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mercredi 21 septembre 2011

Le nouveau livre de Pierre Péan : Mais qui donc dirige EDF ?

Le nouveau livre de Pierre Péan : Mais qui donc dirige EDF ?

Le mystérieux M Djouhri

Révélations écoeurantes dans le dernier livre de Pierre Péan, La république des mallettes, reprises dans le no de Marianne du 10 septembre. Un personnage important mis en exergue est Alexandre Djouhri, proche dans sa jeunesse du gang de la banlieue nord et interpellé dans la cadre d’une enquête sur des hold-up de bijouteries. Il semble qu’il garde de sa jeunesse de bonnes relations avec certains policiers haut placés, proches de Pasqua, et quelques années plus tard, on le retrouve s’activant plus haut niveau dans les affaires de la Françafrique, familier de Tarallo (l’ancien directeur des affaires générales d’Elf) et de Villepin, puis se ralliant à Sarkozy ; Péan décrit une séance hallucinante à l’Elysée, une soirée de remise de médailles  pendant laquelle Djouhri se promène comme chez lui dans les bureaux désertés, jusque celui de Claude Guéant…
Il ne fait apparemment pas bon de tenter de s’opposer à Djouhri. Un intermédiaire concurrent et d’ailleurs pas plus rassurant,  Ziad Takkiedine, a fait publiquement état d’une tentative d’assassinat cornaquée par son rival ; Anne Méaux, directrice d’une importante agence de communication politique travaillant beaucoup pour la droite libérale a déposé une main courante après avoir subi des menaces, et l’ancien conseiller à la justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, s’est aussi pliant de menaces après avoir mis en garde Sarkozy contre Djouhri.

Qui dirige EDF ?

Le plus hallucinant reste à venir, par exemple cette réunion au George V, le 3 juin 2004, où Djouhri interpelle ainsi Henri Proglio, alors PDG de Veolia : « tais-toi, tu es le soldat, je suis le général ! ». Il s’agît d’une discussion un peu vive sur la constitution d’une filiale de Veolia au Moyen-Orient. Il faut dire que Djouhri est réputé avoir sauvé Proglio par ses interventions politiques auprès de Villepin, alors que Messier, alors PDG de Vivendi, maison-mère de Veolia, voulait le débarquer.
 C’est déjà gratiné, cela ne va pas tarder à devenir plus grave encore lorsque Proglio accède à la direction d’EDF. Je cite ici Pierre Péan, citation reproduite par Marianne :
« Les différentes pièces du puzzle se mettent en place. Un petit groupe de personnes a décidé, seul, de placer sous sa coupe la filière nucléaire française. A la manœuvre, Henri Proglio, Alexandre Djouhri, Claude Guéant, François Roussely, assistés de l’agence de stratégie et de communication Euro RSCG appuyée par un nouyveau personnage, Ramzy Khiroun, ami de Dominique Strauss-Kahn… Le projet commun prend rapidement forme : Henri Proglio doit être nommé patron d’EDF en lieu et place de Pierre Gadonneix ; le nucléaire doit ensuite être placé sous la dépendance d’EDF ; enfin, il faut faire éclater le géant Areva, séparer l’activité minière proprement dite (et donner aux Qatari qui en rêvent la possibilité de devenir un actionnaire significatif)…
Alexandre Djouhri organise un travail de sape contre Anne Lauvergeon et fonctionne en équipe avec son ami Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances »…ledit Sabeg, qui ne doute de rien, se propose comme remplaçant d’Anne Lauvergeon…
Le rapport Roussely sur le nucléaire civil français expose les thèses du groupe Djouhri-Proglio : «l’autorité de sûreté française va trop loin ; il faut revenir sur les exigences de sécurité concernant les nouveaux réacteurs ; l’EPR est beaucoup trop sûr ; il faut revenir à des réacteurs plus rustiques et moins chers »
Et ceci peu de temps avant Fukushima, qui valide, s’il se devait la stratégie d’Anne Lauvergeon…
Virez Proglio, faîtes revenir Anne Lauvergeon

Il s’agît tout de même de savoir si des entreprises, des fleurons technologiques comme EDF  ou Areva doivent être dirigées, si leur stratégies doivent être déterminées par des Djouhris ou même des Proglio, qui, en tant qu’ex-président de Veolia et de la Générale des Eaux, est en quelque sorte un spécialiste de la corruption politique, ou par des ingénieurs et des techniciens ayant une connaissance de leurs métier de base et une vision stratégique…comme Anne Lauvergeon. Il est significatif que la direction de Proglio à EDF se caractérise par une mise à l’écart des cadres scientifiques et techniques des instances de direction de l’entreprise, et, à tous niveaux, par une mépris de l’expertise de ceux qui ont fait le nucléaire ou l’hydraulique C’est la recette assurée pour une catastrophe !

samedi 10 septembre 2011

Formation et carrière des docteurs en France : une exception malheureuse

Formation et carrière des docteurs en France : une exception malheureuse

Le CAS (centre d’analyse stratégique) a publié en 2010 une note intitulée  « les difficultés d’insertion des docteurs : les raisons d’une exception française » dans lequel il pointe deux malheureuses originalités françaises :
-  le taux de chômage  trois ans après la thèse des docteurs varie entre 10 et 11%, ce qui est plus élevé que le taux de chômage après un master (7%)
- Ce taux de chômage est trois fois supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE
Rappelons que le doctorat s’obtient 8 à 9 ans après le bac, dont 3 ans de thèses.  L’enquête se situe trois ans après le doctorat, les auteurs considérant visiblement qu’il faut encore un ou deux stages post-doctoral, dans un autre laboratoire que celui où la thèse a été accomplie, pour pouvoir enfin trouver un travail, dans le public ou le privé.

Pour la future société de la connaissance et de l’innovation que les différents gouvernements ont prétendu construire, c’est donc plutôt mal parti !

Trop de docteurs ou pas assez de recherche ?

La note du CAS affirme que l‘exception française, le chômage des docteurs n’est pas lié à une « surproduction » de diplômés. C’est peut-être aller un peu vite en besogne ; de fait la France forme peut-être moins de docteurs qu’il ne lui en faudrait pour rester ou redevenir une nation majeure dans l’économie de la connaissance… mais peut-être trop quant à sa situation actuelle.
Le système français produit environ 100 000 diplômés de niveau master et doctorat par an, 64% de DEA et DESS, 26 % d’ingénieurs et 10 % de docteurs.  Avec 7.1 chercheurs pour 1000 actifs, la France se place devant l’Allemagne (6.7%) ou le Royaume-Uni (5.5%o) mais derrière les États-Unis (8.6 %), le Japon (10.2 %) ou la Suède (10.6 %). En fait nous retrouvons là le problème majeur du sous-investissement en recherche du secteur privé en France. En France, le pourcentage des dépenses de recherche et de développement dans le PIB est de 2.1 %, très en retrait sur l’objectif de Lisbonne. La part du public (0.76% du PIB) est dans la moyenne de l’OCDE, celle du privé est plus basse (1.3% contre 1.9 aux USA et 1.7 en Allemagne, 2.5 en Suède et au Japon par exemple).  La France manque en particulier de « jeunes pousses » ayant poussé, de  PME ayant une activité de R et D importante dans des secteurs d’avenir.
Le problème en France est plus celui de la répartition de ces chercheurs entre les secteurs public et privé. Avec 51 % de chercheurs en entreprise et 47% dans le secteur public, la France se place loin  derrière les États-Unis (80 % ) de chercheurs en entreprise), la Suède (60 %), l’Allemagne (58 %) ou le Royaume-Uni (57%).
 1) Pour l’emploi des docteurs, la première mesure est donc l’encouragement à la recherche et à l’innovation dans le secteur privé. Cela passe par une réforme du financement du capital risque et de l’amorçage, un small business act à la française, le renforcement des pôles de compétitivité, une réorientation du crédit impôt - recherche pour inciter davantage à la créations d’emploi, notamment dans les PME et moins favoriser les rentes de situations des grands groupes. Quant au secteur public, il faut évidemment au moins maintenir son importance et veiller au remplacement des générations qui ont accompagné la montée en puissance des grands organismes de recherche (CNRS, CEA, INSERM…) et arrêter les rivalités stériles entre organismes de recherche et universités.

Politique de formation : les propositions du CAS

L’étude du CAS pointe des différences importantes entre les disciplines ; économie, droit et management / mécaniques, électroniques, informatiques et  science de l’ingénieur ont des taux de chômage plutôt inférieurs à la moyenne ; mathématiques et physiques : sciences de la vie et de la terre sont dans la moyenne ; chimie (16%), lettres et sciences humaines (12%) connaissent des difficultés d’insertion supérieures. Pour le CAS, il peut donc exister des inadaptations sectorielles.
Ajoutons une réalité passée pudiquement sous silence ; il arrivait que des laboratoires d’accueil et les formations doctorales soient assez indifférents au futur professionnel de leurs doctorants, l’essentiel pour eux étant de bénéficier de « bras » pour faire tourner leurs laboratoires. Les propositions du CAS sont donc pertinentes et bienvenues :
 2) Améliorer l’information des établissements et des étudiants, notamment en associant davantage les acteurs privés à la production de données régulières, par disciplines, sur les besoins de recrutements et sur l’insertion professionnelle des docteurs
3) Réaffirmer le rôle central des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) dans la coordination et la régulation de l’offre de formation doctorale
4) Associer davantage les grandes écoles aux formations doctorales, pour permettre à davantage d’ingénieurs de préparer un doctorat
5) Améliorer la proportion de thèses financées, notamment par les entreprises : d’une part, en fixant un objectif aux universités dans le cadre de leur contractualisation avec l’État ; d’autre part, en imaginant un dispositif permettant à une entreprise de financer une thèse en contrepartie d’un engagement du doctorant à demeurer quelques années dans l’entreprise après son embauche
Je suis plus réservé sur cette dernière mesure ; à tout le moins, l’engagement devrait être réciproque, l’entreprise s’engageant alors à proposer un poste au thésard  en formation ; mais tout ce qui peut contribuer à rapprocher entreprises, université et organisme de recherche est le bienvenu.

L’effort en vaut-il la peine ?

Faire une thèse suppose plus de trois ans d’un vrai travail, rémunéré par des bourses se situant en général entre 1100 et 1600 euros par mois ; un effort assez important a été fait dans les dernières années  pour les  réévaluer. Pour pouvoir trouver un poste dans le privé ou dans le public, le doctorat doit maintenant être assez souvent complètè par une expérience post-doctorale, qui peut aller jusqu’à trois ans. C’est excessif et justement dû à la situation désastreuse de l’emploi scientifique en France. Ajoutons que les concours d’entrée à l’Université ou dans les grands organismes de recherche sont encore trop biaisés par des formes de favoritisme et de toute façon délirants en terme de candidats par postes – au CNRS, 50 doctorants pour un poste, c’est arrivé ! Un maître de recherche débutant  à l’Université pourra gagner environ 1800 euros –salaire net , un chargé de recherche débutant dans un grand organisme sera peut-être un peu mieux payé; mais le salaire peut donc être moindre que  la rémunération d’un post-doc à l’étranger (de l’ordre de 30.000 euros par ans en Angleterre) ! Quant aux ingénieurs qui ont fait une thèse, il arrive assez souvent qu’au début, leur salaire soit moindre que celui de leurs camarades entrés dans l’industrie sans thèse ; mais les perspectives de carrière sont souvent ensuite supérieures.
Donc, pour faire une thèse, il vaut mieux être vraiment motivé pour faire de la recherche, surtout compte-tenu des difficultés d’insertion que pointe la note du CAF. Il y a là une spirale inquiétante pour l’avenir scientifique de la France, car, du coup, sauf motivation extraordinaire, les meilleurs éléments se détournent de la recherche, comme les ingénieurs  se détournent de l’industrie… la finance et les banques, c’est nettement mieux !
_ 6) d’où l’importance de la dernière proposition du CAS : reconnaître le doctorat dans les conventions collectives, notamment les grilles salariales. Notons simplement qu’elle est en rupture avec la politique dominante qui consiste au contraire à démanteler les conventions collectives et le statut de cadre…

Diffuser la culture de la recherche et de l’innovation

Le doctorat est une formation à la recherche, mais aussi une formation par la recherche. C’est une formation indispensable à quiconque prétend comprendre notre société et y exercer des responsabilités. Les docteurs sont les mieux placés pour diffuser dans les entreprises et dans l’Etat la culture de la recherche et de l’innovation, essentielle à l’économie de la connaissance. Le doctorat ne devrait pas être vu comme une voie ne menant qu’à la recherche, mais comme une formation indispensable pour diriger des entreprises capables d’affronter l’a venir. De même, les décideurs publics doivent apprendre à travailler davantage avec le monde scientifique et universitaire, comme cela se pratique dans d’autres pays.
Le manque de formation scientifique à un bon niveau d’une grande partie des élites dirigeantes constitue un inconvénient majeur pour  l’avenir de la France. Depuis des années, les organisations de doctorants, notamment l’Andes (Association nationale des docteurs) demandent en vain que le dispositif de formation des cadres de haut niveau de la fonction publique, soit ouvert aux docteurs aux divers stades de leur carrière professionnelle. Un bon exemple de réforme symbolique et utile serait d’imposer à l’ENA de recruter au moins un tiers de titulaires d’une thèse dans chaque promotion

dimanche 4 septembre 2011

Recherche pharmaceutique : les fusions désastreuses

Recherche pharmaceutique : les fusions désastreuses

Le cri d’alarme d’un ancien directeur de la recherche de Pfizer

John La Mattina, ex-président de Pfaizer Global research traite dans Nature Reviews/ Drug Discovery  d’un sujet peu abordé : l’impact des fusions sur la recherche des entreprises et sur l’innovation dans tout un domaine, celui de la recherche pharmaceutique. Et sa vision est plutôt pessimiste et invite, dans l’intérêt de la recherche et du bien commun international qu’est la santé, à veiller aux conséquences stratégiques des fusions : « Bien que les fusions et acquisitions dans le domaine pharmaceutiques ont paru être rationnellement justifiées dans une optique financière à court-terme, leurs conséquences sur l’activité de recherche et développement des firmes concernées ont été dévastatrices ».

De moins en moins de firmes pharmaceutiques  font de moins en moins de recherche

La communauté scientifique et médicales, les Etats, les autorités de régulation, les patients, tous s’inquiètent à juste titre d’une baisse des mises sur le marché de médicaments nouveaux. Dans la décennie 90, il y avait 31 nouveaux médicaments (nouvelles entités chimiques) par an ; dans les premières années 2000, nous sommes tombés à 24 et ce chiffre diminue encore d’années en années. Les firmes pharmaceutiques mettent en avant le fait qu’elles s’attaquent à des pathologies plus difficiles et se heurtent à des exigences réglementaires et de sécurité plus contraignantes ; mais elles s’exonèrent ainsi de leurs choix stratégiques et financiers, et de leurs conséquences.
L’un des facteurs principaux des succès de la recherche thérapeutiques des années 90 ( antiviraux, statines contre l’athérosclérose, antagonistes de l’angiotensine contre l’hypertension…) était en effet le grand nombre de compagnies pharmaceutiques actives dans cette période. La plupart des médicaments sortis dans ces années provenaient de firmes qui ont aujourd’hui disparu : des 42 firmes pharmaceutiques US existant en 1988, il n’en reste aujourd’hui que 11 : 75 % ont disparu ! Et les firmes biotechnologiques n’ont pas pris le relais ; lorsqu’elle réussissent, c’est un avec un portefeuille de médicament très réduit et concentré sur une aire thérapeutique.
Or, et l’étude a été faite sur une période plus longue de 60 ans : le nombre de nouveaux médicaments est très fortement corrélé au nombre de firmes pharmaceutiques en activité.

La rentabilité immédiate et l’augmentation de l’action avant tout !

Les fusions et acquisition ont été encouragées parce qu’elles sont supposées produire des synergies, des réduction de coût  et  permettre l’élimination de doublons. Au début des années 90, les fusions (dont l’exemple était la fusion Bristol Myers/Squibb) obéissaient à une stratégie d’innovation : il s’agissait de diminuer les coût d’opération des firmes de façon à augmenter la recherche et ainsi assurer l’avenir par un constant enrichissement  du « pipe-line » de nouvelles molécules. Les activités de recherche et développement n’étaient pas réduites.
Ceci a changé de manière dramatique dans la dernière décennie. Dans les grandes firmes,  les fusions et acquisitions sont impulsées par la recherche d’une rentabilité immédiate (jusqu’à récemment, il fallait présenter 15 % de croissance par an_ comment y parvenir sans fusion !) et d’une augmentation du cours de l’action, et non par l’avenir de la société, et encore moins, la mission de soigner les patients. En conséquence, les fusions s’accompagnent d’un désengagement dans la recherche, activité par excellence non rentable immédiatement, et souvent maintenant la première touchée). L’archétype ici a été Pfizer, avec sa stratégie d’acquisitions démentielles (Warner-Lambert, Pharmacia, Wyeth, Searle…)  et la fermeture complètes de centres de recherches qui avaient pourtant fait la preuve de leur capacité par la découverte, par exemple, de l’atorvastatine, de l’amlodipine…ou du Viagra ( Kalamazoo, Ann Harbor, Sandwich… sans compter l’ancien site de recherche de Jouveinal à Fresne !). Ce sont des dizaines de milliers d’emplois scientifiques qui ont disparu !

La recherche thérapeutique en péril

Les fusions financières dans l’industrie pharmaceutique ralentissent mécaniquement la recherche ; pendant la fusion, les programme sont réexaminés, et cette opération complexe, qui prend souvent un an, s’accompagne toujours d’un gel des investissements, des recrutements, et de l’apparition de nouveaux programmes.
L’effet des dernières vagues de fusion a été dévastateur sur l’introduction de nouveaux médicaments et se ressentira bientôt sur la santé des patients. Dans les décennies précédentes, plusieurs firmes en compétition lançaient chacune leur médicament lorsque la recherche avait permis d’ouvrir une voix nouvelle (cf le nombre de statines mises sur le marché après la découverte du rôle de la 3HMG COA réductase) ; et c’était très bien ainsi parce que la pharmacologie et la médecine n’étant pas des sciences aussi exactes que les mathématiques, le rêve de la panacée n’étant qu’un rêve, cela permettait de remédier à certains inconvénients chez certain patients, cela permettait aux médecins de mieux adapter le traitement à leur patient, aux patients d’être mieux soignés. Aujourd’hui, avec la diminution dramatique du nombre de compétiteurs, la santé des patients est en cause.
Les fusions ont été désastreuses pour l’effort de recherche thérapeutique. Longtemps les firmes pharmaceutiques se sont vantées de leur effort de recherche, et en effet, avec des investissements en recherche de l’ordre de 20% de leurs revenus, elles assuraient une mission de recherche à la limite du fondamental. Pour les grandes firmes – Pfizer notamment-, les dépenses de recherches sont aujourd’hui plus proches de 10%. Ainsi, avant la fusion avec Wyeth, Pfizer  et Wyeth avaient des dépenses de recherche de 7.95 et 3.37 millards de dollars ; après la fusion, elles ont été réduites à 6.5 milliards, soit une diminution de près de la moitié. Seules des firmes plus petites, moins soumises à la dictature des cours de bourses, gardent un niveau d’investissement en recherche élevé, comme, en France, les firmes familiales Servier et Pierre Fabre.
Les fusions financières sont encore désastreuses pour les patients en raison du désinvestissement massif dans des domaines jugés peu rentables car plus difficiles : maladie d’Alzheimer ou plus généralement neurodégénératives, le diabète – pourtant en explosion-, les anti-infectieux- alors que le nombre de souches résistantes se multiplie et commence à poser de sérieux problèmes.
Les fusions et acquisitions ont été désastreuses en France pour l’emploi scientifique : disparus  les centres de recherche de Jouveinal après l‘absorption par Pfizer, d’Upsa, après l’absorption par BMS, de Lafont, après le rachat par Céphalon, de Novexel après le rachat par  Astra Zeneca et c’est maintenant l’ancien Fournier ( inventeur du « block-buster fénobrate contre l’athéroscérose) qui est menacé après son rachat par Abbot). Quelques PDG, comme ceux de Merck ou de Lilly vont à contre-courant et ont réaffirmé la pérénité de leur investissement en recherche pour assurer le futur et la croissancede leurs firmes
En ce qui concerne la France, il faut arrêter d’être naïf et s’assurer que l’absorption de firmes françaises par des firmes étrangères n’entraîne pas la disparition de la recherche et la perte d’un capital essentiel de connaissance et d’innovation en France, et ceci n’est pas valable que pour l’industrie pharmaceutique, même si celle-ci a été particulièrement touchée ;  au besoin, il faut contraindre les firmes qui ont massivement détruit de l’emploi scientifique à le recréer.
En matière de recherche thérapeutique, il faut que la recherche industrielle soit encouragée et le désinvestissement en recherche sanctionné, notamment par l’action sur le prix des médicaments. Il faut à nouveau rendre l’investissement en recherche attractif, cela peut passer par une extension de la durée de protection des brevets pour tenir compte de la difficulté accrue de la recherche et des exigences de sécurité.

 Ref :John La Mattina, Nature reviews drug discovery, vol10 august 2011














lundi 29 août 2011

Autisme et vaccin ROR (rougeole, oreillon, rubéole) : histoire d’une fraude

Autisme et vaccin ROR (rougeole, oreillon, rubéole) : histoire d’une fraude

En 1998 paraissait dans le Lancet un article établissant un lien entre l’autisme, un syndrome intestinal  et le vaccin RRO (rougeole, oreillons, rubéole), signé d’un certain docteur Wakefield et de douze coauteurs. Il a fallu douze ans pour que cet article soit rétracté, au terme d’une longue enquête d’un journaliste du British Medical Journal, Brian Deer, qui a prouvé qu’il s’agissait non pas même d’une erreur scientifique, mais d’une fraude caractérisée, malveillante et intéressée (cf bibliographie) . Le récit de l’enquête qu’il a menée depuis 2004 a été publié dans une suite de numéros de British Medical Journal à partir de janvier 2011.

Brian Deer a tout d’abord souligné les défauts évidents de l’article originel du Lancet qui auraient dû alerter les scientifiques et les autorités responsables. Sur les douze cas rapportés, Wakefield affirme qu’aucun n’avait de troubles manifestes du comportement avant la vaccination, alors que pour cinq d’entre eux,  des anomalies avaient été rapportées ; sur les neufs cas d’autisme régressif (c’est-à-dire apparaissant brutalement après un développement normal de l’enfant) prétendument identifiés par Wakefield, trois n’étaient pas autistes du tout et un seul pouvait être qualifié d’autiste régressif. Pour quelques enfants, des symptômes comportementaux ont été rapportés dans les jours suivant la vaccination, mais dans la publication de Wakerfield, le délai d’apparition est mentionné comme étant de plusieurs mois. Dans neuf cas, des observations histopathologiques du colon mentionnant une absence de fluctuation ou une fluctuation non significative dans le recrutement de cellules inflammatoires ont été transformées en « colites non spécifiques » dans la publication finale. Enfin, les délais d’apparition des supposés signes comportementaux ont été trafiqués afin de faire apparaître un lien temporel de 14 jours avec la vaccination. Enfin, les patients étaient recrutés parmi les opposants au vaccin RRO, et l’étude a été entreprise et financée dans le but d’obtenir des dommages et intérêts des fabricants du vaccin. Wakefield aurait ainsi touché plus de 500.000 livres de la part d’un avocat et, de plus, monté une société pour promouvoir une alternative au vaccin ROR.

Les faiblesses scientifiques de l’article de Deer étaient évidentes et soulignées dès sa parution en 1998 : faible nombre de cas, absence de cas témoins, lien établi entre deux conditions assez communes, les souvenirs et convictions des parents des enfants atteints admis comme faits d’expérience… Durant les dix années qui suivirent, aucune des nombreuses études épidémiologiques menées ne permirent de mettre en évidence le moindre lien entre l’autisme et la vaccination RRO ; mais le mal était fait, et la publication de Wakefield a été largement utilisée par des groupes d’opposants déterminés à la vaccination et a contribué à entretenir   une peur irrationnelle et de plus en plus répandue.  
Or, les articles de Deer prouvent clairement qu’il ne s’agissait pas seulement d’une erreur scientifique ou de recherche de mauvaise qualité. Deer montre que Wakefield a trafiqué les données des dossiers médicaux des patients pour faire croire à se découverte d’un nouveau syndrome ; que les institutions dans lesquelles il travaillait, le Royal Free Hospital et la Medical School de Londres l’ont soutenu lorsqu’il a tenté d’utiliser la peur du vaccin pour en tirer des bénéfices financiers, à travers son implication dans des procédures judicaires contre les fabricants de vaccin ; et comment des acteurs clés ont manqué à leur mission de protéger l’intégrité de la recherche et la santé publique.

Un combat nécessaire pour l’intégrité scientifique

En 2004, à la suite du premier article de Deer sur l’affaire Wakefield, le GMC (General Medical Council) a enquêté sur le caractère éthique de la recherche menée par Wakefield, en raison de ses conflits d’intérêt et de sa manipulation des enfants et de leurs familles. L’étude par Deer  et le GMC des données expérimentales a montré que les faits rapportés étaient eux-mêmes falsifiés. Le jury conclut que Wakefield était coupable de malhonnêteté concernant les critères d’admission dans son étude, le financement de l’étude par un organisme intéressé à poursuivre les fabricants de vaccin et ses réponses à ceux qui avaient mis en cause ses résultats. Même si seul Wakefield a écrit la publication de 1992, ses co-auteurs, qui se sont par la suite rétractés, ont été aussi mis en cause. L’enquête a montré qu’ils n’avaient aucune connaissance des cas cliniques et des données rapportés dans la publication, et, à vrai dire, aucune idée du travail réellement effectué par Wakefield et des conditions et de l’état d’esprit dans lequel il travaillait. Les co-auteurs ont clairement  la responsabilité de s’assurer qu’ils ne se rendent pas complices d’une fraude scientifique, ils doivent connaître les observations ou expériences rapportées dans les articles qu’ils signent, ou préciser leur apport réel et les résultats dont ils se portent garants ; l’un d’entre eux a été sanctionné suite à l’enquête du GMC.

Wakefield a du quitter toutes ses responsabilité universitaire et hospitalières. Mais les dégâts causés à la santé publique ont été immenses et ne sont pas terminés. La méfiance envers la vaccination RRO a été encouragée, entretenue par les travaux et les déclarations de Wakefield et les réponses inadéquates de la communauté scientifique et médicale et  du gouvernement, et les media aussi ont leur part de responsabilité. Dans les années 2003-2004, la couverture vaccinale au Royaume-Uni est tombée à 80%, bien au-dessous du niveau minimal de 95% nécessaire à la protection de la population selon l’OMS, et elle remonte très lentement. En 2008, pour la première fois en 14 ans,  la rougeole a été déclarée épidémique en Angleterre et au Pays de Galle. Des centaines de milliers d’enfants ne sont plus protégées contre ces maladies.

Les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas les seuls à  connaître des conflits d’intérêt et à s’engager dans des pratiques contestables, et ils sont étroitement encadrés par les autorités de santé. Plus dévastateurs sont les marchands de peur appuyés par des fraudeurs et des scientifiques intéressés et malhonnêtes. La communauté scientifique doit se montrer intraitable envers eux.
Il ne semble pas que la France accorde autant d’importance à l’intégrité scientifique que les pays anglo-saxon, peut-être parce que le financement largement public de ses chercheurs les mettaient à l’abri  de tentations trop importantes et que les grands instituts de recherche font somme toute assez correctement leur travail d’évaluation.  Il n’est pas sûr que ce soit encore longtemps le cas vu l’importance que prend la recherche de financements dans le travail des chercheurs. La politique de la recherche et la communauté scientifique doivent veiller à ce que les institutions assurent un niveau maximal d’intégrité scientifique.

Deer Brian. Secrets of the MMR scare - How the case against the MMR vaccine was fixed, 5 janvier 2011 www.bmj.com
Deer Brian. Secrets of the MMR scare - How the vaccine crisis was meant to make money, 11 janvier 2011.  www.bmj.com
Deer Brian. Secrets of the MMR scare The Lancet’s two days to bury bad news, 18 janvier 2011. www.bmj.
BMJ Editorial. Fiona Godlee, editor in chief, Jane Smith, deputy editor, Harvey Marcovitch, associate editor. Wakefield’s article linking MMR vaccine and autism was fraudulent, 5 janvier 2011. www.bmj.com
BMJ Editorial. Assuring research integrity in the wake of Wakefield. Douglas J Opel, Douglas S Diekema, Edgar K Marcuse. BMJ, 18 janvier 2011 www.bmj.com
BMJ Editor's Choice. Institutional and editorial misconduct in the MMR scare. Fiona Godlee, editor, BMJ, 19 janvier 2011. www.bmj.com

vendredi 19 août 2011

Fusion nucléaire : arrêter ITER ?

Faut-il arrêter ITER- Plutôt oui !

Un programme mal géré

La revue La Recherche a publié en 2010 un article fort documenté sur le programme ITER (construction d’un prototype de réacteur à  fusion nucléaire deuterium_tritium). Le budget estimé de ce projet, piloté par l’Union Européenne, qui en est le partenaire majoritaire avec 45% des parts (le reste comprenant notamment les USA, la Russie, la Chine, le Japon…) est passé de 6 milliards d’euros estimé en 2006 à 14 milliards en 2010, et ceci avant même que la première pierre ne soit posée. C’est une dérive inouïe, ahurissante ! (pour mémoire, le surcoût du grand collisionneur de hadrons (LHC), au CERN, n’a été finalement que de 22% pour un budget initial de 1.6 millliards…mais là ce n’était pas géré par l’Union Européenne). Les réponses de Bruxelles aux questions du journaliste de La Recherche sont proprement ahurissantes.  Les responsables européens de l’organisation ITER commencent par mettre en cause l’augmentation du coût du béton et de l’acier, avant de se rétracter, puis de parler du dispositif anti-sismique, puis finissant par avouer qu’ils ne contrôlent rien… pas même le coût de leur propre organisation, qui augmente aussi dans des proportions himalayennes.

De fortes incertitudes techniques

Il faudrait d’ailleurs vraiment se pencher sur la pertinence du programme ITER et probablement décréter d’urgence un moratoire. Premièrement, le réacteur doit lui-même produire le tritium utilisé dans la fusion et pour cela capturer efficacement des neutrons. Or, le prix Nobel de physique japonais Masatoshi Koshiba explique : «Dans ITER, la réaction de fusion produit des neutrons de grande énergie, de 14 MeV, niveau jamais atteint encore. ..Si les scientifiques ont déjà fait l'expérience de la manipulation de neutrons de faible énergie, ces neutrons de 14 MeV sont tout à fait nouveaux et personne à l'heure actuelle ne sait comment les manipuler ». Deuxièmement, la température à l'intérieur du tokamak ITER sera de 150 millions de degrés, soit dix fois celle qui règne au cœur du Soleil  Les chercheurs n’ont tout simplement aucune idée sur la façon d’obtenir un matériau résistant à 100 millions de degrés (!), pourtant indispensable au projet.  Le breakeven,  qui correspond au moment où un plasma libère au moins autant d'énergie n'a jamais été atteint dans aucun dispositif expérimental - le record actuel est détenu par le JET, qui est parvenu à restituer sous forme d'énergie 70 % de la puissance qui lui avait été apportée. Iter nécessite 400 tonnes d’un matériel supraconducteur à base de Nobium, dont la production  mondiale annuelle n’est que de quinze tonnes par an…etc
Et tout ça pour maintenir une réaction de fusion dans un plasma pendant 16 minutes et produire 500 MW pendant 6 minutes et 40 secondes !

Le soleil plutôt qu’ITER !

Les problèmes techniques sont tels que de nombreux physiciens doutent de la faisabilité du projet. Pierre-Gilles de Gennes affirmait que le changement d’échelle entre les prototypes existants et ITER n’est pas maîtrisé et qu’on n’a aucune preuve qu’il pourra même fournir de l’énergie : « connaissant assez bien les métaux supraconducteurs, je sais qu’ils sont extraordinairement fragiles. Alors, croire que des bobinages supraconducteurs servant à confiner le plasma, soumis à des flux de neutrons rapides comparables à une bombe H, auront la capacité de résister pendant toute la durée de vie d’un tel réacteur (dix à vingt ans), me paraît fou ». Sébastien Balibar, de l'École normale supérieure a résumé : «  On nous annonce que l'on va mettre le Soleil en boîte. La formule est jolie. Le problème, c'est que l'on ne sait pas fabriquer la boîte ».
La fusion qui permet théoriquement de produire de l’énergie à partir d’une matière première inépuisable- l’hydrogène- fait certainement rêver. Mais nous sommes tellement loinde l’objectif en termes de connaissances fondamentales et techniques que le programme ITER paraît à beaucoup démentiel. Les deux Prix Nobel De Gennes et Charpak pensaient qu’il valait mieux relancer les recherches sur la surrégénération en partant des acquis du programme Superphénix. Et les technologies solaires- après tout aussi de une énergie de fusion nucléaire – progressent à grands pas et il est très nécessaire et prioritaire d’investir dans la recherche en ce domaine.
Ceux qui comparent le projet ITER à la mise au point de la bombe atomique ou à l’exploration lunaire trompent ou se trompent : lorsque ces projets ont été lancés, il n’y avait aucune barrière technologique importante non résolue. En tout état de cause, les instances européennes font preuve d’une incapacité évidente à gérer ce projet et d’un dilettantisme monstrueux, voire d’un cynisme scandaleux : alors qu’ITER en dérive pompera l’essentiel du budget européen de recherche, la Commission affirme « prélèvement ou pas, le budget de la recherche continuera d’augmenter chaque année » !

Réévaluer ITER, éventuellement l’arrêter

Nous ne pouvons plus nous permettre un tel gaspillage qui paraît injustifié. Il faut réévaluer sérieusement le problème ITER, identifier les barrières technologiques à franchir, estimer sérieusement les chances de succès. L ’Académie des Sciences, comme elle l’a fait sur le réchauffement climatique, devrait organiser un débat – qui pourrait d’ailleurs s’étendre aux priorités à établir dans la recherche énergétique -, tenter d’arriver à un consensus et en présenter les éléments à l’opinion publique et au pouvoir politique. Rapidement ! Chaque seconde du programme ITER coûte très cher, au détriment d’autres priorités !



lundi 15 août 2011

Après le Mediator : assurer l’aléa médicamenteux

Après le Mediator : assurer l’aléa médicamenteux

Indemnisation et poursuites judicaires

L’affaire du Mediator conduira à des procédures judiciaires longues et incertaines, l’écheveau des responsabilités légales étant assez complexe à démêler entre les laboratoires Servier, accusés d’avoir usé de rétention d’information et abusé de procédés dilatoires pour maintenir leur produit sur leur marché, d’avoir aussi utilisé leur influence auprès des pouvoirs politiques, des experts, des faiseurs d’opinion dans le milieu médical pour obtenir une indication- le diabète- qui n’apparaissait pas justifiée ; l’Etat, à travers l’Agence de Sécurités des produits de santé (AFSSAPS) qui a laissé le Mediator sur le marché en France jusqu’en 2007 alors que, par exemple, il avait été interdit en Belgique en 1999 et retiré en Italie en 2004 et en Espagne en 2005 ; de toute évidence, la pharmacovigilance n’a pas fonctionné ; enfin, les médecins prescripteurs : 50% des prescriptions de Mediator se faisaient en dehors des prescriptions autorisées - ainsi, en 2000, le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) a publié près de 80 dossiers de sanctions de médecins libéraux pour mauvaise prescription de Mediator .
C’est donc une bonne idée que d’avoir dissocié indemnisation et action légale, et d’avoir créé un fonds public d’indemnisation ; mais cela crée une injustice vis-à-vis de nombreuses victimes d’effets indésirables des médicaments. Le drame spécifique du Mediator doit être dépassé pour arriver à une indemnisation de l’aléa médicamenteux, sur le modèle de l’indemnisation de l’aléa thérapeutique (accident d’opération, maladie nosocomiale, affection iatrogène défini par la loi de mars 2002.

Les aléas médicamenteux

Pour situer l’ampleur du problème, il y a par an, en France, 52.000 déclarations d’accident médicaments auprès de l’AFSSAPS, dont 18.000 graves, et 5% des hospitalisations sont dues à des accidents médicamenteux. Un médicament n’est pas un produit anodin, son autorisation de mise sur le marché résulte d’une appréciation bénéfice/risque. Le problème est que la plupart des patients bénéficient du bénéfice tandis que quelques-uns prennent le risque en plein sur eux.
Ainsi, les anticoagulants sont des médicaments indispensables, mais délicats à utiliser, et ils entraînent des milliers d’accidents sérieux, parfois mortels, par an ; des antalgiques comme le tramadol (Contramal par exemple) , sont extrêmement efficaces, et parfois même seuls efficaces, mais peuvent entraîner une dépendance et des sevrages ; la myofasciite à macrophages (fatigue et faiblesse musculaire généralisée, douleur, fièvre, perte de concentration et de mémoire), après avoir été longtemps niée – les malades pouvaient se retrouver en psychiâtrie - peut être causée par certains vaccins chez une fraction des vaccinés – les sels d’aluminium utilisées comme adjuvants seraient en cause. Parmi les plus terribles de ces effets néfastes des médicaments figurent les syndromes de Lyell et de Stevens-Johnson. Ces syndromes se produisent après la prise de médicaments la plupart du temps utiles, efficaces, bénéfiques, mais qui, de façon totalement imprévisible, dans certains cas déclenchent ces syndromes  se traduisant par des décollements de la peau, des douleurs intolérables- le malade » brûle de l’intérieur », une nécrose épidermique pouvant atteindre 30% du corps, éventuellement la cécité, la nécessité d’hospitaliser sur des lits à coussin d’air, une mortalité importante. Les médicaments sont très variés : antibiotiques ( sulfamide, mais aussi bactrim, anti-inflammatoires non stéroïdiens, allopurinol, nevirapine…). Une association de malade AMALYSTE se consacre à aider les victimes de ces accidents thérapeutiques.
Le cas du vaccin contre l’hépatite B est assez particulier. Bien que le lien avec la sclérose en plaque soit considéré comme nul par les études les plus récentes, les personnels de santé, dont la vaccination est obligatoire, sont éventuellement indemnisées, les autres patients, non !

Des propositions

Au-delà du Mediator, il paraitrait juste d’aligner l’indemnisation des aléa médicamenteux sur celle des aléa thérapeutiques hospitaliers (loi de mars 2002). La collectivité toute entière jouit, avec l’aval du législateur, du bénéfice des médicaments, elle ne peut laisser quelques victimes supporter seules le poids du risque. Un automobiliste qui subit un accident grave est indemnisé, pas un malade §
L’association AMALYSTE propose, sur ce modèle,  la création d’ une branche sécurité sociale financée par le « fond de gestion du risque médicamenteux grave », éventuellement alimenté par une taxe sur le prix des médicaments.
Cette proposition figurait dans le projet de loi sur le médicament suite à l’affaire Mediator (loi Bertrand), elle en a été retirée.
Par ailleurs, l’association AMALYSTE propose plusieurs principes, dont le principe de la responsabilité collective, qui découle directement de la balance bénéfices-risques (acceptation collective d’un risque), le principe du contrôle, de la connaissance et de la compréhension du risque , l’acceptabilité collective d’un risque entraînant  une obligation de moyens en termes de connaissance, de compréhension (donc d’un effort de recherche), de suivi et de contrôle de ce risque, le principe d’« auditabilité »- les décisions et évaluations des autorités réglementaires doivent être transparentes et auditables, le principe de la socialisation du risque
conséquence de la responsabilité collective.

samedi 13 août 2011

La libéralisation n’est pas l’amie de l’innovation

La libéralisation ne favorise pas l’innovation, la preuve par les télécoms
La doxa libérale et concurrentielle, portée tant par des gouvernements libéraux que sociaux-démocrates, et défendue avec fanatisme par la Commission de Bruxelles explique que la concurrence devrait permettre d’éviter les gaspillages, faire baisser les prix et inciter à l’innovation et à l’investissement dans une politique de long terme ; c’est le fondement des politiques de libéralisation qui ont touché les secteurs des télécommunication, de l’énergie, des transports, de la poste etc.
En matières de télécommunications, nous avons maintenant une expérience de plus de dix ans, et le moins qu’on puisse dire est que l’effet sur l’innovation est assez évident… mais délétère. En France, selon les données de l’Arcep (Agence de régulation des communications électroniques et postes),  l’investissement moyen dans le secteur est ainsi passé de 21.2% du chiffre d’affaire du secteur en 1995,  à 11.3% en 2004, et 14% en 2007, soit une baisse d’un tiers. En ce qui concerne la part du chiffre d’affaire de France Télécom consacrée à la R et D, la chute est encore plus brutale, de 3.7 à 1.3 %.
 De plus, la volatilité des investissement a également augmenté, traduisant l’augmentation des raisonnements court-termistes au détriment de stratégies à plus long terme.
En fait, dans le secteur des télécoms, une large partie des innovations depuis plus de dix ans résultent de découvertes ou d’inventions antérieures au processus d’ouverture à la concurrence, qu’il s’agisse de standards (internet, GSM..), de techniques de transmission (fibres optiques), ou même de services. La concurrence semble avoir avant tout favorisé une innovation incrémentale et une promotion rapide et efficaces de produits résultant de la diffusion d’innovations radicales datant des années antérieures. Elle a surtout fait exploser les budgets de communication.
Le bilan de la libéralisation des telecom en France sur l’innovation est donc assez  catastrophique. Les projets de très long terme qui caractérisaient le secteur des télécommunications avant la libéralisation ont été rapidement remplacés par des coopérations sur des projets à plus court terme (2 à 3 ans maximum). Le contenu des activités de R et D (recherche et Développement) a évolué vers des projets à plus court terme, rejetant l’essentiel de la recherche fondamentale vers les équipementiers  ou la recherche publique.  Une partie de la recherche a été externalisée, mais  la réduction de l’effort de R et D des opérateurs n’a toutefois pas été compensée par l’accroissement des investissements vers les firmes amont ou le secteur public.
La France continue donc à présenter un retard particulièrement important sur les leaders mondiaux ; essentiellement le Japon et la Corée, notamment  en matière de réseau internet fixe à très haut débit.
Ce que dit la théorie économique-des relations complexes
Ceux qui se gargarisent de Schumpeter et la destruction créatrice (des emplois, pas des bénéfices…) devraient le relire.  Schumpeter distingue en effet deux régimes, le régime dit « entrepreneurial », qui se caractérise par des industries « fluides », avec des barrières à l’entrée peu élevées, et dans lequel le processus de destruction créatrice joue un rôle important ; et , dans des travaux ultérieurs, il a identifié un régime « routinier », caractérisé par l’accumulation créatrice, avec des barrières à l’entrée des compétiteurs et des connaissances cumulatives générées dans un processus « routinier » au sein des départements de R et D des grandes entreprises.
Dans une présentation plus récente, l’économiste Jean Tirole (cf notamment, Théorie de l’organisation industrielle, Economica, 1993) oppose l’effet de remplacement à l’effet  d’efficience. Dans le premier cas, le monopole réalise un profit positif même s’il n’investit pas, alors que la firme en concurrence réalise un profit nul : l’innovation est donc plus rénumératrice pour cette dernière que pour le monopole ; dans le second cas, lorsque la firme en concurrence investit, elle reste confrontée à la concurrence et réalise des profits inférieurs à ceux qu’auraient réalisé un monopole. l’innovation est alors moins rémunératrice pour la firme.
En fait, beaucoup d’éléments militent pour que dans la plupart des secteurs technologiques importants, l’accumulation créatrice l’emporte sur la destruction créatrice, ou l‘effet d’efficience sur l’effet de remplacement. Ainsi, les revenus supplémentaires générés par l’innovation, et donc les incitations à investir, sont souvent d’autant plus faibles que les marchés sont concurrentiels. La concurrence accroît le rythme d’obsolescence des produits, la caractère transitoire des rentes conférées par l’innovation est d’autant plus marqué que les concurrents sont nombreux.  Les nouvelles connaissances incorporées dans un nouveau produit ou procédé sont en partie révélés lors de son introduction. Ce phénomène donne lieu à des comportements de « passager clandestins », et peut contribuer à une réduction globale des efforts consacrés à la R et D ; certains concurrents préfèrent copier les inventeurs et investir ensuite en communication plutôt qu’en recherche…
Dans le cas général, les économistes admettent l’existence d’une courbe en U : en partant d’une situation de monopole, l’accroissement de la concurrence se traduit en premier lieu par une augmentation des investissements en R et D.  A partir d’un certain niveau de concurrence, l’investissement en R et D est de plus en plus faible et les effets négatifs finissent par l’emporter. Le hic est que, suivant les secteurs, la zone dans laquelle les effets de la concurrence sont négatifs est atteinte pour de très  faibles niveaux d’intensité concurrentielle…
L’expérience de la libéralisation dans les télécoms : des leçons à tirer
Dans une économie largement financiarisée, l’entreprise privée oriente largement ses choix vers une rentabilité à court terme pour l’actionnaire. La R et D change de nature pour privilégier l’innovation incrémentale sur l’innovation radicale, le développement de recherches appliquées , notamment pour le développement de nouveaux services, plutôt que des recherches plus fondamentales, plus difficiles à s’approprier, à valoriser et à protéger.
Il n’est donc pas surprenant que les politiques de libéralisation, dans le secteur des télécom, se soient traduits par une forte baisse globale des investissements en R et D, l’augmentation en recherche appliquée ne compensant pas la baisse en recherche fondamentale. Ce régime n’est pas durable, il sacrifie l’avenir, comme il sacrifie aussi les considérations d’aménagement du territoire, d’égalité des clients et les  investissement en infrastructure.
Il ne s’agît pas de proposer d’en revenir à un monopole- encore que le retour à des oligopoles puissants stimulés par des petites start-up se fera peut-être naturellement, avec beaucoup de temps perdu. Il s’agit de constater que des politiques de libéralisation aveugles et uniquement axées sur le dogme démenti de l’effet positif de la concurrence ont des effets néfastes sur l’innovation dans les secteurs intensifs en technologie, et particulièrement en recherche fondamentale. Où sont les laboratoires Bell de demain ? (les laboratoires Bell où ont été découverts le transistor, le rayonnement de fond cosmologique, le langage UNIX, le laser à CO2, les caméras CCD….)
Les politiques doivent évidemment être adaptées à chaque secteur, selon qu’ils sont dominés par l’accumulation créatrice ou la destruction créatrice. Ainsi, dans l’industrie du logiciel(2ème cas), devrait plutôt faire l’objet de politiques visant à favoriser la création de PME  innovantes, et à renforcer les liens entre ces entreprises et les universités. Le secteur des télécommunications (2ème cas) devrait plutôt faire l’objet de programmes technologiques ou de plans de déploiement d’infrastructures.
Enfin, évidemment, la concurrence ne conduit les firmes à s’engager dans une course à l’investissement que lorsqu’il existe un avantage important  au « premier entrant », et l’Etat ou les autorités de régulation doivent fixer les règles du jeu en conséquence.
N.B. Sur le sujet de l’innovation, cf l’Innovation au cœur de la croissance, Jean-Hervé Lorenzi, Alain Villemeur, Economica 2000, auquel cette analyse doit beaucoup