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jeudi 11 juillet 2019

EPRs : Ce sera un succès ! Construire 4, 6,8 EPR !


Un point honnête sur Flamanville (Sylvestre Huet)

Dans le déluge de commentaires alarmistes, de ricanements réjouis, de mauvaise foi, de bêtise qui a accueilli la décision de l’Autorité de Sécurité d’obliger EDF à reprendre les soudures de l’EPR de Flamanville, un commentaire factuel et honnête, celui de Sylvestre Huet, sur son blog du Monde, et qui plus est, très bien rédigé !


Extraits (en fait presque tout, tellement c’est bon et ça fait du bien !)

Dirigée par un soudeur diplômé, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a traité sans faiblesse les soudures défectueuses de l’EPR de Flamanville. Par courrier envoyé hier à EDF, elle a imposé à l’électricien la réparation de ces soudures avant toute mise en service du réacteur. Mettant fin ainsi au dernier espoir de l’électricien : repousser la réparation à 2024, après une mise en service.

Les 8 soudures défectueuses concernent des tuyaux qui traversent l’enceinte du réacteur pour conduire la vapeur produite dans les générateurs de vapeur, et donc sous pression, vers la turbine où est produite l’électricité, dans un autre bâtiment. Il s’agit donc du circuit dit « secondaire », distinct de celui qui mène l’eau et la vapeur du réacteur lui-même au générateur de vapeur. Les deux circuits sont séparés physiquement, le transfert de chaleur se faisant par le contact des parois externes des tuyaux des générateurs de vapeur avec l’eau chaude provenant du réacteur. (NB ; donc aucun problème de fuite radioactives ...)
Ce point final à un problème technique  survenu lors de la construction de l’EPR va occasionner un nouveau délai avant la fourniture d’électricité par ce nouveau type de réacteur destiné à remplacer le parc actuel de centrales nucléaire. Il permet quelques commentaires.

1)  L’ASN confirme sa réputation d’Autorité de sûreté la plus sévère du monde. Malgré l’enjeu industriel et financier de l’EPR, elle n’a cédé à aucune des demandes d’EDF tout au long de l’instruction du dossier.

2) L’ASN confirme son haut niveau de compétence sur sa capacité à surveiller les dispositifs essentiels pour la sûreté. La qualité de l’instruction par ses propres experts puis par les « groupes permanents » qui réunissent également des experts externes, voire étrangers, a de nouveau montré sa pertinence technique et sa capacité à repousser toute tentative de pression de l’industriel. En outre, le refus de tout compromis technique – comme celui de repousser de quelques années la réparation – indique que l’ASN n’exclut pas de ses relations avec l’industriel une dimension de « punition » dans ces décisions…

3) La première détection d’un défaut possible sur les soudures remonte à octobre 2013, par le sous-traitant de Framatome qui les a réalisé en usine, par une mesure inférieure aux règles sur un assemblage témoin. Or, malgré cette détection, ni Framatome ni EDF ne réagissent, les opérations sont terminées et les traversées installées à Flammanville en 2014 et 2015. C’est seulement en juin 2015 que Framatome semble avoir été informée des observations de 2013 et transmet l’information à EDF. Il faut ajouter à ce délai le fait que EDF n’avait pas veillé à ce que ses exigences de qualité soient transmises au sous-traitant réalisant les soudures. Puis, entre janvier et mars 2017, l’information est transmise à l’ASN, oralement puis par un courrier officiel d’EDF. Ces délais successifs révèlent qu’une bonne gestion du chantier aurait permis de limiter considérablement les effets de la mal-façon initiale en reprenant les soudures en usine. Manifestement, la direction en charge de la construction de l’EPR était plus motivée par des indicateurs de coûts que par la qualité des travaux. Comme souvent en pareil cas, le résultat d’une telle démarche est une augmentation considérable des coûts…

3) Les aléas du chantier de l’EPR de Flamanville contrastent fortement avec le succès des deux chantiers d’EPR réalisés en Chine pour deux réacteurs dont l’un est déjà en service et l’autre sur le point de l’être, sur le site de Taishan. Ces succès confirment que ce réacteur de troisième génération, dont le niveau de sûreté est amélioré et permet notamment d’éviter la dissémination de radioactivité en cas de destruction du cœur, ne pose pas de problème particulier de construction par conception. Son coût supérieur aux centrales de deuxième génération s’explique par son niveau de sûreté plus élevé. Il est en partie compensé par une puissance plus élevée et une durée de fonctionnement plus longue. Mais l’essentiel de la différence du coût des chantiers actuels tient aux erreurs liés à la perte d’expérience, elle peut donc disparaître si cette expérience est reconstituée – ou déjà là montre l’exemple chinois.

4)  En revanche, les aléas de Flamanville soulignent que les capacités à conduire un tel chantier dépendent de la solidité du tissu industriel mobilisé – des entreprises comme des compétences techniques des opérateurs. Négliger cette dimension a conduit aux délais et surcoûts des chantiers d’Okiluoto en Finlande et de Flamanville. Cette négligence met en cause la responsabilité des directions d’EDF (et d’ex-Areva pour Okiluoto) au plus haut niveau. Elle souligne que lorsque des pouvoirs politiques mettent à la tête de ces entreprises des personnes ne disposant pas d’expériences personnelles liées à la mise en oeuvre des technologies cruciales, ils prennent le risque de voir des indicateurs financiers de court terme l’emporter sur une approche technique dans les consignes données aux équipes. Ma grand mère me le disait déjà : « le bon marché est toujours plus cher ». C’est vrai pour les chaussures, c’est encore plus vrai pour une centrale nucléaire.

5) De manière plus générale, l’option nucléaire ne débouche sur une véritable maîtrise de son approvisionnement électrique que si l’industrie de construction et d’entretien des centrales est en bon état de marche. La désindustrialisation profonde de la France – où la part du PIB générée par l’industrie est descendue à 10% contre 14% pour l’Italie et 20% pour l’Allemagne – peut mettre en cause cet objectif. Des soudures de qualité nucléaire sont un produit industriel certes de haut niveau mais standard et réalisé par centaines dans d’autres secteurs (oléoduc, gazoduc, pétrochimie…) et en routine en Chine pour les centrales nucléaires en construction. Puisque la PPE – programmation pluriannuelle de l’énergie – prévoit de conserver un socle nucléaire à la production d’électricité, il faudra donc un programme de construction de centrales. Le conduire avec succès suppose de s’assurer que la capacité à réaliser toutes ces opérations dans la durée est bien là. »

Merci, M. Huet, comme pour bien d’autres articles essentiels et passionnants sur votre blog du Monde. (https://www.lemonde.fr/blog/huet/). ( tiens, mais pourquoi M. Sylvestre Huet ne s’exprime quze sur le blog pendant que Stéphane Foucart a droit aux articles dans le journal ?)

Quelques réactions et commentaires

De Rugy :« Il faudra tirer toutes les leçons pour voir (…) aussi du point de vue économique si ce type de réacteur nucléaire est compétitif. Aujourd’hui on peut avoir des doutes en effet sur la compétitivité future par rapport aux énergies renouvelables dont les coûts de production baissent »

Ben non, coco ! :  un EPR, un seul EPR, mesdames et mrs, à la louche c’est 2400 éoliennes, soit à peu près, avec un espacement minimal irréaliste, une double rangée d’éoliennes tout le long de la côte méditerranéenne… Au total, les investissements dans les EnR-i se chiffrent autour de 120 milliards d’euros, soit déjà plus que la valeur historique de construction du parc nucléaire (96 milliards pour la construction des centrales-58 réacteurs !) et tout cela pour ne rien gagner en CO2 et détruire de l’emploi ! ( et pour produire 5% de l’électricité, et encore quand on n’en a pas besoin !)
C’est quand même bizarre, plus il y a de renouvelables (non pilotables, soit disant pas chères, plus les prix de l’électricité augmentent ! (cf Le grand maléfice : pourquoi plus il y a de renouvelable, plus le prix de l’électricité augmente (https://vivrelarecherche.blogspot.com/2019/07/le-grand-malefice-pourquoi-plus-il-y-de.html)

Brune Poirson, secrétaire d’État à la Transition écologique : « Nous avons pris acte et nous avions d’ailleurs anticipé ce scénario pessimiste. Cela ne changera pas notre décision et notre programme de travail à savoir la fermeture de Fessenheim en 2020 et la fermeture des quatre centrales à charbon d’ici la fin du quinquennat…la fermeture de Fessenheim n'est pas conditionnée à la mise en route de l'EPR de Flamanville »

Eh ben ! C’est bien dommage. C’est une très mauvaise nouvelle pour la politique climatique française. Sans un EPR fonctionnel et ses 1600 MW, le pays va se retrouver dans une situation électrique tendue, si l’on en croit les conclusions du gestionnaire du réseau électrique RTE, dans son rapport de fin 2018 sur la sécurité d’approvisionnement du pays d’ici 2023. Sans la puissance de l’EPR et alors que Fessenheim va fermer, ce sont des énergies fossiles qui vont prendre le relais. Celles des 16 centrales à gaz françaises et surtout celles issues des outils de production de nos voisins européens, voire du charbon allemand. Pas du tout décarboné, et très dur pour le climat !

De Rugy : Invité à dire si le gouvernement envisageait tout de même la construction de nouveaux EPR, François de Rugy s’est montré plus clair: La décision n’est pas du tout prise d’aller dans cette voie ».

Bruno Le Maire : « C’est la sagesse d’attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d’engager des décisions. »

Ben non, non et non ! Deux EPR fonctionnent déjà en Chine, tout jeunes, bien nés et  crachent vaillamment de l’électron. Le 6 juin 2018 Taishan 1 est le premier réacteur EPR au monde à diverger23, puis le 29 juin 2018 à 17h59, il est le premier à être couplé au réseau et donc à produire de l'électricité. Taishan 2 a divergé le 28 mai 2019; la connexion au réseau est prévue avant fin 2019. La puissance de ces réacteurs (1 750 MW chacun) leur permettra alors de fournir au réseau électrique chinois jusqu'à 24 TWh d'électricité par an, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 5 millions de Chinois.
Un autre EPR, en Finlande, Olkiluoto 3, est en voie d’achévement et  a reçu le 25 février 2019 l‘autorisation de mise en exploitation par l’Autorité de Sécurité  Finlandaise  la STUK, reliement au réseau prévu pour  janvier 2020.
Deux autres EPR sont en construction en Angleterre, à Hinkley Point. Et tiens, une bonne nouvelle : « Vendredi e 28 juin 2019 en présence du ministre de l’Industrie britannique, EDF inaugure la dalle de béton qui servira de socle au premier EPR implanté en Grande-Bretagne. L’achèvement de la dalle constitue le premier jalon industriel important dans la construction de Hinkley Point ».

Pourquoi des EPR ? Parce que c’est le nucléaire du futur !

L’EPR est un monstre d’efficacité et de puissance. L’EPR a une puissance inégalée de 1 750 MW (900MW pour les réacteurs de Fessenheim ; 3 MW pour une éolienne, mais avec un facteur de charge de 20% contre 80% pour le nuc ;   Cette forte concentration géographique, maximale, d’une énergie décarbonnée est l’un des grands atouts écologique de l’EPR.
L’EPR permet un gain de l’ordre de 20 % sur la consommation d’uranium naturel par kWh électrique produit. C’est la conséquence de l’effet gros cœur et de la présence d’un réflecteur lourd  en acier.  L’EPR possède une dynamique de pilotage unique : ses réacteurs sont capables d’ajuster jusqu’à 80 %, à la hausse ou à la baisse, leur puissance en 30 minutes, et ce, deux fois par jour. L’ EPR possède une sécurité améliorée.

Et tiens aussi : L’EPR consomme donc 8 fois moins de béton et 20 fois moins d’acier que l’éolien par kWh !

Pourquoi Flamanville ? Qui veut la peau du nucléaire ? Le jeu trouble des écologistes et des Allemands !

Cet échec relatif s’explique par le fait que Flamanville est un prototype ; que l’EPR était au départ un projet franco-allemand, avant que, grâce à la démagogie d’Angel Merkel, les Allemands ne laissent le projet en plan avec des spécificités qui leur étaient propres.  Mais il y a surtout ceci, qui est bien expliqué dans le texte ci-dessus de M. Huet : la France aurait-elle perdu des compétences locales après une interruption de 10 ans dans la construction de réacteurs nucléaires ?
Ben oui ; dans le nucléaire comme ailleurs, la désindustrialisation massive a frappé ! Mais pas seulement !

Et il y a eu de la part d’adversaires idéologiques du nucléaire une volonté inlassable, vigilante d’étouffer le nucléaire ; de le combattre de face en agitant des peurs irrationnelles, mais comme cela ne suffit pas,  de l’étrangler en le privant de financement, d’investissement et de projets. Cette haine des écolos logophobes, adversaires de la science du progrès et de la rationalité (pas de tous les écolos, il y en a qui sont conséquents et favorables au nucléaire !), elle a trouvé des complices, par ignorance, mais aussi par démagogie- et c’est ainsi que la France a failli perdre ses compétences nucléaires, comme cela s’est passé en Angleterre- ce qui était le but.

Et c’est bien ce qui en jeu avec la décision sans cesse reportée de lancer de nouveaux EPR, maintenant qu’on sait les faire. C’est la même stratégie de l’étouffement qui se met en place, soutenue par M. De Rugy ;  en retardant indéfiniment la décision,  les antinucléaires masqués espèrent la disparition de capacités industrielles et techniques critiques. C’est en fait sans délai avant 2020 pour tenir l’objectif de mise en service d’une première paire de réacteurs à l’horizon 2030. Cette première paire s’inscrirait dans un programme industriel d’une série d’EPR, que le retour d’expérience conduit à dimensionner à trois paires de réacteurs à minima.

Faute de quoi, il faudra de toute façon construire de nouveaux réacteurs nucléaires…mais ils seront chinois ou russes- Rosatom monte sérieusement en gamme et en qualité !

Est-il normal que le futur de l’énergie en France soit aux mains d’un écologiste aux convictions hostiles au nucléaire ? Qu’avec les enjeux climatiques et énergétiques il n’ y ait plus de ministre de l’énergie de plein exercice ? Ni d’ailleurs de ministre de l’industrie ?

Et peut-être y-a-t-il d’autres forces en jeu, Ceci, tiré d’un blog du très remarquable Michel Gay (https://www.contrepoints.org/2019/06/22/347391-retard-de-lepr-de-flamanville-une-aubaine-pour-les-antinucleaires)

« Au Sénat en question orale, la sénatrice Anne-Claire Loisier a demandé quel était le bien-fondé de l’existence d’un bureau franco-allemand de lobbyistes des énergies renouvelables établi (infiltré ?) au sein du ministère de l’Écologie, et nommé Office Franco-Allemand pour la Transition Energétique (OFATE).
Cet « office » a été créé par les gouvernements français et allemand en 2006 avec des bureaux dans les ministères de l’Écologie à Paris et à Berlin, et son comité de pilotage se compose essentiellement de promoteurs des énergies renouvelables.
Une étude d’Agora Energiewende, une ONG appartenant aussi au lobby des énergies renouvelables opposée au charbon et au nucléaire, indique clairement que : « L’évolution du parc de production nucléaire en France influera sur la rentabilité du parc à charbon en  Allemagne. Le nucléaire a un coût marginal plus faible que le charbon, si bien que sa production peut se substituer à celle des centrales à charbon lorsque qu’il reste des capacités d’interconnexion disponibles. Si des capacités nucléaires sont retirées du mix français, la compétitivité des centrales à charbon maintenues dans le système en Allemagne sera améliorée… »

Avec le développement gigantesque de leurs énergies fatales du vent et du soleil, les Allemands semblent craindre de dépendre d’importations du nucléaire français dans un contexte de sortie du charbon… pilotable. Il semble que dépendre du gaz russe leur fasse moins peur, pourtant nettement moins décarboné ! »


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