, un inspecteur du travail de Caen rédige un rapport sur les dangers de l'amiante. Les premières dispositions réglementaires pour protéger les salariés de l'amiante datent de 1931 en Grande-Bretagne, de 1946 aux Etats-Unis.
En France, il faut attendre l'année 1977 pour la première circulaire visant à protéger les ouvriers !
Les procès en cours concernent principalement trois sociétés Eternit (Vitry en Charolais, Thiant-Valenciennes, Caronte- Martigues, Albi, Canari, Saint-Grégoire (Ille et Vilaine),  Amisol (près de Clermont-Ferrand) et Ferrodo-Valéo à Condé sur Noireau.
Pour Amisol, les témoignages parlent d’une « entreprise baignant dans un nuage d’amiante » et des conditions de travail dénoncées par l’inspecteur du travail et même par la chambre syndicale de l’amiante (les industriels) qui ont publiquement critiqué cet « univers à la Zola ». En 1971,  des cas d’asbestoses et de cancers de la plèvre étaient discuté au comité d'hygiène. L'année suivante, l'inspection du travail mettait le PDG d'Amisol en demeure de faire cesser les infractions liées aux poussières industrielles, sans effet. Les pouvoirs publics connaissaient bien la situation : « Sur le plan du risque professionnel, cette entreprise a depuis longtemps été un objet de préoccupation », insiste le directeur régional de la sécurité sociale dans un courrier de mars 1975 adressé au ministre du travail. « Il s'agissait d'une entreprise à haut risque et dont les gestionnaires, dont on ne saurait dire qu'ils ne pouvaient en avoir conscience, n'ont jamais pris des mesures de prévention véritablement efficace ».
A Condé sur Noireau,  « On était couverts de poussière d'amiante. Parfois, je ne voyais pas mon voisin assis à un mètre de moi !...Quand venait un inspecteur du travail, on devait nettoyer à la main toutes les machines. Fallait que cela brille ! Pour être propre, c'était propre ! En apparence seulement... Car, dès qu'on levait les yeux vers le plafond, toute la pièce apparaissait comme noyée dans une brume d'amiante ». La circulaire de 1977 n'est pas appliquée, quelques masques sont distribués, limités à certains postes.  La plupart des médecins ne disent rien, voire mentent carrément. «Le médecin avait dit à mon mari qu'il n'avait pas d'amiante dans ses poumons, s'emporte la femme d'une victime. Alors pourquoi est-il mort d'un mésothéliome ?»

L’impossibilité de rendre justice ?

Cela fera 17 ans cette année que des victimes de l’amiante et leurs associations ont déposé plainte, rappelle l’ANDEVA, 17 ans d’errements judiciaires. Dans tous les dossiers, les mises en examen sont annulées  et des non-lieux demandés par le parquet, et pas seulement celui très médiatisé de Martine Aubry. En Italie, un procès de l’amiante a eu lieu, à Turin, et entraîné la condamnation de deux hauts dirigeants d’Eternit International à 16 ans de prison. En France, le dossier Eternit traine indéfiniment, et c’est l’avocat des victimes, Maître Teissonnière, qui se retrouve poursuivi par Eternit pour diffamation.
Dans l’affaire Amisol, la Cour  d’Appel affirme que « Les faits commis en 1974 ne peuvent être appréciés avec les exigences de santé publique apparues depuis », ce qui est pour le moins étonnant et en contradiction avec le dossier d’instruction. Même en 1974, on, savait qu’il ne fallait pas travailler dans un nuage d’amiante, et les conditions de travail criminelles dans cette usine étaient connues et dénoncées par l’inspection du travail, sans effet apparent.
Pour l’avocat de l’Andeva, le parquet demande l’annulation des personnes mises en examen, avec des arguments ahurissants qui, « s’ils devaient être retenus, signifieraient qu’aucun procès de responsable de catastrophe sanitaire ne peut avoir lieu : le parquet soutient en effet que du fait que les mis en examen n’avaient pas de pouvoir propre en matière réglementaire, ils ne peuvent être considérés comme pénalement responsables ! »
En effet, cela signifierait qu’on ne peut condamner les industriels mis en cause, parce que l’administration, l’Etat, n’a pas agi à temps pour leur imposer une règlementation suffisamment contraignante, et que d’autre part, l’Etat ou ses représentants ne peuvent être condamnés, parce qu’ils n’ont pas eu l’intention délibérée de nuire !

Dans ce scandale meurtrier de l’amiante (3000 morts par ans !) est pourtant évident un comportement criminel de certains industriels de la médecine de travail, et pour, le moins,une inaction coupable de l’Etat, pendant plusieurs années, et à tous les niveaux, du ministère aux inspections locales du travail. Martine Aubry avait été mise en examen, en tant que Directrice des Relations du Travail entre 1984 et 1987, pour avoir tardé à transposer une directive européenne de 1983 sur la protection contre l’amiante, la juge Bertella-Geffroy l’accuse aussi d’avoir été trop influencée par le Comité Permanent Amiante, structure de lobby mise en place par les industriels pour promouvoir l’usage contrôlé de l’amiante. Martine Aubry peut se sentir injustement mise en cause, mais il semble difficile que ce dossier avance sans mise en cause des pouvoirs publics.
 Ces décisions, ainsi que la mutation réglementaire (au bout de dix ans dans le même poste) suscité la révolte des victimes. Mme Bertella-Geffroy a fait régulièrement l’objet de critiques malveillantes, alors qu’elle a porté ce dossier complexe quasi-seule au milieu de chausse-trappes invraisemblables, et que les victimes et leur défense ont plutôt apprécié son engagement – elle aurait d’ailleurs transmis des éléments utilisés par la justice italienne dans le procès de Turin, ce qu’on lui a même reproché. Une dérogation pour  qu’elle puisse continuer à s’occuper du dossier de l’amiante a été refusée par le ministère de la Justice

A Condé sur Noireau, «Pour dire les choses sans fard, ici, on porte en terre au moins un camarade par semaine», assène François Martin, responsable de l'association locale des victimes de l'amiante. «C'est comme ça, soupire Maurice Renouf, on ne peut plus rien faire.» (Libération) .Il faudra pourtant que justice soit rendue, et qu’on tire les conclusions de ce qui s’est passé pour éviter que de tels scandales se reproduisent.

mardi 12 mars 2013

La coopération franco-indienne et l’Espace

C’est aussi un des buts de ce blog de saluer les succès scientifiques et techniques français. Fruit d’une coopération scientifique et technique entre l’Inde et la France, le satellite Saral a été lancé ce lundi 25 février depuis la base spatiale de Satish Dhawan dans le sud de l’Inde. Saral se déplace sur une orbite haute inclinaison à 800 km d'altitude. Cette collaboration a débuté le 2 mars 2007 lorsque le CNES et l'ISRO (l'agence spatiale indienne), ont signé le "memorandum of Understanding".
Saral est un satellite destiné à la surveillance de l’environnement. Sa mission principale : observer la surface des mers et des océans à l’aide d’ondes radar et ainsi d’obtenir une précision extrême de l’ordre de 3 cm.
Pierre Sengenes, chef de projet Saral au CNES, l’agence spatiale francaise explique les intérêts de cette observation : « Le point majeur, c’est la montée des océans. On est aujourd’hui sur une montée depuis une vingtaine d’années qui se chiffre en 3 millimètres par an. Mais ce qu’il faut voir, c’est que ce n’est pas une montée homogène des océans. En fait, il y a des endroits où la montée est beaucoup plus rapide que d’autres et il y a certains endroits où elle baisse. Donc l’ensemble de ces mesures va permettre de mieux connaître ces phénomènes-là et éventuellement de mieux protéger les gens. »
Avec sa nouvelle génération d’altimètre (AltiKa), conçu par les Français, Saral aidera les scientifiques à connaître mieux les variations du niveau moyen des eaux, ainsi que la dynamique océanique, les courants côtiers, les tourbillons, les marées et même les cours d’eau bien plus petits qu’auparavant dans le bassin de l’Amazone par exemple.
Cette collaboration n’est pas surprenante. Déjà un autre satellite,  Megha-Tropiques avait été lancé depuis la base indienne de Sriharikota en octobre 2011 dans le but de recueillir  des données sur le cycle de l’eau en milieu tropical dans le contexte du changement climatique.
 Le sous-continent indien est fortement exposé aux conséquences du réchauffement climatique, un réchauffement que  le dernier rapport du GIEC confirme, et qui se produit à une rapidité se situant dans la pire des hypothèses.
Or, la diminution des gaz à effet de serre ne semble plus à l’ordre du jour. Le monde brûle plus de charbon que jamais dans l’histoire, le développement considérable des gaz de schistes va dans le même mauvais sens, ainsi que l’arrêt par certains pays de leur programme nucléaire, qui impose la remise en service de centrales électriques à gaz ou charbons- y compris pour régulariser des productions intermittentes comme le solaire ou l’éolien.
Il est donc significatif et heureux que l’Inde s’implique dans la surveillance du climat et maintient son programme nucléaire, seule technique disponible pour tenter de limiter le réchauffement climatique.
Succès donc à Saral , et qu’il soit début d’une collaboration scientifique accrue entre la France et l’Inde, notamment dans les domaines du spatial, de l’aéronautique, du nucléaire…