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vendredi 24 août 2018

UPSA, pépite française placée sous « revue stratégique » par BMS


UPSA- une belle histoire

Décidément, le langage managerial ne cesse de s’enrichir d’euphémismes assez barbares. Bref, que le géant américain place la vieille PME française pharmaceutique UPSA sous revue stratégique, cela signifie tout simplement qu’il cherche à s’en débarrasser ; c’est la fin d’un épisode assez caractéristique de l’impérialisme américain et d’un laissez faire français.

UPSA a été fondé en 1935 par le Dr Camille Bru, un radiologue qui a mis au point un système de radiologie itinérant, permettant d’effectuer des radiographies au chevet des malades dans des endroits isolés. Il constate aux rayons X que les boissons gazeuses accélèrent les mouvements du tube digestif. Il imagine alors une solution effervescente facilitant la digestion qui deviendra le Normogastryl®, un médicament bien ancré dans la pharmacie familiale des Français. Repris à la mort de Camille Bru en 1958 par son fils le docteur Jean Bru, UPSA devient un pionnier et un spécialiste de l’effervescent, avec en 1960 le lancement de l’aspirine effervescente et en 1972, Efferalgan®, le paracétamol effervescent. Dans le cas des antalgiques, l’effervescence permet d’abord une plus grande rapidité d’action par voie orale, mais les bénéfices sont encore plus importants dans le cas de l’aspirine car en favorisant sa dispersion, l’effervescence permet de diminuer ses effets gastriques.

Parmi les médications familiales à succès effervescentes, citons encore le citrate de bétaïne, remède devenu traditionnel des gueules de bois et le Fervex, ainsi que le Donormyl (non effervescent). UPSA devient aussi un laboratoire de recherche d’où sont sorties des molécules nouvelles comme le Nifluril, un antiinflammatoire toujours sur le marché, ou un antiarrythmique, comme le Cipralan - aujourd’hui retiré. Au moment de sa reprise par BMS, il avait des candidats prometteurs dans le domaine de l’hypertension (antagonistes de l’angiotensine) ou nouveaux antiinflammatoires (inhibiteurs de Cox2). Parallèlement UPSA élargit sa gamme anti-douleur (paracétamol codéine) et fonde les Instituts UPSA de la douleur, destiné à sensibiliser les médecins et hospitaliers à la douleur des patients à une époque où celle-ci était encore assez négligée, avec une action spécifique innovante vers la souffrance des enfants en bas âge. Et toujours l’effervescence, avec le développement d’un savoir-faire et d’un outil industriel unique situé à Agen : en 1985, un processus exclusif de fabrication verticale est mis au point : la première tour de production de produits effervescents est construite et une deuxième tour voit le jour trois ans plus tard. Une partie de cet outil est d’ailleurs alors utilisé par d’autres groupes pharmaceutiques pour leur propre fabrication d’effervescents.


A la mort du Dr Jean Bru, en septembre 1989, UPSA est victime d’une fiscalité aberrante, qui a causé la mort de nombreuses entreprises : sa veuve se trouve contrainte de payer 40% de la valeur de la société en droits de succession ( depuis, la leçon a été en partie tirée avec la possibilité de créer des fondations qui permettent d’éviter le dépeçage d’une société lors d’une succession). Un accord ( forcé) est alors conclut avec BMS qui entre comme partenaire dormant pour 4 ans laissant Mme Bru a la tête de l’entreprise. Celle-ci continue à développer la recherche,  crée les Institut UPSA de la douleur et, en même temps mène une politique commerciale ambitieuse  avec de beaux succés – l’ex URSS en pleine transformation et dépourvue d’industries pharmaceutiques découvre alors l’aspire effervescente UPSA, l’aspirine champagne, qui connait un certain succès et représente un véritable progrès par rapport aux formes existantes. En 1994, comme l‘accord initial lui en laissait la possibilité, Bristol-Myers Squibb acquiert l'intégralité d’UPSA, et progressivement la recherche en France disparait, les liens commerciaux traditionnels, notamment avec l’Afrique, sont désorganisés et UPSA cesse d’être une société indépendante pour devenir une simple marque du groupe BMS - celui-ci entendant tout de même bénéficier de son excellente notoriété en France ( les sacs en papier UPSA à la croix verte ont beaucoup fait pour cela, à côté des produits)

Aujourd’hui UPSA  emploie environ 200 personnes à Rueil-Malmaison et  1 300 salariés en Lot-et-Garonne ce qui en fait le plus gros employeur privé du bassin d’Agen. Le maire d’Agen, Jean Dionis du Séjour a commencé à s’inquiéter, mais il semble bien seul et bien dépourvu de moyens face au rouleau compresseur de BMS qui semble décidé à vendre une société qu’elle n’a guère fait progresser, sauf peut-être en ce qui concerne l’outil industriel.

Tant pour ses produits que pour sa technologie de l’effervescent UPSA reste une belle pépite. Il serait dommage qu’elle suive le sort de  Fournier, Monal, Faure, Sarget, Jouveinal, Lipha, Lafon…tous disparus au gré d’acquisition multiples. Le manque d’intérêt du gouvernement français pour son industrie pharmaceutique, sa naïveté dans sa soumission à une orthodoxie libérale à laquelle il est seul à croire ont fait assez de dégâts – avec des conséquences bien tangibles : les médicaments qui ne sont plus inventés par des sociétés françaises, il fait les acheter  très cher ou en priver les malades !

Il faut agir pour qu’une solution pérenne (et meilleure que BMS !) sera trouvée pour UPSA, on parle de Pfizer, ce qui n’est guère rassurant ( voir Jouveinal),  de Mylan, ce qui l’est peut-être un peu plus en raison d’une vraie complémentarité. Tiens, à ce propos, Mme Bru, après le succès de l’aspirine champagne en Russie avait imaginé, en précurseur (vers 1993) de partir à la conquête du marché chinois et des accords avaient été signés avec les sociétés des Frères Tang - de l’aspirine effervescente sous licence UPSA devait être produite en Chine à partir de 1995. On imagine ce que cela aurait pu représenter pour le développement d’UPSA. Eh bien, une des premières décisions de BMS a été de rompre cet accord, considérant avec une arrogance caractéristique ce « contrat d’épicier » - ce qui entre parenthèse a coûté assez cher en dédommagement. Alors pourquoi pas un acquéreur chinois pour UPSA ? A Toulouse, ils ne sont pas loin !

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lundi 20 août 2018

Raisons de détester l’Eurokom 9 : Des dizaines de milliers de normes !


Suite de la série précédente : légèrement énervé par Macron proclamant que « l’Europe nous a donné la Paix »  et face aux politiciens truqueurs qui sciemment mélangent l’Europe, réalité géographique, historique, culturelle et la Communauté européenne et ses institutions (notamment la Commission européenne), vouées uniquement à construire un grand marché selon le dogme d’une véritable secte libérale, je propose donc de différencier l’Europe réelle des peuples et des nations et l’Eurokom, les institutions de la Communauté Européenne.

En fin d’été, une sujet plus léger que les précédents : les normes européennes.

Les bananes : commençons par les fameuses bananes. Sur certains argumentaires de la Commission, on peut trouver que l’Europe n’a jamais fixé de normes sur les Con,coùmbres et sur mes bananes. Eh bien, c’est quand même faux. Prenons mon Wiki favori : « le règlement n° 2257/94 limitait les déformations et les courbes anormales. Dans le cadre des bananes de classe Extra, aucune marge de manœuvre n'est laissé, cependant, dans le cadre des bananes de classe 1 et 2, les déformations sont possibles. Donc,
« Le calibrage se trouve déterminé « par la longueur du fruit, exprimée en centimètres et mesurée le long de la face convexe, depuis le point d’insertion du pédoncule sur le coussinet jusqu’à l’apex, le grade, c’est-à-dire la mesure, exprimée en millimètres, de l’épaisseur d’une section transversale du fruit pratiquée entre ses faces latérales et son milieu, perpendiculairement à l’axe longitudinal. Le fruit de référence servant à la mesure de la longueur et du grade est le doigt médian situé sur la rangée extérieure de la main, le doigt situé à côté de la coupe, qui a servi à sectionner la main, sur la rangée extérieure du bouquet. La longueur et le grade minimaux sont respectivement fixés à 14 cm et 27 mm »

Les concombres : Là aussi, norme il y eût, même s’ilsemble qu’elle ait été au mpoins partiellement abrogée ( normaliser et abroger, c’est toujours travailler, et surtout dépenser !)
« Le poids minimal des concombres cultivés en plein air est fixé à 180 grammes et celui des concombres cultivés sous abri à 250 grammes, que la longueur minimale de certains concombres doit être égale à 25 ou 30 cm suivant leur poids, et que « la différence de poids entre la pièce la plus lourde et la pièce la plus légère contenues dans un même colis ne doit  pas excéder 100 grammes lorsque la pièce la plus légère pèse entre 180 et 400 grammes, et 150 grammes lorsque la pièce la plus légère pèse au moins 400 grammes » !

Les chasses d’eau : A la suite de trois années d’études et d’un rapport de 122 pages qui avait coûté près de 90.000 €, des règles de standardisation des toilettes en Europe ont été fixées :  l’évacuation normale de la chasse d’eau devrait être de 6 litres et l’évacuation économique de 3 litres… alors que les Anglais utilisent traditionnellement 4 litres d’eau pour leur demi-chasse ! Eh bien voilà, on tient une des vraies raisons du Brexit !

Les Pommeaux de douche : Pour rester dans nos salles de bains qui semblent passionner les Commissaires européens : pour pouvoir prétendre à l'éco-label européen, les pommeaux de douche  doivent avoir un débit inférieur à 8 mètres cubes par minute, ont décidé les hommes en noir de la Commission de Bruxelles. A vos seaux !

Normes antisismiques et tremblement de terre : La réglementation Eurocode 8 est stricte : les constructions situées dans les zones non sismiques devront elles aussi respecter les normes antisismiques. Surcoût : de 1 à 5%. Ainsi, pour un collège en construction au Mans, le redimensionnement des fondations représente un surcoût de 100.000 euros pour les classes et de 60.000 euros pour le restaurant !

Gravier : Les graviers utilisés dans l'UE doivent répondre à de strictes normes bruxelloises. Les constructeurs de la piste de l'aéroport de Cayenne, en Guyane, ont dû faire venir leurs cailloux de métropole !

Pruneaux : Leurs producteurs n'ont plus le droit d'inscrire sur les emballages qu'ils favorisent «les fonctions digestives normales», car, en la matière, l'Union européenne a décidé que la normalité «n'existait pas». (On peut dire qu’ils font chier, es fonctionnaires européens !)

Eau : les producteurs avaient coutume d'inscrire sur leurs bouteilles que «la consommation d'eau peut réduire les risques de déshydratation». Un règlement européen (CE 1170/2011) l'a formellement interdit ! Buvez de l’alcool ?

Scarabées et escargots : la découverte sur le tracé projeté pour l'autoroute A28 du scarabée Pique-Prune protégé par la Convention de Berne a conduit à retarder pendant dix ans un chantier jusqu'à ce que l'on découvre que, très répandu dans le département de la Sarthe, la réalisation de l'autoroute ne le menaçait nullement. Les escargots de Quimper (espèce protégée au niveau national et d'intérêt au niveau européen) ont eu raison des ambitions du centre de formation du Club de football de Brest (un chantier de 12 millions d'euros, pour lequel 40 entreprises ont répondu aux appels d'offres est  complètement à réétudier !)

Pêche à la ligne : Le règlement européen n° 1380/2013 limite à un par jour le nombre de bars que les pêcheurs à la ligne peuvent ramener. Amis pêcheurs, enjoy ! Les pêcheurs professionnels, eux, ne sont concernés par aucune limite ! Merci pour les entreprises de pêche industrielles,  bien protégées par la Commission ( leurs lobbyistes sont très actifs_ tiens, il faudra que je asse un article rien que pour ça !

Tables de restaurant : La norme EN 1729 impose qu'elles fassent au moins 80 centimètres de haut, pour être jugées accessibles aux fauteuils roulants. De nombreux établissements ont dû les changer ! (Et pour les nains, il y a rien ?)

Agrumes : suite au règlement d’exécution n° 543/2011, le citron doit avoir une teneur en jus de 20 % et un diamètre de 4,5 cm minimum, la clémentine doit avoir 40 % de jus et 3,5 cm de diamètre, l’orange sanguine doit avoir 30 % de jus et 33 % de jus pour une orange de variété navel, avec un diamètre supérieur à 5,3 cm et que cette dernière doit avoir une belle couleur orange car seuls les fruits dont la coloration vert clair n’excède par un cinquième de la surface totale sont admis ! On préfèrerait des normes un peu plus solides sur les phytosanitaires !

Ce ne sont que quelques exemples, qui pourraient être multipliés. A vous de jouer ! Il y a de quoi rire, il y aussi de quoi pleurer. L’Europe ne cesse d’emmerder les européens, mais, en plus,  cela coûte cher, stupidement cher. Et vous pouvez être sûr que derrière chacune de ces normes se cachent quelques intérêts bien à l’abri qui ont procédé à quelques manœuvres bien embrouillées.
Par contre, des normes vraiment utiles, comme celles sur la pollution automobiles ont été rédigées de façon si alambiquées que certains industriels, et pas des moins, comme Volkswagen, ont pu les détourner durant des années sans que personne ne s’en préoccupe.



jeudi 16 août 2018

A tous ceux qui veulent bannir le glyphosate








Glyphosate et procès de sorcières


Utilisation des documents internes : une judiciarisation dangereuse

Que la justice américaine fasse n’importe quoi, on y est habitué. La société Monsanto a été condamnée par la justice californienne, vendredi 10 août, à verser 289,2 millions de dollars (248 millions d’euros) à un jardinier américain, Dewayne « Lee » Johnson. Agé de 46 ans et père de deux enfants, il est en phase terminale d’un cancer du système lymphatique qu’il attribue à son exposition à des herbicides contenant du glyphosate.

Comme souvent aux USA, le jugement ne s‘est pas basé sur la réalité de la mise en cause, sur la démonstration de la responsabilité du glyphosate dans l’apparition de cancers en général, ni , en particulier, de celui dont est atteint M. Dewayne. Les diverses dépositions des experts, honnêtement menées, contradictoires n’ont absolument pas permis d’aboutir à cette conclusion. Ce qui a emporté la conviction du jury, ce  sont des documents internes de Monsanto tendant à montrer que celle-ci a cherché à dissimuler des éléments pouvant mettre en cause le glyphosate et à recruter et à influencer des experts allant dans le sens de ses intérêts. En particulier, était  en cause un mail dans lequel une responsable de la recherche de Monsanto critiquait une responsable  de la communication affirmant que le glyphosate était un produit sûr en lui rétorquant qu’elle ne pouvait l’affirmer, puisque Monsanto n’avait pas fait les études permettant de le prouver.

Scandaleux ? ça dépend du contexte, et, à vrai dire, ce que je trouve plutôt scandaleux, c’est l’utilisation que l’on fait de ce mail- et peut-être le moyen dont on se l’est procuré. S ’il s’agit de rappeler à des responsables de la communication un peu trop enthousiastes qu’aucune étude jamais ne démontrera qu’un produit est sûr, mais ne pourra qu’éliminer des facteurs connus de risque, où est le scandale ? S’il s’agit de divergences de vue en interne sur la significativité et la pertinence de telle ou telle étude, où est le scandale ?

Les contempteurs du progrès et de l’industrie triomphent, ils ont bien tort. Car la conséquence certaine de cette affaire sera dans des milliers d’industrie d’ôter toute liberté d’expression aux chercheurs et d’interdire tout débat interne, l’expression de tout doute sur tel ou tel méthode ou résultat. Aller à l’encontre de ce que souhaite entendre la direction deviendra un motif légitime de licenciement, tant les conséquences risquent d’en être importante pour la compagnie. Personne n’y gagnera, et surtout pas la santé et la sécurité publique

Selon les connaissances scientifiques actuelles, le glyphosate est peu dangereux

 Non, la dangerosité du glyphosate pour les agriculteurs, n’est pas établie, et encore moins pour le reste de la population. Car il faut distinguer les tests de toxicologie conduits, in vitro ou sur des rongeurs soumis à de fortes doses, des système modèles dans lesquels on cherche à voir un effet pour éventuellement définir une dose sûre d’utilisation des études épidémiologiques menées sur des population pour évaluer le risque en cas d’exposition, à des doses réalistes, dans les conditions d’utilisation.

La santé des agriculteurs (et heureusement, et encore insuffisamment) est surveillée dans de nombreux pays (par exemple, étude AHS aux USA sur 54000 agriculteurs pendant 20 ans et prenant en compte 22 types de cancers,  étude Agrican en France – 180.000 personnes depuis 2005). Aucune de ces études n’ a mis en évidence une responsabilité du glyphosate dans le déclenchement de cancers. Pourtant, des résultats significatifs et inquiétants ont été incontestablement établis. Ainsi, il existe bien une augmentation chez les agriculteurs de la maladie de Parkinson par rapport à une population générale analogue (13% en moyenne, 18% chez les 60-84 ans) et les molécules impliquées sont les fongicides thiocarbamates et dithiocarbamates. Il y a contrairement à ce qu’on croit, moins de cancer chez les agriculteurs que dans le reste de la population- mais certains cancers sont plus représentés et clairement liés à certains expositions, par exemple le cancer de la prostate, lié à des pesticides  à des chlorés et phosphorés (Aldrine, Lindane, Heptaclore, Fonofos), du poumon (Atrazine, DDT, Parathion, diazinon, arsenic), de la vessie (Arsenic, Alachlor, imazaquin). Et, bonne nouvelle, les agriculteurs semblent relativement moins atteints que la population générale par l’asthme.

A aucun moment, le glyphosate n’est mis en cause. Rien, aucun signal.Ajoutons qu‘un pays comme la Suède, pionnier de ce type d’étude et qui prend généralement au sérieux l’épidémiologie et la prévention a voté en faveur de l’extension de cinq ans du glyphosate.

Essayons d’être rationnel, mais c’est probablement peine perdue

- Selon toutes les connaissances actuelles, le glyphosate est peu toxique, moins que la plupart des autres produits phytosanitaires. C’est un désherbant extraordinairement efficace et qui permet de bonnes pratiques de protections des sols, telle l’agriculture de conservation (agriculture-de-conservation.com/A-tous-ceux-qui-veulent-bannir-le-glyphosate.html)
- Se passer du glyphsate entraineune perte de rendement de 5 à 15% selon les cultures, sans compter un travail beaucoup plus important. Nous avons tout de même 7,55 milliards d’hommes à nourrir
- 92 % des agriculteurs français affirment qu’ils appliqueront des traitements herbicides supplémentaires si le glyphosate venait à être interdit.
Simple question aux croisés de la lutte anti-glyphosate, du moins à ceux de bonne foi, par exemple Stéphane Foucart, du Monde, dont j’ai souvent dit du bien dans ce blog,:Sur la base des connaissances actuelles, ne pensez vous pas que l’interdiction  du glyphosate aura un effet néfaste sur la santé des agriculteurs, sur la production et l’économie agricole et se soldera par des centaines, voire des milliers de mort, si le glyphosate est remplacé, comme probable, par des produits plus toxiques ou moins évalués ?

- Je crois que l’on pourrait se mettre d’accord sur au moins une constatation :  oui, les pouvoirs publics doivent mieux évaluer les effets des produits chimiques d’usage courant  sur la popualtion, et en particulier pour leur usage professionnel. Et la dévalorisation de la médecine du travail, son démantèlement sournois et continu ne vont pas dans le bon sens !
Les agences publiques compétentes devraient être informées des études et  résultats des industriels, même non publiées.

Mais je crains fort que ce soit peine perdue, tant le débat sur la glyphosate a pris un tour irrationnel qui ne peut que rappeler les procès de sorcières. Personne n’a été brûlé vif, mais si des décisions irrationnelles sont prises, il y aura des morts. Monsanto est devenu, c’est la rançon du succès, et peut-être aussi d’une certain arrogance, une nouvelle forme du diable, de Méphistophélès, de Belzébuth, des succubes, des incubes- je ne suis pas expert en démonologie, et tout ce que ses scientifiques font ou disent est inaudible ou exploité uniquement à charge, comme dans les procès de sorcière. Ce n’est pas tolérable pour la qualité du débat public.

Le Monde du 13/08/2018 donne benoitement un autre élément de compréhension – et  merci de cet aveu: « Le glyphosate n’est pas le pire des poisons, comme on l’affirme souvent, et de nombreux autres pesticides sont bien plus problématiques. Mais il est le plus utilisé au monde, il est omniprésent et est devenu, en deux décennies, la pierre angulaire d’une agriculture productiviste qui demeure  malgré tout.. » En fait, et justement parce que c’est un bon produit très efficace et très peu toxique, le glyphosate est devenu la cible privilégiée de tous ceux qui veulent s’en prendre à « l’agriculture productiviste » !
Reste à savoir si l’on veut une agriculture non productive ! Nous avons tout de même 7,55 milliards d’hommes à nourrir, dont beaucoup souhaitent manger de la viande une fois par jour !

Autre conclusion : que ce soit pour le glyphosate ou pour la politique énergétique, M. Hulot fait preuve d’incompétence, d'ignorance,  de sectarisme, de paresse dans l’étude de de ses dossiers à un niveau insupportable et dangereux pour la France. Il est temps qu’il prenne des vacances, et très longues.

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samedi 11 août 2018

Eloge du service public 4_ la France abandonnée


La France moyenne abandonnée

C’est sous le titre Amertume et résistance à Montluçon – La France abandonne ses villes moyennes  que le Monde Diplomatique de  mai 2018 publie un reportage fort intéressant sur ce qui est déjà le présent et empirera à l’avenir en raison des réformes ultra-libérales à marche forcée de Macron et de la Communauté Européenne et, en particulier, de la libéralisation du trafic ferroviaire, et à vrai dire, de l’abandon même de notion de service public du transport ferroviaire.

Donc Montluçon, dans l’Allier et maintenant la très grande région Auvergne- Rhone Alpes; cinq mille habitants en 1830. En 1864, Napoléon III, qui a décidé d’en faire un nœud ferroviaire est accueilli en grande pompe dans les usines de la cité en 1864, sous un arc de triomphe de rails et d’essieux de wagon. Profitant du minerai de fer du Berry et du charbon voisin de Commentry, des usines métallurgiques, des hauts-fourneaux, des forges, des verreries, des fours à chaux s’installent, puis, entre les deux guerres, Sagem et Dunlop ( 5000 ouvriers dans les années 50, aujourd’hui environ 500)- mais heureusement Safran s’est installé, avec un important centre de 1,500 salariés environ. En 1960, 60,000 habitants, avec des projections à 100.000 habitants pour l‘an 2000 … en 2018, 65000 habitants et un déclin qui semble difficile à enrayer malgré le courage et la mobilisation des habitants et des élus. Montluçon, ou comment la France abandonne ses villes moyennes…en abandonnant le service public ferroviaire.

Un Montluçon –Paris parfois plus long qu’ un Paris New-york !

Pour se rendre en train à Lyon, sa nouvelle capitale régionale, située à 183 kilomètres à vol d’oiseau, un habitant de Montluçon, première commune de l’Allier, doit compter au minimum trois heures et demie, avec un changement impératif, voire quatre à cinq heures selon les autres options proposées. C’est-à-dire davantage de temps qu’un Lillois, qui réside trois fois plus loin.
Dans les années 1980, il y avait de six à huit liaisons quotidiennes directes entre Montluçon et Paris. Il n’y en a plus que deux. En fait, la ville s’est sensiblement éloignée de Paris (à 281 kilomètres à vol d’oiseau). En 1988, il fallait deux heures et cinquante-neuf minutes pour rejoindre la capitale (et même six minutes de moins cinq ans plus tard). Il faut maintenant, au mieux, une demi-heure de plus. Et encore, moyennant un certain effort : le TER qui mène à l’Intercités en correspondance à Vierzon part à… 5 h 36. À défaut, une heure plus tard, un autocar SNCF assure la même correspondance, pour un trajet total de quatre heures. Le direct de 8 h 11, lui, ne fait pas mieux : il faut changer de motrice (diesel pour électrique) à Bourges, où l’on fait un crochet. Vingt minutes d’arrêt. 

« Évidemment, qu’un Montluçon-Paris soit parfois aussi long qu’un Paris-New York, ça joue sur le moral !, lance M. Frédéric Rodzynek, patron d’une jeune entreprise performante dans le secteur des biotechnologies. Allez expliquer à des clients canadiens, japonais ou américains qu’ils vont faire le Raid Gauloises ) avant d’arriver à destination… Cela peut prendre une journée d’aller les chercher. »
Avec une telle offre ferroviaire, comment s’étonner que le nombre de voyageurs décline ? « Les grandes villes n’ont cessé de se rapprocher entre elles, constate, amer, M. Coffin, président d’un comité d’usagers de la SNCF. Nous, nous nous sommes éloignés ! » En cause : d’une part, le report aux calendes du projet de ligne à grande vitesse Paris - Orléans - Clermont-Ferrand - Lyon (POCL), destinée à désengorger l’actuelle ligne Paris-Lyon et sur laquelle tout le monde, ici, s’était excité. Et surtout, le défaut d’investissements sur le tronçon du Cher ces quarante dernières années : une voie unique non électrifiée, où la vitesse est par endroits fortement limitée. Son ballast est fragile, ses attache-rails et sa signalisation à surveiller.

Les élus finissent par y voir une rupture dans l’égalité de traitement entre les territoires que la Constitution est censée garantir

Alors, c’est l’obligation de la voiture. « On use une énergie folle, témoigne M. Jean-Claude Perot, président du groupe Metis, spécialisé en automatisme, mécatronique et robotique et vice-président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI). J’ai fait le calcul : 70 000 kilomètres avec mon véhicule l’an passé. En temps, c’est trois mois de travail ! C’est monstrueux. Et, en plus, dangereux. » « Avec la hausse des péages et la limitation de vitesse à 80 kilomètres à l’heure », qui accroît mathématiquement de 12,5 % les temps de parcours sur les départementales (on ajouterait les nouvelles règles en matière de contrôle technique, plus strictes pour les vieux véhicules), « c’est un peu la double ou triple peine », observe Damien Tardieu, journaliste qui, dans ses entretiens à la radio associative RJFM, prend chaque jour le pouls de la société locale. Les élus finissent par y voir une rupture dans l’égalité de traitement entre les territoires que la Constitution est censée garantir.

Il suffit que deux présidents de région ne se parlent pas

Alors, vous vous direz peut-être, que voilà un beau cas d’école en faveur de la régionalisation du ferroviaire, car enfin, les régions, au plus près de leurs adminisitrés,  vont pouvoir rouvrir des lignes importantes localement.  Eh ben non, justement  ! et c’est bien ignorer les égoïsmes locaux, ignorer l(‘histoire de la France, ignorer le rôle de l’Etat dans sa construction.  Échaudés par la question ferroviaire, MM. Dugléry et Laporte ( Maire de Montluçon et Président de l’agglomération) font le constat d’un aménagement du territoire moribond. Ils exposent le récent découpage territorial imposé par Paris, qui les place dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (« Qu’a-t-on à voir avec la Maurienne ou la Tarentaise ? »), à quinze kilomètres de la Nouvelle-Aquitaine (« qui s’étend jusqu’à Hendaye !… »), alors que la ville est tournée autant vers Bourges et Vierzon (Centre-Val de Loire) que vers Clermont-Ferrand.

« Il suffit que deux présidents de région ne se parlent pas, et rien ne bouge !  Pour le rail, ce serait flagrant : la Nouvelle-Aquitaine a rouvert la ligne Bordeaux-Montluçon, qu’Auvergne-Rhône-Alpes, hostile à la régionalisation des lignes, ne veut pas étendre jusqu’à Lyon. La région Centre-Val de Loire veut bien participer, sur la partie Cher, à la restauration du tronçon Bourges-Montluçon vétuste ; mais Auvergne-Rhône-Alpes (dont le président, M. Laurent Wauquiez, est pourtant du même bord politique que M. Dugléry) n’est pas chaude pour le faire sur la partie Allier, si éloignée de Lyon…

« Le ferroviaire, c’est primordial »,  plaident les édiles locaux, qui demandent que Montuçon« soit remis à moins de trois heures de Paris » et rouvrir la liaison vers Lyon. « C’est une catastrophe : l’État a tout sacrifié. » Le désenclavement ferroviaire ne conditionne pas seulement la capacité d’attraction économique (« Vous trouverez peut-être un salarié. Mais vous aurez du mal à faire venir son conjoint ! »). Par ricochet, il a aussi une incidence sur la qualité des missions de service public. À commencer par la santé..

Oui, le ferroviaire, c’est important, oui, l’égalité territoriale, c’est important, oui, le rôle égalisateur et administrateur du territoire de l’Etat, c’est important, oui, les services publics, et, en particulier, le service public ferroviaire c’est important. Et oui, l’abandon du service public ferroviaires, les réformes ultralibérales de la Commission Européenne, poursuivies avec zèle et brutalité par Macron, ce sont des centaines de villes moyennes délaissées, une province sacrifiée, une France enlaidie, déconstruite, morte.

Fernand Braudel :  « les tardives liaisons des chemins de fer  construisent l’unité française »

Marcel Boiteux : Les activités de réseau sont nécessairement monopolistiques, les obligations de service public, quand elles sont poussées à ce niveau, paraissent difficiles à marier avec la concurrence.

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vendredi 10 août 2018

Barrage effondré au Laos : l’hydraulique, il faut le faire sérieusement !


Une catastrophe attendue

La rupture dramatique d’un barrage au Laos à Atteupeu le 21 juillet 2018 a causé la mort de 130 personnes au moins, annonce un régime dont la principale vertu n’est pas la transparence, mais c’est en réalité un millier de villageois dont on est sans nouvelles. Cinq milliards de mètres cubes d’eau – l’équivalent de plus de deux millions de piscines olympiques – ont été brutalement libérés par la rupture d’une retenue de 770 mètres de long et 16 mètres de haut. Encore les laotiens ont-ils relativement eu de la chance. Le projet de 410 mégawatts, qui devait entrer en service en 2019, consiste en deux barrages principaux et cinq retenues auxiliaires qui devaient permettre de détourner trois branches de rivières. C’est une digue secondaire qui a cédé, et non un des ouvrages principaux du complexe hydroélectrique. Par ailleurs, la province d’Atteupeu est très faiblement peuplée, avec moins de 10 habitants au km2, ce qui explique que seuls quelques milliers de personnes sont affectées !

C’est une société coréenne, SK Engineering & Construction, qui était responsable du chantier. Ingénieurs  et autorités locales ont mis en cause les pluies extraordinairement abondantes de la mousson. Mais, selon le spécialiste Olivier Ducourtieux (Libé, 24 juillet 2018), « la question n’était pas si un accident allait arriver, mais quand. Depuis une quinzaine d’années, il y a un rush vers les investissements hydroélectriques au Laos. Des dizaines de barrages ont été construits ou sont en projet. Or l’Etat n’a ni les capacités techniques et humaines ni la volonté politique de réguler sérieusement ces opérations. A la fin des années 90, un des premiers projets, celui de Nam Theun 2, porté par le français EDF, avait donné l’opportunité aux ONG et aux militants de faire des études sociales et environnementales. Refroidi par la complexité du dossier, le pouvoir laotien a ensuite donné la priorité à des partenaires asiatiques locaux qui ne parlent qu’un seul langage, celui du dollar. Ces projets construits dans des zones reculées à un rythme extravagant, déconnectés les uns des autres, passent sous le radar médiatique. Une telle défaillance était dans l’ordre des choses ».  De fait, la branche ingénierie et construction de SK a annoncé que la partie haute du barrage auxiliaire avait été emportée» dans la soirée de dimanche, alors que le barrage était loin d’être plein, avant qu’il ne cède, un jour plus tard. Les fortes pluies ont bon dos, c’est bien plutôt un vice de construction qui est en cause. Par ailleurs,  il semble que SK Engineering ait tardé à prévenir les habitants du danger.

Le Laos tire de l’exportation de l’énergie hydroélectrique une source de revenus importante, exportant la majeure partie de l’électricité vers les pays voisins comme la Thaïlande, et des dizaines de barrages sont en construction, par des sociétés chinoises et coréennes essentiellement. Comme expliqué plus haut, après le barrage de Nam Theun 2, l’enjeu que représentent ces barrages pour un pays resté extrêmement pauvre, aux mains d’une des dernières dictatures communistes, dont la transparence et le respect de la vie humaine ne sont pas les qualités principales, a conduit à un relâchement de la sécurité.

Une énergie propre, mais dangereuse- le scandale de la privatisation des barrages électriques

L’énergie hydroélectrique est par excellence une énergie propre et pilotable – c’est la première source d’énergie renouvelable dans le monde qui représente 20% de l’électricité produite (11% en France, 95% en Norvège, qui n’aura pas de peine à atteindre ses objectifs climatiques), elle n’est pas sans inconvénients, notamment par une centaine de milliers de personnes déplacées pour Yaryceta en Argentine et Les Trois Gorges en Chine.
 Mais surtout, l’énergie hydroélectrique est dangereuse : entre 1969 et 2000, 11 accidents de barrages ont causé plus de 30,000 morts – en France, Malpasset en 1959 421 morts.( pour mémoire, Fukushima, 0 morts)
Alors, il faudrait  que, en France, en Europe et partout dans le monde, les barrages hydroélectriques soient aussi bien surveillés et contrôlés que les centrales nucléaires par leurs autorités de contrôle ; et se dire que certains des barrages français, qui datent de plus de cinquante ans, doivent faire l’objet de restaurations urgentes.

Et, bien sûr, c’est la première chose que feront les concessionnaires privés qui reprendront les barrages d’EDF en France !

C’est dire que la privatisation des barrages hydroélectriques, plus ou moins imposée par la Commission de Bruxelles, mais que la France de Macron, contrairement aux autres pays européens applique avec zèle , est non seulement une erreur économique, non seulement une aberration en ce qui concerne un service public de l’eau usines, pêcheurs…)qui organise la vie de vallées entières et des usagers de l’eau ( agriculteurs, agglomérations, mais en plus une menace majeure pour la sécurité.


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jeudi 9 août 2018

Macron et la voyoucratie- La Racaille en Marche


Affaire Benalla : rappel

Le 18 juillet 2018, Le Monde publie un article identifiant Alexandre Benalla, garde du corps très privé et très proche du Président de la République, chargé de mission à l’Elysée, comme interpellant assez brutalement un couple de personnes en usurpant la fonction de policier, place de la contrescarpe à Paris, très en marge des manifestations du 1er mai 2018 à Paris. On apprendra ensuite qu’il existe une autre video montrant une autre interpellation le même jour ; que Benalla portait les insignes des policiers ; que, sans en avoir l’autorisation, il portait aussi une arme ; qu’il était accompagné d’un de ses amis, Vincent Crase, chargé du service d’ordre à la République en Marche, également usurpant la fonction de policier et se livrant au même amusement. On apprit ensuite à quel point Benalla était proche de Macron, l’accompagnant partout, possédant les clés de ses domiciles privés ; que déjà, lorsqu’il assurait la sécurité de Macron lors de la campagne électorale, le propriétaire du local de campagne avait demandé qu’il ne soit plus autorisé à y entrer compte-tenu de ses menaces et insultes ; qu’il disposait d’un badge d’accès à l’Assemblée, privilèges tout à fait exceptionnels que Macon comptait lui confier des responsabilités plus importantes, court-circuitant la vingtaine de policiers et de gendarmes chargé de sa sécurité. 

Mentionnons encore que Benalla a été très brièvement chauffeur d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, qui l’a licencié après qu'il ait provoqué un accident de voiture en sa présence et voulu prendre la fuite.

Bref, l’un des chouchous de Macron, chargé de mission à l’Elysée, Alexandre Benalla, qui a constitué au sein du GSPR un groupe chargé de protéger les sorties privées du président, se distrait avec ses potes en se déguisant en CRS et en allant matraquer des manifestants.

Un comportement apparemment jugé bénin, puisque pour toute sanction, il a subi une suspension de deux semaines- avec maintien du salaire ( moi, j’appelle ça des vacances), et durant cette suspension, il a continué à travailler. Mieux, un luxueux appartement de fonction, quai Branly, l’ancien d’Anne Pingeot, la seconde famille de Mitterrand lui a été attribué. Il est vrai que L'Express indique que « la relation d'Alexandre Benalla avec Emmanuel Macron a longtemps étonné à l'Élysée et ailleurs » et note des témoignages de « grande proximité » entre eux…

Macron, qui tient donc beaucoup à Benalla, a commencé par  fustiger la presse qui selon lui « ne cherche plus la vérité » -les journalistes ont rétorqué que l'affaire Benalla serait restée secrète sans l'enquête du Monde. Dans une réunion hallucinante des députés LRM, Macron a affirmé « Benalla n'a jamais été mon amant » (Effectivement, on aurait pu se demander !)et que ceux qui lui demandent des comptes « n’ont qu’à venir le chercher- lui Macron). Ce langage de voyou, de petite frappe rappelons le devant son groupe de députés, son groupe à lui qui l’écoutait bien gentiment. Que n’aurait-on pas dit s’il s’était agi de Sarkozy, tant critiqué pour une phrase certes peu présidentielle, mais finalement plus pardonable dans un contexte plus animé ?

Des affaires de barbouze, sur le fond, il y a eu pire dans le passé, et le parti gaulliste pourrait sen souvenir, et des affaires plus graves, des suicides vraiment louches aussi, et le PS pourrai s’en souvenir. Mais ce qui scandalise et inquiète légitimement, c’est ce que cela révèle de Macron, et de sa fascination pour les petites frappes, et de son comportement à lui.

Les voyous à l’Elysée

Petite frappe, Macron l’a été  en Corse, en refusant de reconnaitre les élus du peuple Corse et en les provoquant.
Petite frappe,  il l’a été envers l’armée, en limogeant brutalement son chef-d’état major pour des critiques qu’il ne pouvait supporter.
Petite frappe,  il l’a été avec les salariés, avec les parlementaires en balayant un siècle de législation sociale à la hache, en s’exhibant fièrement en train de signer des ordonnances qui lui permettent de s’affranchir de toute contradiction.
Petite frappe encore, dans son comportement envers les syndicats, qu’il veut mettre au pas, envers les élus locaux qu’il méprise, envers tous les corps intermédiaires, dont ils ne supportent pas qu’ils limitent son pouvoir.
Petite frappe dans sa manière, la plus violente qu’on ait vu depuis des années, de réprimer les manifestations syndicales, des manifestations où se pressaient familles et enfants- au fait quelles instructions ont été données aux forces de police, et combien de Benalla ?
Petite frappe avec des oppositions qu’il a démantelé façon puzzle, façon président flingeur.
Petite frappe dans sa manière extrêmement brutale de démanteler les services publics en mentant et en salissant leurs agents.
Petite frappe dans sa manière de tyraiter les journalistes, les chassant de l(Elysée, les menaçant à coups de lois liberticides prétendant lutter contre les fake news et protégeant les secrets des affaire et des affairistes.
Petite frappe lorsqu’il s’adresse aux chômeurs qui contestent sa politque en les traitant de fainéants.
Petite frappe lorsqu’il veut limiter les droits de l’opposition à s’opposer et réduire mes possibilités pour les parlementaires de contester ses propositions de loi

Tiens, il est possible que l’affaire Benalla ait pour conséquence de retarder, voire supprimer une réforme constitutionnelle qui baisserait encore le Parlement et renforcerait son pouvoir.
Eh ben, tant mieux, car il y a a franchement de quoi s’inquiéter !