Viv(r)e la recherche se propose de rassembler des témoignages, réflexions et propositions sur la recherche, le développement, l'innovation et la culture



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vendredi 29 mai 2015

Une certaine honte


J’ai fait ce rêve qu’un cabinet d’avocat, de lawyers bien aguerris se chargeaient de défendre les droits de propriété intellectuelle de la Grèce et que pour chaque mention d’un concept philosophique ou politique, d’une découverte ou d’un théorème mathématique, d’une légende, d’une tragédie, d’un héros, d’un dieu grecs, d’une œuvre d’art, d’un fait historique, un infime pourcentage atterrissait dans les caisses, assez profondes il est vrai, mais tout de même pas incomblables des dettes grecques. Mais non, les rêves dans notre monde désenchanté des mythologies, ne se produisent plus.
Alors, pour Chronos insatiable, pour Zeus impérial, pour Athéna aux yeux pers (aujourd’hui glauques ?), pour Hera qui ne se laisse pas faire, pour la beauté d’Aphrodite, la lumière d’Apollon, les sombres orgies de Dyonisos, pour Orphée, pour Prométhée le rebelle, pour les Titans et le sombre Hadès ; cadeau ! Pour Agamemnon le grand roi et son frère Ménélas, pour Achille le vaillant et l’ami éternel Patrocle, pour Iphigénie, pour Castor et Pollux unis dans l’éternité, pour la beauté de Briséis, pour le rusé Ulysse, ses compagnons, sa fidèle Pénélope, pour Euryclée sa vielle nourrice, pour Laërte, son père et pour le chien Argos; cadeau ! Pour les malheureux Hector, Priam, Hélène, Enée, et même le bellâtre Paris, pour Cassandre, que l’on n’écoutait pas, à l’époque ; cadeau ! Pour l’horrible Méduse, pour Jason, sa toison d’or et ses argonautes, pour Hercule et ses travaux, pour les centaures, les amazones ;  cadeau. Pour Minos, Ariane et  Dédale et Icare, qui voulurent voler, cadeau.
Pour Œdipe, qui ne savait pas complexé, pour l’Œdipe roi et les tragiques Laïos et Jocaste, qui voulurent échapper à l’oracle, pour leur tragique descendance de Colonne, pour Créon l’Etat et Antigone, l’éternelle rebelle, pour Eschyle, Sophocle et Euripide, cadeau ;  pour les Euménides vengeresses poursuivant Oreste, et pour la justice d’Athéna, pour Andromaque, pour l’hybris et la nemesis,  pour les chœurs et les majestueux théâtres, cadeau. Pour Pythagore et sa musique des sphères et des enclumes, pour Thalès et les débuts modestes  de la géométrie jusqu’à Euclide (les Eléments, longtemps le livre le plus traduit), pour Diophante et ses problèmes, Zénon et ses paradoxes , pour les exploits d’Appolonius, de Pappus, pour les ellipses, les paraboles, les hyperboles, cadeau. Pour la logique et l’ arithmétique, et les nombres fascinants,  cadeau.  Pour Ptolémée et son système des astres, pour Eratosthène qui mesura la Terre, pour peut-être le plus grand génie scientifique de tous temps, pour Archimède, cadeau. Pour Hippocrate qui cessa de considérer les maladies comme une malédiction, pour Erasistrate et pour Hérophile, qui  peut-être découvrirent la circulation sanguine, pour leur disciple Galien, qui vint à Rome, cadeau.
Pour le mystérieux Héraclite et le Parménide, pour les trop habiles sophistes et pour Socrate et son procès, scandale initial de la démocratie, pour Epicure et son jardin, Platon et son Académie, Aristote et son lycée, cadeau. Pour l’Atlantide, pour la Banquet, Eros et les Androgynes primitifs , pour le Pamphylien, le Phédon, le Gorgias et le destin des âmes, pour la Caverne d’illusions, pour l’anneau de Gygès et le témoignage d’Er, pour la République ; pour le provocateur Diogène, pour Plotin, passeur complexe ; cadeau
Pour ionique, dorique et corinthien, pour Delphes et pour le Parthénon, pour Olympie et son Zeus, son stade, ses jeux, ses héros, pour les auriges, les guerriers, les coryphées, pour Hermès renouant ses sandales, la majesté de Samothrace, la Vénus de Milo, et la statue d'Athéna Parthénos, pour Phidias, pour le Laocoon,  et tant d’autres qui marquent nos conceptions esthétiques ; cadeau
Pour Troie et sa guerre, pour  Athènes, Sparte et leurs législateurs Lycurgue et Solon, pour Rhodes et son colosse, pour Délos et sa ligue, pour  la victoire de Marathon et son messager, pour la démocratie, l’aristocratie, la monarchie, et même les tyrans ; cadeau. Pour les discours de Démosthène, pour les Thermopyles et Leonidas, pour Hérodote l’enquêteur, pour l’épopée d’Alexandre ; cadeau
Pour l’économie aussi, cadeau. Et c’est au nom de cette science du foyer que l’on chasserait la Grèce du foyer européen ? L’état grec a besoin d’être reconstruit, soit ; ça ne parait pas insurmontable .On leur doit bien ça,
un peu de temps.

samedi 9 mai 2015

Diplomatie scientifique de la France_ le changement climatique

Promouvoir la recherche climatique française_ un ensemble peu lisible
Si diplomatie scientifique de la France il doit y avoir (et il devrait effectivement y avoir, c’est un thème qui a été récemment mis en place au Ministère des Affaires étrangères et qui doit être développé), il serait dommage qu’on ne profite pas de cette occasion unique et majeure qu’est la conférence de Paris sur les changements climatiques (COP 21) en novembre 2015 pour mieux faire connaître et promouvoir la recherche française dans le domaine du climat. Certaines ambassades (Dublin notamment) ont fait un effort en ce sens en consacrant un page internet à ce thème ; Campus France propose en ligne un document sur la recherche climatique en France, certes utile aux spécialistes ; mais le moins qu’on puisse dire est que les informations sur la recherche climatique en France sont dispersées, peu homogènes, peu attractives pour le grand public et qu’elles font peu pour la promotion de la recherche française en dehors d’un cercle étroit et informé de spécialistes. Un cercle facilement dérouté, car, défaut exacerbé en France, l’enchevêtrement des structures de recherche et des collaborations rend l’ensemble vraiment peu lisible. Citons, et je suis sûr d’en oublier : le CEA, acteur majeur, d’où est issu le glaciologue et climatologue Jean Jouzel, centre d’excellence mondial pour la recherche historique sur le climat, depuis la paléoclimatologie jusqu’aux glaciations récentes (les « archives du climat »), l’étude des événements climatiques soudains, la mesure du CO2 et autres traceurs géochimiques et climatiques (qui fait partie de son cœur de métier), les interactions entre la composition de l’atmosphère, les échanges avec la surface terrestre et les activités humaines, etc. ; L’Institut Pierre Simon-Laplace et ses calculateurs géants, en pointe sur la modélisation du climat et de la mesure des gaz à effets de serre, l’ Institut des Sciences de l’Univers du CNRS (INSU), l’IRD (institut de recherche sur le développement) qui suit particulièrement les effets du changement climatiques sur les pays en voies de développement, le Centre National de Recherche Météorologique (CNRM, partagé entre Meteo France et le CNRS), qui participe très activement depuis le début aux travaux du GIEC....
 
De Charcot à Jouzel, une belle histoire
 
Oui, il serait quand même intéressant que la COP 21 soit l’occasion de montrer  un visage plus clair et unifié d’une recherche climatique française, très active et de valeur, d’ailleurs reconnue entre autres récompenses par le Prix Nobel de Jean Jouzel. Une recherche climatique française  qui a su attirer des personnalités étrangères de premier plan, comme Robert Kandel, diplômé de Harvard, spécialiste mondial du bilan radiatif et des aérosols, qui a fait toute sa carrière en France. Ce pourrait être l’occasion aussi, de raconter une vraie histoire scientifique française, une histoire qui part de l’exploration et de la  recherche arctique et antarctique, des missions polaires de l’extraordinaire Jean-Baptiste Charcot (1867-1936), des odyssées de ses Pourquoi pas, et de sa mort héroïque. Une histoire qui passe par Paul-Emile Victor, puis par  Claude Lorius, prédécesseur de Jouzel, par les premières campagnes de prélèvement des carottes de glace arctique et de l’analyse de la composition des bulles d’air qu’elles contiennent (projet Vostock 1984-1991). Cette exploitation des extraordinaires « archives climatiques arctiques » ont montré sans ambiguïté le lien entre évolution climatique et taux de gaz à effets de serre sur des périodes allant de 15000 à 800000 ans, point de départ de la prise de conscience du réchauffement climatique et de son origine anthropique, puis des travaux du GIEC.  C’est une belle histoire qui continue, et que la France, qui y a joué un rôle majeur, devrait mieux faire connaître à l’occasion de la COP 21.
 

 

Les allergies_ épidémie en vue, recherche indispensable


 Une extension épidémique
Dans le Livre noir des allergies ( l’Archipel), l’allergologue Pierrick Hordé parle  d’une épidémie en explosion. L’OMS prévoit que la moitié de la population occidentale sera en 2050 victime d’allergies de toutes natures (respiratoires, alimentaires, professionnelles). Il y aurait aujourd’hui en Europe 150 millions d’allergiques.  De plus, les symptômes (rhinites, conjonctivites, exémas) ne sont pas forcément bien pris en compte et les rhinites allergiques évoluent près d’une fois sur deux vers l’asthme, encore trop souvent sous-diagnostiqué.  Or, rappelle M. Hordé, dans les années 1970, on parlait assez peu d’allergies. C’est devenu un phénomène de civilisation  et une telle explosion ne peut s’expliquer que par l’intervention de facteurs environnementaux et les modifications de modes de vie.
La pollution de l’air joue un rôle important, notamment dans l’allergie aux pollens où pollens et particules fines forment ce que M. Hordé appelle un « cocktail explosif ». Les particules fines accentuent l‘irritabilité des muqueuses ; de plus elles se fixent sur les pollens et les font éclater, facilitant ainsi leur pénétration plus profonde dans les bronches et le relargage d’allergènes. Souvent négligée, la pollution intérieure est cinq à sept fois supérieure à la pollution extérieure et représente un véritable fléau en matière de santé publique ; l’ANSES parle de 2.000 décès en France et l’OMS de 4,3 millions de décès annuels contre 3,7 à la pollution atmosphérique. Les polluants impliques sont les composés organiques volatiles, particulièrement le formaldéhyde et autres aldéhydes, présents dans les peintures, colles, bois agglomérés, détergents etc. , les acariens et très souvent, les résidus de tabac_ l’interdiction de fumer en voiture est une bonne décision. Le Dr Hordé appelle aussi à se méfier des produits et plantes censés purifiés l’air qui, souvent empirent la situation : bougies, encens, huiles essentielles, aérosols contiennent aussi souvent des composés organiques volatiles nocifs et il dénonce un manque de réglementation et des indications souvent trompeuses.  La seule et vraie mesure efficace consiste dans l’aération journalière des habitations. Les cosmétiques doivent aussi être surveillés, et la mention cosmétique bio n’apportent aucune garantie quant aux allergies. Les méthodes de stérilisation UHT, préférables,  se développent. Les écoles sont un point évidemment important, critique et inquiétant. L’Inserm a mené une étude sur la qualité de l'air à l'intérieur de 108 écoles primaires réparties dans 6 villes :  30% des élèves sont exposés à des niveaux des principaux polluants atmosphériques supérieurs aux valeurs guides recommandées par l'OMS et l'ANSES (et cette exposition est associée à une augmentation de l'asthme et des rhinites) chez les enfants scolarisés. De nombreuses améliorations sont possibles sur le cadre de vie. Reste qu’il faudra  prendre la mesure de la gravité de l’épidémie allergique et que c’est un domaine un peu négligé, peut-être parce que très compliqué,  en matière de recherche.
Immunologistes et allergologues_ prendre l’allergie au sérieux
Un point est assez symbolique : en France, l’allergologie n’est pas une spécialité médicale reconnue et enseignée en tant que telle, contrairement à la plupart des pays européens ; au contraire, l’immunologie ( remarquer la différence allergologue/immunologiste, le iste fait tout de suite plus sérieux que le logue) qui est en quelque sorte sa base scientifique est bien reconnue – et il faut dire que depuis Pasteur, la France a une belle et forte tradition en ce domaine. L’immunologie s’occupe de problèmes très sérieux : les vaccins, les rejets de greffe, les maladies auto-immunes, l’arthrite rhumatoïde. Dans tous ces domaines, des progrès immenses ont été accomplis-  dans le dernier, des médicaments plus efficaces et mieux tolérés que les anticorps, comme le filgotinib de Galapagos sont en développement. Par contre, l’allergologie s’occuperait de petits bobos, mal définis, qui touchent des organes très différents, souvent en relations avec l’environnement, ce qui ne simplifie rien ; elle est éclatée ente pneumologues, pédiatres, dermatologues,   l'oto-rhino-laryngologues…).
Sauf que les allergies s’aggravent en gravité et en nombre de personnes concernées, au point de devenir l’épidémie menaçante dont je parlais au début de ce blog. L’immunologie s’appuie sur une recherche fondamentale forte, l’allergologie semble être le domaine de pratiques empiriques plus ou moins évaluées.   Alors, il est temps  que l’allergologie devienne une discipline reconnue pouvant s’appuyer sur une recherche fondamentale puissante, de faire mieux  travailler ensemble immunologistes et allergologues et de se donner les moyens de combattre sérieusement  l’extension de l’épidémie d’ allergie annoncée et de mieux soigner les nombreux allergiques.
D’autant que nous ne comprenons pas bien les liens entre immunologie et allergie. En dehors de l’environnement, le développement de l’hygiène qui entraine dans la prime enfance un contact moindre avec de nombreux allergènes, à un moment où le système immunitaire s’éduque semble jouer un rôle important dans l’épidémie d’allergie. Cela était déjà suggéré par des études montrant que des enfants élevés dans des fermes au contact d’animaux deviendraient ensuite moins  allergiques. Une étude récente sur 650 enfant suivis de leur naissance à cinq ans  (Du Toit et al. New England Journal of Medicine, 372, 803, 2015) montre que même dans le cas d’allergènes très puissants comme la cacahuète, une exposition précoce entre quatre et  onze mois permet de diminuer significativement le nombre des allergiques ; et ceci même lorsque les nourrissons semblent sensibilisés à l’arachide. Il existerait donc une fenêtre d’âge durant laquelle diversifier l’alimentation et les contacts  permet une désensibilisation naturelle.

vendredi 1 mai 2015

Réforme du collège : la République menacée


Le projet Najat Vallaud-Belkacem
A la base du pacte républicain, historiquement, il y a la promotion des talents et du travail plutôt que les hasards de la naissance et du sang ; ce fut tout de même une des causes principales de la Révolution Française, une de ses grandes conquêtes reprise et organisé par l’Empire ( Napoléon instaurant les lycées : je veux que le fils d’un cultivateur puisse se dire je serai cardinal ; maréchal d’Empire ou ministre). Promesse républicaine toujours insuffisamment réalisée, certes, toujours à remettre sur le chantier, certes. Mais de là, et je parle de la réforme du collège de Mme Najat Vallaud-Belkacem à aller à l’encontre de cet espoir, c’est une véritable trahison. La méritocratie républicaine doit rester un principe fondateur de la République, elle doit autant que faire se peut permettre à chacun de se réaliser au mieux de son travail et de ses mérites. Dans une Education Nationale, qui ne porte pas toujours aussi mal que l’on le lit, mais enfin, ne va pas très bien, une réforme, celle des classes européennes, avait connu un succès éclatant  et eu des effets extrêmement heureux. Dans chaque collège, même en zone considérée comme défavorisée, une classe d’élite, d’élite républicaine, était accessible, qui permettait aux meilleurs élèves sur tout le territoire d’accéder aux études les plus élevées. C’était la meilleure réforme qui avait été faite depuis longtemps pour l’égalité et la justice, et pour éviter la ghettoïsation scolaire. Sans ces classes européennes, combien de parents auraient mis leurs enfants dans le privé ?

Maintenant, non, les classes européenne ne sont pas accessibles à tous et ne peuvent pas l‘être. Quand comprendra-t-on enfin qu’un même enseignement ne saurait profiter à tous ? Et que la justice et le simple bon sens ne consistent pas à brimer Paul pour rendre Pierre heureux, mais à permettre à Pierre et Paul de se développer chacun à l’aune de leurs capacités ? En langue autant, sinon plus qu’ailleurs, la même pédagogie ne peut convenir à tous. Nos voisins belges, hollandais, nordiques obtiennent d’excellents résultats généraux par la simple diffusion des programme télés  (disons, pour être aimable, les moins scolaires) en anglais à tout âge. Ce n’est pas d’une haute ambition intellectuelle, mais c’est efficace.

En ce qui concerne les langues, la réforme proposée du collège est donc inacceptable, qui revient à briser ce qui était efficace sans apporter pour autant de solution à ce qui l’était moins. Et il reste le problème de l’Allemand, du latin, du grec et de l’histoire, dont des pans entiers disparaitraient au profit d’un gloubiboulga (merci Casimir) pédagogique.

Incompétence et mépris

Il est tout de même assez atterrant de voir un organisme peuplé d’intelligences brillantes accoucher régulièrement de projets aussi stupides. Mais que se passe-t-il donc au Ministère et dans les hautes sphères administratives de l’Education Nationale ?

Comble de l’amateurisme ou de la bêtise, ou du mépris des enseignants, Marianne (24 avril 2015) révèle que le dossier de présentation de la réforme part d’un constat ainsi rédigé : 25% des élèves de l’école primaire s’ennuient souvent, voire tout le temps. Ils sont 71% à être dans ce cas au collège. Sauf que ce chiffre provient d’une unique étude, réalisée par un étudiant dans des banlieues défavorisées, et ne s’appuient sur aucune autre étude sérieuse ou officielle ( alors que les dernières études PISA, si elles montraient encore une baisse des niveaux moyens, révélaient aussi que les écoliers français étaient parmi les plus heureux d’aller en classe :

Autre signe de mépris ou d’incompétence gouvernementales : alors que le gouvernement ne cesse de vanter l’économie de la connaissance, enseignement supérieur et recherche sont laissés, depuis la démission de Me Fioraso, déjà peu présente lorsqu’elle était en fonction,  sans ministres dédiés.

 
Mme Vallaud-Belkacem (contrairement à M. Peillon) n’a que peu de légitimité comme ministre de l’Enseignement, et aucune pour la recherche et l’enseignement supérieur. C’est vraiment trop charger la barque que de lui confier tous ces ministères – et d’ailleurs, en matière de recherche, M. Fabius avec sa diplomatie scientifique, en fait plus qu’elle. Il est temps qu’un prochain remaniement  rende à Mme Belkacem un repos, qu’il soit peu ou bien mérité.
 

lundi 20 avril 2015

L’intelligence artificielle_ une certaine inquiétude ?


Je ne comprends pas pourquoi les gens ne sont pas inquiets (Bill Gates)

Il est assez rare d’entendre des déclarations de ce type de la part de magnats américains. Bill Gates, donc : « Je suis de ceux qui s'inquiètent de la super-intelligence. Dans un premier temps, les machines accompliront de nombreuses tâches à notre place et ne seront pas super-intelligentes. Cela devrait être positif si nous gérons ça bien. Plusieurs décennies plus tard cependant, l'intelligence sera suffisamment puissante pour poser des problèmes. Je suis d'accord avec Elon Musk et d'autres, et je ne comprends pas pourquoi les gens ne sont pas inquiets »
Le Future of Life Institute (FLI  ou Institut pour le Futur de l’Humanité ), qui compte parmi ses membres le physicien britannique Stephen Hawking, Elon Musk, George Church, professeur de génétique à l'université de Harvard, ou encore l'acteur américain Morgan Freeman a publié un appel signé par plus de 700 scientifiques et chefs d'entreprises pour s’inquiéter des risques  du développement de l’intelligence artificielle et  s'assurer que les futures avancées dans le domaine soient bénéfiques à la société. La devise du FLI reflète bien ses interrogations : « La technologie nous donne la possibilité d’une vie épanouissante  comme jamais auparavant... ou de nous autodétruire.Extraits de la lettre 

Priorités de recherche pour une 'Intelligence Artificielle sûre et bénéfique : une lettre ouverte

La recherche sur  l'intelligence artificielle (IA) a exploré une variété d'approches et de problèmes depuis sa création, mais dans les 20 dernières années, a été axée sur les problèmes liés à la construction des agents intelligents - systèmes de perception et d’action dans un environnement donné. Dans ce contexte, « l'intelligence » correspond  à la notion de rationalité, dans ses interprétations statistiques et économiques  au sens large – soit, plus familièrement, , la capacité de choisir les bonnes décisions, plans ou inférences. L'adoption de représentations probabilistes et liées aux théories de la décision et des méthodes d’apprentissage a conduit à un grand degré d'intégration et là un enrichissement mutuel entre IA, apprentissage automatique, statistiques, théorie du contrôle, neurosciences et d'autres domaines. La mise en place de cadres théoriques partagés, combiné avec la disponibilité des données et la puissance de traitement, a conduit à des succès remarquables dans diverses tâches de composants tels que la reconnaissance vocale, la classification des  images, les  véhicules autonomes, la traduction automatique, la locomotion robotique et  les systèmes de question-réponse.
Comme les capacités dans ces domaines et d'autres franchissent le seuil du laboratoire de recherche  pour devenir des  technologies de haute valeur économique, un cercle vertueux s'engage : même de petites améliorations dans les performances peuvent laisse espérer de grandes espérances de profit, ce qui incite à investir davantage dans la recherche. Il y a maintenant un large consensus sur le fait que la recherche en  IA  progresse régulièrement, et que son impact sur la société augmentera. Les avantages potentiels sont énormes, puisque toute la civilisation est un produit de l'intelligence humaine.  Nous ne pouvons pas même prédire ce que l’Humamité pourra faire lorsque se développera l’intelligence humaine amplifiée par l’AI et qu’elle nous donnera de nouveaux outils. L'éradication de la maladie et de la pauvreté sont peut-être à notre portée. En raison de cet énorme potentiel de l’IA, il est important de chercher comment récolter ses fruits tout en évitant les inconvénients et pièges possibles.

Les progrès dans la recherche d'IA  font qu’il est opportun de concentrer la recherche non seulement sur la performance, mais aussi sur l’optimisation des avantages pour la société. Ces considérations ont mené le Comité présidentiel  de l’’association pour le Progrès en Intelligence artificielle (Association for the Advancement of Artificial Intelligence) à encourager une réflexion de longue durée sur le futur de l’AI et sur ses impacts sociétaux ; une telle démarche doit constituer une expansion importante du champ de l'IA elle-même, qui, jusqu'à présent, s’est surtout focalisée sur des techniques neutres en ce qui concerne leur but. Nous  recommandons un élargissement des programmes de  recherche visant  à assurer que les systèmes d’IA, de plus en plus puissants, soient ,de plus, sûrs et bénéfiques : nos systèmes d'IA doivent faire ce que nous voulons qu'ils fassent. Un document listant des priorités de recherche  et donnant de nombreux exemples qui peuvent aider à maximiser les avantages pour la société de l'IA a été préparé. Cette recherche est nécessairement interdisciplinaire s’agissant de l’interaction entre la société et l’IA ; elle concerne notamment l'économie, le droit, la philosophie, la sécurité informatique, la logique formelle et, bien sûr,  les diverses branches de l'IA elle-même.
Les ordinateurs peuvent être aussi "complètement cons"
Certains  chercheurs impliqués dans l’IA considèrent  que le danger potentiel peut venir davantage de ce que les ordinateurs sont « complètement cons » plutôt que leur supposée super intelligence. Ainsi, Bostrom, directeur de l'Institut du Futur de l'Humanité, donne l’exemple suivant : un système à qui on demanderait de rendre les hommes souriants, et qui leur injecterait un neurobloquant pour figer les muscles de leurs visages. Ou, comme dans un épisode d’une série de science fiction, un système à qui l’on donnerait pour instruction de « servir l’homme », et qui proposerait des recettes de cuisine : servir l’homme en paillottes, à la sauce gribiche, en rôti etc….  Dixit Gérard Berry, informaticien et professeur au Collège de France, qui vient de recevoir la médaille d'or 2014 du CNR « Si jamais, dans la chaîne de conséquences, il y a quelque chose qui ne devrait pas y être, l'homme ne s'en rendra pas compte, et l'ordinateur va foncer dedans. C'est ça le bug. Un homme n'est pas capable de tirer les conséquences de ses actes à l'échelle de milliards d'instructions. Or c'est ça que va faire le programme, il va exécuter des milliards d'instructions." 
Bref, il y a dans tout cela beaucoup d’exaltation naïve, technophile ou technophobe, et sans doute un peu de marketing et de lobbying pour une discipline particulière qu’un minimum de connaissances de philosophie ou d’histoire des sciences aiderait à relativiser. Oui, l’intelligence artificielle va nous donner  à nous humains, et non aux robots, de nombreux et considerable nouveaux pouvoirs ; mais  c’est nous qui décideront - quitte à « débrancher ! »), oui elle va nous transformer, y compris physiologiquement, comme l’invention de l’écriture a transformé notre cerveau lui-même ; comme l’invention de l’imprimerie a transformé notre relation au savoir ; il faudrait aussi relire les commentaires effrayés qui ont accompagné l’invention de la Pascaline, la première machine à calculer par Blaise Pascal (enfin à additionner, soustraire, multiplier), se souvenir des spectateurs effrayés s’enfuyant de la salle où était projetée l’Arrivée du train en gare de la Ciotat de Louis Lumière ; oui le simple cinéma a aussi profondément modifié nos sensations ; la perplexité qu’à fait naître la certitude qu’un ordinateur pouvait battre le meilleur maître d’écher ( une discipline en perte de vitesse médiatique, semble-t-il) etc.
Ni enthousiasme extravagant, ni peur panique : nous garderons le contrôle.- ce qui d’ailleurs doit nous inciter encore plus à réfléchir
 

jeudi 16 avril 2015

Pollution à Paris_ Les Franciliens veulent savoir


Clin d’œil évidemment à un tic prêté à un journaliste bien connu, mais enfin, c’est agaçant. Cette année, comme déjà l’année précédente au mois de mars-avril, la France fait face à un pic de pollution aux particules fines et notamment à Paris. C’est pourquoi la maire a annoncé pour le lundi 23 mars la circulation alternée dans l’ïle de France. Mais d’où vient cette pollution ?

Les polluants sont bien connus et cinq posent problème dans la région parisienne, à des degrés divers : le dioxyde d’azote, les particules (PM10 et PM2, 5), l’ozone et le benzène. Les deux premiers, en particulier, franchissent régulièrement les seuils d’alerte. Le dioxyde d’azote a un effet irritant pour les bronches à court terme. Les particules, qui pénètrent  dans l’appareil respiratoire, ont un effet à moyen terme : elles sont classées cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les coupables potentiels sont aussi bien répertoriés : trafic routier, notamment diesel, les feux de cheminées, l’épandage agricole intense au mois de mars et une météo favorable au déplacement des particules fines. Et l’industrie ?

Selon Céline Léger, ingénieur d'études à Air Normand (Le Figaro, 20/03/2015), les particules fines peuvent voyager sur de très longues distances. Portées par un vent du nord, de l'est ou du nord-est, les masses d'air se chargent en particules fines et vont s'ajouter à la pollution locale. Résultats, nous récupérons des particules fines venues de chez nos voisins européens comme la Belgique, le Luxembourg ou encore la Pologne. »

Ah ? Et pourquoi pas l’Allemagne dont on sait, depuis qu’elle a abandonné son programme nucléaire, qu’elle a considérablement accru sa pollution et son bilan carbone en remettant notamment en fonctionnement des centrales à gaz et à charbon. La respoansbilité de l’Allemagne avait déjà été mentionnée en 2014 par le journaliste Gilles Dauxerre. : « on polémique sur la pollution automobile à Paris mais les particules viennent des centrales à charbon allemandes… ». A l’appui de ses propos, il ùmentionnait une carte avec, à l'appui de ces accusations, une carte extraite du site  Prev’air qui semblait montrer, beaucoup plus clairement qu’ AirParif, une origine allemande

En ce qui concerne l’épisode de cette année (2015), la directrice d’Air Parif évoquait bien une pollution importée, mais semblait noyer le poisson ( ou plutôt les polluants) dans des considérations très politiquement correctes :

« Pour cet épisode, d'où provenait cette pollution importée ? De toute l'Europe, notamment du Benelux et de l'Allemagne du Nord. Nous avons subi un flux d'air venu du Nord-Est, qui a circulé pendant 4-5 jours. Chaque pays apportait sa pollution, qui enrichissait la masse d'air. Mais nous y avons aussi participé. Même quand la pollution est importée dans la région, on l'enrichit puis elle va ailleurs. C'est pour ça qu'il y a toujours intérêt à tenter de la limiter avec la circulation alternée par exemple » ((Francetv info)

 Même si la pollution à Paris a diminué entre 2002 et 2012, grâce à des actions nationales et européennes sur le trafic, le chauffage et les industries ; même si les alertes sont plus nombreuses en partie parce qu’en 2011, les seuils d’alerte ont été abaissés de 120 mg/m3, il n’en demeure pas moins que la qualité de l’air reste "problématique", et largement au-dessus des seuils réglementaires européens, ainsi que le rappelle AirParif. En 2013, plus de trois millions de Franciliens ont ainsi été potentiellement exposés à des niveaux de pollution supérieurs à la norme : et cela se sent et se ressent : des nefants que l’on oit empêcher de sortir en récréations, des irritations et picotements pour les adultes et de vraies gênes respiratoires pour les asthmatiques..

 Alors il ne serait pas indifférent qu’AIrparif et les scientifiques indiquent vraiment l’origine des pollutions ; c’est une exigence minimale de transparence, c’est aussi une nécessité pour l’acceptation des mesures nécessaires ; car, comme l’a bien senti Ségolène Royal, les franciliens risquent de ne pas très longtemps garder leur calme face à l’alternative entre les risques pour leur santé et l’accumulation des journées de circulation alternée. Quant à l’Allemagne, si sa responsabilité est en cause, il faudra en discuter sérieusement ; car enfin, la décision démagogique de l’arrêt du nucléaire doit être assumée, d’autant qu’Angela Merckel se permet de donner des leçons aux Japonais qui veulent  redémarrer leurs centrales nucléaires.
 
 
 

dimanche 12 avril 2015

Anti-Lumières, anti-progressistes et apologistes du terrorisme (Jonas, Anders)


Les deux notices de ce billet doivent beaucoup aux excellentes conférences de Michel Onfray de l’Université Populaire consacrées à la pensée post-nazie –on peut les trouver notamment sur le site de France Culture
 
Hans Jonas
 
Dans l’un de mes précédents billets (Heidegger_on peut s’en dispenser), j’ai commencé à parler de l’intérêt à peu près nul de Heidegger en ce qui concerne la connaissance et la réflexion sur la science et la technique, et la dangerosité de ses conceptions qui le lient profondément au nazisme. Que malgré le comportement de Heidegger sous le nazisme, Hans Jonas, élève de Heidegger, Juif qui duit fuir l’Allemagne  et combattit contre les nazis n’ait pas vraiment rompu  et ait toujours été fasciné  par lui est, plus qu’intriguant, inquiétant.  D’Heidegger, Jonas a retenu une méfiance et même un mépris de la technique et de la science : le futur est systématiquement pensé sous le signe du pire : « La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là ».  (Le principe Responsabilité. On retrouve donc chez Jonas une inquiétante critique de la démocratie, qu’il accuse d‘être incapable de prendre en compte le destin des générations future ; et Jonas de féliciter l’ex URSS (celle de Brejnev) de savoir imposer à ses peuples une bienheureuse frugalité, une ascèse et autres sacrifices à opposer à la société d’abondance condamnable. Peu adepte donc du débat démocratique, Jonas défend une « heuristique de la peur », et appelle à renoncer à la raison, à la discussion, à la démonstration pour convaincre et y substituer la peur : « Peut-être que la peur réussira là où la raison a échoué ». Il faut utiliser la peur pour faire réaliser la dangerosité de notre technique et sauver l’humanité

A cela s’ajoute un retour aux mentalités et aux âges théologiques - Jonas consacrera une partie importante de son œuvre à la Gnose. La science a détruit l’idée de Dieu et laissé l’homme sans repères. S’opposer à la nature, c’est s’opposer à Dieu. Celui conduit Jonas à s’opposer à l’avortement (notons aussi que sont jugés irresponsables les humains qui ne font pas d’enfants) et à l’euthanasie, à plaider pour une éthique qui ne saurait être que religieuse et juive, et aussi pour à appeler à l’inspiration divine à la science.

Onfray parle gentiment dans les cours de son Université Populaire consacrés à la philosophie post-nazie parle d’un « conservatisme de gauche » ; mais en fait c’est bien d’une pensée profondément et violemment rétrograde, bien dans la lignée de Heidegger qu’il s’agit.

Gunther Anders

Plus original est Gunther Anders, lui aussi ancien élève de Heidegger, mais qui s’en sépara plus violemment. Dans « La pseudo concrétude de la philosophie de Martin Heidegger » (texte difficile indique Onfray –), il n’hésite pas à dire que la façon qu’à Heidegger de penser le concret rend possible le national socialisme , et il propose une philosophie qui parte vraiment d’une observation concret, des phénomènes modernes ( la radio, la télévision, le jazz). Sou ouvrage majeur est l’ « Obsolescence de l’homme ». Quelques idées glanées dans l’exposé de Michel Onfray. La technique (radio, télévision) nous éloigne du réel, et nous vivons dans un monde d’images, de fantômes, qui nous rendent incapables d’être présent au monde, sous l’effet de la vitesse, de la tyrannie de l‘instant, de l’absence de hiérarchie de l’information ; et nous sommes tellement aliénés par ces fantômes que même ceux qui prétendent s’en échapper s’y soumettent en réalité- nous en venons à réclamer notre propre esclavage - il n’y a même plus besoin d’un quelconque endoctrinement. Pour échapper l’angoisse de la mort, de la finitude de l’homme, nous nous auto-réifions ; nous aspirons à devenir des objets fabriqués pour atteindre l’espèce d’immortalité que possèdent des objets industriels parfaitement identiques et indéfiniment remplaçables les uns par les autres ; le maquillage, l’effacement des visages de l’art contemporain, les festivités de masses, les mass-media, le caractère mécanique ? du jazz, le star system, le culte des performances sportives  sont autant de signes de ce nihilisme et de cette aspiration à la machine, à la réification de l’homme.
Gunther Anders revendique l’étude du concret et l’exagération comme méthode philosophique ; s’il partage avec les Heidegerriens l’hostilité envers la technique et une connaissance pour le moins approximative des sciences, c’est en s’éloignant d’Heidegger  et d’ailleurs de toute l’institution philosophique qu’il parvient à quelques aperçus fulgurants et fascinants sur le monde moderne.
Reste que Gunther Anders, comme les autres ne peut être classé que parmi les réactionnaires et qu’il manifeste, comme les heidegerrien, un mépris certain de la démocratie, de l’argumentation, du débat, de la démarche rationnelle.  Citations :
« On nous a traités de « semeurs de panique ». C'est bien ce que nous cherchons à être »
« Si nous voulons assurer la survie de notre génération et celle des générations suivantes, il n’y a pas d’autres moyens que d’informer clairement ceux qui persistent à mettre en danger la vie sur terre par l’utilisation de l’atome, qu’elle soit guerrière ou pacifique, et continuent à refuser systématiquement tout pourparler en vue d’y mettre un terme, qu’ils vont, tous autant qu’ils sont, devoir se considérer comme notre cible. Je déclare que nous n’hésiterons pas à tuer les hommes qui se rendent ainsi coupables de crimes contre l’humanité » (ceci est tiré d’un article intitulé la contestation non violente est-elle suffisante, et l’on voit clairement la réponse d’Anders).
Nous sommes loin là encore de l’insistance des positivistes sur la démocratie comme démocratie d’opinion, sur la nécessité de l’éducation populaire et de l’existence d’un pouvoir spirituel (experts, philosophes) complètement indépendants du pouvoir temporel ; loin de l’exemple plutôt heureux , plus démocratique et plus conforme au modèle comtien du GIEC et de son action contre le réchauffement climatique anthropique.