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vendredi 23 mai 2014

Méchantes bestioles, pas de médicaments !


La prochaine épidémie commence... 

Jour 1 : Une future mère de 35 ans, en Espagne, se rend chez son médecin,  se plaignant de douleurs à l'estomac, vomissements, diarrhée, fièvre et frissons. Une infection intestinale est diagnostiquée, un antibiotique- une fluoroquinolone- prescrite, et la malade est renvoyée chez elle.  

Jour 2 : En France, un jeune garçon de deux ans est hospitalisé avec une diarrhée sévère, vomissements, déshydratation et une forte fièvre. Un autre antibiotique – une céphalosporine- lui est administré.

Jour 4 : Les analyses effectuées sur le jeune garçon mettent en évidence une infection à Salmonelle, une bactérie commune dans les aliments ; sauf que cette souche-là est hautement résistante aux principaux antibiotiques habituellement utilisés, dont les céphalosporines ou les fluoroquinolones.

Le jeune garçon meurt de déshydratation et d’infection généralisée. La patiente zéro, la jeune femme espagnole, perd son bébé et meurt ensuite d’infection généralisée.

Jour 5 : Dans toute l’Europe du Sud, on compte déjà 325 morts, la plupart, des enfants, des personnes âgées et des personnes vulnérables, immunodéprimées. Des milliers de personnes se pressent dans les services d’urgence, avec des symptômes similaires à ceux des premiers patients. Des cas commencent à être rapportés dans tous les pays européens : 15 en Belgique, 27 en Allemagne.

Jour 6 : 1730 morts  et 220.000 cas d’infection sont rapportés dans toute l’Europe. Les USA, Le Mexique, le Canada, la Chine interdisent toute importation de nourriture en provenance d’Europe et interdisent l’accès de leur territoire aux citoyens européens. Une crise économique majeure s’annonce.

L’Institut Pasteur et ses correspondants européens identifient la source de l’infection chez un important producteur de lait français. Ils confirment que cette souche nouvelle provoque des infections sévères, et, de plus, est résistante à tous les antibiotiques connus. La Food and Drug Administration est contactée, ainsi que des laboratoires de Chine et Singapour.  Les médecins ne peuvent que traiter les symptômes, soulager les douleurs et les fièvres.

Jour 7 : le nombre de morts continue à s’accroître, des cas sporadiques apparaissent en Amérique, en Asie, en Afrique.

Ce scénario n’est pas crédible ? Il est pourtant adapté mot à mot d’un texte de la Food and Drug Administration, lui-même inspiré d’un fait réel En 1985, du lait contaminé avec Salmonella typhimurium, a infecté 200. 000 personnes dans les Etats du Sud-Ouest américain. La seule différence, c’est que dans le cas réel, les souches n’étaient résistantes qu’à certains antibiotiques.

L’ennemi est là !

Mais aujourd’hui, des souches résistantes à tous les antibiotiques existent réellement. Elles se développent, sont présentes partout. L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et le centre européen de prévention des maladies (ECDC) alertent dans un rapport conjoint sur la persistance de la résistance aux antimicrobiens dans les bactéries zoonotiques chez l’homme, l’animal et les aliments. Les Salmonella et Campylobacter, à l’origine des infections d’origine alimentaire les plus fréquentes, présentent une forte résistance aux antimicrobiens courants. Le phénomène de résistance est également observé, à un moindre degré, pour les antimicrobiens dits critiques : la ciprofloxacine et le cefotaxime pour la salmonellose, et la ciprofloxacine et l’érythromycine pour la capylobactériose.

Dans le détail, chez les humains, une résistance clinique des isolats de Salmonella aux antimicrobiens courants est fréquemment détectée en Europe : près de la moitié des isolats se sont révélés résistants à au moins un antimicrobien ; 28,9 % d’entre eux sont multirésistants.

En revanche, la co-résistance de Salmonella aux antimicrobiens d’importance critique est faible (0,2 % dans 12 États membres).

Le constat est plus grave pour les isolats de Campylobacter issus de cas humains : une résistance clinique aux antimicrobiens courants mais aussi critiques a été détectée : 47,7 % d’isolats se sont révélés résistants à la ciprofloxacine, avec des tendances à la hausse dans plusieurs pays.

Chez les animaux, une résistance microbiologique de Salmonella aux antimicrobiens courants a été fréquemment détectée en particulier chez les poulets de chair, les porcs et les dindes. Une résistance à la ciprofloxacine a aussi fréquemment été observée chez les poulets et les dindes, mais non une corésistance à la ciprofloxacine et au céfotaxime.

Et nous n’avons aucun antibiotique pour traiter les plus résistantes de ces souches ; parce que les gouvernements et les firmes pharmaceutiques ont délaissé depuis des années la recherche contre les antibiotiques ; parce qu’investir des milliards pour un médicament qui, s’il est efficace, sera utilisé pendant une semaine, qui, s’il est actif sur des souches résistantes, ne sera distribué qu’à l’hôpital, pour éviter la dissémination de nouvelles résistances n’est pas rentable.

Nous n’avons pas d’antibiotiques, parce que nous n’avons pas de politique du médicament ; parce qu’en France, la priorité est de taxer le médicament, c’est beaucoup plus facile que de s’attaquer aux vrais  gaspillages en matière de santé ; parce qu’en Europe, il n’y a rien.

Pendant ce temps, les USA et la Chine, qui ont bien compris le problème, investissent, avec une implication massive de crédits publics dans la recherche de nouveaux antibiotiques.

Alors, pour la prochaine épidémie, faute de recherche, faute d’investissement, il faudra soit mourir, soit payer très cher les médicaments qui n’auront pas été inventés en Europe.
 
 

lundi 12 mai 2014

De l’est à l’ouest _ Les laques Martin


Jusqu’au huit juin, le Musée des Arts Décoratifs accueille une exposition intitulée « Les secrets de la laque française, les vernis Martin ». En un temps, le XVIIIème siècle, où Chine et Occident s’émerveillaient réciproquement, les laques chinoises et japonaises atteignaient des prix faramineux et les quatre frères Martin, installés au faubourg Saint Antoine, ont su développer un vernis qui eut un immense succès (1710-1770 environ). Si la laque chinoise est obtenue à partir de résines de latex, le vernis Martin était à base de copal, résine fossile proche de l’ambre que l’on trouve en Afrique et en Inde. Enfin, semble-t-il, car Guillaume Martin tenta d’obtenir un privilège (ancêtre du brevet)  sur « un vernis de sa composition », composition qu’il se garde bien de décrire. C’est Watin dans l’Art de faire le vernis qui souligne que la réputation « du fameux Martin » s’est établie sur ses vernis blancs faits au copal, mais le recensement des matières premières présentes dans les ateliers lors des inventaires rédigés après les décès des Martin ne mentionne jamais de copal ; mais diverses gommes : « carabé », « goutte », « sandaraque », « lacque ». (cf le catalogue ou le site internet de l’exposition). Sans doute peut-on regretter qu’une analyse scientifique plus récente ne précise le secret des frères Martin, qui leur permit, non seulement d’imiter les laques orientales au point de tromper les connaisseurs de l’époque, mais d’innover considérablement

 L’innovation Martin

 Alors que les laques japonaises et chinoises étaient à fond noir ou rouge, le vernis Martin permit d’infinies et délicates variations de couleur sur des fonds bleus, jaunes, verts, blancs ou ors ;  leur iconographie s’éloigna des motifs traditionnels orientaux et la variété et la facilité d’utilisation des vernis Martin leur permit de reproduire les motifs délicats des peintres contemporains, tels Greuze, Oudry, Vernet, Boucher , et ce, sur tout type de surfaces, de minuscules bonbonnières, tabatières, étuis, bijoux jusqu’à de monumentaux buffets, commodes, bureaux ou portes de carosse – des instruments scientifiques aussi, car en cette époque, science et art ne se dissociaient pas. Le vernis Martin, contrairement à la laque, pouvait s’utiliser sur des panneaux bombés ; par contre, il était beaucoup moins résistant à l’eau.

L’exposition réunit près de trois cents objets superbes, témoin de ce que les fécondations croisées entre l’art et la science, entre l’Orient et l’Occident peuvent apporter.


samedi 10 mai 2014

Animal, on est mal !


Pour une évolution du régime juridique de l’animal

C’est avec cet hommage à Gérard Manset que j’ai voulu commencer ce billet sur les projets de loi sur le statut de l’animal (tel celui déposé par Frédéric Lefebvre), mais aussi l’appel lancé par un certain nombre de philosophes (Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay, Michel Onfray, Luc Ferry, parmi ceux qui se préoccupent de ce sujet depuis longtemps) : « Pour une évolution du régime juridique de l’animal dans le code civil reconnaissant sa nature d’être sensible ». Citation : « Les animaux sont encore définis par le Code civil comme des choses, sur lesquelles l’homme peut par conséquent exercer un droit absolu…Nous n’ignorons pas que toute tentative de faire évoluer cette classification se heurte à la force des habitudes et soulève invariablement des objections d’ordre économique… Certes, les animaux ne sont pas des êtres humains. Ce n’est pourtant pas la proclamation d’une dignité métaphysique, mais certains attributs – capacité à ressentir le plaisir et la douleur notamment – que les humains partagent avec au moins tous les vertébrés, qui enracinent les droits les plus fondamentaux…
Pour que les animaux bénéficient d’un régime juridique conforme à leur nature d’êtres vivants et sensibles et que l’amélioration de leur condition puisse suivre son juste cours, une catégorie propre doit leur être ménagée dans le code civil entre les personnes et les biens »
Je souhaite m’associer à cet appel, et même plutôt deux fois qu’une : en tant que scientifique impliqué dans la recherche pharmaceutique et en tant que positiviste. Les auteurs de l’appel ne sont absolument pas des « anti-specistes », animés davantage par la haine de l’homme que par une élémentaire sensibilité ; simplement, les animaux ne sont ni des choses et des humains, et comme le faisait déjà remarquer Montaigne, la cruauté envers les bêtes est dangereuse envers l’homme lui-même. La manière récente dont nous acceptons, qu’au nom de la productivité, on traite les animaux dans certains élevages concentrationnaires laisse d’ailleurs assez mal augurer de l’avenir humain.

Positivisme et animal – la biocratie
En tant que scientifique engagé dans la recherche pharmaceutique, je sais très bien qu’on ne peut se passer de l’expérimentation animale ; mais j’observe qu’heureusement, entre les règlements, l’inspection vétérinaire, l ‘institution des comités d’éthique, de grands progrès ont été fait pour que les animaux soient bien traités, d’une part, et d’autre part, pour limiter leur utilisation. On pourra encore mieux faire, c’est une démarche qui doit continuer. Dans certains laboratoires japonais, il a été institué une cérémonie annuelle d’hommage aux animaux utilisés pour les expérimentations ; c’est une approche qui mêle raison, sentiment, religiosité au sens large (finalement donc très positiviste) ; peut-être pourrait-on essayer quelque chose d’équivalent, sous une forme plus adaptée à la mentalité occidentale.

En tant que positiviste, je rappelle qu’Auguste Comte fait partie de ces philosophes qui n’ont pas négligé la condition animale ; il critique le christianisme qui a établi une coupure fondamentale entre l’homme et l’animal en le privant d’âme et préfère caractériser l’homme comme le « premier  des animaux plutôt que le dernier des anges ». Il appelle à limiter vivisection et expérimentation animale. L’abattage du bétail doit être « digne » et « s’effectuer avec le recueillement nécessaire » en limitant la souffrance.  Comte invente même le terme de « biocratie » : les animaux domestiques ont une place à nos côtés, nous leur devons assistance et reconnaissance, car, depuis l’origine de l’Humanité, ils lui ont rendu d’immenses services ;ils ont vocation à être incorporés dans le Grand-Être, sous une forme à déterminer ; des fêtes publiques, la célébration des devoirs civiques envers les animaux et une réforme morale des abattoirs figurent au programme du Positivisme.
Ajoutons que, pour un Positiviste,  le maintien de pratiques théologiques barbares dans l’abattage doit être combattu, d’abord par l’appel à l’opinion publique, puis par la loi.
L’appel « Pour une évolution du régime juridique de l’animal dans le code civil reconnaissant sa nature d’être sensible » mérite donc considération et appui, et, la seule critique qu’un positiviste puisse y porter, c’est de remplacer le terme de « droit » de l’animal, qui est toujours problématique, par celui de « devoirs » des hommes à son égard.
 
 

samedi 3 mai 2014

Ecologie : Menteurs, manipulateurs, profiteurs !


C’est ici de certains écologistes dont il s’agit, parfois menteurs et manipulateurs, pour le bien de la planète, croient-ils ou prétendent-ils, au mépris des hommes, et de certains profiteurs aussi, qui savent fort bien utiliser les peurs ou les lois, les dispositifs, les normes improvisées, mal ficelées, votées à la hâte sans réflexion sous le poids des lobbies et de la manipulation des émotions.
Seralini, l’écotaxe, les quota  carbones
Quelques exemples ? La pseudo-étude Séralini et ses photos en gros plans de rats rendus difformes par de gigantesques tumeurs, prétendument provoquées par un maïs transgénique, dénonçée par tous les scientifiques. Cet aveu publié par Marianne (9 février 2013): « Aucune équipe de biologistes ne peut dépenser autant que nous… Nous devions absolument publier, sous peine de devoir rembourser les crédits alloués par nos partenaires ». Donc 3 millions d’euros dépensés en vain dans une étude mal conçue dès le départ qui ne pouvait apporter aucun résultat scientifiquement fondé. Mais il fallait que Carrefour, Auchan, Biocoop, Naturalia et le CRIIGEN de Corinne Lepage en aient pour leur argent. Ainsi s’explique la divulgation spectaculaire à des medias généralistes, avec embargo, pour le moins inédite et sujette à caution, en violation – et pour cause- de toute bonne pratique scientifique. Manipulation intéressée des peurs !
Manipulation encore que l’écotaxe, avec ces portiques démesurés et fort coûteux, son système informatique top niveau  prétendument pour taxer quelques poids lourds. Là encore, c’est Marianne (31 janvier) qui dévoile le loup (tiens le loup, justement, on va en parler aussi !) , du moins un rapport officiel du gouvernement français révélant que « les projets d’équipement de péages satellitaires n’ont pas vu le jour que pour les poids lourds, que l’on réfléchit à) l’application du principe utilisateur-payeur à plus grande échelle et à l’apparition  à plus ou moins long terme de système de péages pour d’autres usagers ». Traduction : ce qui est (était ? ) bel et bien prévu à terme, c’est bel et bien une tarification du trafic automobile pour tous les utilisateurs, sur toutes les routes, selon l’intensité du trafic (« yield management », comme pour la SNCF. Vous devez vous servir de votre voiture un jour où les routes sont encombrées, vous paierez une taxe (bien entendu, ce seront les plus modestes, ceux qui sont le moins maître de leur temps qui paieront davantage !). Lorsqu’on prétend aller vers de telles mesures, sans qu’elles soient discutées, sans que personne en soit averti, qu’on ne s’étonne pas de la colère que l’on suscite.
Et il y a aussi l’escroquerie caractérisée, avec la fraude à la taxe carbone, qui a coûté, pour ce qui en est connu, 5 milliards à l’Europe, dont 1.5 milliards pour le seul Etat français. Le système consistait à acheter à l’étranger des quotas de CO² hors taxe et à les revendre, après un circuit compliqué destiné à déjouer les contrôles à un prix incluant la TVA en France -sauf que ladite TVA n'était jamais reversée à l'Etat. L’un des plus actifs de ces fraudeurs, Cyril Astruc, longtemps réfugié en Israël, vient d’être arrêté (Le Monde, 11 février). Et encore, ces subventions délirantes sur le solaire et sur l’éolien, qui ont bien enrichi d’habiles entrepreneurs écologistes,  au détriment d’EDF forcé de racheter très cher une électricité plus encombrante qu’utile, et par conséquent, aux consommateurs et aux contribuables.
Le retour des loups : les éleveurs ou les loups ?
 
Manipulation encore que la réintroduction du loup sans que personne, et moins que tous autres les éleveurs, ait été le moins du monde consulté, une réintroduction qui résulte d’un véritable complot de militants extrémistes écolos et de complices fonctionnaires à l’environnement, de mensonges, dénoncés par une enquête courageuse d’Anne Vallaeys (Le loup est revenu, Fayard). En 2013, plus de cinq mille bêtes égorgées par 900 loups, 12 millions d’euros dépensés en indemnisation (sans inclure les salaires des fonctionnaires chargés du dossier). Dans les Alpes de Haute Provence, on dépense autant pour les loups que pour les chômeurs ; et lorsque après  117 attaques et 564 brebis, les maires de la vallée ont menacé de démissionner pour obtenir une autorisation de chasse, il  a fallu mobiliser 120 agents de l’Office National des Forêts, 38 lieutenants de louvèterie, 131 chasseurs bénévoles pour parvenir à tuer…une seule louve.  Marianne, 28 sep2013). De toute évidence, il sera plus difficile de se débarrasser du loup que de le réintroduire, ce que nos ancêtres savaient bien.
Ce que révèle Anne Vallaeys, c’est que le retour du loup en France a été longtemps tenu secret, dissimulé par des fonctionnaires et écologistes militants. La présence d’un premier loup a été révélée le 5 novembre 1992 dans le Mercantour ; or, les gardes du Mercantour avaient  repérés un vrai premier loup dès 1987, et pendant sept ans, ils ont gardé le silence, ils ont menti même aux éleveurs qui voyaient se multiplier  les attaques et les carcasses, attribuées à des canidés genre bergers allemands. Le 21 mai 1992, en urgence, alors qu’avant la révélation officielle se multiplient les témoignages, un  arrêté ajoute le loup sur la liste des animaux protégés…alors qu’il n’existe pas officiellement en France. Cette dissimulation, ces mensonges ont été revendiqués : « Bienvenu au loup ! Nous avons choisi, avec les responsables du Parc du Mercantour et ceux du ministère de l’environnement, de garder le secret aussi longtemps que cela serait nécessaire à la sécurité des loups. Un retraité de l’administration du Mercantour a avoué : « On nous bombardait de notes de service, nous avions mission de parcourir les villages pour prêcher la bonne parole : le loup est moteur de biodiversité, ne vous inquiétez pas, il n’est pas dangereux, il ne tue que pour se nourrir, pas par plaisir… Nous ne savions rien, rien du tout. Le loup nous a dépassé ». Et aujourd’hui, en 2014, des loups ont été vus dans la Meuse et dans la Meuse, à moins de deux cent kilomètres de Paris.
Et aujourd’hui, dans une grande partie de la France, les éleveurs ont dû renoncer à la liberté de pâture, parquer les animaux chaque nuit ; Les éleveurs perdent leurs animaux, mais ne sont indemnisés que pour les animaux tués, par pour les troupeaux traumatisés. Et surtout, aucune des protections recommandées par les officiels et les écologistes ne fonctionne, pas même les chiens patous, bien que certains bergers s’en soient fait imposer parfois trois, quatre, neufs, pris en charge par le contribuable. Rien n’y fait : les loups, lopin de se cantonner aux espaces refuges gentiment proposés continuent à se répandre, et contrairement à ce que certains prétendaient, tuent en masse. A ceci, leurs défenseurs répondent  que «  pour le loup, le mouton est un animal débile, aberrant, qui ne sait ni se défendre, ni s’enfuir ; du coup, ça les rend fous» et « qu’il n’est pas raisonnable de s’échiner à élever des agneaux de terroir… les bergers devront abandonner le métier , de toute manière, ils n’arriveront pas à éliminer le loup, il y en a partout ».
Les loups ont atteint l’Aveyron, le premier département pour l’élevage des moutons, s’approchent de Roquefort. Cela a fait réagir José Bové : « Si le loup risque d’attaquer un troupeau, la meilleure façon de faire, c’est de prendre un fusil et de tirer. » Cela lui a valu, par plus écolo que lui, une plainte pénale et une menace d’exclusion des Verts, mais il persiste et signe : « Ce qui se passe est quelque chose d’absolument intenable pour les éleveurs. Il faut savoir : veut-on qu’il y ait encore des bergers, des éleveurs ? Etre les éleveurs à l’année et le désert, je choisis les éleveurs »
Donc oui, assez des écolos menteurs, truqueurs, manipulateurs, profiteurs, et des fanatiques qui se détestant détestent l’Humanité (comme l’auteur de l4humanité disparaitra, bon débarras).
Or, tout de même, il existe des défis écologiques séreux qu’il nous faudra bien relever, sans mensonges, sans truquages, sans manipulation.  Et je voudrais terminer par un hommage à des journalistes sérieux tels Stéphane Foucart, du Monde, qui connaissent très bien leur sujet, dénoncent depuis longtemps l’indifférence vis-à-vis du changement climatique, les rapports complaisants de la Commission Européenne sur la mortalité des abeilles qui évitent soigneusement le sujet des pesticides, les atermoiements sur les perturbateurs endocriniens, mais sont aussi capables de dénoncer les manœuvres d’un Séralini et de ses sponsors, ou de ne pas rejeter a priori l’utilisation de moustiques transgéniques pour combattre la dengue

samedi 12 avril 2014

Médicaments et progrès thérapeutique_ le Sofosbuvir


Miracle thérapeutique, cauchemar financier ?

Le Sofosbuvir des laboratoires Gilead arrive en France (et en Europe), et il s’agit d’un progrès thérapeutique majeur dont se réjouit notamment le site  VIH.org. Le Sofosbuvir est un nouvel antiviral, dont les premières études ont montré qu’il était particulièrement bien toléré et particulièrement efficace pour le traitement de l’hépatite C.  Les résultats semblent impressionnants, par exemple ceux publiés le 16 janvier dans le New England Journal of Medecine par Sulkowski MS. et al., avec une association Daclatasvir + Sofosbuvir, chez les patients infectés par le VHC de génotype 1 en échec d'inhibiteur de protéase de première génération, aux stades de fibrose Fo-F2. Le Sofosbuvir permet de se passer d’interféron, pas toujours efficace, ni bien toléré ; lors de son autorisation temporaire d’utilisation en France (précédent l‘autorisation de mise sur le marché), son indication a été étendue aux patients en état de  fibrose avancée, cirrhose, liste d’attente de greffe du foie et post-greffe, sans alternative thérapeutique ; si les résultats sont conformes aux prévisions, c’est une sorte de miracle thérapeutique.

Miracle thérapeutique dont tout le monde devrait se réjouir, mais qui provoque en fait un cauchemar financier. C’est que le coût de traitement selon les prix accordés par les principaux pays, et par l‘Europe devrait être entre  55 000 et 65 000 euros (56000 euros en France, 666 euros le comprimé).  En France, la prévalence de l’hépatite C est estimée à 0,84 %, soit 370 000 porteurs d'anticorps du VHC dont environ les deux tiers sont malades et seulement la moitié (57,4 %) connaît son statut – trop souvent encore, l’hépatite C est diagnostiquée trop tardivement, à des stades déjà avancés. La tentation va être forte de la part d’un gouvernement à la recherche d’économies dans la santé qui touchent toujours  principalement le domaine du médicament  (c’est moins périlleux électoralement que les professions de santé) de limiter l’accès au Sofosbuvir, et un gigantesque bras de fer  s’annonce avec Gilead, accompagné de fortes précipitations de coups fourrés, manipulations et opérations de communication sophistiquées.

A court terme, la demande de certaines association que le médicament soit remboursé à son coût de production ( le Sofosbuvir est une petite molécule et non un anticorps) est évidemment inacceptable ; car, contrairement aux interférons, ce n’est pas la production qui coûte cher, mais les efforts de recherche accomplis depuis des années par Gilead dans le domaine des rétroviraux ; alors la situation est simple : ou le prix des médicaments permet de rentabiliser ces efforts de recherche, ou les progrès thérapeutiques s’arrêteront. Le PDG de Sanofi, Chris Viehbacher affirme déjà qu’un euro investi en recherche lui en rapporte 0.8  (mais il est vrai que la manière dont il dirige une recherche à laquelle il ne croit guère semble loin d’être la plus efficace). A moyen terme, la situation devrait évoluer favorablement, parce qu’il est possible (obligatoire !) de négocier des accords prix volume (plus le Sofosbuvir sera prescrit, plus son prix diminuera) ; d’autres, part, des concurrents devraient bientôt apparaître. Dans les cas les plus graves,  le coût du traitement est moindre que celui des alternatives actuelles (interféron), et il semble éradiquer complètement le virus ; si la prescription à des stades moins avancés est justifiée (et il semble que cela soit le cas), le prix devra diminuer en fonction du nombre de prescription.

Reste qu’on peut aussi se demander pourquoi la France et l’Europe sont incapables de faire naitre des nouveaux Gilead, et pourquoi nous en sommes réduits à l’alternative de  payer très cher des médicaments inventés ailleurs ou à nous en passer

Miracles thérapeutiques ou recherche et stratégie efficaces !

Le Sofosbuvir miracle ? ; oui, mais de ces miracles qui n’arrivent qu’aux entreprises et aux chercheurs les ayant très activement et intelligemment recherchés. Gilead a été fondé en 1987 par Michael Riordan, un médecin de 29 ans doublement diplômé de John Hopkins School of Medecine et de Harvard Business School, avec une mise départ de 2 millions d’euros de Menlo Venture (pour la petite histoire, Warren Buffet déclina l’offre qui lui était faite de participer, eh oui, l’oracle se trompe parfois). Gilead se donna pour vocation d’inventer de nouveaux antiviraux et certainement le fait que Michael Riordan avait été frappé par le virus de la dengue lors d’une mission humanitaire, et que DuBose Montgomery, le PDG de Menlo Venture avait été lui-même victime d’une grave infection virale n’est pas étranger à leur motivation.

En quelques années, Gilead a lancé l’Ambisome (anti-parasitaire , produit naturel découvert par le Squibb Institute), le Tenofovir (Viread,  dérivé nucléotidique anti-HIV, inhibiteur de la reverse transcriptase), inventé par Gilead et présent dans de nombreuses combinaisons parmi les plus utilisées (Truvada, Atripla) ; l’antibiotique Cayston, inventé par Gilead, le premier approuvé pour le traitement des infections opportunistes de la mucoviscidose ; l’emptricitabine, autre dérivé nucléotidique anti-HIV, acquis par Gilead de Research Triangle pour être utilisé en combinaison avec Viread ; le Flolan, un dérivé antithrombotique des prostaglandines synthètisé par John Vane ;  Hepcera, autre dérivé nucléotidique anti-viral inventé par une université  tchéque, qui échoua en tant que traitement anti-Sida, mais fut repris et développé par Gilead contre l’Hépatite B ; le Volibris (Ambrisentan, antagoniste de l’endotheline), premier traitement contre l’hypertension pulmonaire, avec un statut de drogue orpheline), en collaboration avec GSK ; Lexican ( un dérivé de l’adénosine développé avec Astellas pour les examens cardiaques) ; le Macugen (Pegatabnib), protéine synthétique dérivée du VEGF, utilisé contre la dégénérescence maculaire due à l’âge, acquis via la société Nextar, qui a aussi eu un statut de médicament orphelin ; le Ranolazine, un anticalcique contre l’angine de poitrine, acquis via CV therapeutics ; le célèbre Tamiflu, autre dérivé nucléotidique, inventé par Gilead, antiviral contre la grippe A et B et premier de la classe des inhibiteurs de neuramidinase.

Mais comment font-ils ?

Impressionnante, admirable réussite donc qui a mis à la disposition de millions de patients des médicaments essentiels et innovants. Mais comment ont-ils fait ? Gilead  et Michael Riordan ont commencé par se tromper (Riordan pensait développer comme anti-viraux des séquences de l’ADN  (ADN antisens), issus des laboratoires universitaires où il s’était formé ; ce fut un échec, mais  du coup Gilead acquit une bonne connaissance de la chimie et de la pharmacologie des dérivés des nucléotides – des molécules synthétiques plus simples, qui lui vaudront ses premiers succès. Riordan avait une vraie vision, dès le départ, révélé dans la lettre qu’il écrivit à Warren Buffet après son refus de participer à l’aventure Gilead :

« Nous développons une vaste et nouvelle génération de produits thérapeutiques pour traiter plusieurs maladies mortelles. Il s'agit d'un événement majeur en médecine. Et cela coûte beaucoup d’argent. Par conséquent, les finances, tout comme la recherche, la production et le développement clinique, constituent un ingrédient essentiel dans la construction de notre société. Comme membre du Conseil ou investisseur nous aidant dans l'élaboration de notre stratégie de financement, vous apporteriez quelque chose de spécial à une entreprise spéciale. »

Gilead a donc beaucoup dépensé et  s’est parfois trompé, et la liste de ses échecs est au moins aussi longue que celle de ses succès, mais a réussi à inventer de nouveaux médicaments essentiels ; son bilan est impressionnant et sa réussite éclatante, dans un contexte où les firmes pharmaceutiques, même bien établies  sont loin d’avoir fait aussi bien. Riordan a su s’entourer de scientifiques expérimentés (les prix Nobel Harold Varmus et Jack Szostak, Peter Dervan, Doug Melton, Harold Weintraub) et d’administrateurs efficaces et aux précieuses relations gouvernementales (dont Donald Rumsfeld, avant qu’il ne soit ministre de la Défense) ; il a aussi bénéficié d’une aide confortable de l’Etat américain pour le développement du Tamiflu  (un milliard) contre la grippe aviaire ; mais surtout Gilead a surtout très bien articuler recherche interne et opportunités d’acquisition, et pris des risques pour innover.

Une des premières molécules candidates identifiées par Gilead venait d’une Université tchèque – pourquoi aucune firme européenne ne l’a développé ? Et pourquoi sommes-nous incapables de créer des Gilead en France et en Europe ? Ou pourquoi considérons nous qu’il est bon que les Français achètent des voitures et qu’on est prêt même à accorder des subventions, alors qu’on considère comme mauvais qu’ils se soignent et que l’Etat cherche à diminuer les dépenses de médicaments et ne cesse de s’en prendre aux firmes pharmaceutiques ?

Reste simplement ceci : ou nous aurons, en France et en Europe, une politique du médicament favorisant la recherche et l’innovation thérapeutique, ou bien il faudra payer très cher les nouveaux médicaments à des firmes étrangères… ou s’en passer
 
 

jeudi 10 avril 2014

Hélène Langevin Joliot : une chercheuse


Remarquable interview du Monde du 3 avril 2014 consacrée à Hélène Langevin-Joliot, dernière descendante de la dynastie des Nobel Pierre et Marie Curie et Frédéric et Irène Joliot-Curie, 86 ans, et militant, après une carrière de chercheur bien remplie,  pour la place des femmes dans la recherche.  Une approche profondément humaniste et, aussi, positiviste

Sujets variés :

Positivisme

Retenons d’abord un hommage au Positivisme, à propos de la jeunesse de Marie Curie : « Les sœurs Curie viennent d’une famille très intellectuelle. Alors que la Pologne a été découpée en morceaux, l’intelligentsia de Varsovie estime que l’espoir de reconstruire le pays repose sur l’éducation. Ce contexte fait que les deux filles qui réussissent bien dans leurs études veulent aller plus loin. Y-avait-il jadis un courant féministe ? « Certainement, il y a eu le courant positiviste. La fameuse Université volante, créée par une femme (cette haute école, illégale en Pologne, permettait de faire des études à la suite des répressions qui ont succédé à la révolte polonaise ; elle a été active de 1885 à 1905 et, de nouveau de 1977 à 1981). Marie et Bronia en font partie pendant deux ans. Elles donnent des cours aux ouvrières qui n’ont pas accès à l’éducation et approfondissent la leur avec des étudiants plus avancés.

Enseignement

« Outre la laïcité  et l’articulation des débats scientifiques  et démocratiques, nous essayons de promouvoir la culture scientifique. Nous ne sommes pas du tout convaincus par  l’approche européenne de l’enseignement symbolisé par le socle commun de connaissance. Les professeurs doivent cocher les cases d’une liste de connaissances et des compétences supposées acquises, c’est une approche bureaucratique de l’enseignement. On a vite fait de tout oublier. Nous plaidons pour un enseignement plus ouvert, dans lequel par exemple on peut donner très tôt des informations simples sur la structure de l’atome sans forcément viser que tout cela soit acquis. Un enseignement mois strictement utilitaire. .. Il y a des éléments qu’il faut apporter à tous les jeunes qu’ils fassent ou non de grandes études par la suite. Il faut les ouvrir à la culture scientifique. Ils ne seront pas capables à terme de faire elle démonstration, mais ils auront une idée de ce qu’est la science. Dans le socle commun, il y a la culture humaniste d’un côté et la culture scientifique de l’autre ; la science y apparait pour servir avoir un métier. Est-ce qu’une poésie de Victor Hugo est utile ? Non. Est-ce que la science est utile ? Ou, mais pas seulement ! Il est évident que vous ne connaissez pas toutes les poésies de Victor Hugo. Mais quand bien même vous auriez oublié tous les vers appris dans votre jeunesse, votre personnalité sera différente, votre personnalité sera différente, il vous restera l’envie de connaître d’autres œuvres. Pour la science,  c’est la même chose : vous ne vous rappellerez plus de telle ou telle loi, mais il vous en restera une empreinte, la science ne sera plus pour vous un domaine inaccessible, déconnecté du concret et interdit de rêve »

Là encore une vision très positiviste refusant, comme Comte, toute rupture entre sciences et humanités

Sur les carrières scientifiques

Les jeunes qui veulent aller vers une carrière de recherche, « je me sens aussi le devoir de les mettre en garde. En leur disant de se lancer s’ils sont convaincus, en choisissant le sujet qui les intéresse vraiment, pas celui qui est à la mode. Il y a une compétition féroce pour avoir une situation stable dans la recherche. Laisser les gens jusqu’à quarante ans comme l’oiseau sur la branche, en particulier pour les femmes, ça ne marche pas.

A noter ; sur l’emploi scientifique, une vision beaucoup plus humaine que celle de l’actuel et inqualifiable Directeur du CNRS, Alain Fuchs, qui, dans une tribune récente du Monde (7 avril 2014) (L'emploi scientifique en France, au CNRS en particulier, est-il menacé dans notre pays ?) ne voit aucun problème dans la façon dont les doctorants, les post doctorant, les post post doctorants, les post post post doctorants sont actuellement traités.
 
 

lundi 7 avril 2014

Médicaments_ Epidémies de pénuries


C’est sous ce titre que Le Monde a publié le 27 novembre 2013 un article dénonçant les ruptures de stocks dans le domaine du médicament, de plus en plus nombreuses et parfois dramatiques.

Ces ruptures de stock  touchent des médicaments vitaux. Ainsi une patiente  en chimiothérapie soignée par le Caelix. Il s’agit d’un dérivé de la doxorubicine, anticancéreux actif mais très cardiotoxique, présentant une cardiotoxicité diminuée. En raison d’un arrêt de la fabrication suite à un problème de fabrication, ce médicament, n’a pas été disponible pendant près d’un an, les patients, même à risque cardiaque ont dû être traités par des dérivés plus toxiques. Suite également à un problème de fabrication l’antiviral Vistide a été en rupture de stock, menaçant la vie de certains patients. Autre exemple, la Mexilétine, un anti-arythmique, indispensable pour certains troubles cardiaques et seul médicament reconnu efficace dans le traitement des dans le traitement des syndromes myotonique : devant l’arrêt de la fabrication par Boehringer, l’agence du médicament a réagi et a obtenu l’autorisation de commercialiser le médicament elle-même.  Parmi d’ autres médicaments vitaux ayant connu des pénuries, citons encore l’Increlex, hormone de croissance insuline like), ou Anapen (adrénaline injectable), vitale en cas de choc anaphylactique.

En 2012, rapportait l’article du Monde, 80% des médecins traitant des cancers ont dû faire face à des pénuries de médicaments

 Ces ruptures touchent aussi des médicaments importants et très répandus, ainsi le Levothyrox pour les dérèglements de la thyroïde, suite à un problème dans une usine de conditionnement en France. L’agence du médicament a du autoriser en urgence un équivalent italien, mais, ce type de traitement est très sensible à de faibles variations de doses, et le moindre changement galénique peut entrainer des conséquences dangereuses.

Ces ruptures touchent même des médicaments grands publics comme le Fervex, en pleine épidémie de fièvres hivernales. Le Pr Astier, membre de l’Académie de pharmacie et responsable de la pharmacie d’Henri Mondor, à Créteil, s’indigne d’une croissance exponentielle de ces ruptures, et signale que 150 à 200 médicaments manquent régulièrement dans sa pharmacie.

Pourquoi sommes-nous tombés si bas ?

Pourquoi sommes-nous tombés si bas ? Un pharmacien me faisait remarquer qu’il y a trente ans, cette situation aurait paru incroyable, inacceptable, tant l’industrie pharmaceutique se faisait gloire d’assurer sans défaut la distribution de ses médicaments, en partenariat avec les pharmaciens, et les agences de régulation y veillaient aussi soigneusement. Alors que s’est il passé ? Sous la pression d’économistes, sous la pression aussi d’une politique de santé qui ne vise qu’économie, ( et fausse économie, car un médicament efficace est bien la moins chère des formes de traitement) le médicament est devenu un produit comme les autres. Sans trop de souci de sécurité, en tous cas, de sécurité d’approvisionnement, les fabrications se sont délocalisées dans les pays à bas coût (Inde, Chine) ; les autorités de régulation, elle-même délocalisées, centralisées au niveau européen  ne jouent plus leur rôle. Le gouvernement français a tout de  même réactivé un réactivé un décret obligeant les fabricants à prévenir l’ANSM  de toute pénurie- mais que peut-elle réellement faire en cas de problème ? Les structures de régulation nationales  ont été dépossédées de leurs pouvoirs réels, qui n’ont pas été repris par les structures européennes.

Délocalisation et irresponsabilisation sont allés logiquement de pair. Qu’est-ce que Londres a à faire qu’il manque un anticancéreux à Henri Mondor – le système anglais de santé a bien d’autres problèmes ? C’est vrai aussi pour les firmes pharmaceutiques et leurs enjeux mondialisés. Du temps de la direction d’Upsa par la famille Bru, une pénurie de Fervex à l’entrée de l’hiver- inimaginable, des têtes auraient sauté ; mais aujourd’hui quel enjeu pour la multinationale BMS ? Il faut donc à la fois une réponse au niveau européen, mais aussi garder des responsabilités et des possibilités d’action rapdes locales.

Des procès en cascade ?

Le Pr Astier est bien seul à s’indigner, et l’on aurait aimé entendre plus fortement les sociétés savantes ; l’article du Monde n’a suscité pratiquement aucune réaction ; pour l’instant, les patients restent patients, mais il ne faudra pas s’étonner si un jour, à la suite d’un drame plus médiatisé que les autres, industriels, agence de régulations, autorités administratives, ministres subissent des mises en examen en cascade . Il faudra sans doute en passer par là, tant, en matière de médicament, de restriction des soins, d’économie sur le médicament, nous nous habituons, on nous a habitué, progressivement à l’inacceptable.

Le médicament, en France particulièrement, est la victime facile, privilégiée et perpétuelle des économies de santé, et depuis des décennies. Il ne faut donc pas s’étonner de la situation actuelle, résultat logique d’une (absence de) politique du médicament depuis des années ; sa conséquence ultime sera la quasi-disparition de l’industrie pharmaceutique en France et  que les Français devront se passer  des derniers  progrès, ou, pour ceux qui le pourront, les acheter très cher à l’étranger.