Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



Rechercher dans ce blog

vendredi 6 décembre 2019

Le Parlement Européen et la politique énergétique- Le nucléaire « phased out " ?


Un débat au Parlement Européen : le « phasing out «  du nucléaire !

Il y a quelque temps j’ai écrit de nombreux « Eurokom » pour expliquer à quel point les Institutions européennes dysfonctionnaient et ce, dans tous les domaines ;  pour  ceux que ça intéresse, taper Eurokom en recherche sur ce blog, vous verrez ce que je veux dire et à quel point l’envie de se brexiter peut devenir prégnante. Junker prévoyait que cette Commission serait celle de la dernière chance, eh ben, c’est bien parti !
Donc le Parlement Européen annonce fièrement  qu’à l’occasion de la COP25, il déclare l' Urgence Climatique et qu’à quelques jours de la COP25 à Madrid, les députés ont adopté « une position ambitieuse en vue de la prochaine COP25 à Madrid. Au vu de l'urgence climatique et environnementale, il est essentiel de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 55% en 2030. Ce vote envoie également un message clair et opportun à la Commission européenne quelques semaines avant la publication de la communication sur le pacte vert. Pascal Canfin (Renew Europe, FR). Le Parlement Européen a donc établi et voté une Résolution sur la COP 25 (28 novembre 2019)

Articles 52-54 Les lobby du gaz à l’oeuvre

C’est beau, c’est grand l’Europe… Sauf que dans la première version de la Résolution, sur 127 points, apparaissent très très discrètement deux articles très très problématiques :

Article 52 : Appelle la Banque d’investissement Européenne à mettre fin au financement des projets d’énergie fossile, sauf pour le gaz lorsqu’il est utilisé en conjonction avec les renouvelables comme technologie provisoire pour remplacer le charbon, quand aucune autre alternative existe…
Ah oui, bien bossé  le lobby gazier, bien bossé les Allemands et leur transition faisandée qui, par dogmatisme et démagogie antinucléaire, a brûlé plus de 680 milliards d’euros en éolien et solaire sans diminuer d’un iota leurs émissions de CO2 pour la production d’électricité, et leur projet gazstream avec les Russes. Un article qui permettait de financer tous les projets gaziers…puisqu’il suffit de les adosser à quelques éoliennes auxquels ils sont de toute façon nécessaire pour compenser leur intermittence…

Commentaire de Pascal Canfin,, n°2 de la liste LREM et président de la commission Envi (Environnement, Santé Publique et Sécurité Sanitaire), chargé de le rédaction de cette résolution :
« Le sujet du gaz est politiquement sensible entre les pays européens. Il y a 15 jours via un amendement nous avons voulu contribuer à trouver le bon compromis en décrivant les conditions extrêmement strictes sous lesquelles elle pouvait financer le gaz : uniquement lorsqu’il est lié avec des renouvelables, lorsqu’il s’agit d’un investissement pour sortir du charbon, et lorsqu’il n’y pas d’effet de blocage au sens où une infrastructure gaz doit pouvoir être amortie en 10 ans sinon elle devient contreproductive dans la marche vers la neutralité carbone après 2030, là où elle peut être utile à court terme pour aider à sortir du charbon et à gérer l’intermittence des renouvelables. Nous avons fait bouger les lignes. Les groupes les plus conservateurs du Parlement se sont déportés vers une position plus progressiste que celle de la défense du gaz à tout prix. Force est de constater que nous avons contribué à faire atterrir le bon compromis réussi car le 14 novembre, la BEI est arrivée à un accord : elle ne financera plus de projets dans le secteur des énergies fossiles à partir de 2021, soit un an plus tard que prévu initialement pour permettre notamment à des pays d’Europe centrale et orientale de financer des infrastructures en lien avec la diminution progressive de la part du charbon. C’est le chemin maintenant que la Commission doit également emprunter en réduisant massivement le soutien qu’elle prévoit encore à de nouvelles infrastructures gazières qui se révèleront contre productives dans quelques années »

Grand triomphe donc de Pascal Canfin défiant victorieusement les louches manœuvres des lobbys allemands et gaziers. L’article 52 devient l’article 54 : le Parlement Européen

« salue la décision prise par le conseil d’administration de la BEI de mettre fin au financement de la plupart des projets dans le domaine des combustibles fossiles à partir de la fin de l’année 2021 et d’augmenter progressivement la part de son financement consacrée à l’action pour le climat et à la viabilité environnementale, afin d’atteindre 50 % de ses opérations à partir de 2025 ;  estime qu’il s’agit d’une première étape ambitieuse vers la transformation de la BEI en une banque européenne de lutte contre le changement climatique; demande aux États membres d’appliquer le même principe en matière de garanties de crédit à l’exportation »
Bon, les Etats membres continueront à faire à peu près ce qu’ils veulent, les gaziers ont gagné un an plein pot de financement, et ensuite, ben on verra, ce ne sont que la plupart des projets qui ne bénéficieront plus de conditions financières favorables et écologiques, mais pour quelques-uns bien choisis, ça pourra continuer…

Du coup la centrale au gaz de Landivisiau qui émettra chaque année jusqu’à 1.5 million de tonnes de CO2 (l’équivalent de 670 000 voitures) pourrait remplir parfaitement les conditions pour obtenir des prêts…

Articles 56-59 (amendement 38) : le nucléaire éliminé !

Beaucoup plus grave, un autre article discrètement introduit par le SPD allemand qui aurait obligé la France et les autres pays européens à fermer toutes leurs centrales nucléaires : Donc, le Parlement Européen

56  « estime que l’énergie nucléaire n’est ni sûre ni durable sur le plan environnemental ou économique; propose, par conséquent, de mettre au point une stratégie de transition juste visant à supprimer progressivement la production d’énergie nucléaire dans l’Union, en proposant de nouveaux emplois aux personnes qui travaillent dans le secteur du nucléaire et en intégrant des plans sûrs de démantèlement des centrales nucléaires et de traitement à long terme des déchets nucléaires ».
Merci encore le lobby gazier, merci les Allemands, qui, bien dans…l’embarras, avec leur électricité pas décarbonnée et deux fois plus chère sont bien décidés à ne plus laisser les Français bénéficier de leur investissement nucléaire ;

Heureusement, un certain nombre de parlementaires se sont mobilisés et ont proposé un amendement 38 qui redonne au nucléaire une place d’ailleurs encore bien trop timide. Finalement, article 59 :
59.  « estime que l’énergie nucléaire peut contribuer à atteindre les objectifs en matière de climat dès lors que c’est une énergie qui n’émet pas de gaz à effet de serre, et qu’elle peut également représenter une part non négligeable de la production électrique en Europe; considère néanmoins qu’en raison des déchets qu’elle génère, cette énergie nécessite une stratégie à moyen et long terme qui tienne compte des avancées technologiques (laser, fusion, etc.) visant à améliorer la durabilité du secteur »

Qui s’est mobilisé pour cet amendement 38 sauvant la seule technologie qui puisse nous permettre de répondre au défi climatique sans effondrement de nos sociétés ? Apparemment, Christophe Grudler ( Reniassance, ex- Modem, implanté à Belfort) a joué un rôle important dans cette réaction salutaire.

Liste des auteurs de l’amendement :

Christophe Grudler, (Renaissance France) Chrysoula Zacharopoulou (Renaissance, Grèce), Stéphanie Yon-Courtin (Renaissance, France), Stéphane Bijoux ( Renaissance France), Irène Tolleret (Renaissance, France), Frédérique Ries (Renaissance, Belgique), Olivier Chastel (Renaissance, Belgique, pharmacien), Gilles Boyer (Renaissance, France), Laurence Farreng (Renaissance, France), Dominique Riquet (Renaissance, France), Klemen GROŠELJ (Renaissance, Slovénie), Karin KARLSBRO (Renaissance, Suède), Ondřej Kovařík (Renaissance, Tchèquie), , Ondřej Knotek (Renaissance, Tchèquie), Caroline Nagtegaal,  (Renaissance, Pays-Bas), Jan Huitema (Renaissance, Pays-Bas), Derk Jan Eppink (Renaissance, Pays-Bas), Robert Roos (ECR, Pays-Bas), Rob Rooken (ECR, Pays-Bas), Jörgen Warborn (PPE, Suède), Anna-Michelle Asimakopoulou (PPE, Grèce), Anne Sander (PPE, France), François-Xavier Bellamy (PPE, France), Marie-Pierre Vedrenne (Renaissance, France), Geoffrey Van Orden (ECR, Royaume-Uni), Stéphane Séjourné (Renaissance, France), Arba Kokalari (PPE, Suède), Tomas Tobé (PPE, Suède), Sara Skyttedal (PPE, Suède), , David Lega (PPE, Suède) , Jessica Polfjärd (PPE, Suède), Sheila Ritchie (Renaissance, Royaume-Uni), Kateřina Konečná (GUE, Tchèquie), Brice Hortefeux (PPE, France), Agnès Evren (PPE, France), Nathalie Colin-Oesterlé (PPE, France), Martina Dlabajová (Renaissance, Tchèquie), Martin Hlaváček (Renaissance, Tchèquie), Dita Charanzová (Renaissance, Tchèquie, Vice-Présidente du PE), Alexandr Vondra (ECR, Tchèquie), Miapetra Kumpula-Natri (S et D, Finlande), Anthea McIntyre ( ECR, Royaume-Uni), , Radka Maxová (Renaissance, Tchèquie),  Elsi Katainen (Renaissance, Finlande), Assita Kanko (ECR, Belgique), Johan Van Overtveldt (ECR, Belgique)

Soit :   
Renaissance : 25 :  9 Fr, 6 Tch, 3 Pays-Bas, 2 Belgique, 1 Grèce, 1 Slovénie, 1 Suède, 1 R-U, 1 Finlande.
PPE :  13 : 6 Suède, 5 Fr, 2 Pays-Bas, 1 Gr), dont F.X Bellamy
GUE : 1 : Tchéquie
ECR : 7 :  2 Pays- Bas, 2 Belgique, 2 R-U, 1 Tchèquie)
SD 1 : Finlande
Mmes et Mr : Merci, un très grand merci pour avoir rappelé une évidence scientifique et technique. Une remarque : dans cette liste, deux seuls membres de la gauche – et pas un Français, pas un ecolo

Résultats du vote de l’amendement en séance plénière :

Pour : 322
ECR : 51  (une grande partie de Polonais)
GUE : 3 (Irlande, Tchèquie, Espagne)
ID : 60
NI : 10
PPE : 109 ( la plupart des français, 40% des Allemands…tiens, tiens, ça commencerait à bouger dans la droite Allemande, vivement que Merkel s’en aille)
Renaissance : 47
SD : 31 (1Malte,  8 Roumain, 2 Pologne, 2 Slovaque, 1 Slovène,  1 Italie, 7 RU, 2 Finlande, 5 Bulg)

Bravo et Merci à tous !

Pas un seul député Français de gauche (Gue ou SD) n’a voté en faveur de cet amendement. De quoi vous filer un peu le bourdon, il n’est pas sain  que le choix rationnel en faveur du nucléaire soit aussi marqué à droite, ID (RN en France) compris. De quoi regretter aussi la vieille et vraie gauche, celle des socialistes comme Le Déaut, Cazeneuve, Bataille, et les solides communistes enracinés dans leurs bases industrielles. Evidemment, si la gauche maintenant, ce sont les bobos types type Glucksmann en concurrence démagogique avec les écolos bigots de EELV, il ne faut peut-être pas s’étonner de certains résultats.

A noter l’exception anglaise – mais ils ne vont pas tarder à nous manquer : travaillistes et conservateurs sont plutôt pro nucléaires ( par contre, pas les lib dem)

 A noter aussi peut-être une évolution allemande : à la louche, 40% des députés allemands PPE ont voté pour l’amendement, en contradiction avec la politique d’Angela Merkel ; l’échec patent de l‘Energie wende commence à faire réfléchir certains ? Par contre les SD allemands restent obstinément et fanatiquement anti-nucléaires. Ils sont même à l’origine de l’article original phase out !

Contre : 298

ECR :  1 (Tchèquie)
GUE : 35 ( dont tous les français, eh oui, la France Insoumise, c’est pas le PC..)
ID : 5  (Belgique, Autriche 3, Danemark)
NI : 17
PPE : 35
Renaissance : 35 (Dont Canfin et Durand, les lib dem anglais)
SD : 104 ( dont Glucksmann et tous les Français))
Verts 65 (tous les verts français)

Abstention : 45

ECR : 3
GUE : 1 (Finlande)
NI : 4
PPE : 11
Renaissance : 15 dont Nathalie Loiseau, Fabienne Keller
SD : 8
Verts : 3 (2 Parti Pirate Tchèques, 1Irlande)

Palinodies de Pascal Canfin et Elisabeth Borne

Pascal Canfin

Au début, Pascal Canfin s’est opposé en vain en commission ENVI à l’amendement anti-nucléaire du SPD. A noter qu’il est tout de même président de cette commission et qu’il a été mis en minorité !
C’est assez inquiétant pour le futur et la composition de la commission Envi laisse présager une prise en main par la démagogie et les écolos bigots. Il faudra y veiller, et c’est assez anormal qu’une commission aussi importante soit ainsi laissée prête à toutes les dérives de la Fake Science.

Explication de Pascal Canfin :

 « Un amendement déposé par le SPD allemand a été adopté à quelques voix par la commission Environnement. Outrancier dans le propos et hors sujet vis-à-vis des compétences de l’Union européenne, qui n’est absolument pas décisionnaire en matière nucléaire, j’ai voté contre ce paragraphe comme le groupe Renew. Puisqu’il a été voté en commission, il sera soumis au vote cette semaine à Strasbourg. Je m’y opposerai une nouvelle fois car cet amendement de posture ne cherche pas à construire une stratégie énergétique européenne cohérente mais juste à créer de la polémique stérile. Ma position sur le nucléaire est simple : il s’agit d’une source d’énergie décarbonée, ce que personne ne peut contester. Et au-delà de la question des déchets pour lesquels il n’existe aujourd’hui pas de solution satisfaisante, son coût ne cesse d’augmenter et les nouveaux réacteurs sont aujourd’hui totalement non compétitifs avec les renouvelables dont, à l’inverse, le coût ne cesse de baisser »

NB. Ok pour le décarboné, non pour les déchets pour lesquels la solution de l’enfouissement profond fait consensus chez les experts, et non, et mille fois non pour le prétendu manque de compétitivité par rapport aux ENR (cf. sur ce blog la malédiction des ENR.

Finalement, Pascal Canfin, contre la majorité du groupe Renaissance, a voté contre l’amendement 38 !

Elisabeth Borne

Elisabeth Borne dans un magnifique communiqué langue de bois a félicité Pascal Canfin et Renew Europe pour le vote du Parlement Européen.
Sauf que, il faudrait tout de même savoir si Elisabeth Borne soutient Christophe Grudler et la majorité de Renew Europe qui a écarté l’amendement anti-nucléaire du SPD allemand et de la Commission Envi et voté l’amendement 38 (maintenant article 59), ou Pascal Canfin et les Verts français qui ont voté contre cet amendement ?

Compte-tenu des positions de Mme Borne sur le nucléaire et le glyphosate, il semble qu’elle soit la principale représentante de la Fake Science au gouvernement. Au poste qu’elle occupe, cela devient vraiment un  problème.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Commentaires

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.