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dimanche 20 octobre 2019

No Fake Science : Théologie naturelle et Sélection Naturelle, ou pourquoi il faut enseigner le Dessein Intelligent.


J’ai dit à quel point l’initiative No Fake Science me paraissait la plus intelligente, la plus utile, la plus indispensable, la plus juste, la plus courageuse des initiatives intellectuelles et médiatiques depuis longtemps et déjà publié quelques réflexions à ce sujet sur ce blog (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/search?q=No+Fake+Science)*

Bon un peu de promo  personnelle sur ce blog. J’ai apporté ma contribution à la cause, contribution certainement intello il est vrai (mais la science et la technique elles aussi réfléchissent) sous la forme d’un article intitulé Théologie naturelle et Sélection Naturelle ; les traités Bridgewater ou pourquoi il faut enseigner le Dessein Intelligent paru dans l’excellente revue Alliage (n°80, été 2019), une des rares revues où scientifiques, écrivains, artistes, philosophes peuvent s’exprimer côte à côte et dialoguer.

Si vous voulez savoir qui était le Comte de Bridgewater, l’histoire de son legs et ce que sont les traités Bridgewater, reportez-vous à Alliage (n°80, été 2019).

Je vais juste ici m’expliquer sur le titre, afin qu’il ne prête pas à confusion : il ne s’agit évidemment pas d’enseigner le Dessein Intelligent (Intelligent Design), doctrine créationniste, en parallèle à la théorie de l’évolution, mais dans une perspective d’histoire et de philosophie des sciences, comme une étude de cas particulièrement révélatrice, pour que les élèves apprennent  à distinguer ce qui est de la science de ce qui n’en n’est pas encore, n’en n’est plus ou n’en n’a jamais été ; et qu’ils sachent que cette distinction, à un instant donné, n’est pas toujours aisée, en particulier pour une science émergente,  mais qu’il existe cependant des critères que l‘histoire des sciences et qu’une culture minimale permettent de mettre en évidence.

« Que nous apprend l’histoire de la théologie naturelle et des traités Bridgewater , parus entre 1833 « et 1840? Les arguments des partisans du Dessein Intelligent ont été exprimés dès cette époque dans leur plus haute perfection et n’ont pas depuis varié d’une virgule. Au contraire, la théorie de l’évolution a pris en compte les objections qu’on lui a faites et a elle-même…évolué. Ainsi, la théorie synthétique de l’évolution a intégré les apports de la génétique et expliqué, notamment grâce à la découverte des gènes homéotiques, pourquoi, contrairement à ce que pensait Darwin, la nature fait des sauts évolutifs – tous les chainons manquants n’existent pas […]. C’est une première différence entre un dogme théologique, immuable sauf intervention divine, et une théorie scientifique.

 La théorie de l’évolution prédit correctement le résultat d’expériences de génétique, on attend toujours des expériences à l’appui du Dessein Intelligent.

L’admiration d’une prétendue perfection de la nature est un présupposé qui repose souvent sur une ignorance réelle ou volontaire ; si elle constitue un sentiment esthétique parfaitement admissible (et sans lequel peut-être aucun naturaliste, Darwin le premier, n’exercerait son métier !), elle n’est pas une démarche scientifique acceptable. Comte appelait ainsi à la méfiance envers « l‘admiration aveugle et illimitée qu’inspire l’ordre général de la nature » et notait ironiquement : « Lorsque des astronomes se livrent aujourd’hui à un tel genre d’admiration, il porte sur l’organisation des animaux, qui leur est essentiellement étrangère, tandis que les anatomistes, au contraire, qui en connaissent toute l’imperfection, se rejettent sur l’arrangement des astres dont ils n’ont aucune idée approfondie »[1].

Lorsqu’un savant indique que, dans son domaine, il est plus pertinent de considérer les moyens et les fins que les causes et les effets, c’est là encore le signe d’une dérive théologique. L’échelle encyclopédique des sciences de Comte et la dépendance, mais aussi la différence irréductible, de ses barreaux successifs (mathématique, physique, chimie, biologie, sociologie) mérite d’être prise au sérieux. Un biologiste qui affirme que les phénomènes biologiques échappent aux lois chimiques, ou un chimiste, que les phénomènes chimiques ne sont pas soumis aux lois physiques etc. s’apprêtent à sortir de la science. De même pour les doctrines finalistes : un physicien qui affirme que les lois de la physique sont faites pour que les atomes puissent s’organiser en molécules complexes ou un chimiste qui affirme que les lois de la chimie sont faites pour favoriser la vie, dérivent vers la théologie. A l’inverse, les réductionnistes qui affirment que la biologie peut se réduire à la chimie, ou la chimie à la physique, quittent également le domaine scientifique, cette fois en direction des idéologies matérialistes.

Enfin, lorsque l’intelligence des savants est au moins autant employée à développer des arguments selon lesquels leurs découvertes sont conformes à certains dogmes qu’à l’observation et à l’expérimentation, c’est encore là une marque assez sûre d’une dérive théologique. »
Deux derniers mots

1) J’ai parlé d’histoire des sciences, de philosophie ; n’ayez pas peur ! J‘aurais dû dire qu’il s’agit de proposer aux futurs scientifiques une réflexion minimale nécessaire sur leur activité, et, à tous les futurs citoyens, certains  moyens de distinguer la vraie science de la fausse science.

2) Attention professeurs :  lorsque la théorie de l’Evolution, comme pour beaucoup, au moins de ma génération, m’a été présentée pour la première fois, on m’a invité à m’extasier sur l’extraordinaire beauté et diversité des ailes de papillon, les couleurs des fleurs, les prouesses des caméléons etc ; extraordinaires adaptations qui ne pouvaient résulter que de la sélection naturelle. L’émerveillement n’est pas interdit, sans lui aucune activité intellectuelle ne serait sans doute possible. Sauf que c’est exactement le type d’argument qui fait la force et la séduction des théologiens rétrogrades et des créationnistes ; comme l’expliquait Gould, la sélection naturelle est mise en évidence au contraire, lorsqu’elle bricole de manière assez approximative un pouce opposable du Panda à partir d’excroissances osseuses nullement designées pour cela.

Et beaucoup d’autres articles intéressants dans Alliage (n°80, été 2019), notamment sur Renan la science et le peuple ; s’approprier la science, sur l’art mathématique de Paladino, etc. Merci à Jean-Marc Lévy-Leblond de faire vivre cette délicieuse aventure intellectuelle.

Et No Fake Science !



[1] Cours de Philosophe Positive, 19ème leçon

mercredi 16 octobre 2019

PPE et nucléaire : la grande absurdité


Convention Citoyenne climat : le « fâcheux » précédent du grand débat sur la PPE

A l’heure où débute la consultation citoyenne sur la fiscalité énergétique, il n’est pas inutile de rappeler ce qu’avait donné le grand débat sur la PPE (la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie) ; un grand débat de qualité finalement, avec multiples échanges entre experts, citoyens souhaitant s’informer et partie prenantes ;  la plupart des échanges très riches peuvent encore être vus sur le site.

Sauf que le résultat avait été assez rude pour le gouvernement, avec des remarques fortes sur l’incohérence des deux objectifs de décarbonation et de modification du mix (notamment la baisse du nucléaire), une contestation assez généralisée, et une  conclusion logique de tout cela : une offensive forte pour remettre en cause la loi elle-même ainsi que ceux qui l’incarnent ou la pilotent.
Bref une mise en cause directe de la démagogie sans borne de Ségolène Royal et de l’idéologie rétrograde des Verts (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2018/09/le-debat-public-sur-la-transition.html)

Compte-tenu de ce précédent, il est probable que les participants à la  convention citoyenne seront sérieusement cadrés et chambrés. A eux de ne pas se laisser manipuler dans une opération de justification d’une politique décidée d’avance.
Ils pourront par exemple lire utilement une tribune récente de Michel Negynas sur Contrepoint très éclairante sur les absurdités de la PPE.

Michel Negynas : Énergie : pourquoi arrêter 14 réacteurs nucléaire  d’ici 2035 ?


Extraits : « En écrivant mon dernier billet sur cette folie du programme énergétique français, en particulier le volet électrique, une question toute bête m’est venue à l’esprit : comment diantre a-t-on déterminé le chiffre de 14 réacteurs à arrêter d’ici 2035 ? Alors j’ai cherché, dans les documents publiés tous azimuts par le gouvernement et ses agences, où il pouvait y avoir une justification du calcul. Eh bien il semble qu’il n’y en ait pas. »

« Alors, j’ai essayé de me mettre dans la tête d’un homme ou d’une femme politique qui a une formation standard : juriste ou licence d’histoire, sciences po, puis ENA ou Normale sup lettre. Il ou elle n’a pas le temps de lire des documents techniques, et de toute façon il ou elle a oublié même la physique élémentaire enseignée avant le baccalauréat. Le seul outil scientifique à sa disposition est la règle de trois, et encore il ou elle ne l’applique pas assez. Par ailleurs, à propos de l’électricité, un classique indémodable dans les media et chez la plupart des politiques, est de confondre ou de mélanger des KW, unité de puissance, et des KWh, unité d’énergie. »

« Première méthode : Quelles sont les données de base ? Nous allons augmenter la puissance installée des énergies renouvelables de 30 GW pour l’éolien, soit une équivalence de 7 GW compte tenu du taux de capacité de l’éolien de 25 % car le vent ne souffle pas toujours. Pour le solaire, c’est environ 30 GW également, soit 3 GW en équivalence avec un taux de capacité de 11 %, car le soleil se cache parfois. Cela fait environ 10 GW.On va baisser le nucléaire d’un équivalent de 12 réacteurs après démarrage de l’EPR et fermeture de Fessenheim, soit environ 10 GW. » Génial, ça colle parfaitement ! »

 

« Deuxième méthode : On veut faire passer la part du nucléaire de 75 % à 50 % du mix. Supposons qu’on soit à consommation constante. On baisse de 25 %.

Nous avons 58 réacteurs en service,  nous allons arrêter en arrêter 14. Il en restera 75 % du chiffre initial : moins 25 %. Bon sang ! Cela colle encore parfaitement ! »

« Finalement, je pencherais plutôt pour la première méthode. En effet, on trouve partout, dans les textes, qu’on « arrêtera du nucléaire en fonction de la montée en puissance des ENR… » Lorsqu’on lit les études sur la sécurité d’approvisionnement de RTE, seules études «officielles », on n’est pas vraiment rassurés.
Et la dernière partie de la phrase confirmerait mes craintes : l’arrêt du nucléaire serait juste un problème d’ignorance totale du sujet par les décideurs, considérant qu’un KW délivré de façon aléatoire et intermittente est équivalent à un KW pilotable à la demande. Ou qu’ils confondent KW et KWh.

Un doute m’assaille : dirigerait-on la France vers une catastrophe, juste parce que nos décideurs sont des littéraires post-modernes, considérant dépassé de tenir compte des contingences techniques ? Nous sommes effectivement dans le monde des « éléments de langage » et des « narratifs ». Le narratif : « on arrête le nucléaire au fur et à mesure de l’augmentation des ENR » est simple, compréhensible par tous, donc satisfaisant pour l’esprit. Peu importe qu’il soit une fable.
Réveillez-moi de ce cauchemar. »

Commentaire : rien à ajouter , vraiment rien. Parfaitement expliqué et tout à fait vraisemblable ; et vraiment, de quoi cauchemarder !

Et pour cauchemarder un peu plus, et se rendre encore davantage compte de l’absurdité de la PPE actuelle, on peut se ramener à une tribune précédente du même Michel Negynas, également sur contrepoint :

Michel Negynas : « L’arithmétique est sans pitié pour le programme énergétique français

Extraits ( pour l’article entier, se reporter ci-dessus) :

« Il est programmé de multiplier par trois l’éolien et par cinq le photovoltaïque, soit de passer à environ 90 GW d’énergie intermittente et aléatoire. La loi sur l’énergie et le climat prévoit :
1) la fermeture des centrales au charbon en 2022 ; 2) l’arrêt de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035… »
« Par ailleurs, il est programmé de multiplier par trois l’éolien et par cinq le photovoltaïque, soit de passer à environ 90 GW d’énergie intermittente et aléatoire…

Qu’en est-il à la pointe de consommation, en hiver, avec le programme qui vient d’être voté ?

La situation actuelle de la production française, dont pilotable, est la suivante : nucléaire : 63 GW ;           charbon : 3 GW ; fioul : 3 GW (pour mémoire, plus rien n’est vraiment opérationnel ; gaz : 12 GW ; hydraulique : 25 GW, (mais 15 GW vraiment mobilisables en même temps) ; éolien : 16 GW ; solaire : 9 GW ; bio énergie : 2 GW (bois et méthanisation)
La consommation à la pointe a atteint un record en 2012 à 102 GW. En 2018 elle a été de 96 GW.
Or, il y a des jours sans vent en hiver, et même très souvent. On peut parfaitement le constater sur le site eCO2mix de RTE. Par exemple :
le 11 décembre 2018 : l’éolien était à 486 MW pour 15 000 MW installés
le 27 décembre 2018 : 209 MW
le 20/01 2019 : 693 MW
le 21/02 2019 :  269 MW (cette situation a duré deux jours complets).

Quelle sera la situation en 2022 : la pointe ne changera guère en si peu de temps, prenons la à 95 GW ; la capacité disponible à la pointe sera, en tenant compte de la disponibilité des installations (95 % de taux de marche pour les centrales classiques) de 88 GW.


Donc dès 2022 on ne passe pas les soirs sans vent. C’est d’ailleurs ce qu’a plus ou moins laissé entendre RTE, le Réseau de Transport de l’Électricité, filiale d’EDF. Mais sans trop le dire.
Comment l’État peut-il être aussi irresponsable ? Il semble qu’une des raisons est que la loi oblige RTE dans ses calculs à prendre non pas une sécurité absolue pour l’approvisionnement (c’est-à-dire avoir une capacité mobilisable bêtement égale à une prévision de consommation) mais une approche probabiliste ; pour simplifier, n’être en rupture que dans 10 % des cas… »

Et en 2035 ?

« Comment va-t-on passer a priori l’arrêt de 12 réacteurs supplémentaires après Fessenheim, soit 10 GW ?
Dans 15 ans, on n’aura pas d’EPR supplémentaires, car aucun n’est décidé actuellement, et même si une décision est prise dans quelques années, les délais d’autorisation vont traîner en longueur.
Il n’y aura pas plus de vent et de soleil en hiver
Nos voisins font les mêmes programmes, voire pire (NB et même nettement pire dans le cas de l’Allemagne !), on ne peut compter sur eux

La capacité sera alors de l’ordre de 80 GW. Comment baisser la pointe à cette valeur, sachant qu’on va privilégier le vecteur électricité chaque fois que c’est possible ? » 

Examinons les solutions


« 1)  Installer 10 GW de centrales à gaz power to power (via bio méthane, méthane de synthèse, ou hydrogène) avec stockage associé capable de fournir pendant deux jours. C’est plus ou moins le principe du programme Negawatt (assorti d’une baisse de consommation de moitié !!!). Mais les technologies n’en sont qu’au stade de pilote, et les rendements attendus sont tellement faibles que le coût sera exorbitant avec des impacts environnementaux très négatifs. Et la disponibilité de la ressource (biomasse) est sujette à caution. En aucun cas cela ne pourra être opérationnel dans 15 ans, si même c’est faisable un jour. »
2) Installer en catastrophe 10 GW de centrales à gaz, alimentées en gaz russe ou qatari.
3) Baisser la pointe malgré des besoins en forte croissance : faire de la France un désert industriel. Il est vrai que c’est bien engagé ; utiliser les compteurs Linky pour organiser une pénurie tournante, via des algorithmes de tirage au sort ?  En tant que particuliers, acheter un petit groupe électrogène diesel

Commentaire : Pas mieux pour démontrer l’absurdité de la PPE et de la fermeture de centrales nucléaires en état de marche, une absurdité écologique, sociale, économique, technique, climatique et pour l’indépendance nationale et un gaspillage innommable du patrimoine collectif des Français,

Et le black out annoncé, on s’en rapproche déjà ! Lundi 7 octobre 2019…

« L'incident a été discret et rapidement circonscrit, mais ce lundi 7 octobre le système électrique français a été mis à rude épreuve. Faute de production suffisante, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE) qui doit assurer un équilibre permanent entre l'offre et la demande , a dû débrancher en urgence 21 sites de production industriels aux alentours de 21 heures. Créé dans le cadre de la loi NOME de 2011, ce dispositif dit « d'interruptibilité » permet de déconnecter en quelques secondes des usines fortement consommatrices d'électricité, volontaires et rémunérées pour cela, afin d'éviter le risque de « black-out ». Jusqu'ici, le mécanisme n'avait été actionné qu'une seule fois, le 10 janvier dernier, lorsqu'un problème de mesure sur les lignes connectant l'Allemagne et l'Autriche avait mis en risque le réseau électrique européen. Arrêt inopiné d'une turbine à Gravelines En cause cette fois-ci selon RTE : l'arrêt inopiné de la production d'un réacteur d'EDF dans sa centrale de Gravelines. « L'indisponibilité à Gravelines lundi soir a fait chuter la fréquence sur le réseau français à un moment critique car en fin de journée, on observe traditionnellement une baisse de la consommation », explique RTE. Chez EDF, on précise que l'arrêt à Gravelines n'est pas lié à un problème sur l'un de ses réacteurs nucléaires mais sur une turbine qui a été déconnectée du réseau et remise en service à 7 heures mardi matin. « L'unité de production a été déconnectée afin de réaliser une opération de maintenance sur le circuit secondaire, situé en partie non nucléaire de l'installation »

Un seul réacteur nucléaire vous manque, et tout s’éteint ! Les électrointensifs effacés, mais bientôt aussi les particuliers !

Bou Dieu, et ils vont fermer Fessenheim. C’est sûr, on passera pas l’hiver !


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dimanche 13 octobre 2019

La Crise de l’électricité en Californie. La Californie, modèle de la Commission Européenne et futur de l’Europe !


Octobre 2019 : En Californie, on coupe le courant pour prévenir les incendies

En 2018, la Californie a connu l’un de ses pires et plus violents incendies avec le « Camp Fire », le 8 novembre 2018, qui  a détruit la localité de Paradise et fait 85 morts, le bilan le plus lourd que l’Etat ait connu. Les experts l’avaient attribué à un défaut d’entretien des lignes électriques (un départ de feu sous l’une de ses lignes à haute tension)
Donc, Cette année, PG & E a anticipé. En prévision de l’arrivée des vents d’automne, venus de la Sierra Nevada, qui chaque année se renforcent en puissance en se frottant à l’air chaud de la vallée centrale, la compagnie a pris la mesure de précaution la plus sûre : couper l’électricité. Sans courant, pas de risque d’étincelle attisée par le vent.

Mercredi 9 octobre, 500 000 résidents de l’Etat qui a rang de cinquième économie du monde, se sont donc vus privés de courant, à titre préventif, principalement dans le nord de l’Etat, de Sacramento aux contreforts de la Sierra. 250 000 habitants de la baie de San Francisco devaient subir le même sort dans la nuit, les météorologues ayant annoncé des vents violents et décrété une « alerte rouge ». Vingt-neuf des 58 comtés californiens étaient affectés par la décision de PG&E de ne plus prendre le risque de servir ses clients.

Il faut dire que PG&E s'est mise en faillite en janvier, faisant face à des milliards de dollars de dettes potentielles en raison de sa responsabilité dans le «Camp Fire», qui a ravagé en novembre 2018 la bourgade californienne de Paradise, faisant au moins 86 morts et détruisant 18.000 bâtiments, ainsi que dans des feux de forêt en 2017.

Histoire d’une faillite annoncée : la libéralisation du marché de l’électricité

 Comment ne pas voir dans cette situation la conséquence ultime de deux causes : 1) la politique absurde de libéralisation de l’électricité ; 2) un mix électrique toxique ne comprenant quasiment pas de nucléaire, un hydraulique vieillissant et des énergies nouvelles non maitrisées, plus une forte dépendance au gaz que la Californie doit importer. Car ce n’est pas la première fois que PG&E, géant historique de l’électricité en Californie, espèce d’EDF si l’on veut, se trouve ainsi réduit à la faillite et dans l’incapacité de servir ses clients.



Echec de la libéralisation et première mort d’un géant

En 1852 fut fondée la San Francisco Gas Company, qui fusionna au cours du demi-siècle suivant avec d'autres compagnies jusqu'à la création de Pacific Gas and Electric Company (PG&E) en 1905. Les grands travaux Rooseveltiens, avec la  construction du Barrage Hoover de 1931 à 1936, dont la Californie reçoit plus de la moitié de la production d'électricité marquèrent la montée en puissance en Californie d’un service public de l’électricité dont PG&E était l’un des fleurons. PG&E devint l'un des plus grands fournisseurs de gaz et d'électricité américains avec 5,4 millions de clients pour l'électricité et 4,3 millions pour le gaz, dans les régions nord et centre de la Californie. Bien que cotée en bourse, elle avait un statut de service public (public utility), très réglementé depuis le Public Utility Holding Company Act de 193 - elle était soumise à la supervision de la California Public Utilities Commission (CPUC). Elle gérait le réseau électrique de son territoire de desserte et produisait de l'électricité nucléaire dans sa centrale de Diablo Canyon, la seule en Californie.
PG&E accompagna la transformation de la Californie en un Etat puissant à la tête de la révolution informatique…qui a besoin de pas mal d’énergie…Tout se passait bien jusqu’en 1996 et PG&E fournissait benoitement à toute la Californie l’énergie abondante dont celle-ci avait besoin à coût très raisonnable, jusqu’à la décision de l’administration Bush 1 sous l’influence des doctrines libérales et de certains intérêts amicaux, d'entreprendre la dérégulation de son secteur électrique qui était jusque-là, pour l'essentiel, sous le contrôle de l'Etat.

Et ce fut un festival ! On sépara le réseau et l’on créa de deux marchés de gros, ce qui permettait plus d’occasion de spéculation. Les producteurs de courant, autrement dit les centrales électriques, ont adopté une politique attentiste. Contrairement à leurs engagements, ils n’ont entrepris la construction d'aucune des centrales qu'ils avaient pourtant dans leurs cartons et qu’ils s’étaient engagé à construire. Leur seule vraie crainte, la menace suprême pour eux, c’était la surproduction, et ils n’avaient aucun intérêt à investir et à augmenter une production… dont la rareté assurait leur profit – elle était la garantie pour eux de pouvoir imposer des tarifs élevés et maximiser leurs bénéfices sans investissements.  Mais dans le même temps, dans cette Californie où les industries de pointe bourgeonnent, où chaque ménage multiplie les équipements électriques et électroniques, la demande n'a cessé de croître. Affaires en or pour les centrales, catastrophes pour les particuliers et les industriels avec augmentations de prix et pannes.

Conclusion : envol exponentiel des prix de gros. Et quand je dis exponentiel : les prix de gros de l'électricité, qui étaient à 30 $/MWh en avril 2000 , passèrent à 100 $/MWh, puis atteignirent en novembre 250 à 450 $/MWh, soit plus de 100% d’augmentation ! ; Mais dans le même temps, les autorités politiques craignaient l’effet des hausses massives du prix de détail sur les petits consommateurs (lesquels commençaient à se manifester bruyamment) et bloqua ceux-ci. Donc au début 2001, des coupures tournantes durent être organisées, puis les deux principales compagnies ex-publiques (PG&E, Pacific Gas and Electric Company et SCE, Southern California Edison) firent faillite, ainsi que quelques centaines de leurs fournisseurs dans leur chute. L’Etat fut contraint de les reprendre, ce qu’avait parfaitement anticipé cyniquement, le PDG d'Enron, Jeff Skilling,: «Quand les compagnies seront trop endettées, nous limiteront l'énergie livrée à la Californie et l'Etat sera contraint d'aider ces sociétés.»

Ah oui, car dans ce festival, il y a eu Enron, la plus gigantesque escroquerie de ces années ; Enron, qui gérait le Path 26, la seule connexion entre Californie du nord et Californie du Sud, Enron et ses congestions fantômes. Voilà ce qu’ils ont fait, expliqué à une Commission d’Enquête Sénatorial par un employé : « les courtiers d'Enron ont engorgé cette ligne artificiellement pour qu'ensuite, quand les gens auraient besoin de cette ligne, Enron fasse monter ses prix ». Ainsi, le 14 et 15 juin 2000, en pleine vague de chaleur, les courtiers d'Enron ont engorgé le «Path 26»,. Ils ont créé un goulot d'étranglement qui a bloqué la transmission de l'électricité vers «Path 15» en direction du nord de l'Etat. «On a surchargé la ligne qui nous appartenait chaque fois qu'il y avait une vague de chaleur, reconnaît maintenant un courtier. Résultats : des black-outs à San Francisco, Los Angeles et dans la Silicon Valley au cours des étés 2000 et 2001, jusqu’à ce que les autorités locales acceptent de payer à Enron le prix qu’ils exigeaient.

Et bien d’autres manœuvres encore, par exemple le «blanchiment de mégawatts». Comme les prix étaient plafonnés en Californie, Enron achetait du courant dans cet Etat, le transférait dans les Etats voisins et le revendait au prix fort en Californie. Un exemple d'escroquerie imité ensuite par d'autres compagnies La peur des black-outs a aussi forcé les entreprises à signer des contrats à long terme avec Enron pour plus d'un milliard de dollars. (cf. Quand Enron éteignait la Californie. Libération, Annette Lévy-Willard, 21 mai 2002)

Le mix énergétique californien

Le secteur de l'électricité en Californie se caractérise par une proportion importante d'énergies décarbonées : 53,9 % en 2018 (8,7 % de nucléaire et 45,2 % d'énergies renouvelables : hydraulique 12,4 %, géothermie 5,7 %, biomasse 2,7 %, éolien 6,5 %, solaire photovoltaïque 17,8 %, solaire thermodynamique 1,2 %), mais les combustibles fossiles ont encore une part élevée : 44,7 % (presque uniquement gaz naturel), et la production ne couvre que 72 % de la demande, le reste étant importé des États voisins et du Mexique. Les énergies décarbonées produites localement ne couvrent donc que 39 % de la consommation d'électricité… La part des énergies renouvelables (EnR) n'a pas progressé de 1990 à 2018, la forte progression de l'éolien et du solaire ayant été presque compensée par l'effondrement de l'hydroélectricité due à une succession d'années de sécheresse, ainsi que par le recul de la géothermie et des centrales à bois.

Californie d’aujourd’hui, Europe de demain.

Donc un service public qui fonctionnait  plutôt bien.  Une libéralisation, au nom de la sacro-sainte concurrence, disaient les promoteurs de cette politique, qui devait exercer une pression à la baisse sur les prix, dont bénéficieraient les consommateurs ; sans vraiment se poser la question si les obligations de service public de l’énergie, si le caractère de monopole naturel du transport et de certains des modes de production, si l’intensité capitalistique et donc la vision à long terme nécessaires ne rendent pas la privatisation absolument inadaptée.

A l’arrivée, un ex-service public qui fait deux fois faillite et ne peut plus assurer sa mission, des Californiens modestes matraqués et révoltés, des black-out à répétition, des incendies géants par manque d’entretien et d’investissement, d’autres black-out, des énergies renouvelables non pilotables qui fragilisent le réseau, pas un poil de décarbonation, quasiment pas de nucléaire, une dépendance énergétique intacte, en particulier au gaz ( merci pour le CO2) et ceci dans l’une des premières économies du monde.

Qui ne voit que c’est exactement là où nous emmène l’Europe, avec sa libéralisation de l’électricité, avec le démantèlement imposé des services publics et en particulier d’EDF, la  contrainte fait à EDF de céder près de 30% de son énergie à prix coûtant à ses concurrents via l’ARENH, des concurrent qui, comme en Californie, n’ont pas investi dans la moindre production pilotable et se contentent de piller EDF,  les manipulations des margoulins de l’éolien,

Et les premiers prémices des black out : ainsi, lundi 7 octobre 2019, RTE a dû recourir au dispositif d’effacement des électrointensifs et couper l'électricité à 22 sites industriels pour éviter le black out, à cause d'une seule turbine de Gravelines déconnectée. Imaginez dans le futur une  suite de nuits sans vent….


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NB : pour la suite, et d'autres black out, voir

https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/08/canicule-covid-enr-et-nucleaires-qqs.html

samedi 12 octobre 2019

No Fake Sience ! Quand Réseau Action Climat charrie vraiment !


Grosses manipulations et Gros mensonges de Réseau Action Climat…

J’ai dit à quel point l’initiative No Fake Science est utile, indispensable même à la démocratie (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/08/no-fake-science-quelques-reflexions.html et pour le texte de l'appel initial https://nofake.science/tribune

Et les choses progressent. De nombreux scientifiques, pas des grands pontes trop longtemps habitués à courber l’échine devant le politique et à flatter l’opinion, qui tiennent trop à leur position pour prendre quelque risque que ce soit, non, des praticiens de tous les jours et de toutes disciplines,  des  techniciens cadres, ingénieurs, étudiants, chercheurs et quelques journalistes, bien décidés à ne plus laisser passer de Fake science, se manifestent sur tweeter et dénoncent mensonges et manipulations, et les menteurs et les manipulateurs se trouvent confrontés à des dizaines de tweet qui dévoilent leurs mensonges et leurs manipulations, se complétant et se précisant l’un l’autre. Les champions toutes catégories du grand n’importe quoi, Jadot et Ségolène Royal (dans un créneau plus spécialisé, ajoutons-y Michèle Rivasi) se font maintenant corriger d’importance à chacune de leurs interventions mensongères et manipulatoires – ils seront à eux seuls responsables d’un bilan carbone fantastique. eE cela est juste et bon, et utile, même indispensable…et de plus souvent réjouissant. Merci et Bravo à tous.

Un exemple récent et d‘autant plus intéressant que se profile la convention citoyenne sur la politique énergétique : les mensonges de Sortir du Nucléaire. Reprenons l’enchainement ; Emmanuel Macron à Rodez, le 4 octobre 2019, bizarrement lors d’un débat sur les retraites a affirmé : « La France a une chance, c'est notre parc nucléaire. C'est ce qui permet de produire une énergie non intermittente la plus propre » et affjrme que depus que l’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire, elle a ouvert des centrales à charbon…
Effectivement affirmation non contestable ( pour une fois)

Réaction de Réseau Action Climat : « Contre-vérité d'@EmmanuelMacron : l’Allemagne n’a pas ouvert de centrales à charbon suite à la décision de sortir du nucléaire.
Ce sont les énergies renouvelables, principalement citoyennes, qui ont remplacé le nucléaire et qui vont lui permettre de sortir du charbon. »

Bon, je ne sais pas trop ce qu’est une énergie citoyenne, par contre je sais ce qu’est une émission de CO2 et que voici les ordres de grandeur : 5,3 à 6 g par kWh pour le nucléaire10 g pour l'éolien32 g pour le solaire,  charbon : 1050 g,  fioul : 778 g, gaz : 443 g. Donc, quand on remplace, comme le fait l’Allemagne, le nucléaire par de l’éolien plus du gaz, en gardant son charbon, fierté nationale, eh bien, on mène tout simplement une politique scandaleusement anti-climatique et anti-écologique (donc, non citoyenne, je suppose)

A l’appui de ses dires, Réseau Action Climat prétend fournir de magnifiques chiffres illustrés ou illustrations chiffrées, on ne sait. Voici les courbes présentées sous le titre la preuve par les chiffres.





Mais en tous cas, pas des chiffres sincères, et une belle leçon de manipulation. Car 1)  les camemberts comparés entre 1991 et 2015, comme tous les camemberts, ne montrent pas l’augmentation de la consommation énergétique allemande ; et 2) le zoom sur une petite partie de la courbe permet d’ignorer la quasi-constance en quantité du charbon et du lignite, et l’augmentation du gaz. Si l’on regarde une courbe plus complète (cf. ci-après), on s’aperçoit que charbon et lignite n’ont pratiquement pas diminué, que le nucléaire a été principalement remplacé par du gaz et un peu d’éolien, ce qui, je le répète est un crime climatique et écologique, et que le reste des énergies nouvelles s’est juste surajouté pour compenser l’augmentation de la consommation d’énergie.


Voici une courbe plus complète qui met bien en évidence la malhonnêteté et les manipulations de Réseau Action Climat :


L’Allemagne n’a donc pas diminué d’un iota sa consommation de fossile et ses dégagements de CO2 ont augmenté par substitution du nucléaire par le gaz. L’Allemagne, en gros émet 8 à 10 fois de CO2 par Kwh que la France, eh ben, c’est pas prêt de s’arranger. Et c’est cela que Réseau Action Climat nus propose comme un modèle de transition énergétique ! Idiots, escrocs  imbéciles, bigots de l’écologie…


Autre merveille de manipulation soulignée par un tweetos : la comparaison entre 1991 et 2015. Quel choix astucieux de date ! Car, prenons 2010 ; en 2010, le charbon et le lignite représentaient respectivement 18.5 % et 23 % de la production d'électricité. La part du lignite (le pire du pire !) et du charbon  a donc réaugmenté de 2010 à 2015 avec l’accélération de la baisse du nucléaire !

Et si, l’Allemagne a bel et bien ouvert des centrales à charbon (et pas qu’une…11 !!!) et même, scandale des scandales, intensifié l‘exploitation de son dégueulasse lignite…en prévision de la sortie du nucléaire et des accords de Paris. Car ceux-ci, ruse des ruses et imbécilité des imbécilités prévoient pour la plupart des pays des engagements sur une baisse en pourcentage des émissions de gaz à effet de serre.   Alors, plus le niveau de départ sera haut, plus les engagements seront faciles à respecter !

Et c’est ainsi que l’Allemagne pourra ad vitam eternam prétendre respecter les accords de Paris tout en émettant dix fois plus de CO2 par kw.h qu’en France !

Comment qualifier cela autrement que de foutage de gueule, ou, pour être plus poli, de cynisme et d’hypocrisie totale masquant un crime contre l’Humanité. Et c’est cela que Réseau Action Climat nous propose comme modèle ?

Tiens, allez, pour la route !

Mensonges et crimes climatiques allemands : ouverture d’une gigantestque mine de lignite en 2006


« En Allemagne, la fin du nucléaire et les besoins en énergie ne riment pas forcément avec l’idée d’environnement et de développement des énergies renouvelables. En témoigne ce reportage de l’AFP qui raconte comment le producteur d’électricité RWE agrandit une gigantesque mine de lignite dans la Ruhr, obligeant les habitants à déménager. site de Garzweiler I, exploité depuis 1983, a fait son temps. Il est comblé au fur et à mesure qu'est creusé Garzweiler II, la nouvelle mine contiguë d'une surface de 48 kilomètres carrés, autant que la ville de Lyon.
Quelque 7600 habitants et tout leur environnement doivent être déplacés. Les 900 habitants d'Immerath, dont environ 100 seulement sont encore là, s'installent à à Immerath-Neu (Nouveau Immerath), un village sorti de terre dans la même commune d'Erkelenz. Ils y retrouveront leurs morts, l'école et le jardin d'enfants, mais pas l'église, qui sera déconsacrée après un dernier office en octobre, et rasée comme le reste.
  «Cela me brise le cœur», dit Hans-Willi Peters, qui habite lui aussi un village des environs et devra décider sous peu s'il se laisse transplanter  comme ses voisins… »

« Le 31 mars 1995, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie donna son aval à la mise en œuvre du Braunkohleplan Garzweiler II. Aussi les excavatrices purent-elles, le 18 juin 2006, entamer cette nouvelle zone…La période d’extraction prévue s’étend de 2006 à 2045. L’abattage du charbon s’effectue à ciel ouvert (exploitation en découverte ou par découverte) et l’activité s’apparente alors à un chantier de terrassement qui se déplace progressivement. Garzweiler II possède un gisement de lignite de 1,3 milliard de tonnes….

Et voilà le modèle des écolos antinucléaires – ils ne le sont pas tous. Voilà l’exemple allemand, le modèle de Réseau  Action Climat et de Sortir du Nucléaire !

mercredi 9 octobre 2019

Politique énergétique et climatique : nous avons besoin d’un Etat stratège (2) : 8,10, 12 EPR sont nécessaires !


Dans le dernier mois, au moins  trois tribunes libres consacrées à la transition énergétique insistent sur la nécessité d’un Etat Stratège pour répondre aux immenses défis climatiques et énergétiques qui s’annoncent. Le premier, d’Yves Bréchet, était consacré à Astrid (cf. https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/10/politique-energetique-et-climatique.html).
Les deux suivantes  traient de l’utlité, de la nécessité et de la beauté des EPR. Extraits :

L’Etat verra-t-il les bénéfices cachés du nouveau nucléaire français ?
 Michel Gay ( https://www.lemondedelenergie.com/etat-benefices-france-nucleaire-epr/2019/08/21/)

« Les énergies renouvelables fatales et aléatoires ne permettront pas de répondre en permanence au besoin national d’électricité. La France est donc appelée à renouveler progressivement entre 2030 et 2050 son parc actuel de production d’électricité par de nouveaux moyens pilotables de production. Les réacteurs nucléaires de troisième génération EPR pourraient notamment garantir un socle de production d’électricité en 2050 et permettre de s’affranchir des énergies fossiles dès 2060. Mais il faudrait un Etat stratège avec une vision de long terme pour en discerner tous les bénéfices… »….

« Aujourd’hui, deux EPR fonctionnent parfaitement en Chine. La réussite de ces deux chantiers aboutissant à leur mise en service en 2018 et 2019 démontre la viabilité opérationnelle du concept…
Malgré les difficultés des deux premiers chantiers EPR en Finlande et à Flamanville, consécutifs à un réapprentissage après un arrêt de construction de plus de 10 ans, la filière nucléaire (troisième filière industrielle en France avec 220 000 professionnels hautement qualifiés) dispose aujourd’hui d’atouts. Elle risque de les perdre à nouveau si elle cesse de construire des réacteurs. Alors, elle s’approvisionnera à l’étranger (Chine et Russie qui progressent rapidement) ce qui entrainera une perte économique accompagnée d’une perte de souveraineté technologique et énergétique. »

« Le développement du nouveau nucléaire à base d’EPR en France et dans une partie du monde constitue un enjeu majeur pour l’avenir. C’est la possibilité :
•de prolonger les avantages actuels d’un parc électrique offrant à la fois un prix bas et stable, une sécurité de fourniture, et une empreinte carbone faible,
de rester au plus haut niveau de la sûreté nucléaire et de rentabiliser dans la troisième génération les investissements passés,
de maintenir une production pilotable et flexible (la puissance peut varier de 80% en une demi-heure) dont la disponibilité a été en moyenne de 75% de 2010 à 2019,
de développer une importante filière industrielle reconnue mondialement, avec tous les bénéfices qui en résultent sur les emplois, la balance commerciale et les engagements de la COP21 signés à Paris en 2015 (Stratégie nationale bas-carbone). »

Le vrai coût : bénéficier de l’effet de série

« Le coût du nucléaire de troisième génération (EPR) résulte essentiellement des coûts de construction et de financement. En fonction du taux d’actualisation retenu (le coût du prêt), les dépenses de construction représentent entre 50 et 75 % du coût total de production de l’électricité sur la durée d’exploitation de l’installation. Un rapport de la Cour des comptes britannique montre la sensibilité du prix de l’électricité au taux de rendement attendu du projet. Ainsi, le coût du kilowattheure de l’EPR d’Hinkley Point double quand le taux d’actualisation passe de 3 % à 10 % (le taux retenu par EDF pour ce projet est de 9 %). »

Remarque : le coût varie aussi fortement avec la durée d’exploitation du réacteur, qui avait été  largement sous-estimée dans le nucléaire historique….

« Pour bénéficier de l’effet de série, il s’agit de construire les réacteurs par paire sur un même site (moins 15% sur le deuxième réacteur), et à échéance régulière sur des sites différents. Les études et qualifications sont réalisées une seule fois et la commande d’une série de matériels identiques permet aux fournisseurs d’atteindre des gains de productivité, tandis qu’une bonne gestion des échéanciers maintient une charge de travail continue optimisée pour les industriels. Par exemple, EDF estime pouvoir réduire de 20 % le coût de la construction des deux prochains EPR à Sizewell C (Grande-Bretagne) en transposant des éléments du projet Hinkley Point. »

« La « valeur économique » d’un tel projet de nouvelle centrale nucléaire est plus large que celle de la simple « rentabilité ». Elle doit être comparée à d’autres moyens rendant les mêmes services, et non à la rentabilité artificielle subventionnée des éoliennes et du photovoltaïque bénéficiant de mécanismes de soutien (tarifs d’achat) qui garantissent les prix et les volumes de vente. En revanche, le nucléaire n’en bénéficie pas en France, ce qui entraîne une distorsion de la concurrence.

8 EPR en 2040

« Pour continuer à faire bénéficier les Français d’une électricité décarbonée pilotable et bon marché, l’État « stratège » doit prendre en charge une partie du risque en établissant des contrats de long terme de type CFD. Le gouvernement doit aussi structurer un programme de nouveau nucléaire favorisant les baisses de coûts induites par un effet de série.
La construction d’une paire d’EPR sur un même site (espacée de 18 mois) devrait être initiée dès que possible pour une mise en service vers 2030. Ensuite, dans les mêmes conditions, la construction de trois autres paires espacées de 4 ans semble un optimum pour piloter la décarbonation de l’économie et aboutir à 8 réacteurs EPR de 1650 mégawatts en fonctionnement vers 2040. Ils succèderont à une quinzaine de réacteurs actuels de 900 mégawatts qui atteindront alors leur limite de durée de fonctionnement, soit environ 60 ans, et… peut-être davantage.

L’économie de marché a souvent une vision de court terme permettant à des acteurs privés d’avoir un retour sur investissement rapide. C’est donc à l’Etat d’avoir une vision large et lointaine »

L’EPR a un avenir en France et en Europe !

Maxence Cordiez (https://www.lemondedelenergie.com/epr-avenir-france-europe/2019/10/04/), CEA, Affaires Européennes. Extraits :

Nucléaire ou black out ? . Les raisons qui ont conduit au choix du nucléaire en France dans les années 70 sont plus que jamais valables aujourd’hui

« Avec le plan Messmer en 1974, la France a fait le choix d’un bouquet électrique s’appuyant essentiellement sur l’énergie nucléaire, en réponse au premier choc pétrolier qui avait vu les prix du brut quadrupler en moins de six mois.Si ce choix fait aujourd’hui l’objet de critiques, la situation a-t-elle vraiment changé depuis lors et la France peut-elle se passer de nucléaire ? 
Alors que le chantier de construction d’un réacteur EPR à Flamanville accumule les retards et dépassements budgétaires, des voix s’élèvent pour remettre en question l’avenir de l’EPR voire de l’énergie nucléaire, en France et plus largement en Europe.C’est oublier à la fois l’importance stratégique de l’approvisionnement électrique pour nos sociétés modernes, et les contraintes physiques qui président largement au choix des bouquets électriques nationaux. »

«Les besoins en électricité ne se limitent pas aux périodes ensoleillées et ventées, propices à l’électricité solaire et éolienne. En France, la demande électrique est maximale à 19 heures en hiver. L’ensoleillement est alors nul et le vent ne souffle pas nécessairement, surtout pendant les périodes de basse-température correspondant au passage d’un anticyclone froid. »

 Aujourd’hui, tous les pays d’Europe de l’ouest (Royaume-Uni, Allemagne, France, Belgique, Italie, Espagne…) ferment des centrales pilotables – par opposition aux sources d’énergie variables telles que les panneaux photovoltaïques et éoliennes qui produisent non pas en fonction des besoins, mais suivant l’heure et la météo – sans les remplacer, ni se concerter. Tous ces pays comptent sur leur capacité à importer de l’électricité produite chez leurs voisins lors des pics de consommation. Cette attitude est dangereuse et les gestionnaires des réseaux électriques européens ne cessent d’alerter – en vain – leurs gouvernements quant au risque croissant de coupures d’électricité majeures en Europe. »

« Une étude récente publiée par la Société française d’énergie nucléaire montre qu’en supposant une prolongation de tous les réacteurs du parc actuel (sauf celui de Fessenheim) jusqu’à 60 ans, une chute brutale des capacités nucléaires est à prévoir entre 2040 et 2050, du fait du rythme de construction soutenu dans les années 70-80.
Cette chute doit être anticipée. Maintenir un socle nucléaire de 35 à 40 GW (contre 63 GW aujourd’hui) nécessiterait ainsi de construire de 3 à 4 paires d’EPR par décennie entre 2030 et 2050… »

« Étant donnés l’étendue des besoins en capacités électrogènes pilotables et bas-carbone en Europe, ainsi que les délais extrêmement restreints pour y répondre, l’EPR semble incontournable. Il constitue un élément de réponse face à l’urgence climatique, l’épuisement des ressources fossiles et le besoin de remplacement des centrales en fin de vie. Même s’il reste plus cher que les centrales du parc historique, l’EPR est compétitif face aux alternatives car on ne dispose toujours pas à l’heure actuelle de moyen de stockage d’énergie compétitif à grande échelle. Pour des raisons physiques, notamment les pertes d’énergie intrinsèques au stockage, on peut d’ailleurs douter de jamais en voir émerger. »

« Or, c’est indispensable pour envisager le remplacement des centrales à combustibles fossiles par des éoliennes et panneaux photovoltaïques. Les raisons qui ont conduit au choix du nucléaire en France dans les années 70 sont plus que jamais valables aujourd’hui. » On peut craindre que lorsque les contraintes que nous négligeons aujourd’hui éclateront au grand-jour, la France et l’Europe réaliseront, sans doute un peu tard, qu’une électricité plus chère vaut mieux que pas d’électricité. »

Commentaire : Bis repetita : Compte-tenu de l’ampleur des défis énergétiques , il serait peut-être bon d’avoir un ministre de l’énergie de plein exercice  ? Et d’avoir à nouveau un Etat Stratège dans la meilleure tradition française


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