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dimanche 7 mai 2017

Nouvelles de Chine. Vers un modèle chinois ?

Fast – l’œil du Ciel –Tianyan

Fin 2016 a été inauguré en Chine le  plus grand radiotéléscope du mode ( FAST -Five-hundred-meter Aperture Spherical Telescope) ou encore, pour les Chinois, l’œil du Ciel –Tianyan. Comme son acronyme l’indique, FAST mesure 500 mètres de diamètres. La surface est équipée d'un système d'optique active permettant d'ajuster la parabole selon différentes orientations, pour un diamètre efficace de 300 mètres. L'antenne peut ainsi observer jusqu'à une distance angulaire de 40 degrés du zénith. Elle peut observer dans une fourchette de fréquences entre 0,07 et 3 gigahertz6 avec une précision de pointage de 4 secondes d'arc.
Le radiotélescope s'intéressera à différents objets célestes comme les supernovae, les pulsars, les quasars et, pour le directeur de la Société astronomique chinoise, Wu Xiangping, la grande sensibilité de Fast « nous aidera à rechercher une vie intelligente au-delà de notre galaxie ».
FAST résulte d’un programme lancé en 1994 et a exigé d’importants travaux et sacrifices- 9 110 personnes résidant dans un rayon de cinq kilomètres autour du dispositif d'écoute ont été déplacées hors de la zone pour créer une zone blanche évitant toute nuisance électromagnétique
Après les grands calculateurs, après les séquenceurs d’ADN de dernière génération, dans tous les domaines de la science, la Chine avance en se donnant les moyens d’être à la pointe de la science contemporaine.

Que fait l’Europe ?


Comac et le C919 : l’envol de l’aéronautique chinoise – Made in China 2025

Le C919, un moyen-courrier conçu par la Chine pour bousculer le duopole Airbus-Boeing, a pris son envol pour la toute première fois vendredi 5 mai depuis l’aéroport international de Shanghaï. C’est une avancée technologique qui illustre les ambitions aéronautiques de Pékin face aux champions industriels Airbus et Boeing.
Alors sans doute va-t-il, dans un avenir pas trop lointain, s’habituer au nom de Comac (Commercial Aircraft Corporation of China), le constructeur du C919. Avec cet appareil capable de transporter 168 passagers sur 5 550 kilomètres, Comac espère rivaliser sur les vols régionaux avec les deux stars internationales du moyen-courrier, le B737 de l’américain Boeing et l’A320 de l’européen Airbus.
Il reste certes de nombreuses et longues étapes à franchir. Pour un développement international du C919, COMAC doit obtenir la certification américaine - qu’il n’a toujours pas pour son premier avion, l'ARJ-21, un bimoteur de 79 à 90 places, certifié fin 2014 par les autorités chinoises, aujourd'hui commercialisé, mais en Chine seulement’- cela peut encore prendre quelques années. Le C919 fait encore appel à des technologies importées (il est équipé d’un moteur Leap-1c de General Electric et Safran. Safran, qui fournit également 725 harnais électriques et 52 km de câbles dans chaque appareil, a d’ailleurs salué par la voix de son directeur général, Philippe Petitcolin, ce « symbole d’une collaboration réussie » avec l’industrie aéronautique chinoise « en plein essor »). Le C919 embarque également des toboggans et des toilettes fournies par Zodiac Aerospace, des trains d’atterrissages Liebherr, un calculateur des commandes de vol électriques Honeywell, des pneus Michelin ou des pièces usinées par Figeac-Aero –autant d’industriels qui pour l’instant se réjouissent de l’envol de Comac. Il reste encore à Comac à démontrer sa fiabilité et sa capacité à augmenter sa production, à réaliser des économies d’échelle et à tenir des délais de fabrication. Airbus produit ainsi son A320 au rythme de deux avions par jour !
Pour les Chinois, ce premier vol est l'aboutissement d'un vieux rêve, déjà tenté sans succès dans les années 1970 ! Ne pas avoir d'avion made in China, c'est se trouver « à la merci des autres », avait déploré le président Xi Jinping en 2014. Au même titre que l'automobile ou les télécoms, l'aéronautique fait partie du plan Made in China 2025, visant à faire passer la Chine du « statut d'usine du monde » à celui de « grande puissance industrielle ». « Le marché aérien chinois va dépasser celui des Etats-Unis dans les prochaines années et il est donc normal que le pays développe sa propre industrie afin de capter une partie de ce marché », relève Zhao Jian, spécialiste des transports à l'université Jiaotong de Pékin. Ne pas avoir d'avion « made in China », c'est se trouver « à la merci des autres », avait déploré le président Xi Jinping en 2014.

 « Faire voler des gros-porteurs commerciaux est la volonté de l’État, le rêve de la nation, et le désir du peuple chinois », a expliqué Jin Zhuanglong, le président de la Comac.



Un modèle chinois ?- confucianisme et positivisme

Nous verrons si Pékin et la COMAC s’inviteront dans le duopole Airbus-Boeing,-  ni le canadien Bombardier ni le brésilien Embraer qui affichaient pourtant certaines ambitions,  n’y sont parvenus. Mais ce qui est sûr, c’est que, dans tous les domaines de la science et de la technique, la Chine pense et agit à long terme, mène des programmes ambitieux et complexes et avance. C’est vrai dans l’astronomie et l’aéronautique, et aussi  dans la chimie, dans les terres rares , dans la biologie, le nucléaire. Elle avance aussi lentement, prudemment mais avec détermination pour donner un rôle international à sa monnaie.
Le modèle chinois a fait fantasmer bien des Français, pour le meilleur ou pour le pire, de Voltaire aux maos, en passant par les positivistes qui ont vu dans la Chine une société  organisée dans la durée et pour une très vaste population  par une religion sans dieu assez proche de leur Religion de l’Humanité (cf mon article « Les Positivistes et la Chine », Monde chinois, vol. 40, no. 4, 2014, pp. 116-129).

Or à l’heure où la Chine développe, après les avoir  assimilé les résultats et les méthodes de la science occidentale (de plus en plus planétaire), prend sa place à l’avant-garde du progrès intellectuel, scientifique et technique et veut assumer les devoirs d’un pays de son rang, notamment en matière de réchauffement climatique et d’ordre international, les intellectuels français ne semble guère s’intéresser à ce qui se passe dans cet immense pays qui est peut-être en train d’inventer un nouveau modèle, une nouvelle manière de concilier l’ordre et le progrès, qui laisse leur juste place aux mécanismes de marché et à la propriété, mais ne renonce pas à organiser la société et son évolution. C’est pourtant diantrement plus intéressant que les meurtrières logorrhées maoïstes. Un positiviste ne peut qu’être certain que la voie chinoise du progrès scientifique ne pourra continuer durablement sans adopter les indispensables libertés d’exposition, de discussion d’appréciation des doctrines quelconques, dans un cadre adapté à la civilisation chinoise et à son histoire. Comment ? Un confucianisme rénové, qui saurait concilier le respect du passé et de l’autorité du savoir, sans compromettre la dynamique du progrès, des sages, un pouvoir spirituel qui prendraient aussi en charge les exigences de justice sociale ? 

Michel Onfray pour le nucléaire – roboratif

Certains textes parlent d’eux-mêmes et se passent de tout commentaire…. On ne peut qu'essayer de les rendre au mieux en invitant les lecteurs à se rendre à l'original

Nucléaire, démocratie, jacobinisme. M. Onfray contre les idées reçues

Michel Onfray : « je n’ai jamais eu l’esprit moutonnier et n’ai jamais participé aux combats antinucléaires qui se tenaient à l’université de Caen quand j’étais étudiant – entre 1976 et 1984 ». L’énergie nucléaire était alors le reflet de « la puissance d’un siècle qui ne rechignait pas à la puissance car elle en avait les moyens ». Cette énergie symbolise le « feu nucléaire qui peut être arrimé à la pulsion de vie (l’énergie civile) ou à la pulsion de mort (l’énergie militaire) ».
Contrairement à ce que prétendent certains anti-nucléaires, Michel Onfray considére que le nucléaire ne s’oppose pas à la décentralisation  ( le combat contre le jacobinisme centralisateur a toujours été important pour lui ) ; le nucléaire, symbole « de l’hyper-technophilie » du siècle passé et de ses grands programmes centralisés, aux côtés du TGV et du Concorde, ne s’oppose pas à la délocalisation « Décoloniser les provinces : contribution aux présidentielles ». « La région de Flamanville fait la démonstration que les retombées en matière d’emplois, de taxes professionnelles, d’infrastructure sont considérables ».

La pollution des paysages par les éoliennes

Le nucléaire, fruit de la société dans laquelle il s’inscrit, est une « réponse aux besoins créés par une société de consommation qui a multiplié les appareils électriques auxquels la plupart sont attachés comme à des doudous ». Dès lors, Michel Onfray juge avec sévérité l’écologie politique de gauche « qui campe sur une position d’opposition bien que la démonstration soit faite que l’énergie renouvelable ne répond pas aux besoins d’une société de consommation ». Il rappelle ainsi que ceux qui critiquent le nucléaire « sont rarement ceux qui optent pour une désaffiliation d’avec ces objets de la servitude volontaire ». Michel Onfray s’étonne d’ailleurs des contradictions de ce mouvement. « La pollution des paysages par les éoliennes et par les milliers de tonnes de ciment des dalles sur lesquelles elles reposent, en même temps que la disparition de ces terres pour un usage agricole au profit du bétonnage échappent bizarrement à la critique écologiste ». Dans ces conditions, il estime que seuls les décroissants apportent une critique cohérente du nucléaire.

Plus généralement, Michel Onfray considère que le nucléaire a fait les frais des postures politiciennes : « La gauche et la droite invitent chacune à ne pas   penser et à se soumettre à leurs catéchismes et à leurs slogans. La première est contre le nucléaire ; la seconde est pour ; l’une et l’autre le sont presque par atavisme, par héritage. Le nucléaire a été décidé par un gouvernement de droite, c’est donc une mauvaise chose pour la gauche. Mais quand Mitterrand arrive au pouvoir, il n’est pas contre. Que dit alors la gauche ? Qu’elle n’est plus contre… »

A ceux qui pointent le manque de démocratie du nucléaire, Michel Onfray répond : « les valeurs républicaines n’excluent pas une part de discrétion ou de secret et l’idée d’une transparence totale en la matière ne me semble pas une garantie de démocratie mais sûrement un gage de démagogie ». Et de souligner : « Que le nucléaire civil soit en relation avec le nucléaire militaire ne fait aucun doute et que le militaire soit un domaine réservé du chef de l’Etat ne me choque pas. Nos chefs de l’Etat sont démocratiquement élus… »
Michel Onfray souligne également que « le manque de démocratie se manifeste quand le syndicalisme est interdit dans une entreprise ». Et d’ajouter : « les syndicats sont présents à tous les niveaux dans les centrales ».


Sur la question du « risque nucléaire », il précise : « je persiste à croire que Tchernobyl est une catastrophe à mettre au compte de l’impéritie de la bureaucratie soviétique et Fukushima sur celui d’un tsunami contre lequel on ne peut pas grand-chose. » Le philosophe le dit sans ambages : « je ne suis pas de ceux qui sont pour le nucléaire mais le voudraient chez les voisins – idem avec les camps de migrants, les prisons ou les salles de shoot ». Et de conclure, « la centrale est certes un camp menaçant dans le sublime paysage du Cotentin, mais la vie n’est pas faite qu’avec des parcs d’attraction du genre Disneyland. »



jeudi 4 mai 2017

Emmanuel Macron est-il dangereux ?

C’est ce que Dupont-Aignan a prétendu, et là, on se dit que de toutes façons, il va falloir choisir le moins dangereux.

Mais oui, Emmanuel Macron parait dangereux, tant il parait persuadé que 24% des gens ont voté pour son projet, un projet auquel il croit tellement qu’il s’en égosille !
Il n’est pas besoin d’être grand politologue pour se rendre compte que le score du candidat socialiste est anormalement bas, et que son évolution même au cours de la campagne (le vote utile), montre qu’au moins 10%, au bas mot, des électeurs socialistes ont voté Macron de peur d’un second tour Le Pen Fillon.

Et que de même, le faible score de M. Fillon et son évolution au cours de la campagne montre qu’au bas mot un nombre important (allez au moins 8%) d’électeurs de droite ont voté Macron, non pour son programme mais par peur d’un second tour Le Pen Mélenchon, ou par déception dun candidat qu’ils pensaient plus irréprochable que Sarkozy ou Copé !

Et au second tout évidemment, Macron sera le candidat de la peur de Marine Le Pen.

Ceux qui votent pour M. Macron parce qu’ils soutiennent son projet ne représentent au plus, au vraiment mieux qu’environ 6%. Cela ne lui donne évidemment aucune légitimité pour son programme, en particulier en ce qui concerne l’explosion du droit du travail. Et s'il ne s'en rend pas compte, nous allons vers un désordre immense.

Maintenant, entre deux dangers, il va falloir choisir le moindre !

mardi 2 mai 2017

Les Ecoles d’ingénieurs saisies par la débauche

Explosion des frais de scolarité

Ne fantasmons pas, précisons : par la débauche financière auxquelles les Ecoles de Commerce sont depuis longtemps habituées.

Le branle a été donné par l'initiative prise en 2014 par le ministère de l'Industrie, autorisant ses écoles à passer leurs droits de 850 € à 1.850 €. Soit 1.000 euros d'augmentation. Soit plus de 217% !
Une autre étape a été franchie en 2015 lors de la création de CentraleSupélec. L'établissement, sous double tutelle Enseignement supérieur et Industrie, exige 2.200 € par an (2.500 € en 2017), contre 615€ auparavant pour Centrale. Soit 357% !

Dans les écoles privées, la barre des 10.000 € se rapproche. Entre 2012 et 2015, les écoles de statut privé ont augmenté leurs frais d'inscription de 520 €. À la rentrée 2015, le coût pour une année de scolarité en école d'ingénieurs privée est en moyenne de 6.513 €. Les moins chères se situent à 4.800 € annuels, quand une poignée flirte désormais avec les 10.000 €, à l'image de l'Epita, l'ESME Sudria ou encore l'ECE.

À la rentrée 2017, intégrer l’école des Mines ParisTech coûtera à l’année 3.186 euros, 2.150 euros pour l’Institut Mines-Télécom Lille-Douai. Des chiffres en augmentation comparés à 2016 : la rentrée dernière, il fallait débourser 2.590 euros pour la première, 1.850 euros pour la seconde.  La nouvelle est tombée le 28 mars dernier, au travers de 2 arrêtés publiés au Journal Officiel. Elle traduit un phénomène plus général dans les écoles d’ingénieur françaises, à savoir l’augmentation récurrente de leurs droits de scolarité.

C’est une évolution qui avait été annoncée en mars 2015 par un rapport du  Cgefi (Contrôle général économique et financier) pour le compte de Bercy,  qui avançait douze propositions chocs pour «  améliorer l’efficience des écoles d’ingénieurs !! » , notamment :   Passer les frais de scolarité des écoles d'ingénieurs à 2.570 euros, généraliser la ponction sur les fonds de roulement, fusionner... Rappelons que les Ecoles dépendant du Ministère de l’enseignement supérieur ne demandaient qu’environ sept cents euros de frais de scolarité !

Cela ne touche pas que les Ecoles d’ingénieur nationales. Ainsi, la fameuse Ecole Supérieure de Physique et Chimie de la ville de Paris prévoyait-elle cette année un triplement des frais de scolarité. Devant la grogne de l’Association des Anciens Elèves, arguant de travaux importants et que l’augmentation des frais de scolarité aurait été difficile à justifier dans un environnement peu favorable et que de plus, elle aurait eu un effet négatif sur l'attractivité de l'École, la Direction a reculé. Pour l’instant.

Un autre pan de la république s’écroule !

Le paysage des Ecoles d’Ingénieurs est assez morcelé : Formation payante, gratuite ou donnant même lieu à une solde... Dans les écoles d'ingénieurs, les stratégies en matière de frais de scolarité sont aussi hétérogènes que les statuts des établissements et dépendent des ministères de tutelle. Nous avions même une tradition bien française: plus le niveau de sélection est élevé, moins l’école est chère jusqu’à même payer ses élèves (Ecole Polytechnique, Ecoles  normales..). Incompréhensible pour un anglo-saxon ! Mais c’est qu’il s’agissait d’une tradition républicaine et égalitaire, celle qui permit longtemps aux fils, puis - trop tardivement- aux filles des familles les plus modestes d’accéder à l’enseignement le plus élitiste, pourvu qu’ils le méritent par leurs dons et par leur travail, au terme d’une sélection rigoureuse et juste.

Et c’est cette tradition qui est en train de s’effondrer sous l’action des forces  conjuguées, comme d’habitude, de la démagogie faussement égalitaire (et pourquoi les élèves des Grandes Ecoles ces privilégiés ne devraient-ils pas payer plus pour leurs études ?) et du libéralisme anglo saxon pour qui seul comptent les privilèges de l’argent.(on va quand même pas mélanger nos enfants avec n’importe qui)

Cette course, sous les meilleurs prétextes évidemment, à l’augmentation des droits d’inscription comme au rétablissement de la pantoufle à Polytechnique, nous savons qu’elle va au rebours de notre modèle républicain, de la sélection par le mérite  et non par la naissance. Nous savons qu’il devient de plus en plus difficile aux enfants du petit peuple d’intégrer les écoles d’ingénieur, parce que l’école ne leur fournit plus les connaissances et les méthodes nécessaires  qu’il faut alors aller chercher dans l’environnement familial ou dans des cours privés.

Avec cette politique impulsée par Bercy, c’est un pan supplémentaire de la République qu’in abat. Généralement, les Associations d’Anciens Elèves, attachés à cette justice, à ces possibilités de promotions sociales qu’elles ont connu et qu’elle souhaitent préserver pour les jeunes générations tentent de s’y opposer, mais elles sont bien seules dans l’indifférence générale.

Un autre pan de la République s’écroule avec ces places fortes du savoir, de la méritocratie et de l’égalité républicaine qu’étaient les Ecoles d’Ingénieurs voulues par les Monge, les Laplace, les Chaptal…

Faudra-t-il appeler aussi ce mouvement macronisation ? Nous verrons

jeudi 20 avril 2017

Vers une tyrannie Judiciaire (4) : Bayrou mis en examen

Promis, ce sera le dernier post que je consacrerai à cette étrange campagne (inquiétante réminiscence- l’étrange défaite !) avant de me reconcentrer sur mes sujets favoris, sur la culture, la science, la recherche scientifique…

Il y a décidément dans l’air un certain côté farce, avec cette nouvelle passée assez  inaperçue : François Bayrou, mis en examen. Bon certes, c’est pas gravissime, juste une petite mise en examen pour diffamation envers une association promouvant la musique chez les enfants et qu’il a accusée de  ne pas être aussi dénuée de but lucratif qu’elle le prétendait. Mais c’est quand même une mise en examen !

C’est ballot ! déjà que s’il avait eu l’énergie de son ex copain Lassalle, il pourrait être favori de la présidentielle, et qu’il ne pourra pas même être ministre de Macron. Car on n’ose supposer que le chevalier blanc Bayrou ignorera avec superbe ses leçons d’honnêteté  et ses engagements à démissionner tous élus mis en examen.  Restera-t-il même Maire de Pau ?

Mais plus sérieusement, en dehors de cette petite leçon à qui prétendait laver plus blanc que blanc, ce fait supplémentaire me permet d’illustrer une fois de plus  la dérive vers une tyrannie judiciaire en France, de m’en inquiéter et de m’en indigner. Le pouvoir politique se trouve progressivement réduit à l’impuissance par le pouvoir économique d’une part, par la tyrannie judiciaire d’autre part, et c’est la meilleure recette pour une explosion.

Rappelons que la séparation des pouvoirs c’est l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir politique, mais aussi l’indépendance du pouvoir politique par rapport au pouvoir judiciaire. Que c’est la tyrannie judiciaire (les bœufs tigres des parlements dénoncés par Voltaire) qui est responsable de l’affaire Calas et du massacre du pauvre chevalier de la Barre, et non le pouvoir royal qui n’avait plus rien d’absolu – et que la paralysie du pouvoir royal et de la société par la tyrannie judiciaire a révolté les intellectuels des Lumières et  a été l’une des causes  de la Révolution.

Au risque de choquer, oui, désolé, c’est une des conditions essentielles de la démocratie que les Parlementaires disposent librement des fonds alloués dans le cadre de leur mandat, sans contrôle judiciaire, quitte à en répondre devant l’opinion publique. Dans les affaires Fillon, le Canard Enchainé a fait magnifiquement son travail, mais l’institution judiciaire a commis une forfaiture. Et dans l’affaire des attachés parlementaires du Front National, il me semble que le Parlement Européen a un léger problème de démocratie et refuse de comprendre que oui, des gens puissent être élus au Parlement Européen et être opposés à sa politique voire à son existence, et que c’est la loi de la démocratie qu’ils soient traités comme les autres représentants des peuples- tout comme en France, le gouvernement finance les  partis de l’opposition selon la loi commune – et qui peut croire un instant que seuls le Front National et l’UKIP, parmi tous les partis bizarroïdes ont utilisé à leur guise et selon les vœux mêmes de leurs électeurs leurs attachés parlementaires.


Qui ne voit qu’entre ces affaires d’aujourd’hui et les immenses scandales d’autrefois, la mise en coupe réglée de la Mairie de Paris et de la Région Ile de France par le RPR, Urba Gracco etc, ou même plus récemment le surdépassement cynique des plafonds des campagnes électorales, il n’y a rien de commun, et que la justice, bien inefficace et bien tendre envers les voyous d’autrefois se montre bien ardente aujourd’hui- toujours aussi courageuse, mais désormais tyrannique.


mardi 18 avril 2017

Emmanuel Macron et la rente immobilière

De la taxe sur les loyers fictifs…

Taxer les « loyers fictifs » revient à considérer que l’Etat doit être neutre quant au choix – parfois contraint- que font les contribuables d’être locataires ou propriétaires. Il existerait une injustice entre locataires et propriétaires ayant terminé de rembourser leur logement, les premiers devant régler un loyer chaque mois quand les seconds occupent gratuitement leur logement. Nombre d’économistes avancent donc l’idée de remettre en place une taxe correspondant aux prélèvements sociaux que paieraient les propriétaires s’ils étaient locataires. Vous avez fini de rembourser vos emprunts, vous êtes devenu propriétaire et bien vous continuerez à payer.
Cette idée de loyers fictifs a notamment été avancée  en août 2012 par le think tank Cartes sur table à destination du nouveau pouvoir socialiste. Fin 2016, une note de l’OCDE, puis un nouveau rapport, cette fois de France Stratégie, organisme alors piloté par l’économiste Jean Pisani-Ferry, évoquent à nouveau cette piste. Début janvier, Jean Pisani-Ferry annonce qu’il rejoint l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron.
Depuis, celui-ci a clairement démenti vouloir mettre en œuvre le « loyer fictif ».  Dont acte ! Mais dans un balancement très Macronien, ses déclarations contre la « rente immobilière » dont bénéficieraient les propriétaires, sa volonté de « privilégier le risque face à la rente » et  de faire de l’ISF un impôt sur la « rente immobilière » en en enlevant les placements mobiliers sont légitimement inquiété les propriétaires et tous ceux qui souhaitent le devenir.

…vers la supertaxe foncière

Face à l’incendie, M. Macrona affirmé qu’ il n’est pas question d’augmenter la fiscalité sur l’immobilier, que  le barème et le taux resteraient les mêmes, que l’abattement sur la résidence présidence principale serait maintenu mais que l’assiette serait plus faible.
Le site Cyceon a notamment évoqué la création d’une « super-taxe foncière » qui démonterait l’existante et remplacerait à terme à la fois la TH et l’ISF. Cette hypothèse a été validée par des déclarations de Renaud Dutreil, ancien ministre de Chirac et devenu homme d’affaires et soutien d’Emmanuel Macron, à l’occasion du Grand O devant les Notaires de France : « J’admets que l’immobilier dont la valeur est plus stable, dont l’assiette est moins sujette à des variations soit conjoncturelles soit liées à la valeur des biens, puisse être taxé comme c’est le cas aux Etats-Unis par une super-taxe foncière puisque c’est ce que va devenir l’ISF sous Macron. »

Au final, on en reviendrait donc à une fiscalité immobilière alourdie au bénéfice d’une fiscalité allégée sur le reste. Une fiscalité qui frappera les classes moyennes supérieures et non la grande richesse, beaucoup plus mobile. Une fiscalité qui frappera encore plus un immobilier déjà largement taxé. Alors que la France manque de manière critique de logements et qu’il faudrait au contraire beaucoup construire et encourager l’investissement immobilier locatif !

mercredi 12 avril 2017

Nucléaire allemand, nucléaire chinois .. et français ? (Fessenheim2)

Allemagne : Sortie du nucléaire, dépendance au charbon, abandon des objectifs climatiques

Une fois n’est pas coutume, un long article assez critique dans le Monde du 15/03/2016 :Nucléaire : le défi coûteux d’Angela Merkel : La sortie de l’atome, promise après la catastrophe de Fuskushima, et le recours au charbon éloignent l’Allemagne de ses objectifs de réduction de ses émissions carbonées.

extraits :

« La conférence de presse du 15 mars 2011 restera comme un de ces tournants dans l’histoire du mandat d’Angela Merkel. Moins de trois jours après l’accident de Fukushima, au Japon, la chancelière confirmait la surprenante décision annoncée la veille au soir : les sept centrales nucléaires d’Allemagne les plus âgées plus une, victime de pannes, seront immédiatement arrêtées pour trois mois, et le tournant énergétique vers le renouvelable sera accéléré.
La mine déconfite, les six présidents des régions concernées par les fermetures de réacteurs, confirment sans enthousiasme ce tournant radical dans la politique énergétique sur laquelle ils avaient fait campagne. Berlin avait, quelques mois auparavant, prolongé la durée de vie des centrales les plus anciennes au motif de la sécurité de l’approvisionnement…
Etait-il seulement politique, ce revirement, dans le contexte d’une année électorale délicate pour elle ? Ou correspondait-il à une conviction profonde de la chancelière de saisir une chance historique, comparable à celle d’accueillir les réfugiés en août 2015 ?
Bilan contrasté
Le 30 mai 2011, c’est une Angela Merkel combative qui revient devant les journalistes pour parachever cette nouvelle stratégie : l’Allemagne sortira définitivement du nucléaire en 2022. L’objectif, annonce-t-elle, est de développer les énergies renouvelables afin qu’elles couvrent 35 % des besoins en électricité d’ici à 2020.
A cette date, ces besoins devront être réduits de 10 % par rapport à 2008 et les émissions de gaz à effet de serre être 40 % inférieurs à ce qu’ils étaient en 1990. Bien sûr, tout en garantissant une grande stabilité de l’approvisionnement, indispensable pour une nation industrielle comme l’Allemagne.
Six ans plus tard, le bilan de cette politique phare de la chancelière est pour le moins contrasté. Le programme d’arrêt des centrales nucléaires, plébiscité par une large partie de la population, suit bien son cours. Le nucléaire ne couvre plus que 13,1 % de la consommation d’électricité, contre 14,1 % en 2015.
L’Allemagne a par ailleurs si bien développé ses énergies renouvelables qu’elles représentent désormais la première source d’électricité du pays, et couvrent 32,3 % de la consommation d’énergie. Elles devraient donc atteindre sans problème les 35 % du mix énergétique d’ici à 2020, grâce à une politique d’encouragement très coûteuse pour les ménages et les entreprises.
En revanche, les autres objectifs sont considérés par les experts comme hors d’atteinte : ni l(efficacité énergétique, ni la réduction des gaz à effets de serre ne devraient pouvoir se situer aux niveaux annoncés. Pour la « chancelière du climat, c’est un échec patent ». .. Les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 20126 passant de 908 à 916 millions de tonnes équivalent CO2. Pour remplir ses objectifs, l’Allemagne devrait émissions de 41 à 82 millions de tonnes chaque année jusqu’en 2020, ce qui est considéré comme impossible.
Et surtout, la sortie du nucléaire a évidemment renforcé le charbon et la très polluante et très inefficiente lignite pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables – La production des centrale à houille couvre 17% du mix énergétique, et les centrales à lignite 23.1% !!
En fait l’Allemagne est sous une véritable dépendance au charbon encore renforcée par le programme de sortie du nucléaire, à ce point que l’Allemagne préfère encore continuer à produire et à vendre de l’électricité provenant du charbon, même à perte , plutôt que les arrêter- c’est aussi une conséquence de la déficience totale du marché européen des « droits à polluer ». Nous nous désolons souvent des blocages français, mais mes Allemands n’ont rien à nous envier en ce domaine. L’Allemagne est culturellement attachée au charbon, les syndicats allemands et le parti social –démocrate chantent encore lors de leur congrès des chants liés au charbon. Dans le nucléaire, il n’y a jamais eu autant d’emploi que dans le charbon, c’est l’inverse d’en France »- et la structure fédéral avec le poids des états charbonniers comme la Rhénanie du nord-Westphalie a abouti à un blocage non seulement économique, mais aussi politique.
Bref l’Allemagne, en renonçant au nucléaire a aussi renoncé à ses objectifs climatiques, au Traité de Paris, et à la lutte contre la pollution atmosphérique- et nous en savons quelque chose- bref Merckel serait pire que Trump.

La Chine prend au sérieux les objectifs climatiques : une politique ambitieuse et nucléaire

Pendant ce temps- là, la Chine a annoncé que Pékin fermait sa dernière centrale à charbon, le dernière des quatre qui ont été formées depuis 2013 La pollution aux particules fines a baissé d’environ 25% depuis 2014- même si la pollution reste catastrophique (dix fois supérieur aux recommandations de l’OMS) , le régime chinois s’engage résolument dans la lutte contre la pollution ( le Premier Ministre Li Kequian a pris pour slogan rendons le ciel de  nouveau bleu)  et lutte contre le réchauffement climatique et pour remplir ses engagements du traité de Paris.
Pour cela, la Chine essaye de développer rapidement des alternatives aux énergies carbonées et compte sur le nucléaire et sur le solaire pour y parvenir. Les objectifs sont de réduire à 62 % la part du charbon dans le mix énergétique (69 % en 2013), d’augmenter la part des combustibles non fossiles à 15 % (9,8 % en 2013), d’atteindre une puissance hydroélectrique installée de 350 GWe (280 GWe en 2013) ; d’atteindre une puissance éolienne installée de 200 GWe (77 GWe en 2013) ; d’atteindre une puissance photovoltaïque installée de 100 GWe (16 GWe en 2013) ;d’atteindre une puissance nucléaire installée de 58 GWe (18 GWe en 2013, ce qui représenterait jusqu’à 4 à 5 % de la production électrique).
 Les scénarios énergétiques officiels donnent donc une place de choix au nucléaire et confirment l’ambition du programme de développement associé tout en l’amplifiant : à moyen terme, tripler la capacité installée d’ici 2020 tout en maintenant une capacité en construction à 30 GWe, et à long terme, fermer le cycle du combustible en mettant en service une usine de traitement-recyclage et un réacteur expérimental à neutrons rapides avec un objectif de déploiement industriel rapide à moyen terme. La Chine, qui aujourd’hui représente 40 % des réacteurs en construction dans le monde, devrait dépasser, la Corée du Sud et la Russie en termes de production d’électricité d’origine nucléaire d’ici la fin de l’année de 2015, et les États-Unis en termes de nombre de réacteurs en exploitation d’ici 2030, tout un symbole. 

Ce nucléaire chinois représente de sérieux défis, que la France participera à résoudre. Et nous voyons qui est dans le camp du passé, du renoncement à combattre la pollution et le réchauffement climatique, et qui est dans le camp du futur, de la responsabilité climatique et environnementale et de futur. De ce point de vue, tous les candidats à l’élection présidentielle ne se valent pas- qui veut fermer Fessenheim ou pas ?