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jeudi 25 août 2016

Le18 août 1966 - Cinquantième anniversaire de la Révolution Culturelle, un anniversaire oublié




Le 18 août 1966 - Cinquantième anniversaire de la Révolution Culturelle, un anniversaire oublié

 Une manipulation politique totalitaire…

 En 1966, Mao Zedong, fortement critiqué depuis l’échec fou et criminel du Grand Bond en Avant et en voie de marginalisation, décide de lancer la révolution culturelle en mobilisant les jeunes pour éliminer ses  adversaires au sein du parti, qualifiés de bureaucrates et de révisionnistes.

Des millions de gardes rouges venant des quatre coins du pays se rassemblèrent à Pékin. Le 18 août, du haut de Tien'anmen, Mao et Lin Biao firent de fréquentes apparitions pour se faire acclamer par environ un million de gardes rouges. Mao accepta et porta le brassard qui servait d'insigne à l'une des factions de l'école moyenne dépendant de l'université de Qinghua, où les gardes rouges avaient massacré l’une de leurs professeurs.  Le brassard était rouge avec l'inscription Hong Weibing (« Gardes rouges ») en lettres dorées. Ce brassard lui fut remis par Song Binbin, la fille d'un des Huit immortels du Parti communiste chinois. Mao attise la rébellion par ses discours : « on a toujours raison de se révolter » et « nous ne voulons pas la gentillesse, nous voulons la guerre ». Des mots d’ordre qui fascineront aussi certains actuels occidentaux. En réalité, ce fut le déchainement d’une barbarie avec peu de précédents, du moins à cette échelle.

 … menant à une barbarie inouïe

La Révolution culturelle est responsable de la mort de centaines de milliers de personnes. Certains auteurs, comme le sinologue Jean-Luc Domenach, ou l'historien Stéphane Courtois dans l'ouvrage collectif Le Livre noir du communisme, estiment le nombre de morts à plusieurs millions. Intellectuels, professeurs, artistes, cadres du Parti sont publiquement humiliés et parfois massacrés en publics par leurs élèves ou subordonnés Gardes Rouges lors de séances de lutte ou d’autocritique. Le volet « culturel » de cette révolution tient en particulier à éradiquer les valeurs traditionnelles. C'est ainsi que des milliers de sculptures et de temples (bouddhistes pour la plupart, mais aussi lieux de pèlerinage confucéens) sont détruits. L'écrivain chinois Youqin Wang indique que la majorité des victimes trouvèrent la mort sur leurs lieux de vie et non dans des camps. Il s'agissait des sessions de lutte et ces assassinats permettaient d'« obtenir la soumission de la population par la terreur ».  Bien pire, il y eut dans certaines régions autonomes des centaines de cas de cannibalisme, non à cause de la faim, comme sous le Grand Bond, mais par pure barbarie : « Ce jour-là, l’école secondaire de Tongling était en pleine effervescence culinaire : dans les cuisines, on cuisait de la chair humaine ; dans les dortoirs des professeurs, on cuisait de la chair humaine ; dans l’internat des filles, on cuisait de la chair humaine ; sous les auvents devant les salles de classe, on grillait de la chair humaine ; dans la cour de l’école, on grillait de la chair humaine. » (extrait de l’enquête mené par l’écrivain Zheng Yi dont le régime tantôt interdit, tantôt laisse filtrer les écrits). Pour l'historien chinois Song Yongyi, qui avance le chiffre de trois millions de morts,  c'est en 1968 que les massacres et les violences furent surtout perpétrés, après la mise en place des comités révolutionnaires, les assassins étant pour la majorité des « militaires, des miliciens armés et des apparatchiks du Parti ». De fait, les exactions des Gardes Rouges furent suivies par une répression impitoyable, une fois qu’ils eurent perdu leur utilité pour Mao. Et pour faire rentrer dans l’ordre une jeunesse dont il se méfiait après l’avoir instrumentalisée, le régime inventa l’envoi systématique et forcé à la campagne des jeunes urbains (près de 17 millions, entre 1968 et 1980)

La Révolution culturelle  aujourd’hui

A l’occasion de ce tragique anniversaire, le régime a fait un service minimum, mais clair. Le 17 mai 2016, le Quotidien du Peuple prend position contre la révolution culturelle : « L’histoire a bien montré que, dans la pratique comme dans la théorie, la révolution culturelle a été une erreur totale, en aucun cas elle n’est et ne peut être vue comme une révolution ou un progrès social ».

Le régime a laissé publier nombre de témoignages de garde rouges et censuré d‘autres. Mais il est difficile de penser que le témoignage de Song Binbin en 2014 n’a pas de signification politique. Song Binbin est cette jeune fille qui avait remis à Mao le 16 aout 1966 le brassard des gardes rouges et Mao lui avait dit « soit violente ! ». En 2014, Song Binbin, et plusieurs de ses anciens camarades de classe ont présenté leurs excuses, exprimant regrets et remords en présence de professeurs victimes de leurs violences. Dans une interview aux Nouvelles de Pékin (Xinjingbao), Mme Song explique avoir voulu présenter ses excuses, car elle avait rédigé le premier « dazibao » (affiche en grands caractères) en juin, qui avait lancé la campagne de critiques et de violences contre les professeurs dans l’école. Pour elle, le temps pressait. Leurs victimes ont aujourd’hui entre 80 et 90 ans. « Je n’aurai pas eu une nouvelle occasion de leur présenter des excuses » Et elle a conclu : « Si nous ne comprenons pas profondément et si nous n’examinons pas l’état d’esprit qui a permis la Révolution culturelle, de tels incidents se reproduiront », a-t-elle dit.

 Le retour de Confucius

 Si la condamnation du volet politique reste certaine mais prudente, le volet culturel est lui bien oublié. En témoigne le retour en grâce de Confucius, naguère emblème bourgeois et réactionnaire, aujourd’hui promu inspirateur de la Société Harmonieuse, dont se réclame parfois le régime, et dont la statue orne l’entrée de l’Université du peuple de Pékin…où est formée l’élite politique du régime. Les maîtres confucéens si influents à Singapour où le confucianisme était idéologie d’Etat occupent maintenant des postes dans les Universités chinoises et la recherche chinoise est fort active, accumulant documents historiques sur les quatre siècles qui séparent la vie de Confucius de l’époque où ses œuvres deviennent l’idéologie officielle de la dynastie Han et la pensée organique et commune de la Chine. Son lieu de naissance redevient lieu de pèlerinage, accommodé façon quasi-Disney, et les instituts Confucius se répandent partout, équivalents de l’Alliance française ou du British Council. Le pauvre Confucius se trouve aussi mobilisé dans des ouvrages de type développement personnel, type comment être heureux et réussir dans la vie grâce à Maître Kong (cf la série de cours du Collège de France consacrés à Confucius par Françoise Cheng)

Liberté d’exposition, de discussion d’appréciation sur le maoïsme

Reste à savoir pourquoi la condamnation de la Révolution culturelle reste si modeste, ou pourquoi n’existe-t-il pas, me semble-t-il de Soljenitsyne chinois. 1) A côté du Grand Bond en avant (plus de 35 millions de mort), la Révolution culturelle reste anecdotique en terme de massacre (mais certainement pas quant à sa résonance politique 2) Les Chinois n’ont pas le même rapport à l’histoire que nous et entendent se consacrer au présent et au futur 3) Les Chinois ont le même rapport à l’histoire que nous, et n’aiment pas réveiller les déchirements des familles et multiples compromissions de cette période (dont témoignent à l’occasion quelques romans ou films), pas plus que les Français n’aiment à parler de l’Occupation ou de la guerre d’Algérie. 4) Le régime chinois craint qu’en déboulonnant Mao de son statut d’idole, il perde toute légitimité ( oui mais contrairement à l’URSS, il a su suffisamment se réformer pour me semble-t-il n’avoir pas grand-chose à craindre 5) Chez ceux qui ont peu profité des réformes économiques et qui voient les inégalités et la corruption exploser, une certaine Mao nostalgie se développe – raison de plus pour que le régime autorise la libre enquête historique, la liberté d’exposition, de discussion d’appréciation sur le maoïsme.

Des raisons très contradictoires que je viens d’exposer, on peut déduire que le régime chinois agit avec beaucoup (trop) de prudence, sans avoir forcément une doctrine précise sur le maoïsme.

Alors, y-aura-t-il un Soljenitsyne chinois ? Il me semble qu’avec Youqin Wang (mais à Chicago), Zheng Yi, auteur de L'Érable (1979, réquisitoire contre la Révolution culturelle, en exil aux USA depuis 1989 –répression de Tien an Men), Song Yongyi (ancien garde rouge, auteur de Les Massacres de la Révolution culturelle, aussi en exil aux USA depuis 1989), nous n’en sommes vraiment pas loin. Regrettons tout de même que la communauté sinologique française, les intellectuels français et les Chinois de France semblent absent de cette vague de fond de réflexion libre sur le passé et le futur de la Chine. Mais peut-être, pour les intellectuels, devraient-ils commencer par des excuses ? Parce que ce qui s’est passé en Chine ne les a pas toujours laissé aussi silencieux !

Délires français

Ainsi, Glucksmann, à Vincennes, criant Bas les Pattes devant la Chine Rouge, brandissant le petit Livre Rouge et menaçant d’en bombarder les enseignants opposés au maoïsme – il est vrai qu’il a ensuite avoué qu’il se sentait honteux de cette période…mais tout en gardant à jamais du maïsme la même intolérance et le même anti-russisme réflexe). Ainsi, Marie-Antoniette Machiocchi, auteur du best seller De la Chine, publié grâce à Sollers, déclarant sut tous les plateaux télé que la Révolution Culturelle inaugurerait mille ans de bonheur ; ainsi, Sartre :  « Mao, contrairement à Staline, n'a commis aucune faute » ; ainsi Sollers « Mao libérait l'humanité des valeurs bourgeoises» ; ainsi Kristeva: «Mao a libéré les femmes» et « résolu la question éternelle des sexes»…

Le pire évidemment, le dernier des derniers, Alain Badiou, qui en janvier 1979 alors que le monde entier découvre l'ampleur des crimes de Pol Pot et de ses Khmers rouges, ose écrire dans Le Monde une tribune intitulée « Kampuchea vaincra ! », protestant contre l'« invasion du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens » et prenant  la défense de Pol Pot et des Khmers rouges « la simple volonté de compter sur ses propres forces et de n'être vassalisé par personne éclaire bien des aspects, y compris en ce qui concerne la mise à l'ordre du jour de la terreur ».

Quand on pense que l’antisarkozysme a suffit à remettre ce triste personnage en selle. Alors, Badiou, une petite autocritique publique ?
 


vendredi 19 août 2016

Pourquoi Cédric Villani n’est Poincaré ?

Les difficultés de la vulgarisation

Lire évidemment n’est pas Poincaré ! Cédric Villani est un mathématicien –osons le mot- génial, qui entre à Ulm à l’âge de dix–neuf ans,  médaille Field 2012. Il est aussi éminemment sympathique, fait le job et encore bien plus pour faire connaître sa discipline, n’hésitant pas à aller dans des media assez improbables, participe à d’innombrables débats, défend la place de la science et des scientifiques dans la société, s’engage aussi sans trop compter pour promouvoir la place de la France dans le domaine des sciences et des techniques- il est porte-parole du comité de soutien à l'organisation de l'exposition universelle de  Paris en 2025. Comme Poincaré, il s’intéresse à la physique mathématique et nombre de ses travaux tournent autour de la question d’entropie – il préside d’ailleurs l’Institut Henri Poincaré.
Mais je dois tout de même avouer une déception. Lorsque M. Villani parle de mathématiques, de ses travaux,  des mathématiques qui se font actuellement, il me semble qu’il le fait soit à un niveau anecdotique  qui n’apprend pas grand-chose, soit à un niveau trop élevé qui ne peut intéresser que les spécialistes, et  qu’il n’a pas trouvé la bonne distance pour une vulgarisation intelligente. C’est en ce sens qu’il n’est pas Poincaré – Pourquoi ?

Quelques explications possibles : 1) Poincaré était une combinaison assez unique, un mathématicien, un écrivain et un vulgarisateur également géniaux – et il est effectivement resté assez unique. 2) Cédric Villani n’a pas  encore le recul, la maturité nécessaire à une vulgarisation de qualité – et je serais prêt à parier sur cette hypothèse. 3) La science d’aujourd’hui est trop spécialisée, trop parcellisée pour permettre l’existence d’esprit suffisamment universel comme Poincaré. Je ne le crois pas trop- mais en revanche, je suis tout prêt à croire que le problème réside plutôt dans les conditions d’exercice de la science, les évaluations et évaluations d’évaluations permanentes, la recherche incessante de subvention d’innombrables organismes, les carrières précaires etc. 4) Nous manquons aujourd’hui de média où scientifiques, philosophes, historiens, artistes peuvent dialoguer – Poincaré publiait beaucoup dans la Revue de métaphysique et de morale – où est l’équivalent aujourd’hui ? Là, je crois qu’il y aurait un effort vraiment utile à accomplir.

Poincaré : extraits

Et, pour illustrer mon propos, deux extraits de Poincaré, non pas des très connues, La Science et l’Hypothèse ou La valeur de la Science (à lire, relire et faire lire !) mais des moins connues Dernières Paroles :
Ceci d’abord, pour expliquer ce qu’est la topologie, dans un chapitre intitulé « Pourquoi l'espace a trois dimensions »
« Les géomètres distinguent d'ordinaire deux sortes de géométries, qu'ils qualifient la première de métrique et la seconde de projective; la géométrie métrique est fondée sur la notion de distance ; deux figures y sont regardées comme équivalentes, lorsqu'elles sont « égales » au sens que les mathématiciens donnent à ce mot ; la géométrie projective est fondée sur la notion de ligne droite. Pour que deux figures y soient considérées comme équivalentes, il n'est pas nécessaire qu'elles soient égales, il suffit qu'on puisse passer de l'une à l'autre par une transformation projective, c'est-à-dire que l'une soit la perspective de l'autre. On a souvent appelé ce second corps de doctrine, la géométrie qualitative ; elle l'est en effet si on l'oppose à la première, il est clair que la mesure, que la quantité y jouent un rôle moins important. Elle ne l'est pas entièrement cependant. Le fait pour une ligne d'être droite n'est pas purement qualitatif ; on ne pourrait s'assurer qu'une ligne est droite sans faire des mesures, ou sans faire glisser sur cette ligne un instrument appelé règle qui est une sorte d'instrument de mesure.
Mais il est une troisième géométrie d'où la quantité est complètement bannie et qui est purement qualitative ; c'est l'Analysis Situs. Dans cette discipline, deux figures sont équivalentes toutes les fois qu'on peut passer de l'une à l'autre par une déformation continue, quelle que soit d'ailleurs la loi de cette déformation pourvu qu'elle respecte la continuité. Ainsi un cercle est équivalent à une ellipse ou même à une courbe fermée quelconque, mais elle n'est pas équivalente à un segment de droite parce que ce segment n'est pas fermé ; une sphère est équivalente à une surface convexe quelconque ; elle ne l'est pas à un tore parce que dans un tore il y a un trou et que dans une sphère il n'y en a pas. Supposons un modèle quelconque et la copie de ce même modèle exécutée par un dessinateur maladroit ; les proportions sont altérées, les droites tracées d'une main tremblante ont subi de fâcheuses déviations et présentent des courbures malencontreuses. Du point de vue de la géométrie métrique, de celui même de la géométrie projective, les deux figures ne sont pas équivalentes; elles le sont au contraire du point de vue de l'Analysis Situs. L'Analysis Situs est une science très importante pour le géomètre ; elle donne lieu à une série de théorèmes, aussi bien enchaînés que ceux d'Euclide ; et c'est sur cet ensemble de propositions que Riemann a construit une des théories les plus remarquables et les plus abstraites de  l’analyse pure. Je citerai deux de ces théorèmes pour en faire comprendre la nature : deux courbes fermées planes se coupent en un nombre pair de points; si un polyèdre est convexe, c'est-à-dire si on ne peut tracer une courbe fermée sur sa surface sans la couper en deux, le nombre des arêtes est égal à celui des sommets, plus celui des faces, moins deux ; et cela reste vrai quand les faces et les arêtes de ce polyèdre sont courbes. Et voici ce qui fait pour nous l'intérêt de cette Analysis Situs ; c'est que c'est là qu'intervient vraiment l'intuition géométrique. Quand, dans un théorème de géométrie métrique, on fait appel à cette intuition, c'est parce qu'il est impossible d'étudier les propriétés métriques d'une figure en faisant abstraction de ses propriétés qualitatives, c'est-à- dire de celles qui sont l'objet propre de l'Analysis Situs. On a dit souvent que la géométrie est l'art de bien raisonner sur des figures mal faites. Ce n'est pas là une boutade, c'est une vérité qui mérite qu'on y réfléchisse. Mais qu'est-ce qu'une figure mal faite? c'est celle que peut exécuter le dessinateur maladroit dont nous parlions tout à l'heure ; il altère les proportions plus ou moins grossièrement ; ses lignes droites ont des zigzags inquiétants; ses cercles présentent des bosses disgracieuses ; tout cela ne fait rien, cela ne troublera nullement le géomètre, cela ne l'empêchera pas de bien raisonner. Mais il ne faut pas que l'artiste inexpérimenté représente une courbe fermée par une courbe ouverte, trois lignes qui se coupent en un même point par trois lignes qui n'aient aucun point commun, une surface trouée par une surface san strou. Alors on ne pourrait plus se servir de sa figure et le raisonnement deviendrait impossible »

Et ceci, élément de réponse à la question « les lois physiques sont-elles invariables au cours du temps ?


« Je suppose un monde dont les diverses parties possèdent une conductibilité calorifique si parfaite qu'elles se maintiennent constamment en équilibre de température. Les habitants de ce monde n'auraient aucune idée de ce que nous appelons différence de température ; dans leurs traités de physique, il n'y aurait pas de chapitre consacré à la thermométrie. A part cela ces traités pourraient être assez complets et ils enseigneraient une foule de lois, beaucoup plus simples même que les nôtres. Imaginons maintenant que ce monde se refroidisse lentement par rayonnement; la température y restera partout uniforme, mais elle diminuera avec le temps. Je suppose qu'un de ses habitants tombe en léthargie et se réveille au bout de quelques siècles; nous admettrons, puisque nous avons déjà supposé tant de choses, qu'il puisse vivre dans un monde plus froid et qu'il ait conservé le souvenir des choses d'autrefois. Il verra que ses descendants font encore des traités de physique, qu'ils continuent à ne pas parler de thermométrie, mais que les lois qu'ils enseignent sont très différentes de celles qu'il a connues. Par exemple on lui a appris que l'eau bout sous une pression de 10 millimètres de mercure, et les nouveaux physiciens observeront que pour la faire bouillir, il faut abaisser la pression jusqu'à 5 millimètres. Tel corps qu'il a connu autrefois liquide ne se présentera plus qu'à l'état solide et ainsi de suite. Les relations mutuelles des diverses parties de l'univers dépendent toutes de la température et dès qu'elle change, tout est bouleversé. Eh bien, savons-nous s'il n'y a pas quelque entité physique, aussi inconnue pour nous que la température l'était pour les habitants de ce monde de fantaisie ? Savons-nous si cette entité ne varie pas constamment comme la température d'un globe qui perd sa chaleur par rayonnement, et si cette variation n'entraîne pas celle de toutes les lois? »



jeudi 18 août 2016

Palmyre sauvée, la France absente

Beaucoup ont sans doute  déjà oublié ce nom, Khaled Asaad, qui dirigeait les Antiquités de  Palmyre depuis 1963, âgé de 83 ans, décapité par Daech en public. Mais peut-être certains considèrent qu’il l’avait mérité, c’était un officiel syrien ; il avait refusé de quitter la ville et jusqu’au dernier moment, et même trop tard, il s’efforçait de cacher et mettre à l’abri les trésors de ses musées – et c’est sans doute l’une des raisons  de son exécution.

Car à la barbarie contre les personnes a succédé la barbarie contre la culture, la destruction à la dynamite des temples de Bêl et Baalshamin et du célèbre arc de triomphe, plusieurs des tours funéraires de la cité, uniques au monde réduites en poussière, l’amphithéâtre dégradé et servant de cadre à l’exécution publique de 25 soldats syriens par des adolescents, la destruction de statues et un pillage organisé qui servait à financer Daech.

Palmyre a été libérée, oui, libérée de la barbarie, par les Russes et l’armée syrienne. Affrontant les tirs qui viennent encore des palmeraies voisines et les milliers d’engin explosifs laissés par Daech, déminant, archéologues syriens de la DGAM (Direction Générale des Antiquités et Musées) et archélogues russes s’affairent sur le site, sauvant ce qui peut encore l’être, identifiant, ramassant les pièces du puzzle des vandales, préparant les restaurations futures.

Et les Français ? Eh bien, ils ne sont pas là ! Parce que comme l’explique crûment l’historienne Sartre Fauriat, exprimant une espèce de position officielle française, la libération de Palmyre n’est pas vraiment une libération, elle est avant tout « un coup médiatique d’Assad et y aller maintenant serait une caution donnée au régime ». Ah oui, ce ne sont pas les alliés des alliés de nos très chers amis qatari et saoudiens qui sont sur place, eux se battent aux cotés des vandales.

Pendant ce temps, Russes et Syriens donc travaillent et- devinez quoi- lorsqu’il s’agit d’Antiquités, ils se parlent en français, langue commune de travail la plus commode. Le Directeur de la DGAM, Maamoun Abdulkarim a ces paroles amères et terribles pour la France :
Je me suis senti abandonné par la France, et tout ça pour des raisons politiques. L’archéologie syrienne est francophone, comme vous pouvez le voir ; tout est écrit en français dans mon département. Pourquoi un tel gâchis historique après un siècle de coopération entre l’archéologie syrienne et française ? Une exposition sur l’art syrien aura lieu au musée Pouchkine en octobre ; figurez-vous que nos échanges avec les Russes se font en français… Pourquoi au sein de l’Unesco, pas une seule personnalité française n’est venue à notre rencontre ?Et pourquoi certaines institutions françaises ont même été jusqu’à refuser de nous recevoir ? La DGAM est une organisation scientifique et non politique. J’attendrais un soutien moral et scientifique, pas des attaques (cité dans un remarquable article de Marianne5-11août 2016)

Heureusement certains français n’ont que faire de leurs gouvernants, et, à leur risque, vont à Palmyre, ainsi Jacques Seigne Directeur émérite au CNRS, l’architecte Yves Ubelmann, président d’Iconem  proposent leur compétence te leur aide. Palmyre revivra, et certains Français au moins seront associés à sa renaissance.


Mais que nous sommes loin des ambitions initialement affichés par Laurent Fabius pour une diplomatie scientifique et culturelle de la France. Que cette présidence Hollande aura été minable, dans tous les domaines.



mercredi 17 août 2016

El KHomri, sa loi, ses décisions : les salariés s’en souviendront

Ainsi, la loi El Khomri qui permet l’inversion des normes entre accords d’entreprises et accords de branche a été votée définitivement par le Parlement le 21 juillet par trois députés. Trois ! Merci en passant à tous les frondeurs du PS qui ont visiblement décidé de partir en vacances plutôt que de se battre, ils avaient là une belle occasion. D’un dernier combat  S’il fallait démonter combien, à coups de 49-3 et d’autoritarisme gouvernemental, le travail parlementaire est décrédibilisé, on ne pouvait rêver mieux. Si l’on voulait montrer à quel point cette loi, rejetée par la majorité des salariés et les organisations syndicales les plus puissantes peut être légale, mais en même temps dépourvue de toute légitimité, on ne pouvait non plus rêver mieux. Lorsque légalité et légitimité, pays légal et pays réel divergent à ce point, on sait vers quels drames politiques cela peut conduire. En tous cas, les salariés s’en souviendront et sauront pour qui ne pas voter lors des prochaines échéances électorales.

Pour prouver à quel point elle peut être une ministre obéissante de Manuel Valls, Mme El Khomri, en pleine période estivale, espérant peut-être passer inaperçue ( Marianne au moins pourtant l’a relevé- 12 août 2016) a approuvé le licenciement du délégué syndical CGT d’Air France Vincent Martinez, suite à l’épisode de la chemise arrachée du DRH., en allant contre la décision de l’inspection du travail qui l’avait refusée. Elle ose même déclarer qu’ « à ‘issue d’une analyse longue et minutieuse, il ressort que la faute reprochée est d’une gravité suffisante pour justifier le licenciement ».

Ceci alors que l’Inspection du travail avait précisément jugé le contraire, en arguant du fait que Vincent Martinez avait plutôt joué un rôle de modérateur dans une échauffourée provoquée par des déclarations brutales et volontairement provocantes de la direction d’Air France.


Oui, Mme El Khomri, les salariés se souviendront de nous et sauront pour qui ne pas voter !


mercredi 13 juillet 2016

Return to the pre antibiotic era

Before sinking due to Brexit, the British Government was launched in a commendable and unprecedented effort to attract the attention of the international scientific community and the political and economic decision-makers on the danger of the growing resistance to antibiotics. This theme was the subject of several reports. Organization and final synthesis were entrusted to the Economist and former President of asset management at Goldman Sachs, Jim O'Neill, the idea being that the only public health consequences appear insufficient to attract attention to policies, which each time they hear the word “health” fear additional costs,  but they would be perhaps more attentive if an economist showed them the economic consequences. On this point, the final report of Jim O'Neill (Tackling drug-resistant infections globally: final report and recommendations, should not disappoint them:

10 million deaths a year

Resistance to antibiotics is already the cause of a "very shocking" number of 700,000 victims per year.
It could cause 10 million additional deaths per year by 2050, or one death every three seconds. More than cancer !
The cost by 2050 would represent 100 million million $
And the authors note that during the 18 months of drafting their report, they witnessed the emergence of resistance which they did not they would appear as early, for example resistance to colistin, one of the antibiotics of last resort, end 2015 (in China, in India and the USA), one of the causes being the use of this antibiotic in a pig farm in China). The Chinese begin to worry so much the situation they helped (but not only) to establish that they were the first with the British to agree to establish a fund dedicated to innovation in this area, for $ 72 million each.

The recommendations

-an international public campaign of sensitization on the impact of the emergence of resistance to antibiotics

- Reduce drastically the use of antibiotics in livestock. We need improve global monitoring, to determine the extent of the use of antibiotics in agriculture in every part of the world. Reduction targets will have to be proposed by each Government, leaving some flexibility for decay. However, we should move forward much more quickly in the prohibition or restriction in animals of antibiotics vital to human health... The report also proposes to promote the development and use of vaccines and other alternatives;

- Encourage innovation and changing economy of antibiotic therapy

No new classes of antibiotics has emerged for decades (with the exception of linezolid). The market of antibiotics is not at all attractive for a pharmaceutical company. If the overall market is quite large (40 billion), sales of products under patent are only about 7 billion $, which is the sale of a single blockbuster in the field of cancer. There is also the difficulty of research and the fact that the initial market will be small, since a new antibiotic will be reserved for hospital use (what is a healthy measure).
The Group therefore considered the need of new and better incentives to promote investment in the field of antibiotic research. He proposed a system of entry ticket up to 1 billion $ for any discovery of a new antibiotic active on resistant pathogens, whether it belongs to a new family or not, provided that it will be made available in any region of the world where it is needed, and that its use will be limited to the treatment of resistant infections (including TB, gonorrhea, pathogenic gram negative and some fungal infections, which are badly needed are particularly urgent.
This idea was to be discussed at an upcoming G20 in September, to be implemented at the international level. It would be a pity that the current turbulence of Britain, leader in this area,  could delay the implementation of this recommendation

- Promote new diagnostics tools

We need  better description of  existing antibiotics. The group found amazing that doctors continue to prescribe antibiotics only on their immediate assessment of the patient symptoms, just as they do since the invention of antibiotics... When an assay is used for the diagnosis, it is often based on very slow technology that has not changed significantly since the 1860s...; Development of rapid diagnostics would enable significant progress. I would add that recommendations which lead to prescribe fewer antibiotics as blindly as they are prescribed are hardly satisfactory: it is not necessarily to prescribe less, but better.


- Promoting the anti-infective industry

It is necessary to increase the number of researchers, physicians and medical staff working in infectious diseases as well as the remuneration and career profiles. The report notes that doctors working in infectious diseases are less well paid than other 25 medical specialties in the USA, and the picture is similar for nurses and hospital practitioners. Careers are less attractive financially and in terms of prestige


It would be a pity that the adventures of the Brexit endanger this program to fight antibiotic resistance, in particular the financing of research and the 1 billion ticket for the discovery of new antibiotics active on resistant threatening strains. If the British Government now has other worries, Europe should take on board.

Retour à l’ ère préantibiotique

Avant de sombrer pour cause de Brexit, le gouvernement britannique s’était lancé dans un effort louable et sans précédent pour attirer l’attention de la communauté scientifique internationale  et des décideurs politiques et économiques sur le danger de la résistance croissante aux antibiotiques. Ce thème a fait l’objet de plusieurs rapports dont l’organisation et la synthèse ont été confiés à l'économiste et ancien président de la gestion d'actifs de Goldman Sachs, Jim O'Neill, l’idée étant que  les seules conséquences pour la santé publique paraissant insuffisantes à attirer l’attention des politiques, qui chaque fois qu’ils entendent ce mot santé craignent des  dépenses supplémentaires, ils seraient peut-être plus attentifs si un économistes leur montrait en plus les conséquences économiques. Sur ce point, le rapport final de Jim O'Neill (Tackling drug-resistant infections globally: final report and recommendations), remarquable, ne devrait pas les décevoir :

10 millions de morts par ans                                       

La résistance aux antibiotiques est déjà la cause d’un « très choquant » nombre de  700.000 victimes par ans.
Elle pourrait causer 10 millions de morts supplémentaires par an d’ici 2050, soit un décès toutes les trois secondes. Plus que le cancer !
Le coût d’ici à 2050 représenterait 100 millions de millions de dollars
Et les auteurs notent que pendant les 18 mois de la rédaction de leur rapport, ils ont assisté à l’émergence de résistances dont ils ne pensaient pas qu‘elles apparaitraient aussi tôt, par exemple les résistances à la colistine, l’un des antibiotiques de dernier recours, fin 2015 (en Chine, en Inde et aux USA), l’une des causes étant l’utilisation de cetantibiotique dans des élevage, notamment de porcs en Chine). Les Chinois commencent à s’inquiéter tellement de la situation qu’ils ont contribué (mais pas eux seulement) à créer qu’ils ont été les premiers avec les britanniques à accepter de doter un fonds consacré à l’innovation en ce domaine, pour 72 millions de dollars chacun.

Les préconisations

 - une campagne internationale publique de développement sur les conséquences de l’émergence des résistances aux antibiotiques

- Réduire de manière drastique l’utilisation des antibiotiques dans les élevages. Il faut  améliorer la surveillance mondiale, afin de connaître l’ampleur de l’usage des antibiotiques dans le secteur agricole de chaque partie du monde. Des objectifs de diminution devront alors être proposés par chaque gouvernement, leur laissant une certaine flexibilité pour la décroissance.  Il faut cependant faire progresser beaucoup plus rapidement l’interdiction ou la restriction chez les animaux d’antibiotiques vitaux pour la santé humaine...Le rapport propose également de promouvoir le développement et l’utilisation des vaccins et autres solutions de rechange ;

- Encourager l’innovation et changer l’économie de l’antibiothérapie

Aucune classe réellement nouvelle d’antibiotiques n’a émergé depuis des décennies (à l’exception du linezolid). Le marché des antibiotiques n’est pas du tout attractif pour une compagnie pharmaceutique. Si le marché global est assez important (40 milliards), les ventes des produits sous brevet ne représentent que.7 milliards de dollars environ, soit les ventes d’un seul blockbuster dans le domaine du cancer. A cela s’ajoute la difficulté de la recherche et le fait que le marché initial sera faible, puisqu’un nouvel antibiotique sera réservé à l’usage hospitalier (ce qui est une saine mesure).
Le groupe a donc estimé qu’il fallait de nouvelles et meilleures incitations pour promouvoir l’investissement dans le domaine de la recherche en antibiothérapie. Il a proposé un système de ticket d’entrée à 1 milliard de dollars pour toute découverte d’un nouvel antibiotique actif sur les pathogènes résistants,  qu’il appartienne ou non à une nouvelle famille, à condition qu’il soit disponible dans toute région du monde où il est nécessaire, et que son utilisation soit limitée au traitement des infections résistantes ( parmi lesquelles les tuberculoses, les gonorrhées, les pathogènes gramme négatifs et quelques infections fongiques) sont plus particulièrement urgentes.
Cette idée devait être discutée à un prochain G20 en septembre, pour être mise en œuvre  à l’échelle internationale. Il serait dommage que les turbulences actuelles de la Grande-Bretagne, très moteur en ce domaine, retardent la mise en œuvre de cette préconisation

- Promouvoir de nouveaux outils diagnostics

Il s’agit de mieux prescrire les antibiotiques existants. Le groupe a trouvé  incroyable que les médecins continuent à prescrire des antibiotiques uniquement sur leur appréciation immédiate des symptômes du patient, juste comme ils le font depuis l’invention des antibiotiques... Lorsqu’un test est utilisé pour le diagnostic, il est souvent basé sur une technologie très lente qui n’a pas  changée de manière significative depuis les années 1860… ; Des efforts de développement de diagnostics rapides permettraient des progrès significatifs. J’ajouterais que les préconisations qui conduisent à prescrire moins d’antibiotiques aussi aveuglément que l’on en prescrit ne sont guère satisfaisantes : Il ne s’agit pas nécessairement de prescrire moins, mais mieux.  

- Promouvoir la filière antiinfectieux

Il faut augmenter le nombre de chercheurs, médecins et personnel médical travaillant dans les maladies antiinfectieuses ainsi que la rémunération et les profils de carrière.  Le rapport constate que :es médecins des maladies infectieuses sont les moins bien payés de 25 spécialités médicales aux USA, et le tableau est similaire pour les infirmiers et praticiens hospitaliers. Les carrières sont moins attractives financièrement et en terme de prestige


Il serait dommage que les péripéties du Brexit mettent en danger ce programme de lutte contre l’antibiorésistance, en particulier le financement de la recherche et le ticket d’entrée pour la découverte de nouveaux antibiotiques. Si le gouvernement britannique a maintenant d’autres soucis, l‘Europe devrait le reprendre à son compte.


dimanche 3 juillet 2016

La recherche en France – un décrochage inquiétant : rapport du CESE

Le financement de la Recherche est insuffisant

Le Conseil économique, social et environnemental élaborer un rapport annuel sur l’état de la France. Le rapport 2015 montre ce que les rapporteurs eux-mêmes qualifient de décrochage inquiétant.
- Avec un taux de 2,26 % du PIB en 2014 consacré à la Recherche développement, la France se situe en deçà de l’objectif de 3 % de la Stratégie de Lisbonne de 2002 ; ce taux  situe la France loin du groupe des pays européens « leaders » dont l’effort de recherche avoisine ou dépasse l’objectif des 3 % du PIB (Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Suède niveau dépassé régulièrement par l’Allemagne, l’Autriche et les pays scandinaves.
Ce retard qui dure depuis des années et a même tendance à s’aggraver a des conséquences qui commencent à se faire sentir : la baisse de la part de notre pays dans les publications scientifiques (-15,1% entre 1999 et 2013) et la  chute dans les demandes de brevets européens (8,3 % en 1994 pour 6,4 % en 2012) sont autant de signes d’un décrochage certain.
- Ce décrochage se vérifie également dans le secteur privé  : les investissements de R&D des entreprises françaises figurant dans le classement«  Global innovation 1000  » (rapport 2015 de l’étude «  global innovation 1000  » de PwC Strategy) n’ont crû que de 28 % depuis 2005 contre 66 % pour l’ensemble des entreprises européennes.
A noter que  cet indicateur d’effort de recherche ne prend pas en compte les données relevant du ministère de la Défense et que l’activité de recherche des enseignants-chercheurs des universités et des professeurs des centres hospitalo-universitaires est difficile à quantifier. Enfin et surtout  cet indicateur ne rend pas compte de l’effort financier consenti au titre des aides fiscales, à l’instar du crédit d’impôt recherche.
 L’effort financier consenti au titre des aides fiscales, à l’instar du Crédit d’Impôt Recherche (CIR), constitue un important levier d’incitation à l’innovation (6,2 milliards d’€ en 2014). La question d’un meilleur fléchage en relation notamment avec les emplois créés dans la recherche et d’un réel contrôle de ce dispositif mérite d’être posée pour en accroître l’effectivité et s’assurer qu’il bénéficie à l’ensemble des entreprises, notamment aux PME et ETI. La stratégie de certains groupes internationaux en France soulève des questions légitimes en rapport avec des pratiques d’optimisation fiscale, alors que l’Allemagne parvient à atteindre l’objectif de3  % sans recourir à un dispositif de ce type, une des explications possibles étant que les écosystèmes diffèrent selon les pays. La discussion au sein de la commission sénatoriale sur le budget de la mission interministérielle Recherche et Enseignement supérieur (MIRES) dans le cadre du projet de loi de finances pour 2016 témoigne de la nécessité d’une évaluation que le CESE a lui-même appelé de ses vœux dans son avis sur La compétitivité : enjeu d’un nouveau modèle de développement (rapporteure : Isabelle de Kerviler, 2011,)

Commentaire : La faiblesse du financement de la rechercher française devient problématique, et c’est le grand mérité de ce rapport du CESE que de le signaler de manière non ambigüe. Et c’est le moment que le gouvernement a choisi pour annuler 256 millions de crédit sur la mission recherche et enseignement supérieur. Après une tribune de sept prix Nobel et une médaille Fields, une partie de la somme a été épargnée, soit 134 millions d’euros. Mais, un mois plus tard, c’est sur le front de l’Agence Nationale de la Recherche que la technocratie de Bercy s’est abattue, au point que le comité d’évaluation en mathématiques et informatique a démissionné en bloc, dénonçant « une chute gravissime du nombre de projets financés ». Dans un domaine en pleine explosion avec la révolution du big data ! La priorité à la recherche est bien oubliée, ce n’est pas ainsi que l’on prépare l’avenir !
En ce qui concerne le Crédit Impôt Recherche, il faut éviter de le modifier substantiellement en permanence – la complexité et le manque de stabilité et de prévisibilité de l’administration fiscale sans doute plus que le niveau absolu des prélèvements constituent un repoussoir pour les entreprises et un réel inconvénient pour leurs stratégies. Sur les dernières années, on ne peut pas lui reprocher d’avoir eu peu d’effets sur l’accroissement de l’emploi scientifique privé tant il est certain qu’il a eu un effet massif sur la protection de l’emploi existant durant la crise !
Il joue aussi un rôle important dans l’attractivité du territoire français pour les centres étrangers, avec l’excellence de certaines formations scientifiques. Il répond aussi particulièrement bien au besoin spécifiquement français d’investir dans la recherche et le développement privés, dramatiquement insuffisants, par sa souplesse qui permet aux entreprises d’accompagner au mieux leur stratégie, mieux que les systèmes allemands, belges etc. reposant sur des subventions publiques. S’il existe des dévoiements, ils peuvent être supprimés par des contrôles qui existent ; mais lorsqu’on parle du crédit impôt recherche des grandes entreprises, il faut savoir qu’assez souvent, ils favorisent en fait la sous-traitance de travaux de recherche par des start-up françaises ou européennes (au fait, on voudrait bien voir une certaine réciprocité à cette extension imposée par la Commission Européenne) et donc constituent un excellent moyen de favoriser à moindre risques l’innovation.

La question de l’emploi scientifique : manque d’attractivité des carrières

« Une nécessaire prise en compte des réalités de terrain : au-delà de l’approche quantitative, la qualité de la recherche dépend des conditions dans lesquelles celle-ci est menée. Une attention particulière doit être portée aux perspectives de carrière offertes aux chercheurs et aux futurs docteurs (en termes de stabilité, de reconnaissance de leurs qualifications et de conditions de rémunération). Ceux-ci font également face à une dégradation de leurs conditions de travail sous l’effet de contraintes financières, organisationnelles et temporelles accrues. Ils sont confrontés à un alourdissement de leurs tâches administratives (temps consacré aux évaluations multiples, à la recherche de financements dans le montage de projets, sans certitude aucune d’être éligible, affaiblissement des fonctions supports).
Ce contexte contribue à la perte d’attractivité des métiers de la recherche auprès des jeunes, à la fuite des talents à l’étranger ou vers d’autres horizons professionnels. Le CESE avait déjà souligné l’importance de cet enjeu dans son avis sur la compétitivité (cf.supra), alors que la question du renouvellement des générations de chercheurs proches de la retraite - et de la transmission de leur savoir - se pose aujourd’hui avec une acuité particulière. Cette réflexion doit être étendue aux perspectives de carrière offertes aux doctorants et post-doctorants au sein du secteur privé.
En outre, le système de recherche public est l’objet de transformations qui menacent son efficacité. Ainsi faut-il craindre les complications issues du processus de regroupement des universités, la réduction des crédits de base des laboratoires et le fléchage des crédits de l’Agence nationale de recherche vers les projets de court terme ou étroitement finalisés, au détriment du soutien à la recherche fondamentale. L’un des risques est l’apparition d’un système à plusieurs vitesses laissant de nombreuses équipes de haut niveau à l’écart de tout financement significatif, comme l’Académie des sciences l’a récemment souligné (Le financement de la recherche : un chantier urgent, communiqué du 16 juin 2015). Outre les emplois de recherche, la valorisation des doctorants et post-doctorants doit être améliorée au sein du secteur privé afin notamment de constituer des compétences sur l’anticipation et la prospective. »

Commentaire : Enfin ! Enfin un rapport qui aborde franchement le problème qui risque d’entraver le plus gravement la recherche française dans les années qui viennent : le manque d’attractivité des carrières de recherche. Dans le public : le brillant résultat d’années de gestion catastrophiques de la recherche, avec la folie des évaluations en cascade par des tutelles multiples, la folie de la recherche ciblée qui oblige responsables de laboratoires et d’équipes à se transformer en chercheurs effrénés de subvention à des guichets innombrables, aux procédures opaques et lourdes et  aux chances de succès à peu près égales à celles du Loto, puis reprendre et rédiger encore d’imposants dossiers pour coller à la dernières mode imposée par les agences. Alors que tous ceux, dans les générations précédentes, qui ont illustré la science française disent que, malgré la modicité  (pour ne pas dire plus) relative à l’échelle internationale des salaires français, ce qui a fait leur succès, c’est la liberté de recherche qu’on pouvait trouver dans les grands organismes de recherche. Et évidemment, le nombre de postes qui fait qu’il est illusoire d’espérer un poste fixe, un salaire modeste mais fixe, une sécurité élémentaire qui permette de fonder une famille avant une thèse, un post doc, un autre post doc,  un temps d’attente à assurer quelques travaux d’encadrement en fac etc. ; bref avant 28, 29, 30 ans, voire plus, selon les domaines. Alors que naguère, les attachés de recherche du CNRS étaient recrutés au début de leur thèse ! Inacceptable et indécent, alors comment s’étonner que tant d’étudiants, malgré l’intérêt scientifique, en particulier dans les grandes écoles, refusent de faire des thèses, voire s’arrêtent, écœurés (ou conscients des réalités…),  en cours de route ! Et même avouons-le, à quelques exceptions près, ce ne sont plus les étudiants les plus brillants qui se lancent dans la recherche…Et dans le privé, ou même dans la fonction publique hors recherche,  la thèse n’est pas reconnue dans les conventions collectives, les salaires d’embauche ont baissé, et de plus, le temps où la recherche dans les grandes entreprises était sanctuarisée n’est plus et les plans sociaux ou les transferts forcés se multiplient ; sans compter que globalement l’emploi dans les grandes entreprises diminue et la recherche est externalisée dans des sociétés de service ou des start-ups, qui peuvent être motivantes, mais avec des avantages sociaux réduits et surtout une précarité croissante.

Une rupture franche s’impose, sans quoi une nouvelle génération sera sacrifiée pour la recherche, et la recherche française elle-même sera sacrifiée. Oui, comme le constate le CESE, c’est un décrochage très inquiétant. Et sa recommandation n°1 est la suivante : 1. Investir massivement dans la préparation de l’avenir Intensifier l’effort de recherche. La France n’investit pas assez dans la préparation de l’avenir, L’effort de recherche doit atteindre 3 % du PIB en progressant à la fois dans la recherche publique, et en recherche et développement dans les entreprises.