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vendredi 16 septembre 2016
mercredi 7 septembre 2016
Dépakine : pour une politique européenne de la pharmacovigilance
Depakine, un scandale de trop ? Encore un ?
Disponible depuis cinquante
ans, ce médicament est indiqué essentiellement dans le cadre d’épilepsie et de
troubles bipolaires. Les risques de malformations, suspectés dès les années
1980, concernent jusqu’à 10 % des enfants exposés in utero. Des troubles neuro-développementaux
(atteinte du QI, autisme…), décrits après 2000, peuvent être présents dans 30 à
40 % des cas. (42% des enfants exposés au valproate de sodium durant la période
foetale ont un QI inférieur à 80). Le nombre total de personnes handicapées à la
suite d’une exposition prénatale à la Dépakine reste à déterminer. Il serait
d’au moins 50 000 en France, selon l’Association d’aide aux parents d’enfants
souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), dont plusieurs familles
ont porté plainte contre X, entraînant l’ouverture d’une enquête préliminaire.
Il a fallu un courage
extraordinaire aux parents pour faire reconnaître ce syndrôme de
l’anticonvulsivant, au début mal connu.
1982 : Une étude
publiée dans The Lancet montre un premier
effet tératogène (c’est-à-dire créant des malformations génitales sur le
fœtus que porte la femme enceinte à qui il est prescrit) chez l’Homme. Selon
elle, les enfants de femmes traitées au premier trimestre de la gestation
présentent un risque de spina bifida (malformation de la colonne vertébrale)
multiplié par 30.
1994 : De nouvelles
publications décrivent les premiers troubles du développement de l’enfant
(malformations congénitales, …), ce qui sera réaffirmé en 1997.
2000 : Modification de la
notice à destination des patients qui désormais indiquera qu’en cas de
grossesse ou d’allaitement, il conviendra de consulter son médecin. Elle n’évoque toujours pas pour autant les
risques encourus par le fœtus.
2003 : Proposition du
laboratoire Sanofi non retenue en France
de modification du RCP (Résumé des caractéristiques du produit, destiné aux
professionnels), avec la mention des retards de développement, ce qui sera le
cas dans d’autres pays européens comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Irlande.
2006 : Prise de position en
France avec la modification du RCP et de la notice. Mention des risques propres
au valproate et retard de développement dans le RCP. La notice, quant à
elle, déconseille elle-même
l’utilisation de la Dépakine chez la femme enceinte, mais sans pour autant
mentionner les risques de malformation et de troubles du développement. S’en suivront
d’autres modifications du RCP et de la notice en 2010, 2013 et 2015 (version
actuelle).
Avril 2015 : Les autorités
sanitaires décident que ce médicament ne doit plus en principe être prescrit
aux femmes en âge d’avoir des enfants, sauf s’il n’existe pas d’alternative.
Les patientes devant alors signer un formulaire de consentement, et le présenter
au pharmacien avec l’ordonnance.
Mai 2015 : Une première
plainte est déposée par les parents d’une jeune fille de 16 ans. Les expertises
sont en cours (TGI Paris).
Juillet 2015 : La Ministre
de la Santé, Marisol Touraine, demande à l’IGAS d’ouvrir une enquête concernant
la prise de cet anti-épileptique pendant la grossesse, dont les effets
indésirables liés au valproate de sodium sur le fœtus ont entraîné des
malformations physiques et des troubles graves du comportement chez les
enfants.
Plus qu’un véritable
scandale, avec un responsable bien attribuable, le scandale de trop de la
dépakine montre un dysfonctionnement généralisé de la sécurité du médicament.
Des scandales, si l’on veut, on en
trouve en effet à la pelle.
Un premier scandale est que
toutes les parties impliquées se défaussent les unes sur les autres, dans une
attitude assez indigne, au lieu de
débattre de leurs responsabilités respectives, ce qui constitue une insulte
supplémentaire aux victimes ; les
premiers communiqués de Sanofi constituent un modèle du (mauvais) genre, même
si effectivement, il ne s’agit pas cette fois d’un scandale pharmaceutique, ou
purement pharmaceutique. Un second scandale consiste dans le fait que l’agence
française du médicament ait refusé le changement de notice proposé par Sanofi
en 2003 et considéré comme trop alarmiste, au contraire de certaines de ses
homologues étrangères. Un troisième scandale, d’où provient celui-ci, est un
certain paternalisme médical qui fait que les spécialistes ont décidé qu’il
était plus dangereux pour des femmes épileptiques enceintes d’arrêter leur
traitement plutôt que de continuer la dépakine ; ce type de décision, sans
discussion approfondie avec les patientes,
n’est plus aujourd’hui admissible. Un quatrième scandale est que la
dépakine a pu être distribuée largement par les généralistes, sans connaissance
approfondie de ses inconvénients. Il est lié à un cinquième scandale qui est
que, pour les firmes pharmaceutiques, les femmes enceintes ne constituent pas
un marché financièrement intéressant, mais, par contre à haut risque- les
études de tératogénèse ne permettent pas de prévoir tous les problèmes
potentiels. Par conséquent, les firmes pharmaceutiques préfèrent
quasi-systématiquement contre-indiquer leurs médicaments aux femmes enceintes,
et, le sachant, les médecins préfèrent quasi-systématiquement ignorer toutes
les contre-indications – ils se trouveraient autrement fort dépourvus en médicaments. C’est, entre
autres raison, pourquoi Sanofi ne peut s’exonérer de toute responsabilité. Un
sixième scandale consiste en ce que, même enfin clairement énoncées, les
recommandations de l’agence du médicament sont ignorées : ainsi, l’une des
dirigeantes des associations de victimes de la dépakine, en âge de procréer,
s’est vu prescrire par un généraliste et
délivrer par un pharmacien de la dépakine
sans aucun avertissement sur ses dangers. Un septième scandale consiste en ce que les
différences de physiologie entre hommes et femmes sont assez ignorées par la
recherche pharmaceutique ; sauf maladies réellement liées à son sexe, la
femme est considérée comme un homme comme les autres et les études
cliniques, pour des motifs d’ailleurs admissibles, comportent peu de femmes en
âge de procréer, et nous manquons aussi de recherche fondamentale en ce
domaine : « Car, en la matière, si bon nombre de pays ont mis du
temps à comprendre l'importance qu'il y a à différencier - selon que l'on est
un homme ou une femme - la recherche sur les maladies et les traitements qui
doivent y être associés, la France a accumulé un retard considérable, au moins
dix ans, par rapport à d'autres pays européens (Allemagne, Hollande, Suède,
Italie), le Canada, surtout, les États-Unis ou encore Israël », explique
Claudine Junien, généticienne ». Ainsi, par exemple, les problèmes
d’endométrioses sont restés assez
généralement ignorés par le monde de la recherche médicale et pharmaceutique.
Politique de santé et pharmacovigilance ; le rôle des agences de santé
vendredi 2 septembre 2016
Anniversaire de la Révolution Culturelle (2) -Si la France avait une diplomatie culturelle
Mon précédent billet était consacré à l’anniversaire, qui
a peu attiré l’attention, du déclanchement de la Révolution Culturelle, un
évènement majeur et dramatique du siècle dernier. Silence étrange, si l’on se
souvient, comme je l’avais rappelé, qu’à une certaine époque, les intellectuels
français s’exprimaient beaucoup sur la Chine… Faut-il croire que les délires de l’époque les ont rendu
timides ? Il serait en tous cas dommage de se désintéresser de l’évolution
intellectuelle, philosophique, culturelle, artistique d’une Chine dont
l’influence est amenée à s’amplifier et dont les changements sont fascinants.
Parmi ces changements, en complète contradiction avec la Révolution Culturelle, figure la réhabilitation/résurrection de Confucius, auquel Anne Cheng, Professeur au Collège de France, a consacré plusieurs cycles de conférence très intéressant : Confucius revisité, Confucius ressuscité, le confucianisme est-il un humanisme?
Si la France avait une diplomatie culturelle, à l‘heure où la Chine multiplie les instituts Confucius pour faire connaître sa culture, sa civilisation, son histoire, elle s’intéresserait aux confrontations historiques, aux influences croisées entre le grand penseur chinois, à l’importance qu’a eu en Occident la découverte du Confucianisme pour le mouvement des lumières, la découverte qui fit les délices de Voltaire d’une civilisation brillante, d’un ordre social et politique et d’une morale qui ne s’appuient pas sur une révélation théologique.
Si la France avait une diplomatie culturelle, elle s’intéresserait à l’influence française sur ces intellectuels du Mouvement du 4 mai (Cinq/ Quatre) et de la Nouvelle Culture (4 mai 1919, manifestation des étudiants chinois contre le Traité de Versailles qui accordait au Japon une partie du territoire de la Chine) qui voulaient concilier modernisation et tradition et acclimater en Chine « Mr Science » et « Mr Democracy ». Hu Shi par exemple, (1891-1962) dont Anne Cheng rappelle qu’il faisait de Confucius « un humaniste et un agnostique selon l’idéal des lumières européennes » et « qu’il comparait l’humanisme agnostique de Confucius avec le positivisme d’Auguste Comte », qui suivit les cours de Dewey (lui aussi profondément positiviste, comme en témoigne une foi commune) ; et qui regtettait que le mouvement Cinq/quatre ait, sous la pression des événements abandonné le combat culturel pour le combat politique ; ou encore Chen Duxiu (1879-1942), lui aussi admirateur de Comte, avant de devenir l’un des fondateurs du PC chinois
Tiens, si la France avait une diplomatie culturelle, elle traduirait Comte en chinois et le ferait dialoguer avec Confucius – juste retour de la fascination des positivistes français, tout particulièrement Pierre Laffitte ( aussi professeur au Collège de France) pour la civilisation chinoise (cf. les positivistes et la chine. Eric Sartori, Monde chinois », 2014/4
jeudi 25 août 2016
Le18 août 1966 - Cinquantième anniversaire de la Révolution Culturelle, un anniversaire oublié
Le 18 août 1966
- Cinquantième anniversaire de la Révolution Culturelle, un anniversaire oublié
Des
millions de gardes rouges venant des quatre coins du pays se rassemblèrent à
Pékin. Le 18 août, du haut de Tien'anmen, Mao et Lin Biao firent de fréquentes
apparitions pour se faire acclamer par environ un million de gardes rouges. Mao
accepta et porta le brassard qui servait d'insigne à l'une des factions de
l'école moyenne dépendant de l'université de Qinghua, où les gardes rouges
avaient massacré l’une de leurs professeurs. Le brassard était rouge avec l'inscription
Hong Weibing (« Gardes rouges ») en lettres dorées. Ce brassard lui fut remis
par Song Binbin, la fille d'un des Huit immortels du Parti communiste chinois.
Mao attise la rébellion par ses discours : « on a toujours raison de se
révolter » et « nous ne voulons pas la gentillesse, nous voulons la
guerre ». Des mots d’ordre qui fascineront aussi certains actuels occidentaux.
En réalité, ce fut le déchainement d’une barbarie avec peu de précédents, du
moins à cette échelle.
La
Révolution culturelle est responsable de la mort de centaines de milliers de
personnes. Certains auteurs, comme le sinologue Jean-Luc Domenach, ou
l'historien Stéphane Courtois dans l'ouvrage collectif Le Livre noir du communisme, estiment le nombre de morts à
plusieurs millions. Intellectuels, professeurs, artistes, cadres du Parti sont
publiquement humiliés et parfois massacrés en publics par leurs élèves ou
subordonnés Gardes Rouges lors de séances de lutte ou d’autocritique. Le volet
« culturel » de cette révolution tient en particulier à éradiquer les valeurs
traditionnelles. C'est ainsi que des milliers de sculptures et de temples
(bouddhistes pour la plupart, mais aussi lieux de pèlerinage confucéens) sont
détruits. L'écrivain chinois Youqin Wang indique que la majorité des victimes
trouvèrent la mort sur leurs lieux de vie et non dans des camps. Il s'agissait
des sessions de lutte et ces assassinats permettaient d'« obtenir la soumission
de la population par la terreur ». Bien
pire, il y eut dans certaines régions autonomes des centaines de cas de
cannibalisme, non à cause de la faim, comme sous le Grand Bond, mais par pure
barbarie : « Ce jour-là, l’école secondaire de Tongling était en pleine
effervescence culinaire : dans les cuisines, on cuisait de la chair humaine ;
dans les dortoirs des professeurs, on cuisait de la chair humaine ; dans
l’internat des filles, on cuisait de la chair humaine ; sous les auvents devant
les salles de classe, on grillait de la chair humaine ; dans la cour de
l’école, on grillait de la chair humaine. » (extrait de l’enquête mené par
l’écrivain Zheng Yi dont le régime tantôt interdit, tantôt laisse filtrer les
écrits). Pour l'historien chinois Song Yongyi, qui avance le chiffre de trois
millions de morts, c'est en 1968 que les
massacres et les violences furent surtout perpétrés, après la mise en place des
comités révolutionnaires, les assassins étant pour la majorité des «
militaires, des miliciens armés et des apparatchiks du Parti ». De fait, les
exactions des Gardes Rouges furent suivies par une répression impitoyable, une
fois qu’ils eurent perdu leur utilité pour Mao. Et pour faire rentrer dans
l’ordre une jeunesse dont il se méfiait après l’avoir instrumentalisée, le
régime inventa l’envoi systématique et forcé à la campagne des jeunes urbains (près de 17 millions, entre 1968 et 1980)
La Révolution
culturelle aujourd’hui
A
l’occasion de ce tragique anniversaire, le régime a fait un service minimum,
mais clair. Le 17 mai 2016, le Quotidien du Peuple prend position contre la
révolution culturelle : « L’histoire a bien montré que, dans la pratique comme
dans la théorie, la révolution culturelle a été une erreur totale, en aucun cas
elle n’est et ne peut être vue comme une révolution ou un progrès social ».
Le régime
a laissé publier nombre de témoignages de garde rouges et censuré d‘autres.
Mais il est difficile de penser que le témoignage de Song Binbin en 2014 n’a
pas de signification politique. Song Binbin est cette jeune fille qui avait
remis à Mao le 16 aout 1966 le brassard des gardes rouges et Mao lui avait dit
« soit violente ! ». En 2014, Song Binbin, et plusieurs de ses
anciens camarades de classe ont présenté leurs excuses, exprimant regrets et
remords en présence de professeurs victimes de leurs violences. Dans une
interview aux Nouvelles de Pékin (Xinjingbao), Mme Song explique avoir
voulu présenter ses excuses, car elle avait rédigé le premier « dazibao »
(affiche en grands caractères) en juin, qui avait lancé la campagne de
critiques et de violences contre les professeurs dans l’école. Pour elle, le
temps pressait. Leurs victimes ont aujourd’hui entre 80 et 90 ans. « Je n’aurai
pas eu une nouvelle occasion de leur présenter des excuses » Et elle a
conclu : « Si nous ne comprenons pas profondément et si nous
n’examinons pas l’état d’esprit qui a permis la Révolution culturelle, de tels
incidents se reproduiront », a-t-elle dit.
Liberté d’exposition, de discussion d’appréciation
sur le maoïsme
Reste à
savoir pourquoi la condamnation de la Révolution culturelle reste si modeste,
ou pourquoi n’existe-t-il pas, me semble-t-il de Soljenitsyne chinois. 1) A
côté du Grand Bond en avant (plus de 35 millions de mort), la Révolution
culturelle reste anecdotique en terme de massacre (mais certainement pas quant
à sa résonance politique 2) Les Chinois n’ont pas le même rapport à l’histoire
que nous et entendent se consacrer au présent et au futur 3) Les Chinois ont le
même rapport à l’histoire que nous, et n’aiment pas réveiller les déchirements
des familles et multiples compromissions de cette période (dont témoignent à
l’occasion quelques romans ou films), pas plus que les Français n’aiment à
parler de l’Occupation ou de la guerre d’Algérie. 4) Le régime chinois craint qu’en
déboulonnant Mao de son statut d’idole, il perde toute légitimité ( oui mais
contrairement à l’URSS, il a su suffisamment se réformer pour me semble-t-il n’avoir
pas grand-chose à craindre 5) Chez ceux qui ont peu profité des réformes
économiques et qui voient les inégalités et la corruption exploser, une certaine
Mao nostalgie se développe – raison de plus pour que le régime autorise la
libre enquête historique, la liberté d’exposition, de discussion d’appréciation
sur le maoïsme.
Des
raisons très contradictoires que je viens d’exposer, on peut déduire que le régime
chinois agit avec beaucoup (trop) de prudence, sans avoir forcément une
doctrine précise sur le maoïsme.
Alors, y-aura-t-il
un Soljenitsyne chinois ? Il me semble qu’avec Youqin Wang (mais à
Chicago), Zheng Yi, auteur de L'Érable
(1979, réquisitoire contre la Révolution culturelle, en exil aux USA depuis
1989 –répression de Tien an Men), Song Yongyi (ancien garde rouge, auteur de
Les Massacres de la Révolution culturelle, aussi en exil aux USA depuis
1989), nous n’en sommes vraiment pas loin. Regrettons tout de même que la
communauté sinologique française, les intellectuels français et les Chinois de France
semblent absent de cette vague de fond de réflexion libre sur le passé et le
futur de la Chine. Mais peut-être, pour les intellectuels, devraient-ils
commencer par des excuses ? Parce que ce qui s’est passé en Chine ne les a
pas toujours laissé aussi silencieux !
Délires français
Ainsi,
Glucksmann, à Vincennes, criant Bas les Pattes devant la Chine Rouge,
brandissant le petit Livre Rouge et menaçant d’en bombarder les enseignants
opposés au maoïsme – il est vrai qu’il a ensuite avoué qu’il se sentait honteux
de cette période…mais tout en gardant à jamais du maïsme la même intolérance et
le même anti-russisme réflexe). Ainsi, Marie-Antoniette Machiocchi, auteur du
best seller De la Chine, publié grâce
à Sollers, déclarant sut tous les plateaux télé que la Révolution Culturelle inaugurerait
mille ans de bonheur ; ainsi, Sartre : « Mao, contrairement à Staline, n'a commis aucune faute » ; ainsi
Sollers « Mao libérait
l'humanité des valeurs bourgeoises» ; ainsi Kristeva:
«Mao a libéré les
femmes» et « résolu
la question éternelle des sexes»…
Le pire
évidemment, le dernier des derniers, Alain Badiou, qui en janvier 1979 alors
que le monde entier découvre l'ampleur des crimes de Pol Pot et de ses Khmers
rouges, ose écrire dans Le Monde une
tribune intitulée « Kampuchea vaincra ! », protestant contre l'« invasion du
Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens » et prenant la défense de Pol Pot et des Khmers rouges «
la simple volonté de compter sur ses propres forces et de n'être vassalisé par
personne éclaire bien des aspects, y compris en ce qui concerne la mise à
l'ordre du jour de la terreur ».
Quand on
pense que l’antisarkozysme a suffit à remettre ce triste personnage en selle.
Alors, Badiou, une petite autocritique publique ?
vendredi 19 août 2016
Pourquoi Cédric Villani n’est Poincaré ?
Les difficultés de
la vulgarisation
Lire évidemment n’est
pas Poincaré ! Cédric Villani est un mathématicien –osons le mot- génial,
qui entre à Ulm à l’âge de dix–neuf ans, médaille Field 2012. Il est aussi éminemment
sympathique, fait le job et encore bien plus pour faire connaître sa discipline,
n’hésitant pas à aller dans des media assez improbables, participe à d’innombrables
débats, défend la place de la science et des scientifiques dans la société, s’engage
aussi sans trop compter pour promouvoir la place de la France dans le domaine
des sciences et des techniques- il est porte-parole du comité de soutien à
l'organisation de l'exposition universelle de Paris en 2025. Comme Poincaré, il s’intéresse
à la physique mathématique et nombre de ses travaux tournent autour de la
question d’entropie – il préside d’ailleurs l’Institut Henri Poincaré.
Mais je dois tout de
même avouer une déception. Lorsque M. Villani parle de mathématiques, de ses travaux,
des mathématiques qui se font
actuellement, il me semble qu’il le fait soit à un niveau anecdotique qui n’apprend pas grand-chose, soit à un niveau
trop élevé qui ne peut intéresser que les spécialistes, et qu’il n’a pas trouvé la bonne distance pour une
vulgarisation intelligente. C’est en ce sens qu’il n’est pas Poincaré –
Pourquoi ?
Quelques
explications possibles : 1) Poincaré était une combinaison assez unique,
un mathématicien, un écrivain et un vulgarisateur également géniaux – et il est
effectivement resté assez unique. 2) Cédric Villani n’a pas encore le recul, la maturité nécessaire à une
vulgarisation de qualité – et je serais prêt à parier sur cette hypothèse. 3)
La science d’aujourd’hui est trop spécialisée, trop parcellisée pour permettre l’existence
d’esprit suffisamment universel comme Poincaré. Je ne le crois pas trop- mais
en revanche, je suis tout prêt à croire que le problème réside plutôt dans les conditions
d’exercice de la science, les évaluations et évaluations d’évaluations
permanentes, la recherche incessante de subvention d’innombrables organismes,
les carrières précaires etc. 4) Nous manquons aujourd’hui de média où scientifiques,
philosophes, historiens, artistes peuvent dialoguer – Poincaré publiait
beaucoup dans la Revue de métaphysique et
de morale – où est l’équivalent aujourd’hui ? Là, je crois qu’il y
aurait un effort vraiment utile à accomplir.
Poincaré :
extraits
Et, pour illustrer
mon propos, deux extraits de Poincaré, non pas des très connues, La Science et l’Hypothèse ou La valeur de la Science (à lire, relire
et faire lire !) mais des moins connues Dernières Paroles :
Ceci d’abord, pour
expliquer ce qu’est la topologie, dans un chapitre intitulé « Pourquoi l'espace a trois dimensions »
« Les géomètres
distinguent d'ordinaire deux sortes de géométries, qu'ils qualifient la
première de métrique et la seconde de projective; la géométrie métrique est
fondée sur la notion de distance ; deux figures y sont regardées comme
équivalentes, lorsqu'elles sont « égales » au sens que les mathématiciens
donnent à ce mot ; la géométrie projective est fondée sur la notion de ligne
droite. Pour que deux figures y soient considérées comme équivalentes, il n'est
pas nécessaire qu'elles soient égales, il suffit qu'on puisse passer de l'une à
l'autre par une transformation projective, c'est-à-dire que l'une soit la perspective
de l'autre. On a souvent appelé ce second corps de doctrine, la géométrie
qualitative ; elle l'est en effet si on l'oppose à la première, il est clair
que la mesure, que la quantité y jouent un rôle moins important. Elle ne l'est
pas entièrement cependant. Le fait pour une ligne d'être droite n'est pas
purement qualitatif ; on ne pourrait s'assurer qu'une ligne est droite sans
faire des mesures, ou sans faire glisser sur cette ligne un instrument appelé
règle qui est une sorte d'instrument de mesure.
Mais il est une
troisième géométrie d'où la quantité est complètement bannie et qui est
purement qualitative ; c'est l'Analysis Situs. Dans cette discipline, deux
figures sont équivalentes toutes les fois qu'on peut passer de l'une à l'autre
par une déformation continue, quelle que soit d'ailleurs la loi de cette
déformation pourvu qu'elle respecte la continuité. Ainsi un cercle est
équivalent à une ellipse ou même à une courbe fermée quelconque, mais elle
n'est pas équivalente à un segment de droite parce que ce segment n'est pas fermé
; une sphère est équivalente à une surface convexe quelconque ; elle ne l'est
pas à un tore parce que dans un tore il y a un trou et que dans une sphère il
n'y en a pas. Supposons un modèle quelconque et la copie de ce même modèle
exécutée par un dessinateur maladroit ; les proportions sont altérées, les
droites tracées d'une main tremblante ont subi de fâcheuses déviations et
présentent des courbures malencontreuses. Du point de vue de la géométrie
métrique, de celui même de la géométrie projective, les deux figures ne sont
pas équivalentes; elles le sont au contraire du point de vue de l'Analysis
Situs. L'Analysis Situs est une science très importante pour le géomètre ; elle
donne lieu à une série de théorèmes, aussi bien enchaînés que ceux d'Euclide ;
et c'est sur cet ensemble de propositions que Riemann a construit une des
théories les plus remarquables et les plus abstraites de l’analyse pure. Je citerai deux de ces
théorèmes pour en faire comprendre la nature : deux courbes fermées planes se
coupent en un nombre pair de points; si un polyèdre est convexe, c'est-à-dire
si on ne peut tracer une courbe fermée sur sa surface sans la couper en deux,
le nombre des arêtes est égal à celui des sommets, plus celui des faces, moins deux
; et cela reste vrai quand les faces et les arêtes de ce polyèdre sont courbes.
Et voici ce qui fait pour nous l'intérêt de cette Analysis Situs ; c'est que
c'est là qu'intervient vraiment l'intuition géométrique. Quand, dans un
théorème de géométrie métrique, on fait appel à cette intuition, c'est parce
qu'il est impossible d'étudier les propriétés métriques d'une figure en faisant
abstraction de ses propriétés qualitatives, c'est-à- dire de celles qui sont
l'objet propre de l'Analysis Situs. On a dit souvent que la géométrie est l'art
de bien raisonner sur des figures mal faites. Ce n'est pas là une boutade,
c'est une vérité qui mérite qu'on y réfléchisse. Mais qu'est-ce qu'une figure
mal faite? c'est celle que peut exécuter le dessinateur maladroit dont nous
parlions tout à l'heure ; il altère les proportions plus ou moins grossièrement
; ses lignes droites ont des zigzags inquiétants; ses cercles présentent des
bosses disgracieuses ; tout cela ne fait rien, cela ne troublera nullement le
géomètre, cela ne l'empêchera pas de bien raisonner. Mais il ne faut pas que
l'artiste inexpérimenté représente une courbe fermée par une courbe ouverte,
trois lignes qui se coupent en un même point par trois lignes qui n'aient aucun
point commun, une surface trouée par une surface san strou. Alors on ne
pourrait plus se servir de sa figure et le raisonnement deviendrait impossible »
Et ceci, élément de
réponse à la question « les lois physiques sont-elles invariables au cours
du temps ?
« Je suppose un
monde dont les diverses parties possèdent une conductibilité calorifique si
parfaite qu'elles se maintiennent constamment en équilibre de température. Les
habitants de ce monde n'auraient aucune idée de ce que nous appelons différence
de température ; dans leurs traités de physique, il n'y aurait pas de chapitre
consacré à la thermométrie. A part cela ces traités pourraient être assez complets
et ils enseigneraient une foule de lois, beaucoup plus simples même que les
nôtres. Imaginons maintenant que ce monde se refroidisse lentement par
rayonnement; la température y restera partout uniforme, mais elle diminuera
avec le temps. Je suppose qu'un de ses habitants tombe en léthargie et se
réveille au bout de quelques siècles; nous admettrons, puisque nous avons déjà
supposé tant de choses, qu'il puisse vivre dans un monde plus froid et qu'il
ait conservé le souvenir des choses d'autrefois. Il verra que ses descendants
font encore des traités de physique, qu'ils continuent à ne pas parler de
thermométrie, mais que les lois qu'ils enseignent sont très différentes de
celles qu'il a connues. Par exemple on lui a appris que l'eau bout sous une pression
de 10 millimètres de mercure, et les nouveaux physiciens observeront que pour
la faire bouillir, il faut abaisser la pression jusqu'à 5 millimètres. Tel
corps qu'il a connu autrefois liquide ne se présentera plus qu'à l'état solide
et ainsi de suite. Les relations mutuelles des diverses parties de l'univers
dépendent toutes de la température et dès qu'elle change, tout est bouleversé.
Eh bien, savons-nous s'il n'y a pas quelque entité physique, aussi inconnue
pour nous que la température l'était pour les habitants de ce monde de
fantaisie ? Savons-nous si cette entité ne varie pas constamment comme la
température d'un globe qui perd sa chaleur par rayonnement, et si cette variation
n'entraîne pas celle de toutes les lois? »
jeudi 18 août 2016
Palmyre sauvée, la France absente
Beaucoup ont sans doute déjà oublié ce nom, Khaled Asaad, qui
dirigeait les Antiquités de Palmyre
depuis 1963, âgé de 83 ans, décapité par Daech en public. Mais peut-être
certains considèrent qu’il l’avait mérité, c’était un officiel syrien ; il
avait refusé de quitter la ville et jusqu’au dernier moment, et même trop tard,
il s’efforçait de cacher et mettre à l’abri les trésors de ses musées – et c’est
sans doute l’une des raisons de son
exécution.
Car à la barbarie contre les
personnes a succédé la barbarie contre la culture, la destruction à la dynamite
des temples de Bêl et Baalshamin et du célèbre arc de triomphe, plusieurs des tours
funéraires de la cité, uniques au monde réduites en poussière, l’amphithéâtre
dégradé et servant de cadre à l’exécution publique de 25 soldats syriens par
des adolescents, la destruction de statues et un pillage organisé qui servait à
financer Daech.
Palmyre a été libérée, oui, libérée
de la barbarie, par les Russes et l’armée syrienne. Affrontant les tirs qui
viennent encore des palmeraies voisines et les milliers d’engin explosifs
laissés par Daech, déminant, archéologues syriens de la DGAM (Direction
Générale des Antiquités et Musées) et archélogues russes s’affairent sur le
site, sauvant ce qui peut encore l’être, identifiant, ramassant les pièces du
puzzle des vandales, préparant les restaurations futures.
Et les Français ? Eh bien,
ils ne sont pas là ! Parce que comme l’explique crûment l’historienne
Sartre Fauriat, exprimant une espèce de position officielle française, la
libération de Palmyre n’est pas vraiment une libération, elle est avant tout « un
coup médiatique d’Assad et y aller maintenant serait une caution donnée au
régime ». Ah oui, ce ne sont pas les alliés des alliés de nos très chers
amis qatari et saoudiens qui sont sur place, eux se battent aux cotés des
vandales.
Pendant ce temps, Russes et
Syriens donc travaillent et- devinez quoi- lorsqu’il s’agit d’Antiquités, ils
se parlent en français, langue commune de travail la plus commode. Le Directeur
de la DGAM, Maamoun Abdulkarim a ces paroles amères et terribles pour la France :
Je me suis senti abandonné par la
France, et tout ça pour des raisons politiques. L’archéologie syrienne est
francophone, comme vous pouvez le voir ; tout est écrit en français dans
mon département. Pourquoi un tel gâchis historique après un siècle de
coopération entre l’archéologie syrienne et française ? Une exposition sur
l’art syrien aura lieu au musée Pouchkine en octobre ; figurez-vous que nos
échanges avec les Russes se font en français… Pourquoi au sein de l’Unesco, pas
une seule personnalité française n’est venue à notre rencontre ?Et
pourquoi certaines institutions françaises ont même été jusqu’à refuser de nous
recevoir ? La DGAM est une organisation scientifique et non politique. J’attendrais
un soutien moral et scientifique, pas des attaques (cité dans un remarquable
article de Marianne5-11août 2016)
Heureusement certains français n’ont
que faire de leurs gouvernants, et, à leur risque, vont à Palmyre, ainsi
Jacques Seigne Directeur émérite au CNRS, l’architecte Yves Ubelmann, président
d’Iconem proposent leur compétence te
leur aide. Palmyre revivra, et certains Français au moins seront associés à sa
renaissance.
Mais que nous sommes loin des
ambitions initialement affichés par Laurent Fabius pour une diplomatie
scientifique et culturelle de la France. Que cette présidence Hollande aura été
minable, dans tous les domaines.
mercredi 17 août 2016
El KHomri, sa loi, ses décisions : les salariés s’en souviendront
Ainsi, la loi El Khomri qui
permet l’inversion des normes entre accords d’entreprises et accords de branche
a été votée définitivement par le Parlement le 21 juillet par trois députés. Trois ! Merci en
passant à tous les frondeurs du PS qui ont visiblement décidé de partir en vacances
plutôt que de se battre, ils avaient là une belle occasion. D’un dernier
combat S’il fallait démonter combien, à
coups de 49-3 et d’autoritarisme gouvernemental, le travail parlementaire est
décrédibilisé, on ne pouvait rêver mieux. Si l’on voulait montrer à quel point
cette loi, rejetée par la majorité des salariés et les organisations syndicales
les plus puissantes peut être légale, mais en même temps dépourvue de toute
légitimité, on ne pouvait non plus rêver mieux. Lorsque légalité et légitimité,
pays légal et pays réel divergent à ce point, on sait vers quels drames politiques
cela peut conduire. En tous cas, les salariés s’en souviendront et sauront pour
qui ne pas voter lors des prochaines échéances électorales.
Pour prouver à quel point elle
peut être une ministre obéissante de Manuel Valls, Mme El Khomri, en pleine
période estivale, espérant peut-être passer inaperçue ( Marianne au moins pourtant l’a relevé- 12 août 2016) a approuvé
le licenciement du délégué syndical CGT d’Air France Vincent Martinez, suite à
l’épisode de la chemise arrachée du DRH., en
allant contre la décision de l’inspection du travail qui l’avait refusée. Elle
ose même déclarer qu’ « à ‘issue d’une analyse longue et minutieuse,
il ressort que la faute reprochée est d’une gravité suffisante pour justifier
le licenciement ».
Ceci alors que l’Inspection du
travail avait précisément jugé le contraire, en arguant du fait que Vincent
Martinez avait plutôt joué un rôle de modérateur dans une échauffourée
provoquée par des déclarations brutales et volontairement provocantes de la
direction d’Air France.
Oui, Mme El Khomri, les salariés
se souviendront de nous et sauront pour qui ne pas voter !
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