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samedi 19 janvier 2019

Raison de détester l’Eurokom -24 : la destruction du service public à la française


Europe et Eurokom : Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne

La conception française du service public condamnée par l’Eurokom

Dès 1994, le Conseil d’Etat, dans son rapport annuel, prenant acte que le droit français s’élabore sous l’influence du droit communautaire, s’inquiétait et avertissait : « l’avenir de la notion de service public est, si on y prend pas garde, compté […] Tout le système communautaire repose sur le principe de la libre concurrence et peut être difficilement conciliable avec la notion de service public à la française».
Et, en effet, l’action constante de la Commission Européenne depuis maintenant plus de vingt ans heurte de plein fouet ce qui a été parfois qualifié d’idéologie française du service public, laquelle consiste notamment à associer service public et cohésion sociale. Un exemple presque parfait en est la loi d'orientation pour le développement et l'aménagement du territoire du 4 février 1995 qui fait du service public l'un des instruments de la politique d'aménagement du territoire, qui « concourt à la solidarité et a pour but d'assurer l'égalité des chances sur l'ensemble du territoire ». Par ce texte, les gouvernants français apparaissent comme des créateurs d'obligations de service public, avec la responsabilité de les instaurer et d’assurer leur bon fonctionnement. Et lorsqu’en plus, cette idéologie française lie étroitement service public et monopole d’Etat, avec des entreprises emblématiques comme EDF et la SNCF, dont l’activité même est fortement associée à la construction historique de la nation et à la préservation de son indépendance (Fernand Braudel considérait « les tardives liaisons des chemins de fer » comme l’un des facteurs important de l’unité de la France ; en ce qui concerne EDF, l’importance du parc nucléaire conçu comme essentiel à l’indépendance nationale constitue aussi une particularité nationale assez unique),  la collision avec le programme et l’idéologie de la Commission Européenne sont quasi-inévitables.
Nous connaissons actuellement une situation sociale et politique très tendue dont l’un des nœuds est la conception du service public en France et les menaces qui pèsent sur lui. Il y a comme un parfum de tentative de revanche de la pensée ultralibérale au pouvoir à Bruxelles sur les peuples qui ont refusé d’approuver le traité constitutionnel européen en 2005 (traité de Rome), le 29 mai pour les Français, le 1er juin pour les Néerlandais. La conception restrictive de la notion de service public par l’Union européenne avait déjà joué un grand rôle dans le rejet de ce traité. Dans un article détaillé et quelque peu désespérant, Philippe Herzog retrace un combat perdu pour obtenir de la Commission Européenne en 2004 une directive cadre sur les services publics, finalement refusée au moment même où la Confédération Européenne des Syndicats lui faisait parvenir une pétition de plus de cinq cent mille signatures en faveur d’une telle directive….

Le service d’intérêt général, ou l’ère de la grande hypocrisie

Alors que se développait le procès fait à l’Union européenne de promouvoir un libéralisme excessif et de vouloir détruire le service public « à la française », il devenait impossible de soutenir que la conciliation entre le respect des règles de la concurrence et l’accomplissement des activités d’intérêt général ne présentait pas quelques problèmes. Les autorités européennes avaient beau déplorer une « tendance à la sacralisation des services publics » qui « n’est pas de nature à faciliter la discussion d’un problème aussi complexe que celui du rôle du service public dans la construction européenne » (Ah ces Fançais fétichistes du service public), il leur fallut bien réagir.

 Dans un grand effort de conciliation, le traité d'Amsterdam de 1997 donna pour mission aux institutions communautaires de contribuer à la promotion des services d’intérêt général. Alors naquirent les termes de SIG (Service d’Intérêt Général) et SIEG (Service d’Intérêt Economique Général). La nomenclature ne doit rien au hasard : la Commission a préféré créer un nouveau vocable, qui « ne véhiculerait pas d’idéologie particulière, contrairement à ce qu’on a pu dire du service public », et qui serait plus précise. En réalité, cela restait tout aussi indéfini que « service public », mais permettait de placer la Commission en situation de domination sur les États membres pour la définition des activités de service dérogeant (ou non) au droit de la concurrence.

Ce sont les institutions européennes qui décident ce qui peut être un service public ou pas, plus les citoyens ni leur Etat ! Et suivant l’idéologie de la secte ultra libérale au pouvoir à Bruxelles, c’est la liberté de la concurrence qui passe en premier : « Le droit de l’Union oblige à penser l’exercice de missions d’intérêt général sans le déconnecter du cadre concurrentiel […]. Les services d’intérêt économique général se sont construits en droit de l’Union  principalement sinon exclusivement  en négatif ou en creux, c’est-à-dire comme une exception ou une dérogation à l’application du droit de la concurrence ». (Jean-Marc Sauvé, Vice-président du Conseil d'Etat)
La secte libérale agit toujours selon le même principe, la même obsession : il  s'agit de séparer les activités relevant d'un monopole naturel (le réseau) des activités où la concurrence est possible à organiser (les services). Que ces scissions nuisent à l'efficacité (coûts de coordination, de négociations, bataille juridique, création d'un rapport fournisseur/client, perte de relation avec l'usager, utilisation moins optimale du réseau), à la qualité de service et à son progrès (les budgets de recherche transférés à la communication et à la publicité), peu importe ! Il s’agit de démanteler les sociétés mixtes de service public françaises, si efficaces et si bien implantées.

Nous en voyons le résultat. Car la règle de la libre concurrence reste première, et une même activité  ne saurait être régie par des règles distinctes, selon les Etats : concurrence ici, concurrence partout ! Et c’est toujours au nom de cette primauté de la concurrence que nous assistons au démantèlement des grands services publics français et d’entreprises comme La Poste, Electricité de France, Gaz de France, la SNCF… Que cela aboutisse en l’abandon d’une part du très riche réseau ferroviaire français (le rapport Spinetta envisage la suppression de 9000 kilomètres de lignes, soit près d'un tiers du réseau) et à un report des transport sur la route au mépris de la sécurité, de nos engagement climatiques et de l’égalité territoriale ; que cela résulte en la privatisation absurde des concessions hydrauliques, au mépris, là encore, de nos engagements climatiques, du rôle local de gestion de la ressource en eau pour les agriculteurs, les pêcheurs, les autres usagers  et de l’optimisation de l’approvisionnement électrique, peu importe visiblement aux doctrinaires de la secte libérale.
Nous en voyons le résultat. Au démantèlement du service public des transports correspond la fracture territoriale, au démantèlement du service public des télécommunications correspond la fracture numérique, au démantèlement du service public de l’énergie correspondra la pénurie pour les plus pauvres et même pour tous- ceux qui déjà ne peuvent se déplacer et qui pourtant doivent le faire pour leur travail, ceux qui restreignent leur chauffage ou leurs douches.

Le service public en Suisse

Tiens, juste à titre d’exemple, quittons l‘Eurokom pour un pays, comment dire, un pays quasi-communiste – la Suisse. Eh bien, c’est sur l’internet gouvernemental Suisse que l’on trouve l’éloge le plus juste, le plus ébouriffant, le plus lyrique du service public. Extraits :

« Trains circulant à l’heure, courrier distribué ponctuellement, télécommunications de haut niveau: la qualité du service public sur l’ensemble du territoire contribue à l’image de marque de la Suisse et elle est également une condition de la qualité de vie élevée et de la prospérité de l’économie. Ces prestations sont principalement fournies par les entreprises liées à la Confédération - la Poste, les CFF et Swisscom.

Le service public – c’est-à-dire l’approvisionnement de base dans les domaines des transports publics, de la poste et des télécommunications – occupe une position particulière en Suisse. La population veut disposer d’un approvisionnement de qualité dans toutes les régions du pays, y compris dans celles où ces services ne sont pas rentables. L’Etat veille à ce que les prestations soient de qualité et partout disponibles à des prix raisonnables. C’est une condition importante de la qualité de vie élevée dans toute la Suisse et de la prospérité de notre économie. L’approvisionnement de base est principalement assuré par Swisscom, la Poste et les CFF. La Confédération assigne à ces entreprises des objectifs relatifs à l’offre de prestations. Elle leur accorde en même temps une grande liberté de gestion afin qu’elles puissent faire face à la concurrence.
La Poste, les CFF et Swisscom sont organisés en sociétés anonymes dont la Confédération doit détenir la majorité des actions (actuellement: Poste et CFF 100 %, Swisscom 51 %)…

La desserte de base est un ensemble des prestations de base auxquelles la population a droit… En Suisse, c'est à la Confédération de la garantir et de s'assurer que l'ensemble de la population soit desservi avec les prestations importantes. Font notamment partie de la desserte de base en Suisse, l'accès à l'eau potable, l'élimination des eaux usées, les transports publics, la radio et la télévision, l'électricité, les hôpitaux, l'école, la formation, la police, la téléphonie avec connexion internet à haut débit, les services de secours, les pompiers, les bibliothèques, le contrôle aérien, l'élimination des déchets, le réseau routier, les prestations postales, la promotion de la culture et du sport….

Ajoutons-encore que ce grand pays démocratique (oui, grand par sa démocratie !) a lors d’une votation repoussé par une marge majorité (71%) une proposition libérale qui aurait eu pour effet la suppression du service public de la radio….

Oh. Tiens, on va se barrer de l’Eurokom et demander à rejoindre la Confédération Helvétique…

« L’orgueil ancestral des cheminots, l’orgueil ancestral du respect de l’horaire, tellement puissant et ancré au début du XXème siècle que les villageois, dans les campagnes, réglaient leurs horloges sur le passage des trains, avait bel et bien disparu. La SNCF était une entreprise dont j’aurais assisté, de mon vivant, à la faillite et à la dégénérescence complète » (Michel Houellebecq, Sérotonine)

Comme l’illustrait Braudel, comme le montrent les racines historiques profondes de l’idéologie du service public à la française (positivisme, républicanisme, socialisme français, industrialisme des grands corps d’ingénieur), ce sont les services publics qui ont fait la République Française, qui ont fait nos champions industriels, qui ont permis le progrès et la prospérité tout en sauvegardant  l’égalité et la fraternité. Ce sont nos EPIC qui ont fait nos grands succès et qui, en même temps (pardon !) permettaient d’assurer la continuité (service assuré régulièrement), la mutabilité (l’adaptation à l’évolution des besoins collectifs), l'égalité (qui interdit la discrimination entre les usagers), la laïcité, la neutralité…

Et c’est tout cela que veut démanteler la secte libérale à la tête de l’Eurokom

C’est pourquoi il faut sortir de cet Eurokom là.



jeudi 17 janvier 2019

Raison de détester l’Eurokom -23 : La PAC démantelée, l’euthanasie des paysans


Europe et Eurokom : Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations de l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

« Il y a un peu plus de 60 000 éleveurs laitiers ; dans quinze ans, à mon avis, il en restera 20 000. Bref, ce qui se passe avec l’agriculture en France, c'est un énorme plan social, mais un plan social secret, invisible, où les gens disparaissent individuellement, dans leur coin, sans jamais donner matière à un sujet pour BFM. » Michel Houellebecq, Serotonine

Merci au monde paysan, de tous pays !

Se souvient-on de cette longue sortie de guerre, et de combien les Français ont eu faim, des tickets de pain, du café inabordable remplacée par la chicorée, les pommes des terres remplacées par les topinambours (sur lesquels les bobos ne s’extasiaient pas encore !), des ersatz très douteux. Et des tickets de rationnement dont les derniers n’ont disparu qu’en 1949 !

En 2015, la production agricole française s’élevait à 74,1 milliards d’euros, soit 18 % de la production globale des 27, selon une publication de l’Insee, du 5 juillet 2018, consacrée à la place de l’agriculture française en Europe. La France est au premier rang pour la production de céréales, de plantes fourragères, de vin, de pommes de terre, de bétail et de volailles. Rien que pour les céréales, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert aime à rappeler que, avec70 millions de tonnes produites par an, leurs exportations représentent deux Airbus par semaines !
Bravo et Merci les paysans français !

Et tant qu’à ne pas être chauvin, à tous les paysans de tous les pays. De 1900 à 1909, 27 millions d’êtres humains ont succombé aux famines. De 1920 à 1960, chaque décennie, c’étaient 15 millions de morts par famine. De 1950 à 1980, la population mondiale a doublé, passant de 2.5 à 5 milliards. Les malthusiens de l’époque s’affolaient : des centaines de millions d’être humain vont mourir de faim dans les années 70-80. La bataille menée pour nourrir la totalité de l’humanité a eu lieu, nous en sommes au dénouement (Paul Ehrlich, la bombe P, 1968) Dans quinze ans, les famines seront catastrophiques (Famine 1975, Paul Paddock).

C’est le contraire qui s’est produit et les famines, fléaux immémoriaux,  ont aujourd’hui quasiment disparu de la surface du globe, sauf perversité humaine (guerres). Merci aux paysans de tous pays !
Merci donc, mais qu’il a un goût amer et scandaleux ce merci. Chaque année maintenant, le chiffre reste stable : un agriculteur se suicide tous les deux jours ! Ce taux de mortalité par suicide des agriculteurs français est supérieur de 20% à celui de la population générale et de 30 % pour la seule catégorie des éleveurs de vaches laitières ! La cause est aussi bien connue : des revenus agricoles insuffisants pour vivre. Une enquête réalise dans l’Ouest en 2017 a montré que plus de 30 % des agriculteurs gagnent moins de 350 € par mois et que les deux tiers d’entre eux étaient en-dessous du seuil de pauvreté ! (L’enquête indiquais également que le plus grand nombre de suicides  a été observé pendant les mois où les prix du lait ont atteint leur record le plus bas, ce qui bien sûr n’a aucun lien avec la suppression des quotas laitiers, chers ultra-libéraux de Bruxelles !!!). Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), plus de la moitié des paysans français gagnent moins de 354 euros par mois. Ils n'étaient que 30 % dans ce cas-là en 2015 et 18 % en 2014. En 2016, les revenus ont diminué de 26% ! Conséquence de cette paupérisation rapide : les fermetures d'exploitations se multiplient : 1.281, (soit 3.5 exploitations par jours !) entre septembre 2016 et septembre 2017 ! Un chiffre en hausse de 6,7% par rapport aux douze mois précédents ! En 2017, 300 fermes de bovins ont fait faillite,  chiffre en très nette augmentation de 19% sur un an et 69% sur quatre ans. Au-delà des faillites, 70% des agriculteurs sont dans le rouge, selon la Coordination rurale. Ils travaillent énormément et ne peuvent pas se payer. Comment en est-on arrivé là ?

Vive la vieille PAC, qui fut un succès !

Prévue par le traité de Rome du 25 mars 1957 et entrée en vigueur le 30 juillet 1962, la politique agricole commune (PAC) est une des plus anciennes et jusqu'à peu la plus importante des politiques communes de l’UE (environ 35 % du budget européen). Ses grandes lignes ont été définies à la conférence de Stresa (du 3 au 12 juillet 1958) et elle a été mise en place en 1962. Ses objectifs étaient d’accroître la productivité de l’agriculture ; d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ; de stabiliser les marchés ; de garantir la sécurité des approvisionnements ; d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Depuis, s’y sont ajoutés les principes de respect de l’environnement et de développement rural. La section Garantie du Fonds européen d'orientation et de garantie agricole (FEOGA) finançait le soutien des marchés.

Lorsque la PAC fut lancée, la France, seule parmi les pays fondateurs,  arrivait juste à l’autosuffisance alimentaire. Cette vieille PAC avait une orientation résolument productiviste, car il fallait augmenter la production agricole, et protectionniste, car la construction d’une union douanière nécessitait une protection aux frontières. Il s'agissait alors de rendre la Communauté auto-suffisante, plus solidaire et de moderniser un secteur agricole encore très disparate selon les pays. Elle a été une incontestable réussite: modernisation de l'agriculture, développement de la production, immenses gains de productivité qui ont fait de l’Union le 2e exportateur mondial, autosuffisance et sécurité alimentaire garantie. Si l’évolution des techniques et la concentration des exploitations faisaient diminuer naturellement la population paysanne (qui pouvait alors contribuer à l’industrialisation), cela allait de pair avec l’augmentation du niveau de vie des paysans.   Les écueils rencontrés (crises liées à la surproduction de nombreux produits, aux variations de change des monnaies, à l'entrée de nouveaux membres) ont été surmontées par des adaptations intelligentes avec notamment en 1984 la résorption des excédents, avec la mise en place de quotas de production, notamment dans le domaine laitier, et une politique de réduction des prix de soutien.

On sait comment par une malédiction incompréhensible, l’Eurokom des fanatiques libéraux s’acharne à détruire les rares succès de la politique européenne. C’est exactement ce qui arriva avec la PAC !

La nouvelle PAC et le règne du marché.

La préférence communautaire permettait d’isoler l’agriculture européenne des variations des prix mondiaux en lui accordant des avantages en matière de prix par rapport aux produits importés et les agriculteurs bénéficiaient d’aides indirectes, les « prix garantis », qui leur assuraient un prix minimum pour leurs productions.

Cette disposition est actuellement en quasi désuétude et les réformes de 1992 et 1999 ont eu pour but de rapprocher l’agriculture européenne du marché (du dieu marché !) en baissant les prix garantis et en les remplaçant par des aides directes, disposition aggravée en 2003 ; désormais, les aides ne sont plus liées à la production. Les agriculteurs touchent un paiement unique par hectare, à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. La régulation du marché est abandonnée et les quotas sont progressivement supprimés (2015 pour le lait, 2017 pour le sucre).

Et il s’est produit ce qui était parfaitement prévisible. En ce qui concerne les quotas laitiers, la production  maintenant  libre, l'agriculture européenne affronte la concurrence sans filet de sécurité. Dans un premier temps, la production a augmenté… et les prix d'achat aux agriculteurs ont baissé - le prix payé est inférieur en 2016 et début 2017 au prix de production ! Selon des chiffres de l'Insee publiés en décembre 2016, le revenu moyen d'un chef d'exploitation agricole diminue de 26,1% en 2016 par rapport à 2015 !

Cette PAC est devenue complètement absurde, et la Cour Européenne des comptes vient d’y consacrer un rapport au vitriol, dénonçant un système inégalitaire selon lequel  les petits se paupérisent quand les plus gros s’enrichissent. La répartition est tellement injuste…qu’elle est secrète.  En avril 2009, on a pu connaître les montants reçus au titre du premier pilier pour tous les bénéficiaires de la PAC en France (le prince de Monaco figurait au premier rang…) ; alors un arrêt de la Cour de Justice de l'UE, consécutive à une démarche luxembourgeoise, a invalidé en 2010 la réglementation de l'Union sur la publication des informations relatives aux bénéficiaires de fonds européens agricoles. Beaucoup d’États membres (dont la France) ont alors retiré l'accès public aux informations nominatives !

Cette PAC est tellement juste et efficace qu'elle doit être secrète

Et surtout, l’effort global en faveur de l’agriculture, le montant global de la PAC diminue considérablement. La Commission européenne envisage une enveloppe de 265 milliards d’euros pour 2021-2027 soit une diminution  de 12% en euros constants. Les exploitants agricoles français vont perdre près de 5 milliards d’euros d’aides directes sur toute la période et les revenus des agriculteurs européens diminueront de 8 %, selon le cercle de réflexion Farm Europe. Toujours selon FARM Europe, la valeur des aides directes devrait baisser de 15 %, et elles seront, par ailleurs, plus compliquées à obtenir. Les paiements du premier pilier seront soumis à des exigences environnementales. Leur montant sera dégressif à partir de 60 000 euros et plafonné à 100 000 euros par exploitation.

Tiens, pour ajouter la connerie à la bêtise, nous apprenons début 2019 que Bruxelles a alloué à la France 700 millions d’euros pour le développement de projets ruraux, à dépenser entre 2014 et 2020. A un an de l’échéance, seulement 3% de l’enveloppe a été dépensé… (Europe1)

D’où une spirale infernale. La concurrence mondiale tire les prix vers le bas et les prix agricoles sont trop bas et parfois deviennent même inférieurs aux coûts de production ! Des mises aux normes incessantes viennent augmenter encore les coûts de production. Et parfois stupides : que nous coutera l’abandon unilatéral  du glyphosate, le plus efficace et le plus sûr pour la santé des herbicides ?

On veut une agriculture écologique et vertueuse, mais on ne fait rien pour se protéger des produits importés qui ne respectent aucune norme, et, au nom du libre échange, on « négocie » des traités comme le Ceta. La production agricole sera exposée à ce qui se fait de pire au Brésil ou au Canada, par exemple de la viande produite avec un cahier des charges largement différent du nôtre. Dans ces conditions, pourquoi lutter contre le glyphosate et le poulet aux hormones chez nous ? En France, on produit avec une meilleure qualité: il faut l'assumer, en être fiers, en revalorisant notre processus de production. Ce qui impliquerait en premier lieu de mettre des clauses dans les traités de libre-échange qui, sur le modèle de l'exception culturelle, instituerait une exception agricole.

Mais ça, ce n’est pas dans le logiciel de la Commission Européenne.

L’Agriculture, un marché pas comme les autres

Vivent les marchés, donc ; et pourtant, partout dans le monde, au nom de la sécurité alimentaire, au nom de la lutte millénaire contre les famines, au nom des traditions locales, partout l’agriculture est aidée : 190 euros par habitant en Europe, 389 aux USA, 434 au Japon, 228 au Canada, 629 en Suisse, 957 en Norvège.

L’Union Européenne, une fois de plus, l’idiote du libre-échange !

Michel Houellebeck, Serotonine « Mes interlocuteurs ne se battaient pas pour leurs intérêts, ni même pour les intérêts qu’ils étaient supposés défendre, ç’aurait été une erreur de le croire ; ils se battaient pour des idées ; pendant des années, j’avais été confronté à des gens qui étaient prêt à mourir pour la liberté du commerce »

Croit-on que le gigantisme, la productivité au détriment de toute considération des animaux,  les fermes de 1000 vaches et de 200.000 poules en cage soit la solution ? Ceci alors : En Allemagne, la faillite de la plus grande firme agricole relance le débat sur la régulation du foncier. Avec 46 000 ha répartis entre l’ex-RDA, la Lituanie et la Roumanie, KTG Agrar faisait figure de totem au phénomène de concentration foncière, ou « land grabbing », en Europe. Développée sur la base de la privatisation d’anciennes fermes d’Etat est-allemandes dans les années 1990, l’entreprise a connu une expansion rapide à partir de son entrée en bourse en 2007. Ses activités ne se limitaient pas à la production agricole et parmi les 96 filiales et autres entreprises associées du groupe KTG figuraient différents outils de transformation alimentaire et de production de biogaz. Le groupe avait même occupé le 3ème rang des producteurs d’énergie renouvelable en Allemagne. En difficulté, avec un endettement important, KTG Agrar avait réussi à conserver la confiance de ses créanciers grâce à des jeux d’écriture sur les prix d’achat et de vente entre ses différentes filiales. Le pot aux roses découvert, le fondateur fût poussé au départ en 2016 et le groupe déclaré insolvable…

Vous savez-quoi ? Une pénurie de nourriture conduirait notre société à se rappeler aussitôt de l'importance de nos agriculteurs…

Nous y allons tout droit. L’Eurokom aura réussi cela !

C’est pourquoi il faut en sortir !


Raison de détester l’Eurokom -22 : la mort industrielle à petit feu


Europe et Eurokom :Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

Pechiney, Legrand, Schneider :la Commission européenne est une tueuse en série de champions industriels.

En 1860, le chimiste Henry Merle décide de diversifier les activités de son entreprise et se lance dans l'aluminium, un métal qui coûte alors plus cher que l’or ! L'aluminium est alors un métal onéreux et peu utilisé. C’est la naissance de Pechiney, puis Pechiney Ugine Khulman, qui dominera massivement  le marché de l’aluminium en France pendant près d’u, siècle. Dans les années 70, le groupe souffre de la crise pétrolière et de la concurrence asiatique. La gauche arrivée au pouvoir en 1981 décide de sauver le groupe, le nationalise en 1982 et finance sa restructuration. Bonne pioche ! Sous la présidence de Jean Gandois, une stratégie expansionniste permet l’acquisition en 1988 du géant de l'emballage américain American National Can. L'entreprise double de taille. En 1994, un nouveau PDG, Jean-Pierre Rodier, décide de recentrer le group sur son cœur de métier et de le désendetter, en vue de le privatiser. Howmet, Carbone Lorraine et l'essentiel d'American National Can sont revendus, les coûts sont réduits, et l'entreprise est privatisée en 1995.

Ainsi brillamment relancé, Pechiney voit grand, un projet de fusion à trois avec ses concurrents canadien Alcan et suisse Algroup pour constituer un vaste ensemble international de 22 milliards de dollars présent dans notamment l'automobile, la construction, les conserves alimentaires, et les emballages. En 2000, ce projet est refusé par la Commission européenne pour risque d'abus de position dominante ! Conséquence : la situation se renverse, et ce champion européen que la Commission européenne avait assassiné dans son berceau, c’est Alcan qui le réalise en reprenant seul le suisse Algroup en 2001 et en réalisant 2003 une OPA hostile sur Pechiney. En situation financière fragile, Pechiney ne peut résister et se fait absorber pour 4 milliards d'euros. Bravo et Merci les ultra libéraux de la  Commission européenne !

Début 2001, les fabricants français de matériel électrique français Legrand et Schneider annoncent un projet de fusion, qui devait créer le numéro un mondial de l'appareillage électrique de basse tension et des automatismes industriels. La Commission de la Concurrence frappe encore, et Schneider, qui avait payé Legrand 5,4 milliards d'euros, se trouve contraint de le revendre  un an plus tard aux fonds Wendel et KKR pour seulement 3,6 milliards. Schneider se rebelle et, cas assez unique, porte plainte contre la Commission de Bruxelles et obtient en 2007 l’annulation (mais trop tard) du veto de la Commission par  la Cour européenne de justice, avec des indemnités qui ont fait l’objet de nombreux recours.

Et c’est en ce moment en traine de se reproduire. Après le démantèlement scandaleux d’Alstom sous chantage du gouvernement américain, qui s’empare ainsi via General Electric d’actifs stratégiques français, en particulier pour le nucléaire) (finalisé sous les auspices du génial Macron malgré l’opposition véhémente du ministre de l’économie Montebourg), restait la possibilité d’une alliance Alstom Siemens pour créer un champion européen du ferroviaire capable de rivaliser avec la puissance montant très rapidement, le chinois capable de rivaliser avec le géant chinois CRR. Au moment où j’écris, la Commission a fait savoir que « le sentiment général était très négatif » compte-tenu d’une atteinte possible à la concurrence dans les trains à grande vitesse. Siemens et Alstom sont pressés de céder des activités, ce qui dénaturerait en profondeur le projet industriel… et risque même de ne pas suffire. Bref, c’est mal parti.

La Commission européenne est une tueuse en série de champions industriels, au berceau qui plus est. Et lorsqu’elle agit ainsi, ce ne sont pas seulement les champions industriels qui trinquent, mais tout un tissu, et des milliers de sous traitants.

L’idéologie ultra libérale de la Commission est anti-industrielle

Il est significatif que le Traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne (TFUE) ne fasse apparaître qu'au titre XVII la mention de l'Industrie, laquelle fait l'objet d'un unique article qui rappelle, au demeurant, avec force que toute action pour l'industrie ne saurait porter atteinte à la concurrence. A contrario, les règles de concurrence font l'objet de pas moins de 9 articles de ce même traité qui ont donné lieu à de multiples décisions de la Commission et de la Cour de Justice !

La mise en œuvre du « tout concurrence » et le règne des marchés ont des conséquences calamiteuses sur notre industrie dont la part dans le P.I.B est passée en une quinzaine d'années de 20 % à 12 %, , détruisant des pans entiers de notre industrie et des centaines de milliers d'emplois. Des fleurons de notre industrie ont ainsi disparu, Péchiney, Alcatel, Alstom, sans mentionner les sous-traitants.

Nous étions il y a 25 ans leader mondiaux des télécoms. Je rappelle qu’Alcatel détenait 13,5 % du marché mondial. Aujourd’hui, Alcatel a disparu et nous n’avons plus d’industrie de télécoms. Nos opérateurs de télécoms ont également reculé et se sont affaiblis par rapport à leurs concurrents.

Et les conséquences de cette politique folle de la concurrence se dont sentir. En France, le poids en valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans le PIB était de 17,6 % en 1990, de 14,1 % en 2000, de 10,9 % en 2008 et de 10,2 % en 2016. Cela se traduit également par une diminution de l’emploi salarié, qui représente aujourd’hui 2,8 millions de personnes. Parallèlement, il faut bien avoir à l’esprit que les industries assurent l’essentiel des dépenses de R&D en France. Or, lorsque le poids des industries diminue, le poids de votre recherche et développement diminue ; et c’est ce qui se passe depuis une vingtaine d’années et qui explique en partie notre décrochage.

A chaque fois qu’une entreprise passe sous pavillon étranger, elle disparaît. Lorsqu’une entreprise en rachète une autre, elle achète avant tout des parts de marché, voire des brevets. La marque de l’ancienne entreprise disparaît bien souvent. Dans le cas d’Alstom, l’américain General Electric a immédiatement fait disparaître la marque. De la même façon, Pechiney a totalement disparu à la suite de son absorption par le canadien Alcan. Il ne faut pas oublier aussi que derrière une entreprise, il y a tout un circuit de sous-traitance. Un groupe français a ses habitudes de sous-traitance sur le marché français et aussi à l’étranger ; mais lorsqu’une entreprise étrangère prend le contrôle, elle ne change pas ses propres habitudes et n’intègre pas le circuit de sous-traitance français de l’entreprise rachetée, au détriment du tissu industriel. Cela produit une perte de substance pour le patrimoine industriel national

 Ce désastre industriel, dû en grande partie au dogmatisme de la politique économique de l'Union européenne et à la démission des Gouvernements, est d'autant plus inadmissible que nombre d'Etats de la planète ont des politiques industrielles protectrices de leurs marchés et de leurs entreprises, et conduisent pour certains, de surcroît, des politiques industrielles très offensives.

Nous ne vivons pas dans le monde de bisounours de la concurrence libre et parfaite

Il n’y a que la secte libérale au pouvoir à Bruxelles pour le croire ! Le Canada exige, par exemple, d'une entreprise étrangère soumissionnaire à un marché public, de se présenter obligatoirement avec une entreprise canadienne ce qui n'est pas le cas en Europe : où est la réciprocité ?
La Chine fait de même et gère l'ensemble de son économie avec un contrôle fort de l'Etat, veillant à ce que ses entreprises ne soient pas contrôlées par des étrangers, et ce, en tous domaines (voir plus loin pour ce que l’on a appelé le colbertisme systématique chinois) !

Quant aux Etats-Unis, ils se sont dotés des mêmes règles que le Canada et la Chine mais leur politique industrielle, sous couvert de bons sentiments puritains - lutte contre la corruption - , agit de manière extraterritoriale, en violation flagrante des règles du droit international public, pour déstabiliser les entreprises étrangères ou même prendre leur contrôle. Ce sont, en une dizaine d'années, quelque 20 milliards de dollars d'amendes infligées aux entreprises françaises et européennes qui sont tombés de la sorte dans les poches du Trésor américain !

Nous sommes en guerre. Pas tellement, comme le pointe l’expert Jean-Michel Quatrepoint,  auteur de Alstom, scandale d’État (Fayard, septembre 2015) contre la Chine, (avec qui les règles sont connues, à nous de ne pas être naïfs), mais bel et bien contre les USA. «  La réforme fiscale voulue par Donald Trump devrait permettre de rapatrier aux USA près de 2000 milliards de dollars de profits réalisés à l’étranger, qui seront donc disponibles pour investir. Parallèlement, l’extraterritorialité du droit américain est une arme permettant à Washington de poursuivre des entreprises non américaines à l’étranger et ainsi affaiblir ou écarter la concurrence – certaines entreprises françaises telles qu’Alstom, Total ou Technip en ont fait les frais… La réforme fiscale de Donald Trump est une machine de guerre économique redoutable, fort habile, que les Européens ont découvert trop tardivement. C’était pourtant dans le programme du parti républicain depuis de nombreuses années. Si l’on ajoute à cela l’extraterritorialité du droit américain et tout ce qui concerne les normes, cela traduit bien une réalité : nous sommes en guerre économique. Trop longtemps, les Français n’ont pas voulu le croire. 

Dans le cas de l’extraterritorialité du droit américain, si l’Europe n’a rien à redire à cela, c’est parce que les Européens, et en particulier les Allemands, ont accepté de facto depuis des décennies la tutelle américaine. Or, ces dernières années, ils réalisent que ce n’est pas si bénéfique que cela. Les Allemands s’étaient imaginé qu’ils allaient prendre le marché automobile américain, mais l’affaire Volkswagen leur a montré qu’il n’en était pas question. Les Allemands découvrent maintenant que les Américains sont des concurrents. Mais ont-ils pour autant compris que cela impliquait de se doter dans les secteurs stratégiques d’entreprises indépendantes avec la volonté de faire une Europe indépendante ? Je n’en suis pas convaincu. » (cf https://www.areion24.news/2018/09/11/la-souverainete-industrielle-de-la-france-est-elle-en-danger/)

Un colbertisme européen est-il possible ? ben oui, c’est ce que fait la Chine !  
      
Réhabiliter la politique industrielle, qui a été l'un des moteurs majeurs de la reconstruction de la France, n'est guère aisé. Cela exige de briser certains dogmes, tels le « tout concurrence » dont le fameux concept du « level playing field » prôné par Bruxelles, qui aboutit à condamner toute intervention de l'Etat pour laisser une liberté totale aux forces du marché. Paradoxalement, pour un ex-champion national d’un pays européen, il est beaucoup plus facile de fusionner avec une entreprise extra-européenne qu’avec une autre entreprise européenne. Et c’est ainsi que nos bijoux industriels, nos emplois industriels, notre indépendance disparaissent.

Extrait de l’excellent émission de France culture : Entendez-vous l’eco et du non moins excellent Elie Cohen, dialoguant avec François d’Aubert. A la question un colbertisme européen est-il aujourd’hui possible, et devant un François d’Aubert dubitatif Elie Cohen s’enflamme :

« Progressivement, les avantages qui avaient été acquis dans le domaine du nucléaire, du spatial, de l’aéronautique,  du ferroviaire, de la grande vitesse des télécom, ont été perdus.

Il a manqué un Google, un Microsoft européen. Est-ce que c’était faisable ? La réponse, c’est oui, il suffit de regarder la Chine. Regardez comment la Chine a dupliqué sur son sol le modèle des GAFA, en étant parti après. Ils ont créé leur Google national, leur Apple national, leur Amazon national en se protégeant et en ayant une stratégie de développement par leurs moyens propres… Dans le colbertisme, il y a avait la dimension défensive (le protectionnisme), mais aussi la dimension offensive. 

C’était se protéger pour construire sur le territoire national la base industrielle… Deng Hsiao Ping  avait été qualifié par la presse américaine de Chinese Colbert. Il y a vraiment un colbertisme à la chinoise. La stratégie chinoise, c’est la copie conforme du colbertisme à la française, c’est-à-dire comment jouer de la commande publique, de la norme, du protectionnisme offensif, du transfert de technologie, d’un grand plan d’équipement national pour pouvoir rattraper puis dépasser ceux qu’on a d’abord imité. C’est un vrai plaisir de voir à quel point ils sont inscrits dans les pas de Colbert. »

Ben oui, c’est ce que fait la Chine. Et c’est ce que ne fait pas l’Europe. C’est pourquoi il faut sortir de cette Eurokom là !



mercredi 9 janvier 2019

Raisons de détester l’Eurokom-21 : pas de défense européenne !


Dans un de mes précédents blogs, je m’enflammais sur les propos de Macron à Epinal sur « l’Europe qui nous a donné la Paix ». Face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

La farce malheureuse de l’armée européenne !

Macron à deux jours de la commémoration du 11 novembre 1918 « On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne […] Il faut nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis. »
Il y a déjà une certaine dose d’irresponsabilité à parler ainsi à la veille d’une prestigieuse et émouvante réunion internationale dans laquelle on aurait aimé entendre des paroles de paix plutôt que la mise en cause peu actuelle de pays qui ne nous menacent pas militairement. Nous n’avons jamais été en guerre avec les Etats-Unis et ceux-ci ont été des alliés précieux durant les deux guerres monstrueuses de ce demi-siècle de fer qui relie 1914 à 1945. S’ils font peser sur nous un impérialisme certain, celui-ci est de nature économique et politique, pas guerrier, et ce n’est pas avec des canons et des avions que nous pouvons y répondre…et d’ailleurs, nous n’y répondons pas. La Russie ne nous menace pas militairement, et elle aussi a payé un prix horrible, à nos côtés ; et la menace militaire russe ne sert guère plus qu’à justifier la sujétion à l’Otan.  La Chine ? Il ne faut pas avoir peur du ridicule pour ressusciter le péril chinois, militaire s’entend… car sur le plan économique, l’Europe a déjà capitulé, renonçant à bâtir des  champions européens au nom de sa doctrine de la libre concurrence absolue et renonçant à toute protection contre une concurrence déloyale au nom de sa religion de la concurrence libre et non faussée…en Europe

Mais bon, il fallait bien, en vue de prochaines élections européennes, essayer de rallumer le feu européen des Français par n’importe quel moyen !

N’importe quoi, en effet, comme on eut en juger par les réactions très prévisibles des autres pays européens !

Allemagne : « La création d’une armée européenne commune, idée prônée par Emmanuel Macron, peut permettre à l’UE de réagir plus rapidement en cas de crise, a indiqué la ministre allemande de la Défense interrogée par un média national. Néanmoins, l’Otan reste pour l’Europe la première instance en matière de défense». La chancelière allemande a soutenu l’initiative du Président Français  e »n faisant remarquer que cette armée complètera de façon très utile l'Otan ». Verstanden, coco ? L’armée indépendante qui nous protègera même des USA, c’est l’OTAN,

Espagne : La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles estime que l'idée de créer «une vraie armée européenne» récemment avancée par Emmanuel Macron répond aux besoins des pays de l'UE.
 «C'est une bonne nouvelle et très positive, la création d'une armée européenne, mais il doit s'agir d'un espace de collaboration, d'intégration et de coopération maximale entre l'UE et l'Otan». Entendido !

Suède : Tiens un ton vraiment différent : « Stockholm ne soutient pas les projets d’Emmanuel Macron de créer une armée européenne, a fait savoir le ministre suédois de la Défense Peter Hultqvist Pour nous, ce n’est pas d’actualité, nous ne pouvons pas le soutenir. Et d’ajouter qu’en Suède on percevait la question de la défense et de la composition des forces armées comme nationale. «Nous ne considérons pas que cela doit faire partie des tâches de l’UE». Le ministre a en outre rejeté la proposition de Merkel d’augmenter la flexibilité de l’UE par le biais de l’adoption de décisions dans le domaine de la défense votées à la majorité et non à l’unanimité. «La raison en est que ce n’est pas une fédération, mais une coopération entre pays. Tant que tel est le cas, il est nécessaire de coopérer sur la base du consensus », estime le ministre.
Pourquoi ? Ben c’est que contrairement aux autres pays, neutralité traditionnelle oblige, la Suède ne fait pas partie de l’Otan, n’entend absolument pas en faire partie et ne veut  pas que son armée puisse se trouver mobilisée au service de l’Otan via la communauté Européenne !

Danemark : là aussi, assez simple. Lors de son adhésion à la Communauté Européenne, le Danemark a obtenu un traitement spécial d’opt out concernant toute politique de sécurité et de défense commune. Punkt !

Alors, entre ceux qui n’imaginent une défense européenne que dans le cadre de l’Otan, et qui ne veulent que le matériel et l’engagement  américain ( pourtant assez peu sûr…), et ceux qui veulent une défense européenne indépendante (qui, à part la France ?), avec l’Angleterre, seul autre pays européen avec la France qui ait fait l’effort d’entretenir une puissance militaire et qui a fait le choix de quitter l’Europe institutionnelle, avec une brigade franco-allemande qui n’a jamais fonctionné, avec ceux qui refusent de payer l’impôt du sang, ou tout simplement tout impôt que ce soit pour une armée et pas même pour une défense européenne… les déclarations de Macron sur l’armée européenne ne sont que ce qu’elle sont, de mirifiques coups de com électoraux.
Au surplus, Macron n’a pas eu le courage de mentionner ce qui constitue pour l’instant le seul danger militaire, qui jour après jour provoque la mort de Français dans un vrai conflit militaire, l’intégrisme islamique et la déstabilisation des pays du sud, avec toutes ses conséquences.
Alors on a bien compris que si la nécessité d’empêcher la chute d’un pays comme le Mali et l’établissement d’un nouvel Etat islamique, eh bien la France, avec ses impôts et ses soldats, sera encore seule en ligne.

L’Otan, l’Otan, l’Otan !

« La France  se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ». De Gaulle.
Après l’effondrement du bloc communiste, on aurait pu se dire que l’Otan, ayant accompli son œuvre, allait disparaitre. C’est le contraire qui se produisit, et l’Otan connut une extension considérable, incorporant la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie l'Albanie,  la Croatie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque (Groupes de Visegrad et de Vilnius), au mépris des engagements des USA de Reagan envers Michael Gorbachev. Et c’est aujourd’hui l’Ukraine et la Georgie qui ont plus ou moins, selon les gouvernements, demandé leur intégration.

Mais où va l’Otan et pourquoi faire ?

L’OTAN a lancé en novembre 2018 en Norvège ses plus grandes manœuvres militaires depuis la Guerre froide. L’exercice Trident Juncture 18 rassemble des troupes des 29 pays membres, rejointes par celles de la Suède et de la Finlande soit 50.000 militaires, parmi lesquels 13.000 représentaient les pays d'Europe du Nord, dont la Finlande. Ces exercices ont également vu se déployer 250 aéronefs et 65 navires. Indépendamment de Trident Juncture 18, les États-Unis et la Grande-Bretagne intensifient les déploiements dans le pays scandinave pour acclimater leurs troupes au grand froid. À terme, 700 US Marines devraient se succéder par rotation sur le sol norvégien…

La menace vient du froid ? Des inuits ? Mais où va l’Otan et pour quoi faire ? Pendant ce temps, l’Otan a toujours en son sein la Turquie de M. Erdogan qui joue un jeu extrêmement suspect avec les mouvements islamistes terroristes.

Pas d’armée européenne, et même pas de défense européenne !

On a bien compris que l’armée européenne n’est qu’un gadget macronien fantaisiste et d’ailleurs assez dangereux. Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS démine ainsi les propos jupitèriens nacroniens :  Si Emmanuel Macron parle d’armée européenne, c’est qu’il n’y a pas de terme explicite et approprié  compréhensible par l’opinion publique pour mentionner la construction européenne en matière de défense. Il est évident que, pour le grand public, le terme d’armée européenne signifie quelque chose alors que ce ne peut être le cas pour « la coopération structurée permanente » ou « l’initiative européenne d’intervention ». Il faut un langage simple et compréhensible : l’Europe veut assurer sa défense elle-même.
Naturellement, nous n’allons pas créer une armée européenne avec des contingents intégrés. Toutes les armées des pays membres de l’Union européenne (UE) ne parlent pas la même langue d’une part, et ne fonctionnent pas de la même manière d’autre part. Ce n’est donc pas une armée européenne au sens technique du terme dont il est question ici. En revanche, ce que la France et la plupart des pays européens veulent développer c’est une plus grande autonomie de l’UE en matière de défense, afin que celle-ci puisse déjà assurer les missions inhérentes à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC).
Et Macron, dans un entretien à CNN, revenait à une conception plus réaliste : « Je ne veux pas voir les pays européens augmenter le budget de la défense pour acheter des armes américaines ou autres, ou des matériels issus de votre industrie », affirme en anglais le président français dans un extrait de cet entretien enregistré samedi : « Si nous augmentons notre budget, c'est pour bâtir notre autonomie. »

Eh bien, même cela, il ne l’obtiendra pas !

Pologne, mars 2018 : Après les missiles antimissiles Patriot (10,5 milliards de dollars), la Pologne pourrait poursuivre ses emplettes d'armements auprès des Etats-Unis. Varsovie a demandé à Washington de lui vendre des services de soutien et de maintien pour sa flotte de F-16, dont les moteurs, pour un montant évalué à 200 millions de dollars. La Pologne souhaite à nouveau acheter des missiles air-air Advanced Medium Range Air-to-Air Missiles (AMRAAM) fabriqué par Raytheon. Varsovie pourraient acheter jusqu'à 150 missiles AIM-120C-7 AMRAAM pour un coût estimé à 250 millions de dollars… Lors d’un déplacement à Washington, le 18 septembre 2018, le président polonais, Andrzej Duda, a dit son souhait de voir les États-Unis implanter une base militaire permanente en Pologne, en plus de la présence d’un bataillon multinational sous commandement américain, déployé dans le cadre de l’Otan. Pour cela, Varsovie propose 2 milliards de dollars pour financer les coûts d’une telle installation.
Et le président de la Pologne de préciser : «  L’OTAN est indéniablement perçue comme la seule garantie véritable de notre sécurité militaire ».

Belgique, novembre 2018 : La décision du gouvernement belge d'acquérir le F-35 pour remplacer le F-16 vieillissant a suscité pas mal de vagues tant en Belgique qu'à l'étranger. Rarement un marché de l'armement aura provoqué une telle polémique. Ce gouvernement a lancé en mars 2017 une procédure par appel d'offres public adressée à cinq agences étatiques afin d'objectiver le choix d'un nouveau chasseur-bombardier permettant de classer les candidats selon des critères les plus transparents possibles. Seuls deux soumissionnaires ont finalement répondu intégralement aux 164 questions - publiques - du Request for Governmental Proposal (RfGP) : le Royaume-Uni (pour l'Eurofighter-Typhoon) et les États-Unis (pour le F-35). Après les retraits de Boeing et de Saab, la France décide de son côté de ne pas répondre au RfGP mais propose, en échange du Rafale, un "partenariat stratégique" dépassant largement le cadre du marché… la Belgique a décidé de ne pas prendre en compte l'offre française !
Et le gouvernement belge d’afficher fièrement « Un contrat du siècle transparent », et de préciser cruellement : « Pour couronner le tout, le F-35 affiche le prix le plus bas. Les retours sociétal et industriel vont pouvoir être maintenant négociés très concrètement entre l'avionneur et les acteurs institutionnels et industriels belges. Ils s'annoncent d'ores et déjà prometteurs ».

Alors question ? Dans le projet de budget communautaire 2021-2027, le Fonds européen de défense atteindra sa vitesse de croisière avec 13 milliards d’euros consacrés à la défense sur 7 ans.

Pour faire quoi ?

Il faut sortir de cet Eurokom-là.